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Voyage au Pérou tant attendu

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Passionnée de textiles anciens, depuis longtemps, je rêvais de visiter les sites archéologiques du Pérou… riches en textiles anciens remarquables. Chaque civilisation avait ses techniques, toutes très surprenantes…

De décembre 2018 à la mi-février 2019, j’ai fait tout un périple au Pérou, mais il faudra que j’y retourne… Je n’ai pas encore tout vu. Alors, le temps m’a manqué… Il y a tant de choses à voir.

Principales étapes au Pérou

Mon voyage a été très passionnant. Il a donc duré beaucoup plus que prévu. Je suis arrivée de Santiago du Chili à Lima, grâce à un billet d’avion très économique.

Lima, capitale du Pérou

Et j’ai continué mon parcours en bus, après 15 jours de visite de musées à Lima, rencontres dans un fablab, bibliothèques, librairie, visites de marchés locaux, d’artisanat, mais aussi de produits pour artisans (laines, cuirs, revues, fuseaux, métiers à tisser et autres outils…). Le temps est passé très vite. Je vous en parlerai prochainement dans un autre article.

Dès le premier jour, ce voyage a été positif. Il y avait une foire-exposition d’artisanat de la zone amazonienne du Pérou. J’ai pu apprendre une technique de tissage à l’aiguille très ancienne que pratiquent encore des indigènes près d’Iquitos, en échange de la création et impression de cartes de visites… Ils filent leur fibre (semblable a du sisal) petit à petit au fur et mesure qu’ils tissent, les bouts sont donc unis sans noeuds.

Les musées

Il sont très nombreux, je n’ai pas réussi à les visiter tous. Les gens ne les connaissent pas forcément, et vous envoie dans une direction erronée. C’est ainsi que je suis arrivé au Musée MALI (qui était très intéressant) en en cherchant un autre.

Certains musées sont si intéressants qu’ils méritaient plusieurs visites. Par exemple, j’ai fait plusieurs passages au Musée Amano et au Musée Larco. Je dois insister sur le fait que bien que je ne sois pas archéologue ni anthropologue, mais mes questions ont toujours été écoutées avec attention, ce qui malheureusement, rarement le cas au Chili.

Dans la plupart des musées, on peut prendre des photos, comme celle que j’ai mise en entête. Ces photos me sont très utiles pour mes recherches sur les techniques anciennes de tissages qui étaient souvent très complexes.

Musée d'Anthropologie de Lima, Pérou
Musée d’Anthropologie de Lima, Pérou

Comme je m’intéresse tout spécialement aux textiles, je ne parlerai pas de la céramique, de l’orfèvrerie et de l’architecture, mais il y a beaucoup à voir dans ces domaines où les civilisations anciennes excellaient aussi.

Les livres

Des livres, on en trouve dans la plupart des musées. Il y a aussi de très bonnes librairie dans la vieille ville et à Miraflores. J’ai donc pu aussi acheter de nombreux livres qui me seront très utiles, j’ai aussi rencontré des archéologues et des artisans…

De plus, il y a aussi des bibliothèques où l’on peut consulter, faire photocopier ou photographier des livres.

Suite du voyage

J’ai décidé de remonter vers le Nord en suivant la côte et de revenir vers le Sud par la Cordillière. En réalité, ce n’est pas aussi facile que l’on pourrait le penser. Les zones de cordillières ne sont pas toujours très bien connectées. L’idéal serait en fait de voyager en zigzag.

Heureusement, les Offices de Tourisme péruviens donnent toujours de très bonnes informations, n’hésitent pas à appeler leur collègues des autres villes… Ils m’ont souvent aidé (toujours gratuitement) à organiser les visites locales et les trajets avec beaucoup de précisions.

Trujillo, seconde ville du Pérou

Après ces 15 jours à Lima, j’ai donc pris un bus pour Chancay, où une civilisation préinca (800-1300 Après JC) créait des gazes d’une finesse remarquable. Ce musée est intéressant, mais un peu décevant du point de vue textile, les plus belles gazes Chancay sont certainement au Musée Amano, à Lima et hors du Pérou, au Museo de Arte Precolombino de Santiago de Chile, aux Etats-Unis, en Europe…

Détail de gaze Chancay (entre 800 et 1300 après JC) des tiroirs du Musée Amano - Miraflores - Lima - Pérou
Détail de gaze Chancay (entre 800 et 1300 après JC) des tiroirs du Musée Amano – Miraflores – Lima – Pérou

A Chancay, il y a un “château” très kitsch datant des années 1920, c’est plutôt un parc d’attraction, que je ne vous le recommanderai pas.

En soirée, j’ai donc pris un bus pour Trujillo, mon étape suivante, où je suis arrivée le matin de bonne heure. J’y suis resté une semaine. Il y a beaucoup de sites à visiter dans cette zone.

Je me suis logée près du marché, le quartier est moins cher, les marchés sont très souvent très intéressants à visiter, on peut y manger bien pour pas trop cher. On y découvre aussi de l’artisanat et des produits pour artisans, des plantes médicinales et toutes sortes de produits traditionnels (une grande variété pommes de terre, mais aussi de farines – blé, riz, maïs, bien sûr, mais aussi banane, tamarugo, yuca, mandioca… il y en avait tellement que j’en oublie).

Comme à Trujillo, on travaille beaucoup le cuir, on peut y trouver des peaux de toutes sorte. Cela fait envie d’apprendre à fabriquer des chaussures… Un projet de plus pour mes prochains voyages…

Mural des Mythes, Huaca de la Luna, Pérou
Mural des Mythes, Huaca de la Luna, Pérou

Chan Chan, la Huaca de la Luna et les autres sites archéologiques de la zone de Trujillo sont vraiment impressionants. Il y a aussi un musée dans la vieille ville où j’ai pu consulter des livres. Dommage que le Musée de Chan Chan était fermé pour réhabilitation.

Chan Chan, près de Trujillo, Pérou
Chan Chan, près de Trujillo, Pérou

Chiclayo

Puis, je suis partie pour Madgalena de Cao pour voir la Dame de Cao, elle a été enterrée avec tous les symbôles du pouvoir, mais aussi ses fuseaux (extrêmement fins et de près de 40 cm de longueur).

Dans ce musée, j’ai rencontré une famille de Trujillo, c’étaient des professeurs d’histoire…

Le lendemain, j’ai pris la route de Chiclayo, où je suis restée aussi une semaine.

Tombes des chefs de Cao, Pérou
Tombes des chefs de Cao, Pérou

J’ai visité de nombreux sites emblématiques tels que Lambayeque, Monsefu, el Bosque de Pomac (forêt tropicale sèche, avec des arbres millénaires et bien sûr des pyramides), Morrope, Ciudad Eten, Ferreñafe, Tucume, Tumbas Reales de Sipan… J’en parlerai aussi dans un prochain article.

Echantillons de cotons natifs, encore avec leurs graines, production de la Señora Rosita de Morrrope, Pérou
Echantillons de cotons natifs, encore avec leurs graines, production de la Señora Rosita de Morrrope, Pérou

J’avais enquêté sur le coton natif, et je me suis mise à la recherche d’une artisane de Morrope qui en cultive de diverses couleurs (ces espèces de ont bien failli disparaître), c’est surprenant la variété de couleurs, partant du blanc pur allant au chocolat, il y aussi un vert clair et paraît-il un bleu clair. Elle le file au fuseau, puis le tisse au métier de ceinture.

Incahuasi

Une archéologue, spécialiste des textiles, m’avait aussi parlé d’Incahuasi, dans la Sierra de Chiclayo… Elle m’avait dit que c’était un peu loin. J’ai été curieuse de connaître. Et bien m’en a pris. A Ferreñafe, je suis monté dans un fourgon en partance pour Incahuasi. La route est cahoteuse, mais le paysage est très beau. Dans ce petit village, presque tous les habitants sont habillés avec leur costume traditionnel et parlent quechua, les femmes filent la laine de leurs moutons en marchant… J’y ai passé le nouvel an. J’y consacrerait certainement un article prochainement.

Femme d'Incahuasi, Pérou, filant la laine
Femme d’Incahuasi, Pérou, filant la laine

L’artisanat traditionnel de ces femmes est de très bonne qualité et mériterait d’être mieux diffusé.

Cajamarca

Enfin, je me suis enfin décidée pour partir vers le sud. Bien sûr, j’étais invitée avec beaucoup d’insistance en Equateur par de bons amis équatoriens. Mais j’étais un peu inquiète par l’hiver altiplanique, et j’avais réservé mon billet d’avion pour le Brésil début mars. Je suis donc repartie vers la cordillère, à Cajamarca, pour une semaine. Là aussi, je me suis logée près du marché.

Là, près d’un marché, j’ai vu une femme qui filait de laine très fine en utilisant un gros fil de fer comme fuseau. Cajamarca est supposée être une ville à laine, mais en réalité, il faut s’éloigner de la ville pour en trouver.

J’ai rencontré des artisans. En particulier, j’ai connu Segundo (tisserand sur métier à pédales et formateur en teintures) et sa femme. Avec eux nous avons fait des tests d’ecoprint.

Tests d'ecoprint, Segundo tient une feuille de schinus molle, arbre très courant à Cajamarca, qui teint joliment en jaune
Tests d’ecoprint, Segundo tient une feuille de schinus molle, arbre très courant à Cajamarca, qui teint joliment en jaune

Visites touristiques

J’ai visité plusieurs sites précolombien, dont un canal surprenant qui date de 800 Avant JC qui unit deux rivières (l’une allant vers l’Atlantique, l’autre vers le Pacifique – 9 km de longueur, une merveille d’ingénierie), Kuntur Wasi (datant aussi de 800 Avant JC)…

Canal préinca, près de Cajamarca, Pérou
Canal préinca, près de Cajamarca, Pérou

Visite de la Granja Porcón, coopérative agricole qui ne manque pas d’intérêt. Ils ont organisé un zoo avec un élevage de cerfs gris du Pérou qui était pratiquement en voie de disparition. C’était le gibier préféré des grands chefs de la plupart des grandes civilisations précolombiennes du Pérou. Mais ils vivent surtout de la monoculture de 3 espèces de pins sur près de 10.000 ha. L’autre activité importante de cette communauté est l’élevage bovin laitier, dont on trouve les produits dans tout le Pérou.

