Petite cuisinière en céramique ramenée de Cuzco, pratique et économe en combustible pour chauffer mes bains

Chauffer le bain

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Faut-il chauffer le bain de teinture?

Chauffer le bain, cela semble évident, mais ce n’est pas indispensable toujours, cela peut même être gênant, pour l’indigo.

Il s’agit d’extraire les colorants des matières végétales ou éventuellement animales. Et chauffer nécessite de l’énergie et ce n’est pas la seule solution.

La fermentation

Certaines techniques de teintures (en général, très anciennes) sont basées sur la fermentation et non sur la décoction et le bouillon… Ce seraient en quelque sorte des teintures vivantes, puisque de nombreuses bactéries doivent intervenir.

Par ailleurs, les techniques à base de décoctions sont plus rapides et semblent plus hygiéniques, mais ne sont pas forcément plus solides.

De toutes manières, pour la majorité des teintures naturelles, il convient de les laisser tremper au moins une nuit avant de chauffer.

Techniques d’Anne Rieger

Dominique Cardon mentionne dans ses livres des techniques anciennes basées sur la fermentation et des bains alternés acides et basiques sans autres mordant que de la lessive de cendres, ce qui rend ce type de teinture d’autant plus économique et écologique.

Ces techniques sont sensées permettre d’obtenir d’autres gammes de couleurs, souvent différentes de celles que donnent les décoctions classiques (généralement avec mordants) et selon Martha Herba qui a poursuivi les travaux d’Anne Rieger, ces teintures devraient être plus solides. Selon elle, la tapisserie de la Dame à la Licorne et la tapisserie de Bayeux auraient été teintes selon ces méthodes, ce qui explique qu’elles aient encore tout leur éclat.

J’ai fait quelques essais peu concluants, peut-être n’ai-je pas choisi les bonnes plantes. Il faut avoir du temps et pouvoir travailler à l’extérieur pour profiter du soleil et à cause des mauvaises odeurs dues à la fermentation, difficile à réaliser dans un local commercial.

J’ai fait quelques tests quand je vivais à Longotoma avec du quintral du molle et plus récemment à Concón, avec de l’etscholzia qui ne m’a donné qu’un jaune pâle.

Préparation du bain fermenté dans un,seau en plastique courvert d'une vitre
Préparation du bain fermenté dans un,seau en plastique courvert d’une vitre
18 jours après, division du bain en deux, l'un avec ajout de vinaigre, l'autre supplémenté en lessive de cendres
18 jours après, division du bain en deux, l’un avec ajout de vinaigre, l’autre supplémenté en lessive de cendres
Les deux écheveaux entrain de sécher
Les deux écheveaux entrain de sécher

Indigo

La plupart des cuves d’indigo se travaillent à froid ou plutôt à température ambiante. Certains bains d’indigo peuvent même utiliser des fruits pour remplancer le fructose, ne trouvant pas de fructose, j’ai plusieurs fois utilisé du miel.

Pourpre

J’ai fait un petit essai de teinture à la pourpre de « loco » et « locate » (coquillages très appréciés au Chili, ils sont assez souvent interdits de récolte). Lors d’un séjour de quelques jours à Taltal, petit village côtier entre Chañaral et Antofagasta (Nord du Chili), des pêcheurs m’avaient ramasser une petite quantité de ces coquillages, le temps était mauvais, ils n’avaient pas pu aller plus au large pour en ramener plus.

Les pêcheurs de « locos » se reconnaissent à leurs mains rouges pourpre, teintes lors du nettoyage des fruits de mer pour les préparer à la vente. Ils jettent malheureusement toute cette matière tinctoriale à la mer.

Ils ont mangé les fruits de mer et j’ai gardé dans deux petites bouteilles d’eau les glandes hypobrachiales qui contiennent les pigments.

Loco ouvert montrant sa glande hypobrachiale
Loco ouvert montrant sa glande hypobrachiale, et locates, plus petits

J’ai gardé ces bouteilles bien fermées et je me suis décidée à les ouvrir deux ou trois semaines après, lors de mon retour à Mamiña.

