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Métier à tisser Tissanova

Nouveau métier Tissanova

Tissanova, ce n’est pas une nouveauté, ils ont plus de 50 ans. Pour moi, c’est un souvenir d’enfance… Cela a été ma première expérience de tissage.

C’es très différent du Métier María, des métiers à clous et de ceux de fortune dont j’ai parlé dans des articles précédents. J’aime varier les techniques.

Découverte d’un groupe facebook Tissanova

Par hasard, un jour, j’ai découvert un groupe Tissanova, je ne savais pas que c’était la marque de mon jouet d’enfance.

Si vous êtes intéressés par ce type de métier à tisser, je vous invite à prendre contact avec ce groupe, ce sont des passionnées.

Il y a aussi un blog dédié, très intéressant.

Mon premier métier Tissanova

Il était petit, environ 20 x 30 cm, il ne me reste que le peigne, mais c’est un miracle que je l’ai encore après 50 ans de déménagements internationaux et interrégionaux, à chaque déménagement on perd des choses, quand j’ai déménagé de Mamiña à Puerto Montt un sac contenant un métier maya et mon métier de ceinture que j’avais ramené de Moquegua avait disparu…

Peigne de mon premier métier Tissanova
Peigne de mon premier métier Tissanova

Quand j’étais petite, j’ai tissé des napperons en raphia naturel et synthétique, avec des chaines en coton qui ne faisaient que la longueur du métier.

Le second métier Tissanova

Quand je suis passée en France, pour aller à l’ISEND de Kuching, ma mère m’en a acheté un autre du même style un peu plus grand.

Second métier style Tissanova et peigne du premier
Second métier style Tissanova et peigne du premier

Je l’ai testé de retour à Mamiña avec de la laine d’alpaga, le cadre permet d’enrouler la chaîne et la toile. Mais, j’ai eu de grosses difficultés car les barreaux avaient tendance à se dévisser.

Vue de côté, on voit les écrous papillons qui ont tendance á se dévisser
Vue de côté, on voit les écrous papillons qui ont tendance á se dévisser

En outre, les fils de chaîne avaient tendance à sortir du peigne, j’ai essayé de les bloquer avec un morceau de Scotch, ce n’était vraiment pas l’idéal. Ce peigne n’a pas la rainure des deux autres métiers Tissanova.

Second métier, vue d'en haut
Second métier, vue d’en haut

J’ai tout de même réussi à tisser deux écharpes, je n’allais tout de même pas gâcher toute cette laine d’alpaga.

Je n’en ai malheureusement pas pris de photo.

Le troisième métier Tissanova

Il m’est arrivé hier de France, dans son emballage d’origine, je n’ai pas résisté à l’envie de l’essayer tout de suite.

Je viens juste de déballer mon nouveau métier Tissanova
Je viens juste de déballer mon nouveau métier Tissanova

J’ai dû trouver une laine assez fine, par chance j’en avais une assez grosse pelote, malheureusement, elle n’avait été retordue, j’ai profité de notre rouet pour le faire.

Je retords la laine qui était composée de deux fils simples
Je retords la laine qui était composée de deux fils simples

A peine la laine retordue, j’ai commencé à monter la chaîne, j’ai envoyé une photo au groupe Tissanova, j’ai tout de suite eu des informations me donnant des conseils utiles.

´Montage erroné, heureusement que le groupe Tissanova m'a prévenue à temps, j'ai donc recommencé
´Montage erroné, heureusement que le groupe Tissanova m’a prévenue à temps, j’ai donc recommencé
J’ai donc remonté la chaîne comme cela me paraissait logique, c’est-à-dire en enroulant la chaîne autour du cadre

J’ai utilisé la barre régulateur pour répartir mieux les fils sur le peigne, j’auraui très bien pu m’en passer.

Installation du peigne
Installation du peigne

Puis, j’ai commencé à tisser.

Navette préparée avec la même laine retordue
Navette préparée avec la même laine retordue
Début du tissage, j'ai déjà enlevé la barre régulateur
Début du tissage, j’ai déjà enlevé la barre régulateur

J’aurai dû laver la laine avant de la tisser, en effet, elle glisse mal sur le peigne et quand on passe la navette entre les fils de chaîne, et là, on n’a pas beaucoup de place.

Tissage bien avancé
Tissage bien avancé

J’ai tout de même réussi à tisser une pièce complète de 34 cm x 1,20 m en un jour et demi.

Je passe les dernières trames
Je passe les dernières trames
Je termine par un point péruvien
Je termine par un point péruvien
Pièce prête à être coupée
Pièce prête à être coupée
Pièce sortie du métier
Pièce sortie du métier

Comme d’habitude, je fais des finitions.

Finition des des bords au crochet
Finition des des bords au crochet

Comme cette pièce est relativement fine, je vais la laver bien, et je vais la teindre en ecoprint.

Pièce terminée
Pièce terminée

C’était donc ma méthode instinctive pour monter ce métier. Il n’est pas exclu que je l’utilise de nouveau.

Nouvel essai sur Tissanova avec de la soie

J’ai ramené de la soie domestique de Madagascar, je vais essayer de la tisser sur mon nouveau Tissanova. Je l’ai utilisée en double pour plus de solidité, je ne l’ai pas retordue, je vais devoir consulter mon ami Hilaire. Il fait un certain nombre d’opérations avec son fil de soie avant de monter sa chaîne.

Machine pour mouliner la soie, chez mon ami Hilaire, à Talata, Madagascar
Machine pour mouliner la soie, chez mon ami Hilaire, à Talata, Madagascar

Je verrai si je la teindrai aussi en ecoprint certainement après l’avoir utilisé comme une pièce de gaze dans du feutre.

Tisser la soie est bien différent. C’est la première fois que je tisse de la soie.

La laine naturelle a tendance à s’accrocher entre les fibres, ce qui est très intéressant au niveau du tissage, cela n’oblige pas à tisser serré. Cela est pour moi une expérience nouvelle.

J’ai donc monté une nouvelle chaîne en suivant les explications de la notice et j’ai commencé à tisser. Les fils s’accrochent moins dans le peigne et l’ouverture se fait plus facilement. J’ai utilisé les fils en double, aussi bien pour la trame que pour la chaîne.

Début de nouvelle chaîne en soie
Début de nouvelle chaîne en soie

Comme, il me manque une pièce U, j’ai attaché la barre régulateur au cadre provisoirement, le temps de monter la chaîne.

Montage du peigne un peu délicat
Montage du peigne un peu délicat

Comme d’habitude, j’ai démarré avec une ligne de point péruvien (je l’explique dans l’article précédent sur le tissage du métier María).

Démarrage avec point péruvien
Démarrage avec point péruvien

Le tissage se passe bien pour le moment.

Début du tissage
Début du tissage

Aujourd’hui, j’ai fait avancer le tissage, j’ai assuré la barre régulateur, malgré cela quelques fils se sont échappés, j’ai dû les remettre en place, la chaîne s’est trop détendue, j’ai placé une navette classique entre la barre régulateur et le cadre.

Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce
Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce

J’en suis à la moitié du tissage.

Récupération des fils qui s'étaient échappés de la barre régulatrice
Récupération des fils qui s’étaient échappés de la barre régulatrice

Cela a été un peu laborieux, les fils sont fins et l’on a du mal a voir où les replacer.

On voit par transparence, à travers la chaîne, le tissage qui a un peu bougé et est devenu irrégulier
On voit par transparence, à travers la chaîne, le tissage qui a un peu bougé et est devenu irrégulier

Les fils de soie sont lisses, les trames ont bougé quand j’ai fait tourner le tissage pour avancer.

Quand les fils descendent mal sur le peigne, je les aide en appuyant ma main sur le tissage
Quand les fils descendent mal sur le peigne, je les aide en appuyant ma main sur le tissage

Ces fils fins s’accroche n’importe où sur le bois, il a d’ailleurs falu limer la navette qui coinçait à chaque passage.

Quelques fils de chaîne s'étaient déplacés et les mouvement du peigne et de la navette devenaient vraiment difficiles, j'ai donc arrêté le tissage en laissant un peu plus de franges, je finis avec le point péruvien
Quelques fils de chaîne s’étaient déplacés et les mouvement du peigne et de la navette devenaient vraiment difficiles, j’ai donc arrêté le tissage en laissant un peu plus de franges, je finis avec le point péruvien

Plus que jamais, il faut commencer et finir par le point péruvien.

Vue générale sur le métier avant d'enlever le peigne
Vue générale sur le métier avant d’enlever le peigne

Et, c’est presque fini!

J'ai commencé à libérer la barre régulateur
J’ai commencé à libérer la barre régulateur

Il faut libérer la barre régulateur.

J'enlève le peigne
J’enlève le peigne
Aspect de la toile avant de la libérer du métier Tissanova
Aspect de la toile avant de la libérer du métier Tissanova
Libération de la toile
Libération de la toile
Libération de la deuxième extrémité de la toile
Libération de la deuxième extrémité de la toile

Enfin finie ma première toile en soie.

Toile finie
Toile finie
Me voilà déjà avec deux toiles
Me voilà déjà avec deux toiles

En quelques jours j’ai déjà tissé deux toiles.

Le Tissanova et le coton

Le coton passe aussi bien en ecoprint, nous en avons à la vente chez Rincón de Angel, je vais donc aussi le tester. Il ne me reste plus de lin pour le tester, c’est dommage, toutes les fabriques ont fermé au Chili.

J’ai donc choisi deux pelotes de coton, l’une lisse pour la chaîne, l’autre flamée pour la trame.

Démarrage de la nouvelle chaîne
Démarrage de la nouvelle chaîne

La chaîne est toujours la partie la plus délicate d’un tissage, il faut donc lui accorder beaucoup d’attention.

Premier noeud, barre régulateur bien fixée
Premier noeud, barre régulateur bien fixée
Détail, barre régulateur
Détail, barre régulateur

Le fil doit toujours être bien tendu, les fils extérieurs ont toujours tendance à se détendre.

Détail du montage de la chaîne sur la barre régulateur
Détail du montage de la chaîne sur la barre régulateur

Il faut bien enfoncer chaque fil pour qu’il ne saute pas pendant le tissage.

Chaîne à moitié montée
Chaîne à moitié montée

L’idéal est de ne pas s’interrompre pendant le montage de la chaîne pour que la tension des fils reste la même partout. Vu que l’ouverture du peigne n’est que de quelques centimètres sur le Tissanova, il est important que les fils montent et descendent bien.

Chaîne montée
Chaîne montée

Une fois montée la chaîne, il faut installer le peigne, pour cela j’ai l’aide d’une  navette qui soulève un peu les fils.

Je glisse le peigne
Je glisse le peigne
Répartition des fils sur le peigne
Répartition des fils sur le peigne

Il s’agit d’une autre étape importante, il ne faut pas croiser les fils.

Dèmarrage avec point péruvien
Dèmarrage avec point péruvien

Sur cette photo, on voit bien la texture du fil de trame.

Détail du point péruvien
Détail du point péruvien

Une fois le point péruvien terminé, ont peut commencer à tisser.

Démarrage du tissage
Démarrage du tissage
Déjà quelques centimètres tissés
Déjà quelques centimètres tissés

Avec le coton, on ne peut pas bloquer les fils en haut du peigne, par chance cela n’a pas été nécessaire.

Comparaison des trois pièces
Comparaison des trois pièces

Ces trois fibres donnent des résultats très différents.

Et on avance encore
Et on avance encore

Je n’avais pas encore déplacé le tissage, maintenant je vais le faire.

Après un petit déplacement du tissage, j'assure la fixation de la barre régulateur
Après un petit déplacement du tissage, j’assure la fixation de la barre régulateur
Et je peux continuer d'enrouler le tissage
Et je peux continuer d’enrouler le tissage
Le travail avance, le tissu paraît plus lâche sur les côtés
Le travail avance, le tissu paraît plus lâche sur les côtés

Les fils sont lisses, ils n’ont pas d’écailles comme la laine, ils ont toujours tendance à bouger.

Tissage presque fini, finition au point péruvien
Tissage presque fini, finition au point péruvien

Il ne restait plus de place pour passer la navette, je finis donc la pièce comme toujours au point péruvien.

Je libère la toile après avoir libéré la barre régulateur
Je libère la toile après avoir libéré la barre régulateur
Pièce sortie du métier
Pièce sortie du métier

Il faut terminer cette toile, je fais donc les finitions au crochet, ce qui régularisera l’espace entre les fils de trame.

Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet

Et voilà, elle est finie.

Pièce finie
Pièce finie
Trois fibres différentes, trois pièces différentes...
Trois fibres différentes, trois pièces différentes…

Le Tissanova et l’alpaga

J’ai de petites quantité de laine d’alpaga fine et régulière, malheureusement pas retordue, je vais les tester, j’espère que le tissage ne se retorde pas de trop.

Nouvelle chaîne en alpaga gris filé industriellement
Nouvelle chaîne en alpaga gris filé industriellement

Pour la chaîne, j’ai choisi une laine filée industriellement donc bien balancée. C’est très important. Pour la trame, j’ai pris une laine d’alpaga que j’ai filée personnellement, non retordue, j’ai toujours tendance à filer trop tordu, pour la solidité, je ne l’ai pas retordue car j’avais peur d’en manquer.

Installation un peu délicate de la chaîne sur le peigne
Installation un peu délicate de la chaîne sur le peigne

Je mets d’abord une navette debout pour ne pas accrocher et étirer les fils de chaîne avec les dents du peigne.

Montage du peigne
Montage du peigne

Puis, je redresse le peigne, c’est assez délicat avec un fil aussi fin, on a vite fait d’en mettre deux dans la même encoche.

Peigne redressé, fils encore désordonnés
Peigne redressé, fils encore désordonnés
Peigne redressé, fils encore désordonnés, vue de détail
Peigne redressé, fils encore désordonnés, vue de détail

Il faut faire de l’ordre minutieusement pour que les fils ne se croisent pas.

Fils enfin ordonnés
Fils enfin ordonnés

Comme d’habitude, je commence par le point péruvien pour bien bloquer le démarrage. Je laisse un peu de place pour les franges.

Point péruvien de démarrage
Point péruvien de démarrage
On s'assure que la barre régulateur ne se libère pas en cours de tissage
On s’assure que la barre régulateur ne se libère pas en cours de tissage

J’ai utilisé deux grosses aiguilles qui me servent habituellement pour tisser les métiers à clous, pour obtenir l’espace nécessaire au passage de l’aiguille.

Passagee de l'aiguille
Passagee de l’aiguille
Passagee de l'aiguille, détail
Passagee de l’aiguille, détail
Une fois assurée la barre régulateur, j'enlève les grosses aiguilles et commence à tisser
Une fois assurée la barre régulateur, j’enlève les grosses aiguilles et commence à tisser

Je peux enfin tisser tranquillement, l’alpaga est très agréable à tisser.

Tissage en cours
Tissage en cours
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine, gros plan
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine, gros plan
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place

Cela peut donner des idées pour effectuer des points nouveaux. Mais, dans ce cas j’ai redressé la situation.

Les fils ont bougé, il faut les remettre en place, détail
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place, détail
Fin du tissage, cela a été agréable malgré de petites difficultés avec la chaîne qui s’est un peu détendue, des noeuds se sont aussi relachés, certains fils se sont libérés de la barre régulateur. Et surtout, le tissage est parti en biais, ce la ne se voit pas sur le tissage fini, il y a seulement des franges plus longues d’un côté que de l’autre.
Point péruvien de fin de tissage
Point péruvien de fin de tissage
C'est le moment d'enlever le peigne
C’est le moment d’enlever le peigne
Peigne enlevé, il faut libérer la barre régulateur
Peigne enlevé, il faut libérer la barre régulateur

C’est là que l’on voit que le tissage est parti en biais.

Libération des franges
Libération des franges
A peine la toile s'est libérée, qu'elle s'est enroulée, cela est dû à l'excès de torsion du fil de trame
A peine la toile s’est libérée, qu’elle s’est enroulée, cela est dû à l’excès de torsion du fil de trame

Cela est dû au fait que j’ai utilisé en trame une laine que j’ai filée un peu trop tordue (pour la solidité) et que je n’ai pas retordu en sens inverse pour qu’elle soit bien balancée.

Dernière pièce déjà en exposition
Dernière pièce déjà en exposition

Nouveau test: coton, raphia et racines de vétiver

Montage d'une nouvelle chaîne en coton
Montage d’une nouvelle chaîne en coton
Installation du peigne
Installation du peigne
Premier passage de trame
Premier passage de trame
Dans ce cas les fils de chaîne ne peuvent pas être retenus
Dans ce cas les fils de chaîne ne peuvent pas être retenus

Malgré ce détail, la chaîne étaiet bien tendue, les fils n’ont pas eu tendance à s’échapper du peigne.

Travail commencé
Travail commencé
J’alterne deux navettes, l’une avec du coton, l’autre avec du raphia de Madagascar, j’ajoute à interval régulier des racines de vétiver malgache.
Détail du tissage
Détail du tissage
Préparation de la barre régulateur, séparée du support par deux grosses aiguilles
Préparation de la barre régulateur, séparée du support par deux grosses aiguilles
Suite de la préparation de la barre régulateur, l'aiguille à canevas passe bien
Suite de la préparation de la barre régulateur, l’aiguille à canevas passe bien
Premier déplacement de la toile sans problème
Premier déplacement de la toile sans problème
Pièce prête à être libérée
Pièce prête à être libérée

J’avais déjà enlevé le peigne

Barre régulateur libérée
Barre régulateur libérée
Pièce libérée d'un côté
Pièce libérée d’un côté
Barre régulateur enlevé
Barre régulateur enlevé
Pièce finie
Pièce finie

J’ai fait une finition au crochet, en coton, sur les bords pour cacher les changements de trame. C’est un peu raide à cause des racines de vétiver, mais comme chemin de table, ce n’est pas gênant.

Pièce en exposition, à côté de ses semblables
Pièce en exposition, à côté de ses semblables

Expérience pour rallonger la chaîne du Tissanova

Il s’agit d’un retour aux métiers de fortune. Le peigne spécial devrait bien s’adapter à ces techniques minimalistes, il s’agit de me préparer pour mon grand voyage textile et tinctoriale.

Je dois pouvoir tisser toutes sortes de fibres (les métiers à clous, ne me permettent que de travailler qu’avec des fibres relativement grosses), même dans les conditions les plus précaires. Ce métier à la grande qualité d’être très léger. C’est bon pour ma valise qui a toujours tendance à dépasser les normes. Notamment les navettes, quelle différence avec celles que l’on trouve habituellement au Chili.

Quelles sont vos expériences?

Si vous avez des expériences avec ce type de métiers, cela serait intéressant de les partager, j’attends vos commentaires.

Besoin d’artisanat

A-t-on encore besoin d’artisanat?

Ces derniers temps donnent plutôt l’impression que l’on n’a plus besoin d’artisanat, et  encore moins de qualité…

L’été dernier, j’ai vu des touristes très pressés, qui ne prenaient pas le temps de voir les processus de production de la laine (chez Rincón de Angel, visite gratuite de l’atelier à l’étage), puis cet été, ils ne prenaient même pas le temps de faire le tour du local, quand ils entraient… Certainement que les fruits de mer et les saumons d’élevage sont plus importants…

Et pourtant, ce local est bien différent des autres… Pas de produits chinois…

Il est vrai que l’artisanat n’est pas un produit de première nécessité… La question du prix d’un vrai travail artisanal est aussi à prendre en compte. Mais tout le monde n’est pas dans la misère!

L’artisanat n’est que rarement un produit de marque, et créer une marque a un coût très élevé, j’ai assisté à un certain nombre de réunions pour le développement de l’artisanat où l’on nous disait que nous devions mettre des étiquettes (si possible bien multicolore, pour que cela coûte plus cher et soit moins efficace du point de vue de la visibilité), que nous devions laisser notre rôle créatif à des designers… J’ai vraiment eu l’impression d’avoir été infantilisée, d’autant plus que pour bien nous expliquer tout cela, ils ont utilisé des jeux!

Il y a tant de sollicitations

On aura ainsi tendance à faire passer un nouveau téléphone mobile avant quelques kilos de laine, ou un tricot fait main. Heureusement que tout le monde ne cède pas à la tentation…

Et il devient difficile de vendre quand on est minimaliste. Ceux qui ont les moyens, n’en voient pas le besoin; et ceux qui en ont besoin et qui savent apprécier l’artisanat, n’ont souvent pas les moyens…

Un bon tricot en laine ne se démode pas, s’il est bien traité peu durer des dizaines d’années, certains cherchent même à les raccomoder quand ils arrivent en fin de vie… C’est toute la différence entre un produit de qualité et un produit jettable.

Un besoin passéiste?

A l’origine, l’artisanat n’était pas commercial, mais utilitaire, occupait des temps libres pour la fabrication des objets du quotidien, chaque famille devait être autonome ou presque et les gens fonctionnaient beaucoup avec le troc.

Puis les techniques s’améliorant, des surplus se sont créés, permettant aussi des spécialisations… Certains villages se sont spécialisés dans certains articles, on le voit encore au Chili, avec par exemple La Ligua pour les tricots et ses « dulces » (petits gâteaux), Chimbarongo pour les balais, fromage de chèvre à Ovalle… Il m’a semblé voir le même genre de spécialisation à Madagascar, lors du trajet entre Antananarivo et Antsirabé, il y a une ville spécialisée dans la fabrication de casseroles en recyclant les moteurs de voitures (Ambatolampy)…

Voici quelques photo prises depuis le taxi brousse entre Antananarivo et Antsirabé, c’est pourquoi elles sont parfois un peu flou ou décadrée…

Postes de vente de fleurs au bord de la route vers Antsirabé, Madagascar
Postes de vente de fleurs au bord de la route vers Antsirabé, Madagascar
Vente de sculptures en raphia
Vente de sculptures en raphia
Vannerie traditionnelle et utilitaire
Vannerie traditionnelle et utilitaire
Encore de la vannerie
Encore de la vannerie
Carte de Madagascar
Carte de Madagascar
Jouets en cannettes de bières et de boissons recyclées
Jouets en cannettes de bières et de boissons recyclées

Je n’ai malheureusement pas pu les photographier tous… il y en avait une grande variété.

Au Chili, il n’y a pas encore si longtemps, les jeunes femmes tissaient encore les couvertures pour leur future famille, à partir des laines qu’elles avaient filées… Les hommes se fabriquaient leurs outils…

Une amie qui avait vécu un temps à Punta Arenas, me racontait qu’elle avait même dû apprendre à fabriquer son savon…

Maintenant, beaucoup de métiers à tisser se sont perdus quand les grands-mères sont mortes… et les techniques se perdent… A la ville, on considère toutes ces pratiques comme sales (l’odeur naturelle de la laine, quand elle ne rappelle pas de bons souvenirs, devient tout de suite puante…), et même à la campagne, on ne veut pas paraître paysan, sentir le feu de bois, c’est très mal vu ici…

Laine brute, un vrai besoin pour moi
Laine brute, un vrai besoin pour moi

C’est sûr que maintenant, on trouve tout, tout fait, sur internet! Tout est prêt à être acheter pour être jeter et remplacé. L’artisanat ne peut pas entrer dans ce jeu.

Il faut se procurer les matières premières, les rendre utilisables, les travailler pour obtenir un objet unique, qui montre même l’état d’esprit de son créateur (par les couleurs, la qualité des finitions et des détails…).

Ou un besoin pour le futur?

J’ai récemment découvert, en suivant un Mooc, le philosophe Bernard Stiegler, grand spécialiste des technologies, qui se préoccupe pour la perte de connaissance provoquée par les nouvelles technologies qui bousculent toutes les données concernant le travail… Ils propose d’imaginer de nouvelles formes de travail… Cela pourrait être une occasion de se réapproprier les techniques artisanales.

Un retour du besoin d’un artisanat de qualité est-il en cours?

Il semblerait bien que oui…

Le travail de la laine revient comme une thérapie…

Je vois qu’aux Etats-Unis des spécialistes de la vannerie proposent des retraites, non pas purement spirituelles, mais de techniques de vannerie.

Nous pourrions en faire autant sur le thème de la teinture naturelle, de la filature, du tissage ou du tricot. Ces activités me procurent beaucoup de bonheur, autant le partager.

Un retour aux gestes traditionnels est souvent recherché, comme apportant de nouvelles racines perdues, cela peut paraître un peu artificiel, mais cela peut provoquer des questionnements et déboucher sur des changements radicaux.

Rien que le fait de pratiquer une technique lente, qui laisse du temps à la pensée, peut bouleverser un système de travail établi basé sur des automatismes.

Un besoin d’exclusivité

Par chance, il existe aussi un besoin d’exclusivité, d’avoir des vêtements ou des accessoires différents de ceux des voisins… Encore faut-il que ce désir respecte le travail de l’artisan, ce matin on m’a fait la remarque, en me montrant une veste en laine rustique, filée et tricotée à la main « Et, vous n’avez rien de plus économique? »… Tout travail mérite son salaire. Ces tricots ne sont pas virtuels!

L’artisanat comme hobby

Il y a un regain d’intérêt pour l’artisanat comme loisir, pour la détente. Si tout le monde pense pouvoir faire le travail de l’artisan, parce qu’on a vu des tutoriel sur Internet, où tout paraît facile, il y a cependant beaucoup de détails cachés. Notamment, le temps nécessaire.

Vivre de l’artisanat

Dans ces conditions, vivre de l’artisanat est difficile. mais heureusement pas impossible, c’est pourquoi j’ai du mal à admettre des rabais sur mes travaux.

Et si on y prenait goût?

Il y a longtemps que j’y ai pris goût, j’ai même du mal à me cantonner dans mon domaine professionnel de la teinture et du tissage-tricot et je fais régulièrement des incursions d’autres domaines, papier, cuir, perles… mais aussi botaniqueagriculture, puisque je vise à une certaine autonomie à moyen terme.

Je suis d’ailleurs en formation, mais aussi expérimentation continue, par la lecture, video, Mooc, visites de musées, voyages, conversation avec les clients… Je saute sur chaque occasion.

On apprécie aussi des produits de qualité, avec de bonnes finitions, des fibres naturelles, si possible des couleurs naturelles, une laine bien travaillée… J’admire sincèrement mes collègues artisans qui maintiennent des traditions dévoreuses de temps…

Grandes toiles de raphia et soie, teintes naturellement, techniques d'ikat et shibori, produits par Terre-là, à Mahajunga, exposition lors de l'IFPECO de Madagascar
Grandes toiles de raphia et soie, teintes naturellement, techniques d’ikat et shibori, produits par Terre-là, à Mahajanga, exposition lors de l’IFPECO de Madagascar. Que de temps matérialisé ici!

Celui qui sait faire de l’artisanat, peut en être fier, il sait utiliser aussi bien sa tête que ses mains et parfois même ses pieds dans ses créations (je pense à ces femmes au Népal qui filent en faisant passer les fibres entre leurs doigts de pied, ou à cet orfèvre nomade Africain qui façonne des bijoux en or, en utilisant son pied comme une enclume), il doit être précis dans ses gestes, il doit avoir le sens de l’observation, savoir être patient… pour dompter ses matières premières, c’est tout un apprentissage quotidien auquel il prend plaisir. Cela devient pour lui un besoin que de créer…

Conclusion

Qu’attendons-nous pour sauver ces techniques qui se perdent et qui sans doute nous feront bientôt défaut? Je suis très surprise par certaines questions posées sur Facebook et je constate qu’il y a fort à faire et démontre un certain intérêt.

Partons vite à la recherche des connaissances et techniques perdues, pendant qu’il en est encore temps, la pratique est aussi indispensable que la théorie… Cela ne peut pas être remplacé par des ordinateurs…

Prix juste

Quel prix?

Le prix est un problème quotidien, posé tous les jours… Ici, au Chili (et spécialement chez Rincón de Angel). C’est un sujet qui fâche…

En Argentine, quelqu’un m’a dit gentillement que le prix d’une de mes pièces sonnait mal…

Voici la pratique chilienne. On marchande chez les artisans comme si on était au marché aux puces… quel dommage! A part quelques couvertures péruviennes anciennes très intéressantes, nous ne vendons pas de produits d’occasion! Et comme elles font preuve de techniques anciennes dévoreuses de temps, très peu pratiquées aujourd’hui (dans le genre ikat et dessins traditionels avec des chaînes supplémentaires, tissées sur métiers à pieux ou de ceinture), on ne les brade pas non plus.

Je vis depuis plus de 20 ans au Chili, j’ai la nationalité Chilienne depuis au moins 15 ans et ce n’est pas mon intention de dire du mal de ce pays où j’ai décidé de vivre. Il y a un proverbe ici qui dit « por todas partes se cuecen habas » (partout, on cuisine des fèves)… D’ailleurs, de nombreux Français marchandent aussi sur l’artisanat: c’est écrit dans les guides pour touristes qu’il faut le faire. Ah! Comme j’aimerai rencontrer un de ces rédacteurs de guide touristique! Quelle inconscience!

Il y a presque 20 ans, j’avais une petite imprimerie artistique, avec deux ordinateurs et des imprimantes à jet d’encre, je créais ce dont avait besoin les clients avec leur participation, là aussi, il y en avait qui marchandaient… et j’avais fait la remarque à un de mes clients que je buvais beaucoup de lait et que l’on ne me faisait pas de prix sur le lait, c’était mon aliment de base. Donc, un jour j’ai demandé un rabais sur le lait à la crèmerie ou j’achetais toutes les semaines 12 litres, ils ont bien rigolé… Cela ne faisait que 2 ans que je vivais au Chili!

Ici, pour l’artisanat, on veut le beafsteak au prix du pot-au-feu, mais quand on va à la boucherie, à la boulangerie, au supermarché ou au restaurant, on ne négocie pas. J’avais d’ailleurs mis une pancarte à ce sujet, j’ai dû l’enlever car les clients se sentaient insultés!!!

Le pire, c’est que nombre d' »artisans » baissent eux-mêmes leurs prix avant que le client ne le leur demande… après ils marchandent sur les matières premières s’ils fabriquent quelque chose ou vendent des importations industrielles chinoises, péruviennes ou équatoriennes, que l’on retrouve tout le long du pays, d’Arica jusqu’à Punta Arenas…

Encore quelques anecdotes sur le marchandage

Nous vendons d’adorables marionnettes de doigt, de provenance péruvienne, à 400 pesos chiliens l’unité (même pas la moitié d’un kilo de pain au Chili), et même la-dessus, on veut un rabais de 100 pesos, car les enfants ne joueront qu’un moment avec avant de les jeter!

Marionnettes de doigts, quel devrait être leur juste prix?
Marionnettes de doigts, quel devrait être leur juste prix?

Un autre exemple

Il y a près de vingt ans, quand j’avais l’imprimerie, j’avais un client habituel assez fortuné pour posséder une propriété et un laboratoire de cosmétique à Santiago, un appartement à Viña del Mar, en plein centre, un « fundo » et un cheval de course à Rancagua, gagnait très régulièrement au Casino, du personel pour tout cela… Un jour, il me raconte qu’il avait failli se faire voler dans la rue et qu’il avait près d’un million de pesos dans la poche, il me montre le paquet de billets… Il venait me faire faire des montages de photos de son vieux chien, de sa mère… qu’il imprimait sur papier photographique, je vendais la page à 2.000 pesos chiliens, il voulait utiliser jusqu’au dernier milimètre ce papier, il ne voulait pas comprendre qu’il y avait des marges techniques, il ne considérait pas le temps que je lui dédiais, il terminait toujours la séance (qui avait duré facilement 3 heures) en me disant qu’il n’avait pas budgeté autant d’argent pour cela (je vous recommande la vidéo du lien)… Un jour, il m’a même dit qu’il préférait venir dans ma boutique, que cela lui coûtait moins cher que d’aller voir le psiquiâtre…

Ce ne sont donc pas ceux qui sont dans le besoin qui marchandent le plus. C’est un peu comme un sport national. Cela leur paraît donc normal de rabaisser ainsi les artisans…

Et pour les amis?

Combien de fois, des gens qui m’étaient totalement inconnus me demandaient « et pour les amis, c’est combien? »

Même les voisins d’en face, ne veulent pas comprendre que les prix sont établis en fonction des coûts de production et négocient pour aller aux toilettes… Il n’y a pas de petites économies.

Nous n’inventons pas nos prix selon la tête du client.

Et la « yapa » pour revenir

La « yapa » es un terme d’origine Aymara, les Aymaras sont un peuple très commerçant et donnent souvent un petit supplément, un peu comme 13 à la douzaine… Le problème est quand on demande une « yapa » même pour 1.000 pesos chiliens d’achat!

Je  vais me le faire fabriquer en Allemagne!

Comme vous avez pu le constater, mes pièces sont uniques, malheureusement je n’arrive pas à demander beaucoup. Mais, c’est toujours trop, un jour, on m’a répondu qu’il valait mieux se le faire faire en Allemagne! Il est libre d’essayer…

Avec plus de vingt ans au Chili, il y a longtemps que je ne vis plus comme une touriste… Je suis même plutôt minimaliste… et je dois être très économe.

Après toutes ces anecdotes passons à l’économie sérieuse.

Coût de l’artisanat

L’artisanat ne tombe pas du ciel, il a donc un coût:

  • un coût des matières premières
  • un coût de transport de celles-ci, (même si on recycle)
  • un coût du temps de travail, qui peut être très élevé (bien que les salaires soit très bas… actuellement salaire minimum à 276.000 pesos chiliens, coût des aliments et de la vie en général assez semblables à ceux de France… la retraite de base est d’à peu près 104.000 pesos chiliens par mois)
  • coût de l’expérience, nécessaire à la réalisation de son ouvrage

Le temps, les traditions et l’expérience ne sont pas valorisés ici.

Coût de la laine naturelle – un exemple

J’explique dans un article précédent tout le travail de la laine et je prévois un nouvel article sur la filature de la laine…

Le coût de la laine brute est très bas, d’ailleurs il ne justifie pas l’élevage des animaux, exceptés pour des laines de luxe, mérinos et alpagas. Parfois, on peut avoir de la laine brute gratuite (certains éleveurs ne savent pas quoi en faire et la brûle), encore faut-il avoir les moyens de la transporter.

Si bien sûr, les moutons doivent être tondus tous les ans, toutes les laines ne servent pas, les moutons destinés à la viande, qu’encourage à élever le Ministère de l’Agriculture du Chili, ont des laines courtes et dures…

Tonte d'une brebis au Rancho Kawell à Concón, brebis à moitié tondue
Tonte d’une brebis au Rancho Kawell à Concón, brebis à moitié tondue

Lors du nettoyage et de la filature, on perd plus de la moitié de la toison.

Et je reviens à la question du temps! J’ai une bonne dizaine d’années d’expérience de filature au fuseau, aujourd’hui, avec de la bonne laine, longue, avec sa graisse, sans trop de saletés pour une fois, je n’ai réussi à filer que 50 grammes dans la journée! Mais j’ai filé fin. Qui va me payer 10.000 pesos chiliens (salaire seulement un peu plus que minimum journalier) pour 50 grammes de laine de mouton? et l’alpaga est encore plus long à filer, car c’est une fibre creuse et plus légère, j’en file à peu près 30 grammes par jour! Et c’est fatiguant pour les bras…

On démarre avec cette laine à bas prix. mais de bonne qualité tout de même, fibre longue et douce
On démarre avec cette laine à bas prix. mais de bonne qualité tout de même, fibre longue et douce
On l'étire doucement pour en faire un petit ruban, en éliminant les pointes brûlées par le soleil, les poussières...
On l’étire doucement pour en faire un petit ruban, en éliminant les pointes brûlées par le soleil, les poussières…
On étire à nouveau ce ruban pour pour pouvoir l'enrouler autour du poignet, ce qui le tord légèrement et élimine encore de la poussière, plus on répète cette étape, plus la laine sera fine et régulière
On étire à nouveau ce ruban pour pour pouvoir l’enrouler autour du poignet, ce qui le tord légèrement et élimine encore de la poussière, plus on répète cette étape, plus la laine sera fine et régulière
Une fois ces préparatifs terminés, on commence à filer
Une fois ces préparatifs terminés, on commence à filer
Une fois que l'on a deux bobines, après deux jours de filature, il faut la tordre dans le sens opposé
Une fois que l’on a deux bobines, après deux jours de filature, il faut la tordre dans le sens opposé
Je prépare donc une bobine avec les deux fils à tordre
Je prépare donc une bobine avec les deux fils à tordre

Il faut encore la retordre, la mettre en écheveau, la laver, éventuellement la teindre et enfin faire une pelote pour la tisser ou la tricoter.

Pour gagner un peu de temps, je le fais avec le rouet électrique
Pour gagner un peu de temps, je le fais avec le rouet électrique

Mon exemple peut paraître exagéré, mais plus un fil est fin, plus on peut tisser ou tricoter de grandes surfaces pour le même poids. D’ailleurs, rares sont les femmes qui filent fin et régulier, maintenant.

Je préfère filer au fuseau car je contrôle mieux mon fil, je file en marchant, en parlant… alors qu’avec le rouet, je n’ai pas la même liberté et le fil est souvent plus raide, trop tordu, et beaucoup plus irrégulier.

Laine retordue
Laine retordue
Pour laver la laine, je la mets en écheveau
Pour laver la laine, je la mets en écheveau
Echeveau avant lavage
Echeveau avant lavage
Je la lave à la main avec du vinaigre et du bicarbonate, puis je la rince
Je la lave à la main à l’eau froide, avec du vinaigre et du bicarbonate, puis je la rince

Je viens de terminer de retordre cette laine et de la laver, maintenant 100 grammes de laine filée sale pèsent maintenant ……,grammes,  mais je suis fière de mon travail. Cela aussi est important!

Laine presque sèche, il faudra attendre plusieurs jours, il fait froid et humide à Puerto Montt
Laine presque sèche, il faudra attendre plusieurs jours, il fait froid et humide à Puerto Montt
Vue de détail après lavage
Vue de détail après lavage

Après tout ce processus, le tissage ou le tricotage est très rapide, surtout si la laine est bien filée et bien propre.

Les laines industrielles ont mal habitué les tricoteuses qui ne savent plus ce qu’est une laine filée artisanale, le travail que cela comporte et veulent des laines aussi lisses et douces que les laines industrielles… C’est faisable, mais à un autre prix… D’ailleurs les meilleures laines mérinos s’en vont à l’exportation, rares sont ceux qui y ont accès au Chili. Ceux qui gardent encore les traditions savent encore le faire, peut-être plus pour longtemps…

Coût des fibres artificielles et synthétiques

Les fibres artificielles et synthétiques peuvent sembler plus économiques… Mais les prix de vente ne tiennent pas compte des coûts en pollution (production à partir du pétrole ou utilisant des solvants chimiques très polluants, coûts de transport, car elles ne sont pas produites au Chili, pollution provoquée par ce transport… conditions de production de ces fibres, souvent en Asie…, déchets, microfibres qui se libèrent au lavage, perturbateurs endocriniens…).

Le coût de la pollution et de la mauvaise santé est passé sous silence.

Prix du temps

Le temps se paie, même si on veut l’oublier. Pourquoi se donnerait-on la peine de travailler en artisanat si on peut gagner plus en faisant n’importe quoi d’autre, même éventuellement du ménage… En outre, il y a une différence entre faire de l’artisanat un hobby et arriver à en vivre! Sans s’épuiser à produire des articles à la chaîne…

Quand je vivais à La Ligua, ils ne comprenaient pas que je vende une tunique à 15.000 pesos, car il n’y avait que 200 grammes de laine. Ils n’avaient pas compris que l’artisanat ne se vend pas au poids! Pour tisser ces 200 grammes, il me fallait une journée et souvent avec tendinite en prime.

Prix du savoir

Le savoir, les compétences, les techniques, les tours de mains… prennent du temps, nécessitent de l’attention, des efforts, des lectures, de l’écoute, de la pratique, des visites de musées, du temps d’internet aussi et des échecs parfois…

Dans aucun tutoriel, on ne vous explique tout, on oublie de présenter des détails importants qui font qu’une technique fonctionne ou non…

Si tous mes bains de teinture avaient toujours réussis, je n’aurai pas appris grand chose. Je fais donc beaucoup de tests, je lis tout ce je peux pour comprendre certains résultats et les livres coûtent cher ici.

Prix de l’expérience

Lors de l’ISEND de Kuching, une Nord Américaine faisait la remarque que quand on lui demandait combien de temps elle passait pour faire une de ses oeuvres, elle répondait « un moment et 40 ans ».

Il y a peu, je lisais une anecdote concernant Picasso qui allait dans le même sens.

Prix de l’exclusivité

Tout le monde veut des exclusivités, des pièces uniques… et payer comme si c’étaient des produits chinois. Une Taiwanaise, lors de l’IFND de Taipeh, m’a fait la remarque en m’achetant un tricot « This is only for me » (il n’y en a qu’un pour moi).

Mes pièces ne suivent pas de modèles, je les crée au fur et à mesure que les tisse ou tricote, le résultat est souvent différent de ce que j’avais imaginé. C’est triste de copier, alors pourquoi se copier soi-même quand il y a tant d’essais à faire.

Ces développements prennent aussi leur temps, certaines pièces seront abandonnées en cours… car elles ne me satisfont pas.

Et vous faîtes des prix de gros?