Comme j’en avais le temps, je suis allée profiter des eaux thermales de Baño del Inca, vraiment très agréables. Cet endroit s’appelle ainsi car la ville de Cajamarca est connu pour être l’endroit où les colons espagnols ont fait prisonnier l’Inca Atahualpa qui était venu s’y reposer à la suite d’une bataille avec son frère Huascar.

Kuelap

Evidemment, je n’ai pas résisté à l’idée de connaître la légendaire Kuelap et je suis donc partie pour Chachapoyas en passant par Celendín. A partir de Celendin, la route était une piste en lacet plutôt dangereuse, mais je ne le regrette pas. Les paysages étaient très intéressants, la végétation évoluant peu à peu avec l’altitude et l’exposition au soleil… Avec un changement brutal, quand on arrive du côté amazonien du Pérou. Tout d’un coup, tout devient vert, avec même des fougères arborescentes… La vallée de Leymebamba m’a beaucoup plu.

Habitations de la forteresse préinca de Kuelap à plus de 4000 d'altitude, Chachapoyas, Pérou
Habitations de la forteresse préinca de Kuelap à plus de 4000 d’altitude, Chachapoyas, Pérou

En quelques jours, j’ai visité l’impressionante forteresse préinca de Kuelap accessible par téléphérique, les musées de Chachapoyas et Leymebamba… Je ne regrette pas le détour.

Puis j’ai continué en fourgon vers le sud du coté amazonien par Moyobamba, Tarapoto, Juanjuy, Tocache, Tingo María (zone de production de cacao, café et huile de palme) en direction de Huanuco. En passant la cordillère de nouveau peu avant Huanuco, nous sommes passés par un tunnel, le contraste entre la zone Est verdoyante et la sortie du tunnel à l’Ouest quasi désertique est vraiment surprenante.

Chavin de Huantar

A partir de Huanuco, le but était d’aller connaître Chavin de Huantar, autre civilisation datant de 800 Av. JC.

En réalité, cela a été plus compliqué que prévu, il n’y avait pas de bus direct… Ni même de fourgon, j’ai dû prendre une voiture en attendant de 8 heures du matin, jusqu’à 11 heures, que toutes les places soit occupées, pour partir jusqu’à La Union. Et de La Union jusqu’à Catac, j’ai dû prendre une autre voiture. Les distances ne sont pas très grandes, mais les pistes sont très mauvaises. L’hiver altiplanique, saison des pluies (de janvier à mars) commençait avec retard et avec beaucoup de violence, il y avait eu des éboulements, des huaycos, déjà quand j’étais de l’autre côté de la Cordillière.

Succession de
Succession de “têtes-clous” montrant la transformation du shaman, elles étaient disposées tout autour de la pyramide, il en reste une en place

C’est une zone de très haute altitude. Les paysages sont fantastiques. Plein de lacs… J’ai donc dormi à Catac. Le lendemain, je suis allée à Chavin de Huantar. Il y a un Musée et une pyramide avec des canaux mystérieux (qui ont une acoustique particulière), ils ont détourné une rivière, tout cela dans une zone très sismique. La pyramide a été enfouie sous des décombres, mais ne s’est pas écroulée. Ce site date de 800 Avant JC, cette culture a rayonné sur grande partie du Pérou.

Huaraz

De Catac, je suis repartie pour Huaraz où j’ai passé deux jours. Il y a aussi des bains thermaux, bien agréables, des musées, des sites archéologiques et des marchés… Je suis aussi allée au Carhuaz, voir un site archéologique, Tumshukaiko, dommage que le musée était fermé (c’était dimanche).

Mais, sur ce site archéologique, déblayé par les habitants du village, une curieuse structure ronde en spirale, sur une colline, poussaient des figuiers de Barbarie, certains étaient infectés de cochenilles. C’était la première fois que je voyais de près des cochenilles sauvages… On aurait dit des tiques couverts d’une poudre blanche. J’ai pris beaucoup de photos, je pourrait ainsi mettre à jour mon article sur la cochenille.

Feuille de figuier de Barbarie attaquée par la cochenille, site archéologique de Tumshukaiko, près Carhuaz, Pérou
Feuille de figuier de Barbarie attaquée par la cochenille, site archéologique de Tumshukaiko, près Carhuaz, Pérou

Avant de revenir à Huaraz, j’ai visité encore une petite ferme zoologique, un projet municipal en peu abandonné, mais bien agréable.

Lima, à nouveau

De Huaraz, je suis retournée à Lima, je suis revenue au Musée Amano et au FabLab Esan. J’ai récupéré mes valises que j’avais laissées en consigne.

J’ai cherché une fabrique de laines et je l’ai trouvée, c’est un contact intéressant de plus.

Nouveau départ vers le Sud, avec tous mes bagages, très lourds, beaucoup de livres, un peu de laine, du cuir pour faire des semelles, des moules pour faire des chaussures en feutre…

Ica

Je voulais passer par Huancayo et Huancavélica, mais c’était trop compliqué et le temps passait, d’autant que ces villes sont en cordillière, cela m’aurait beaucoup retardé.

Alors, j’ai décidé d’aller directement à Ica pour voir les textiles Paracas. Il y en a au Musée d’Ica. On ne pouvait malheureusement pas prendre de photos, pour des raisons de sécurité, à cause d’un vol.

Miniature Paracas, exposée au Musée Amano, Miraflores, Lima, Pérou
Miniature Paracas, exposée au Musée Amano, Miraflores, Lima, Pérou

A Paracas même, je n’y suis pas allée, l’ancien musée est fermé, suite à un tremblement de terre, les pièces textiles ont été ramenées au Musée d’Ica, les sites archéologiques ne se visitent pas.

Cette nuit-là, il y a eu une secousse sismique, degré 5 sur l’échelle de Richter, mais cela est courant.

Arequipa

A Arequipa, comme d’habitude, j’ai visité des musées, des marchés, j’ai aussi rencontré un archéologue que j’avais connu lors d’un précédent voyage à Moquegua.

Il m’a aidé à chercher de la cochenille et m’a proposé de garder mes valises pour que je sois plus libre de mes mouvements dans la suite du voyage. Ce que j’ai accepté avec plaisir. Je lui suis très reconnaissante pour toute son aide.

Enfin, nous avons aussi visité une fabrique de laine, très connue pour sa qualité.

Poste de sélection des laines d'alpaga, selon les 24 couleurs naturelles et leur qualité, Fabrique de laine, Arequipa, Pérou
Poste de sélection des laines d’alpaga, selon les 24 couleurs naturelles et leur qualité, Fabrique de laine, Arequipa, Pérou

Moquegua

Passage à Moquegua pour chercher de la cochenille. Visite du marché. Le Musée, je l’avais déjà visité. J’y reviendrai au retour de Bolivie.

Cela a été laborieux, il faisait chaud, j’étais arrivée à 4 heures du matin et n’avait presque pas dormi. De la cochenille, il n’y en a plus autant qu’avant, maintenant ils exportent les figues de Barbarie, ce qui implique l’élimination de la cochenille qui est un parasite qui donne un goût amer au fruit.

Alors, je continue mon voyage vers la Bolivie, direction El Desaguadero.

El Desaguadero, Pérou et Bolivie unis par une foire

El Desaguadero est un endroit qui vaut la peine d’être vu, je connaissais déjà, car j’y étais passé lors d’un voyage en Bolivie avec mes amis équatoriens Ivan et Narcisa. C’est la pointe sud du Lac Titicaca. Le village est séparé par un petit pont entre le Pérou et la Bolivie. On passe quand même par la douane, cela vaut mieux. Les jours de foire, il y a des allées et venues dans tous les sens.

Agents de change, jour de foire, en attendant de passer à la douane, El Desaguadero, Pérou
Agents de change, jour de foire, en attendant de passer à la douane, El Desaguadero, Pérou

A mon avis, il faut y aller les jours de foire, c’est-à-dire les mardi et vendredi, les autres jours, c’est mort. Certaines boutiques n’ouvrent que les jours de foire. Il faut arriver de bonne heure, bien qu’il fasse encore nuit, tous les stands sont déjà installés, il y a déjà des acheteurs. Il y a de tout… On peut y manger et très bien pour pas cher.

Et c’est le passage vers la Bolivie.

Bolivie

Une fois passé le pont, le marché continue, mais il faut chercher le fourgon pour aller à La Paz qui est à 80 km.

El Alto

Il est recommandé de faire un peu attention quand on choisit le fourgon. Mais je n’ai pas eu de problèmes.

En fait, j’allais à El Alto, c’est la banlieue haute de La Paz. J’allais tout spécialement dans le quartier 16 de Julio, très facile d’accès, à partir du “périphérique” local, La Ceja ou depuis la ville de La Paz en contrebas, depuis quelques années en téléphérique (ligne rouge et ligne bleue). Il y a une foire immense les jeudi et les dimanche. Cela occupe des dizaines de rues, chaque rue a sa spécialité. Certaines vendent de l’habillement, d’autres de la laine, d’autres des meubles, de la peinture…

Je suis arrivée un vendredi, je cherchais un monsieur qui fabrique des métiers à tisser et d’autres machines textiles. J’ai bien trouvé sa boutique, mais là aussi tout était fermé.

La solution a donc été d’acheter une puce bolivienne pour le téléphone et j’ai réussi à prendre contact avec lui, il m’a invité à visiter son atelier. Cela a été très intéressant. J’ai vu un hangar rempli de toutes sortes de machines à filer, à carder, à retordre la laine, à tisser… Le dimanche matin, je suis restée pour la foire et je suis aussi allée à sa boutique. Je reviendrai certainement le voir.