Teinture de locos et locates
Teinture de locos et locates

Heureusement que je vis avec le nez bouché et que j’ai ouvert la bouteille en plein air, la puanteur était insupportable. Je ne sais pas si ce n’était pas pire que la teinture aux baies de parqui.

J’ai mis un peu de laine en toison à tremper dans les bouteilles, puis je les ai retirés, exposés au soleil, puis rincés. Ils étaient devenu mauves. Tout cela sans chauffer.

Ecahntillons de laine teints avec les locos et locates
Echantillons de laine teints avec les locos et locates

Je présente cette expérience dans ma présentation pour l’ISEND de Kuching, disponible sur internet (www.academia.edu, www.slideshare.net).

Il y a un groupe facebook spécialisé sur la pourpre. J’espère bien pouvoir en apprendre plus sur ce sujet lors de mon tour du monde tinctorial et textile.

Orseilles et autres lichens

Dominique Cardon décrit en détail ces techniques, je ne les ai pas testés. Il y a des groupes sur facebook spécialisés dans ce domaine qui montrent des résultats spectaculaires.

Et le batik?

Quelqu’un m’a gentillement fait la remarque que j’avais oublié le batik. Et oui, le batik, quand on travaille à la cire d’abeilles, se teint à froid, vu que la cire fond à 62-63º C. Cependant, en général on doit faire bouillir pour éliminer la cire.

Nous avons fait un test avec mon ami Hilaire, à Madagascar, avec de la cire d’abeilles brute que nous avons acheté au marché d’Antsirabe et de la cochenille. Nous avons aspergée la soie avec des gouttes de cire fondue en essayant de faire un pochoir avec des feuilles de rosiers. Puis, nous avons laissé tremper avec de la cochenille toute la nuit à froid. Le lendemain, nous avons fait bouillir l’écharpedans de l’eau avec de l’alun pour fixer la teinture et éliminer la cire, la cochenille s’est bien fixée, mais la cire avait du mal à partir, j’étais déçue, car j’espèrais pouvoir la récupérer pour une autre fois. Nous avons du terminer avec le fer à repasser et du papier journal, puis des brouillons d’impression quand celui-ci vint à manquer, cela a dû utiliser beaucoup d’électricité.

Le résultat n’était pas tout à fait conforme à ce que l’on attendait, les taches de cire sont restées un peu jaune, ce n’était pas vilain, on ne voyait pas bien le pochoir. Mais la cochenille à très bien pris. Cette écharpe s’est vendu très rapidement, mais je ne crois pas qu’Hilaire recommencera cela. Il préfère l’ecoprint.

Batik à la cochenille sur soie
Batik à la cochenille sur soie
Détail du batik
Détail du batik
Une fois terminée
Une fois terminée

Et si on fait chauffer, comment?

On a l’embarras du choix…

Chauffer au feu de bois

Trou dans le sol

J’ai beaucoup utilisé cette technique, depuis Longotoma jusqu’à Mamiña, en passant par Santa Fe, Argentine.

Pratique, simple, économique et permet de faire chauffer plusieurs grandes casseroles à la fois si l’on a une grille assez résistante.

Le bois doit être une ressource renouvelable… J’utilise habituellement du bois mort, à Mamiña c’était du bois de récupération de construction, j’ai même fait du troc pour récupérer un camion de déchets de construction d’une route. J’ai dû ensuite remonté tout ce bois jusqu’à ma cabane à mi hauteur de la colline… Mais j’avais de quoi travailler… Il en est même resté beaucoup pour mes amis qui me prêtaient la cabane. Une partie de ce bois a aussi servi pour construire les cages de mes lapins angoras.