Si vous m’achetez 10 pièces, elles seront toutes différentes, elles m’auront toutes pris du temps, je les aurais toutes faites une par une, en y dédiant toute l’attention nécessaire pour obtenir un objet qui donne du plaisir, d’ailleurs, je limite ma production.

Quand je vivais à La Ligua (centre du Chili), je tricotais surtout des tuniques d’abord en fibres synthétiques (les plus courantes à La Ligua), puis avec des fibres naturelles (laine et coton) quand j’ai commencé mon aventure avec les teintures naturelles. J’avais une grande variété de couleurs, car je combinais des fils industriels (qui devaient passer dans les machines à tricoter) et les variations étaient infinies. Je travaillais dur tous les jours à la maison, puis je partais faire une foire d’artisanat, ou à Iquique, et pendant que je vendais, je continuais à tricoter. Il y a eu un moment, où j’avais plus de 100 modèles différents, avec des inclusions de cuir… Et il manquait toujours une couleur!

Prix de la qualité

La qualité à un coût, choix des matières premières, choix des points et de leurs combinaisons, soin lors des changements de couleurs, noeuds cachés, finitions… tout cela doit influencer le prix, je n’ai pas l’habitude de travailler à la va vite…

Prix d’une tendinite?

Tout travail artisanal a ses contraintes au niveau de la santé, plus d’une fois j’ai souffert de tendinites quand je crochetais beaucoup. Maintenant, j’ai diversifié les techniques, crochet, fourche, différents métiers à tisser, filature, teinture… Toutes ces techniques ont leurs exigences physiques… et depuis que je change régulièrement de technique et que je ne m’impose plus de rendement et je commence donc différentes pièces et je passe de l’une à l’autre…

Quand j’explique ces contraintes de santé, les clients ne comprennent pas. Je ne vois pas pourquoi je devrais avaler des anti-inflammatoires dangereux pour le foie et d’autres organes, pour produire à la chaîne des tricots…

Coûts et Prix

Il y a donc une différence entre coût et prix. Le coût est malheureusement  souvent beaucoup plus élevé que le prix exigé en boutique.

Prix juste

C’est pourquoi, il serait souhaitable de pouvoir aboutir à un prix juste qui prennent en compte la vraie valeur des choses. On est encore loin du commerce équitable tel qu’on le conçoit en Europe. Et pourtant, il me semble qu’on le mérite.

Conclusion

Comment peut-on vendre un travail long à faire (slow fashion), personnalisé, avec une identité… au prix industriel? Grande partie de nos produits spéciaux sont fabriqués dans les moments de manque d’affluence du public qui parfois nous disent que cela nous occupe!… En attendant, il faut payer, loyers, salaires, matières premières, électricité…

Comment s’étonner que de nombreux artisans deviennent chauffeurs de taxi ou n’importe quoi d’autre? Il ya un proverbe chilien qui dit « no hay mal que dure 100 años, ni tonto que lo aguante » (il n’y a pas de mal qui dure cent ans, ni d’idiot que le supporte ».

Il y a longtemps que je voulais aborder le sujet du prix, c’est enfin fait! J’ai fini de vider mon sac.

J’espère que vous n’avez pas trouvé mon article trop amer, peut-être avez-vous des idées pour valoriser un peu mieux mon travail. J’attends donc vos commentaires avec impatience.

Quel est son prix? à votre avis?
Quel est son prix? à votre avis?

Magie de la teinture!

Une vraie magie

De la magie dans ma lecture… Je suis entrain de lire « Diskworld » (Les Annales du Mondedisque en français, il me semble) en traduction espagnole de Terry Pratchet. où il décrit un monde plein de magie et de magiciens un peu fous… c’est très drôle… Le traducteur a dû souffrir pour bien rendre tous les jeux de mots et les références littéraires cachées… C’est aussi un monde tout en couleur, le spectre en a huit!

Mais aussi dans ma vie professionnelle, la teinture naturelle est aussi une vraie magie, la magie de la chimie verte! Quelle est belle!

 

Une magie cachée

Mais où se cache donc la couleur? En effet, la couleur se cache souvent, elle est rarement apparente, et pourtant depuis la préhistoire, elle est très présente dans la vie des hommes… J’ai déjà consacré un article à ce sujet, dès la création de ce site.

Par exemple, aussi bien les fuchsia que les bougainvilliers donnent du jaune, malgré leurs jolies fleurs rose vif.

Il faut bien qu’il y ait une part de secret, d’ailleurs les teinturiers ne les disent que rarement et parfois nous engagent vers de fausses pistes… comme la betterave…

Une magie ancienne

Depuis la préhistoire la couleur fascine les hommes, ils ont très vite su teindre des fibres, en rouge, en bleu et bien sûr en jaune.

Des règles aussi se sont vite imposées quant à l’usage de certaines couleurs que se sont vite vues réservées à certaines élites.

Mais cette magie est toujours à l’ordre du jour, maintenant sans limites, car nous pouvons même semer les teintures! Et là, on apprécie encore mieux la nature…

A ce sujet, je vous recommande les livres de Michel Pastoureau et de Dominique Cardon qui sont passionnants.

Une magie renouvelée

A chaque teinture, on a des surprises… des bonnes ou des mauvaises, mais cela correspond rarement au photos des livres… Cela varie, avec la saison, la qualité de l’eau, la casserole, le temps de trempage, les fibres et bien sûr les mordants… On ne teint généralement pas dans des conditions de laboratoire.

Comme je prends rarement le temps de peser (je le fais habituellement lors des formations), je suis sujette à de nombreuses surprises. Et c’est tant mieux.

Une magie à plusieurs niveaux

Comment ne pas être fascinée par les effets  que donnent certains mordants/modificateurs.

Laines teintes à la cochenille
Laines teintes à la cochenille

Ici, la même laine mordancée à l’alun, le bain a été divisé en deux, pour la laine violette on a ajouté un peu de fer, pour la rouge de la crème de tartre.

Par la combination des mordants, on peut obtenir des dégradés de modifications. Michel Garcia illustre particulièrement bien dans ses livres et ses DVD les technique de dégradés et de mélanges de mordants.

Ces techniques ont permis d’imprimer en grandes quantités les indiennes, toiles de coton, a motifs variés et très colorés, à la mode au XIXème siècle, grâce aux techniques du tampon. Technique encore en usage en Inde.

Tampon en bois pour l'impression - Inde
Tampon en bois pour l’impression – Inde
Tampon en bois pour l'impression - Inde. un tampon pour chaque mordant, la même toile peut passer dans différents bains de teinture et de nettoyage...
Tampon en bois pour l’impression – Inde. un tampon pour chaque mordant, la même toile peut passer dans différents bains de teinture et de nettoyage…

C’est passionnant et très amusant.

Nous avons vu un DVD de Michel Garcia
Nous avons vu un DVD de Michel Garcia

Lors d’un des ateliers à La Redonda, Santa Fe, Argentine, nous avons regardé un de ses DVD, il y avait une des assistantes qui était chimiste de profession, et nous avons testé ces mélanges.

Les stagiaires ont préparé des solutions de mordants (fer et aluminium) plus ou moins concentrés dans du vinaigre et elles les ont testés en peignant sur des toiles de coton
Les stagiaires ont préparé des solutions de mordants (fer et aluminium) plus ou moins concentrés dans du vinaigre et elles les ont testés en peignant sur des toiles de coton
Certaines ont suivi les explications presque au pied de la lettre, nous avons ajoutè le sulfate de cuivre en bleu clair
Certaines ont suivi les explications presque au pied de la lettre, nous avons ajoutè le sulfate de cuivre en bleu clair
D'autres ont commencé à dessiner tout de suite
D’autres ont commencé à dessiner tout de suite
La toile d coton doit sécher et pourra être teinte
La toile d coton doit sécher et pourra être teinte

Vous pouvez en savoir plus sur ces ateliers de Santa Fe dans la présentation pour l’IFPECO de Madagascar en 2017 disponible sur academia.edu et sur slideshare.net.

Magie des combinaisons

Quelle magie, les couleurs se combinent bien, on n’a pas besoin de les séparer avec une couleur neutre: blanc, gris, beige, marron. noir… Rien n’est trop criard. C’est encore une histoire de chimie verte, chaque plante contient un certain nombre de colorants, certains de ceux-ci se répètent dans différentes plantes…

Il y a donc comme un continuum entre les différentes couleurs à l’opposé des anilines qui sont des colorants purs, sans mélanges…

Echantillons de couleurs végétales obtenues sur soie par Aranya Natural - Fondation Indienne
Echantillons de couleurs végétales obtenues sur soie par Aranya Natural – Fondation Indienne

Magie de recycler

La teinture naturelle permet de recycler un certain nombre de déchets de cuisine, de jardinage… C’est magique d’économiser sur une partie des matières premières. J’ai recyclé tant de déchets en teinture que j’ai déjà consacré un article complet à ce sujet.

D’autant plus que l’idéal est de travailler avec de l’eau de pluie qu’il est souvent facile de récupérer. Certains mordants peuvent être aussi de récupération, vinaigre de mauvais vin ou cidre qui tourne (mais aussi fait à partir de n’importe quel déchet sucré ou qui contient de l’amidon), cendres et même urine, si cela ne vous fait pas peur (cela est utilisé traditionnellement partout dans le monde), vieux clous ou ferrailles pour la « soupe de clous« … Même les casseroles peuvent être de récupération, une fois, quand j’étais en France chez mes parents, j’ai accompagné mon père à la déchetterie ou il voulait se débarrasser de choses encombrantes, et nous sommes revenus avec deux casseroles et une pile de drap ou de nappes anciennes en lin, en parfait état et tout propres… Tout cela m’a bien sûr beaucoup servi…

Casserole récupérée à la déchetterie de Loches, avec des ecoprint entrain de macérer
Casserole récupérée à la déchetterie de Loches, avec des ecoprint entrain de macérer

Magie des teintures spéciales

Teindre c’est très intéresssant, mais si on peut faire des dessins non teints sur une surface teinte, c’est encore mieux, d’autant que cela permet de faire des toiles multicolores! Ce sont les techniques de réserves.

Ikat

C’est une technique très ancienne, pratiquée dans différentes partie du monde (en Amérique Latine, elle est encore pratiquée au Pérou, et par les Mapuche sur la laine). Je l’ai vue pratiquée en Malaisie, quand je suis allée à l’ISEND de Kuching et à Madagascar lors de l’IFPECO 2017.

Ikat de raphia et soie domestique, création de Terre-Là, association de femmes à Mahajunga, Madagascar, animée par Andrée Mathilde Etheve
Ikat de raphia et soie domestique, création de Terre-Là, association de femmes à Mahajunga, Madagascar, animée par Andrée Mathilde Etheve
Détail d'un ikat exposé pendant l'IFPECO de Madagascar
Détail d’un ikat exposé pendant l’IFPECO de Madagascar
Nouage d'un ikat de raphia, lors de l'exposition à l'Alliance Française d'Antananarivo
Nouage d’un ikat de raphia, lors de l’exposition à l’Alliance Française d’Antananarivo
Elimination des liens de réserve sur une chaîne d'ikat en raphia teinte à l'indigo, à l'Alliance Française d'Antananarivo
Elimination des liens de réserve sur une chaîne d’ikat en raphia teinte à l’indigo, à l’Alliance Française d’Antananarivo
Chaîne d'ikat prête à être tissée, motifs traditionnels malgaches
Chaîne d’ikat prête à être tissée, motifs traditionnels malgaches

C’est une technique qui demande beaucoup de temps, car il faut attacher les fils de chaîne (mais aussi parfois de trame ou des deux à la fois) de manière à empêcher les colorants de pénêtrer sur ces zones, l’opération peut être répétée plusieurs fois à différents endroits si on veut des dessins multicolores.

Puis on monte la chaîne sur le métier définitif et on tisse. Le résultat peut montrer de petits décalages qui sont typiques de cette technique.

A Kuching, j’ai vu des pièces en coton fin, filé à la main, avec des dessins traditionnels très compliqués avec au moins deux bains de teinture. Edric Ong propose des vêtements en soie avec double ikat combiné avec le Batik.

Ikat ancien, représentant un rêve. selon la tradition, exposé au Muséede Kuching
Ikat ancien, représentant un rêve. selon la tradition, exposé au Muséede Kuching
Démonstration de tissage d'ikat au Musée de Kuching
Démonstration de tissage d’ikat au Musée de Kuching
Création du dessin du rêve, nouage des réserves
Création du dessin du rêve, nouage des réserves
Ikat en cours de tissage, celui-ci a eu deux bains de teintures avec création de réserves au préalable
Ikat en cours de tissage, celui-ci a eu deux bains de teintures avec création de réserves au préalable

Batik

Le batik est une autre technique de réserve, cette fois-ci sur la toile tissée, à l’origine en utilisant de la cire chaude, mais aussi en utilisant des pâtes qui serviront de blocage pour la teinture, généralement à base de farines…

L’usage de la cire exige de travailler avec des bains froids ou tièdes, car la cire d’abeilles fond à 60º C.

Avec mon ami Hilaire à Madagascar nous avons essayé le batik avec de la cire d’abeilles sur de la soie que nous avons teinte à la cochenille.

Le résultat n’était pas tout à fait celui prévu, nous avons eu beaucoup de difficultés à enlever la cire qui a d’ailleurs laissé des marques jaunes, le résultat a été cependant assez satisfaisant, l’écharpe s’est vendu dans la semaine qui suivait, elle est partie en France.

Batik sur soie à la cochenille qui vient juste de sortir de la casserole
Batik sur soie à la cochenille qui vient juste de sortir de la casserole
Après élimination de la cire
Après élimination de la cire
Artiste indonésien faisant une démonstration de batik lors des atelier de l'ISEND à Kuching, après l'application de la cire chaude au pinceau, il vaporisait des teintures d'autres couleurs sur la toile tendue entre deux poteaux
Artiste indonésien faisant une démonstration de batik lors des atelier de l’ISEND à Kuching, après l’application de la cire chaude au pinceau, il vaporisait des teintures d’autres couleurs sur la toile tendue entre deux poteaux

Shibori

Le shibori est une technique très pratiquée encore aujourd’hui au Japon, où de nombreuses variantes ont été développées et poussées à l’extrême, mais on la rencontre traditionnellement en Afrique et sur des textiles préincas au Pérou (Paracas, il me semble).

Cela fonctionnent bien avec des toiles fines (et même sur papier comme le fait Ana Lisa Heldstrom qui a édité des DVD à ce sujet, j’ai eu la chance de la rencontrer lors de l’IFPECO de Madagascar en 2017), car on y applique des noeuds et/ou des broderies qui sont éliminés après teinture. Ces attaches qui doivent être très serrées empêchent la pénétration des teintures et permettent des effets très variés.

Shibori basique qui commence à changer de couleur, double magie, celle de l'indigo et la créativité des noeuds
Shibori basique qui commence à changer de couleur, double magie, celle de l’indigo et la créativité des noeuds

Ecoprint

Il ne s’agit pas d’une technique de réserve mais plutôt d’impression, bien que parfois les feuilles agissent aussi comme réserve…

L’ecoprint est une technique récente, née en Australie qui permet de teindre avec seulement des feuilles, des tiges, éventuellement des pièces en fer rouillé… Cette technique ne nécessite pas forcément d’être chauffée, si l’on est patient… Dans cette techniques, les feuilles, les fleurs, les vieux clous… s’impriment de différentes manières, c’est si magique que je lui ai consacré un article.

Ecoprint sortant de la casserole, il faut terminer d'enlever les feuilles
Ecoprint sortant de la casserole, il faut terminer d’enlever les feuilles
Détail lors du repassage, feuille de rosier
Détail lors du repassage, feuille de rosier

Une variante de l’ecoprint que nous avons testé à La Redonda, est le martelage de feuilles entre deux tissus.

On martèle la feuille avec un marteau de carreleur en caoutchouc, ici feuille de ricin
On martèle la feuille avec un marteau de carreleur en caoutchouc, ici feuille de ricin
Résultat avant lavage
Résultat avant lavage
Impression révélée et fixée dans un bain de soupe de clous (acétate de fer)
Impression révélée et fixée dans un bain de soupe de clous (acétate de fer)

Magie de vivre et travailler avec des produits sains

Pour commencer il vaut mieux teindre des fibres naturelles, cela tombe bien, c’est meilleur pour la santé et on les trouve normalement adaptées au climat… Le coton pousse dans des régions chaudes où il convient de le porter, la laine provient plutôt de zones plus fraîches et permet de mieux se protéger du froid…

De plus, la majeure partie des plantes tinctoriales sont médicinales…et même souvent comestibles.

Vivre la magie

Je vous invite donc à vivre la magie de la teinture naturelle, teinture « slow », responsable, « recyclante », respectueuse de la nature, à portée de main de tout un chacun. C’est ma vie depuis plus de 10 ans, cela m’a aussi permis de voyager et d’en apprendre encore plus…

Ces voyages ont toujours été trop courts, c’est pourquoi je prévois un tour du monde technologique de la teinture naturelle et des textiles… J’espère pouvoir m’échapper rapidement vers de nouvelles cultures…

Préjugés sur la teinture

Que de préjugés!

Il y a beaucoup trop de préjugés concernant les teintures naturelles. Nous allons donc passer en revue les principaux préjugés qui circulent par ici et sur internet…

C’est long

Il est évident qu’il faut plus de temps pour teindre naturellement, mais tout travail artisanal est long. Mais quand on travaille avec des matériaux nobles (demandez à un orfèvre combien de temps il passe à limer, poulir et nettoyer ses pièces), il ne faut pas le faire dans l’urgence, cela ne peut que nuire au résultat.

Il faut prendre le temps de récolter les plantes (sauf si vous travaillez avec des colorants naturels préparés), bien laver les fibres, mordancer… laisser tremper… Mais il faut voire le bon côté des choses, c’est quand même agréable de ramasser des plantes qui vont nous offrir de si belles couleurs.

Le temps passé à teindre n’est rien à côté du temps passé à préparer et filer les fibres, nous travaillons donc avec des matières nobles qui méritent mieux que quelques poudres pétrochimique qui contiennent souvent du chrome, du cadmium ou d’autres métaux toxiques.

Il faut à peu près 3 kg de plantes pour un kilo de laine, cela signifie que la casserole est occupée essentiellement par les plantes et qu’il ne reste que peu de place pour les fibres, si l’on teint en un seul bain. ce qui est le plus économique en énergie. Si l’on filtre le bain de teinture, qu’on le laisse refroidir, comme il se doit pour ne pas endommager les fibres (surtout pour la laine et la soie), il faut être patient pour faire le second bain…

Casserole pleine de plantes, ici certainement de la sorona ou brea, avec peu de laine, sans préjugés, nous utilisons ici des
Casserole pleine de plantes, ici certainement de la sorona ou brea, avec peu de laine, sans préjugés, nous utilisons ici des « mauvaises » herbes qui donneront un joli jaune

C’est difficile

Nos ancêtres qui n’avaient pas tous moyens techniques dont nous disposons le faisaient et même mieux que la plupart d’entre nous. Sans doute prenaient-ils leur temps. Souvent, les teinturiers traditionnels n’obtiennent que certaines gammes de couleurs et se spécialisent avec les moyens à leur disposition, certaines connaissances techniques et botaniques se perdent car elles ont été discréditées… Certaines plantes disparaissent avec leur milieu…

Malgré toutes ces difficultés on peu trouver des plantes tinctoriales, même dans la cuisine. dans la rue…

Teinture au feuilles de carrotes. essais de différentes fibres, mordancées à l'alun, lors d'un atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentine
Teinture au feuilles de carrotes. essais de différentes fibres, mordancées à l’alun, lors d’un atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentine

C’est facile

Penser que c’est facile, n’est pas mieux. N’importe quoi peut colorer mais ne teint pas de manière correcte, Il y a des informations qui se perdent à chaque transmission.

Certaines teintures, même faciles à mettre en oeuvre comme les épluchures d’oignons ne fonctionnent pas toujours, il faut utiliser celles des vieux oignons de garde et laisser tremper quelques jours avant.

Quand c’est trop facile, il n’y a plus de magie, ici on a intérêt à développer de bonnes notions de chimie et de botanique, ces deux deux sciences peuvent être utiles dans d’autres domaines de la vie.

C’est sale

Un des mots latins pour désigner les teinturiers était « infectores », il est vrai que certaines plantes tinctoriales peuvent être assez puantes (sans parler des techniques d’extraction de la pourpre des murex), parfois et même souvent on utilisait l’urine (une amie de l’île Maillen, tout près de Puerto Montt, me racontait que quand sa mère voulait teindre, elle faisait uriner ses 9 enfants dans un seau).

L’urine est utilisée traditionnellement dans beaucoup de techniques artisanales anciennes (soudure en bijouterie, avant que les Arabes nous fassent découvrir le borax, et elle devait provenir d’un petit garçon avant sa puberté, sa composition chimique change par la suite et elle ne sert plus), de même que les bouses de vaches et crottins de cheval (moules pour fondre à la cire perdue)… Autrefois, on tannait les peaux avec des crottes de chiens (grâce à des bactéries qu’elles contiennent)…

Il n’y a pas à s’étonner que l’urine ait été utilisée en teinture, elle servait de mordant, pour les bains d’indigo… Nous avons d’autres substituts. Cependant, l’urine sort stérile de notre corps et de nombreuses médecines traditionnelles, telle l’ayurvédique (Inde) l’utilise abondamment…

Je me demande jusqu’à quel point nos antiseptiques chimiques (chlore, mercurochrome, formaldéhide, trichlosan…) généralement cancérigènes sont propres?..

Cependant, la plupart des teintures naturelles respectent nos notions d’higiène actuelles, qui ne sont pas aussi anciennes que l’on pourrait le croire (la plupart datent seulement du XIXème siècle). Il y aurait beaucoup à commenter à ce sujet.

On n’obtient pas ce qu’on veut

Pour cela, il existe des systèmes de tests, de gamme de couleur. Michel Garcia a beaucoup travaillé sur ce sujet dans ses livres et ses DVD et démonte cee genre de préjugés. Mais la réplication à l’identique n’est pas forcément souhaitable, s’agissant d’un travail artisanal, sauf dans des cas précis comme la restauration de textiles anciens.

La surprise est aussi excitante, quand on ouvre un shibori ou un ecoprint, c’est très gratifiant.

Ecoprint sur soie, à Madagascar avec Hilaire
Ecoprint sur soie, à Madagascar avec Hilaire

Toutes les couleurs ne peuvent pas être obtenues

Sauf, les couleurs fluo, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et du prisme peuvent être obtenues, certaines plus facilement que d’autres, j’en conviens, mais beaucoup de connaissances botaniques de nos ancêtres se sont perdues, certaines plantes on pu disparaître.

Il faut aussi savoir que beaucoup de plantes tinctoriales étaient cultivées sur de grandes extensions, notamment pour les rouges (garance et figuiers de barbarie pour la cochenille) et les bleus (pastel et indigofera), et jouaient un rôle économique très important.

Echantillons de différentes fibres teintes naturellement à Lauris lors d'un atelier de Marie Marquet à Couleur Garance
Echantillons de différentes fibres teintes naturellement à Lauris lors d’un atelier de Marie Marquet à Couleur Garance

C’est trop pâle!

Il y a certainement un problème de mordançage, de qualité des fibres (sont-elles vraiment naturelles?) et de quantité de matières tinctoriales. Les couleurs pastel peuvent être intéressantes et j’ai aussi consacré un article aux déceptions qui peuvent nous arriver quand on débute.

Cette fleur bleue doit donner du bleu…

Il s’agit d’une grosse erreur, les couleurs son profondément cachées dans la chimie de la plante et est rarement apparente, la plupart des fleurs violettes donnent des jaunes, l’indigo est dissimulée dans les feuilles de certaines plantes, et le rouge de la garance dans ses racines… La lavande m’a donné un beige jaunâtre foncé…

Cela ne marche pas

Ce n’est pas parce que l’on nous dit sur internet que c’est facile que cela fonctionne toujours au premier coup, il s’agit d’un apprentissage qui demande de nombreux essais, il y a de nombreux paramètres à prendre en compte.

Il ne faut pas oublier que certaines fibres, en particulier parmi les synthétiques, ne prendront jamais la teinture.

Il circule aussi de nombreux mensonges tels que la teinture à la betterave rouge… Je la pratique comme contre exemple lors de mes formations

Teinture aux feuilles de betterave, bien émincées pour qu'elles donne plus de couleur. contre exemple lors d'un atelier à Santa Fe, Argentine
Teinture aux feuilles de betterave, bien émincées pour qu’elles donne plus de couleur. contre exemple lors d’un atelier à Santa Fe, Argentine

Ce n’est pas solide

Je parle longuement du sujet des grands et petits teints dans un article dédié à ce sujet. Le type de fibres teintes et le lavage (pour enlever tout type d’apprêt, de charge et de graisse) et le mordançage sont des sujets de première importance…

Ce n’est pas stable

Il s’agit d’une variante du sujet précédent, le curcuma, le choux rouge, le jus de mûres, et de nombreux fruits peuvent donner de jolies couleurs, mais elles ne sont pas stable et varient au contact d’acides et des bases… Il est certainement facile de teindre ou plutôt de colorer avec, mais il faut savoir que le résultat ne sera pas durable, c’est peut-être un peu dommage si l’on teint des laines spéciales ou de la soie…

Par contre, ces teintures peuvent être intéressantes pour teindre des sels de bains, des savons… ou pour peindre avec des enfants.

Cela coûte cher

On peut teindre avec des déchets, comme je l’explique dans un article précédent. Et on peut obtenir d’excellents résultats, si l’on se donne la peine d’essayer. Quand j’ai commencé à teindre à La Ligua, puis à Longotoma, je n’avais que très peu de moyens, mais j’ai beaucoup appris ainsi, peut-être plus que maintenant où je vis chez Rincón de Angel, ou j’ai toutes sortes de laines à ma disposition.

L’essentiel du coût est de réserver une bonne casserole pour la teinture (ne plus l’utiliser pour la cuisine) et l’énergie pour chauffer les bains, ce qui n’est pas toujours nécessaire.

On ne peut pas faire cela avec des enfants

Encore une fois, cela est faux, avec un minimum de précautions, mais il est tout à fait possible de teindre avec des enfants, ils se passionneront vite pour les couleurs saines. J’ai déjà consacré un article à mes expériences dans ce domaine.

Atelier teinture a7ux pelures d'oignons et cochenilles avec des enfants, médiathèque de Loches
Atelier teinture a7ux pelures d’oignons et cochenilles avec des enfants, médiathèque de Loches

Et si on essayait d’oublier les préjugés

Une fois que l’on aura écarté tous ces préjugés, il faut choisir les bonnes plantes sur les bonnes fibres, avec le bon mordançage et la voie est ouverte à de nombreuses recherches et applications.

Pour lutter contre ces préjugés

Le mieux, c’est teindre le plus souvent possible, faire le maximum d’essais, ici aussi l’expérience est notre meilleure alliée. C’est la pratique qui nous enseigne, car les livres peuvent être très utiles, mais ni les photos, ni les mots ne peuvent remplacer les essais que l’on peut faire et qui donne parfois des résultats différents de la théorie.

Envoyons ballader les préjugés et découvrons la magie des teintures naturelles…

Connaître 5 choses

5 choses à connaître pour teindre naturellement

Il y a beaucoup à connaître pour bien teindre avec les plantes, les anciens teinturiers élaboraient des nuanciers très précis, comme celui que commente Dominique Cardon dans son livre.

Livre de Dominique Cardon commentant un cahier d'échantillons d'un teinturier peu avant la Révolution Française
Livre de Dominique Cardon commentant un cahier d’échantillons d’un teinturier peu avant la Révolution Française

Au Moyen âge, en Europe, comme l’explique Michel Pastoureau, les teinturiers étaient très spécialisés en une ou au grand maximum deux couleurs.

Connaître les fibres

Premièrement, il faut se donner la peine de connaître les fibres, sous peine de gaspiller de l’énergie et de la matière tinctoriale inutilement, ce qui est anti-économique et anti-écologique. C’est encore une histoire de chimie.

En effet, toutes les fibres n’ont pas la même affinité pour les teintures et cela un problème ancien, les Européens ont longtemps espionné en Orient pour obtenir le rouge d’Andrinople sur coton…

Et maintenant, avec toutes les fibres et artificielles et synthétiques, le problème s’est complexifié, il est parfois difficile de savoir la composition d’une fibre et si celle-ci va pouvoir se teindre.

Il faut aussi se donner la peine de bien laver les fibres pour bien les dégraisser. En effet, pour la filature industrielle, on pratique ce qui s’appelle l’ensimage, opération qui consiste à pulvériser des huiles sur les fibres, sinon elles s’accrocheraient dans les machines et les bloqueraient.

Ce traitement s’applique à tous les types de fibres.

Il faut donc éliminer ces huiles d’ensimage (pour certains laines bas de gamme, il s’agit de parafine, ce qui pas très sain), sinon on teindrait les huiles et la teinture s’en irait au lavage. C’est aussi ce qui arrive à ceux qui dégraissent mal leurs laine de mouton avant de teindre.

Cependant, pour la filature artisanale, il est beaucoup plus agréable de filer la laine sale (avec sa précieuse lanoline) et de la dégraisser une fois filée.

Les différentes fibres ont leur texture particulière qui peut s’apprécier au microscope et explique les raisons pour lesquelles elles sont ou moins faciles à teindre. Ces structures microscopiques interviennent lors de la teinture en complément de la composition chimique de la fibre.

Tests de reconnaissance

Il existe de nombreux tests pour reconnaître les fibres, peut-être dans un prochain article sur ce site, ou sur le nouveau en espagnol, je publirais un article résumant les différents livres qui traitent du sujet.

Lors du premier atelier à Santa Fe, Argentine, une des stagiaires qui était pharmacienne, nous a fait un petit résumé. Nous avions testé les toiles supposées être en coton, pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

Nous avons brûlé des échantillons pour constater leur odeur typique à papier brûlé et nous avons fait aussi un test de teinture au thé (une des teintures les plus solides).

Tests des toiles brûlées
Tests des toiles brûlées
Test de la teinture au thé
Test de la teinture au thé

Nous n’avons pas eu de mauvaises surprises.

Fibres animales ou protéiques

C’est le meilleur des cas, il s’agit de la laine de mouton, des poils d’animaux divers (alpagas et autres camélidés, lapins et chèvres, angora, poils de chiens, cheveux humains… et bien sûr la soie).

Même dans cette catégorie, la teinture n’affectera pas de la même manière, même entre les différents poils… Certains sont plus lisses et ont plus de mal à se teindre ou plutôt nécessitent une plus grande quantité de matière tinctoriale.

La soie doit être traitée avec plus d’attention, car elle est plus fragile.

En général, les fibres animales supportent assez bien les acides dilués, mais plutôt mal les produits alcalins.

Fibres végétales ou cellulosiques

Ici on retrouve: le lin, le coton, la ramie, le raphia, le sisal, le jute, le chanvre, fibres de bambou, de bananier, de bouleau, d’ortie, de liber de tilleul… nombreuses fibres végétales ont été oubliées et demandent à être redécouvertes… Pour certains textiles archéologiques, il n’a pas encore été possible de déterminer à quelle plante appartiennent les fibres.

Différentes fibres, de haut en bas, soie sauvage, soie domestique non décreusée, soie décreusées (fibres animales), puis sisal, fibre de bananier et raphia de Madagascar
Différentes fibres, de haut en bas, soie sauvage, soie domestique non décreusée, soie décreusées (fibres animales), puis sisal, fibre de bananier et raphia de Madagascar

Si l’on désire que la teinture se maintienne, surtout dans le cas des vêtements qui doivent pouvoir être lavés… sauf cas de teinture avec des plantes à tanins, il faudra mordancer d’une manière spéciale.

Contrairement aux fibres animales, les fibres végétales supporte bien les produits alcalins ou basiques et plutôt mal les acides.

Fibres artificielles, bien les connaître

En général, elles sont à base de cellulose végétale fondue et refilée, comme c’est le cas de la viscose (qui se teint très bien), mais les procédés d’obtention sont généralement très polluants (à base de solvants organiques volatiles tels que l’acétone) et en outre sont souvent très inflammables…

Mais il en existe aussi à base de protéines comme le lanital à base de lait, des fibres de soya… Il me semble cependant insensé d’élever des vaches pour ne récupérer que la caséine de leur lait pour faire des fibres, alors qu’on a que l’embarras du choix avec les plantes… et par ailleurs des gens meurent de faim!

Je n’ai donc pas testé ces fibres et je ne pense pas le faire.

Fibres synthétiques, à connaître aussi

Elles sont très nombreuses et changent de noms selon les pays, il en apparaît toujours de nouvelles et sont souvent mélangées entre elles ou avec des laines, du coton ou d’autres fibres…

Il faut donc tester, il me semble que les fibres naturelles sont toujours supérieures.

Fibres minérales

Il s’agit de:

  • fibres métalliques (or, argent, cuivre…)
  • amiante (interdit car cancérigène)
  • fibres de verre

Elles ne peuvent pas être teintes naturellement.

Autres matières

Plumes

Les plumes se teignent bien car elles sont d’origine protéique.

Il est à noter que selon une découverte récente, la couleur des plumes n’est pas due à des pigments ou colorants (sauf quelques cas de jaunes), mais à des trous microscopiques qui absorbent ou reflètent la lumière de manière différente selon leur forme…

Papier

Le papier se teint très bien, surtout s’il n’est pas blanchi au chlore.

Nous avons fait des tests lors des cours à la Redonda, Santa Fe (Argentine).

Echantillon de papier teint avec les fleurs de jacaranda, lors de l'atelier à Santa Fe, Argentine
Echantillon de papier teint avec les fleurs de jacaranda, lors de l’atelier à Santa Fe, Argentine

 J’ai aussi suivi un cours passionnant qu’avait donné une artiste du papier naturel (Aydée …) à Lauris, chez Couleur Garance. Elle avait teint des fibres de papier végétal avec de la garance, c’était très beau.

Papier végétal artisanal avec fibre teintes avec racines de garance moulues
Papier végétal artisanal avec fibre teintes avec racines de garance moulues

Le papier peut aussi être travaillé en ecoprint, c’est vraiment très beau.

Bois

Le bois peut être teint, mais vu que c’est un matériaux très absorbant, il vaut mieux faire des laques à base de pigments végétaux, ainsi que l’explique Michel Garcia.

Le rotin est souvent teint.

Pierres, coquilles, céramique, plâtre

Cela peut être possible dans certains cas, nous avons fait des essais à La Redonda, mais ce sont aussi des matériaux très absorbants.

Coquillages teints avec les peaux d'oignons lors de l'atelier à la Esquina Encendida, Santa fe, Argentina
Coquillages teints avec les peaux d’oignons lors de l’atelier à la Esquina Encendida, Santa fe, Argentina
Coquillages teints avec diffèrentes plantes et de la cochenille pour le mauve, parfois avec des échantillons de laines qui les ont accompagnés lors de la teinture
Coquillages teints avec différentes plantes et de la cochenille pour le mauve, parfois avec des échantillons de laines qui les ont accompagnés lors de la teinture
Perles en céramique sortant de leur bain de teinture, à La Redonda, Santa Fe
Perles en céramique sortant de leur bain de teinture, à La Redonda, Santa Fe

J’ai essayé de teindre des perles de rivière avec la cochenille, elles ont pris un ton rosé très pâle et ont perdu un peu de leur éclat.

J’aimerai bien pouvoir teindre de la cire, j’ai été contactée récemment par des étudiants de Santiago pour teindre des préparations de laboratoire en biologie, pour les observer au microscope.

Connaître les plantes

C’est indispensable, car il faut s’attendre à des résultats similaires avec des plantes de la même famille, mais on peut parfois avoir des surprises, de plus, il vaut mieux éviter les plantes toxiques.

Palqui ou parqui, à Concón
Palqui ou parqui, à Concón

Il convient de savoir quelles parties utiliser dans la plante, les colorants se concentrent parfois dans certaines parties. Souvent la couleur est bien cachée.

Connaître les plantes à tanins

J’ai déjà rédigé deux articles sur le thèmes des plantes à tanins et sur les couleurs qu’ils nous permettent d’obtenir.

Grenadier en fleur, avec quelques fruits en formation, bonne plante à tanins
Grenadier en fleur, avec quelques fruits en formation, bonne plante à tanins

Connaître les plantes à flavonoïdes

Elles sont très nombreuses. Je parle aussi longuement des plantes à flavonoïdes et des autres plantes à jaunes dans un article, je me permets donc de vous y renvoyer pour ne pas me répéter inutilement.

Les feuilles de ronces avec les jeunes rameaux, excellente solution de taille, teignent d'un joli jaune, en dégageant une agréable odeur de confiture, présence de tanins, les épines piquent encore après cuisson
Les feuilles de ronces avec les jeunes rameaux, excellente solution de taille, teignent d’un joli jaune, en dégageant une agréable odeur de confiture, présence de tanins, les épines piquent encore après cuisson

Connaître les plantes à anthocyanes

Il s’agit de la plupart des baies et fruits rouge à noir, les plantes pourpres, certaines fleurs, ce ne sont généralement pas des colorants très stable ni chimiquement, ni à la lumière…

photo

Connaître les plantes à anthraquinones

Elles donnent de jolis tons roux, rouge… beaucoup appartiennent à la famille des rubiacées, comme la garance, principal représentant en Europe, mais il existe des équivalents partout dans le monde.

Connaître les plantes à indigo

Les plantes à indigo nous donnent le bleu, couleur rare dans la nature, en combinaison avec une teinture avant ou après en jaune, on peut obtenir de jolis verts, ce qui est généralement difficile à obtenir avec une seule plante.

En combinaison avec les roses et rouges, on obtient des violets et pourpres, ces combinaisons étaient déjà utilisées dans l’antiquité pour imiter la pourpre des coquillages.

Dans toutes les régions du monde, il y a des plantes à indigo, on peut citer les différents indigotiers, le pastel, la renouée des teinturiers, le strobilanthes, certaines autres ont été complètement oubliées ou n’ont pas été exploitées.

Connaître les champignons et les lichens

Un certain nombre  de champignons, généralement toxiques teignent et permettent d’obtenir tout l’arc-en-ciel. Malheureusement, j’ai bien lu plusieurs livres à ce sujet en plus des chapitres concernant les champignons dans les livres de Dominique Cardon, mais je n’ai guère eu l’occasion d’essayer à part quelques lichens appelés au Chili « barba de palo » qui donne des jaunes-roux intéressants…

Connaître les teintures animales

Cochenilles, kermès, lack et pourpre de murex ou autres coquillages ont depuis longtemps uilisés pour des teintures de grand luxe.

De tout cela, il ne reste utilisée à grande échelle, que la cochenille provenant du Mexique et plus généralement d’Amérique Latine, parfois élevée ailleurs (îles Canaries, par exemple).

Le lack en Inde, set toujours produit, mais pour la résine et non plus pour le colorant, comme l’explique Dominique Cardon.

Quant à la pourpre de coquillages, elle est presque anecdotique malgré des recherches très intéressantes menées à Carthage (Tunisie)… Au Chili, les « locos » et « locates » très appréciés pour leur chaire, possèdent aussi une glande à pouvoir tinctoriale, mais elle est généralement rejetée à la mer lors du nettoyage des fruits de mer… Quel gâchis…

Connaître les mensonges

Tout ce qui tache ne teint pas!

La betterave rouge ne teint pas en rose, quelque que soit le mordant choisi.

Connaître les mordants

Connaître les mordants chimiques

Je parle longuement des mordants dans des premiers articles que j’ai écrits.

En principe, je travaille avec de la pierre d’alun (double sulfate d’aluminium et de potassium) ou du sulfate d’aluminium simple, de la soupe de clous (acétate de fer), du sulfate de fer, et assez rarement avec du sulfate de cuivre.

Connaître les mordants toxiques

Dans le passé, les industries textiles et papetières n’hésitaient pas à utiliser le plomb, l’arsenic et bien d’autres produits dangereux pour la santé, comme le cuivre, le chrome et l’étain…

J’étais assez surprise, il y quelques temps, de voir sur facebook, une femme aux Etats-Unis faire des essais de teintures naturelles avec des eaux d’une source très chargée en lithium…

Il me semble que les mordant, vu qu’ils aident à fixer la teinture sur leur support doivent rester présents sur celui-ci (ce qui n’est pas le cas des catalyseurs qui facilitent une réaction, mais ne doivent pas rester dans le produit final). Donc, si on utilise un produit dangereux son contact lors de l’utilisation des vêtements peut causer divers problèmes de santé.

C’est ainsi que de nombreuses personnes ont été empoisonnées au XIXème siècle (entre autres, paraît-il même Napoléon Ier) par des papiers peints (verts) à l’arsenic qui avec le temps dégageaient des gaz nocifs (voir Michel Pastoureau).

Livre sur le vert de Michel Pastoureau, quelle patience pour nous donner à connaître autant informations!
Livre sur le vert de Michel Pastoureau, quelle patience pour nous donner à connaître autant informations!

Connaître les mordants naturels

Il y a beaucoup à faire pour redécouvrir les mordants naturels, les associations de plantes… Pour cela, il faut étudier de très près les techniques des teinturiers traditionnels, écouter avec patience, faire des essais, car ils connaissent mieux que nous les plantes bioaccumulatrices (qui accumulent dans leurs tissus certains métaux: aluminium, fer, cuivre) et savent les utiliser à bon escient.