J’ai aussi réussi à prendre contact avec le patron d’une fabrique de laine, puis je suis allée visiter sa boutique à La Paz, en téléphérique.

Le dimanche à la foire, j’ai pu trouver de la laine d’alpaga brute de tonte, j’en ai acheté deux tons de gris très beau et du noir, les couleurs qui me manquaient…

La Paz

Je n’y ai passé que très peu de temps, pour aller voir cette boutique, acheter des aguayos et des toiles de laine pour teindre.

La Paz, Bolivie, vue depuis le téléphérique qui descend de El Alto
La Paz, Bolivie, vue depuis le téléphérique qui descend de El Alto

La vue depuis le téléphérique est vraiment impressionante, c’est mieux que les fourgons, il y a dix ans avec mes amis équatoriens, le fourgon s’était retourné et nous avons volé par la fenêtre arrière tous les trois, nous avons passés une semaine à l’hôpital, très bien traités… Je garde de très bons souvenirs, notamment des musiciens invisibles qui s’entrainaient pour une fête religieuse. Ily avait deux groupes, quand la mélodie d’un groupe s’affaiblissait, celle de l’autre groupe se renforçait.

Dommage que je n’aie pas pu rester plus longtemps en Bolivie. Encore une fois, je suis passé devant Tiwanaku sans rien voir de ce site prestigieux. Il faut absolument que je revienne.

Retour au Pérou

El Desaguadero

Enfin, j’ai donc pris le chemin du retour pour le Pérou, en passant par El Desaguadero de nouveau. Cette fois-ci, pas de foire, cétait vide. Une longue queue à la douane péruvienne, le système informatique était en panne.

En tirant mes bagages, j’ai attrapé dès que j’ai pu le bus pour Puno, toujours sur la rive Ouest du Lac Titicaca, après avoir fait trois fois de suite la queue avec mes bagages à la traine.

Puno – Juliaca

Après tout cela, je suis arrivée la nuit tombée, par chance, j’ai vite trouvé où me loger à un prix abordable et près du Terminal de Bus (c’est important quand on est trop chargé). J’y ai passé trois jours. Les gens de l’Hostal m’ont beaucoup aidé.

Là, je cherchais un fabricant de laine, des teintures pour mon ami de Puerto Montt et un métier à tisser de ceinture, que je n’avais pas encore trouvé lors de mon périple.

J’ai encore visité un musée, plusieurs marchés…

Quelle surprise! Des Péruviennes qui nous vendent de l’artisanat chez Rincón de Angel m’ont reconnue et m’ont appelée. Elles vendaient des billets pour aller voir l’île des Uros. J’y suis donc allée. C’est très touristique, mais il est intéressant de voir comment sont confectionnées ces îles flottantes…

Iles de joncs des Uros, Lac Titicaca, Pérou
Iles de joncs des Uros, Lac Titicaca, Pérou

Juliaca

Bien que l’on m’aie prévenue de faire bien attention, je suis allée à Juliaca, à la recherche du fabricant de laine. J’ai fini par le trouver chez son fils qui est dentiste. En passant, j’ai aussi rencontré des gens qui vendent des machines textiles… Et, dans un marché surprenant sur d’anciens rails, j’ai fini par trouver un métier à ceinture, beaucoup plus grand que ce que je cherchais (trop grand pour rentrer dans ma valise) et des fuseaux… Tout cela sans le moindre problème.

Passage de retour à Moquegua

Retour à Moquegua, pour chercher la cochenille que j’avais réservée.

De là, je voulais en expédier en France, cela n’a pas été possible, bien que l’on m’ait donné tous les tarifs à la Poste. Cette déconvenue m’a bien compliqué les choses par la suite…

Trajet vers Arequipa sous une pluie diluvienne.

Retour rapide à Arequipa

De nouveau, Arequipa, comme prévu, pour récupérer mes bagages, dernières visites de musées, nouvelles recherche de cochenille, introuvable… Achat d’un sac de voyage supplémentaire pour mieux répartir les bagages, la valise pleine de livres avait déjà perdu une roue…

La pluie diluvienne continue, en passant par Moquegua, jusqu’à Tacna.

Tacna, sortie du Pérou

Tacna sous une pluie torrentielle digne de Puerto Montt, une ville du désert complètement inondée, plusieurs huaycos ont détruit des habitations, sites archéologiques et bains thermaux fermés.

Derniers jours au Pérou,

Retour au Chili

Les pluies inhabituelles ont provoqués nombreux drames autant au Pérou qu’au Nord du Chili.

L’accès à Iquique était bloqué. Tous les bus étaient suspendu vers le Nord, au Pérou et vers le Sud, au Chili.

Il a donc fallu attendre la réouverture des routes. J’en ai profité pour faire plusieurs aller-retour entre Tacna et Arica. J’avais 7 bagages, en comptant mon métier à tisser. J’en laissait chaque fois à la consigne du terminal de bus d’Arica.

J’ai eu des difficultés avec le SAG chilien, qui voulait récupérer ma cochenille. Ils ne connaissaient pas leurs propres réglementations. Mais certainement, ils savaient le coût de ce produit et la rareté). Quelle honte! J’ai de quoi écrire un roman complet sur ce service qui prétend nous défendre en faisant entrer toutes sortes de produits toxiques. Fini le respect, bonjour la discrimination.

Arica

Je retournais chaque fois dormir à Tacna, c’est plus économique. J’en profitais pour préparer mes laines d’alpaga pour qu’elles passent mieux la frontière, de toute manière cette préparation doit être faite pour la filer.

Enfin, la route a été réouverte pour Iquique, dernier passage à la douane, le SAG a décidé de s’approprié un reste de miel, des gouttes à la propolis avec lesquelles je me soignais et quelques autres bricoles qui leur ont plu. J’ai dû faire du stop en plein désert pour arriver à Arica avec mes bagages, juste à temps pour prendre le bus…

Iquique

J’étais contente de revenir à Iquique, ville où j’ai vécu plus de deux ans. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de retourner à Mamiña. J’ai retrouvé des amis artisans, certains manquaient. Cette ville en plein désert a elle aussi été inondée… J’ai dormi chez une amie, Señora Carmen, qui a un “Hostal“, nommé “Isla Maillen”, nom d’une île en face d’Angelmó, où elle est née.

Cette amie travaille aussi la laine, on a donc toujours beaucoup de choses à nous raconter.

Cette fois-ci, j’ai été un peu déçu par cette ville que j’amais beaucoup et qui a perdu certains de ses attraits.

Santiago

On m’attendait, à Puerto Montt, passage obligé par Santiago, chez la soeur de mon ami Angel, pour différents achats pour la boutique.

Achat d’une valise supplémentaire, pour pouvoir ramener les encres pour teindre et autres produits pour la boutique de mon ami Angel.

Mes bagages en partant de Santiago, il manque le métier à tisser qui a bien failli ne pas partir avec moi
Mes bagages en partant de Santiago, il manque le métier à tisser qui a bien failli ne pas partir avec moi

Dernière nuit de voyage pour arriver vers 9 heures du matin à Puerto Montt.

Puerto Montt

Retour au train-train habituel. Teindre le plus possible de laine à feutre avant mon départ pour le Brésil.

Montrer les nouveautés que je ramenais…

Et me préparer pour la prochaine aventure…

Lors de ce voyage, j’ai fait de nombreuses expériences qui me seront utiles lors de mon tour du monde. J’ai eu des échanges techniques très intéressants, j’ai beaucoup appris.

La prochaine fois, j’essaierai de voyager avec moins de bagages car les consignes à Arica et à Iquique m’ont coûté cher. Je tenterai aussi de dépenser moins en logement, ce qui est sans doute difficile pas impossible, en se préparant mieux.

Cependant, c’était un peu un essai, en modèle réduit, de mon projet de tour du monde, le plus gros problème est que je n’ai pas généré de recettes, alors que je dépensais tous les jours.

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Métier à tisser Tissanova

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Nouveau métier Tissanova

Tissanova, ce n’est pas une nouveauté, ils ont plus de 50 ans. Pour moi, c’est un souvenir d’enfance… Cela a été ma première expérience de tissage.

C’es très différent du Métier María, des métiers à clous et de ceux de fortune dont j’ai parlé dans des articles précédents. J’aime varier les techniques.

Découverte d’un groupe facebook Tissanova

Par hasard, un jour, j’ai découvert un groupe Tissanova, je ne savais pas que c’était la marque de mon jouet d’enfance.

Si vous êtes intéressés par ce type de métier à tisser, je vous invite à prendre contact avec ce groupe, ce sont des passionnées.

Il y a aussi un blog dédié, très intéressant.

Mon premier métier Tissanova

Il était petit, environ 20 x 30 cm, il ne me reste que le peigne, mais c’est un miracle que je l’ai encore après 50 ans de déménagements internationaux et interrégionaux, à chaque déménagement on perd des choses, quand j’ai déménagé de Mamiña à Puerto Montt un sac contenant un métier maya et mon métier de ceinture que j’avais ramené de Moquegua avait disparu…

Peigne de mon premier métier Tissanova
Peigne de mon premier métier Tissanova

Quand j’étais petite, j’ai tissé des napperons en raphia naturel et synthétique, avec des chaines en coton qui ne faisaient que la longueur du métier.

Le second métier Tissanova

Quand je suis passée en France, pour aller à l’ISEND de Kuching, ma mère m’en a acheté un autre du même style un peu plus grand.

Second métier style Tissanova et peigne du premier
Second métier style Tissanova et peigne du premier

Je l’ai testé de retour à Mamiña avec de la laine d’alpaga, le cadre permet d’enrouler la chaîne et la toile. Mais, j’ai eu de grosses difficultés car les barreaux avaient tendance à se dévisser.

Vue de côté, on voit les écrous papillons qui ont tendance á se dévisser
Vue de côté, on voit les écrous papillons qui ont tendance á se dévisser

En outre, les fils de chaîne avaient tendance à sortir du peigne, j’ai essayé de les bloquer avec un morceau de Scotch, ce n’était vraiment pas l’idéal. Ce peigne n’a pas la rainure des deux autres métiers Tissanova.