Teinture à Mamiña, j'ai fait un trou de 30 à 40 cm de profondeur, que j'ai rempli de bois, j'ai posé une grille et différentes casserole, une tôle protégeait du vent
Teinture à Mamiña, j’ai fait un trou de 30 à 40 cm de profondeur, que j’ai rempli de bois, j’ai posé une grille et différentes casserole, une tôle protégeait du vent
La super casserole

Je lui ai dédié un article complet.

La super casserole à l'essai avec eucalyptus et ronces
La super casserole à l’essai avec eucalyptus et ronces
Cuisinìère à bois

A Rincón de Angel, nous avons acheté une cuisinière à bois, elles sont courantes dans la région, ici tout le monde se chauffe et cuisine avec.

Nous l’utilisions tous les jours pour cuisiner, j’en profitais pour mettre aussi une casserole de teinture naturelle. C’est très efficace car le bain se maintient chaud longtemps… J’ai donc beaucoup teint, tant que nous avions du bois…

Cela a deux inconvénients : cela brûle beaucoup de bois et cela fume quand c’est mal installé (ce qui était le cas), j’ai donc enfumé des tricots et des laines. J’ai eu beau les laver, la grisaille n’est pas partie.

Appareil acheté à Cuzco

A Cuzco, au marché, j’ai trouvé une petite structure en céramique très intéressante, elle était légère, pas chère, je n’étais pas très chargée pour une fois!

J’en ai profité, elle a fait le voyage entre mes jambes dans le bus, car elle était relativement fragile, par chance elle tenait dans mon sac, elle bien arrivée jusqu’à Mamiña où je l’ai beaucoup utilisée. Elle était très économique en bois, s’allumait facilement, je l’utilisais même pour préparer mon petit déjeûner…

Ma cuisinière péruvienne à l'épreuve
Ma cuisinière péruvienne à l’épreuve

Elle n’a malheureusement pas supporté le déménagement vers Puerto Montt et est arrivée en morceaux.

Avant d’acheter cet appareil, je suis allée visiter le village de Chinchero, où de nombreux groupes de femmes teignent et tissent selon les traditions.

J’en ai profiter pour m’intéresser à leur méthode pour chauffer leurs bains de teintures, en voici une photo, elles en profitaient pour cuisiner aussi…

Cuisinière pour teindre et cuisiner à Chinchero, Pérou
Cuisinière pour teindre et cuisiner à Chinchero, Pérou
Fetapera malgache

Petite cuisinière très populaire à Madagascar, digne du film Ady Gasy de Lova Nantenaina (je vous le recommande vivement, disponible chez Latérite).

Lors de l’IFPECO à Antananarivo, nous avons fait presque toutes les démonstrations de teintures avec ces petites cuisinières, légères, économiques et économes, pur recyclage. Je les trouvé tellement sympathiques que je m’en suis achetée une que j’ai ramenée au Chili. Je l’ai utilisée à Concón où elle a fasciné mon ami Uldis.

Premier essai de la fetapera malgache
Premier essai de la fetapera malgache

Il y avait aussi des « rocket stoves », intéressants mais trop lourds… pour mes bagages.

Démonstration de teinture sur rocket stove alimenté au charbon de bois de bambou
Démonstration de teinture sur rocket stove alimenté au charbon de bois de bambou

Chauffer au gaz

C’est plus courant, plus simple, mais pas forcément plus économique… Le gaz n’est pas une énergie renouvelable, sauf cas rare du biogaz.

Cuisinière industrielle

Pour le cours à Pica, les organisatrices avaient acheté deux cuisinières industrielles que nous appelons au Chili « fogón ». Elles sont basses et permettent de travailler facilement avec de très grandes casseroles.

Cela chauffe très vite, nous étions dehors, il y avait parfois du vent, j’ai trouvé cela assez dangereux. Et cela brûlait beaucoup de gaz, je n’ai pas compté combien de bidons…

Teinture lors du cours à Pica, Nord du Chili
Teinture lors du cours à Pica, Nord du Chili

Chez Rincón de Angel, nous utilisons aussi cela actuellement, il n’y a pas de vent dans le local, mais le feu ne peux presque pas se réguler et je préfère teindre avec une vieille cuisinière normale, le feu est plus petit donc moins violent avec la laine et c’est plus économique.