Connaître la patience

Teindre avec la nature suppose aller à son rythme, bien la connaître. Il faut donc être patient et rentrer dans un monde « slow » qui prend son temps pour bien faire les choses comme il faut…

Parfois, il faut semer des plantes tinctoriales pour pouvoir teindre avec, et dans certains cas il faut attendre jusqu’à 5 ans pour qu’elle donne une bonne qualité de teinture, comme dans le cas de la garance…

Si on veut travailler par fermentation, la teinture elle-même peut prendre facilement un mois…

Il faut aussi prendre le temps d’étudier des recettes, de faire des tests, de laisser tremper et refroidir…

Connaître son eau

L’eau que l’on utilise pour teindre a aussi son importance, son acidité ou sa dureté, ainsi que la présence de différents minéraux et métaux influencent les teintures.

Photo Fuente Mamiña

Connaître ses désirs

Il faut aussi savoir ce que l’on veut, certaines couleurs très chatoyantes (parfois très luxueuses, comme le saffran ou le carthame) peuvent être très fugitives, sans parler de la fameuse betterave.

Des règlements sont apparus très tôt dans l’histoire de la teinture concernant les grands et petits teints.

D’autre part, si on veut obtenir une couleur très précise, il faut s’attendre à devoir faire de nombreux essais, parfois à compléter les bains, les répéter, prendre note de toutes les étapes, garder tous les échantillons en mentionnant comment ils ont été obtenus, faire des tests avec différents mordants à différentes dilutions…

Conclusion

Outre ces connaissances basiques, il bon d’avoir de bonnes bases de chimie, les anciens teinturiers étaient souvent assimilés à des alchimistes (ancêtres des chimistes modernes)…

Une bonne formation en chimie aide à prévoir les résultats, à comprendre les bains ratés. La chimie me passionne bien que je ne sois qu’autodidacte en ce domaine, mais elle explique beaucoup de chose.

Cependant, les teinturiers traditionnels qui ne connaissent pas la chimie, ont une très bonne connaissance pratique des plantes, des fibres et autres mordants qu’ils utilisent, et travaillent souvent une gamme restreinte de couleurs. Ils ont un sens de l’observation et de l’expérimentation très développé et ont l’habitude de travailler avec ce qu’ils ont à leur disposition.

Heureuse de travailler la laine

Je suis heureuse de travailler la laine

Je suis très heureuse de travailler et de manipuler la laine, c’est la fibre que je peux travailler depuis la source au produit fini, il ne me manque que d’élever les animaux à tondre… J’espère que cela viendra (j’ai déjà fait un essai à Mamiña, avec des lapins angora)… J’aimerais aussi beaucoup essayer la sériciculture (élevage de vers à soie)…

Très heureuse, entrain de tondre un alpaga, à Concón, Bébé alpaga très curieux
Très heureuse, entrain de tondre un alpaga, à Concón, Bébé alpaga très curieux

La laine est la matière que j’ai en très grande quantité à ma disposition, ici à Puerto Montt, chez mon ami Angel, mais je m’intéresse aussi à toutes les autres fibres, surtout naturelles, bien que certaines soit rares et coûteuses ici (soie, lin, chanvre…).

Petite sélection de laines
Petite sélection de laines

A Madagascar, j’ai eu l’occasion de faire des essais avec la soie, le sisal, les fibres de bananier et le raphia.

Démostration de teinture à la cochenille sur différents types de fibres
Démostration de teinture à la cochenille sur différents types de fibres

C’est d’ailleurs, cet intérêt pour la diversité qui me pousse à me préparer pour un tour du monde textile et tinctorial. Je veux bien sûr retourner dans les endroits où j’ai eu des expériences de teintures intéressantes, mais il y a aussi beaucoup à apprendre en chemin

Si vous souhaitez organiser, là où vous vivez, une étape de formation et d’échanges techniques, n’hésitez pas à me contacter pour nous organiser.

Dans cet article, vous allez en apprendre plus sur moi.

Heureuse de filer

Débuts à La Ligua

J’ai appris à filer la laine il y a environ 10 ans, quand je vivais à La Ligua, qui est supposée être la capitale textile au Chili, c’était sans doute le cas il y a trente ans, où l’on entendait le bruit des machines à tricoter et des métiers à tisser, partout dans la ville.

Maintenant, la production a beaucoup diminué et est essentiellement à base de fibres syntétiques. Il y a un peu plus de dix ans, quand je vivais là-bas, j’ai tout de même trouvé une artisane qui a eu la gentillesse de m’enseigner à filer, il s’agit de Paulina de Origen Chile, je l’en remercie encore aujourd’hui,

Avoir appris à filer m’a beaucoup apporté et j’en suis heureuse. Cela n’est pas difficile, mais il faut de la pratique et c’est long, très lent. Au fuseau, mètre par mètre, au rouet électrique, c’est plus rapide, mais la qualité n’est plus la même. L’intérêt est que cela me permet d’obtenir un fil personnel qui ne peut pas se confondre avec un fil industriel. D’ailleurs, chaque personne qui file, file à sa façon, les femmes qui filent et vendent leur laine, la reconnaisse, même teinte parmi toutes les laines filées par leurs collègues.

Laines filées par différentes mains
Laines filées par différentes mains

Maintenant

Je trouve merveilleux de pouvoir partir d’une matière brute, directement de la tonte, d’en faire un fil, éventuellement de le retordre avec un autre, de pouvoir  mélanger cette matière brute avec une autre (de la soie, par exemple) ou avec une ou plusieurs autres couleurs, de tester les différents types de torsion, différentes textures… Les variantes sont infinies…

Laine de mouton en toison brute
Laine de mouton en toison brute

Filer permet d’occuper ses mains quand il fait froid, de ne pas rester à ne rien faire dans les temps d’attente, il m’arrive d’emmener de la laine et un fuseau quand je sors faire des démarches, d’ailleurs, je file aussi en marchant…

Filer comme culture

Je pense que l’on devrait enseigner aux enfants à filer, non seulement pour développer motricité fine et pour faire suivre des traditions qui risquent de se perdre, mais aussi parce que la filature au fuseau réunit un certain nombre de lois physiques et permet de les expliquer simplement (résistance, inertie, forces centrifuge et centripète…).

Filer pour la qualité

Filer moi-même ma laine me permet d’obtenir un résultat différent et donc une pièce unique non reproductible à l’identique, comme on le fait à La Ligua où tous se copient avec les mêmes matériaux de base (fils synthétiques, gammes de couleurs limitées, même si les hangars des marchands de « laine » sont impressionnants).

Sans le savoir, je suis rentrée dans le mouvement « slow« …

De plus, si je veux pouvoir être exigeante sur la qualité de laine que l’on me vend, je dois connaître tous les processus pour l’obtenir, les femmes qui me vendent leur laine savent que je file aussi et beaucoup ont amélioré la qualité de leur laine depuis la date où je suis arrivée à Puerto Montt.

Filer, c’est un peu méditer

Quand on file, on entre dans un autre monde, au fil des pensées qui vont et viennent, comme on analyse le fil qui se construit, petit à petit, on commence à voir les choses sous différents angles, à se poser des questions, à imaginer des expériences… Tisser et tricoter, avec leurs aspects mathématiques, permettent de poursuivre ces réflexions. Ces pratiques me font beaucoup de bien, et je ne voudrais pas être la seule à en bénéficier.

Heureuse de teindre

En même temps que j’apprenais à filer, je découvrais les teintures naturelles grâce à un livre de Dominique Cardon.

Livre de Dominique Cardon qui m'a donné les bases de ma nouvelle carrière
Livre de Dominique Cardon qui m’a donné les bases de ma nouvelle carrière

 La teinture est pour moi un vrai plaisir, la couleur modifie complètement la texture et la qualité de la laine, généralement en bien, parfois en mal, et ce si possible pour longtemps.

Quel plaisir que d’épuiser un bain (de cochenille, par exemple) et d’obtenir ainsi une série de couleurs en dégradé (certains bains semblent interminables), ou d’obtenir des laines multicolores, soit en reteignant, soit en jouant avec les mordants.

Tous ces roses saumon proviennent d'un seule et même bain de garance et cochenille qui n'en finit pas de s'épuiser, de ce bain sont aussi sortis quelques kilos de ruban à feutrer et de laine filée industriellement
Tous ces roses saumon proviennent d’un seule et même bain de garance et cochenille qui n’en finit pas de s’épuiser, de ce bain sont aussi sortis quelques kilos de ruban à feutrer et de laine filée industriellement

C’est aussi pour moi très agréable d’enseigner et de partager mes techniques.

Comment ne pas s’enthousiasmer quand on peut faire jaillir un jaune éclatant d’une simple « mauvaise herbe » comme la « sorona » ou « brea »… ou d’un déchet… On ne regarde plus son environnement de la même manière après ces simples expériences. Après, on voit des teintures partout… dans la cuisine, dans la rue, dans les poubelles… Il suffit d’essayer.

Jaune de sorona, plante détestée par tous ceux qui cultivent dans le nord du Chili - teinture lors du cours à Pica
Jaune de sorona, plante détestée par tous ceux qui cultivent dans le nord du Chili – teinture lors du cours à Pica

Certaines teintures peuvent être faites avec des enfants, il s’en émerveilleront.

Les enfants de Mamiña teignent du papier au choux rouge
Les enfants de Mamiña teignent du papier au choux rouge

Les matières tinctoriales sont très nombreuses et les techniques aussi. Il y a toujours de nouvelles expériences à faire, des plantes à tester, des essais de fermentation, d’ecoprint, de shibori, d’ikat…

A chaque teinture, j’apprends quelque chose, c’est aussi important

Heureuse de tisser

Après avoir obtenu une très ample gamme de couleurs naturelles, j’éprouve beaucoup de plaisir à les unir, les mélanger… en les tissant sur toute sorte de métiers, même en absence de métier véritable

Métier à tisser de fortune, à Concón
Métier à tisser de fortune, à Concón

Heureuse de tricoter

Non seulement je tisse, mais je tricote depuis l’enfance… le crochet me permet toujours d’unir les pièces tissées (je n’aime pas coudre, je couds donc au crochet).

J’ai beaucoup crocheté à différentes périodes de ma vie. Et, maintenant, je vis du travail de la laine, sous toutes ses formes.

Mon stand. lors de l'exposition à l'Alliance Française `à Antananarivo, MMadagascar, lors de l'IFPECO en mai 2017
Mon stand. lors de l’exposition à l’Alliance Française `à Antananarivo, MMadagascar, lors de l’IFPECO en mai 2017

Le crochet donne toutes les possibiltés: travaux plats, mais aussi en volume… qui peuvent s’aggrandir dans tous les sens, qui va de l’utile au simplement estéthique.

Chaque tissage est une expérience différente, il faut en tirer profit…

Heureuse de feutrer

Le feutre est une autre façon d’utiliser la laine avant sa filature. J’ai testé les deux techniques, humide avec l’eau et le savon et sèche avec les aiguilles.

Quelle surprise que de voir cette laine sans forme se compacter et prendre forme, passer d’un paquet de fibres de laines désordonné à une toile non tissée, mais résistante ou une pièce en volume et solide. unifiée, parfois souple et légère et presque transparent ou raide et compacte, en passant par tous les intermédiaires.

Là aussi, la couleur intervient, elles peuvent se fondre ou s’opposer.

On peut y inclure des fibres différentes, du tissu. des pièces de crochet, on peut le broder, l’imprimer, le feutre est donc une matière très versatile.

Echarpe en feutre brodée, teinte aux feuilles de noyers
Echarpe en feutre brodée, teinte aux feuilles de noyers

J’espèrais pouvoir recycler ainsi des laines courtes que les femmes qui filent ne veulent pas utiliser, mais cela n’est pas si facil, le nettoyage de ces laines est très long et je n’ai pas réussi à obtenir des résultats très satisfaisants. Et pourtant, on doit pouvoir partir de la laine brute.

Heureuse d’enseigner

Enseigner et partager mes connaissances et expériences est très bénéfique.

Quand j’avais ma petite imprimerie informatique, quand je suis arrivée au Chili, à Viña del Mar pour y rester en 1999, je faisais toute sorte d’impressions (cartes de visite, souvenirs, parchemins…) avec mon client à côté et je m’efforçais de me plier à ses désirs…

Maintenant, il en est de même avec les formations qui doivent s’adapter à chaque cas… Par exemple, pour le cours de teintures naturelles à La Redonda, Santa Fe, Argentine, ils ont voulu travailler surtout avec le coton, parce qu’il faisait très chaud déjà, et que la laine n’est pas courante dans cette région, je m’y suis adapté, et cela a été passionnant pour moi, l’expérience a été si intéressante que j’ai choisi d’en parler lors de ma présentation à l’IFPECO de Madagascar en mai 2017, plutôt que de parler des quatre dernières années à Puerto Montt, où je vis au milieu de la laine.

Technique à l'indigo de réserve à l'argile de Michel Garcia complétée à l'argile de couleur par des stagiaires céramistes
Technique à l’indigo de réserve à l’argile de Michel Garcia complétée à l’argile de couleur par des stagiaires céramistes

Je souhaite donc multiplier à l’infini ces expériences…

Heureuse de toutes les rencontres

Je suis heureuse de toutes les rencontres faites lors de mes cheminements. Je pourrais écrire tout un livre sur les personnages de Mamiña, ce village vit à la fois décalé du monde moderne et est en même temps trop proche de la modernité qui menace de l’engloutir…

A chaque étape, j’ai connu des gens qui me donne envie de revenir…

Parfois, heureuse de vendre

J’ai parfois le bonheur de vendre… Ce n’est pas aussi facile que l’on pourrait le croire, le temps n’est malheureusement pas valorisé, ni l’expérience… comme si les choses se fabriquaient toutes seules…

C’est tout de même agréable de voir ses créations appréciées… Cela a été le cas lors de l’IFND à Taiwan où j’ai vendu plus de la moitié des deux valises de tricots et tissages en laine que j’avais amenées. J’ai été vraiment très agréablement surprise, vu qu’il fait très chaud à Taiwan.

Pourquoi suis-je aussi heureuse?

Une autre des composantes de mon bonheur sont les voyages. Ma passion m’a permis de voyager, et je me prépare pour un long voyage d’investigations et d’échanges sur ces techniques…

La lecture, technique, mais aussi diverse est une partie importante de ma vie, malheureusement la culture a un coût élevé ici.

Je suis aussi heureuse d’être apicultrice

Cela n’a peut-être rien à voir avec le sujet, mais ce sont les abeilles qui m’ont introduite dans le monde de l’écologie, j’y étais déjà sensible, mais en théorie, pas dans la pratique. J’avais encore quelques rûches quand j’ai commencé à teindre avec les plantes…

Un des trois essaims d'abeilles que j'ai récupéré à Longotoma
Un des trois essaims d’abeilles que j’ai récupéré à Longotoma

En découvrant les abeilles, j’ai aussi compris beaucoup de relations entre la chimie et beaucoup de choses, entre autre la teinture naturelle…

J’ai aussi découvert une apicultrice, mon amie Lucia à Rancagua… avec elle nous avons aussi fait des expériences de teintures naturelles…

Comment suis-je heureuse?

Les découvertes quotidiennes pratiques et théoriques me rendent heureuse et me poussent à en faire toujours plus. Et le plus beau de tout cela, c’est que je le fais d’habitude avec peu de moyens… Parfois moins est mieux!

Et si je partageais ce plaisir?

C’est ce que j’essaie de faire avec ce site et avec les formations. Et je continue à vous proposer d’organiser de nouvelles expériences… pour innover en retournant aux traditions…

Conclusion

Ma vie consiste donc, maintenant, à manipuler la laine ou d’autres fibre par tous les moyens possibles pour obtenir des objets de toutes sortes…

Je m’intéresse aussi à tout ce qui est tresses, cordons, mais aussi dentelles, frivolité… et autres techniques anciennes, voire « primitive » qui sont parfois fort compliquées et très créatives…

J’aime mélanger les techniques, elles se complètent… et m’enseignent des détails qui peuvent être importants.

Cette vie me permet de toujours apprendre, ce qui allie l’utile à l’agréable et j’en suis heureuse…

Tisser avec le métier Maria

Comment tisser avec le métier María

Dans un article précédent, j’ai expliqué les qualités de ce métier à tisser intermédiaire entre les cadres à clous, les métiers anciens, traditionnels, à pieux, mapuche… et les métiers dits « professionnels » à pédales.

Maintenant, je vais vous montrer comment le tisser…

Petite pièce tissée, avec des restes de laines teintes naturellement
Petite pièce tissée, avec des restes de laines teintes naturellement

Préparer la chaîne

Pour ce métier à tisser, la préparation de la chaîne est une étape de première importance, car les erreurs gêneront durant toute la durée du tissage. Donc pour bien tisser, il faut faire très attention à l’installation de la chaîne.

D’autre part, il faut aussi essayer d’économiser les matières premières, les laines de chaîne doivent être de la meilleure qualité possible, elle doivent résister aux mouvement du peigne (qui s’il est mal pensé, peut user et couper les fils de chaîne). Donc, il faut au moins une fibre à deux fils, pour la solidité. Cela a un coût, surtout si on travaille avec des fibres filées artisanalement.

C’est la raison pour laquelle je prépare des chaînes les plus longues possibles. Je coupe les pièces une fois tissées, et renoue les futures franges pour recommencer une nouvelle pièce.

Mes premières chaînes longues devaient mesurer 5-6 mètres, dès que j’ai commencé à travailler avec ce métier à tisser, en revenant de Santa Fe (Argentine), à Mamiña.

L’idéal est de monter la chaîne à l’extérieur, mais en évitant les jours de vent, celui-ci peut emmêler les fils, et il a tendance à allonger certains fils plus que d’autres.

Montage de chaîne sur métier à tisser María à Mamiña
Montage de chaîne sur métier à tisser María à Mamiña
Montage d'une chaîne sur métier à tisser María, lors du cours que j'ai donné à Pica
Montage d’une chaîne sur métier à tisser María, lors du cours que j’ai donné à Pica

A Puerto Montt, j’ai de la place je monte des chaînes de plus de 10 mètres, récemment, je suis allée donner un cours à Andacollo, nous avons monté une chaîne de 18 mètres de long.

J’ai donc moins de pertes que si je monte 6 ou 7 chaînes de 2,50 m (par exemple, dans le cas des jetées de lit), ou l’on perd toutes les attaches des deux côtés. Il y a des gens qui coupent les fils de chaîne un par un, ils ont beaucoup de perte, on ne tend pas toujours pareil les fils, à la sortie du métier le tissage se rétrécie dans les deux sens, il faut donc en tenir compte dans les calculs…

Je préfère monter de longues chaîne, mesurer mes pièces au fur et à mesure du tissage, et couper quand je veux, je renoue la chaîne et continue jusqu’à épuisement de la chaîne, ainsi je l’utilise à fonds.

Je vais donc vous montrer le montage d’une chaîne de 10 m, étape par étape, sur un métier d’1.20 m de large au moyen de photo.

Le métier doit être bien fixé à une table inamovible. La chaîne va s’accrocher à une barre, ou à un pieux.

Les fils passent en double dans les fentes du peigne.

Les fils passent double dans les fentes et vont s'attacher sur l'ensouple arrière
Les fils passent double dans les fentes et vont s’attacher sur l’ensouple arrière

Enrouler la chaîne sur le métier à tisser

Avant, je coupais la chaîne et en faisait une ou plusieurs chaînettes géantes avec toute la chaîne, o la chaîne divisée en trois ou quatre parties.

Premiers essais de montage de chaîne
Premiers essais de montage de chaîne

Maintenant, une fois la chaîne tendue, je la coupe, et la noue en la lissant bien à un objet (actuellement une valise, j’ai vu une video sur internet où ils utilisaient une bouteille de 5 l d’eau). Avec ce système, je peux monter ma chaîne toute seule.

Attache de la chaîne sur la valise
Attache de la chaîne sur la valise
On tire la valise en enroulant la chaîne sur l'ensouple
On tire la valise en enroulant la chaîne sur l’ensouple

J’enroule la chaîne sur l’ensouple en tirant sur la valise, qui se rapproche petit à petit du métier sans s’emmêler.

Quand la valise est assez proche du métier, on peut détacher la chaîne et on continue à enrouler en lissant bien la chaîne
Quand la valise est assez proche du métier, on peut détacher la chaîne et on continue à enrouler en lissant bien la chaîne

Quand il ne reste presque plus de chaîne à enrouler, on dénoue la valise, on ne garde que le nécessaire pour nouer la chaîne sur l’autre ensouple ou s’enroule la toile.

On coupe les fils de chaîne pour les égaliser avant de les nouer. Je récupère ces déchets pour faire des franges…

On égalise les fils de chaîne avant de les sèparer entre fentes et trous et de les nouer
On égalise les fils de chaîne avant de les sèparer entre fentes et trous et de les nouer

Nous passons à l’étape suivante.

Séparer les fils pairs et impairs

A ce niveau, on peut désolidarisé le métier de la table. On va retirer un fil de chaque fente du peigne pour le passer dans le trou à côté. On le fait fil par fil.

On sépare les fils de chaîne entre les fentes et les trous
On sépare les fils de chaîne entre les fentes et les trous

Attacher les fils  de chaîne sur le métier à tisser

Une fois cette étape finie, on va attacher les fils de chaînes à l’ensouple sur laquelle va s’enrouler la toile tissée.

On va prendre ces fils par petits paquets (je prends habituellement 4 et 4) et je les noue sur la latte de bois qui est attachée à l’ensouple. Je les noue de façon à pouvoir les dénouer à la fin du tissage pour les transformer en franges.

Tous les fils de chaînes sont attachés
Tous les fils de chaînes sont attachés

Commencer à tisser

Et maintenant, on peut commencer à tisser.

Je laisse 3 trois fois la largeur de la chaîne de fil de trame sans le tisser.

Je tisse les premières trames (environ 10), en général, avec une laine fine, semblable à la chaîne.

On prépare la navette
On prépare la navette

On passe la navette dans l’ouverture des fils, on pousse le fil de trame vers soi, à l’aide du peigne, on inverse la position du peigne et on repasse la navette dans l’autre sens.

Passage de la navette, peigne en position basse
Passage de la navette, peigne en position basse
Passage de la navette, peigne en position haute
Passage de la navette, peigne en position haute

Une fois que l’on a une dizaine de trames tissées, on fait le point péruvien.

Premières trames passées
Premières trames passées

Je prends alors le fil que j’avais laisser en dehors du tissage. je l’enfile sur aiguille à canevas. Je vais faire le point péruvien pour bloquer la chaîne et la trame. Cela évite de faire des noeuds avec les franges.

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

En fin de compte, c’est un point de broderie. Je vais prendre deux fils de chaîne et trois de trame, j’obtiens un point oblique, qui bloque le tissage.

Point péruvien appliqué aussi bien à l'horizontal qu'à la vertical
Point péruvien appliqué aussi bien à l’horizontal qu’à la vertical
Je fais le point péruvien à la verticale, juste avant de rembobiner la toile
Je fais le point péruvien à la verticale, juste avant de rembobiner la toile
Ce chemin de table est parcouru sur toute s longueur par des points péruviens, il ne lui manque que les finitions
Ce chemin de table est parcouru sur toute s longueur par des points péruviens, il ne lui manque que les finitions

Ce point peut aussi s’utiliser à la verticale ou au milieu du tissage comme décoration. J’applique ce même point à la fin du tissage.

Point péruvien terminé, pièce prête à être coupée
Point péruvien terminé, pièce prête à être coupée

Mesurer les pièces à tisser

Pour mesurer les pièces, quand je vivais à La Ligua, on m’a expliqué comment faire, une petite astuce, il suffit d’un mettre ruban, ou mieux deux collés l’un à la suite de l’autre.

On le bloque quand on commence à enrouler la pièce, juste au début de la pièce. C’est bien pratique, mais pas tout à fait précis, car on tend la toile au fur et à mesure que l’on l’enroule et tisse, quand on coupe la pièce, celle-ci se rétracte, il faut en tenir compte. Cela dépend de la tension de votre chaîne quand vous travaillez.

Mètre de couturier coincé au début de la toile, il s'enroule au fur et à mesure que l'on tisse
Mètre de couturier coincé au début de la toile, il s’enroule au fur et à mesure que l’on tisse

Finir une pièce

Pour finir la pièce, je fais de nouveau un ligne de point péruvien en brodant 3 trames et déplacement sur le côté de 2 chaînes.

On fnit la pièce par le point péruvien
On fnit la pièce par le point péruvien
On termine le point péruvien en cachant le fil avant de le couper
On termine le point péruvien en cachant le fil avant de le couper

J’enroule un peu la toile pour les franges et je coupe.

On enroule la chaîne
On enroule la chaîne
On coupe la pièce en crèant des franges
On coupe la pièce en crèant des franges

Il suffit de dérouler l’ensouple et de dénouer les franges du début.

Pièce déroulée
Pièce déroulée
On dénoue les franges
On dénoue les franges
Franges dénouées, elles devront être égalisées
Franges dénouées, elles devront être égalisées

Les franges de la prochaine pièces seront certainement plus régulières.

Je ne suis pas obligée de couper à chaque fois, je peux laisser un vide et recommencer à tisser en bloquant bien avec le point péruvien.

On renoue les fils de chaîne pour commenceer une nouvelle pièce
On renoue les fils de chaîne pour commenceer une nouvelle pièce
Je termine la pièce en crochetant les bords
Je termine la pièce en crochetant les bords
Pièce terminée -chemin de table 2,30 x 0,33 m
Pièce terminée -chemin de table 2,30 x 0,33 m

Finir la chaîne

S’il reste un peu de chaîne, on peut le terminer en faisant de petites pièces, j’ai souvent fait des ceintures, ou de petites bandes que j’ai terminé en petites pochettes.

Fin de la chaîne, je fais le point péruvien de fin de pièce et je suis prête à couper
Fin de la chaîne, je fais le point péruvien de fin de pièce et je suis prête à couper
Vue arrière du métier
Vue arrière du métier
J'ai commencé à couper la quatrième et dernière pièce de cette chaîne
J’ai commencé à couper la quatrième et dernière pièce de cette chaîne
Quatrième et dernière pièce de cette chaîne juste sortie du métier, il lui manque les finitions sur les côtés, comme elle est presque blanche et lisse, je pense la teindre en ecoprint
Quatrième et dernière pièce de cette chaîne juste sortie du métier, il lui manque les finitions sur les côtés, comme elle est presque blanche et lisse, je pense la teindre en ecoprint

Le métier que j’utilise actuellement me permet d’utiliser à fonds mes chaînes, avant avec l’ancien métier, je le retournais et le tissais à l’envers.

Métier tissé des deux côtés
Métier tissé des deux côtés

Conclusion

Et nous sommes prêts pour commencer un nouveau tissage.

Nouvelle pièce commencée
Nouvelle pièce commencée
Nouvelle pièce en fin de journée
Nouvelle pièce en fin de journée

Les possibilités au niveau des points sont infinies, rayures, torsions de chaînes, broderie, trames supplémentaires… Puis, il faut jouer avec les différentes grosseurs et textures de fibres, les couleurs, si possible naturelles

Petit échantillons de laines teintes naturelles attendant de rencontrer un métier à tisser
Petit échantillons de laines teintes naturelles attendant de rencontrer un métier à tisser

Je prévois un autre article présentant des points particuliers et éclairant certains détails, j’attends vos questions…

Beiges, brun, marron, café…

Les beiges, c’est courant

Après les jaunes, les beiges sont très faciles à obtenir, le plus souvent sans mordant. Cela est très intéressant. Eviter d’utiliser de l’aluminium (pierre d’alun, sulfate d’aluminium), c’est une économie, c’est écologique, mais aussi un supplément de santé…

Les beiges sont recherchés

Ce sont des couleurs sobres. sans prétention, qui se combinent bien avec les autres. Je viens d’aller donner un cours à une dame qui voulait teindre de la laine pour la vendre à ses amies de la haute société, les couleurs qui l’intéressaient le plus étaient en particulier des beiges et non les rouges de cochenille. J’étais un peu surprise, mais cela était très intéressant.

Ce sont aussi des couleurs peu salissantes, donc pratiques à porter.

Il y a une très grande variété de beiges, bruns, marrons, café… ils peuvent être teinté de rosé, de vert, de jaune…

Michel Pastoureau en parle peu, mais c’étaient des couleurs paysannes, faciles à obtenir, je pense en particulier aux tableaux des frères Lenain…

Comment obtient-on des beiges

Le arbres sont une grande source de beiges, bruns, café… une grande gamme de couleurs.

Ecorces, graines et feuilles mortes (à l’automne), de nombreux déchets des arbres nous donnent ces tons, dans une gamme très amples…

Arbres sources de beiges, marrons, café...
Arbres sources de beiges, marrons, café…

Les beiges dans les fibres sans teindre

Avant de les teindre, de nombreuses fibres sont déjà colorées, en gris, beiges, marrons, et même éventuellement noires… parfois aussi, vertes, ou jaunes…

Teindre des fibres de couleurs permet d’obtenir des teintes plus foncées avec moins de matières tinctoriales, les cultures précolombiennes l’avait compris et le faisait courrament.

Moutons

Pas de moutons jaunes ni verts, mais gris, beiges, marrons, café, brun très foncés et quelques fois noirs, cela existe encore. Dans le nord de l’Europe, la plupart des brebis étaient noires, comme en témoigne une vieille comptine anglaise.

Les brebis brunes, au Sud du Chili, ont une laine très bonne, longue et agréable à filer, cependant, elles sont entrain de disparaître car le Ministère de l’Agriculture pousse à l’élevage de moutons pour la viande, donc à laine courte, sans laine sur le ventre… La vente de la laine ne justifie plus l’élevage de brebis pour la laine…

Il nous reste donc des laines courtes, blanches, pas aussi fines, souvent récupéré dans les tanneries, après traitements à la chaux ou d’autres bases qui maltraitent la laine et la rende rèche… et à l’opposé un peu de mérinos dans la zone de Punta Arenas, mais qui s’en va directement à l’exportation.

Alpagas et autres camélidés

Les alpagas et les llamas, qui sont les camélidés domestiqués ont des robes qui vont du blanc très blanc au noir très noir, en passant par tous les tons de beiges, de marrons, mais aussi de gris.

LLamas beiges et marrons à Mamiña
LLamas beiges et marrons à Mamiña

Les camélidés sauvages (guanacos et vigognes) sont général beige claire avec un peu de blanc pour les vigognes. Ces couleurs leur permettent de se camoufler dans les zones semi-désertiques où ils vivent. La laine de vigogne étant très appréciée pour sa finesse et sa douceur. Par extension, la couleur de la vigogne, sur les autres laines est très appréciée dans le nord de l’Argentine, comme en témoignent les femmes qui ont informées Celestina Stramigioli dans ses livres très intéressants sur les teintures naturelles dans la région de San Juan et de Santiago del Estero, en Argentine.

Vigognes, près d'Uyuni, Bolivie
Vigognes, près d’Uyuni, Bolivie

Je suis allée, il y a quelques années, à un Tinkuy de Tejedores, à Cusco, au Pérou, un grand professeur expliquait qu’il y avait un problème de blanchissement des troupeaux d’alpagas.

Lapins angora

Les lapins, angora ou pas ont des fourrures de couleurs très variées à l’instar des camélidés. Cependant, les blancs sont plus courants, parce qu’un lapin donne très peu de laine, et pour une production régulière on tente d’uniformiser les couleurs.

Lapin angora à Iquique
Lapin angora à Iquique

Chèvres angora

Je n’en suis pas spécialiste, il me semble que la variété de couleurs doit être semblable à celle des autres races de chèvres. Mais le blanchiment des troupeaux a certainement eu lieu.

Diapositive extraite d'une présentation sur un cours que j'ai donné sur l'ecoprint
Diapositive extraite d’une présentation sur un cours que j’ai donné sur l’ecoprint

Cotons anciens, lins, chanvre et autres fibres végétales

Les cotons anciens étaient bruns, roux, verts ou beiges, et ont été blanchis par sélection par les paysans au cours des siècles. C’est pourquoi, maintenant on est habitué à des cotons blancs, et bien blancs.

Plan de coton à Paipote, près de Copiapó, Chili
Plan de coton à Paipote, près de Copiapó, Chili

Les autres fibres naturelles ne sont pas naturellement blanches, le lin, le chanvre, le jute… doivent être blanchies chimiquement et cela a longtemps été un problème, jusqu’à la découverte de l’eau javel… l’eau oxygénée est même plus efficace et pose moins de problèmes.

Soie sauvage et domestique

La soie sauvage est naturellement beige, la soie domestique est généralement blanche, mais il existe des bombix qui donnent des cocons jaune (jusqu’au jaune d’or) et parfois verts.

Soie domestique blanche et soie sauvage beige
Soie domestique blanche et soie sauvage beige
En haut, soie sauvage filée, en bas, à gauche cocons de soie sauvage, à droite soie domestique naturellement colorés, provenant de Madagascar
En haut, soie sauvage filée, en bas, à gauche cocons de soie sauvage, à droite soie domestique naturellement colorés, provenant de Madagascar

Le beige comme fond

Tisser avec un fond beige ou gris, peut être intéressant, vu que la plupart des couleurs se combinent bien avec un tel fond. Autant en profiter.

Feutre brodé et surtissé, fond beige d'eucalyptus
Feutre brodé et surtissé, fond beige d’eucalyptus

Il peut être intéressant de teindre des toiles anciennes, nappes, draps, napperons avec du thé, par exemple, pour leur donner un air rétro.

Et, si l’on veut des tons plus foncés

Comme je l’expliquais au début de l’article, nous beaucoup avons à notre disposition beaucoup de plantes qui donnent des tons de beige.

Il existe différents types de tanins.

Tanins à beige

Fougères, grenades. thé, châtaignes, boldo, gale du chêne, peaux de grenades, rumex, et autres plantes à tanins peu colorants…

Tanins plus colorés

Mais souvent, il ne suffit pas d’augmenter la quantité de plantes à teindre, il faut chercher des plantes à tanins foncés (eucalyptus, acajou, noyer, chataigner, mélèze, pommes…).

Si l’on épuise les bains de ces plantes à tanins colorés, on obtient des beiges.

Quand les beiges virent au gris

Les beiges, proviennent de tanins ne sont pas insensibles aux modificateurs… et quand ils rentrent en contact avec du fer (soupe de clous – vinaigres et clous, sulfates de fer), ils virent au gris plus ou moins foncé.

C’est ainsi que l’on faisait des encres à écrire avec les écorces de grenades et du fer.

Conclusion

Il ne faut pas se priver de ces teintures sans mordant, ou qui peuvent même servir de mordant naturel, souvent à partir de déchets. Que de belles couleurs  et faciles à obtenir!

On ne doit donc pas être déçu quand on obtient un beige, on peut toujours reteindre.

Graines pour teindre

Graines et fruits peuvent aussi teindre

Pourquoi ne pas travailler avec les graines et fruits?

La nature est généralement très généreuse en ce qui concerne les graines et les fruits, les plantes ne pouvant pas se déplacer elles-mêmes, les graines sont une admirable solution. Le vent, l’eau, les animaux et même les êtres humains les transportent et les resèment (voir Francis Hallé).

Vue que les graines sont le plus souvent en surnombre, on peut en profiter pour en réutiliser un peu pour teindre…

Quel est l’intérêt des graines

Les enveloppes des graines contiennent généralement beaucoup de tanins pour les protéger contre les animaux qui pourraient les manger.

Les glands, les marrons, les gousses de mimosa…

Je n’ai pas encore testé les glands, c’est plutôt rare au Chili, la plupart des chênes ont été remplacés par des eucalyptus et des pins… mais, par les livres (Dominique Cardon…), je sais qu’ils peuvent être utiles en teinture.

J’ai testé les bogues de marrons d’Inde, et j’ai obtenu un beige.

Les gousses de mimosa, comme celle de tous les acacias sont bourrés de tanins et devraient être intéressantes à essayer, ces arbres en produisent vraiment beaucoup.

Graines d'espino (acacia) pas encore mûres
Graines d’espino (acacia) pas encore mûres
Mimosa en fleur à Longotoma
Mimosa en fleur à Longotoma

Je n’ai pas testé les réceptacles des graines d’eucalyptus, c’est beaucoup plus simple avec les feuilles et l’écorce.

Teinture à l'eucalyptus avec la super casserole
Teinture à l’eucalyptus avec la super casserole

Les pommes de pin, ainsi que les aiguilles et les écorces de ces arbres doivent contenir des tanins, mais je ne les ai pas essayés.

Les châtaignes, les pistaches, les amandes…

Vu que ces graines sont comestibles et très bonnes pour la santé, mieux vaut les manger et utiliser les déchets pour la teinture. Dans le cas des châtaignes, on peut aussi bien utiliser les bogues que les enveloppes dures que l’on ne consomme pas.

Les écorces des amandes m’ont donné une couleur rosée cuivrée qui m’a beaucoup plû.

En Equateur, j’ai testé l’écorce de noix de coco, le résultat était un peu décevant, mais je n’ai pas tenté de reteindre ensuite.

Des graines spéciales: les noix

Comme dans le cas des châtaignes, l’écorce dure des noix peut être utilisée. Mais la partie la plus intéressante est l’enveloppe qui est molle, d’abord verte puis marron foncé, c’est le brou de noix, bien connu en menuiserie.

L’idéal est de le laisser fermenter un maximum de temps, afin qu’il libère le plus possible de colorant. Cela donne de très jolis bruns très solides dont la réputation n’est plus à faire.

Marron au premier plan, teinture au brou de noix
Marron au premier plan, teinture au brou de noix

Les fruits non mûrs

Les fruits verts qui tombent des arbres après une tourmente ou des pluies trop violentes sont aussi bourrés de tanins, ils peuvent remplacer les mordançages classiques à l’alun.

Et les noyaux

Les noyaux d’avocats servaient à marquer de manière indélibile les vêtements des enfants pour l’école, simplement avec une aiguille ou une épingle. N’étant pas très friande de cet excellent fruit, je n’ai pas encore eu l’occasion de l’essayer, ce que tester ce sont les feuilles qui sont intéressantes.

Quand, je vivais à Mamiña, j’ai récupéré un sac de noyaux de mangue dans un café qui offrait des jus naturels sur le marché d’Iquique. J’ai obtenu un jaune rosé très intéressant.

D’autres noyaux peuvent êtres utilisés, je pense aux jolis noyaux de néflier, de lucuma, ils sont si beaux, je n’en ai pas encore eu l’occasion.

Je serai curieuse de tester les noyaux d’olives, de pêches, d’abricots, de prunes, de cerises, chirimoya… malheureusement je suis trop mauvaise consommatrice de fruits pour pouvoir en réunir une quantité suffisante pour teindre, et je préfère les resemer.

Le maïs noir

A Iquique, on trouve un maïs noir, produit au Pérou. Je l’ai laissé tremper quelques jours dans de l’eau, puis je l’ai filtré, j’ai donc teint dans le jus violet foncé qui m’a donné un gris.

Le roucou

Le roucou est une graine utilisée comme épice dans les régions où cette plante pousse (en Equateur, elle très utilisée en cuisine, teint en rouge tous plats). En Amazone, il est utilisé comme peinture corporelle, certainement très bénéfique car doté d’un taux très élevé de vitamine A. C’est donc aussi un colorant alimentaire sans danger.

A Madagascar, il est aussi très utilisé en teinture, bien qu’il ne soit pas grand teint vu sa plus grande affinité pour les graisses.

Graines de roucou, lors de l'exposition d'Andrée Etheve au Centre Culturel Français, lors de l'IFPECO à Antananarivo en mai 2017
Graines de roucou, lors de l’exposition d’Andrée Etheve au Centre Culturel Français, lors de l’IFPECO à Antananarivo en mai 2017

Les baies

Un certain nombres de baies peuvent teindre, dans ce cas, ce n’est pas la graine, mais ce qui l’entoure et plus souvent la peau noire: sureau, mûres, maqui, mirtilles, cassis, raisins…

Malheureusement, ces teintures ne sont pas très fiables, varient avec le pH, et sont peu solides.

En outre, certaines sont toxiques: sureau yèble, parqui… mieux vaut les laisser aux oiseaux qui s’en nourrissent…

Les gales

Les gales sur les chênes, mais aussi sur beaucoup d’autres arbres, ne sont pas des graines, elles sont le résultat de la piqure d’un insecte pour pondre ses oeufs et de la réaction de l’arbre qui produit des tanins pour se protéger.

L’intérêt des gales, c’est qu’elles donnent des tanins très clairs qui n’influencent que très peu la couleur définitive tout en la fixant.

Gales du chêne
Gales du chêne

Eviter certaines graines

Je vous conseille pas les graines de parqui (parqui cestrum), j’en parle dans un autre article.

Quand on teint avec des fleurs qui ont de petites graines, il faut faire attention à ce que celles-ci ne viennent pas se coller dans la laine, je pense notamment aux bidens qui ont le don de s’accrocher partout, au Chili, on les appellent « amores secos » (amours sèches). cette plante donne un très joli jaune (utilisé par les Incas), je l’ai utilisée à Mamiña.

Bidens à Mamiña
Bidens à Mamiña

Les fruits murs du quintal du molle, sont très collants, et le restent même bouillis.

Quintral en fleur
Quintral en fleur

Comment utiliser les graines

L’idéal est d’utiliser essentiellement les enveloppes, gousses… et semer ou consommer ce qui peut l’être, comme dans le cas des noix, des châtaignes…

L’idée est d’utiliser avant tout, les déchets, comme par exemple, le marc de café, les épluchures (pommes, poires, châtaignes…).