Second métier, vue d'en haut
Second métier, vue d’en haut

J’ai tout de même réussi à tisser deux écharpes, je n’allais tout de même pas gâcher toute cette laine d’alpaga.

Je n’en ai malheureusement pas pris de photo.

Le troisième métier Tissanova

Il m’est arrivé hier de France, dans son emballage d’origine, je n’ai pas résisté à l’envie de l’essayer tout de suite.

Je viens juste de déballer mon nouveau métier Tissanova
Je viens juste de déballer mon nouveau métier Tissanova

J’ai dû trouver une laine assez fine, par chance j’en avais une assez grosse pelote, malheureusement, elle n’avait été retordue, j’ai profité de notre rouet pour le faire.

Je retords la laine qui était composée de deux fils simples
Je retords la laine qui était composée de deux fils simples

A peine la laine retordue, j’ai commencé à monter la chaîne, j’ai envoyé une photo au groupe Tissanova, j’ai tout de suite eu des informations me donnant des conseils utiles.

´Montage erroné, heureusement que le groupe Tissanova m'a prévenue à temps, j'ai donc recommencé
´Montage erroné, heureusement que le groupe Tissanova m’a prévenue à temps, j’ai donc recommencé

J’ai donc remonté la chaîne comme cela me paraissait logique, c’est-à-dire en enroulant la chaîne autour du cadre

J’ai utilisé la barre régulateur pour répartir mieux les fils sur le peigne, j’auraui très bien pu m’en passer.

Installation du peigne
Installation du peigne

Puis, j’ai commencé à tisser.

Navette préparée avec la même laine retordue
Navette préparée avec la même laine retordue

Début du tissage, j'ai déjà enlevé la barre régulateur
Début du tissage, j’ai déjà enlevé la barre régulateur

J’aurai dû laver la laine avant de la tisser, en effet, elle glisse mal sur le peigne et quand on passe la navette entre les fils de chaîne, et là, on n’a pas beaucoup de place.

Tissage bien avancé
Tissage bien avancé

J’ai tout de même réussi à tisser une pièce complète de 34 cm x 1,20 m en un jour et demi.

Je passe les dernières trames
Je passe les dernières trames

Je termine par un point péruvien
Je termine par un point péruvien

Pièce prête à être coupée
Pièce prête à être coupée

Pièce sortie du métier
Pièce sortie du métier

Comme d’habitude, je fais des finitions.

Finition des des bords au crochet
Finition des des bords au crochet

Comme cette pièce est relativement fine, je vais la laver bien, et je vais la teindre en ecoprint.

Pièce terminée
Pièce terminée

C’était donc ma méthode instinctive pour monter ce métier. Il n’est pas exclu que je l’utilise de nouveau.

Nouvel essai sur Tissanova avec de la soie

J’ai ramené de la soie domestique de Madagascar, je vais essayer de la tisser sur mon nouveau Tissanova. Je l’ai utilisée en double pour plus de solidité, je ne l’ai pas retordue, je vais devoir consulter mon ami Hilaire. Il fait un certain nombre d’opérations avec son fil de soie avant de monter sa chaîne.

Machine pour mouliner la soie, chez mon ami Hilaire, à Talata, Madagascar
Machine pour mouliner la soie, chez mon ami Hilaire, à Talata, Madagascar

Je verrai si je la teindrai aussi en ecoprint certainement après l’avoir utilisé comme une pièce de gaze dans du feutre.

Tisser la soie est bien différent. C’est la première fois que je tisse de la soie.

La laine naturelle a tendance à s’accrocher entre les fibres, ce qui est très intéressant au niveau du tissage, cela n’oblige pas à tisser serré. Cela est pour moi une expérience nouvelle.

J’ai donc monté une nouvelle chaîne en suivant les explications de la notice et j’ai commencé à tisser. Les fils s’accrochent moins dans le peigne et l’ouverture se fait plus facilement. J’ai utilisé les fils en double, aussi bien pour la trame que pour la chaîne.

Début de nouvelle chaîne en soie
Début de nouvelle chaîne en soie

Comme, il me manque une pièce U, j’ai attaché la barre régulateur au cadre provisoirement, le temps de monter la chaîne.

Montage du peigne un peu délicat
Montage du peigne un peu délicat

Comme d’habitude, j’ai démarré avec une ligne de point péruvien (je l’explique dans l’article précédent sur le tissage du métier María).

Démarrage avec point péruvien
Démarrage avec point péruvien

Le tissage se passe bien pour le moment.

Début du tissage
Début du tissage

Aujourd’hui, j’ai fait avancer le tissage, j’ai assuré la barre régulateur, malgré cela quelques fils se sont échappés, j’ai dû les remettre en place, la chaîne s’est trop détendue, j’ai placé une navette classique entre la barre régulateur et le cadre.

Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce
Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce

J’en suis à la moitié du tissage.

Récupération des fils qui s'étaient échappés de la barre régulatrice
Récupération des fils qui s’étaient échappés de la barre régulatrice

Cela a été un peu laborieux, les fils sont fins et l’on a du mal a voir où les replacer.

On voit par transparence, à travers la chaîne, le tissage qui a un peu bougé et est devenu irrégulier
On voit par transparence, à travers la chaîne, le tissage qui a un peu bougé et est devenu irrégulier

Les fils de soie sont lisses, les trames ont bougé quand j’ai fait tourner le tissage pour avancer.

Quand les fils descendent mal sur le peigne, je les aide en appuyant ma main sur le tissage
Quand les fils descendent mal sur le peigne, je les aide en appuyant ma main sur le tissage

Ces fils fins s’accroche n’importe où sur le bois, il a d’ailleurs falu limer la navette qui coinçait à chaque passage.

Quelques fils de chaîne s'étaient déplacés et les mouvement du peigne et de la navette devenaient vraiment difficiles, j'ai donc arrêté le tissage en laissant un peu plus de franges, je finis avec le point péruvien
Quelques fils de chaîne s’étaient déplacés et les mouvement du peigne et de la navette devenaient vraiment difficiles, j’ai donc arrêté le tissage en laissant un peu plus de franges, je finis avec le point péruvien

Plus que jamais, il faut commencer et finir par le point péruvien.

Vue générale sur le métier avant d'enlever le peigne
Vue générale sur le métier avant d’enlever le peigne

Et, c’est presque fini!

J'ai commencé à libérer la barre régulateur
J’ai commencé à libérer la barre régulateur

Il faut libérer la barre régulateur.

J'enlève le peigne
J’enlève le peigne

Aspect de la toile avant de la libérer du métier Tissanova
Aspect de la toile avant de la libérer du métier Tissanova

Libération de la toile
Libération de la toile

Libération de la deuxième extrémité de la toile
Libération de la deuxième extrémité de la toile

Enfin finie ma première toile en soie.

Toile finie
Toile finie

Me voilà déjà avec deux toiles
Me voilà déjà avec deux toiles

En quelques jours j’ai déjà tissé deux toiles.

Le Tissanova et le coton

Le coton passe aussi bien en ecoprint, nous en avons à la vente chez Rincón de Angel, je vais donc aussi le tester. Il ne me reste plus de lin pour le tester, c’est dommage, toutes les fabriques ont fermé au Chili.

J’ai donc choisi deux pelotes de coton, l’une lisse pour la chaîne, l’autre flamée pour la trame.

Démarrage de la nouvelle chaîne
Démarrage de la nouvelle chaîne

La chaîne est toujours la partie la plus délicate d’un tissage, il faut donc lui accorder beaucoup d’attention.

Premier noeud, barre régulateur bien fixée
Premier noeud, barre régulateur bien fixée

Détail, barre régulateur
Détail, barre régulateur

Le fil doit toujours être bien tendu, les fils extérieurs ont toujours tendance à se détendre.

Détail du montage de la chaîne sur la barre régulateur
Détail du montage de la chaîne sur la barre régulateur

Il faut bien enfoncer chaque fil pour qu’il ne saute pas pendant le tissage.

Chaîne à moitié montée
Chaîne à moitié montée

L’idéal est de ne pas s’interrompre pendant le montage de la chaîne pour que la tension des fils reste la même partout. Vu que l’ouverture du peigne n’est que de quelques centimètres sur le Tissanova, il est important que les fils montent et descendent bien.

Chaîne montée
Chaîne montée

Une fois montée la chaîne, il faut installer le peigne, pour cela j’ai l’aide d’une  navette qui soulève un peu les fils.

Je glisse le peigne
Je glisse le peigne

Répartition des fils sur le peigne
Répartition des fils sur le peigne

Il s’agit d’une autre étape importante, il ne faut pas croiser les fils.

Dèmarrage avec point péruvien
Dèmarrage avec point péruvien

Sur cette photo, on voit bien la texture du fil de trame.

Détail du point péruvien
Détail du point péruvien

Une fois le point péruvien terminé, ont peut commencer à tisser.

Démarrage du tissage
Démarrage du tissage

Déjà quelques centimètres tissés
Déjà quelques centimètres tissés

Avec le coton, on ne peut pas bloquer les fils en haut du peigne, par chance cela n’a pas été nécessaire.

Comparaison des trois pièces
Comparaison des trois pièces

Ces trois fibres donnent des résultats très différents.

Et on avance encore
Et on avance encore

Je n’avais pas encore déplacé le tissage, maintenant je vais le faire.

Après un petit déplacement du tissage, j'assure la fixation de la barre régulateur
Après un petit déplacement du tissage, j’assure la fixation de la barre régulateur

Et je peux continuer d'enrouler le tissage
Et je peux continuer d’enrouler le tissage

Le travail avance, le tissu paraît plus lâche sur les côtés
Le travail avance, le tissu paraît plus lâche sur les côtés

Les fils sont lisses, ils n’ont pas d’écailles comme la laine, ils ont toujours tendance à bouger.

Tissage presque fini, finition au point péruvien
Tissage presque fini, finition au point péruvien

Il ne restait plus de place pour passer la navette, je finis donc la pièce comme toujours au point péruvien.