Cuisinière industrielle
Cuisinière industrielle
Cuisinière courante

Rien de plus banal.

Teinture à la cochenille
Teinture à la cochenille

Cuisine solaire

J’ai fait quelques essais à Longotoma…

Essai de teinture dans une cuisinière solaire improvisée
Essai de teinture dans une cuisinière solaire improvisée

A Concón, mon ami Uldis avait une cuisinière solaire parabolique, mais nous n’avons pas eu le temps de l’essayer. C’est vraiment dommage!

Chauffer à l’électricité

Si l’on n’a pas d’autres solutions ou si l’on ne paye pas l’électricité… Ce n’est pas toujours une énergie renouvelable, sa production provoque souvent des dégats et de la pollution.

Plaque électrique

Chez Couleur Garance, ils utilisent des plaques électriques pour les cours, elles sont facilement régulables.

Pour les cours, on teint souvent seulement des échantillons, on n’utilise donc pas d’aussi grandes casseroles que pour l’artisanat et la vente de laines.

Casserole à riz

A Iquique, je ne payais pas l’électricité, elle était comprise dans le loyer, j’avais acheté un cuiseur de riz tout rayé au marché aux puces pour à peine plus d’1 Euro, et il fonctionnait!

C’était un peu petit, mais j’ai pu faire quelque tests avec. Feuilles d’artichauds récupérées au marché, feuillage et fleurs de Bougainvilliers… furent mis à profit grâce à cette casserole.

Cuiseur de riz dont l'usage à été détourné de sa vocation première
Cuiseur de riz dont l’usage à été détourné de sa vocation première
Chauffer au Four a micro-ondes

J’avais vu une video dans le CD édité à la suite de l’ISEND à La Rochelle (France) auquel je n’ai pas pu participer, où ils estampaient du feutre en sérigraphie avec des encres naturelles et les fixaient au micro-ondes, j’ai donc cherché à m’en procurer un… Iquique est une ville surprenante, sans TVA, c’est une zone franche. envahie de tout un tas de choses qui ne tiennent pas dans les maisons en général très petites, car cette ville n’a pas d’espace pour se développer.

Juste quelques jours avant de partir pour Mamiña, je me suis achetée un four à micro-ondes d’occasion, je l’ai assez souvent utilisé pour des tests pendant les premiers mois dans le kiosque de mon amie Raquel. Les contenants étaient encore plus petits et les échantillons se sont donc encore réduits, surtout des morceaux de ruban cardés pour feutrer. Les résultats étaient cependant intéressants.

Micro-onde pour teindre
Micro-onde pour teindre

Conclusion

Nous avons donc beaucoup de  solutions… Il faut voir laquelle est la plus adaptée, la plus économique et surtout la plus écologique…

J’aimerai faire des essais avec des fours et cuisinières solaires, la plupart des teintures n’ont pas besoin de bouillir… L’artisanat se combine mal avec l’urgence…

Publié par

Francoise Raffi - La Francesa Bigotuda

Artisane textile, tisserande, teinturière, vivant depuis plus de 20 ans au Chili, je travaille avec des teintures naturelles depuis plus de dix ans. J'ai participé à plusieurs séminaires internationaux (ISEND Kuching, IFND Taiwan et dernièrement IFPECO à Madagascar) Je tisse, tricote ou feutre les fibres teintes. Je propose des formations aux teintures naturelles adaptées au lieu. Artesana textil, tejedora, tintorera, viviendo desde más de 20 años en Chile, trabajo con teñidos naturales desde más de diez años. He participado a varios seminarios internacionales (ISEND Kuching, IFND Taiwan y ultimamente IFPECO en Madagascar). Tejo o afieltro las fibras teñidas. Propongo formaciones, capacitaciones, talleres de teñido natural adaptadas al lugar.

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