Et si, le résultat était un mordançage

Il y a quelques jours, j’avais des graines de potiron et je me suis dit « pourquoi ne pas teindre avec? ». Alors, j’ai essayé, le résultat a été très décevant.

Laine teinte aux graines de potiron
Laine teinte aux graines de potiron

Puis deux jours plus tard, je lis sur internet, sur un document ancien sur les teintures domestiques en Angleterre, mentionnait les graines de potiron comme mordançage.

Je viens de mettre à tremper cette laine pour quelques jours avec une laine blanche sans traitement dans un vieux bain de garance et de cochenille, pour l’épuiser. Il va falloir attendre le résultat.

Laine teinte aux graines de potiron trempant dans un vieux bain de cochenille et garance, attandant quelques jours avant de bouillir
Laine teinte aux graines de potiron trempant dans un vieux bain de cochenille et garance, attendant quelques jours avant de bouillir

Et si, on veut semer les graines

C’est encore mieux et je vous y encourage vivement.

Lors du cours que j’ai donné à Pica, nous avons teint avec le tara (ceasalpina), avec ses graines, mais on a utilisé seulement les gousses, une des femmes qui assistait au cours, a emmené les graines chez elle, elle les a semées, elle a eu un grand nombre de petits arbres!

Graines de tara `Mamiña
Graines de tara à `Mamiña
Séparation des graines des gousses de tara lors du cours à Pica
Séparation des graines des gousses de tara lors du cours à Pica

L’idéal est d’ailleurs le plus souvent, de ne pas utiliser les graines, mais plutôt les enveloppes, dans les graines, il y a beaucoup d’amidon et celui-ci peut être gênant.

En effet, quand je vivais à Longotoma, j’ai essayé de teindre avec des graines de sorgho (curaguilla, utilisées au Chili pour que les poules aient envie de pondre). Je les ai fait fermenter pendant au moins un mois, avec la laine dedans, puis j’ai fait chauffer, cela a teint, un marron rose cuivré intéressant, mais le problème c’est que la laine en est ressortie très dure, malgré les rinçages, certainement à cause de l’amidon. Mais ma laine n’était pas seulement dure mais aussi cassante!

Conclusions

Les graines sont donc de bonnes ressources tinctoriales, il faut en profiter.

On reste souvent dans la gamme des beiges, brun rosé, mais on a souvent un mordant naturel qui peut être employé en combinaison avec d’autres plantes.

Ces tons s’harmonisent facilement avec les autres couleurs, ce qui est un avantage.

Raisons pour teindre

Pour quelles raisons teindre?

Après les saisons, je me suis demandée les raisons pour teindre. Elles sont nombreuses et anciennes.

Les raisons de l’histoire

Dès la préhistoire, on trouve des traces de teintures. Les humains avaient déjà certainement de bonnes raisons pour teindre.

Michel Pastoureau, mais surtout Dominique Cardon mentionne des découvertes de plantes qui ne pouvaient être que tinctoriales, par exemple des graines de sureau yèble (toxiques) lors de la fouille des restes d’un village lacustre néolithique en Suisse.

Au Pérou, on a découvert le plus ancien textile teint à l’indigo, il a plus de 6000 ans. Pourtant, l’indigo n’est pas visible dans la plante, il doit être extrait par fermentation.

Des documents sumériens donnent des recettes de teinture à la garance et à l’indigo pour imiter la très coûteuse pourpre animale… Puis, on retrouve ces recettes sur des papyrus égyptiens…

La magie et la religion, une bonne raison?

Les premières utilisations de la couleur, le plus souvent minérale (ocres, argiles, craie, charbon…), pigments retrouvés sur les peintures rupestres et pétroglyphes un peu partout dans le monde.

Mais on retrouve aussi partout les peintures corporelles… protection contre le soleil et certains insectes, pour faire peur aux ennemis, marque d’appartenance sociale, état civil,  de hiérarchie… représentant tout un code, qui sera plus tard remplacé par le vêtement dont la couleur reprendra une partie de ces rôles…

Crèmes de beauté malgaches à base de fruits de baobab
Crèmes de beauté malgaches à base de fruits de baobab

Les tatouages sont aussi des manifestations très anciennes de la couleur, de nombreuses momies égyptiennes (notamment au henné), mais aussi précolombiennes, même Ötzi portent encore ces traces de couleurs…

Importance sociale

Les différentes couleurs jouent un rôle social très important, qui diffère d’une société à l’autre (les perceptions ne sont pas les mêmes), et leur importance et signification évoluent aussi dans le temps. C’est ce qu’explique Michel Pastoureau dans son livre « Jésus chez le teinturier ».

Très vite, certaines teintures grand teint ou prestigieuses on été réglementées. Des lois sur les dépenses somptuaires exitent déjà chez les Romains, et se sont maintenu fort longtemps.

La couleur met en valeur tout ce quelle touche…

Un peu de couleur suffit pour égayer cette pièce. laine teinte au duraznillo, cochenille et indigo
Un peu de couleur suffit pour égayer cette pièce. laine teinte au duraznillo, cochenille et indigo

Raisons pratiques

Certaines laines (et même d’autres fibres, le lin n’est pas parfaitement blanc, le chanvre non plus, le coton était brun, roux, beige ou vert avant d’être blanc, certaines soies domestiques son jaunes ou vertes, la soie sauvage est brune) donnent parfois l’impression d’être sales (Michel Pastoureau parle même de teindre en blanc, ce qui a été longtemps un problème). Une fois teintes, elles sont beaucoup plus jolies (les fileuses de laine à Puerto Montt teignent systématiquement les laines un peu grises ou jaunâtres).

Fibres que j'ai ramene de Madagascar, de bonnes raisons de faire des essais teintures
Fibres que j’ai ramenées de Madagascar, de bonnes raisons de faire des essais de teintures

Et le pratique peut s’allier au plaisir…

Pour le plaisir

C’est toujours un plaisir de pouvoir teindre ou imprimer une matière brute. Et si le résultat n’est pas satisfaisant, on peut recommencer. C’est très amusant de jouer avec les mordants et les modificateurs. Que de surprises!

Ici, la laine tricolore, venait noire et blanche, je l'ai teinte en partie en jaune, l'autre partie en rose (cochenille)
Ici, la laine tricolore, venait noire et blanche, je l’ai teinte en partie en jaune, l’autre partie en rose (cochenille)

Teindre des fils permet aussi de broder des décors, de faire des brocard, des jacquard, des rayures, des écossais, des pieds de poules… du shibori, des ikat… des pochoirs, tampons, sérigraphie (j’oublie certainement d’autres techniques faisant appel à la couleur) et de faire varier ainsi les motifs.

Bonnets avec motifs de couleur
Bonnets avec motifs de couleur

Teindre pour la santé

De nombreuses plantes tinctoriales sont médicinales, peuvent repousser les insectes ou avoir d’autres effets bénéfiques pour la santé, tels que antiinflammatoires…

Les teintures naturelles obligent a travailler surtout avec des fibres naturelles qui sont normalement, si elles ne sont pas cultivées avec des pesticides (ce qui est souvent le cas du coton qui est aussi généralement OGM), sont beaucoup plus saines.

Que teindre?

Je travaille surtout avec la laine, c’est la matière première que j’ai à ma disposition en plus grande quantité, c’est le plus souvent le plus facile à teindre.

Un petit échantillon de teintures sur laine pour vous donner des raisons d'essayer
Un petit échantillon de teintures sur laine pour vous donner des raisons d’essayer

J’ai fait quelques tests sur le coton, la soie, le lin…

Test d'ecoprint sur lin
Test d’ecoprint sur lin

Mais on peut aussi teindre le cuir (en prenant des précautions, à froid), le bois (boutons, perles, par exemple), à Santa Fe, en Argentine, nous avons testé des coquillages, de la céramique, des plumes…

Michel Garcia, dans un de ses livres donne des explications pour teindre de l’osier, du cuir et même du plâtre.

Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées et mille bonnes raisons pour teindre
Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées et mille bonnes raisons pour teindre

Comment teindre?

Pour des raisons écologiques mais aussi économique, le mieux est d’utiliser des teintures naturelles, ce qui permet de renouer avec l’histoire et les traditions (les premières anilines datent des années 1850).

Nous devons aussi apprendre à utiliser toutes les vertus des fibres naturellement colorées, il y a des problèmes de blanchissement des troupeaux d’alpagas au Pérou, brebis au Sud du Chili. Il faut rediffuser les cotons anciens de couleur.

Teindre des laines grises ou beige, voir même plus foncées, peut être très intéressant.

Horizontal, laine blanche Vertical, laine jaunâtre ou grisâtre bonnes à teindre
Horizontal, laine blanche
Vertical, laine jaunâtre ou grisâtre bonnes à teindre
Laines blanches et grises et ruban cardé blanc, sortant d'un vieux bain de cochenille et garance inépuisable
Laines blanches et grises et ruban cardé blanc, sortant d’un vieux bain de cochenille et garance inépuisable

Teindre, c’est facile et passionnant

Si même nos plus lointains ancêtres teignient leurs vêtements et biens d’autres choses, pourquoi ne le ferions-nous pas?

De bonnes raisons pour apprendre
De bonnes raisons pour apprendre

Et en plus, on découvre toute la magie de la chimie verte et de la botanique (certaines de nos plantes à teindre peuvent se manger en salade et certaines salades peuvent aussi teindre), il m’est arrivé de teindre avec du coriandre fané, cela m’a donné du jaune.

Quelle surprise voir un bain tourner immédiatement au jaune en ajoutant un peu d’alun, et que dire de l’indigo!

Et, même les enfants peuvent teindre.

Petite fille peignant au choux rouge
Petite fille peignant au choux rouge

Et si on teignait?

Cest une des raisons de l’existence de ce site web. Osons teindre, et faisons-le proprement… Il est temps de passer à l’acte. Il y a beaucoup à faire, faisons-le pendant qu’il en est encore temps.

Je suis entrain d’écouter une conférence du philosophe Bernard Stiegler qui dit que « il faut que les gens retrouve du temps de savoir ». Et, dans mon cas je tente de maintenir des connaissances de gestes et techniques qui sont entrain de se perdre.

Conclusion

On a toujours de bonnes raisons pour teindre, et encore de meilleures pour teindre naturellement, et ainsi d’allier l’utile à l’agréable.

Mes recherches en teintures naturelles m’ont amenée à m’intéresser à la botanique et à l’agroécologie.

Saison pour teindre

Y-a-t-il une saison pour teindre?

A cette date de changement de saison (fin de l’été au Chili), cette question m’est venue à l’idée.

En fin de compte, on peut teindre à n’importe quelle saison, mais le travail de la laine est souvent une activité saisonnière comme la majeure partie des travaux agricoles. La production de la laine est un travail de longue haleine, heureusement il s’agit d’un produit non périssable… Il en est de même pour la soie.

Il y a une saison pour tondre

En général, on tond les moutons au printemps, si possible avant que les plantes ne montent en graines. En effet, celles-ci peuvent s’incruster dans la laine et la rendre très désagréable à filer, d’autant plus que certaines graines de plantes qu’apprécient particulièrement les moutons peuvent être très piquantes (alberjilla, par exemple), d’autres s’emmêlent comme les graines de marubio que les paysans de La Ligua appellent « clonques », elles sont pourvues de plein de petits crochets et se séparent quand on veut les enlever…

D’autre part, les moutons commencent à avoir chaud, la tradition veut que l’on ne tondent pas un mouton s’il a plu la veille. C’est pourquoi quand j’ai voulu apprendre à tondre les moutons, cette expérience a été reportée plusieurs fois à cause de la pluie, nous avons fini par tondre en janvier, ce qui est un peu tard, à La Ligua.

Tonte d'alpaga au Rancho Kawell, Concon
Tonte d’alpaga au Rancho Kawell, Concon, en fin de saison

Saison de lessives

Il vaut mieux profiter qu’il fait beau pour laver la laine. Mais la laine se file mieux si elle a encore sa graisse (la lanoline). Le lavage avant de filer de la laine de camélidés (alpaga, llama…) est déconseillé, le peu de graisse présente aide beaucoup à la filature de ces fibres très lisses et n’ont presque pas d’odeur.

Le lavage de la laine doit être assez délicat pour qu’elle ne feutre pas, il faut donc éviter les chocs thermiques. Ne pas la sortir brutalement d’un bain bouillant, je laisse systématiquement refroidir jusqu’au lendemain tous les bains de teintures, il doit en être de même pour les lavages. Mais un bon lavage est très important, sinon les teintures, même de grand teint ne se maintiennent pas…

Dans le Sud, que fait-on?

Dans la zone de Puerto Montt, on profite des clôtures en fils de fer barbelés pour étendre quelques temps les toisons aux intempéries qui élimineront la majeure partie de la poussière et un peu de suint. Il faut dire que le climat est très pluvieux normalement dans cette zone. Il faudra bien laver ces laines une fois filées.

Toisons de mouton accrochées sur la clôture au fond du champ
Toisons de mouton accrochées sur la clôture au fond du champ en belle saison

L’été, quelle saison!

Normalement, c’est la saison des ventes aux touristes, il y a beaucoup à faire… Il y a toutes les autres activités agricoles et commerciales…

Mais, cela peut être la saison idéale (avec le printemps) pour teindre, il y a plus de plantes… La laine sèche beaucoup plus vite, ce sont de bonnes raisons pour teindre si on en a le temps. On peut en profiter pour teindre à l’extérieur, c’est l’idéal.

Il faut penser à récolter les plantes, et les faire sécher si on ne teint pas tout de suite. En automne, on peut profiter des feuilles mortes… Chaque plante a sa saison, certaines disparaissent vite après la floraison pour laisser la place à d’autres…

L’artisanat est généralement une activité complémentaire, il est difficile d’en vivre exclusivement, d’autant plus qu’il s’agit d’une activité dévoreuse de temps. Et celui-ci n’est pas valorisé ici.

Saison pour filer

Avant de commencer à filer, il faut bien sélectionner les laines… Tous les moutons n’ont pas une bonne laine. Les brebis ont généralement une laine plus fine et plus agréable que les béliers… on doit souvent réserver leur laine pour faire des tapis (je me rappelle d’un bélier noir et blanc que j’avais tondu avec mon amie Raquel à Mamiña, il était beau, mais sa laine était très rèche, les brebis avaient une laine courte, mais très douce, on était obligé de la rincer avant de la filer à cause de la poussière acide qui venait de la mine de cuivre à 15 km, qui me fendait la peau des doigts quand je filais.).

Bélier à laine rèche, au premier plan, à gauche
Bélier à laine rèche, au premier plan, à gauche

Outre les différentes races, sur une même brebis, il y a différentes qualités de laines, il y en a de très sales, des courtes, des longues.

Entrain de sélectionner la laine pour la laver avant de la teindre en toison pour la carder
Entrain de sélectionner la laine pour la laver avant de la teindre en toison pour la carder

Les laines les plus courtes donneront des fils plus épais, les laines plus longues permettent de filer plus fin.

Photo

A Puerto Montt, les fileuses de laine, ne veulent que la meilleure laine, elles éliminent les pattes, la queue, le ventre, les laines courtes… Pour acheter 10 sacs de laines, elles en vident 25… D’autant plus que le Ministère de l’Agriculture, ici encourage à élever des moutons pour la viande (ils doivent avoir la laine courte, ne pas avoir de laine sur le ventre…), résultat: les brebis noires et grises locales (bien adaptées au climat et qui donnent de très bonnes laines) disparaissent. Il est vrai que le prix des toisons est dérisoire et que maintenant beaucoup ne savent pas quoi en faire, bien que beaucoup de femmes, ici, tentent d’arrondir leurs fins de mois en filant.

Nous n’avons malheureusement pas de jardin, sinon tous ces déchets de laine constituent un paillage très intéressant, je l’avais testé à Mamiña, en plein désert d’Atacama, j’avais abandonné pendant trois mois de voyage, la menthe avec un paillage de laine, et je l’ai retrouvée bien verte… La laine retenait l’évaporation de l’eau.

Menthe avec paillage de déchets de laine de llama et restes végétaux de teinture naturelle
Menthe avec paillage de déchets de laine de llama et restes végétaux de teinture naturelle

A Puerto Montt, nous avions aussi semer des pommes de terre dans des sacs de déchets de laine, ceux-ci venaient parfois avec des crottes de moutons. J’étais en voyage quand elles ont récolté et mangé les pommes de terre.

Pommes de terre qui poussent dans un sac de déchets de laine brute
Pommes de terre qui poussent dans un sac de déchets de laine brute

Que faire après la sélection?

Après la sélection, vient la préparation de la laine pour la filer. Le rêve de toutes les fileuses de laine est d’avoir une machine à carder. Elles ne sont pas toujours très efficaces. Sans moteur, c’est très fatiguant.

La première que nous avons achetée très chère, a les piquants trop petits et trop mous. Nous pensions pouvoir louer le temps d’utilisations aux femmes qui en avaient besoin. Mais la machine n’admet pas les laines sales. Même les laines propres doivent être ouvertes, préparées… sinon la machine se bloque. Enfin de compte, il faut lui faire avaler du ruban cardé à petite dose! c’est une machine pour artiste, pour mélanger des laines déjà cardées, rajouter de la soie, faire des mélanges de fibres…

Utilisation de la machine à carder, photo prise par une cliente de Rincón de Angel
Utilisation de la machine à carder, photo prise par une cliente de Rincón de Angel
Machine à carder inadaptée aux besoins locaux
Machine à carder inadaptée aux besoins locaux

J’ai fini par me faire faire un appareil que je traite de Viking, vu qu’il s’inspire d’appareils à carder qu’ils utilisaient. Il s’agit de deux planches avec des clous, l’une fixe, l’autre mobile, on y met la laine par petits paquets, on tire la planche mobile vers soi et la laine est presque prête à filer.

Préparant la laine lavée avec l'appareil
Préparant la laine lavée avec l’appareil « viking »

Chez Rincón de Angel, nous avons eu à la vente une machine à carder, dotée de rouleaux avec des clous, un peu plus efficace, mais je n’ai pas osé l’essayer avec de la laine brute.

Machine à carder à clous
Machine à carder à clous

En tout cas, la cardeuse n’élimine pas les déchets de végétaux, qui peuvent être nombreux si les animaux sont enfermés (souvent le fourrage est distribué dans le même enclos), vont se frotter contre des buissons épineux ou si la tonte n’a pas été faite dans un endroit propre.

Machine à carder à clous,plus efficace, je l'ai testée avec de la laine d'alpaga brute, des petits poils ont volé dans tous les sens
Machine à carder à clous,plus efficace, je l’ai testée avec de la laine d’alpaga brute, des petits poils ont volé dans tous les sens
Le résultat doit encore être préparé en petits rouleaux de mêche de cardage pour la filature
Le résultat doit encore être préparé en petits rouleaux de mêche de cardage pour la filature

Le plus simple est donc de préparer la laine à la main, cela permet d’éliminer un maximum de pailles, graines et autres déchets… Il faut éliminer toutes les pointes brûlées par le soleil et les poils plus durs. Tous ces déchets ont des noms en aymara. Tout ce nettoyage prend son temps et élimine du poids de laine. Une fois filée, le poids de la laine a diminué au moins de la moitié.

Laine d'alpaga prête à filer et petit fuseau
Laine d’alpaga prête à filer et petit fuseau

Cette étape est très longue, mais très importante, elle influe directement sur la qualité finale de la laine.

Mieux la laine est préparée, plus le résultat sera régulier, solide et agréable. Une bonne préparation permet aussi de filer une laine plus fine. La filature sera beaucoup facilitée par une préparation minutieuse.

Enfin la filature

Là, nous avons deux options: le fuseau ou le rouet.

Je préfère filer au fuseau, bien que cela soit beaucoup plus long, je peux le faire même en marchant… on contrôle mieux le résultat, bien que je ne recherche pas à obtenir un fil très lisse, presque industriel… Plus on file fin, plus ce travail est long.

Raquel, une amie Aymara de Mamiña montrant comment on file
Raquel, une amie Aymara de Mamiña montrant comment on file

Le rouet, peut être à pédale ou électrique. Il est plus rapide, mais la préparation de la laine est alors encore plus importante, car la machine ne laisse pas le temps d’éliminer les impuretés, graines, pailles… Le rouet a aussi tendance à trop tordre la laine, ce qui la rend dure et difficile à travailler.

Rouet électrique à poser sur une table et
Rouet électrique à poser sur une table et « aspa » pour préparer les écheveaux
Rouet à moteur électrique
Rouet à moteur électrique
Rouet à pédale
Rouet à pédale

En général, ici on file surtout en automne et en hiver, souvent les femmes se réunissent en « minga » pour filer. Les hommes aussi filent.

Le lavage intervient le plus souvent après la filature, il doit être minutieux pour enlever un maximum de graisse car celle-ci pertube la teinture. Traditionnellement, les femmes faisaient souvent bouillir la laine.

Ce dégraissage est aussi important, car si la laine reste trop longtemps avec sa graisse, celle-ci s’oxyde et jaunit la laine.

Pour mieux filer une laine lavée en toison, il peut être judicieux de l’humidifier, cela facilite la filature.

Une fois la laine filée, si elle est sale, il faut la mettre en écheveaux pour la laver et la teindre, si elle est propre et qu’on la garde nature, on peut faire des pelotes. On peut teindre des pelotes, mais il faudra les défaire pour les faire sécher.

C’est ce que je faisais à Longotoma, c’est très long… Je filais la laine une fois lavée, et je file en préparant déjà une bobine…

Laines enrain de sécher â Longotoma
Laines enrain de sécher â Longotoma

Et, la teinture?

La teinture intervient donc souvent un an après la tonte au retour de la bonne saison.

En général, on teint la laine une fois filée. On peut la teindre en toison, la teinture est plus profonde, mais celle-ci doit être bien dégraissée, elle est plus difficile à filer après.

Quand je vivais à Mamiña je pouvais teindre à peu près n’importe quand, sauf pendant les étés pluvieux (hiver altiplanique). Il y avait beaucoup de vent, en un jour ou deux les laines étaient sèches.

Laine entrain de sécher à Mamiña
Laine entrain de sécher à Mamiña

A Puerto Montt, il pleut presque toute l’année. Presque tout le monde utilise des cuisinières à bois, c’est très pratique pour teindre, surtout avec les plantes où il faut de longs temps de décoction.

Quand on teint avec des pigments naturels déjà préparé ou avec la cochenille, on ne dépend plus de la saisonalité des plantes…

Pas de saison pour l’ecoprint

Vu le peu de matériel végétal nécessaire pour l’ecoprint, on peut le pratiquer en toute saison, dans une casserole dédiée à cet usage, dans la cuisine… S’il fait froid, mieux vaut laisser tremper plus longtemps.

Quand je suis allée à Madagascar, c’était déjà le début de l’hiver (mai 2017), nous avons trouvé beaucoup de plantes intéressantes, les feuilles de rosiers, par exemple…

Mon ami Hilaire, découvrant un ecoprint sur une de ses écharpes de soie
Mon ami Hilaire, découvrant un ecoprint sur une de ses écharpes de soie

On peut aussi faire les poubelles du fleuriste du quartier, ou mieux se mettre d’accord avec lui, les déchets exploitables en toute saison sont nombreux et variés, de quoi tester de nombreuses plantes…

Conclusion

La teinture puis le tissage sont donc très rapides en comparaison au temps nécessaire à la préparation de la laine et à la filature. Si la laine est plus propre et mieux filée, elle se tricote ou tisse plus facilement.

Quand on voit une pièce artisanale terminée, il faut cumuler tous ces temps de travail et d’attente. Qui se donne la peine de faire cette analyse?

L’étape la plus longue semble être la vente du produit fini.

Des couleurs pour le plaisir

Teindre pour le plaisir des couleurs

Sauf l’exception paradoxale de la « teinture en blanc », dont Michel Pastoureau signale qu’elle a longtemps posé problème, teindre c’est faire pénétrer des couleurs dans des supports, et en général, il faut que ces couleurs se maintiennent…

C’est la grande préoccupation des teinturiers professionnels, obtenir de belles couleurs qui ne s’effacent pas…

Les couleurs ont une histoire

L’histoire des couleurs remonte à la préhistoire comme en témoigne Dominique Cardon dans ses livres… des graines, des restes de plantes, des fibres teintes… ont été découverts dans de nombreux sites archéologiques très anciens. On a retrouvé dans les Andes des fibres qui montrent des traces d’indigo vieilles de plus de 6000 ans et pourtant l’indigo n’apparaît pas à première vue dans les plantes.

Les couleurs ont dû fasciner les hommes depuis la préhistoire, comme en témoignent les merveilleuses peintures rupestres et pétroglyphes qu’ils nous ont laissés.

Je vous laisse un lien pour un documentaire de la Chaîne franco-Allemande Arte: https://www.youtube.com/watch?v=qw2ExfFo7h4 et https://www.youtube.com/watch?v=QqoujmOXI14&pbjreload=10 plus long, mais en espagnol.

L’antiquité était certainement beaucoup plus colorée que l’on se l’imagine. De nombreuses statues grecques ou romaines étaient peintes de toutes les couleurs…

Les premiers pigments étaient sans doute minéraux, mais les végétaux ont été très vite utilisés pour les peintures corporelles comme le roucou est encore utilisé en Amazonie… Malheureusement les végétaux laissent moins de traces que les minéraux.

Les couleurs, de grandes voyageuses…

Elles viennent de loin dans l’histoire de l’humanité, mais les couleurs peuvent souvent venir de pays lointains, elles ont de tout temps fait l’objet d’un commerce important, soit unies avec les fibres (soie, coton, laine…), soit à l’état de matières premières accompagnant souvent les épices…

Marco Polo parle à plusieurs reprise de textiles (notamment les différentes qualités de soie), mais aussi des teintures qu’il voit utiliser.

Les couleurs et les textiles ont provoqués les premiers cas d’espionnage industriel (voir Dominique Cardon et Michel Pastoureau). Les teintures ont même provoqué des guerres.

Des couleurs de luxe

La couleur est un luxe dans la plante, parfois elle est cachée (comme dans le cas de l’indigo et des tanins), la production de ces colorants a un coût énergétique pour la plante qui doit utiliser des ressources pour se défendre au lieu de se développer…  Parfois ces colorants n’apparaissent que dans certaines parties des végétaux, ou à certaines périodes de sa croissances, puis ils sont recyclés et transformés en d’autres molécules…

Francis Hallé explique dans une de ces vidéo comment une sorte d’acacias interagit avec des gazelles qui s’en nourrissent… par la production de tanins!

C’est pourquoi il faut de grandes quantités de plantes pour teindre, il y a aussi des saisons pour les récolter… Il faut aussi souvent les cultiver

Certaines couleurs luxueuses étaient souvent réservées aux élytes dans les sociétés anciennes et leurs usages étaient codifiés par de nombreuses lois somptuaires. Ces couleurs réservées ont évolué avec le temps et les codes de couleurs ne sont pas les mêmes partout dans le monde, ce sont des faits de sociétés qui évoluent.

Il existe une grande variété de plantes dites de petit teint qui étaient généralement réservées à un usage plus domestique, obligeant parfois à reteindre le vêtement quand la couleur était passée.

Des couleurs pour tous les goûts

Après ce bref résumé historique, passons à la partie technique… C’est pour moi un vrai plaisir de découvrir le résultat d’un bain de teinture, d’autant plus qu’à chaque fois je fais des tests, des expériences, je prends de nouvelles plantes, de nouvelles fibres, de nouveau mélanges, de nouveaux modificateurs…

Des couleurs surprenantes

Certaines plantes nous réservent des surprises… On attend du rouge et obtient du vert… Cela arrive parfois. Un joli vert clair avec des pétales d’hibiscus rouge foncé, suite à l’ajout de pierre d’alun…

Feutre, orange de garance, vert clair d'hibiscus
Feutre, orange de garance, vert clair d’hibiscus

La lampaya qui m’a donné un joli pourpre très solide lors du cours à Pica, alors que le livre qui en parlait, rédigé par des teinturières traditionnelles, indiquait un beige…

Teinture avec la lampaya
Teinture avec la lampaya

Une même plante peut donner des résultats très différents, suivant si l’on chauffe ou pas le bain. Michel Garcia indique dans l’un de ses livres comment on peut obtenir un arc-en-ciel seulement avec des feuilles de pastel.

Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées
Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées

Des couleurs épicées

Curcuma, saffran, roucou… teignent aussi. Malheureusement, ces teintures sont de petit teint. Le curcuma était cependant utilisé pour teindre les vêtements des moines bouddhistes.

Graines de Roucou, à l'exposition lors de l'IFPECO 2017, à Antananarivo, Madagascar
Graines de Roucou, à l’exposition lors de l’IFPECO 2017, à Antananarivo, Madagascar

Les couleurs qui s’accordent

Les couleurs naturelles semble se combiner toujours bien, certainement est-ce dû à la multiplicité des colorants présents dans chaque plantes, certaines les collectionnent comme la garance qui n’en compte pas moins de 19 différents.

Différentes plantes, qui donnent des tons différents peuvent avoir certains colorants en commun. Alors que les teintures chimiques se concentrent sur une petite variété de colorants.

Jolie gamme de couleurs naturelles
Jolie gamme de couleurs naturelles

Les couleurs qui varient

Il y a des couleurs très instables, qui réagissent aux alcalis et aux acides, par exemple toutes les  baies, le chou rouge…, certaines de ces teintures instables ont été utilisées pour fabriquer des réactifs chimiques…  Les teintures grand teint ont vite été privilégiées. J’ai aussi consacré un article à ce sujet d’importance historique.

Il y a aussi des mordants et des modificateurs qui permettent d’obtenir des gammes de couleurs assez variées à partir d’une même matière tinctoriales.

Fiches de résultats des modificateurs
Fiches de résultats des modificateurs

L’un des exemples les plus admirables est la cochenille, je lui ai dédié un article dès la création de ce site.

Laines teintes naturelles qui attendent d'être tissées
Laines teintes naturelles qui attendent d’être tissées

Des couleurs lumineuses

Il y a des teintures qui donnent des couleurs qui apparaissent très lumineuses, elles ont vite été sélectionnées par les premiers teinturiers, parfois malgré leur manque de solidité à la lumière, comme c’est le cas du rose de carthame.

On pense tout de suite à la gaude, à la cochenille… mais je rajouterais aussi des lichens appelés « barbas de palo », le schinus molle, le cuarasiña ou pin australien, la sorona ou brea, les feuilles d’eucalyptus et même parfois les épluchures d’oignons

Longotoma - Laines teintes à la cochenille, autres teintures de plantes de la région de La Ligua (centre du Chil)
Longotoma – Laines teintes à la cochenille, autres teintures de plantes de la région de La Ligua (centre du Chil)

D’autres teintures peuvent paraître plus éteintes, mais l’eau et le récipient utilisé pour teindre peuvent influencer la couleur, notamment les casseroles oxidées. Je parle des problèmes de casseroles dans un article sur une casserole un peu spéciale.

Ajouter des couleurs à des laines non blanches

Il peut être intéressant de teindre des laines grise, beiges ou marron. J’ai fait des essais avec la cochenille, mais aussi avec le jaune de ronce ou du canelo et avec l’eucalyptus, cela donne des résultats intéressants.

La laine marron du premier plan est celle du second passée dans un vieux bain de garance et de cochenille (rose à côté)
La laine marron du premier plan est celle du second passée dans un vieux bain de garance et de cochenille (rose à côté)

Pour teindre dans des couleurs très foncées et bien sûr en noir, il vaut mieux partir de fibres de couleur, cette couleur naturelle de base s’ajoute à la teinture en l’obscurcissant. Si la laine d’origine n’est pas d’une couleur uniforme, la teinture ne sera pas uniforme, mais cela peut être intéressant. Un animal n’est jamais d’un seul gris ou d’un seul ton de beige, il a toujours différentes nuances et parfois des taches de différentes couleurs, il faut savoir en tirer parti.

On peut le voir sur des textiles précolombiens, par exemple, ceux en très bon état et très luxueux de la jeune fille qui a été sacrifiée au Cerro Esmeralda, à Iquique (nord du Chili), que l’on peut voir au Musée d’Iquique. Les teintes ne sont pas tout à fait unis (notamment dans les rouges), car ils ont dû teindre des toisons beige (la vigogne n’a que très peu de poils blancs, le reste, la plupart du corps et les meilleurs poils sont beige, couleur vicuña).

Offrande textile qui accompagnait la jeune fille du Cerro Esmeralda à Iquique
Offrande textile qui accompagnait la jeune fille du Cerro Esmeralda à Iquique

Une amie Aymara, me racontait que les lamas et alpagas de plusieurs couleurs était sensés porter chance, ils ont d’ailleurs un mot pour les désigner.

Couleurs à bains successifs

Pour obtenir de jolis verts vif on est obligé de passer par deux bains successifs: un jaune et un d’indigo.

Les violets et les orangés peuvent aussi être obtenus par bains successifs, mais il y a aussi des solutions simples, pour les violets cochenille, bois de Campêche… pour les orangés cosmos sulfureus, par exemple, ou des mélanges de plantes….

Teinture terminée
Bonnet teint une première fois en jaune (oignons), puis reteint à l’indigo

Des couleurs dégradées

Selon la concentration de mordants et/ou de modificateurs, on peut imprimer sur des textiles différentes nuances, ont peut aussi jouer sur le temps de décoction et sur le degré d’épuisement des bains, car ceux-ci peuvent souvent être réutilisés plusieurs fois, en donnant des tons chaque fois moins saturés…

Des couleurs modifiées

J’ai consacré un article complet aux mordants et modificateurs qui permettent de changer complètement ou partiellement le résultat d’un bain. Lors des cours à Pica et à Santa Fe (Argentine), nous avons préparé des fiches résumant les résultats de ces tests. Ces fiches m’ont beaucoup appris.

Exemple de fiche récapitulative
Exemple de fiche récapitulative

Des couleurs décevantes

Cela peut se récupérer, elles peuvent toujours être améliorées, j’ai déjà consacré un article à ces problèmes, car rien n’est jamais perdu, la chimie des couleurs naturelles nous réserve toujours des surprises… Ces couleurs décevantes peuvent faire ressortir d’autres couleurs voisinent avec lesquelles elles se combineront très bien.

Couleurs obtenues lors d'un atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentine
Couleurs obtenues lors d’un atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentine

Les couleurs du bien-être

Des couleurs saines, pour assurer notre bien-être, c’est possible et les teintures naturelles peuvent aller bien au-delà en protégeant contre certains insectes, comme par exemple l’indigo qui protégerait ainsi contre la malaria.

Certaines populations apprécient notamment l’indigo très foncé, presque noir, certainement pour cette raison. Il s’agit d’indigo naturel, bien sûr…

D’autre part, de nombreuses plantes médicinales teignent et la plupart des plantes tinctoriales sont médicinales, contrairement aux teintures chimiques qui ont tendance à provoquer des allergies et même des cancers…

En général, les colorants jouent un rôle de protection dans la plante (comme par exemples, les tanins) contre des insectes ou des ravageurs herbivores, cet effet protecteur nous est-il transféré à travers les textiles? Cela semble probable…

Certaines plantes adoucissent la laine, comme c’est le cas de la gaude.

Il semblerait aussi que les couleurs influencent notre état d’esprit.

Conclusion

Les teintures naturelles offrent une telle variété de couleurs, cela est pour moi un plaisir découvrir de nouvelles plantes, de nouvelles combinaisons, de tester de nouvelles fibres… Puis enfin de tisser tout cela, certaines couleurs me plaisent tellement que j’hésite à les utiliser, d’autant que les quantités teintes ne sont pas grandes.

Concernant la théorie de la couleur et Goethe, un autre reportage d’Arte: https://www.youtube.com/watch?v=ARkldz8Im2w

Chauffer le bain

Faut-il chauffer le bain de teinture?

Chauffer le bain, cela semble évident, mais ce n’est pas indispensable toujours, cela peut même être gênant, pour l’indigo.

Il s’agit d’extraire les colorants des matières végétales ou éventuellement animales. Et chauffer nécessite de l’énergie et ce n’est pas la seule solution.

La fermentation

Certaines techniques de teintures (en général, très anciennes) sont basées sur la fermentation et non sur la décoction et le bouillon… Ce seraient en quelque sorte des teintures vivantes, puisque de nombreuses bactéries doivent intervenir.

Par ailleurs, les techniques à base de décoctions sont plus rapides et semblent plus hygiéniques, mais ne sont pas forcément plus solides.

De toutes manières, pour la majorité des teintures naturelles, il convient de les laisser tremper au moins une nuit avant de chauffer.

Techniques d’Anne Rieger

Dominique Cardon mentionne dans ses livres des techniques anciennes basées sur la fermentation et des bains alternés acides et basiques sans autres mordant que de la lessive de cendres, ce qui rend ce type de teinture d’autant plus économique et écologique.

Ces techniques sont sensées permettre d’obtenir d’autres gammes de couleurs, souvent différentes de celles que donnent les décoctions classiques (généralement avec mordants) et selon Martha Herba qui a poursuivi les travaux d’Anne Rieger, ces teintures devraient être plus solides. Selon elle, la tapisserie de la Dame à la Licorne et la tapisserie de Bayeux auraient été teintes selon ces méthodes, ce qui explique qu’elles aient encore tout leur éclat.

J’ai fait quelques essais peu concluants, peut-être n’ai-je pas choisi les bonnes plantes. Il faut avoir du temps et pouvoir travailler à l’extérieur pour profiter du soleil et à cause des mauvaises odeurs dues à la fermentation, difficile à réaliser dans un local commercial.

J’ai fait quelques tests quand je vivais à Longotoma avec du quintral du molle et plus récemment à Concón, avec de l’etscholzia qui ne m’a donné qu’un jaune pâle.

Préparation du bain fermenté dans un,seau en plastique courvert d'une vitre
Préparation du bain fermenté dans un,seau en plastique courvert d’une vitre
18 jours après, division du bain en deux, l'un avec ajout de vinaigre, l'autre supplémenté en lessive de cendres
18 jours après, division du bain en deux, l’un avec ajout de vinaigre, l’autre supplémenté en lessive de cendres
Les deux écheveaux entrain de sécher
Les deux écheveaux entrain de sécher

Indigo

La plupart des cuves d’indigo se travaillent à froid ou plutôt à température ambiante. Certains bains d’indigo peuvent même utiliser des fruits pour remplancer le fructose, ne trouvant pas de fructose, j’ai plusieurs fois utilisé du miel.

Pourpre

J’ai fait un petit essai de teinture à la pourpre de « loco » et « locate » (coquillages très appréciés au Chili, ils sont assez souvent interdits de récolte). Lors d’un séjour de quelques jours à Taltal, petit village côtier entre Chañaral et Antofagasta (Nord du Chili), des pêcheurs m’avaient ramasser une petite quantité de ces coquillages, le temps était mauvais, ils n’avaient pas pu aller plus au large pour en ramener plus.

Les pêcheurs de « locos » se reconnaissent à leurs mains rouges pourpre, teintes lors du nettoyage des fruits de mer pour les préparer à la vente. Ils jettent malheureusement toute cette matière tinctoriale à la mer.

Ils ont mangé les fruits de mer et j’ai gardé dans deux petites bouteilles d’eau les glandes hypobrachiales qui contiennent les pigments.

Loco ouvert montrant sa glande hypobrachiale
Loco ouvert montrant sa glande hypobrachiale, et locates, plus petits

J’ai gardé ces bouteilles bien fermées et je me suis décidée à les ouvrir deux ou trois semaines après, lors de mon retour à Mamiña.

Teinture de locos et locates
Teinture de locos et locates

Heureusement que je vis avec le nez bouché et que j’ai ouvert la bouteille en plein air, la puanteur était insupportable. Je ne sais pas si ce n’était pas pire que la teinture aux baies de parqui.

J’ai mis un peu de laine en toison à tremper dans les bouteilles, puis je les ai retirés, exposés au soleil, puis rincés. Ils étaient devenu mauves. Tout cela sans chauffer.

Ecahntillons de laine teints avec les locos et locates
Echantillons de laine teints avec les locos et locates

Je présente cette expérience dans ma présentation pour l’ISEND de Kuching, disponible sur internet (www.academia.edu, www.slideshare.net).

Il y a un groupe facebook spécialisé sur la pourpre. J’espère bien pouvoir en apprendre plus sur ce sujet lors de mon tour du monde tinctorial et textile.

Orseilles et autres lichens

Dominique Cardon décrit en détail ces techniques, je ne les ai pas testés. Il y a des groupes sur facebook spécialisés dans ce domaine qui montrent des résultats spectaculaires.

Et le batik?

Quelqu’un m’a gentillement fait la remarque que j’avais oublié le batik. Et oui, le batik, quand on travaille à la cire d’abeilles, se teint à froid, vu que la cire fond à 62-63º C. Cependant, en général on doit faire bouillir pour éliminer la cire.