Je libère la toile après avoir libéré la barre régulateur
Je libère la toile après avoir libéré la barre régulateur

Pièce sortie du métier
Pièce sortie du métier

Il faut terminer cette toile, je fais donc les finitions au crochet, ce qui régularisera l’espace entre les fils de trame.

Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet

Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet

Et voilà, elle est finie.

Pièce finie
Pièce finie

Trois fibres différentes, trois pièces différentes...
Trois fibres différentes, trois pièces différentes…

Le Tissanova et l’alpaga

J’ai de petites quantité de laine d’alpaga fine et régulière, malheureusement pas retordue, je vais les tester, j’espère que le tissage ne se retorde pas de trop.

Nouvelle chaîne en alpaga gris filé industriellement
Nouvelle chaîne en alpaga gris filé industriellement

Pour la chaîne, j’ai choisi une laine filée industriellement donc bien balancée. C’est très important. Pour la trame, j’ai pris une laine d’alpaga que j’ai filée personnellement, non retordue, j’ai toujours tendance à filer trop tordu, pour la solidité, je ne l’ai pas retordue car j’avais peur d’en manquer.

Installation un peu délicate de la chaîne sur le peigne
Installation un peu délicate de la chaîne sur le peigne

Je mets d’abord une navette debout pour ne pas accrocher et étirer les fils de chaîne avec les dents du peigne.

Montage du peigne
Montage du peigne

Puis, je redresse le peigne, c’est assez délicat avec un fil aussi fin, on a vite fait d’en mettre deux dans la même encoche.

Peigne redressé, fils encore désordonnés
Peigne redressé, fils encore désordonnés

Peigne redressé, fils encore désordonnés, vue de détail
Peigne redressé, fils encore désordonnés, vue de détail

Il faut faire de l’ordre minutieusement pour que les fils ne se croisent pas.

Fils enfin ordonnés
Fils enfin ordonnés

Comme d’habitude, je commence par le point péruvien pour bien bloquer le démarrage. Je laisse un peu de place pour les franges.

Point péruvien de démarrage
Point péruvien de démarrage

On s'assure que la barre régulateur ne se libère pas en cours de tissage
On s’assure que la barre régulateur ne se libère pas en cours de tissage

J’ai utilisé deux grosses aiguilles qui me servent habituellement pour tisser les métiers à clous, pour obtenir l’espace nécessaire au passage de l’aiguille.

Passagee de l'aiguille
Passagee de l’aiguille

Passagee de l'aiguille, détail
Passagee de l’aiguille, détail

Une fois assurée la barre régulateur, j'enlève les grosses aiguilles et commence à tisser
Une fois assurée la barre régulateur, j’enlève les grosses aiguilles et commence à tisser

Je peux enfin tisser tranquillement, l’alpaga est très agréable à tisser.

Tissage en cours
Tissage en cours

Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine

Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine, gros plan
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine, gros plan

Les fils ont bougé, il faut les remettre en place
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place

Cela peut donner des idées pour effectuer des points nouveaux. Mais, dans ce cas j’ai redressé la situation.

Les fils ont bougé, il faut les remettre en place, détail
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place, détail

Fin du tissage, cela a été agréable malgré de petites difficultés avec la chaîne qui s’est un peu détendue, des noeuds se sont aussi relachés, certains fils se sont libérés de la barre régulateur. Et surtout, le tissage est parti en biais, ce la ne se voit pas sur le tissage fini, il y a seulement des franges plus longues d’un côté que de l’autre.

Point péruvien de fin de tissage
Point péruvien de fin de tissage

C'est le moment d'enlever le peigne
C’est le moment d’enlever le peigne

Peigne enlevé, il faut libérer la barre régulateur
Peigne enlevé, il faut libérer la barre régulateur

C’est là que l’on voit que le tissage est parti en biais.

Libération des franges
Libération des franges

A peine la toile s'est libérée, qu'elle s'est enroulée, cela est dû à l'excès de torsion du fil de trame
A peine la toile s’est libérée, qu’elle s’est enroulée, cela est dû à l’excès de torsion du fil de trame

Cela est dû au fait que j’ai utilisé en trame une laine que j’ai filée un peu trop tordue (pour la solidité) et que je n’ai pas retordu en sens inverse pour qu’elle soit bien balancée.

Dernière pièce déjà en exposition
Dernière pièce déjà en exposition

Nouveau test: coton, raphia et racines de vétiver

Montage d'une nouvelle chaîne en coton
Montage d’une nouvelle chaîne en coton

Installation du peigne
Installation du peigne

Premier passage de trame
Premier passage de trame

Dans ce cas les fils de chaîne ne peuvent pas être retenus
Dans ce cas les fils de chaîne ne peuvent pas être retenus

Malgré ce détail, la chaîne étaiet bien tendue, les fils n’ont pas eu tendance à s’échapper du peigne.

Travail commencé
Travail commencé

J’alterne deux navettes, l’une avec du coton, l’autre avec du raphia de Madagascar, j’ajoute à interval régulier des racines de vétiver malgache.

Détail du tissage
Détail du tissage

Préparation de la barre régulateur, séparée du support par deux grosses aiguilles
Préparation de la barre régulateur, séparée du support par deux grosses aiguilles

Suite de la préparation de la barre régulateur, l'aiguille à canevas passe bien
Suite de la préparation de la barre régulateur, l’aiguille à canevas passe bien

Premier déplacement de la toile sans problème
Premier déplacement de la toile sans problème

Pièce prête à être libérée
Pièce prête à être libérée

J’avais déjà enlevé le peigne

Barre régulateur libérée
Barre régulateur libérée

Pièce libérée d'un côté
Pièce libérée d’un côté

Barre régulateur enlevé
Barre régulateur enlevé

Pièce finie
Pièce finie

J’ai fait une finition au crochet, en coton, sur les bords pour cacher les changements de trame. C’est un peu raide à cause des racines de vétiver, mais comme chemin de table, ce n’est pas gênant.

Pièce en exposition, à côté de ses semblables
Pièce en exposition, à côté de ses semblables

Expérience pour rallonger la chaîne du Tissanova

Il s’agit d’un retour aux métiers de fortune. Le peigne spécial devrait bien s’adapter à ces techniques minimalistes, il s’agit de me préparer pour mon grand voyage textile et tinctoriale.

Je dois pouvoir tisser toutes sortes de fibres (les métiers à clous, ne me permettent que de travailler qu’avec des fibres relativement grosses), même dans les conditions les plus précaires. Ce métier à la grande qualité d’être très léger. C’est bon pour ma valise qui a toujours tendance à dépasser les normes. Notamment les navettes, quelle différence avec celles que l’on trouve habituellement au Chili.

Quelles sont vos expériences?

Si vous avez des expériences avec ce type de métiers, cela serait intéressant de les partager, j’attends vos commentaires.

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Besoin d’artisanat

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A-t-on encore besoin d’artisanat?

Ces derniers temps donnent plutôt l’impression que l’on n’a plus besoin d’artisanat, et  encore moins de qualité…

L’été dernier, j’ai vu des touristes très pressés, qui ne prenaient pas le temps de voir les processus de production de la laine (chez Rincón de Angel, visite gratuite de l’atelier à l’étage), puis cet été, ils ne prenaient même pas le temps de faire le tour du local, quand ils entraient… Certainement que les fruits de mer et les saumons d’élevage sont plus importants…

Et pourtant, ce local est bien différent des autres… Pas de produits chinois…

Il est vrai que l’artisanat n’est pas un produit de première nécessité… La question du prix d’un vrai travail artisanal est aussi à prendre en compte. Mais tout le monde n’est pas dans la misère!

L’artisanat n’est que rarement un produit de marque, et créer une marque a un coût très élevé, j’ai assisté à un certain nombre de réunions pour le développement de l’artisanat où l’on nous disait que nous devions mettre des étiquettes (si possible bien multicolore, pour que cela coûte plus cher et soit moins efficace du point de vue de la visibilité), que nous devions laisser notre rôle créatif à des designers… J’ai vraiment eu l’impression d’avoir été infantilisée, d’autant plus que pour bien nous expliquer tout cela, ils ont utilisé des jeux!

Il y a tant de sollicitations

On aura ainsi tendance à faire passer un nouveau téléphone mobile avant quelques kilos de laine, ou un tricot fait main. Heureusement que tout le monde ne cède pas à la tentation…

Et il devient difficile de vendre quand on est minimaliste. Ceux qui ont les moyens, n’en voient pas le besoin; et ceux qui en ont besoin et qui savent apprécier l’artisanat, n’ont souvent pas les moyens…

Un bon tricot en laine ne se démode pas, s’il est bien traité peu durer des dizaines d’années, certains cherchent même à les raccomoder quand ils arrivent en fin de vie… C’est toute la différence entre un produit de qualité et un produit jettable.

Un besoin passéiste?

A l’origine, l’artisanat n’était pas commercial, mais utilitaire, occupait des temps libres pour la fabrication des objets du quotidien, chaque famille devait être autonome ou presque et les gens fonctionnaient beaucoup avec le troc.

Puis les techniques s’améliorant, des surplus se sont créés, permettant aussi des spécialisations… Certains villages se sont spécialisés dans certains articles, on le voit encore au Chili, avec par exemple La Ligua pour les tricots et ses “dulces” (petits gâteaux), Chimbarongo pour les balais, fromage de chèvre à Ovalle… Il m’a semblé voir le même genre de spécialisation à Madagascar, lors du trajet entre Antananarivo et Antsirabé, il y a une ville spécialisée dans la fabrication de casseroles en recyclant les moteurs de voitures (Ambatolampy)…

Voici quelques photo prises depuis le taxi brousse entre Antananarivo et Antsirabé, c’est pourquoi elles sont parfois un peu flou ou décadrée…

Postes de vente de fleurs au bord de la route vers Antsirabé, Madagascar
Postes de vente de fleurs au bord de la route vers Antsirabé, Madagascar

Vente de sculptures en raphia
Vente de sculptures en raphia

Vannerie traditionnelle et utilitaire
Vannerie traditionnelle et utilitaire

Encore de la vannerie
Encore de la vannerie

Carte de Madagascar
Carte de Madagascar

Jouets en cannettes de bières et de boissons recyclées
Jouets en cannettes de bières et de boissons recyclées

Je n’ai malheureusement pas pu les photographier tous… il y en avait une grande variété.