Nous avons fait un test avec mon ami Hilaire, à Madagascar, avec de la cire d’abeilles brute que nous avons acheté au marché d’Antsirabe et de la cochenille. Nous avons aspergée la soie avec des gouttes de cire fondue en essayant de faire un pochoir avec des feuilles de rosiers. Puis, nous avons laissé tremper avec de la cochenille toute la nuit à froid. Le lendemain, nous avons fait bouillir l’écharpedans de l’eau avec de l’alun pour fixer la teinture et éliminer la cire, la cochenille s’est bien fixée, mais la cire avait du mal à partir, j’étais déçue, car j’espèrais pouvoir la récupérer pour une autre fois. Nous avons du terminer avec le fer à repasser et du papier journal, puis des brouillons d’impression quand celui-ci vint à manquer, cela a dû utiliser beaucoup d’électricité.

Le résultat n’était pas tout à fait conforme à ce que l’on attendait, les taches de cire sont restées un peu jaune, ce n’était pas vilain, on ne voyait pas bien le pochoir. Mais la cochenille à très bien pris. Cette écharpe s’est vendu très rapidement, mais je ne crois pas qu’Hilaire recommencera cela. Il préfère l’ecoprint.

Batik à la cochenille sur soie
Batik à la cochenille sur soie
Détail du batik
Détail du batik
Une fois terminée
Une fois terminée

Et si on fait chauffer, comment?

On a l’embarras du choix…

Chauffer au feu de bois

Trou dans le sol

J’ai beaucoup utilisé cette technique, depuis Longotoma jusqu’à Mamiña, en passant par Santa Fe, Argentine.

Pratique, simple, économique et permet de faire chauffer plusieurs grandes casseroles à la fois si l’on a une grille assez résistante.

Le bois doit être une ressource renouvelable… J’utilise habituellement du bois mort, à Mamiña c’était du bois de récupération de construction, j’ai même fait du troc pour récupérer un camion de déchets de construction d’une route. J’ai dû ensuite remonté tout ce bois jusqu’à ma cabane à mi hauteur de la colline… Mais j’avais de quoi travailler… Il en est même resté beaucoup pour mes amis qui me prêtaient la cabane. Une partie de ce bois a aussi servi pour construire les cages de mes lapins angoras.

Teinture à Mamiña, j'ai fait un trou de 30 à 40 cm de profondeur, que j'ai rempli de bois, j'ai posé une grille et différentes casserole, une tôle protégeait du vent
Teinture à Mamiña, j’ai fait un trou de 30 à 40 cm de profondeur, que j’ai rempli de bois, j’ai posé une grille et différentes casserole, une tôle protégeait du vent
La super casserole

Je lui ai dédié un article complet.

La super casserole à l'essai avec eucalyptus et ronces
La super casserole à l’essai avec eucalyptus et ronces
Cuisinìère à bois

A Rincón de Angel, nous avons acheté une cuisinière à bois, elles sont courantes dans la région, ici tout le monde se chauffe et cuisine avec.

Nous l’utilisions tous les jours pour cuisiner, j’en profitais pour mettre aussi une casserole de teinture naturelle. C’est très efficace car le bain se maintient chaud longtemps… J’ai donc beaucoup teint, tant que nous avions du bois…

Cela a deux inconvénients : cela brûle beaucoup de bois et cela fume quand c’est mal installé (ce qui était le cas), j’ai donc enfumé des tricots et des laines. J’ai eu beau les laver, la grisaille n’est pas partie.

Appareil acheté à Cuzco

A Cuzco, au marché, j’ai trouvé une petite structure en céramique très intéressante, elle était légère, pas chère, je n’étais pas très chargée pour une fois!

J’en ai profité, elle a fait le voyage entre mes jambes dans le bus, car elle était relativement fragile, par chance elle tenait dans mon sac, elle bien arrivée jusqu’à Mamiña où je l’ai beaucoup utilisée. Elle était très économique en bois, s’allumait facilement, je l’utilisais même pour préparer mon petit déjeûner…

Ma cuisinière péruvienne à l'épreuve
Ma cuisinière péruvienne à l’épreuve

Elle n’a malheureusement pas supporté le déménagement vers Puerto Montt et est arrivée en morceaux.

Avant d’acheter cet appareil, je suis allée visiter le village de Chinchero, où de nombreux groupes de femmes teignent et tissent selon les traditions.

J’en ai profiter pour m’intéresser à leur méthode pour chauffer leurs bains de teintures, en voici une photo, elles en profitaient pour cuisiner aussi…

Cuisinière pour teindre et cuisiner à Chinchero, Pérou
Cuisinière pour teindre et cuisiner à Chinchero, Pérou
Fetapera malgache

Petite cuisinière très populaire à Madagascar, digne du film Ady Gasy de Lova Nantenaina (je vous le recommande vivement, disponible chez Latérite).

Lors de l’IFPECO à Antananarivo, nous avons fait presque toutes les démonstrations de teintures avec ces petites cuisinières, légères, économiques et économes, pur recyclage. Je les trouvé tellement sympathiques que je m’en suis achetée une que j’ai ramenée au Chili. Je l’ai utilisée à Concón où elle a fasciné mon ami Uldis.

Premier essai de la fetapera malgache
Premier essai de la fetapera malgache

Il y avait aussi des « rocket stoves », intéressants mais trop lourds… pour mes bagages.

Démonstration de teinture sur rocket stove alimenté au charbon de bois de bambou
Démonstration de teinture sur rocket stove alimenté au charbon de bois de bambou

Chauffer au gaz

C’est plus courant, plus simple, mais pas forcément plus économique… Le gaz n’est pas une énergie renouvelable, sauf cas rare du biogaz.

Cuisinière industrielle

Pour le cours à Pica, les organisatrices avaient acheté deux cuisinières industrielles que nous appelons au Chili « fogón ». Elles sont basses et permettent de travailler facilement avec de très grandes casseroles.

Cela chauffe très vite, nous étions dehors, il y avait parfois du vent, j’ai trouvé cela assez dangereux. Et cela brûlait beaucoup de gaz, je n’ai pas compté combien de bidons…

Teinture lors du cours à Pica, Nord du Chili
Teinture lors du cours à Pica, Nord du Chili

Chez Rincón de Angel, nous utilisons aussi cela actuellement, il n’y a pas de vent dans le local, mais le feu ne peux presque pas se réguler et je préfère teindre avec une vieille cuisinière normale, le feu est plus petit donc moins violent avec la laine et c’est plus économique.

Cuisinière industrielle
Cuisinière industrielle
Cuisinière courante

Rien de plus banal.

Teinture à la cochenille
Teinture à la cochenille

Cuisine solaire

J’ai fait quelques essais à Longotoma…

Essai de teinture dans une cuisinière solaire improvisée
Essai de teinture dans une cuisinière solaire improvisée

A Concón, mon ami Uldis avait une cuisinière solaire parabolique, mais nous n’avons pas eu le temps de l’essayer. C’est vraiment dommage!

Chauffer à l’électricité

Si l’on n’a pas d’autres solutions ou si l’on ne paye pas l’électricité… Ce n’est pas toujours une énergie renouvelable, sa production provoque souvent des dégats et de la pollution.

Plaque électrique

Chez Couleur Garance, ils utilisent des plaques électriques pour les cours, elles sont facilement régulables.

Pour les cours, on teint souvent seulement des échantillons, on n’utilise donc pas d’aussi grandes casseroles que pour l’artisanat et la vente de laines.

Casserole à riz

A Iquique, je ne payais pas l’électricité, elle était comprise dans le loyer, j’avais acheté un cuiseur de riz tout rayé au marché aux puces pour à peine plus d’1 Euro, et il fonctionnait!

C’était un peu petit, mais j’ai pu faire quelque tests avec. Feuilles d’artichauds récupérées au marché, feuillage et fleurs de Bougainvilliers… furent mis à profit grâce à cette casserole.

Cuiseur de riz dont l'usage à été détourné de sa vocation première
Cuiseur de riz dont l’usage à été détourné de sa vocation première
Chauffer au Four a micro-ondes

J’avais vu une video dans le CD édité à la suite de l’ISEND à La Rochelle (France) auquel je n’ai pas pu participer, où ils estampaient du feutre en sérigraphie avec des encres naturelles et les fixaient au micro-ondes, j’ai donc cherché à m’en procurer un… Iquique est une ville surprenante, sans TVA, c’est une zone franche. envahie de tout un tas de choses qui ne tiennent pas dans les maisons en général très petites, car cette ville n’a pas d’espace pour se développer.

Juste quelques jours avant de partir pour Mamiña, je me suis achetée un four à micro-ondes d’occasion, je l’ai assez souvent utilisé pour des tests pendant les premiers mois dans le kiosque de mon amie Raquel. Les contenants étaient encore plus petits et les échantillons se sont donc encore réduits, surtout des morceaux de ruban cardés pour feutrer. Les résultats étaient cependant intéressants.

Micro-onde pour teindre
Micro-onde pour teindre

Conclusion

Nous avons donc beaucoup de  solutions… Il faut voir laquelle est la plus adaptée, la plus économique et surtout la plus écologique…

J’aimerai faire des essais avec des fours et cuisinières solaires, la plupart des teintures n’ont pas besoin de bouillir… L’artisanat se combine mal avec l’urgence…

Erreures de teintures

Mes plus grosses erreures de teintures

Toutes les expériences ne peuvent pas réussir,  des erreures peuvent survenir à n’importe quel moment, en voici quelques unes. J’ai déjà fait un peu allusion à ce sujet dans un article précédent. Mais, comme la pratique diffère parfois de la théorie, je me permets d’y revenir…

La betterave

Une erreure courante est de croire que la betterave teint d’un joli rose, certains « spécialistes » l’affirme même à la télévision chilienne, je ne vois pas l’intérêt de diffuser de telles erreures.

J’ai essayé à plusieurs reprises, même en formations (en particulier à Santa Fe, Argentine), à titre de contre-exemple, soit avec des feuilles, soit avec la racine elle–même, rien à faire, je n’ai obtenu que des jaunes pâles, malgré un mordançage à l’alun.

Exemple de teinture à la betterave, à Santa Fe, Argentine
Exemple de teinture à la betterave, à Santa Fe, Argentine

Rien à faire, cela ne donne qu’un jaune décevant à moins de tricher en ajoutant des teintures chimiques ou de la cochenille.

Ecoprint ratés

J’ai raté plusieurs ecoprint avant de les réussir, j’ai consulté beaucoup de sources d’informations, sans vraiment comprendre quelles étaient mes erreures. Dans toutes les video et autres articles, il manque toujours un détail important.

Je doit remercier les deux participantes au stage que j’ai donné à La Redonda, Santa Fe, Argentine, pour leurs précieux renseignements et leur démonstration.

Il y avait des erreures au niveau du mordançage et certainement, je ne serrais pas assez mes rouleaux de feutre qui étaient trop moux, donc les feuilles n’entraient pas assez en contact avec la laine. Le feutre n’était pas assez feutré.

Essai d'ecoprint raté. Plusieurs erreures : pas de mordançage, pas de temps de trempage, attaches pas assez serrées
Essai d’ecoprint raté. Plusieurs erreures : pas de mordançage, pas de temps de trempage, attaches pas assez serrées

Mon plaisir a été très grand quand j’ai réussi mes premiers ecoprint.

Ecoprint sur soie réussis, à Antsirabe, Madagascar, pas d'erreures cette fois-ci
Ecoprint sur soie réussis, à Antsirabe, Madagascar, pas d’erreures cette fois-ci

Teinture en alambic

Chez mon amie Lucia de Rancagua qui prépare des huiles essentielles grâce à un petit alambic, pour ses crèmes à bases de produits de la ruche, nous avons fait plusieurs expériences.

L’une d’elles a été de teindre une écharpe en feutre, en ecoprint, à l’intérieur de son alambic. Nous avons réparti des feuilles de boldo sur une écharpe en feutre que nous avons enroulée et attachée, puis nous l’avons mise à l’intérieur de l’alambic au milieu de feuilles de boldo.

Le boldo contient des tanins, et donne une tisane d’une jolie couleur cuivrée. Cela aurait dû teindre joliement.

Mais l’écharpe est ressortie couleur crème et les feuilles se voient à peine. L’huile essentielle est sortie très sombre. Sans doute, les tanins sont partis dans l’huile essentielle. Les feuilles ont commencé à apparaître un peu plus après une longue exposition au soleil, à Mamiña.

Erreures de chimie, la teinture est partie dans les huiles essentielles
Erreures de chimie, la teinture est partie dans les huiles essentielles

J’ai aussi raté quelques shibori

Lors d’un petit atelier à la médiathèque de Loches, où habitent mes parents, nous avons essayé de faire des échantillons de shibori avec des enfants, avec des pelures d’oignons et de la cochenille, peut-être qu’ils n’étaient pas attachés assez serré, la teinture a pénétré sous les attaches dans les deux cas, la toile de coton était peut-être trop épaisse.

Bain d’indigo au plâtre

Il s’agit d’une erreure involontaire, on m’avait vendu du plâtre au lieu de la chaux. J’ai tout de même réussi à récupérer le bain en ajoutant de la chaux.

Le bleu tirait un peu sur le gris.

Essai d’indigo avec confusion de plantes

La persicaire ressemble beaucoup à une plante qui pousse un peu partout sur les terrains humides, nous en avons trouvé avec mon amie Lucia et nous en avons ramassé pour la tester.

Plante à jaune appelée
Plante à jaune appelée « duraznillo » au Chili

Nous avons donc appliqué la technique de Michel Garcia dans son DVD pour extraire de l’indigo à partir de feuilles de pastel fraîches.

Nous n’avons obtenu qu’un jus jaune, qui n’a jamais donné d’indigo, nous l’avons utilisé pour teindre en jaune.

Jaune de
Jaune de « duraznillo », bleu d’indigo et rouge de cochenille

Nous avons aussi essayé de faire du savon, mais j’avais acheté une mauvaise graisse, celui-ci n’a jamais voulu durcir. Et cette graisse économique, beaucoup de gens l’utilisent pour fabriquer leur pain!

Lampaya

La lampaya est une plante médicinale (bonne pour les articulations, se prend en tisane), elle pousse dans la haute cordillère des Andes, dans le nord du Chili.

Lors du cours que j’ai donné à Pica, une des femmes en avait amené pour que nous l’essayions.

Nous avons toutes été très surpris d’obtenir un très joli pourpre, qui en outre s’est avéré très solide quand nous lui avons appliqué les modificateurs pour faire les fiches.

Teintue avec la lampaya
Teinture avec la lampaya
Fiches de résultats des modificateurs
Fiches de résultats des modificateurs

J’étais très contente, il est à noter que nous l’avions mise à tremper un ou deux jours avant de teindre.

Quand le cours a été fini, on m’en a donné un peu pour que je puisse l’utiliser sur mes laines.

De retour à Mamiña, j’étais très pressée de réessayer et j’ai oublié de faire tremper à l’avance. Je n’ai obtenu qu’un beige sans grand intérêt. Cela correspondait d’ailleurs à l’échantillon mis sur le livre concernant la teinture avec les plantes de l’Altiplano que j’ai trouvé à la bibliothèque de Pica.

Livre sur les teintures naturelles de la Cordillère des Andes
Livre sur les teintures naturelles de la Cordillère des Andes
Page d'échantillon de ce livre
Page d’échantillon de ce livre

Remplacement de l’alun par de la limaille d’aluminium

Lors du second atelier à La Redonda, à Santa Fe, Argentine, nous avons manqué d’un élément crucial : l’alun, devenu introuvable dans tout Santa Fe.

Quelqu’un à proposé que, comme nous utilisions de la soupe de clous pour remplacer le sulfate de fer, pourquoi pas utiliser de la limaille d’aluminium, l’une des stagiaires avait un voisin qui faisait des structures en aluminium. Elle lui en a demandé un peu et nous avons essayé dans une casserole.

Je doutais que cela fonctionne car je sais que l’aluminium s’oxide immédiatement et se protège ainsi, mais apparemment, il y a agit quand même, de même que l’aluminium des casseroles qui finissent par se percer à cause de l’acidité des bains de teintures.

Le problème, c’est que nous n’avons pas mis la limaille dans une pochette en tissu pour la séparer de la laine. Et voici le résultat.

Limaille d'aluminium accrochée dans la laine
Limaille d’aluminium accrochée dans la laine

Il m’est arrivé un problème un peu semblable lors d’une teinture au brou de noix, où celui-ci était resté collé dans du ruban de laine cardé, la couleur était très jolie, mais la laine inutilisable…

Teinture aux colorants alimentaires, erreures basiques

Je vivais à Longotoma, à 40 km de La Ligua, Centre du Chili, un ami menuisier qui m’avait fabriqué quelques métiers à tisser m’avait dit qu’il teignait le bois avec des colorants alimentaires. J’ai aussi vu plus tard sur internet des articles montrant ce genre de teinture.

Je suis donc allé en acheter quelques petites pochettes pour faire des essais, j’avais plusieurs couleur, j’ai pris deux écheveaux de laine, et je leur ai fait des rayures de toutes les couleurs, cela semblait intéressant, alors je les ai rincé, avec de l’eau et tout est parti, je ne crois pas que le mordançage aurait ajouté beaucoup.

Le bois ne se lave pas habituellement et la teinture le pénêtre. Les fibres textiles, elles doivent généralement pouvoir se laver.

Teinture au Parqui

Quand je vivais à la Quebrada del Pobre, je commençais  seulement à teindre. On m’avais dit que les baies de Parqui teignaient, qu’on les utilisait autrefois pour marquer les sacs de blé.

Un jour, j’ai donc ramassé un peu de baies, mis un petit écheveau de laine dans une petite casserole avec de l’eau et un peu d’alun et mis à cuire sur le gaz, dans ma cabane très aérée.

Puis je suis sortie, le parqui est une plante normalment très puante, mais je ne m’imaginais pas que cela allait prendre une telle ampleur. J’ai eu du mal à aller éteindre le gaz, tellement c’était nauséabond. Il en est cependant sorti un joli vert émeraude pastel. Mais je ne recommencerai pas.

Le parqui est médicinal, mais aussi toxique!

Que nous apportent les erreures

Nous devons souvent faire attention à de petits détails pour éviter des erreures. Mais celles-ci peuvent nous apprendre beaucoup. Si toutes les expériences réussissaient, ce ne serait plus intéressant.

Ces erreures me poussent à lire encore plus, à comparer les recettes, à faire plus d’expériences, à répéter les essais en faisant varier quelques détails… pour voir où se trouvent les erreures.

Il faut parfois aussi essayer d’oublier ce que l’on a appris en théorie et que l’on n’a pas testé soi-même. Beaucoup de recettes répètent des informations erronées, parfois sciemment, parfois par confiance dans la source utilisée…

Les questions posées lors des cours peuvent permettre d’être très créatifs pour les expériences, c’est pourquoi j’ai choisi de faire ma présentation pour l’IFPECO sur les ateliers à La Redonda (www.academia.edu, www.slideshare.net), même une question qui peut paraître idiote peut déboucher sur quelque chose de très intéressant.

Toxiques, les plantes?

Et les plantes toxiques?

Les plantes toxiques doivent représenter moins d’1 % des plantes en général. J’essaie de les éviter, c’est pourquoi je collectionne les livres de botanique, je m’informe. Dominique Cardon en signale certaines dans ses livres.

Les livres sur les plantes médicinales donnent aussi beaucoup d’informations.

Livre qui donne des informations très détaillées, le seul défaut est le nombre restreint de plantes
Livre qui donne des informations très détaillées, le seul défaut est le nombre restreint de plantes

Même des plantes qui servent habituellement de fourrage pour le bétail, ou d’aliments pour les humains peuvent être ou devenir toxiques dans certaines conditions. Certaines plantes doivent être cuites pour être consommées, comme par exemple la rhubarbe ou le tapioca.

Il y a un mouvement, parti d’Angleterre, « Incredible Edible » (quelque chose comme comestibles incroyables) qui tend à remanger les plantes sauvages. Il y avait lors de l’atelier d’ecoprint à La Chapelle Blanche Saint Martin, une femme qui avait un restaurant à Chinon, où justement elle ne servait que des plantes sauvages. Une meilleure connaissance de la botanique peut nous amener à modifier profondément notre alimentation. George Oxley à écrit sur ce thème.

Un peu d’histoire des teintures toxiques

La toxicité de certaines plantes n’a pas toujours fait peur aux teinturiers…

La daphnée ou trentanelle

Elle a été très longtemps utilisée par les ateliers de teinturiers, elle poussait sauvage et était récoltée pour teindre en jaune en remplacement de la gaude (reseda luteolens) surtout dans le midi de la France tout en sachant qu’elle provoquait la cécité des ouvriers teinturiers et certainement aussi des pauvres gens qui les ramassaient (cf. Dominique Cardon).

La jusquiame noire

Cette plante qui était utilisée au moyen-âge pour empoisonner les flèches des soldats est proposée comme source d’indigo par un manuel de teinturerie qui date de peu après la Révolution Française « L’art de la teinture des fils et des étoffes de coton » signé par Le Pileur d’Apligny, an VI, 1798 (ce document très intéressant est disponible gratuitement sur internet). Apparemment, l’auteur n’a pas été suivi.

Il y a aussi une sorte d’indigo dans la scabieuse et dans les cardères ou « cabarets des oiseaux » qui ne me semblent pas toxiques et en plus ils sont mellifères. Cela pourrait valoir la peine de développer ces plantes… en outre, les cardères servait à carder la laine…

Mordants toxiques

Outre, les plantes elles-mêmes, les teinturiers n’hésitaient pas utiliser des métaux aussi dangereux que l’arsenic et le plomb. Beaucoup de manuel de teintures végétales relativement récents parlent de mordançage au chrome et à l’étain, parfois sans indiquer leur dangerosité. Le cuivre et l’aluminium semblent ne pas être sans danger.

Comment connaître les plantes toxiques?

L’idéal est de prendre des précautions, India Flint raconte dans un de ses beaux livres sur l’ecoprint (que l’on m’a prêté très gentiment pour quelques jours à Santa Fe, Argentine) comment en arrivant en Inde, elle avait testé les feuilles d’un arbre très toxique sans le savoir.

Telabotanica et d’autres applications de ce style peuvent nous aider, il y en a plein de disponible sur mobile.

Différences de points de vue entre l’Europe et l’Amérique

La rue (ruta graveolens) réputée toxique en France, est couramment utilisée au Chili contre les douleurs abdominales, elle était utilisé dans les couvents et ardemment recommandées dans les écoles catholiques pour réduire les désirs sexuels. On la trouve en pots, dans presque tous les commerces, elle est sensée porter chance.

Le ricin que les Argentins appellent tártago
Le ricin que les Argentins appellent tártago

Le ricin dont les graines sont très toxiques, une amie argentine de Santa Fe, me racontait qu’elle jouait à la dinette avec les feuilles quand elle était petite. Lors du stage à La Redonda, elle a bien joué  du marteau avec ces feuilles. le résultat était intéressant, cette feuille a de grosses nervure qui rendent bien.

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Les baies et graines

Lierre, troëne, sureau yèble, phytolacque…

La plupart du temps les teintures obtenues à partir de baies ne sont pas solides au lavage, alors pourquoi se compliquer la vie avec des baies toxiques.

On peut souvent obtenir le même résultat avec des baies alimentaire (myrtille, cassis, mûres…), par exemple en utilisant les résidus de la fabrication de gelées.

Le ricin

On extrait l’huile de ricin (castor oil) sans danger, des graines très toxiques, cette huile est utilisée pour mordancer les fibres végétales, ainsi que l’explique Michel Garcia.

Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées
Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées

Les plantes entières

Cigüe

Pas besoin de présenter la cigüe, connue pour avoir tué Socrate. J’ai vu indiqué dans un manuel de teintures naturelles que le liber de cette plante teignait. Je n’essaierai pas.

Et pourtant cette plante aurait des vertus mécidinale pour des maladies des articulations.

Le datura

Plante importante dans la médecine traditionnelle Mapuche, qui a de nombreux noms en espagnol (estramonio, miyaya, chuchampe, coco del diablo, toloache…) est en outre halucinogène. Toutes ses parties sont toxiques.

Une amie de mes parents qui savait que je teignais avec les plantes m’en a ramené une pleine cargaison un jour de son jardin, j’ai dû refuser le cadeau. Si même la fumée quand la plante brûle est dangereuse, que penser des vapeurs et de ce qui peut rester dans le fibres?

Datura, plante bioindicatrice, très toxique et halucinogène

Depuis, en écoutant les conférences de Gérard Ducerf sur Youtube, j’ai appris que c’était une plante bioindicatrice.

Le parqui

Le parqui ou palqui (parqui cestrum) est une solanacée très courante dans la région centre du Chili. Les habitants de La Ligua m’avaient dit que les anciens utilisaient les baies noires pour marquer les sacs de blé.

C’est une plante médicinale, mais elle peut être assez toxique pour tuer des vaches qui viennent d’une zone où cela ne pousse pas, elles ont vue du vert, elles ont mangé bien que cela sente très mauvais et en sont mortes.

Je ne connaissais pas encore l’histoire des vaches de Longotoma (des paysans avaient achetés de grosses vaches du Sud et pensaient les alimenter avec de l’herbe rase et sèche à Los Romeros, où j’ai habité, elles ne connaissaient pas le parqui, une cinquantaine en sont mortes. A Concón chez mon ami Uldis, les vaches et les chevaux connaissaient le parqui et ne s’en approchaient pas, les seuls citroniers que ces animaux n’attaquaient pas étaient protégés par un pied de parqui!).

J’ai essayé de teindre avec les baies de parqui, j’en ai mis un peu dans une petite casserole avec de l’eau et 100 grammes de laine et un peu d’alun. Cela sentait si mauvais que j’ai eu du mal à aller éteindre le gaz, bien que la cabane était très ventilée… J’ai obtenu un vert émeraude très clair qui m’a beaucoup plu, mais je n’ai jamais recommencé. C’était une de mes premières expériences quand je vivais à La Quebrada del Pobre, à 8 km de La Ligua.

Parqui
Parqui

Traditionnellement, on nettoie les braises dans les fours à pain avec des branches de parqui, il intervient dans un certain nombre de superstitions.

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Floripondio, dans une pépinière a Antananarivo, Madagascar
Floripondio, dans une pépinière a Antananarivo, Madagascar

Ce bel arbre que l’on rencontre dans certains jardins, et même dans les rues (à La Ligua – Chili, par exemple) est très toxique, curieusement ses fleurs attirent les abeilles.

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Cette jolie plante, sert à fabriquer des médicaments pour le coeur. Je préfère m’abstenir d’y toucher.

Arnica, aconit, belladone, muguet, saut de salomon, Laurier cerise…

La liste est longue… et elles ont presque toutes des propriétés médicinales…

Il faut considérer que pratiquement toute la famille des euphorbes comme toxique et aussi grande partie des solanacées, ainsi même toute la plante de la pomme de terre est toxique, sauf le tubercule que l’on consomme et celui-ci peut aussi être toxique s’il verdit à la lumière.

Il y a un curieux jardin au Nord de l’Angleterre, à Alnwick, qui ne regroupe que des plantes toxiques… Ces plantes sont certainement très toxiques, mais elles sont biodégradables, ce qui n’est pas le cas des polluants chimiques…

Je viens de découvrir en cherchant la video sur le jardin anglais, qu’il avait un équivalent en France.

Les champignons

Beaucoup de champignons teignent, ils peuvent donner tout l’arc-en-ciel, comme en témoigne le livre de Marie Marquet et celui de Miriam Rice et Dorothy Beebee que l’on m’a donné à Kuching.

Manuel de teinture à l'aide de champignons, certains sont toxiques
Manuel de teinture à l’aide de champignons, certains sont toxiques
Livre de Marie Marquet, la plupart des champignons décrits sont toxiques, elle indique les précautions à prendre
Livre de Marie Marquet, la plupart des champignons décrits sont toxiques, elle indique les précautions à prendre

Malheureusement, la plupart de ceux qui teignent sont toxiques, comme les cortinaires, par exemple.

Le champignon de Paris n’est malheureusement pas mentionné comme tinctorial, c’est dommage. Il y a tout de même quelques cèpes dans la liste,,,

Je ne les pas testés. Mon ami Hilaire, à Antsirabé, Madagascar, teint avec un champignon qui pousse sur l’eucalyptus, mais il ne semble pas toxique.

J’ai seulement testé des lichens appelé « barba de palo » au Chili (barbe de bois) qui donne un joli marron roux, il est assez rare et pousse lentement, je ne pense pas qu’ils soient toxiques. Cette teinture est réputé

Conclusion

Il y a tant de plantes non toxiques qui teignent, pourquoi allez essayer celles qui sont toxiques? Sauf par ignorance.

Quand on a des doutes, mieux vaut teindre à l’extérieur, ne pas respirer le vapeurs et travailler avec des gants imperméables…

La prudence est de mise, mieux vaut s’informer et développer des connaissances botaniques qui en outre peuvent nous aider à nous soigner naturellement.

J’ai certainement oublié de nombreuses plantes toxiques, alors étudions un peu la  botanique… Il est parfois difficile d’avoir des informations sur des plantes qui paraissent être des « mauvaises herbes » invasives.

Par exemple, j’aimerai en savoir plus sur cette plante, j’espère  qu’elle n’est pas toxique, elle m’a donné un très joli jaune sur la laine mordancée à l’alun, elle attire les abeilles, mais telabotanica ne me donne pas de réponse correcte, car ils sont plus centrés sur les plantes européennes…

Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, détail
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, fleurs
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, fleurs
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, fleurs
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, fleurs
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, vue générale, cette plante disparaît à l'automne
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, vue générale, cette plante disparaît à l’automne

 

Les enfants peuvent teindre

Les enfants aussi…

Avec beaucoup de plantes, les enfants peuvent teindre sans danger, même à l’école maternelle.

C’était à Mamiña

Une des femmes qui a assisté aux cours organisés par Kespi Kala à Mamiña était la maîtresse du jardin d’enfants (école maternelle).

Cours organisé par Kespi Kala à Mamiña
Cours organisé par Kespi Kala à Mamiña

Elle était d’origine Quechua (aussi artisane) et s’intéressait beaucoup à ce que les enfants aient des connaissances sur les traditions locales, donnait des cours de quechua à ces enfants avec l’aide d’un ami artisan « Lalo ». Elle devait faire participer des adultes de temps en temps à ses classes.

Elles m’avait invité une année à ce que je montre aux enfants comment on file la laine et tricote au crochet.

L’année suivante, nous avons cherché une expérience de teinture, ou plutôt peinture à faire avec les enfants.

Nous avons décidé de leur montrer la magie du choux rouge.

Préparation du choux rouge

Nous avons pris un demi choux rouge, ce n’était pas la saison, ce n’est pas cultivé à Mamiña, nous l’avons acheté assez cher à Iquique.

Nous l’avons fait cuire la veille pour en extraire le jus, car nous n’avions pas d’extracteur de jus.

Le jour du cours nous avions quatre pots de yaourts. Dans le premier, il n’y avait rien, dans le deuxième du savon, dans le troisième du jus de citron (cela peut être aussi du vinaigre, c’est le caractère acide qui compte ici), dans le quatrième un peu de cendres.

Le jus de choux rouge et les gobelets pour les modificateurs
Le jus de choux rouge et les gobelets pour les modificateurs

Nous avons réparti le jus de choux rouge entre les quatre pots de yaourt et avons donné des papiers et des pinceaux aux enfants pour qu’ils dessinent.

Les enfants ont peint

Les enfants dessinent avec les différentes couleurs
Les enfants dessinent avec les différentes couleurs

Avec le jus de citron, cela donne un joli rose, avec les cendres, cela donne du vert, avec le savon cela doit donner du bleu et tout seul, violet. Ces effets sont intéressants en dessins, mais posent des problèmes quand on lave un vêtement teint avec du chou rouge, on a le même genre de phénomènes avec les baies (cassis, raisin, sureau, mirtilles, mûres, maqui…), les couleurs varient selon le pH, c’est-à-dire le degré d’acidité ou  d’alcalinité.

Nous avons mis à sécher les dessins dans la cours

Nous avons aussi teints les feuilles de papier froissées avec les enfants. Les couleurs avaient l’air un peu pâle, mais le soleil brille fort à Mamiña…

Les enfants teignent le papier
Les enfants teignent le papier

Ils se sont bien amusés. J’aurais bien pouvoir faire plus d’expériences avec eux, mais je suis partie vers le Sud, à Puerto Montt.

Plus d’expériences pour enfants

Cette expérience et bien d’autres sont décrites dans un cahier rédigé par Michel Garcia édité par l’association Couleur Garance.

Cahier détaillant la mise en oeuvre d'expériences de teinture et peinture naturelles avec des enfants
Cahier détaillant la mise en oeuvre d’expériences de teinture et peinture naturelles avec des enfants

Et dans ce livre de Michel Garcia.

Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées
Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées

Le bébé lama

Cette même institutrice s’était acheté un bébé lama, elle le gardait dans une petite cours derrière la salle de classe. Puis quand il est devenu plus grand, elle l’a envoyé chez sa mère qui avait d’autres lamas à Pozo Almonte.

Bébé lama
Bébé lama

Teintures en privé

Je n’avais pas l’électricité à Mamiña, j’allais donc assez souvent à l’école maternelle le soir pour recharger l’ordinateur, nous en avons profité pour faire des expériences de teintures.

Nous avons monté un petit bain d’indigo qui nous a réservé des surprises. Au lieu de me vendre de la chaux hidraulique, on m’avait vendu du plâtre! Cela n’a pas bien marché, évidemment. Mais nous avons tout de même réussi à le récupérer quand j’ai pu acheter de la chaux à Iquique.

Arbres pour teindre

Les arbres comme matière tinctoriale

Les arbres sont de bons fournisseurs de matières premières pour la teinture. Certaines espèces ont été mise en danger, ils ont été surexploités. L’histoire montre que le commerce des matières tinctoriales a fait bien des dégats du point de vue écologique. Beaucoup d’espèces courantes peuvent nous servir, pourquoi aller chercher plus loin?

Certains arbres sont encore cultivés pour la teinture et les tanneries. Beaucoup de bois contiennent des tanins qui sont utiles pour ces deux activités.

Selon les espèces d’arbres, les différentes parties peuvent donner différentes tonalités.

Les feuilles

Cette partie de l’arbre est renouvelable, ont peut profiter des tailles annuelles et de la chûte des feuilles à l’automne. Et comme un arbre donne beaucoup de biomasse, l’on a vite fait de remplir une casserole pour teindre.

En petites quantité, l’écoprint est une technique qui permet de mettre en valeur tous les détails de chacune d’entre elles. Même une simple aiguille de pin australien peut donner des résultats inattendus.

Ecoprint sur soie, à Madagascar avec Hilaire
Ecoprint sur soie, à Madagascar avec Hilaire

Les arbres fruitiers

J’ai fait quelques tests avec des feuilles de cognassiers, quand je vivais à Mamiña, avec des feuilles d’abricotier, de kaki, d’avocat, de néflier quand j’étais à Longotoma. Je n’ai malheureusement pas étiqueté les échantillons.

Les indigotiers

Les indigotiers sont cultivé pour leur feuillage qui une fois fermenté donne de l’indigo, qui est à la fois pigment et teinture. Cette teinture ne se fait pas à chaud, mais dans un bain tiède, fermenté et alcalin.

Outre la teinture, les feuillages de d’indigotiers peuvent, comme pour beaucoup d’arbres, servir de fourrage pour les animaux.

Les indigotiers on besoin d’un climat chaud et humide pour pousser et donner de l’indigo. Pour les autres climats, il y a d’autres plantes : persicaire, strobilanthes, pastel…

Les eucalyptus

Au Chili, nous avons que deux ou trois espèces, surtout le globulus, mais ils sont très intéressants du point de vue tinctorial, bien que très mauvais pour les sols.

Premier essai de la super casserole, à Concón
Premier essai de la super casserole, à Concón

En Australie, il y a plus de deux cents espèces d’eucalyptus, je suis très curieuse de voir cela. Susan Fell Mclean de Gondwana fait de merveilleux écoprint en les utilisant et vend des colorants à base de ces arbres.

Le pin australien ou cuarasiña

Pin australien ou cuarasiña, courant au nord du Chili,nous l'avons aussi utilisé à Madagascar
Pin australien ou cuarasiña, courant au nord du Chili, nous l’avons aussi utilisé à Madagascar
Prêt pour teindre en jaune
Prêt pour teindre en jaune
Ces aiguilles sont très intéressantes en écoprint, mordancé au fer
Ces aiguilles sont très intéressantes en écoprint, mordancé au fer
Détail de préparation d'ecoprint avec aiguilles de pin australien
Détail de préparation d’ecoprint avec aiguilles de pin australien

J’ai beaucoup utilisé cet arbre au pied de la colline ou j’habitais. Il était grand et gènait le passage des camions, régulièrement ils lui arrachaient des branches, je les récupérais. C’était une source inépuisable.

J’ai été très contente d’en retrouvé près du Lac Andraikiba, là où habite mon ami Hilaire, j’ai beaucoup aimé les traces fines et élegantes que laissent les aiguilles, passées à la soupe de clous, en ecoprint.

Le poivrier rose (schinus molle)

Je l’ai beaucoup utilisé à Mamiña, mais on le trouve encore en zone centrale (j’en ai vu à La Ligua et à Limache), c’est un très bel arbre, au bois très léger et odorant qui orne la place centrale de Copiapó. Il teint d’un très beau jaune et aussi d’un joli vert encore lumineux au fer.

Jaune de schinus molle, poivrier rose
Jaune de schinus molle, poivrier rose

Les arbres sacrés teignent aussi

Le Canelo, arbre sacré des Mapuche, teint très joliment en jaune, habituellement en association avec le noisetier du Chili.

Canelo, arbre sacré des Mapuche
Canelo, arbre sacré des Mapuche

Autres arbres

Boldo, molle, litre, peumo, guayacan, buddleya…

L’écorce

Encore une fois l’eucalyptus

Les écorces d’eucalyptus sont faciles à obtenir, nos eucalyptus les perdent naturellement, ils ne souffrent donc pas quand on la récupère. Elles libèrent de  grandes quantités de teinture, laisser tremper quelques jours pour obtenir de meilleurs résultats, l’une de mes premières teintures à Longotoma. Pas de mauvaises surprises, cela marche à tous les coups.

Autres essais

Je n’ai fait que peu d’essai avec des écorces pour ne pas abîmer les arbres. Mais j’ai récupéré des écorces de Luma sur du bois de chauffage, et cela m’a donné des beiges.

Le bois

Teindre avec de la sciure

J’ai testé la sciure de mélèze, déchets de production d’un artisan de Puerto Montt, le résultat a été très intéressant, il faut faire attention à protéger la laine de la sciure qui s’accroche sur la laine.

Le bois de campêche

Il est vendu en brisures, je me suis fournie chez Couleur Garance, j’ai été surprise par la quantité de bains que j’ai pu faire avec aussi peu. Même problème qu’avec la sciure, cela s’accroche dans la laine. Il est réputé petit teint, mais les couleurs m’ont beaucoup plu.

Série de laines teintes à la cochenille et au bois de Campêche, arbres que j'espère connaître quand j'irai au Mexique
Série de laines teintes à la cochenille et au bois de Campêche, arbres que j’espère connaître quand j’irai au Mexique

Les racines d’arbres

Je n’ai jamais essayé de teindre avec des racines d’arbres, vu que j’essaye de respecter le plus possible la nature, arracher des racines peut tuer un arbre, pourquoi le faire, s’il donne déjà tant de possibilités sans le mettre en danger?

Les fleurs d’arbres

J’ai fait peu d’essais avec des fleurs d’arbre, j’ai essayé les fleurs du quintral seules, le résultat est le même si j’emploi la plante parasite complète.

A Santa Fe, Argentine, lors de l’atelier à La Redonda, nous avons essayé les fleurs tombées de jacaranda et à La Ligua les fleurs de ceibo de la place.

Le,sophora est connu pour donner un beau jaune, mais je n’ai pas eu l’occasion de le rencontrer.

Il vaut mieux travailler avec des fleurs fanées, tombées de l’arbre, ainsi on ne pertube pas la fructification.

Les fruits

  • Brou et coquilles de noix,
  • Coquilles de noisettes
  • Noyaux et écorces d’avocats
  • Noyaux de mangues et autres fruits
  • Glands, fènes, pommes de pin
  • Enveloppes des chataignes et marrons
  • Epluchures de pommes, coings…
  • Ecorces de grenade
  • Kaki
  • Fruits pas mûrs
  • Gousse de graines de tara
  • Graines d’acacias, mimosa

Michel Garcia, m’a fait une démonstration très intéressante de teinture au kaki, en l’utilisant comme mordant.

Les gousses de tara sont intéressantes, nous les avons utilisées lors du cours à Pica, nous avons épluché les graines, une dame les a semé, elles ont germé, nous avons teint avec leur gousse. Elles contiennent des tanins, nous avons obtenus des beiges et des gris en mordançant au fer, normalement on aurait dû obtenir un rouge pourpre, un ami artisan, m’a raconté qu’il avait tanné des cuirs au tara et avait écrasé les gousses avec un outil en fer et ses cuirs avaient été teints en plus  d’être tannés.

Graines de tara
Graines de tara

Arbres à savon

Dans toute la zone centrale du Chili pousse le Quillay (ce qui signifie savon en mapudungu). L’écorce de cet arbre médicinal et mellifère contient beaucoup de saponine. On en fait des shampoings et on l’utilisait pour laver la laine. Il est aussi sensé protéger la laine des mites.

Parasites des arbres

A Antsirabe, Madagascar, mon ami Hilaire teint avec des champignons qui poussent sur les eucalyptus qui donnent de très jolis marrons. Nous sommes allés en chercher, il n’y en avait pas, je n’ai pas pu les photographier.

Les galles du chêne sont bourrées de tanins, elles servent de mordant naturel. Elles sont produite lors de la ponte d’une guêpe, ce qui crée des boules sur les rameaux de l’arbre qui tente de se défendre.

En zone centrale du Chili, il y a le quintral qui pousse sur de nombreuses espèces d’arbreet notamment sur le molle, donne de jolis marrons roux très lumineux, le résultat varie selon l’arbre hôte du quintral, sur certains arbres, cela ne donnera que du beige.

Quintral sur un molle
Quintral sur un molle

Les résines d’arbres

Beaucoup d’arbres donnent des résines utiles, notamment certains acacias qui donne la gomme arabique. Celle-ci se dilue dans l’eau et permet d’épaissir des teintures pour imprimer ou peindre sur tissus et pour faire des encres naturelles.

Conclusion

Il y a beaucoup à explorer… Cet article est destiné à s’allonger considérablement lors de mon voyage autour du monde, j’espère rencontrer de nombreux arbres tinctoriaux et vous les faire connaître…

Comme ils sont admirables ces arbres, je ne peux que vous conseiller d’écouter cette conférence de Francis Hallé et un peu de poèsie avec Gilles Servat.

Grand teint et petit teint

Grand et petit teint, définition

Quand on achète un vêtement teint naturel, on est en droit d’exiger que la teinture soit solide à la lumière, au lavage, au frottement et si possible à la sueur… Si la teinture résiste à ces différents tests, on peut dire qu’elle est grand teint… on est curieusement moins exigeant avec les couleurs chimiques.

Certaines teintures très luxueuses, notamment le rose de carthame, sont connues pour être de petit teint, car elle ne résiste pas à la lumière, elles étaient souvent utilisées pour des robes de soirée qui n’avaient pas besoin de supporter la lumière du soleil.

Tests de solidité à la lumière

Les rayons ultra-violets ont tendance à détruire les couleurs. Le test le plus simple est d’enrouler un échantillon de fibres teintes sur un morceau de carton, d’en cacher la moitié avec un carton noir et de l’exposer pendant quelques semaines au soleil, ou quelques heures à une lampe à ultraviolet. Puis, on enlève le carton noir et on constate les modifications…

Tests de solidité au lavage

  1. On lave à plusieurs reprise un échantillon de fibres et on compare avec un échantillon non lavé.
  2. On attache ensemble des fibres teintes et les mêmes fibres non teintes, bien serrées. On lave à plusieurs reprises. Une fois l’échantillon sec, on dénoue et vérifie que les fibres teintes n’ont pas déteint sur les autres.

Tests de solidité au frottement

On frotte très sérieusement à sec un échantillon de fibres teintes et on compare avec les mêmes fibres non frottées.

Grand teint, notion européenne

Au cours de l’histoire de la teinture, on parle beaucoup de grand teint et de petit teint en Europe. Depuis le Chili où je vis depuis plus de vingt ans, je n’ai pas l’impression que cette thématique soit si importante.

Je suis surprise de voir la quantité de sites web et d’articles (nord ou sud américains) prônant des teintures au choux rouge, au phytolacque, au curcuma, avec des baies… sans mentionner qu’ils sont petit teint et que ces couleurs changent avec le pH. C’est que ce sont des couleurs fascinantes et faciles à réaliser… mais tellement peu durables.

Il est vrai que dans notre société de consommation effrénée, l’on n’a plus besoin de durabilité. Les modes passent si vite que les vêtements n’ont pas le temps de se décolorer.

Car les textiles précolombiens étaient bien grand teint, ils ont encore des couleurs très vives, les mêmes qui ont surpris les Espagnols lors de leur arrivée… D’autant plus que nous voyons maintenant après qu’ils aient passé plusieurs siècles dans des conditions chimiques assez rudes…

Il faut dire que ces vêtements étaient certainement faits pour durer, on a même retrouvés des vêtements très luxueux rapiécés et racommodés dans certaines tombes dans le désert d’Atacama.

La couleur étant un luxe, dans les périodes les plus anciennes, n’était employée que pour de fine lignes, ou des bordures… mais en grand teint.

Chuspa et collier précolombiens présentés au musée d'Iquique, visiblement grand teint
Chuspa et collier précolombiens présentés au musée d’Iquique, visiblement grand teint

Vous pouvez avoir un petit aperçu de la qualité de l’art textile précolombien en téléchargeant ce merveilleux livre « Awakhuni« , mis à disposition par le « Museo Precolombino de Santiago de Chile ».

Un peu d’histoire

De tout temps, il y a eu des tricheurs, de nombreux papyrus égyptiens mentionnent des recettes pour imiter la pourpre du murex avec de la garance et de l’indigo (qui ne devaient tout de même pas être des teintures bas de gamme).

Pour les périodes anciennes Dominique Cardon cite de nombreux détails dans ses livres.

Pour la période du Moyen-âge, la référence est Michel Pastoureau. Il a étudié très en détail tout ce qui touche au thème des couleurs en Europe (sur d’autres continents, il y a en effet d’autres conceptions de la couleur, qui sont entrain de s’effacer). En Europe même, la conception des couleurs a évolué dans le temps.

Je suis actuellement entrain de lire « Jésus chez le teinturier » de Michel Pastoureau.

Jésus chez le Teinturier, Michel Pastoureau
Jésus chez le Teinturier, Michel Pastoureau

Dans ses nombreux livres sur ce sujet, il explique comment les ateliers de teinture étaient séparés couleur par couleur (par exemple, il n’était pas possible de mélanger du jaune et du bleu pour obtenir du vert, c’étaient des ateliers séparés. En outre, les ateliers étaient aussi souvent séparé selon les fibres qu’ils teignaient : soie, laine, lin… Et ceux qui teignaient en petit teint ne pouvaient pas teindre en grand teint.

Dès les années 1240, en Italie, ont été rédigés des textes réglementant très précisément les matières tinctoriales de grands et petits teints.

En France, en 1634, un règlement de Colbert définit une liste très stricte de matières tinctoriales qui sera respecté durant plusieurs siècles, jusqu’à la synthèse des premières anilines, à partir de 1856, qui ne seront d’ailleurs pas de grand teint.

Liste non exhaustive de teintures grand teint :

  • Garance
  • Kermes
  • Pastel, l’indigofera a eu beaucoup de diffiicultés à entrer dans la liste pour des raison de protectionisme
  • Gaude
  • Sarrette des teinturiers
  • Noyer

Le mordançage influence aussi sur la solidité de la teinture.

Grand teint sérieux contre petit teint populaire?

En général, les plantes grand teint est cultivées (pastel, garance, gaude…), par opposition à de nombreuses plantes sauvages récoltées pour les teintures plus populaires, surtout dans les tons de jaunes et marron. Les teintures plus populaires, souvent mordancées sans alun (avec du sel, de la cendre…) pouvaient être reteints plusieurs fois… (voir les tableaux des frères Lenain).

De nombreuses teintures étaient aussi importées de fort loin, elles n’étaient pas toutes de grand teint, mais permettaient d’économiser sur certaines matières premières très coûteuses. C’était par exemple le cas du fustet qui entrait en petites quantités dans de nombreuses recettes.

Certaines plantes étaient très controversées, comme par exemple, le bois de Campêche, très connu pour son noir mordancé au chrome, mais qui n’avait pas d’équivalent.

Conclusion

J’essaie dans la mesure du possible de teindre en grand teint, car c’est dommage de passer du temps, d’utiliser de l’énergie et des fibres coûteuses, pour des couleurs qui s’effacent avec le temps. En général, je laisse sécher mes laines après les avoir teintes et après je les lave et les laisse sécher à nouveau à l’ombre.

Mais il faut reconnaître que l’on ne fait plus bouillir la lessive comme avant, mais il serait dommage de faire un tableau qui pâlirait avec le temps… C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec beaucoup de tapisseries anciennes où les verts on pratiquement  disparus, par manque de solidité.

Un certain nombre de plantes locales chiliennes ne sont évidemment pas définies dans le règlement de Colbert. Certaines peuvent être de grand teint (plantes à tanins, par exemple), d’autres certainement pas. Il faudrait faire des tests.

Déchets bons pour teindre

Des déchets tinctoriaux

Teindre avec des déchets peut être très facile, simple, économique… C’est une forme de recyclage et de mise en valeur efficace. N’en attendez pas les rouges et le bleu, de tout temps des plantes ont été cultivées pour cela… Mais vous aurez des jaunes, des verts pâles, des verts olives-bronze, des marrons, des beiges, des gris, toute la gamme classique des teintures naturelles…

Aller au marché et revenir avec des teintures-déchets

Au marché ou chez les marchands de légumes, on peut récupérer les pelures d’oignons, les queues et feuilles d’artichauds, les fanes de carottes, des légumes trop fanés, pommes piquées, avocats trop mûrs… j’ai même teint avec du coriandre qui avait jauni et était invendable, mais a teint en jaune.

Je n’ai pas encore essayé, mais les feuilles de laitue, blettes, épinards… devraient aussi donner des jaunes.

Il est donc très intéressant d’avoir de bonnes relations avec son marchand de fruits et légumes, une bonne occasion pour abandonner le supermarché… Cela peut être une bonne occasion de chercher à se fournir en circuit court.

Un autre moyen d’obtenir des déchets alimentaires, en particulier, avec les restaurants pour les épluchures d’oignons, les vendeurs de jus de fruits naturels pour les noyaux de mangues, d’avocats, de pêche, d’abricots… les écorces de citrons, oranges, pamplemousses, les épluchures de pommes, coings, poires, avocats… tout cela doit être essayé.

Si vous avez des arbres fruitiers, souvent, il perdent des fruits avant maturation, ces petits fruit sont en général bourrés de tanins, il est donc intéressant de les ramasser pour faire des essais de teinture.

A Puerto Montt, il font beaucoup de chicha à base de pommes, certaines femmes utilisent les restes de pommes écrasées pour teindre.

Les noyaux de mangues m’ont donné de très bon résultat quand je vivais à Mamiña.

Les épluchures d’oignons sont très intéressantes, surtout avec les vieux oignons qui ont été gardés pendant l’hiver. Il faut laisser tremper pendant plusieurs jours avant de teindre, et laisser mijoter le plus longtemps possible. On m’a mentionné plusieurs fois la coutûme de teindre des oeufs à Paques, avec des épluchures d’oignons ficelées autour des oeufs.

Epluchures d'oigons et artichauds, déchets récupérés chez le marchand de légumes à Angelmó
Epluchures d’oigons et artichauds, déchets récupérés chez le marchand de légumes à Angelmó
Teinture aux déchets d'oignons
Teinture aux déchets d’oignons
Teinture à l'oignon sur laine et coton
Teinture à l’oignon sur laine et coton

Laissez tomber les feuilles de betteraves, ceux qui en parlent ont seulement « entendu le coq chanter » (expression chilienne siginifiant que l’on ne sait pas de quoi on parle). Dans le meilleur des cas, on obtiendra un jaune pâle très décevant, le rose partant au premier rinçage. Je fais souvent la démonstration lors des cours. Cela peut teindre des sels de bains, mais le choux rouge, m’a donné de meilleurs résultats, j’avais aussi essayé les cerises.

« teinture » à la betterave

Le choux rouge et les différentes baies qui tachent bien, risquent d’être aussi décevants, vu leur instabilité et leurs variations en fonction de l’acidité, lors du lavage. Mais cela peut être mis à profit pour des expériences avec des enfants. J’en parlerai certainement dans un prochain article.

Songez à garder les coques de fruits sec (noix, pistaches, noisettes, chataignes…). Ces fruits sont excellents pour la santé et leurs coques sont bourrées de tanins.

Les « mauvaises herbes » profitons-en

Vive les chardons

Ils teignent en jaune, verts et gris selon les mordants. Vous aurez la surprise de découvrir qu’ils sont tout aussi piquant cuits que crus.

Teinture aux chardons à Concón
Teinture aux chardons à Concón

Les coquelicots

D’après Dominique Cardon, leurs pétales teignent en rouge, je n’ai pas encore essayé, il en faut de grandes quantités et au Chili les coquelicots sont mauves !

Les ronces

Les jeunes rameaux donnent de très jolis jaunes, vert olive et gris, selon le mordant, il en sort une très bonne odeur de confiture de mûres. Comme pour les chardons, les épines résistent à la cuisson. Les mûres comme toutes les baies sont plutôt décevantes, mieux vaut les manger.

Teinture avec des jeunes branches de ronces
Teinture avec des jeunes branches de ronces

Les orties

Si vous ne les mangez pas en soupe ou ne les utilisez pas pour faire du purin ou du shampoing, elles teignent aussi, je n’ai pas encore l’occasion d’essayer, une fois sèches ou cuites, elles ne piquent plus… Michel Garcia en parle dans un de ses livres.

Les rumex

Très mal vue par les agriculteurs, cette plante bioindicatrice est très intéressante, car elle contient beaucoup de tanins clairs, ce qui permet de l’utiliser comme mordant naturel en combinaison avec d’autres plantes. L’idéal est d’utiliser les racines, mais celles-ci peuvent être difficiles à arracher, dans ce cas le reste de la plante peut être utilisé.

Rumex apportés par l'une des stagiaires à l'atelier d'ecoprint
Rumex apportés par l’une des stagiaires à l’atelier d’ecoprint

Le quintral

C’est un parasite qui attaque de nombreuses espèces d’arbres au Chili et selon la plante hôte, le résultat va du beige au marron roux très lumineux, c’est une teinture que j’apprécie beaucoup.

Quintral du molle
Quintral du molle
Laine teinte en toison au quintral du molle
Laine teinte en toison au quintral du molle

…et j’en oublie beaucoup de ces plantes méconnues… évitons tout de même les plantes toxiques comme le datura! d’autant plus qu’elles ont aussi tendance à concentrer les métaux lourds et les pesticides qu’elles adorent.

Votre voisin taille ses haies ?

A Iquique, en plein centre ville, au coeur du désert, un voisin a taillé son Bougainvillier un peu trop encombrant. Il avait de jolies fleurs roses fuchsia…  c’était pour moi une vraie aubaine. Il ne faut pas avoir honte, j’avais là une matière première de choix, j’en ai ramassé deux gros sacs que j’ai partagés avec une amie, Jeannette Baeza, qui faisait des colliers avec des fleurs séchées.

A Santa Fe, en Argentine, ville pleine de verdure, avec mon amie Lucrecia, nous avons récupéré pour les deux ateliers de nombreuses plantes que les voisins avaient taillées…

Récupération de déchets de taille, ici un bignonia
Récupération de déchets de taille, ici un bignonia

Les rosiers, notamment, les feuilles donnent des résultats très intéressants en ecoprint, je crois que c’était l’une des plantes préférées de mon ami Hilaire à Antsirabé (Madagascar).

Mon ami Hilaire découvrant un de ses premiers ecoprint, Antsirabé, Madagascar
Mon ami Hilaire découvrant un de ses premiers ecoprint, Antsirabé, Madagascar

Les troënes, le chèvre-feuille, buddleia, le lierre, l’hortensia et de nombreuses autres plantes grimpantes ou utilisées pour les haies, peuvent teindre (attentions certaines peuvent toxiques).

Vive les feuilles mortes

Certains les jettent, c’est dommages car nos sols en on besoin pour se régénérer et se protéger. Mais on peut aussi teindre avec, elles contiennent souvent beaucoup de tanins et des flavonoïdes… en bref, des marrons, des jaunes, des verts bronze et olive, des gris…

Fleurs fanées

A Iquique, j’ai essayé les fleurs fanées d’hibiscus rouge, j’ai eu la grande surprise d’obtenir un joli vert clair quand j’ai ajouté l’alun.

Feutre, orange de garance, vert clair d'hibiscus
Feutre, orange de garance, vert clair d’hibiscus

A Santa Fe, lors de l’atelier à La Redonda, nous avons essayé les jolies fleurs mauves de jacaranda tombées au sol, le résultat a été un joli brun roux.

Fleurs de jacaranda
Fleurs de jacaranda
Laine teinte aux fleurs de jacaranda
Laine teinte aux fleurs de jacaranda

On peut aussi profiter des déchets des fleuristes, une plante n’a pas besoin d’être présentable pour teindre, il y a beaucoup de feuillages très intéressants pour les ecoprint que le fleuriste du quartier doit jeter, pourquoi ne pas les lui demander?

Les écorces et racines

Je ne vous conseille pas d’arracher des écorces et des racines sur des plantes vivantes, car cela peut les mettre en danger.

Mais on peut profiter des bois de taille des arbres fruitiers, j’ai, par exemple, essayé l’abricotier, quand je vivais à longotoma, cela m’a donné un beige rose pâle intéressant, les feuilles m’on donné du vert.

On peut aussi récupérer les écorces sur les bûches de bois de chauffage, c’est là que se concentrent les tanins. C’est ainsi que j’ai teint avec des grosses écorces d’eucalyptus.

Grosses écorces d'eucalyptus
Grosses écorces d’eucalyptus

Sciure de bois

J’ai testé la sciure de mélèze que je m’étais procurée auprès d’un artisan en bois, cela m’a donné une jolie couleur cuivrée.

Je n’ai pas encore essayé le BRF (bois raméal fragmenté) qui est très utilisé en permaculture, je suis curieuse de voir le résultat.

Pour les amateurs de thé et de maté, gardez vos déchets

Ces déchets-là aussi fonctionnent…

Le thé

C’est une grande source de tanins, il peut teindre presque tout, très solidement (s’éclaircit avec du jus de citron), en beige. Si on en consomme beaucoup, cela peut valoir la peine de garder les restes pour teindre…

Le maté

A Santa Fe, en Argentine, tout le monde boit du maté à longueur de journée, nous avons donc récupéré les déchets d’une seule journée, cela nous a suffit, car la casserole était petite, elle était elle-aussi de récupération…

Teinture aux déchets de maté bouilli
Teinture aux déchets de maté bouilli
Yerba Maté
Yerba Maté

Le café

Je n’ai pas encore essayé, car au Chili, on n’a pas de culture du café, on boit du café en poudre qui n’a plus rien de naturel, je ne peux donc pas récupérer des quantités suffisantes de marc de café, d’autant plus que le café est grillé durant la torréfaction, ce qui doit éliminer des composants de la graine.

Mais, le caféïer est une rubiacée, donc de la même famille que la garance. A Madagascar et en Equateur, j’ai vu l’arbre, mais je n’ai pas eu l’occasion d’essayer.

Cafeïer à Antsirabe, Madagascar
Cafeïer à Antsirabe, Madagascar

Le cacao

Je n’ai pas essayé, il me semble qu’il a plus d’affinité pour les graisses que pour l’eau, ce qui complique les choses en teinture textile, si l’on doit pouvoir laver…

Déchets modificateurs

Urine

L’urine a été employé comme mordant ou modificateur depuis les temps les plus anciens, elle apparaît dans de nombreuses recettes de teintures, on récollectait de préférence l’urine des garçons avant leur puberté, il y a une modification chimique que les anciens teinturiers avaient sans doute découverte.

Sans remonter au moyen-âge, une amie originaire de l’Ile Maillen, près de Puerto Montt, m’a raconté que quand sa mère teignait, elle récupérait l’urine de ses 9 enfants.

A titre d’expérience, pour les fiches de modificateurs à Pica et à Santa Fe, nous avons testé l’urine.

J’allais oublier de mentionner la fameuse cuve d’indigo à l’urine. Je ne l’ai pas testée. Le Chili est un pays très hygiéniste, c’est peut-être pour cela que l’on a perdu pratiquement toutes les connaissances concernant l’indigo et on le redécouvre maintenant gràce à la mode du shibori. Quand Charles Darwin est passé par Chiloe vers 1832, si je me rappelle bien, il dit qu’il a vu les Indigènes échanger de l’indigo… Un curé allemand qui avait appris le mapundungu, langue des Mapuches et était passionné de botanique, mentionne une plante qu’il pense avoir été source de bleu, connue seulement dans certaines communautés, mais sans en être vraiment sûr.

Cendres

La lessive de cendre est très alcaline, elle était traditionnellement utilisé pour laver la laine et les vêtements. Celestina Stramigioli cite des recettes traditionnelles en Argentine où les femmes sortaient la laine du bain de teinture et l’imprégnait de cendres avant de la replonger dans la teinture.

Après les avoir utilisés en teinture, ces déchets peut partir au compost si vous avez un jardin.

Conclusion

Les déchets les plus divers peuvent servir à teindre, pourquoi se priver, d’autant qu’il faut beaucoup de matières tinctoriales pour teindre peu de fibres. Autant profiter des ressources gratuites qui peuvent être abondantes et à portée de main, les résultats peuvent être surprenants.

Semer des teintures

Semer des teintures peut être rentable

Semer appartient à l’histoire

Jusqu’en 1870, date des premiers colorants de synthèse, semer des teintures était très courant en Europe, mais aussi sur de nombreux continents… outre les plantes, insectes et arbres sauvages récoltés parfois à de très grandes distances, de très grandes surfaces étaient réservées à la culture de pastel, indigo, garance et même gaude pour fournir les ateliers de teinturiers. C’était un négoce très important comme en témoignent les informations fournies par Dominique Cardon et Michel Pastoureau.

La garance et le pastel firent la richesse du Sud de la France, au point que l’expression « pays de Cocagne » fait référence à la culture du pastel qui se préparait en « coques » pour pouvoir se conserver, se transporter plus facilement et concentrer les pigments.

Parfois même, certaines cultures de plantes tinctoriales étant plus rentables que les cultures vivrières provoquaient des disettes et famines. Un empereur de Chine fit même interdire de semer certaines plantes à teindre… Ces plantes ont  aussi provoqué des guerres…

Semer, c’est être cultivé

Semer des plantes tinctoriales, c’est sauvegarder des traditions, c’est d’autant plus intéressant que la plupart des plantes tinctoriales sont aussi des plantes médicinales… Et porter des vêtements teints naturellement est donc beaucoup plus sain que des vêtements teints chimiquement.

Je voudrai saluer les efforts de l’Association Couleur Garance à Lauris (84 Vaucluse – France) qui a eu la très grande gentillesse de m’avoir reçue pendant 15 jours, il y a de cela plusieurs années à mon reour de l’ISEND à Kuching.

Leur jardin qui offre une variété toujours croissante de plantes tinctoriales est un modèle pour moi.

Il est à noter qu’ils vendent des graines de nombreuses plantes très intéressantes, récoltées sur place, proposent des formations, des encres et des teintures naturelles. C’est un exemple à suivre.

Semer appartient à l’avenir

Aujourd’hui encore, cela peut être rentable et même être un facteur de développement, au Bengladesh, en Inde, à Madagascar, au Salvador, à Taiwan, mais aussi en France ou en Hollande où une coopérative s’est mise à culture de la garance.

L’indigo naturel est encore très recherché, en semer peut valoir la peine, le shibori est à la mode, l’indigo est la teinture idéale pour cette technique (dont les possibilités sont sans limites) et le mouvement slow fashion prend de l’ampleur. Il faut déterminer la plante qui convient le mieux au lieu que l’on veut cultiver. Certaines plantes à indigo sont des légumineuses donc des engrais verts et peuvent très bien se combiner dans un jardin en permaculture ou agroforestrerie.

Mon voyage autour du monde doit aussi m’apprendre à semer et récolter… aussi bien au sens propre qu’au sens figuré.

Je sèmerai aussi

Je voulais semer des plantes à indigo, du cosmos sulphureus, du carthame et de la garance à Concón, cela aurait été bon pour cette terre, malheureusement les chevaux les auraient manger. Je ne pouvais pas me limiter à récolter ce que ne peuvent pas manger les chevaux…

De retour de mon tour du monde tinctorial et textile, je chercherai un endroit où en semer ces plantes et bien d’autres pour mes besoins personnels… mon idée est d’être le plus autosuffisante possible… du point de vue alimentaire, mais aussi professionnel…

Pour préserver ces trésors, il est aussi important de multiplier les plantes que l’on utilise pour ne pas les exterminer sans le vouloir, il faut se rappeler que pour beaucoup de plantes, il faut 3 kg de plantes pour 1 kg de fibres… Donc il faut éviter de récolter les plantes rares, pour qu’elles puissent se reproduire et essayer de favoriser leur expansion.

De même je chercherai à semer de la garance tout en sachant que je devrais attendre plusieurs années pour en récolter les racines. C’est du travail à long terme, mais il faut se donner les moyens pour pouvoir créer… C’est pourquoi je veux aussi apprendre plus d’agronomie sustentable et je m’intéresse à la permaculture.

Pas de photos

Cet article ne montre pas de photo pour le moment, vu que je n’ai pas encore semé, je n’ai rien de personnel à vous montrer. Il va aussi s’enrichir prochainement d’informations complémentaires.

J'attends les photos des amis qui sèment et cultivent, semer est important
J’attends les photos des amis qui sèment et cultivent, semer est important

Je serai très heureuse de pouvoir visiter les semeurs de plantes tinctoriales et vous prie de vous manifester pour pouvoir vous inclure dans mon tour du monde tinctorial et textile.


Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

Je vous invite à laisser vos commentaires.

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Bain raté? Comment le récupérer

Vous avez raté votre bain?

Cela arrive à tous les teinturiers d’être déçu par un bain de teinture… Une plante que l’on ne connaît pas… un manque de mordant… une couleur décevante…

Parfois, cela ne vaut pas la peine d’essayer de modifier le résultat, par exemple une fois j’ai essayé de teindre avec l’escholtsia ou pavot de Californie, le résultat a été un vert-jaune très pâle, qui m’a déçu sur le moment, bien sûr on pourrait s’attendre à beaucoup mieux d’une fleur si voyante… Mais j’ai gardé l’écheveau tel quel, par la suite je l’ai tricoté en combinaison avec d’autres couleurs qui le faisait ressortir… J’ai récemment réessayé de teindre avec cette fleur à Concon, par la technique de la fermentation. le résultat a été assez similaire.

Fleurs d'elchotsia ou pavot de Californie
Fleurs d’elchotsia ou pavot de Californie

Cela peut se rattraper avec un autre bain, un petit supplément, ou on peut le transformer en laine tricolore, peut-être pas bleu-blanc-rouge… Mais les mordants et les modificateurs sont une source sans fin de variations.

Je vais vous raconter quelques expériences

Sebastiana était très déçue

Lors d’un atelier que nous avons fait avec l’Association Aymara Kespi Kala, à Mamiña, nous avons teint dans une casserole un peu rouillée, avec du schinus molle, poivrier rose, qui dans une cassserole non rouillée doit donner un jaune très fort… mais le fer de la rouille est intervenu…

Le résultat fut un joli vert avec des taches presque noires… Cela m’a beaucoup plus, mais pour ma voisine Sebastiana cela n’allait pas avec ses traditions où l’on considère comme beau une couleur unie… La solution aurait été de retremper la laine dans un bain avec de l’acétate de fer (soupe de clous ou bain de clous dans du vinaigre) qui aurait régularisé la couleur vers le ton le plus sombre.

Il aurait tout de même fallu faire attention à bien rincer, car le fer a tendance à rendre la laine rugueuse et la fragilise.

La laine qui n'a pas plu à ma voisine
La laine qui n’a pas plu à ma voisine

Laine à 4 couleurs à Rancagua

De retour de France, après l’ISEND de Kuching, je suis passée voir mon amie Lucia à Rancagua, nous avons testé une plante qui ressemblait beaucoup à la persicaire à indigo, nous avons testé la technique pour extraire l’indigo que montre Michel Garcia dans son DVD. Nous nous étions trompé de plante, nous avons quand récupéré le bain jaune obtenu lors de notre tentative, et nous avons teint avec en jaune… Nous avons un écheveau et ne l’avons laissé que jusqu’à la moitié dans le bain.

Il en est sorti une laine jaune et blanche, c’est normal, seulement la laine n’est jamais vraiment blanche (Michel Pastoureau parle même de teinture en blanc, qui fut longtemps un problème…).

Comme j’avais ramené un peu d’indigo de Kuching, nous avons donc préparé un bain d’indigo.

Le résultat fut une laine jaune, blanche et bleu, avec toutes les variations possibles…

De retour à Mamiña, je lui ai fait subir un autre bain, de cochenille cette fois.

Bain de cochenille supplémentaire
Bain de cochenille supplémentaire
Laines multicolores
Laines multicolores
Béret, mouton, multicolor, teinture naturelle, indigo, cochenille, duraznillo, métier à clous, crochet
Béret, mouton, multicolor, teinture naturelle, indigo, cochenille, duraznillo, métier à clous, crochet

Les fiches de modificateurs

A Pica, puis à nouveau à Santa Fe (Argentine) lors de l’atelier à La Redonda, nous avons fait des tests de modification des teintures que nous avons synthétisés sur des fiches… Ces fiches longues à réaliser m’ont beaucoup appris.

Fiche des tests de modificateurs
Fiche des tests de modificateurs

En effet, la grande majorité des recettes « littéraires » ou plutôt occidentales se basent sur des bains acidifiés (alun, vinaigre, citron, crème de tartre, sulfate de cuivre…), les trois premiers ayant souvent tendance à éclaircir les couleur.

Mais les recettes traditionnelles, populaires, en Argentine (voir Celestina Stramigioli) comme au Chili font souvent appel à des produits plutôt alcalins (sel, bicarbonate, chaux, lessive de cendres, urine…) qui ont pour effet de renforcer la couleur ou plutôt de l’obscurcir. On obtient ainsi des jaunes beaucoup plus soutenus, plus agréables…

Prolonger un bain

Je l’ai fait, il y a peu de temps avec ma teinture au citron, grace au bicarbonate (un usage supplémentaire de ce produit aux ressources infinies), un petit peu dans le troisième et le quatrième bain et j’ai presque égalé le second bain…

teinture au citron
teinture au citron

Camouflage à l’eucalyptus

Lors de mes premiers essais de teinture, quand je vivais à Longotoma, près de La Ligua, j’avais teint deux écheveaux de laine à l’écorce d’eucalyptus (celle qui tombe des troncs et s’arrache toute seule, cela ne nuit pas à l’arbre). J’avais obtenu un joli café, mais j’en avais déjà plusieurs  qui lui ressemblaient, j’ai donc décidé de les modifer…

J’ai pris deux récipients, dans l’un j’ai dilué un peu de sulfate de cuivre, dans l’autre un peu de sulfate de fer. J’ai mis les bouts des écheveaux dans ces récipients, laissant la partie du milieu hors des bains…

La réaction est rapide. D’un coté, j’avais du gris foncé, de l’autre un vert kaki, séparé par du marron. Quand j’ai tricoté un poncho avec ces laines, il était à la mode camouflage…

Second bain d’indigo

A Santa Fe, Argentine, lors du premier atelier, à la Esquina Encendida, mon amie Mara m’acheté un bonnet, mais elle n’a pas résisté à l’envie de le modifier, nous avions un bain d’indigo. Cela se prête merveilleusement à toutes les techniques de shibori. Nous avons donc ficelé ce bonnet et l’avons plongé à plusieurs reprises dans le bain d’indigo jusqu’à ce que la couleur lui plaise…

Tie dye à Santa Fe
Tie dye à Santa Fe
Sortie du bain d'indigo
Sortie du bain d’indigo
Teinture terminée
Teinture terminée

Cochenille

La cochenille se prête merveilleusement aux modifications, cette teinture est très sensible au fer, au cuivre, au citron, à la crème de tartre… attention aux casseroles rouillées ! Je lui ai déjà consacré un article… Elle le mérite bien.

Laines teintes à la cochenille, à Mamiña
Laines teintes à la cochenille, à Mamiña

Ecoprint pas assez net

Lors de l’atelier d’ecoprint à La Chapelle Blanche Saint Martin (Indre et Loire – France), il y a eu quelques essais qui n’étaient pas assez contrastés, ils sont passés dans un bain supplémentaire soit à la chaux hidraulique, soit à la soupe de clous, qui ont révélé les détails cachés

Ecoprint révélé au bain de chaux hidraulique
Ecoprint révélé au bain de chaux hidraulique

Prochains essais

Bain de garance trop pâle

J’ai teint des laines à la garance, elle a bien trempé plusieurs jours… mais je n’ai pas dû en mettre suffisamment (j’en ai peu, on n’en produit pas au Chili, et cela coûte cher de l’importer de France… et je n’ai pas encore réussi à me procurer son équivalent le Relbun, pourtant sauvage dans le sud du Chili). Le résultat est un rose saumon.

Quatrième bain de garance
Quatrième bain de garance

Le second bain est assez semblable au premier. J’en ai fait un troisième en attente avec rajout de craie, seulement un peu plus clair que les deux premiers.

Le quatrième bain est en attente, avec cette fois-ci des laines blanches et un écheveau déjà teint en jaune.

 

Je crois que je vais passer une partie de ces laines dans un bain de cochenille…

Résultats lors d’une prochaine mise à jour de cet article

Métier María

Métier María, le connaissez-vous ?

Peut-être l’appelle-t-on différemment en français, mais ici au Chili, il et connu comme métier María. En Argentine, il est aussi connu comme « sureño » (du sud)…

C’est un métier à ensouple et peigne rigide, il n’a habituellement pas de pieds, ce qui permet de le poser sur une table, il peut être démontable, on peut le ranger dans un grand sac pour le transporter, même avec une chaîne montée et un tissage en cours…

On peut le travailler assis ou debout.

A Mamiña, je m'asseyais pour tisser
A Mamiña, je m’asseyais pour tisser

Si la chaîne est bien montée, le métier María permet de tisser des toiles de facilement plus de 10 mètres, ou bien plusieurs pièces les unes à la suite des autres (ou en les coupant une par une, c’est très facile) en utilisant la même chaîne, ce qui réduit les pertes.

La largeur peut aller de 40 cm à 1,20 m, la largeur de la pièce est toujours un peu inférieure bien sûr à la largeur du peigne.

On peut avoir différents peignes pour différentes grosseurs de fils de chaîne. Il existe des métiers María avec un dispositif pour monter deux peignes, ce qui permet de faire varier les dessins ou de tisser en cilindre ou double largeur, je n’ai pas encore testé cela.

Bien qu’étant rapide le métier María ne peut pas donner le rendement d’un métier à pédales, mais il est moins encombrant.

Mon premier métier María

J’ai acheté mon premier métier María à Santa Fe, Argentine, après avoir donné une formation en teintures naturelles en juillet 2013 à la Esquina Encendida, un centre culturel très ouvert à Santa Fe, je suis restée quelques jours chez mon amie Lucrecia avant de rentrer à Mamiña.

J’en ai profité pour acheter des livres, visiter des musées et El taller de la Guardia, un atelier de céramique très original, où l’on fait des copies de céramiques précolombines… des cuissons de céramique à ciel ouvert, impressionnant…

Comme j’avais bien vendu mes tricots, nous sommes allées chercher un métier à tisser, c’est ainsi que je suis revenue à Mamiña avec un métier et des livres en plus…

Montage de la chaîne à Mamiña
Montage de la chaîne à Mamiña

Je me suis dépêchée de l’essayer, car d’abord c’était pour moi une nouveauté, j’adore les nouvelles expériences. J’avais lu de nombreuses revue sur le métier María, mais il faut bien sûr passer à la pratique.

La pratique était aussi indispensable, car il était prévu que je donne un cours à Pica en novembre sur les teintures naturelles pendant une semaine, mais aussi une semaine sur métier María et métier à clous.

Je me suis donc bien entraînée pour ne pas décevoir les femmes de Pica.

Partie d'un poncho
Partie d’un poncho

Comme j’avais le temps et assez de laines à Mamiña, j’ai tissé un certain nombre de pièces et testé un certain nombre de techniques que j’ai pu enseigner par la suite.

Mes tissages exposés à Mamiña, près des bains thermaux Ipla
Mes tissages exposés à Mamiña, près des bains thermaux Ipla

Une amie d’Iquique, créatrice de costumes de théâtre, Jeannette Baeza, m’a acheté plusieurs grandes et les a transformées, puis elle a organisé un défilé de mode… au Palais Astoreca à Iquique, où elle m’avait aussi donné la possibilité d’exposer avec elle et deux autres artisanes mes travaux quelques années auparavant.

Une de mes toiles transformée en veste
Une de mes toiles transformée en veste

On peut adapter la plupart des points du métier à clous, mais on peut en utiliser d’autres comme les points de gases, sur de grandes longueurs si l’on veut, ce qui est plus compliqué avec le métier à clous où la chaîne devient vite trop tendue.

Poncho en laine d'alpaga au point de gase
Poncho en laine d’alpaga au point de gase

L’usage du peigne permet aussi de tisser beaucoup plus vite de grandes pièces, grands ponchos, couvertures de pied de lit, châles…

Pica

J’ai vite obtenu une grande variété de points et d’effets, les femmes de Pica n’ont pas été déçues. Elles avaient suivi de nombreux cours sans beaucoup de résultats, il y avait beaucoup d’indigènes Aymara parmi elles et elles savaient presque toutes tisser sur leurs métiers traditionnels de ceinture.

Je parle de cette expérience dans la présentation que j’avais préparé pour l’IFND de Taiwan disponible sur www.academia.edu et www.slideshare.net.

Mais les techniques diffèrent beaucoup, car c’est la chaîne qui fait les dessins sur les métiers indigènes (à pieux, de ceinture, Mapuche…), alors que sur le métier María comme sur tous les métiers occidentaux, c’est la trame qui fait les dessins. De plus, leurs tissages sont généralement très lisses et très serrés.

Avec le métier María, en général, les tissages sont plus souples, moins serrés (donc plus économiques en laine) et on peut faire des points en reliefs, c’est ce que je leur ai enseigné en priorité pour qu’elles puissent proposer par la suite des travaux différents de leurs collègues et concurrentes. Elles m’ont très agréablement surprise par leur créativité.

Avec l'une des organisatrices du cours, Graciela Palape, essayant un de mes ponchos
Avec l’une des organisatrices du cours, Graciela Palape, essayant un de mes ponchos
Exposition dans la salle de cours à Pica
Exposition dans la salle de cours à Pica
Les stagiaires,le premier jour, cours théorique.

Après Mamiña, Rincón de Angel

A Mamiña, j’ai beaucoup tissé et teint aussi, mais la route est devenue de plus en plus mauvaise et les touristes de plus en plus rares.

J’avais voyagé jusqu’à Angelmó antérieurement pour chercher de la bonne laine pour alimenter ce métier très gourmand, et c’est là que j’avais rencontré Angel qui m’avait proposé de venir l’aider. Je me suis souvenu de sa proposition.

A Angelmó, il y a beaucoup de matières premières, de quoi alimenter ce métier… J’y suis resté quatre mois avant de repartir en voyage en Equateur et à Moquegua, Pérou (pour chercher de la cochenille), puis j’ai déménagé définitivement pour Angelmó.

Un bon métier María

Là, nous avons enfin trouvé un bon fournisseur de métier María en attendant de pouvoir fabriquer le nôtre, en perfectionnant quelques détails. En effet, ils ne sont pas tous bons, le mien s’était usé (les freins étaient faits en carton-pâte !), il fallu le refaire presque entièrement (seul le peigne s’est sauvé), d’autres sont trop courts, certains sont mal terminés… Il faut tout de même que cela soit agréable à travailler.

A Angelmó, les femmes qui achètent ce genre de métier vont passer des heures et des heures tous les jours dessus pour faire de grandes pièces… Il faut donc qu’il soit ergonomique, c’est important.

Enfin, un bon métier María,chez Rincón de Angel
Enfin, un bon métier María,chez Rincón de Angel

Chez Angel, j’ai donc pu développer encore plus mes techniques, monter des chaînes beaucoup plus longues… et varier les effets.

Je vais bientôt en tester un de 1,20 m de large.

Je vous expliquerai dans un prochain article comment je travaille avec le métier María. N’hésitez pas à me poser des questions, pour que j’y réponde dans le prochain article.

Clous pour tisser

Vive les petits clous

Des clous, ou plus des petites pointes, j’en consomme de grandes quantités pour mes métiers à clous, comme je collectionne les outils (les livres aussi), les métiers à tisser se multiplient.

J’ai découvert ce métier lors de ma première foire à La Ligua, une exposante en avait un grand, triangulaire, j’ai trouvé le système très intéressant. Je m’en suis fait faire rapidement plusieurs modèles différents de ce que j’avais vu…

Les métiers à clous peuvent arborer différentes formes, s’adapter à la pièce que l’on veut tisser. Il m’en manque toujours un, j’en ai de beaux, fabriqués par des menuisiers professionels, d’autres simplement fonctionnels, certains vraiment bruts que j’ai faits moi-même (et je ne suis pas spécialiste du travail du bois et je n’avais pas toujours les bons clous…).

C’est facile à fabriquer, on peut utiliser de vieux cadres… Nous en avons même improvisé un à Antsirabe (Madagascar) avec mon ami Hilaire avec un morceau de meuble démonté… pour tester de nouveau points, avec du sisal local.

Métier à clous pour tester des points au sisal
Métier à clous pour tester des points au sisal
Echantillon terminé
Echantillon terminé

Des clous créatifs

J’ai bien sûr des carrés, des rectangles, des triangles, mais aussi octogones, ronds, losanges, hexagones, spécial boléros, trapèze pour les jupes, des longs pour les écharpes… en forme de coeur, poisson, goutte d’eau… la seule limite est le temps pour les fabriquer et les tisser.