Au Chili, il n’y a pas encore si longtemps, les jeunes femmes tissaient encore les couvertures pour leur future famille, à partir des laines qu’elles avaient filées… Les hommes se fabriquaient leurs outils…

Une amie qui avait vécu un temps à Punta Arenas, me racontait qu’elle avait même dû apprendre à fabriquer son savon…

Maintenant, beaucoup de métiers à tisser se sont perdus quand les grands-mères sont mortes… et les techniques se perdent… A la ville, on considère toutes ces pratiques comme sales (l’odeur naturelle de la laine, quand elle ne rappelle pas de bons souvenirs, devient tout de suite puante…), et même à la campagne, on ne veut pas paraître paysan, sentir le feu de bois, c’est très mal vu ici…

Laine brute, un vrai besoin pour moi
Laine brute, un vrai besoin pour moi

C’est sûr que maintenant, on trouve tout, tout fait, sur internet! Tout est prêt à être acheter pour être jeter et remplacé. L’artisanat ne peut pas entrer dans ce jeu.

Il faut se procurer les matières premières, les rendre utilisables, les travailler pour obtenir un objet unique, qui montre même l’état d’esprit de son créateur (par les couleurs, la qualité des finitions et des détails…).

Ou un besoin pour le futur?

J’ai récemment découvert, en suivant un Mooc, le philosophe Bernard Stiegler, grand spécialiste des technologies, qui se préoccupe pour la perte de connaissance provoquée par les nouvelles technologies qui bousculent toutes les données concernant le travail… Ils propose d’imaginer de nouvelles formes de travail… Cela pourrait être une occasion de se réapproprier les techniques artisanales.

Un retour du besoin d’un artisanat de qualité est-il en cours?

Il semblerait bien que oui…

Le travail de la laine revient comme une thérapie…

Je vois qu’aux Etats-Unis des spécialistes de la vannerie proposent des retraites, non pas purement spirituelles, mais de techniques de vannerie.

Nous pourrions en faire autant sur le thème de la teinture naturelle, de la filature, du tissage ou du tricot. Ces activités me procurent beaucoup de bonheur, autant le partager.

Un retour aux gestes traditionnels est souvent recherché, comme apportant de nouvelles racines perdues, cela peut paraître un peu artificiel, mais cela peut provoquer des questionnements et déboucher sur des changements radicaux.

Rien que le fait de pratiquer une technique lente, qui laisse du temps à la pensée, peut bouleverser un système de travail établi basé sur des automatismes.

Un besoin d’exclusivité

Par chance, il existe aussi un besoin d’exclusivité, d’avoir des vêtements ou des accessoires différents de ceux des voisins… Encore faut-il que ce désir respecte le travail de l’artisan, ce matin on m’a fait la remarque, en me montrant une veste en laine rustique, filée et tricotée à la main “Et, vous n’avez rien de plus économique?”… Tout travail mérite son salaire. Ces tricots ne sont pas virtuels!

L’artisanat comme hobby

Il y a un regain d’intérêt pour l’artisanat comme loisir, pour la détente. Si tout le monde pense pouvoir faire le travail de l’artisan, parce qu’on a vu des tutoriel sur Internet, où tout paraît facile, il y a cependant beaucoup de détails cachés. Notamment, le temps nécessaire.

Vivre de l’artisanat

Dans ces conditions, vivre de l’artisanat est difficile. mais heureusement pas impossible, c’est pourquoi j’ai du mal à admettre des rabais sur mes travaux.

Et si on y prenait goût?

Il y a longtemps que j’y ai pris goût, j’ai même du mal à me cantonner dans mon domaine professionnel de la teinture et du tissage-tricot et je fais régulièrement des incursions d’autres domaines, papier, cuir, perles… mais aussi botaniqueagriculture, puisque je vise à une certaine autonomie à moyen terme.

Je suis d’ailleurs en formation, mais aussi expérimentation continue, par la lecture, video, Mooc, visites de musées, voyages, conversation avec les clients… Je saute sur chaque occasion.

On apprécie aussi des produits de qualité, avec de bonnes finitions, des fibres naturelles, si possible des couleurs naturelles, une laine bien travaillée… J’admire sincèrement mes collègues artisans qui maintiennent des traditions dévoreuses de temps…

Grandes toiles de raphia et soie, teintes naturellement, techniques d'ikat et shibori, produits par Terre-là, à Mahajunga, exposition lors de l'IFPECO de Madagascar
Grandes toiles de raphia et soie, teintes naturellement, techniques d’ikat et shibori, produits par Terre-là, à Mahajanga, exposition lors de l’IFPECO de Madagascar. Que de temps matérialisé ici!

Celui qui sait faire de l’artisanat, peut en être fier, il sait utiliser aussi bien sa tête que ses mains et parfois même ses pieds dans ses créations (je pense à ces femmes au Népal qui filent en faisant passer les fibres entre leurs doigts de pied, ou à cet orfèvre nomade Africain qui façonne des bijoux en or, en utilisant son pied comme une enclume), il doit être précis dans ses gestes, il doit avoir le sens de l’observation, savoir être patient… pour dompter ses matières premières, c’est tout un apprentissage quotidien auquel il prend plaisir. Cela devient pour lui un besoin que de créer…

Conclusion

Qu’attendons-nous pour sauver ces techniques qui se perdent et qui sans doute nous feront bientôt défaut? Je suis très surprise par certaines questions posées sur Facebook et je constate qu’il y a fort à faire et démontre un certain intérêt.

Partons vite à la recherche des connaissances et techniques perdues, pendant qu’il en est encore temps, la pratique est aussi indispensable que la théorie… Cela ne peut pas être remplacé par des ordinateurs…

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Prix juste

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Quel prix?

Le prix est un problème quotidien, posé tous les jours… Ici, au Chili (et spécialement chez Rincón de Angel). C’est un sujet qui fâche…

En Argentine, quelqu’un m’a dit gentillement que le prix d’une de mes pièces sonnait mal…

Voici la pratique chilienne. On marchande chez les artisans comme si on était au marché aux puces… quel dommage! A part quelques couvertures péruviennes anciennes très intéressantes, nous ne vendons pas de produits d’occasion! Et comme elles font preuve de techniques anciennes dévoreuses de temps, très peu pratiquées aujourd’hui (dans le genre ikat et dessins traditionels avec des chaînes supplémentaires, tissées sur métiers à pieux ou de ceinture), on ne les brade pas non plus.

Je vis depuis plus de 20 ans au Chili, j’ai la nationalité Chilienne depuis au moins 15 ans et ce n’est pas mon intention de dire du mal de ce pays où j’ai décidé de vivre. Il y a un proverbe ici qui dit “por todas partes se cuecen habas” (partout, on cuisine des fèves)… D’ailleurs, de nombreux Français marchandent aussi sur l’artisanat: c’est écrit dans les guides pour touristes qu’il faut le faire. Ah! Comme j’aimerai rencontrer un de ces rédacteurs de guide touristique! Quelle inconscience!

Il y a presque 20 ans, j’avais une petite imprimerie artistique, avec deux ordinateurs et des imprimantes à jet d’encre, je créais ce dont avait besoin les clients avec leur participation, là aussi, il y en avait qui marchandaient… et j’avais fait la remarque à un de mes clients que je buvais beaucoup de lait et que l’on ne me faisait pas de prix sur le lait, c’était mon aliment de base. Donc, un jour j’ai demandé un rabais sur le lait à la crèmerie ou j’achetais toutes les semaines 12 litres, ils ont bien rigolé… Cela ne faisait que 2 ans que je vivais au Chili!

Ici, pour l’artisanat, on veut le beafsteak au prix du pot-au-feu, mais quand on va à la boucherie, à la boulangerie, au supermarché ou au restaurant, on ne négocie pas. J’avais d’ailleurs mis une pancarte à ce sujet, j’ai dû l’enlever car les clients se sentaient insultés!!!

Le pire, c’est que nombre d'”artisans” baissent eux-mêmes leurs prix avant que le client ne le leur demande… après ils marchandent sur les matières premières s’ils fabriquent quelque chose ou vendent des importations industrielles chinoises, péruviennes ou équatoriennes, que l’on retrouve tout le long du pays, d’Arica jusqu’à Punta Arenas…

Encore quelques anecdotes sur le marchandage

Nous vendons d’adorables marionnettes de doigt, de provenance péruvienne, à 400 pesos chiliens l’unité (même pas la moitié d’un kilo de pain au Chili), et même la-dessus, on veut un rabais de 100 pesos, car les enfants ne joueront qu’un moment avec avant de les jeter!

Marionnettes de doigts, quel devrait être leur juste prix?
Marionnettes de doigts, quel devrait être leur juste prix?

Un autre exemple

Il y a près de vingt ans, quand j’avais l’imprimerie, j’avais un client habituel assez fortuné pour posséder une propriété et un laboratoire de cosmétique à Santiago, un appartement à Viña del Mar, en plein centre, un “fundo” et un cheval de course à Rancagua, gagnait très régulièrement au Casino, du personel pour tout cela… Un jour, il me raconte qu’il avait failli se faire voler dans la rue et qu’il avait près d’un million de pesos dans la poche, il me montre le paquet de billets… Il venait me faire faire des montages de photos de son vieux chien, de sa mère… qu’il imprimait sur papier photographique, je vendais la page à 2.000 pesos chiliens, il voulait utiliser jusqu’au dernier milimètre ce papier, il ne voulait pas comprendre qu’il y avait des marges techniques, il ne considérait pas le temps que je lui dédiais, il terminait toujours la séance (qui avait duré facilement 3 heures) en me disant qu’il n’avait pas budgeté autant d’argent pour cela (je vous recommande la vidéo du lien)… Un jour, il m’a même dit qu’il préférait venir dans ma boutique, que cela lui coûtait moins cher que d’aller voir le psiquiâtre…

Ce ne sont donc pas ceux qui sont dans le besoin qui marchandent le plus. C’est un peu comme un sport national. Cela leur paraît donc normal de rabaisser ainsi les artisans…

Et pour les amis?