Partie centrale d'un des premiers ponchos que j'ai tissés au métier à clous
Partie centrale d’un des premiers ponchos que j’ai tissés au métier à clous
Poncho, une fois fini, un carré et deux triangles unis
Poncho, une fois fini, un carré et deux triangles unis
Autre exemple, technique de tapisserie
Autre exemple, technique de tapisserie

J’en ai des grands qui sont plus longs à tisser, des moyens, des petits… des classiques, des originaux…

Châle recangulaire, pied de lit. laine mouton, teint au quintral, naturel, tissé métier à clous construit pour l¡occasionm finitions crochets
Châle recangulaire, pied de lit. laine mouton, teint au quintral, naturel, tissé métier à clous construit pour l’occasion, finitions crochets
En cours de tissage
En cours de tissage

J’en ai des tout petits, que m’a fabriqués mon père lors des mes voyages en France, pour tisser des bijoux, d’autres me rappellent des amis disparus, tels mes métiers pour faire des gilets. Chaque fois que je le tisse, je me souviens de Pato… qui me les a découpés.

Métiers à gilets
Métiers à gilets
Variété de métiers à clous
Variété de métiers à clous

Des clous pratiques

Comme de petits métiers permettent de tisser de grandes pièces (j’ai découvert une technique indigène pour unir les pièces lors du tissage, dans la bibliothèque  du musée d’Antofagasta, depuis je l’applique très souvent), ils sont pratiques pour voyager, et comme je voyage beaucoup, ils m’accompagnent souvent. On peut ainsi les utiliser lors de n’importe quel moment d’attente, comme le crohet ou les aiguilles à tricoter… Mais, ils utilisent moins de laine pour la même surface, ce qui peut être intéressant quand on a peu de matière première. Il vaut mieux ne pas utiliser de laines trop fines, avec de la vraie laine, cela se passe relativement bien, car elle a des petites écailles qui s’accrochent entre les fils, mais les fils synthétiques et végétales (lin, coton…) sont lisses et glissent, ils doivent donc être tissés serrés.

Poncho réunissant 64 carrés tissés sur métier à clous de 20 cm x 20 cm
Poncho réunissant 64 carrés tissés sur métier à clous de 20 cm x 20 cm

Ils sont très versatiles, car ils permettent de tester, inventer ou plutôt réinventer de nouveaux points que l’on peut utiliser ensuite avec le métier María plus efficacement.

On peut aussi les utiliser avec différentes fibres qui souvent ne peuvent pas passer dans les peignes ou les lisses des autres types de métiers (cuir, baguettes de bois, osier, rafia, laine cardée, cordons, ficelles, feuilles de maïs, plumes…). Cela permet de faire des piéces décoratives très originales…

Différentes manières de les tisser

Ce qu’enseignent les revues…

Le travail en diagonale, pas besoin d’aiguille, se tisse à la main.

Il faut rajouter les franges ultérieurement, les carrés se déforment beaucoup, cela fonctionne bien sur les carrés et les triangles réguliers, c’est plus compliqué avec les rectangles et cela devient dificile sur les formes créatives ou personalisées.

Ce je pratique habituellement

Je monte habituellement la chaîne à la verticale, généralement sur le coté le plus long du métier, et je tisse la trame en perpendiculaire, l’hexagone et les triangles peuvent permettre une chaîne et deux trames…

Habituellement, je tisse avec une aiguille à coudre les sacs de pommes de terre. Je peux en utiliser plusieurs, si je travaille avec plusieurs couleurs…

Tissage du triangle

Tissage du triangle avec des franges
Tissage du triangle avec des franges

Tissage du gilet

Variantes créatives

Pour des tableaux, on peut aussi monter la chaîne d’autres manières, c’est ce que j’ai enseigné aux femmes du groupe de Pica.

Chaîne en diagonale
Chaîne en diagonale
Chaîne en rayon, comme si le métier était rond
Chaîne en rayon, comme si le métier était rond
Rectangle chaîne en diagonale presque terminé
Rectangle chaîne en diagonale presque terminé
Chaînes inusuelles terminées. Quelle créativité!
Chaînes inusuelles terminées. Quelle créativité!

Techniques d’union

On peut tout simplement coudre les pièces à l’aiguille ou les unir au crochet.

Mais cette technique indigène, pratiquement oubliée est très élégante…

Union de deux carrés
Union de deux carrés
Union de deux carrés, détail
Union de deux carrés, détail

Petit tutoriel

Tissage d’un tableau brodé simple

Les photos sont souvent plus parlantes que les mots…

Les pièces ainsi obtenues peuvent être complétées par de la broderie à l’aiguille ou au feutre à l’aiguille, quand elles sont encore montées sur le métier, ou une fois sorti de celui-ci.

Vu la tension sur le métier et que la laine est un peu élastique, les pièces rétrécissent un peu en sortant du métier, il ne faut donc pas trop tirer sur la laine quand on tisse. Le rétrécissement dépend aussi de la grosseur de laine utilisée.

Si vous avez des questions. n’hésitez pas…

Comme toujours, j’attends vos commentaires…


Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

J’aimerai beaucoup savoir quels thèmes vous souhaiteriez voir développés, quels types de formation vous intéresserait…

Laine du Rincón de Angel

Laine, laine, laine…

Le précédent article sur Rincón de Angel était un peu rapide, le grand local était un peu désordonné, la laine règne partout. Nous sommes entrain de tout réorganiser pour que les différentes laines s’apprécient mieux.

Je posterai peut-être même une petite video. C’est plus vivant.

Notre spécialité est la laine de mouton, surtout la « chilota » rustique (en différentes grosseurs), telle qu’on la file à Chiloe et les alentours de Puerto Montt. Nous avons aussi un peu de laine d’alpaga. Nous essayons aussi de filer d’autres types de laines fantaisie, soit à partir de laine rustique, soit à partir de ruban de laine peignée mérinos qui vient de Punta Arenas, cette laine part d’habitude à l’exportation.

Laines rustiques teintes à l'aniline
Laines rustiques teintes à l’aniline

Je vais vous détailler ces différents types laines créatives :

  • Flammée
  • Pompons rustiques
  • Pompons mérinos
  • Crochetées
  • Noeuds
  • Cordon
Cordons
Cordons
  • « Chascona »
Détail de laine fantaisie
Détail de laine fantaisie

Teintures naturelles, bien sûr

C’est ma spécialité, mais de nombreuses femmes dans la région teignent encore avec des plantes et souvent de la boue pour les plantes à tanins… J’obtiens des résultats différents avec les mêmes plantes, elles les utilisent en les combinant, sans mordant, parfois avec du sel. J’emploie parfois du sel, du bicarbonate ou de la lessive de cendres en plus de l’alun pour renforcer la couleur, surtout pour les jaunes.

Laines naturelles et teintes avec des plantes
Laines naturelles et teintes avec des plantes

Beaucoup de connaissances techniques ont malheureusement été perdues. Personne ne teint ni en bleu, ni en rouge avec des plantes dans la région de Puerto Montt, alors que Charles Darwin lors de son passage à Chiloe (vers 1832), signale qu’il a vu les indigènes échanger de l’indigo. Beaucoup de femmes mélangent malheureusement plantes et anilines…

Laines teintes naturellement et quelques bonnets que j'ai tricotés
Laines teintes naturellement et quelques bonnets que j’ai tricotés

J’utilise aussi ces laines pour mes tricots et tissages sur différents types de métiers à tisser (à clous, maya, María et même métiers de fortune…). Mes pièces sont uniques. Il est très rare que je me laisse tenter par les couleurs chimiques. Les couleurs naturelles se combinent beaucoup mieux, grâce à la multiplicité des colorants présents dans les plantes (parfois plus de 20 différents).

Laine teinte aux anilines

Pour ceux qui préfèrent les couleurs plus acides, plus violentes… Ils sont nombreux. Cependant, là aussi, la qualité est de mise, le processus de teinture est long, la laine est bien lavée avant et après teinture, la teinture est fixée à l’acide acétique (vinaigre concentré) ce qui convient mieux aux fibres animales et non au sel comme le font traditionnellement les femmes ici, ce qui assure une meilleure solidité de la couleur et un touché plus agréable.

De nombreuses laines aux couleurs changeantes, multicolores, application de techniques issues du shibori… pour des effets variés. Ce sont toujours des laines uniques pour un résultat unique.

Un apport social important

Ce local joue un grand rôle social localement, car de nombreuses femmes, notamment dans îles proches (Maillen, mais aussi Guar…), dans les zones rurales telles que Cochamo, Purranque, Los Muermos, Lenca, Chaica… et à Puerto Montt même, filent, tissent et tricotent pour compléter leurs fins de mois qui sont souvent difficiles.

Nous leur assurons ainsi un débouché, elles trouvent aussi chez nous la laine brute pour filer, des rouets, des métiers à tisser de différents types, de la laine cardée en ruban pour travailler le feutre, technique à la mode, pour faire des applications sur leur tissages, inclusion dans des tableaux et personnages, poupées, animaux…

De nombreux artisans et artistes qui travaillent la laine se fournissent chez Angel. Nous acceptons de faire des cotisations pour les projets CONADI, PRODEMU, SERNAM, FOSIS, SERCOTEC, CORFO…

Service d’envoi

Nous envoyons aussi en province, par paquet. Nous vous montrons les laines disponibles (car comme les teintures ne peuvent pas être répétées à l’identique, le stock varie en permanence) par photos sur Messenger ou Whatsapp, vous choisissez, et nous vous l’expédions.

Cours et formations

Nous assurons aussi des cours et formations personnalisées sur toutes les techniques que nous pratiquons :

  • Teinture
  • Filature
  • Tissage
  • Tricot
  • Feutre…

Nous attendons votre visite…

Ce local est aussi un apport culturel

Ce n’est pas seulement un local de vente, c’est aussi un atelier où vous pouvez découvrir comment fonctionnent les métiers à tisser, comment on teint, le cardage, la filature au rouet et au fuseau. Si vous en avez le temps, bien sûr, car de nos jours les touristes sont de plus en plus pressés. Nous avions les années passées la majeure partie de l’atelier de teinture au deuxième étage et nous invitions les touristes à le visiter, mais souvent ils n’en prenaient pas le temps. C’est dommage.

Petite galerie de photos

Comme d’habitude, je me permets de vous demander vos commentaires.


Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

J’aimerai beaucoup savoir quels thèmes vous souhaiteriez voir développés, quels types de laine et de tissage vous intéresserait…

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Idées et questions, faisons la foire

Foire aux idées

Des idées, ce n’est pas ce qui manque, il y en a des petites, des grandes…  mais dans cet article je voudrais vous laisser la parole, pour un peu plus d’interaction, donc je vous propose une foire aux idées et aux questions.

Des idées, j’en ai beaucoup, souvent elles s’échappent avant que j’ai le temps de les noter. Pour que l’une d’entre elles puisse germer, mieux vaut qu’elle concerne aussi d’autres que moi.

C’est pourquoi, j’ai décidé de faire appel à vous.

Vos idées comptent pour moi

En effet, vos idées et vos questions ont beaucoup de valeurs pour moi, elles peuvent servir de base pour un nouvel article, mais peut-être aussi pour beaucoup plus.

Donc une fois de plus, je vais vous inviter à remplir un questionnaire, à me laisser vos commentaires, car ce site doit aussi être le vôtre. Pour cela votre participation est indispensable.

Comme le dit Violeta Parra dans « Gracias a la vida »

« Gracias a la vida que me ha dado tanto.
Me ha dado la risa y me ha dado el llanto.
Así yo distingo dicha de quebranto,
Los dos materiales que forman mi canto,
Y el canto de ustedes que es el mismo canto
Y el canto de todos, que es mi propio canto. »

« Merci a la vie qui m’a tant donné.
qui m’a donné le rire et m’a donné les pleurs.
Ainsi je peux distinguer le bonheur du malheur,
Les deux matériaux qui forment mon chant,
Et votre chant qui est le même chant
Et le chant de tous, qui est mon propre chant. »

Foire aux questions

Outre les idées, vous devez bien avoir quelques questions, ne les gardez pas pour vous, partagez-les, elles seront toujours utiles. Elles me permettron de mieux répondre à vos attentes et peut-être pourrions démarrer un projet commun.

Il me semble que notre passion pour l’artisanat doit être partagée.

Un article à rallonge

Cet article peut sembler court, mais il doit s’allonger au fur et à mesure de vos remarques et questions…

Tableau presque fini...
Tableau presque fini…

Soyez patients, merci… Comme je suis chez mon ami Angel, de Puerto Montt les matières premières ne manquent pas chez Rincón de Angel.

N’oubliez pas que je prépare mon tour du monde

Si vous souhaitez que je fasse une étape dans votre ville ou village, c’est le moment de nous organiser. Tous les détours sont possibles. Je serai très heureuse de pouvoir partager avec vous.

Je vous prie donc de ne pas être timides. Donc une fois de plus un petit questionnaire…

J’attends avec impatience vos remarques

Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

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Tonte au Rancho Kawell

La tonte

A Concón, mon ami Uldis, m’a présenté aux propriétaires du Rancho Kawell peu de temps avant mon départ en France. Il y avait là quelques brebis et deux alpagas qui avaient besoin d’une bonne tonte.

De retour de France, vivant à Concón nous avons repris contact, car ces animaux allaient avoir très chaud, ils n’avaient pas été tondus depuis 2 ans.

Premier jour de tonte à Concón, Brebis à moitié tondue
Premier jour de tonte à Concón, Brebis à moitié tondue

Première expérience à Longotoma

J’ai commencé à apprendre à tondre les moutons, il y a à peu près 10 ans quand je vivais à Longotoma. J’avais des voisins qui avaient 5 ou 6 brebis dont ils n’utilisaient pas la laine, ils les élevaient pour la viande, j’ai dû insister pour qu’on les tondent. Je voulais connaître d’où venais les meilleures laines. Et j’avais besoin de laine, puisque je venais d’apprendre à filer et je teignais déjà avec des plantes.

Quand on travaille avec un produit, il me semble qu’il faut en savoir le plus possible, et pas seulement en théorie. Il est important de savoir le travail que cela représente, les pertes en matières premières très importantes, les différentes qualités… Même l’époque est importante pour la tonte, il faut pas qu’il fasse trop froid, mais il faut le faire avant que les plantes fassent leurs graines (celles-ci s’inscrustent dans la laine et compliquent beaucoup la filature, il y en a qui piquent très fort, surtout dans zones à chardons…).

Normalement, la tonte doit attendre que l’animal soit sec, s’il a plu.

Nous avons donc tondu un bélier et quatre brebis. Nous avons commencé par le bélier, quand nous l’avons relâché, les brebis étaient très surprises, elles avaient l’air de ne pas de le reconnaître… Nous avons continué avec les brebis.

C’est très fatigant, car en général on le fait avec l’animal au sol, mais c’était important pour moi. Je n’ai pas réussi à utiliser les ciseaux traditionnels, mais je me suis débrouillée avec des ciseaux normaux.

Tonte à Mamiña

J’ai recommencé à Mamiña avec mon amie Raquel, on s’est mieux débrouillées, on a monté les brebis sur une table, à deux cela va beaucoup plus vite. Les moutons de Mamiña ont la laine plutôt courte, et le ventre nu (ce qui n’était pas le cas à Longotoma où le mâle avait de la laine même sur les testicules, ni a Concón). La laine des brebis de Mamiña bien que courte était très douce et facile à filer, celle du bélier était dure. J’ai dû aller laver toute cette laine au lavoir, car la poussière acide provenant de la mine m’attaquait les mains. Il y avait des brebis très noires.

Las ovejas de Raquel, en Mamiña
Las ovejas de Raquel, en Mamiña

J’ai à nouveau tondu deux brebis à Parca, un petit village presque abandonné à 17 km de Mamiña et 5 km de la mine… Il ne restait que 7 habitants, je ne sais pas combien il en reste maintenant.

Vue de l'église de Parca
Vue de l’église de Parca
Les moutons de Parca
Les moutons de Parca

Tonte au Rancho Kawell

Je n’avais donc que peu d’expérience en arrivant à Concón. Je n’avais jamais tondu de camélidés vivants, des cuirs de lamas si plusieurs fois à Mamiña.

Le premier jour de tonte, je n’ai réussi à tondre que deux brebis au sol.

Je suis revenue une quinzaine de jours plus tard, juste avant mon retour à Puerto Montt pour terminer les brebis qui restaient et les deux alpagas.

Cette fois-ci, j’ai eu plus d’aide, il y avait là des jeunes français et suèdois qui faisaient du woofing. Nous avons montés les animaux sur une table, c’était nettement plus facile.

Bébé alpaga très curieux
Bébé alpaga très curieux

Les moutons sont relativement calmes, la femelle alpaga était très tranquille, le petit qui avait seulement 4 mois était très amusant, il venait chercher des caresses, s’est couvert avec la laine de sa mère…

Le mâle alpaga a été plus compliqué, il a émit divers bruits de protestation dans le genre klaxon, il est descendu de la table, il a fallu trois personnes pour le maintenir pendant que je le tondais. Il faut faire très attention quand on tond, car le cuir se coupe très facilement, il vaut mieux éviter de faire souffrir les animaux inutilement.

La petite famille alpaga après la tonte
La petite famille alpaga après la tonte

On lui a laissé une touffe de poils sur la tête, il ressemble un peu à Farkas (millionnaire chilien très médiatique).

Cela a été pour moi une très bonne expérience, on m’a donné la moitié de la laine, j’ai déjà commencé à filer la laine des alpagas.

Filature de la laine d'alpaga
Filature de la laine d’alpaga

Elle se file avant d’être lavée, mais il faut enlever les pointes qui se sont feutrer ou sont brûlées par le soleil, enlever les poils du ventre qui sont plus dure et rendent la laine filée piquante.

Quelques mots sur le Rancho Kawell

xxxxargrt

Petite galerie de photos


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Métier à tisser de fortune

Tisser sans métier à tisser

Teindre c’est bien agréable, mais il faut aussi utiliser la laine. Je travaille donc au crochet, mais aussi sur métier à tisser et le feutre. Je combine souvent les techniques.

Quand je suis arrivée à Concón, je n’avais pas encore récupéré mes métiers à tisser. D’habitude, j’utlise différents types de métiers, métier à clous, métier María, métier maya… Mes métiers à tisser sont arrivés à Valparaíso seulement quand j’ai décidé de repartir vers Puerto Montt, ils ont donc voyagé inutilement. J’en ai donc dû en inventer un avec ce que j’avais sous la main.

Genèse d’un tissage

Premier essai

Le premier test, a été la photo d’entête de l’article, avec quelques dizaines de petits clous. Je suis partie sur l’idée d’un métier à clous, comme j’en utilise souvent, mais avec des clous seulement sur deux côtés. Il en est sorti une écharpe. Ce n’était pas très pratique à travailler, il fallait se tordre… Cette écharpe est plus large d’un côté que de l’autre.

Petite écharpe, teinture à l'écorce d'eucalyptus
Petite écharpe, teinture à l’écorce d’eucalyptus

Deuxième essai

Puis j’ai utilisé la petite structure devant ma pièce différemment, j’ai donc récupéré deux bambous que j’ai maintenus avec des clous et des cordons de manière à pouvoir le démonter.

J’ai monté la chaîne autour des bambous comme pour le métier mapuche, mais je me suis aussi inspirée d’une technique que j’ai vu employée par le célèbre tisserand péruvien Máximo Laura dans une de ses videos pour monter des lisses, par petits paquets de fils de chaînes. C’est pratique. La pièce tourne autour des bambous de base au fur et à mesure que l’on travaille.La position du bambou du bas doit être adaptée à la taille du tisserand qui ne doit pas se fatiguer le dos.

Il est assez difficile de maintenir la largeur du tissage, les fils de chaînes ont tendance à se rapprocher et vu que le métier est vertical, on ne peut pas utiliser la technique de la baguette avec un petit clou à chaque extrémité que j’ai vu utiliser chez mon ami Hilaire à Madagascar et par une tisserande de Quemchi (petite île près de Chiloe – sud du Chili). J’ai essayé, mais elle tombait toujours.

C’est long à travailler, mais cela permet de faire varier les points, comme avec les métiers à clous et aussi de faire varier la grosseur des fils de chaînes ce qui est plus difficile avec le métier María par exemple.

Métier à tisser basé sur une caisse en carton

À Puerto Montt, j’avais déjà fait une expérience assez semblable en utilisant une caisse en carton.

Métier à tisser/caisse en carton
Métier à tisser/caisse en carton

La plus grande difficulté réside dans le montage de la chaîne, car la laine est élastique et a tendance à céder, à s’étirer. Lors de l’expérience avec la caisse, j’avais coupé tous les fils de chaîne et je les avais noués, ce qui me permettait de défaire et refaire les noeuds si besoin.

Ici, j’ai utilisé des laines de grosseurs différentes, il y a même de gros cordons (blancs) qui ne pourraient pas passer dans le peigne du métier María et ne seraient pas très pratiques sur métier à clous.

Comme la caisse peut se travailler à l’horizontale ou en diagonale, c’est plus agréable.

Echarpe terminée
Echarpe terminée

Revenons à Concón

Mais sur la première pièce que j’ai faite à Concón, j’ai dû refaire toute la chaîne que j’avais montée la veille, parce que la nuit le vent avait soufflé (il y a beaucoup de vent à Concón) et la rosée avait ramollit la laine. D’ailleurs le résultat n’a pas été rectangulaire, mais trapézoïdale.

Premier essai sur métier à tisser de fortune
Premier essai sur métier à tisser de fortune

Troisème essai

La hauteur de l’installation ne m’a pas beaucoup plus et me provoquait mal au dos, je l’ai donc remonté à côté, un peu plus grand cette fois-ci. La position de travail (debout dans les trois cas) était un peu moins fatigante. C’est un point à tenir en compte quand on produit de grandes pièces. Ces pièces ont demandé plusieurs jours de travail.

Chaîne de la seconde gande pièce tissée à Concón

Cette fois-ci, la largeur et aussi la hauteur étaient plus grande, je l’ai travaillé avec des techniques de tapisserie. C’est pourquoi les trames ne sont pas toutes à la même hauteur.

Seconde grande pièce à mi-chemin
Seconde grande pièce à mi-chemin

Voici la pièce une fois terminée, je vais bientôt l’ajouter sur la boutique de ce site. Elle n’est pas parfaitement rectangulaire non plus, les bambous n’était pas parfaitement parallèles (je n’avais pas de niveau et j’ai monté l’installation seule, à vue de nez), et les bambous ont tendance à se courber au centre avec la tension de la laine. Les formes géométriques parfaites n’existent pas dans la nature.

Deuxième grande pièce terminée
Deuxième grande pièce terminée

Dans un prochain article je vous montrerai comment je travaille le métier à tisser à clous qui est aussi très économique mais offre de très grandes possibilités. Je m’en suis fabriqué beaucoup, simplement avec du bois, une scie manuelle, une règle, un marteau et des pointes. Je l’utilise beaucoup pour faire des tests de nouveaux points, avant de les utiliser sur des pièces de plus grandes dimensions sur métier María.

Je vous joints une petite galerie de photos.

 


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Le citron aussi peut teindre

La teinture au citron

Le citron, on en mange, mais on peut récupérer les écorces pour teindre.

De retour à Puerto Montt, chez Rincón Angel, pour quelques jours, j’ai amené des citrons bio de la parcelle de Concón. Les salades étaient très bonnes, nous avons gardé les épluchures pour teindre. Les déchets d’à peu près 6 kg de citrons ont donc servi de bain de teinture. J’avais déjà fait l’essai avec les citrons lors du premier cours à la Esquina Encendida, en Santa Fe, Argentina.

Nous avons commencé dans une grande casserole en aluminium, sur un réchaud puissant, avec seulement 2 écheveaux de laine de mouton filée industriellement, lavées, puis 2 autres et encore 2, puis 4 et encore quelques-une de plus.

Préparation de la teinture au citron
Préparation de la teinture au citron

D’abord seulement avec de l’alun comme mordant, puis en ajoutant aussi un peu de bicarbonate. Cela fait peu de différence. Les écheveaux ont été lavé après teinture, la perte de couleur me semble insifignifiante.

teinture au citron
teinture au citron

La couleur est assez claire, mais jolie et différente des autres jaunes naturels.

Nouvel essai, de retour à Concón

De retour à Concón, vu que je dispose d’une très grande quantité de citron qui ont trop muri… j’ai donc réessayé avec de la laine artisanale et avec de la laine de mouton filée industriellement comme à Puerto Montt…

Je n’ai malheureusement pas trouvé de pierre d’alun ni de sulfate d’aluminium à Viña del mar. Le résultat était plutôt pâle.

Résultats
Résultats

De retour à Puerto Montt, j’ai donc mis ces laines dans une casserole pour les mordancer après teinture avec du sulfate d’aluminium.

post mordancage à l'alun
Post mordancage à l’alun

Quand on travaille avec des couleurs aussi délicates, la qualité de la laine (certaines sont déjà  un peu jaune) et celle de la casserole sont aussi des facteurs importants.

Résultats
Résultats

Autres usages du citron en teinture

Le jus de citron peut être aussi utilisé comme mordant/modificateur, par son action acide,  notamment pour la teinture avec la cochenille, qu’il peut éclaircir, voir éliminer ou rendre plus orange selon les cas.

Il est aussi utilisé dans la teinture au carthame pour révéler le fameux rose de carthame.

Et les oranges ? me dit-on

Nous avons essayé pendant le cours à Pica, c’est une oasis spécialisée dans les fruits tropicaux près d’Iquique (Nord du Chili), il y avait une dame qui avait un petit verger et faisait des jus de fruits, elle nous a donc ramené un plein sac de déchets d’oranges, de quoi remplir une casserole de plus de 20 litres. Nous avons donc testé.

Le  résultat a été un joli abricot pâle.

Je n’ai pas encore testé les autres citriques.


Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

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La casserole spéciale

Quelle drôle de casserole…

Depuis que j’ai lu ce grand livre de Dominique Cardon, il y a quelques années, une photo a retenu toute mon attention, une casserole en tôle ondulée utilisée dans une île de Micronésie pour remplacer un tronc d’arbre évidé. Vous pourrez trouver la photo de ce livre sur ce site.

Elle était utilisée pour des teintures à l’eau de mer, j’espère qu’elle supportera bien les bains plutôt acides que nous utilisons plus souvent.

Photo de l'illustration du livre de Dominique Cardon qui a servi de modèle
Photo de l’illustration du livre de Dominique Cardon qui a servi de modèle

J’étais encore à Longotoma, près de La Ligua, lors de me premières expérimentations, j’avais déjà acheté une tôle, pour faire des essais.

Malheureusement, je n’avais pas d’expérience en travail de la tôle, j’aurais certainement dû la chauffer et je ne l’ai pas fait, elle s’est percée et a fini comme cuisinière solaire.

Tests de teinture solaire à Longotoma (La Ligua)
Tests de teinture solaire à Longotoma (La Ligua)

Mon ami Uldis connaît un spécialiste à Concón, un certain Mac Giver, qui a su transformer une veille tôle ondulée en super casserole.

Arrivée de la super-casserole à l'atelier de teinture
Arrivée de la super-casserole à l’atelier de teinture
Arrivée de la super-casserole à l'atelier de teinture
Arrivée de la super-casserole à l’atelier de teinture
Arrivée de la super-casserole à l'atelier de teinture
Arrivée de la super-casserole à l’atelier de teinture

Nous l’avons donc essayée juste avant que je parte pour Concón.

casserole spéciale
casserole spéciale

La tôle avait quelques trous que Mac Giver n’avait pas bouchés, j’ai utilisé une veille et surprenante technique chilienne pour boucher les trous, cela a parfaitement fonctionné. Il s’agit d’introduire un petit bout de chiffon dans le trou.

Bouchon en chiffon
Bouchon en chiffon

Elle avait un encore un petit trou dans un coin, Uldis l’a colmaté avec quelques pelletées de sable du ruisseau. Nous l’avons donc testé avec quelques écheveaux de laine blanche et un vieux poncho que je pense transformer en tableau abstrait.

casserole spéciale
casserole spéciale, le bain de teinture

Nous avons teint avec des feuilles et de jeunes branches d’eucaliptus et des jeunes ronces.

casserole spéciale
casserole spéciale, le résultat

Cette super casserole permet de teindre d’assez grandes quantités de laine facilement en un seul  bain.

Nous pensons demander à Mac Giver qu’il nous en fasse quelques autres pour les cours. J’espère qu’il saura aussi me réparer toutes mes casseroles percées.

Les casseroles sont en effet un problème en teinture… Celle en aluminium qui sont les moins chères et les plus légères à manier ne durent pas. Les acides des teintures attaquent l’aluminium et les percent rapidement.

Les casseroles émaillées sont l’idéal, mais elles sont très lourdes et il ne faut pas qu’elles soient ébréchées, parce que le fer sous l’émail est aussi attaqué par les bains de teinture et modifie aussi les résultats.

Les casseroles en fonte et les bidons de pétrole coupés en deux s’oxident et libèrent du fer qui modifie beaucoup le résultat et abîment la laine.

Le meilleur serait l’acier inoxidable.

Je n’ai pas encore essayé la terre cuite, il faudrait que j’essaie de m’en fabriquer une, si possible avec de l’argile blanche (à cause du fer). Je n’ai pas encore d’expérience en céramique, j’espère que mes amis céramistes de Santa Fe en Argentine pourront m’aider pour cette expérience. Le résultat risque d’être très lourd… Un peu lent pour monter en température, mais devrait garder plus longtemps la chaleur.

casserole spéciale
casserole spéciale

Plus la casserole est grande, mieux c’est, car il ne faut pas oublier qu’en général, il faut 3 kilos de plantes pour un kilo de laine, et tout cela prend de la place… D’autant plus que plus lentement chauffe le bain de teinture avec la laine, moins celle-ci souffre, une petite casserole chauffe beaucoup plus vite, a toujours tendance à déborder. Il est aussi très difficile d’obtenir deux bains exactement semblables…

Quand je suis revenue à Concón après un court séjour à Puerto Montt, nous avons voulu retester cette casserole spéciale, avec des chardons cette fois-ci. Je n’avais pas de pierre d’alun (introuvable à Viña del Mar). J’ai donc mis un peu de sulfate de cuivre.

Bain de teinture prêt
Bain de teinture prêt
Mise à feu de la super casserole
Mise à feu de la super casserole

 

 

 

 

 

Uldis a voulu réaccomoder la casserole qui avait tendance à se déformer avec la chaleur du feu. Elle s’est renversée.

Casserole renversée
Casserole renversée

Les chardons avaient tout de même donné un peu de teinture, le lendemain j’ai récupéré les laines et les ai fait sécher. Les chardons étaient aussi piquants que s’il étaient frais, on observe le même phénomène avec les ronces, la chaleur ne les ramollit pas.

La super casserole renversée, le lendemain
La super casserole renversée, le lendemain
Laines qui sèchent
Laines qui sèchent

De retour à Puerto Montt, je les ai postmordancées au sulfate d’aluminium, avec d’autres essais faits à Concón, ils ont pris plus de couleur.

Laines après postmordançage au sulfate d'aluminium de retout à Puerto Montt
Laines après postmordançage au sulfate d’aluminium de retout à Puerto Montt

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Cochenille, cochenille, cochenille…

Teinture à la cochenille, à Mamiña, nord du Chili
Teinture à la cochenille, à Mamiña, nord du Chili
Cochenille sous influence du fer
Cochenille sous influence du fer

La cochenille

Cochenille qui teint,
cochenille qui ne teint pas ?

Le terme cochenille désigne un certain nombre de parasites dont seule une infime minorité set en teinture. Les petits insectes que vous pouvez trouver aux pieds de vos arbres fruitiers ne teignent pas.

J’ai été très surprise de voir récemment des photos de coléoptères associées aux teintures-additif E120 utilisés en alimentation. Il y a certainement une erreur qui prête à confusion. Ce en sont pas des doriphores! Il est à noter que la cochenille n’attaque que les palettes (feuilles) et non les fruits du figuier de barbarie.

Cochenille sèche prête à être moulue
Cochenille sèche prête à être moulue
Cochenille moulue, prête à l'emploi
Cochenille moulue, prête à l’emploi

Un peu d’histoire de la cochenille

Anciennement, il existait différentes espèces de cochenille utilisées en teinture, mais elles sont pratiquement toutes disparue ou sont en voie d’extinction :

  • Dans le sud de la France on élevait les vers de kermes, sur les chênes kermes, qui donnait un rouge très luxueux, quand la cochenille mexicaine est arrivée en Europe, ce marché a été bousculé et a fini par disparaître, donc le vers de kermes n’a plus été multiplié et son support est aussi devenu très rare…
  • il existait aussi une cochenille polonaise et une cochenille d’Arménie, celle-ci vivait dans les racines de certaines plantes des marécages, elle sont aussi en voie de disparition, les marais étant asséchés pour l’agriculture…
  • il y aurait eu une espèce égyptienne utilisée dans l’Antiquité, mais les spécialistes en doutent encore…
  • il reste une autre sorte de parasites cultivée sur des arbres en Inde, qui donnent à la fois un colorant rouge (maintenant peu exploité, vue la concurrence des teintures chimiques) et un vernis le lacq qui est encore utilisé… je reprends de mémoire des informations beaucoup plus détaillées dans les livres de Dominique Cardon, mais que je n’ai pas sous la main.

Toutes ces teintures ont eu une très grande importance, le rouge et particulièrement ces rouges nobles étaient réservés aux élytes. La teinture avec le tissage et les tanneries furent les premières industries à se développer et eurent une importance considérable dans l’histoire.

Il en reste donc plus que la cochenille du nopal qui ait encore une certaine importance, mais plus dans le textile, essentiellement dans l’alimentation et les cosmétiques. Les colorants artificiels étant interdit dans l’alimentation en Europe, la garance n’est pas autorisée pour d’éventuels effets sur le coeur. Il ne reste que la cochenille dont le marché vient de subir récemment un regain d’intérêt qui a provoqué une flambée des prix.

D’où vient la cochenille ?

La cochenille (dactylo coccus) provient d’un petit insecte parasite du figuier de barbarie (opuntia) et de quelques autres cactus. On exploite la femelle quand elle est prête à pondre ses oeufs. Elle ne mesure pas plus de 3 mm. Celle-ci n’a pas d’ailes, et en bouge pratiquement pas de l’endroit où elle est née. Quand la larve naît elle s’accroche au nopal et commence à sucer sa sève. Quand elle est au stade adulte, c’est le mâle qui est beaucoup plus petit et qui a des ailes qui vient la féconder. Elle vit cachée sous une couche d’une espèce de cire qu’elle produit pour se protéger. Dans la nature, c’est le vent qui les répandent en arrachant parfois des larves de leur feuille.

Palette de Nopal infectée de cochenille, photo prise à Chinchero près de Cuzco dans l'atelier d'un groupe d'artisanes qui travaillent selon les traditions anciennes du Pérou
Palette de Nopal infectée de cochenille, photo prise à Chinchero près de Cuzco dans l’atelier d’un groupe d’artisanes qui travaillent selon les traditions anciennes du Pérou

Elle était à l’origine élevée au Mexique sur les figuiers de barbarie appelés Nopal localement. Le Nopal est une plante très importante au Mexique, non seulement pour la cochenille, mais il sert aussi d’aliment courant sous différentes formes et il est aussi médicinal. La cochenille est aussi considérée comme médicinale dans le Nord de l’Argentine, où euelle existe, mais est très rare.

Les peuples originaires du Mexique ont très tôt vu des atouts dans ce petit parasite, qu’il se sont à élever pour la jolie teinture rouge carmin qui en est tirée. Il y a un vocabulaire très ample en Nahuatl concernant les variétés de ces insectes sauvages ou élevés, les peintures, les teintures obtenues…

Textiles précolombien exposés au Musée d'Iquique, Nord du Chili
Textiles précolombiens exposés au Musée d’Iquique, Nord du Chili
Textiles précolombien exposés au Musée d'Iquique, Nord du Chili
Textiles précolombiens exposés au Musée d’Iquique, Nord du Chili
Textiles précolombien exposés au Musée d'Iquique, Nord du Chili
Textiles précolombiens exposés au Musée d’Iquique, Nord du Chili

Par la suite les Incas et certainement d’autres peuples précolombiens avant eux, ont élevé la cochenille, que l’on retrouve utilisée dans de nombreux et magnifiques textiles précolombiens.

Les Espagnols furent très surpris par la qualité des couleurs des textiles des indigènes quand ils découvrirent l’Amérique. Outre les richesses métallique (or, argent, étain…), de nombreuses matières tinctoriales furent exploitées à outrance, provoquant des désastres économiques à leur arrivée en Europe. (voir Dominique Cardon et Michel Pastoureau).

La cochenille aujourd’hui

J’aurais certainement l’occasion de vous donner plus de détails, quand je pourrais voyager au Mexique prochainement.

Il y a quelques années, je m’étais arrêtée spécialement quelques jours à Moquegua, au Sud du Pérou, pour en acheter. Dans cette zone, la plupart des figuiers de barbarie sont infestés. Cela se voit depuis le bus.

La foto est un peu floue, je l'ai prise à partir du bus en mouvement, mais voici la cochenille dans la nature
La photo est un peu floue, je l’ai prise à partir du bus en mouvement, mais voici la cochenille dans la nature

En Europe, la cochenille a été introduite dans les Iles Canaries. Je viens de découvrir qu’elle était entrain de s’étendre maintenant à l’Andalousie et à grand partie du Maghreb où elle pose de sérieux problèmes. Mais, je ne sais pas s’il s’agit d’une espèce tinctoriale qui fait des ravages. Ce ne serait pas la première fois, à Madagascar, une amie me racontait qu’en 1825 les Français, pendant la colonisation l’avait déjà introduite, accélérant ainsi la désertification, puis elle semble avoir disparue.

Comment utiliser la cochenille ?

Elle est généralement vendue sèche. La plupart du temps, on la broie finement pour qu’elle donne plus de couleur (j’utilise habituellement un moulin à café électrique), on peut aussi utiliser un mortier en cas d’absence de ces outils, on peut faire comme mon ami M. Hilaire sur cette photo. Cela a très bien fonctionné.

Préparation de la cochenille avec M. Hilaire à Madagascar
Préparation de la cochenille avec M. Hilaire à Madagascar

La cochenille peut donner une grande variété de couleurs allant du rose au gris, en passant par le violet, le rouge et l’orange, suivant la qualité de l’eau et le (ou les) mordant(s), plus ou moins foncé selon la proportion utilisée.

Il faut tout d’abord faire très attention l’eau et à la casserole que l’on va employer:

  • Si la casserole est en aluminium, elle participera au mordançage (mais attention, l’acide du bain finira par l’attaquer et la percer (cela m’est arrivé plusieurs fois, même sur de grandes casseroles). Il vaut donc mieux utiliser une casserole émaillée (sans défaut, sinon le fer entre en contact avec le bain et le modifie) ou une casserole en acier inoxidable, les casseroles en grès contiennent du fer, puisque l’argile est colorée par le fer. Les casseroles en cuivre modifient aussi la couleur.
  • L’idéal serait donc d’utiliser de l’eau déminéralisée, l’eau de puits, de rivière, de pluie et du robinet contiennent souvent du fer, de l’aluminium et beaucoup d’autres minéraux.
  • Quand j’étais à Mamiña, petit village thermal à 120 km à l’est d’Iquique (nord du Chili), j’ai essayé différentes sources avec la cochenille et j’ai ainsi obtenu des résultats différents.
  • Ne pas oublier le mordançage soit à l’alun ou mieux aux tanins, ce qui garantit la solidité de la couleur.
  • Comme pour toute teinture, il en faut pas oublier de bien laver les fibres qui arrivent souvent de chez le fabricant avec toutes sortes d’apprêts, de graisses et autres empesages pour la présentation, mais aussi, souvent pour faciliter la filature. Ces produits peuvent nuire à la bonne teinture ou à sa solidité.
  • Faire tremper la veille, la cochenille dans le bain (de 5% à 20% du poids des fibres), éventuellement avec les fibres mordancées, pour qu’elle dégage plus de teinture et qu’elle pénêtre mieux dans la fibre (surtout pour la laine).
  • Mettre à chauffer à feu doux pendant une ou deux heures.
  • Laisser refroidir, si possible jusqu’au lendemain (très important pour la laine).
  • Sortir du bain, faire sécher à l’ombre, puis rincer et laver. Ne pas s’étonner s’il sort du jus rose, il faut bien nettoyer les fibres des débris d’insectes qui peuvent s’être accrochés aux fibres. Faire sécher de nouveau à l’ombre.

Les modificateurs doivent donner :

  • Fer : violet
  • crème de tartre + rouge, + clair
  • cuivre : gris
  • vinaigre : orange
  • citron : orange ou élimine la teinture
  • j’ai fait des tests avec beaucoup d’autres modificateurs, à Santa Fe, en Argentine, et nous avons fait des fiches récapitulatives, curieusement, ils n’ont pas eu beaucoup d’effet. Nous n’avions pas travaillé avec de l’eau déminéralisée.

Il peut rester de la couleur dans le bain qui peut être utilisé de nouveau pour obtenir des couleurs plus claires, on peut avoir ainsi de très jolis roses et mauves pastel en dégradé.