Combien de fois, des gens qui m’étaient totalement inconnus me demandaient “et pour les amis, c’est combien?”

Même les voisins d’en face, ne veulent pas comprendre que les prix sont établis en fonction des coûts de production et négocient pour aller aux toilettes… Il n’y a pas de petites économies.

Nous n’inventons pas nos prix selon la tête du client.

Et la “yapa” pour revenir

La “yapa” es un terme d’origine Aymara, les Aymaras sont un peuple très commerçant et donnent souvent un petit supplément, un peu comme 13 à la douzaine… Le problème est quand on demande une “yapa” même pour 1.000 pesos chiliens d’achat!

Je  vais me le faire fabriquer en Allemagne!

Comme vous avez pu le constater, mes pièces sont uniques, malheureusement je n’arrive pas à demander beaucoup. Mais, c’est toujours trop, un jour, on m’a répondu qu’il valait mieux se le faire faire en Allemagne! Il est libre d’essayer…

Avec plus de vingt ans au Chili, il y a longtemps que je ne vis plus comme une touriste… Je suis même plutôt minimaliste… et je dois être très économe.

Après toutes ces anecdotes passons à l’économie sérieuse.

Coût de l’artisanat

L’artisanat ne tombe pas du ciel, il a donc un coût:

  • un coût des matières premières
  • un coût de transport de celles-ci, (même si on recycle)
  • un coût du temps de travail, qui peut être très élevé (bien que les salaires soit très bas… actuellement salaire minimum à 276.000 pesos chiliens, coût des aliments et de la vie en général assez semblables à ceux de France… la retraite de base est d’à peu près 104.000 pesos chiliens par mois)
  • coût de l’expérience, nécessaire à la réalisation de son ouvrage

Le temps, les traditions et l’expérience ne sont pas valorisés ici.

Coût de la laine naturelle – un exemple

J’explique dans un article précédent tout le travail de la laine et je prévois un nouvel article sur la filature de la laine…

Le coût de la laine brute est très bas, d’ailleurs il ne justifie pas l’élevage des animaux, exceptés pour des laines de luxe, mérinos et alpagas. Parfois, on peut avoir de la laine brute gratuite (certains éleveurs ne savent pas quoi en faire et la brûle), encore faut-il avoir les moyens de la transporter.

Si bien sûr, les moutons doivent être tondus tous les ans, toutes les laines ne servent pas, les moutons destinés à la viande, qu’encourage à élever le Ministère de l’Agriculture du Chili, ont des laines courtes et dures…

Tonte d'une brebis au Rancho Kawell à Concón, brebis à moitié tondue
Tonte d’une brebis au Rancho Kawell à Concón, brebis à moitié tondue

Lors du nettoyage et de la filature, on perd plus de la moitié de la toison.

Et je reviens à la question du temps! J’ai une bonne dizaine d’années d’expérience de filature au fuseau, aujourd’hui, avec de la bonne laine, longue, avec sa graisse, sans trop de saletés pour une fois, je n’ai réussi à filer que 50 grammes dans la journée! Mais j’ai filé fin. Qui va me payer 10.000 pesos chiliens (salaire seulement un peu plus que minimum journalier) pour 50 grammes de laine de mouton? et l’alpaga est encore plus long à filer, car c’est une fibre creuse et plus légère, j’en file à peu près 30 grammes par jour! Et c’est fatiguant pour les bras…

On démarre avec cette laine à bas prix. mais de bonne qualité tout de même, fibre longue et douce
On démarre avec cette laine à bas prix. mais de bonne qualité tout de même, fibre longue et douce

On l'étire doucement pour en faire un petit ruban, en éliminant les pointes brûlées par le soleil, les poussières...
On l’étire doucement pour en faire un petit ruban, en éliminant les pointes brûlées par le soleil, les poussières…

On étire à nouveau ce ruban pour pour pouvoir l'enrouler autour du poignet, ce qui le tord légèrement et élimine encore de la poussière, plus on répète cette étape, plus la laine sera fine et régulière
On étire à nouveau ce ruban pour pour pouvoir l’enrouler autour du poignet, ce qui le tord légèrement et élimine encore de la poussière, plus on répète cette étape, plus la laine sera fine et régulière

Une fois ces préparatifs terminés, on commence à filer
Une fois ces préparatifs terminés, on commence à filer

Une fois que l'on a deux bobines, après deux jours de filature, il faut la tordre dans le sens opposé
Une fois que l’on a deux bobines, après deux jours de filature, il faut la tordre dans le sens opposé

Je prépare donc une bobine avec les deux fils à tordre
Je prépare donc une bobine avec les deux fils à tordre

Il faut encore la retordre, la mettre en écheveau, la laver, éventuellement la teindre et enfin faire une pelote pour la tisser ou la tricoter.

Pour gagner un peu de temps, je le fais avec le rouet électrique
Pour gagner un peu de temps, je le fais avec le rouet électrique

Mon exemple peut paraître exagéré, mais plus un fil est fin, plus on peut tisser ou tricoter de grandes surfaces pour le même poids. D’ailleurs, rares sont les femmes qui filent fin et régulier, maintenant.

Je préfère filer au fuseau car je contrôle mieux mon fil, je file en marchant, en parlant… alors qu’avec le rouet, je n’ai pas la même liberté et le fil est souvent plus raide, trop tordu, et beaucoup plus irrégulier.

Laine retordue
Laine retordue

Pour laver la laine, je la mets en écheveau
Pour laver la laine, je la mets en écheveau

Echeveau avant lavage
Echeveau avant lavage

Je la lave à la main avec du vinaigre et du bicarbonate, puis je la rince
Je la lave à la main à l’eau froide, avec du vinaigre et du bicarbonate, puis je la rince

Je viens de terminer de retordre cette laine et de la laver, maintenant 100 grammes de laine filée sale pèsent maintenant ……,grammes,  mais je suis fière de mon travail. Cela aussi est important!

Laine presque sèche, il faudra attendre plusieurs jours, il fait froid et humide à Puerto Montt
Laine presque sèche, il faudra attendre plusieurs jours, il fait froid et humide à Puerto Montt

Vue de détail après lavage
Vue de détail après lavage

Après tout ce processus, le tissage ou le tricotage est très rapide, surtout si la laine est bien filée et bien propre.

Les laines industrielles ont mal habitué les tricoteuses qui ne savent plus ce qu’est une laine filée artisanale, le travail que cela comporte et veulent des laines aussi lisses et douces que les laines industrielles… C’est faisable, mais à un autre prix… D’ailleurs les meilleures laines mérinos s’en vont à l’exportation, rares sont ceux qui y ont accès au Chili. Ceux qui gardent encore les traditions savent encore le faire, peut-être plus pour longtemps…

Coût des fibres artificielles et synthétiques

Les fibres artificielles et synthétiques peuvent sembler plus économiques… Mais les prix de vente ne tiennent pas compte des coûts en pollution (production à partir du pétrole ou utilisant des solvants chimiques très polluants, coûts de transport, car elles ne sont pas produites au Chili, pollution provoquée par ce transport… conditions de production de ces fibres, souvent en Asie…, déchets, microfibres qui se libèrent au lavage, perturbateurs endocriniens…).

Le coût de la pollution et de la mauvaise santé est passé sous silence.

Prix du temps

Le temps se paie, même si on veut l’oublier. Pourquoi se donnerait-on la peine de travailler en artisanat si on peut gagner plus en faisant n’importe quoi d’autre, même éventuellement du ménage… En outre, il y a une différence entre faire de l’artisanat un hobby et arriver à en vivre! Sans s’épuiser à produire des articles à la chaîne…

Quand je vivais à La Ligua, ils ne comprenaient pas que je vende une tunique à 15.000 pesos, car il n’y avait que 200 grammes de laine. Ils n’avaient pas compris que l’artisanat ne se vend pas au poids! Pour tisser ces 200 grammes, il me fallait une journée et souvent avec tendinite en prime.

Prix du savoir

Le savoir, les compétences, les techniques, les tours de mains… prennent du temps, nécessitent de l’attention, des efforts, des lectures, de l’écoute, de la pratique, des visites de musées, du temps d’internet aussi et des échecs parfois…

Dans aucun tutoriel, on ne vous explique tout, on oublie de présenter des détails importants qui font qu’une technique fonctionne ou non…

Si tous mes bains de teinture avaient toujours réussis, je n’aurai pas appris grand chose. Je fais donc beaucoup de tests, je lis tout ce je peux pour comprendre certains résultats et les livres coûtent cher ici.

Prix de l’expérience

Lors de l’ISEND de Kuching, une Nord Américaine faisait la remarque que quand on lui demandait combien de temps elle passait pour faire une de ses oeuvres, elle répondait “un moment et 40 ans”.

Il y a peu, je lisais une anecdote concernant Picasso qui allait dans le même sens.

Prix de l’exclusivité

Tout le monde veut des exclusivités, des pièces uniques… et payer comme si c’étaient des produits chinois. Une Taiwanaise, lors de l’IFND de Taipeh, m’a fait la remarque en m’achetant un tricot “This is only for me” (il n’y en a qu’un pour moi).

Mes pièces ne suivent pas de modèles, je les crée au fur et à mesure que les tisse ou tricote, le résultat est souvent différent de ce que j’avais imaginé. C’est triste de copier, alors pourquoi se copier soi-même quand il y a tant d’essais à faire.

Ces développements prennent aussi leur temps, certaines pièces seront abandonnées en cours… car elles ne me satisfont pas.

Et vous faîtes des prix de gros?