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Vive les tanins

Tanins du désert de Pica, nord du Chili
Tanins du désert de Pica, nord du Chili

Vive les tanins

Des tanins, en veux-tu, en voilà

Les tanins, il y en a différentes sorte, des très clairs, des jaunâtres, des rosâtres, des beiges, des marrons…

Les plus clairs son les plus recherchés, ils peuvent remplacer les mordants chimiques (alun, sulfate d’aluminium, acétate d’aluminium). Par exemple celui des noix de galles (quercus infectoria), qui proviennent de la réaction d’une sorte de chêne à la piqure d’une guêpe. Il y a des galles sur différentes espèces d’arbre (par exemple sur le faux pistachier), soit sur les feuilles, soit sur les brindilles. L’arbre réagit à la piqure en produisant des tanins pour lutter contre la larve de l’insecte. L’idéal est de récolter les galles avant que l’insecte adulte en sorte, elles sont ainsi encore plus chargées en tanins. Ces galles sont très légères, moulues, elles libèrent leurs tanins dans les bains de teinture ou de mordançage.

On trouve aussi des tanins clairs dans les racines et les feuilles des rumex, dans beaucoup de fruits non mûrs (spécialement le kaki).

On en trouve aussi :

  • dans les écorces de la plupart des arbres, plus que dans le bois (en pas oublier qu’un arbre sans écorce, souffre et peux mourir), il faut donc profiter des écorces qui tombent toutes seules des eucalyptus qui donnent de très jolies couleurs, ou de celles d’arbres déjà abattus
  • les sciures, j’ainsi teint avec de la sciure de mélèze à Puerto Montt
  • les noyaux des fruits (j’ai par, exemple, essayé les noyaux de mangue, quand j’étais à Pica), les noyaux d’avocats sont aussi réputés pour être indélibiles (ils servaient à marquer les chemises des enfants, avec une simple épingle),
  • l’écorce verte autour des coquilles de noix donne le fameux brou de noix, plus elle fermente, mieux c’est,
  • l’écorce de grenade dont on tirait les encres pour écrire,
  • les enveloppes des graines de tara, qui teint aussi en violet, dans le nord du Chili et au Pérou, nous les avons testées, une femme du groupe en a profité pour les resemer et ainsi les multiplier,
  • le thé, le café (pensez à garder les déchets de ce que vous consommez, il reste toujours de quoi teindre), dans beaucoup de feuilles mortes (chêne, chataignier, noyer, marronier, platane…), dans les fougères..
pure laine de mouton chez Rincón de Angel, à Puerto Montt, sud du Chili, teinture naturelle, beaucoup de tanins
pure laine de mouton chez Rincón de Angel, à Puerto Montt, sud du Chili, teinture naturelle, beaucoup de tanins

Ce qui est intéressant avec les tanins :

  • c’est qu’ils évitent d’utiliser les mordants chimiques,
  • ils permettent obtenir leurs couleurs propres qui sont intéressantes, même et surtout si elles peuvent paraître pâles,
  • ils servent de filtre anti UV, ce qui rend plus solide la couleur au soleil,
  • ils se combinent et permettent de fixer d’autres colorants naturels, sans les éclaircir comme le fait souvent l’alun,
  • ils réagissent avec les sels de fer en donnant des gris, voir presque noir, c’est ce qui les met en évidence,
  • leur effet peut être concentré par l’ajout de jus de citron jusqu’à obtenir un pH 4, cela peut éventuellement modifier un peu la couleur, comme avec la cochenille qui peut devenir un peu plus orangée.

Cette réaction avec le fer est immédiate, elle peut être exploitée de manière très variée au niveau graphique. Plus la concentration en fer est importante, plus le résultat est sombre. Tous les peuples ont développé des trésors d’imagination pour l’utilisation des tanins.

Ceci était très utilisé dans les systèmes d’impression au XIXème siècle et l’est encore actuellement en Inde avec la technique de l’impression au tampon qui est très impressionante.

A Puerto Montt et dans le sud du Chili, les femmes utilisent encore des sources où il y a des boues ferrigineuses pour obscurcir leurs laines.

En Afrique, la technique du bogolan utilise aussi ces boues pour dessiner sur des toiles préalablement teintes avec des tanins.

Les tanins interviennent aussi dans les ecoprint qui mettent en évidence le déplacement des tanins à travers les nervures des feuilles, ce qui donne des dessins si délicats.

Il est donc important, si l’on en veut pas que le fer interfère sur la couleur finale, d’utiliser des casseroles soit en acier inoxidable, aluminium ou émaillées (vérifier que l’émail n’est pas usé et ne laisse pas passer de fer qui modifierait le résultat). Une fois la réaction faite, il en me semble pas qu’elle puisse être réversible.

Il faut essayer d’éviter d’abuser du fer qui abîme toutes les fibres (cela pose de véritables casse-têtes aux archéologues, même sur des textiles qui n’ont que deux siècles).

Il est à noter que les tanins, comme leur nom l’indique, servent aussi à tanner les peaux, là aussi les tanins les plus clairs sont les préférés, car ils altèrent moins la couleur du cuir.

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Jaune, or, citron, canard

Emotions intenses, produites par le jaune de la
Emotions intenses, produites par  le jaune de la « sorona » plante invasive à Pica

Jaune, jaune, jaune…

Du jaune partout

Que de jaunes! Le jaune est là dans toutes les plantes, même dans les plantes à bleu. Cela peut d’ailleurs être un petit problème, car souvent il faudra l’éliminer.

Il faut éliminer le jaune pour obtenir le fameux rose de carthame ! (on peut le récupérer pour teindre).

Il provient des flavonoïdes, les mêmes qui sont bons pour la santé. Ils sont présents dans quasiment tous les végétaux, ce sont eux que mettent en évidence les feuilles mortes qui jaunissent… Feuilles de laitues, de murier (aussi bien du murier à soie, que de la ronce), de peuplier, de ginko-biloba, feuilles de rhubarbe… la liste est longue. Elles sont toutes bourrées de jaunes.

Il y a aussi beaucoup de jaunes dans les fleurs jaunes (tournesol, onagre, pissenlit, oeillets d’Inde, marguerite, camomille, verges d’or, genêts, bidens qu’utilisaient les Incas…), mais il y en a aussi dans les fleurs blanches (orties, sophora, vergerette du Canada…), dans les fleurs violettes (fuschia, bougainvillé, buddleya…).

En général, les jaunes ont besoin d’un mordant pour se réveler, habituellement c’est la pierre d’alun, qui en plus de fixer la teinture, augmente l’intensité des jaunes.

Ils sont donc la teinture la plus facile à obtenir. Mais, on a cependant cultivé de très grandes extensions de gaude (réséda) qui maintenant est très rare sauvage, et est encore cultivée par les passionnés de teintures qui la considère bien meilleure et plus douce.

Des jaunes de luxe, mais aussi alimentaires…

Il y a bien sûr le curcuma (une épice qui provient d’Inde, ce sont les racines d’une jolie plante, facile à cultiver, employée dans le curry et qui est source de grands bienfaits pour la santé) qui teint très vite, très simplement, sans mordant, mais sa stabilité laisse à désirer, le résultat sera modifié aussi bien par les bases que par les acides. Mais il est sans danger pour faire des expériences avec les enfants.

C’est une teinture substantive, de même que le luxueux safran (autre épice orientale qui provient des étamines d’une race bien précise de crocus, le croccus sativa à ne surtout pas confondre avec la colchique qui est très toxique), fort apprécié en teinture dans le passé, mais connu pour être “petit teint”. Il était utilisé pour la soie, pour des robes du soir…

Autre teinture substantive à base d’une épice, l’achiote (bixa orrellana), donne un joli jaune d’or, malheureusement aussi petit teint. Ce pigment utilisé en grandes quantités dans la cuisine équatorienne, riche en vitamine A, s’unit mieux avec les graisses qu’avec les fibres…

Le carthame libère aussi une teinture jaune avant la rose, d’habitude cette teinture jaune est jetée, mais certains l’utilise tout de même.

Comment obtenir des jaunes

On peut aussi obtenir des jaunes avec ou sans mordant d’alun avec les pelures d’oignons, si possible de vieux oignons à garder l’hiver, ce sont ceux qui concentrent le plus de pigments, si les oignons sont trop frais, on risque d’être déçu et de n’obtenir qu’un jaune pâle. Ces jaunes peuvent tirer sur l’ocre jusqu’au fauve, selon le temps de macération avant la teinture et le temps de cuisson. Important : il faut 3 kg d’épluchures d’oignons pour teindre un kilo de laine, sinon on obtient un jaune pâle. Il faut donc prévoir une très grande casserole.

Pour la grande majorité des plantes à jaune, il convient de mordancer les fibres à l’avance, de les mettre humides dans le bain froid avec les plantes (ainsi vous évitez le feutrage de la laine qui n’aime pas les choc thermiques), de faire macérer une nuit au mois. Il peut ètre utile de faire macérer les plantes dans un sac en toile légère, ou une maille à oignons, pour éviter que les débrits viennent s’accrocher au fibres. Puis faire chauffer à feu doux pendant deux ou trois heures.

Généralités

Si vous n’aviez pas encore mordancé vos fibres il est toujours temps d’ajouter un peu d’alun, vous allez voir comment le jaune monte, c’est impressionnant.

Après la cuisson, laisser refroidir toute la nuit (ainsi vous évitez le feutrage de la laine qui n’aime pas les chocs thermiques) et vous laisser les colorants pénétrer mieux les fibres.

Puis sortir du bain, faire sécher à l’ombre. Puis rincer, laver.

A partir d’une teinture en jaune on peut obtenir soit des verts olive, bronze… soit des gris, en ajoutant des sels (généralement sulfates ou acétates) de cuivre ou de fer. Il faut faire des tests, les plantes à jaune qui contiennent aussi des tanins vireront au gris avec le fer. Bien rincer et laver après ce post-mordançage. Si on ajoute du bicarbonate, de la chaux, de la lessive de cendre ou du sel, le jaune devient plus foncé et passe à l’ocre, moutarde et ne pas oublier de bien laver, la laine et toutes les fibres protéiniques n’aiment pas les produits basiques ou alcalins qui les attaquent.

Habituellement, je ne cherche pas du tout à obtenir des tons unis, lisses et parfaits, je préfère obtenir des variations de couleurs, je n’ai donc pas d’inconvénient à rajouter les modificateurs directement dans le bain, c’est aussi plus rapide et plus simple, il suffit de garder assez de liquide dans la casserole pour que le modificateur se mélange bien.

Si votre bain s’épuise à force de bouillir, il faut y rajouter de l’eau bouillante pour qu’il n’y ait pas de choc thermique.

Si vous voulez des couleurs très régulières, il faut préparer à coté de votre bain, une autre casserole avec de l’eau bouillante dans laquelle vous plongerez vos fibres teintes, pendant que vous ajoutez le mordant ou le modificateur, puis remettre les fibres dans le bain modifié.

Plus d’informations

Là aussi il faut faire des tests, garder des échantillons, prendre des notes…

Pour avoir des recettes plus précises, je vous recommande de lire les livres de la bibliographie présente sur ce site. Je serai aussi curieuse de connaître vos recettes préférées. C’est pourquoi je suis entrain de préparé un petit questionnaire de recettes.

J’attends avec impatience vos remarques, sans doute avez vous des livres à me conseiller…

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Couleur où es-tu ?

Pourquoi une plante teint ?

Couleur qui tache, ou qui teint ?

La couleur, où est-elle donc cachée, c’est une hsitoire de chimie, elle est bien cachée dans des composants qui s’unissent avec facilité avec les fibres. Pratiquement presque toutes les plantes tachent, mais il y en a beaucoup qui teignent. Certaines plantes ont besoin de se faire aider par des mordants, d’autres pas, d’autres seront très trompeuses et décevantes.

Chaque civilisation a choisi ses plantes à couleurs, parfois en les important de très loin. L’indigo venait de tellement loin, passaient entre tant de mains, que ce n’est  qu’au XVIIème siècle qu’il a été connu comme d’origine  végétal, il était souvent confondu avec le Lapis-Lazulis! Normalement, on doit pouvoir obtenir un arc-en-ciel n’importe où dans le monde, mais depuis longtemps les plantes voyagent…

Le problème est que certaines plantes ont été oubliées, des techniques discréditées (indigo à l’urine, par exemple), des traditions perdues… C’est ainsi que Charles Darwin, passant à Chiloe vers 1830 vit les habitants échanger de l’indigo. Aujourd’hui, dans cette même zone, personne n’a été capable de me dire de quelle plante pouvait avoir été tirée cet indigo.

Où est donc la couleur ?

Ce n’est pas évident, aucune plante n’affiche qu’elle va pouvoir teindre en bleu, le bleu n’apparaît même pas en faisant bouillir comme la plupart des plantes. De plus selon les procédés, une même plante peut donner d’autres couleurs (voir l’arc en ciel de dégradés, dans un livre de Michel Garcia).

Il en est de même avec le rouge qui provient rarement de pétales rouges. Je me rappelle d’avoir essayé de teindre avec pétales rouge foncé d’hibiscus que j’avais récoltés à Iquique, lors de teinture, une fois rentrée à Mamiña, le bain a viré à un joli vert quand j’ai ajouté un peu d’alun comme postmordançage!

En général, les plantes produisent des pigments pour se défendre (comme c’est le cas des tanins), plus une plante est attaquée par des ravageurs, plus elles en produisent. Les galles du chêne sont un exemple de concentré de tanins. Habituellement la présence de pigments n’est pas visible à l’oeil un.

La couleur la plus visible des plantes, la chlorophylle, ne se conserve pas (même si elle tache), donc le vert n’est pas aussi courant en teintures naturelles. D’autres pigments peuvent teindre l’eau, mais n’adhèrent pas aux fibres, qui malgré tous les mordançages possibles, ne donneront qu’un jaune faible.

La couleur, un luxe?

Au Chili, il y a  un proverbe qui dit « el que quiere celeste, que le cueste » (celui qui veut du bleu, que cela lui coûte), et même avec les teintures  chimiques, il est rare que les femmes teignent en bleu à Puerto Montt! Quand on les interroge sur les plantes sur le bleu, elles ne parlent que de certaines baies… dont les résultats ne doivent pas être stables.

Il faut savoir que la couleur a un coût élevé en énergie pour la plante, que ce soit pour la fleur dans le but d’attirer les pollinisateurs, ou dans sa composition interne pour se protéger. Une plante qui se voit attaquée, détourne des ressources (toujours limitées) qui devraient aller vers sa croissance, vers la production de substances diverses pour sa protection. Certaines de ces substances teignent…

Il convient donc de s’intéresser à la botanique, aux composants chimiques des plantes, cela nous renseignera sur les possibilités que peut offrir une plante. Les plantes médicinales sont des concentrés de pigments et leur composition chimique est souvent mieux connue. Elles sont souvent bien documentées. Ce qui permet de se faire une idée de la couleur que l’on peut obtenir.

Un usage réglementé

C’est pourquoi partout dans le monde des plantes ont été sélectionnées par les artisans teinturiers, elles ont souvent été cultivées à cette fin, parfois sur de grandes extensions. Elles ont aussi, souvent, été choisies pour la solidité de leur couleurs. Certaines plantes ont très vite été réservées à une élyte. Très tôt dans l’histoire, les plantes tinctoriales ont été répertoriées en grand et petit teints (dès le XIième siècle, à Venise, par exemple – voir Michel Pastoureau).

Traditions à préserver

Face à ces connaissances écrites et bien documentées, chaque population a ses propres traditions locales, souvent orales qui dépendent des plantes dont elles disposent. Si ces populations sont déplacées, elles n’ont plus accès à la flore qu’elles connaissaient.

Ces traditions se perdent, il est important de les sauvegarder. La grande majorité de ces plantes en sont pas forcément décrites, les utilisateurs leur donnent des noms vulgaires qui peuvent représenter d’autres plantes un peu plus loin. Elles peuvent avoir une répartition géographique très limitée et peuvent être mises en danger par une surexploitation ou une dégradation de leur habitat.

Que faire ?

Il faut lire, s’informer, parler avec les personnes âgées, les gens de la campagne, parfois insister pour qu’ils cherchent dans leurs vieux souvenirs, souvent ils ont honte…Et puis maintenant, il y a internet et des formations

Puis il faut tester, tester et encore essayer. On peut obtenir de nombreuses jolies couleurs avant d’arriver à celle rêvée. Bien retenir tous les  détails pour obtenir à nouveau quelque chose de ressemblant.

La nature nous donnent très facilement une grande variété de jaunes, de beiges, de marrons, de gris, de verdâtres, de verts olive, bronze…

En général, je préfère travailler avec les plantes courantes locales qui nous réservent souvent bien des surprises (je pense à cette « mauvaise herbe » très invasive qu’est la « sorona » dans le nord du Chili et dont les femmes de Pica ont découvert qu’elle pouvaient en tirer un très beau jaune) et à titre exceptionnel des plantes cultivées tels l’indigo ou la garance que j’ai acquis en petites quantités lors de mes voyages (il en est de même de la cochenille qui n’est pas une plante).


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Un peu de sécurité!

Table avec produits et matériels pour teindre à Santa Fe, Argentine. Nous avons vu le thème de la sécurité à plusieurs reprises.
Table avec produits et matériels pour teindre à Santa Fe, Argentine. Nous avons vu le thème de la sécurité à plusieurs reprises.

Pour plus de sécurité, il suffit de prendre quelques précautions

Teindre avec des plantes n’est pas dangereux, mais il faut tout de même prendre certaines précautions, car la sécurité est primordiale.

Ce n’est pas parce que l’on travaille avec des plantes que l’on ne doit pas se protéger parfois. Il existe des plantes toxiques, même dans votre jardin, autant les éviter, si possible.

Donc, Il est bon de prendre les précautions suivantes :
  • Ne pas réutiliser pour la cuisine les ustensiles et casseroles utilisées en teinture!
  • Utiliser des gants en caoutchouc
  • Eventuellement un masque pour certaines vapeurs
  • Faire attention aux éclaboussures
  • Faire attention aux yeux, bien se laver les mains
  • Utiliser un tablier
  • Attention aux produits corrosifs : soude, chaux…
  • Si possible travailler à l’extérieur, ou travailler dans une pièce bien ventilée (certaines plantes peuvent sentir très mauvais)…
  • Si le bain est trop acide ou trop basique, neutraliser avant de l’éliminer dans l’égout. Vérifier si possible au papier pH.

D’autre part, il est bon de s’informer sur les végétaux toxiques, ils ne sont cependant pas tous inutilisables, beaucoup  de plantes tinctoriales sont aussi médicinales, souvent c’est la dose qui fait le poison.

Certaines plantes peuvent  être irritantes (sève laiteuse des figuiers), renconcules…

Certaines plantes comestibles ont des parties toxiques (pommes de terre, les tomates…), d’autres le sont crues (rhubarbe, manioc, petit pois…), mais plus cuites.

Certaines plantes sont considérées toxiques en Europe, mais pas en Amérique Latine, par exemple la Rue (ruta gravolens) qui est couramment utilisée au Chili contre les douleurs au ventre, est présente dans tous les magasins comme porte bonheur, était utilisé dans les couvents (pour éliminer les désirs sexuels)…

Le ricin, je l’est mentionné comme toxique lors des ateliers à Santa Fe, Argentine, les stagiaires m’ont affirmé avoir joué à la dinette avec quand elles étaient petites, elles se sont empressées de l’essayer (avec succès) quand nous avons pratiqué une technique qui consiste à écraser les feuilles entre deux toiles avec un marteau en caoutchouc. L’huile de ricin (castor oil) souvent mentionnée dans les traités de teinture est inoffensive.

Je vous mets tout de même en garde contre :

  • la cigüe (dont certains manuel mentionne le liber comme tinctorial),
  • la daphnée (qui teint en jaune et a rendu aveugles des générations de teinturiers dans le midi)- voir Dominique Cardon
  • la digitale, l’aconit (fort jolie mais qui fut employée comme arme biologique),
  • le datura stramoine, le floripondio
  • les euphorbiacées en géneral, les solanacées, les renonculacées, les liliacées (lis, tulipes, narcisse, jonquilles…)
  • le sureau hièble (était déjà utilisé en teinturerie au néolithique) qui est toxique à la différence du sureau commun
  • le lierre (hedera helix), l’if. le laurier rose, le rodhodendron, la jusquiame (qui selon un livre d’un teinturier antérieur à la Révolution Française contiendrait de l’indigo)…
  • de nombreuses baies noires ou rouges sont souvent toxiques, et généralement les teintures à anthocyanes ne sont pas très stables
  • certains champignons (la plupart de ceux qui teignent sont toxiques, voir très toxiques… comme en témoigne le dernier livre de Marie Marquet : « Guide des teintures naturelles – champignons et lichens »

Cette liste n’est pas exhaustive.

Il y a tant de végétaux sans problèmes pourquoi aller en chercher des problématiques?

Attention ! Certaines plantes tinctoriales sont très rares, en voie de disparition. Il n’est donc pas soutenable de les utiliser en teintures si elles ne sont pas cultivées ! D’autant que pour teindre 1000 g de fibres, il faut la plupart du temps 1000 g de plantes.

Outre les végétaux, les  mordants ne sont pas tous inoffensifs…
  • Les sels de métaux lourds (plomb, arsenic, chrome, antimoine, mercure, étain, cadmium…) étaient courramment utilisés il  y a encore quelques années. Avant, on se préoccupait moins de la sécurité !
  • Le cuivre bien qu’encore utilisé en agriculture bio, en produits d’entretien des piscines… est très douteux vu que la plupart de ses sels sont toxiques.
  • Le dioxide de titane nouvellement apparu en  teinture naturelle et présent dans les protecteurs solaires et des produits alimentaires est aussi inquiétant.
  • Il nous reste l’aluminium (pierre d’alun) omniprésent, dont il convient de limiter au minimum nécessaire, l’usage, car il est aussi neurotoxique.
  • Il nous reste le fer, qui obscurcit les couleurs, à n’utiliser qu’à très faible dose car il rend rêches les fibres qui se dégradent très rapidement. Ne pas oublier de bien rincer juste après usage.

Pour travailler en toute sécurité, la solution idéale est de travailler avec des tanins naturels, il y  en a beaucoup, il faut apprendre à les chercher. C’est ce que font les gens qui n’ont pas accès aux produits chimiques, ils combinent des plantes qui en contiennent (plantes bio-accumulatrices) et les plantes à tanins à celles qui colorent.

Il existent un certain nombre d’expériences qui peuvent être menées en toute sécurité avec les enfants sans danger, par exemple avec le chou rouge… Voir Michel Garcia.

Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

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Si vous êtes pressé…

Essai de cochenille sur soie à Talata, Madagascar
Essai de cochenille sur soie à Talata, Madagascar

Pressé? Il y a tout de même quelques solutions

On ne devrait pas être pressé quand on travaille avec des produits naturels. Mais si le temps vous manque, il y a la merveilleuse cochenille qui donne une grande variété de couleurs et n’occupe pas de place dans la casserole (j’en parlerai plus en détail dans un autre article).

Une autre solution consiste à se préparer d’avance des pigments comme le montre Michel Garcia dans un de ses DVD (il y en a trois, pour le moment, ce sont pour moi des documents de travail de base, que je revois régulièrement, à chaque fois, je découvre de nouveaux détails qui m’avaient échappés), et de les utiliser le moment venu. On peut même le faire avec des restes de bains déjà utilisés.

Je n’ai pas encore essayé, j’aurais peut-être le temps à mon retour à Puerto Montt, chez Angel de Rincón de Angel. Je sais que nous avons eu la demande plus d’une fois, mais il nous est un peu difficile d’importer. Ceux qui se sont attaqué à ce marché ont dû aussi se préoccuper de la standardisation des couleurs, ce qui n’est pas un petit problème.

Pour les autres couleurs, Michel Garcia a préparé pour vous des poudres « monobains » très utiles. Elles évitent aussi le mordançage – grande économie de temps et souvent d’argent (la pierre d’alun n’est pas toujours disponible partout – j’ai eu de grosses difficultés pour en trouver à Iquique (Chili) et à Santa Fe (Argentine). Il a même développé des couleurs difficiles à obtenir comme les turquoises. C’est impressionant ! Plus facile que la teinture chimique, la pollution en moins. Je ne touche pas de commissions sur ses produits, mais ils sont franchement recommandables, pour leur qualité…

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Ecoprint, kesako ?

Ecoprint sur lin, impression de feuilles et fleurs
Ecoprint sur lin, impression de feuilles et fleurs

Ecoprint, kezako? Je reviens sur cet article que j’ai publié au tout début de la création de ce blog. Depuis mon retour de Madagascar, j’ai eu de nouvelles expériences d’ecoprint et je tiens à vous les présenter maintenant.

L’ecoprint, quelle magie!

L’ecoprint est une technique développée par un groupe de designers australiennes à la tête desquelles se trouvent India Flint, Susan Fell McLean et le groupe Gondwana textiles…

Cette technique n’utilise que peu de matériaux végétaux, étalés sur la toile, ou éventuellement sur papier ou carton (c’est aussi possible), enroulés serrés, se mettent à tremper quelques jours, avec ou sans mordants, puis éventuellement chauffés et enfin déballés, laissent différentes empreintes.

L’effet est très délicat. Nous avons pratiqué l’ecoprint avec Monsieur Hilaire à Talata, Madagascar. Cette technique nécessite de la patience mais peu de moyens. India Flint, raconte dans un de ses livres, qu’elle voyage partout avec sa casserole électrique et des échantillons de textiles naturels, qu’elle teste juste après sa récolte en se promenant dans les rues.

Nous n’avons utilisé qu’une grande casserole et un petit réchaud traditionnel malgache (fatapera), avec du charbon de bois. Ce petit réchaud est très économique à l’usage et est très léger, fait en tôle recyclée. Je n’ai pas pu résister, je m’en suis achetée un. Chaque pièce teinte est unique, comme chaque feuille dans la nature. C’est la magie de l’ecoprint. Tout doit être testé.

Foto fetapera

Certaines feuilles donnent des résultats plus intéressants que les pétales de fleurs. Mais on peut retenir les fleurs d’oeillets d’Inde et de Cosmos Sulfureus (orange), nous avons testés les autres cosmos qui infestent les champs, sans résultat. J’ai beaucoup aimé la finesse des aiguilles de pin australiens et les fougères. Les feuilles de rosier et d’eucalyptus ont beaucoup plus à M. Hilaire.

A la suite de cette expérience à Talata Madagascar, j’ai préparé ue présentation détaillant tout ce que nous avons fait en presque 15 jours. Cette présentation est maintenant disponible en téléchargement sur ma boutique.

A la suite de mon retour de Madagascar, j’ai rencontré à Loches, une tisserande qui a organisé une petite formation sur le thème de l’ecoprint avec 6 autres personnes à La Chapelle Blanche Saint Martin (Indre et Loire – France) à l’élevage de Chèvres Mohair et Atelier de Brigitte, le dimanche 27 août 2017. J’ai d’ailleurs préparé une autre présentation sur cette journée qui a été très intéressante.

Photo

Puis en février 2018, je suis allée donner un cours privé à un couple, près de La Serena, à 400 km au Nord de Santiago du Chili, ou après avoir teint de nombreuses laines et rubans de laine cardées avec les plantes de la propriété, nous avons estampé une écharpe de soie malgache en ecoprint. Le résultat a beaucoup plu.

Photo?

Maintenant, c’est l’automne au Chili, j’ai tissé un chemin de table et préparé quelques écharpes en laine feutré que je vais teindre en ecoprint, prochainement.

Je rajouterai de nouvelles photos.

 

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Teintures naturelles, c’est d’actualité

Femmes de la brousse, teinturières et tisseerandes de Majunga (Nord-Ouest de Madagascar) - 1er jour de l'IFPECO - elles feront de nombreuses démonstrations
Femmes de la brousse, teinturières et tisserandes de Majunga (Nord-Ouest de Madagascar) – 1er jour de l’IFPECO – elles feront de nombreuses démonstrations

Cela date de la préhistoire, mais c’est d’actualité!

Les teintures naturelles sont de nouveau d’actualité.

  • Il y a des congrès internationaux depuis des années, les derniers auquels j’ai participé (ISEND Kuching, Malaysie en 2012, Taiwan IFND en 2014 et dernièrement IFPECO  Antananarivo, Madagascar en mai 2017)
  • Dans ces congrès, on s’aperçoit, qu’outre les passionnés d’histoire ancienne et de folklore, ils y de grosses entreprises traditionnelles et des startup qui s’intéressent à ce sujet :
    • par exemple, au dernier congrès de Madagascar, il y a avait des représentantes de l’Opéra Comique où maintenant tous les costumes sont teints naturellement, pour le bien être de tout le personnel.
    • il y avait aussi une startup Arteko, qui produit des bioplastiques très joliement colorés avec des teintures naturelles, La gamme est étonnament vive et variée…

Il y a de nombreuses tentatives d’emploi industriel des teintures naturelles qui semblent intéressantes (quand il ne s’agit pas de « greenwashing », verdissement-nettoyage de sociétés connues pour être polluantes…). Cela pose certaines problématiques concernant l’obtention en grandes quantités de ces pigments, mais aussi la reproductibilité avec une très grande précision des coloris choisis… Ce thème à été récurrent pendant les trois symposiums auxquels j’ai participé, il était d’ailleurs présent dans les symposium précédent, notamment celui de La Rochelle.

Ces symposium permettent de faire se rencontrer des usagers, des producteurs, des artisans, des artistes, des historiens, des teinturiers du monde entier, mais à aussi à différents niveaux de pratique depuis la haute couture jusqu’aux artisans locaux.

De plus, il y a un renouveau d’intéret pour les techniques traditionnelles, il faut cependant pousser assez loin les recherches (géographiquement et historiquement) pour retrouver des techniques écologiquement propres. Les cultures de plantes teinturières ont aussi parfois eu des conséquences désastreuses sur l’économie locale (voir l’histoire de l’indigo en Inde).

Les teintures chimiques se sont répandues un peu partout dans le monde, il est difficile d’y échapper. D’autre part, les teintureries industrielles en Europe (qui sont bien documentées), déjà avant la Révolution Française utilisaient comme mordants des sels toxiques (plomb, arsenic…).

Il reste de nombreuses recherches à mener pour construire une industrie de la teinture naturelle qui ne soit pas une menace pour l’écosystème. Les teintureries tout comme les tanneries (leurs concurrents pour l’usage de l’eau de rivière propre) salissaient déjà beaucoup au Moyen-àge (voir Michel Pastoureau).

Ce problème m’intéresse tout particulièrement, pour la création du village artisanal à Concon, chez mon ami Uldis, où la gestion des eaux et des déchets devra être réglée de manière écologique aussi. C’est pourquoi je prépare un projet de tour du monde pour découvrir les meilleures techniques et essayer de les mettre en applications.

 

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Les mordants, cela ne mord pas!

Préparation du mordançage à l'alun lors du premier atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentina
Préparation du mordançage à l’alun lors du premier atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentina

Que sont les mordants?

Les mordants sont des produits que l’on ajoute à la teinture, soit avant de teindre (prémordançage), pendant la teinture, ou après (postmordançage) pour assurer la solidité  de la teinture, en général ce processus modifie la couleur, mais il est souvent indispensable.

Le prémordançage consiste à faire bouillir quelques heures les fibres avec le mordant pendant quelques heures, avant de les mettre dans le bain de teinture, si possible encore humides. Cette pratique permet d’attirer les fines particules de colorants naturels vers l’intérieur de la fibre où elles se fixe solidement.

Le mordançage à l’alun fait apparaître beaucoup de tons jaunes qui sinon resteraient cachés ou très pâles. Il est indispensable pour la cochenille qui ne se maintiendrait pas sans cela.

Si la couleur obtenue n’est pas à notre goût, il est toujours temps de faire un post-mordançage, en ajoutant un peu de mordant ou un modificateur à la fin de la teinture.

Si la laine, la soie et les fibres protéiques ne donnent souvent pas l’impression que le mordançage soit nécéssaire (au détriment de la solidité – c’est souvent très trompeur), il devient absolument indispensable dans le cas des fibres cellulosiques qui attrapent beaucoup moins facilement les couleurs. Sauf cas des tanins qui agissent comme des mordants.

Pour vérifier la solidité d’une teinture :

  • Enrouler un morceau de fil teint (en faisant plusieurs tours) sur un carton,
  • En protéger la moitié avec un morceau de carton noir, bien fixé,
  • Exposer au soleil plusieurs jours, si possible un mois, ou à une lumière à ultraviolet pendant quelques heures,
  • A la fin de l’expérience, défaire la protection et comparer les résultats
Les mordants chimiques

Les mordants sont des sels minéraux  :

  • alun de potassium
  • sulfate de fer
  • sulfate de cuivre
  • crème de tartre

Anciennement étaient utilisés aussi le bichromate de potassium, le chlorure d’étain, des sels d’arsenic, de plomb… Tous ces produits sont à bannir pour leur toxicité. D’ailleurs l’aluminium (de l’alun) et le cuivre ne sont pas sans danger. Le fer est à employer avec parcimonie car elle rend les fibres rêches et elles se dégradent avec le  temps.

La crème de tartre s’utilise en très petite quantité pour rectifier l’eau du bain qui peut être très calcaire (ce qui nuit à la teinture) et elle permet aussi d’empêcher l’alun de précipiter au fonds de la casserole et de cristaliser sur les fibres, ce qui les détériore. La crème de tartre est inoffensive, elle était extraite des fonds de tonneaux de vin. Elle est actuellement utilisée en pâtisserie.

L’alun naturel a été exploité depuis la très haute antiquité, notamment en Egypte où des gisements naturel de minerai d’alun étaient exploités en plein désert (Voir Dominique Cardon). Il semblerait que la recherche du maintien de l’accès aux sources de l’alun (situées à l’époque en Orient) ait été une des raisons économiques des grandes croisades. Par la suite, ont

Les mordants naturels, mordant d’avenir

Les mordants ne sont pas nécessaires avec les plantes qui contiennent des tanins, beaucoup de feuilles, d’écorces d’arbre, les fruits pas mûrs, les rumex, l’écorce de grenade, le brou de noix, les noix de galles, les pelures d’oignons…

Il existe aussi des plantes à mordants, en général des plantes bioaccumulatrices qui récupèrent l’aluminium des sols: lycopodes (rare en Europe, lycopodium clavata, miconia argentea, qui poussent sur des sols acides), simplocos (feuilles), camélia (même le thé), le vinaigre de pommes est connu pour être plus chargé en aluminum…

Il faut bien sûr utiliser une plus grande proportion de ces plantes (en général parties égales) pour obtenir l’équivalent d’un mordançage à l’alun. Mais, la solidité de la teinture est bien meilleure.

Celestina Stramigioli mentionne dans ses livres l’utilisation des cendres de certaines plantes notamment des cactus. Il est a noter que l’opération a une importance telle, que ces femmes ont inventé un terme spécifique pour cette opération.

Dans de nombreux endroits, notamment dans le sud du Chili, beaucoup de teinturières utilisent encore régulièrement des sources de boues qui contiennent sans doute du fer et d’autres minéraux (c’est une zone volcanique et les volcans relachent de grandes quantités de minéraux, des plus nobles aux plus dangereux).

Outre les cendres, de nombreuses traditions populaires utilisent le vinaigre, le jus de citron (qui peuvent renforcer l’action des tanins), l’amoniac, le bicarbonate, la soude, mais aussi l’urine, à mon avis ce sont plutôt des modificateurs  et nous les avons testés, lors du premier atelier à Santa Fe, Argentine, puis plus en détail, lors de la formation à Pica (Chili) où j’ai préparé une série de fiches qui m’ont été très utiles par la suite.

Dans beaucoup d’endroit où l’alun n’est pas disponible ou trop cher, on a recours à des mélanges de plantes qui apportent soit des tanins, soit des sels d’aluminium. Ces méthodes me paraissent plus écologiques. Elles nécessitent une bonne connaissance des plantes.

Un certain nombre de plantes (en général à tanins) ne nécessitent pas de mordants :

  • noyer (feuilles, brou, écorces…)
  • écorces d’arbre en général
  • sciures de bois
  • feuilles gallées ou attaquées par des insectes
  • peaux d’oignons
  • noyaux de fruits (pêches, mangues,  abricots, avocats…), coquilles de noix, noisettes, amandes…
  • rumex
  • feuilles de chênes, chataigniers, marroniers, avocatiers…

Le mordançage est donc un processus très important dans la teinture, bien qu’il ne semble pas toujours visible.

 

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Comment teindre avec des plantes?

Casseroles de teintures, quand je faisais mes premiers pas en teinture avec des plantes, à Longotoma, près de La Ligua, centre du Chili.
Casseroles de teintures, quand je faisais mes premiers pas en teinture avec des plantes, à Longotoma, près de La Ligua, centre du Chili.

Comment obtenir les plantes ?

Les plantes, cela peut paraître rare quand on vit en ville, cela peut sembler un peu compliqué, mais il y a toujours des solutions. En regardant bien, on finit par en trouver partout. Il suffit de chercher un peu. Il y a des plantes à teindre, même dans des régions désertiques. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller dans des zones polaires…

Selon le type de plantes on va plutôt utiliser une partie qu’une autre. Pour certaines plantes la partie la plus intéressante sera la racine (par exemple la garance et les rubiacées), dans ce cas-là, il est impératif de ne pas choisir une plante rare, car sans racines la plante risque de mourir.

C’est la raison pour laquelle la garance était cultivée en très grandes quantités jusqu’à l’apparition de l’alizarine artificielle. D’autant plus que celle-ci ne donne le maximum de pigments qu’à partir de la cinquième année.

Pour beaucoup de plantes, on peut utiliser les feuilles (même et surtout mortes), pour d’autres les fleurs ou éventuellement seulement les pétales (tournesol, par exemple, récolter les pétale au fur et à mesure qu’ils sèchent n’empêche pas qu’il produise des graines). Mais les fleurs sont longues à récolter, il en faut beaucoup (3 fois le poids des fibres) et le résultat peut être parfois décevant, même en écoprint.

Les écorces sont souvent intéressantes car elles contiennent en général des tanins qui sont toujours utiles. Mais il ne faut pas oublier qu’arracher l’écorce à un arbre le fait souffrir, l’affaiblit et peut le mettre en danger. Mieux vaut profiter des écorces déjà tombées, ou celles qui se détachent toutes seules, comme celles de l’eucalyptus qui donnent de très bons résultats.

On peut aussi utiliser de la sciure, en général, les bois contiennent des tanins et on peut obtenir de très agréables surprises.

L’idéal est donc d’utiliser la biomasse due aux tailles, élagages et arrachages. Les déchets des jardiniers qui ne compostent pas sont très utiles. Nous avons travaillé avec beaucoup de ces déchets, trouvés souvent dans la rue en pleine ville à La Redonda, à Santa Fe, Argentine. En plein centre d’Iquique (ville en plein désert), j’avais ainsi essayé le Bougainvillier qui m’a donné du jaune.

Il faut aussi voir les déchets de légumes, on peut en obtenir de grandes quantités à la fin des marchés, chez les marchands  de légumes ou même auprès des restaurant. On peut ainsi récupérer les fanes de carottes, les peaux d’oignons, les restes d’artichauts… C’est comme cela que j’ai pu obtenir du jaune avec des bouquets de coriandre fanés chez mon ami Angel à Puerto Montt. Là-bas j’ai aussi obtenu de pleins sacs de peaux d’oignons qui teignent si joliement.

A Iquique, j’avais aussi récupéré les noyaux de mangues dans un bar à jus de fruits et j’ai obtenu un très joli jaune-saumon.

Les fleuristes jettent aussi souvent des fleus fanées, des déchets de feuilles… Tout cela doit être exploité, il n’y a pas de honte à cela.

Que doit-on faire avec les plantes?

Une fois que l’on a les plantes, l’idéal est de les faire tremper pendant au moins une nuit (plusieurs, si possible) avec de l’eau froide à température ambiante dans un grand seau ou la casserole que l’on va utiliser pour teindre (elle ne servira plus pour la cuisine!). Plus la  casserole est grande, mieux c’est. Plus cela trempe longtemps, plus les plantes libèreront de pigments.

Plus les plantes sont réduites en petits fragments, plus elles donneront de la couleur.

Si on doit mordancer (voir l’article sur les mordants), il vaut mieux le faire la veille aussi et garder les fibres humides.

Mettre les fibres à tremper dans le bain de teinture avec les plantes (parfois il convient de mettre les plantes à tremper à l’intérieur d’un sac en toile, prévu à cet effet, pour éviter qu’elles s’emmêlent avec les fibres).

Mettre à chauffer pendant quelques heures. Si le bain s’épuise, il convient de rajouter de l’eau à la même température, pour éviter les chocs thermiques qui feutrent les laines.

Une fois la teinture obtenue, le mieux est de laisser refroidir tranquillement dans son bain, moi je laisse en général refroidir toute la nuit. La teinture pénêtre ainsi plus profondément dans les fibres et sera donc plus saturée et plus solide, plus stable.

Une fois, refroidi le  bain, on sort les fibres. L’idéal de mettre à sècher avant de rincer, à l’ombre, certaines réactions chimiques interviennent au contact de l’oxigène de l’air.

Puis laver. Si on a utiliser du mordant au fer dans le bain, il est alors indispensable de très bien rincer avant de sécher.

Une fois les fibres lavées et séchées, toujours à l’ombre. Elles sont prêtes à l’emploi.

Vous avez fini!

 

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