Si vous m’achetez 10 pièces, elles seront toutes différentes, elles m’auront toutes pris du temps, je les aurais toutes faites une par une, en y dédiant toute l’attention nécessaire pour obtenir un objet qui donne du plaisir, d’ailleurs, je limite ma production.

Quand je vivais à La Ligua (centre du Chili), je tricotais surtout des tuniques d’abord en fibres synthétiques (les plus courantes à La Ligua), puis avec des fibres naturelles (laine et coton) quand j’ai commencé mon aventure avec les teintures naturelles. J’avais une grande variété de couleurs, car je combinais des fils industriels (qui devaient passer dans les machines à tricoter) et les variations étaient infinies. Je travaillais dur tous les jours à la maison, puis je partais faire une foire d’artisanat, ou à Iquique, et pendant que je vendais, je continuais à tricoter. Il y a eu un moment, où j’avais plus de 100 modèles différents, avec des inclusions de cuir… Et il manquait toujours une couleur!

Prix de la qualité

La qualité à un coût, choix des matières premières, choix des points et de leurs combinaisons, soin lors des changements de couleurs, noeuds cachés, finitions… tout cela doit influencer le prix, je n’ai pas l’habitude de travailler à la va vite…

Prix d’une tendinite?

Tout travail artisanal a ses contraintes au niveau de la santé, plus d’une fois j’ai souffert de tendinites quand je crochetais beaucoup. Maintenant, j’ai diversifié les techniques, crochet, fourche, différents métiers à tisser, filature, teinture… Toutes ces techniques ont leurs exigences physiques… et depuis que je change régulièrement de technique et que je ne m’impose plus de rendement et je commence donc différentes pièces et je passe de l’une à l’autre…

Quand j’explique ces contraintes de santé, les clients ne comprennent pas. Je ne vois pas pourquoi je devrais avaler des anti-inflammatoires dangereux pour le foie et d’autres organes, pour produire à la chaîne des tricots…

Coûts et Prix

Il y a donc une différence entre coût et prix. Le coût est malheureusement  souvent beaucoup plus élevé que le prix exigé en boutique.

Prix juste

C’est pourquoi, il serait souhaitable de pouvoir aboutir à un prix juste qui prennent en compte la vraie valeur des choses. On est encore loin du commerce équitable tel qu’on le conçoit en Europe. Et pourtant, il me semble qu’on le mérite.

Conclusion

Comment peut-on vendre un travail long à faire (slow fashion), personnalisé, avec une identité… au prix industriel? Grande partie de nos produits spéciaux sont fabriqués dans les moments de manque d’affluence du public qui parfois nous disent que cela nous occupe!… En attendant, il faut payer, loyers, salaires, matières premières, électricité…

Comment s’étonner que de nombreux artisans deviennent chauffeurs de taxi ou n’importe quoi d’autre? Il ya un proverbe chilien qui dit “no hay mal que dure 100 años, ni tonto que lo aguante” (il n’y a pas de mal qui dure cent ans, ni d’idiot que le supporte”.

Il y a longtemps que je voulais aborder le sujet du prix, c’est enfin fait! J’ai fini de vider mon sac.

J’espère que vous n’avez pas trouvé mon article trop amer, peut-être avez-vous des idées pour valoriser un peu mieux mon travail. J’attends donc vos commentaires avec impatience.

Quel est son prix? à votre avis?
Quel est son prix? à votre avis?

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Magie de la teinture!

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Une vraie magie

De la magie dans ma lecture… Je suis entrain de lire “Diskworld” (Les Annales du Mondedisque en français, il me semble) en traduction espagnole de Terry Pratchet. où il décrit un monde plein de magie et de magiciens un peu fous… c’est très drôle… Le traducteur a dû souffrir pour bien rendre tous les jeux de mots et les références littéraires cachées… C’est aussi un monde tout en couleur, le spectre en a huit!

Mais aussi dans ma vie professionnelle, la teinture naturelle est aussi une vraie magie, la magie de la chimie verte! Quelle est belle!

 

Une magie cachée

Mais où se cache donc la couleur? En effet, la couleur se cache souvent, elle est rarement apparente, et pourtant depuis la préhistoire, elle est très présente dans la vie des hommes… J’ai déjà consacré un article à ce sujet, dès la création de ce site.

Par exemple, aussi bien les fuchsia que les bougainvilliers donnent du jaune, malgré leurs jolies fleurs rose vif.

Il faut bien qu’il y ait une part de secret, d’ailleurs les teinturiers ne les disent que rarement et parfois nous engagent vers de fausses pistes… comme la betterave…

Une magie ancienne

Depuis la préhistoire la couleur fascine les hommes, ils ont très vite su teindre des fibres, en rouge, en bleu et bien sûr en jaune.

Des règles aussi se sont vite imposées quant à l’usage de certaines couleurs que se sont vite vues réservées à certaines élites.

Mais cette magie est toujours à l’ordre du jour, maintenant sans limites, car nous pouvons même semer les teintures! Et là, on apprécie encore mieux la nature…

A ce sujet, je vous recommande les livres de Michel Pastoureau et de Dominique Cardon qui sont passionnants.

Une magie renouvelée

A chaque teinture, on a des surprises… des bonnes ou des mauvaises, mais cela correspond rarement au photos des livres… Cela varie, avec la saison, la qualité de l’eau, la casserole, le temps de trempage, les fibres et bien sûr les mordants… On ne teint généralement pas dans des conditions de laboratoire.

Comme je prends rarement le temps de peser (je le fais habituellement lors des formations), je suis sujette à de nombreuses surprises. Et c’est tant mieux.

Une magie à plusieurs niveaux

Comment ne pas être fascinée par les effets  que donnent certains mordants/modificateurs.

Laines teintes à la cochenille
Laines teintes à la cochenille

Ici, la même laine mordancée à l’alun, le bain a été divisé en deux, pour la laine violette on a ajouté un peu de fer, pour la rouge de la crème de tartre.

Par la combination des mordants, on peut obtenir des dégradés de modifications. Michel Garcia illustre particulièrement bien dans ses livres et ses DVD les technique de dégradés et de mélanges de mordants.

Ces techniques ont permis d’imprimer en grandes quantités les indiennes, toiles de coton, a motifs variés et très colorés, à la mode au XIXème siècle, grâce aux techniques du tampon. Technique encore en usage en Inde.

Tampon en bois pour l'impression - Inde
Tampon en bois pour l’impression – Inde

Tampon en bois pour l'impression - Inde. un tampon pour chaque mordant, la même toile peut passer dans différents bains de teinture et de nettoyage...
Tampon en bois pour l’impression – Inde. un tampon pour chaque mordant, la même toile peut passer dans différents bains de teinture et de nettoyage…

C’est passionnant et très amusant.

Nous avons vu un DVD de Michel Garcia
Nous avons vu un DVD de Michel Garcia

Lors d’un des ateliers à La Redonda, Santa Fe, Argentine, nous avons regardé un de ses DVD, il y avait une des assistantes qui était chimiste de profession, et nous avons testé ces mélanges.

Les stagiaires ont préparé des solutions de mordants (fer et aluminium) plus ou moins concentrés dans du vinaigre et elles les ont testés en peignant sur des toiles de coton
Les stagiaires ont préparé des solutions de mordants (fer et aluminium) plus ou moins concentrés dans du vinaigre et elles les ont testés en peignant sur des toiles de coton

Certaines ont suivi les explications presque au pied de la lettre, nous avons ajoutè le sulfate de cuivre en bleu clair
Certaines ont suivi les explications presque au pied de la lettre, nous avons ajoutè le sulfate de cuivre en bleu clair

D'autres ont commencé à dessiner tout de suite
D’autres ont commencé à dessiner tout de suite

La toile d coton doit sécher et pourra être teinte
La toile d coton doit sécher et pourra être teinte

Vous pouvez en savoir plus sur ces ateliers de Santa Fe dans la présentation pour l’IFPECO de Madagascar en 2017 disponible sur academia.edu et sur slideshare.net.

Magie des combinaisons

Quelle magie, les couleurs se combinent bien, on n’a pas besoin de les séparer avec une couleur neutre: blanc, gris, beige, marron. noir… Rien n’est trop criard. C’est encore une histoire de chimie verte, chaque plante contient un certain nombre de colorants, certains de ceux-ci se répètent dans différentes plantes…

Il y a donc comme un continuum entre les différentes couleurs à l’opposé des anilines qui sont des colorants purs, sans mélanges…

Echantillons de couleurs végétales obtenues sur soie par Aranya Natural - Fondation Indienne
Echantillons de couleurs végétales obtenues sur soie par Aranya Natural – Fondation Indienne

Magie de recycler

La teinture naturelle permet de recycler un certain nombre de déchets de cuisine, de jardinage… C’est magique d’économiser sur une partie des matières premières. J’ai recyclé tant de déchets en teinture que j’ai déjà consacré un article complet à ce sujet.

D’autant plus que l’idéal est de travailler avec de l’eau de pluie qu’il est souvent facile de récupérer. Certains mordants peuvent être aussi de récupération, vinaigre de mauvais vin ou cidre qui tourne (mais aussi fait à partir de n’importe quel déchet sucré ou qui contient de l’amidon), cendres et même urine, si cela ne vous fait pas peur (cela est utilisé traditionnellement partout dans le monde), vieux clous ou ferrailles pour la “soupe de clous“… Même les casseroles peuvent être de récupération, une fois, quand j’étais en France chez mes parents, j’ai accompagné mon père à la déchetterie ou il voulait se débarrasser de choses encombrantes, et nous sommes revenus avec deux casseroles et une pile de drap ou de nappes anciennes en lin, en parfait état et tout propres… Tout cela m’a bien sûr beaucoup servi…

Casserole récupérée à la déchetterie de Loches, avec des ecoprint entrain de macérer
Casserole récupérée à la déchetterie de Loches, avec des ecoprint entrain de macérer

Magie des teintures spéciales

Teindre c’est très intéresssant, mais si on peut faire des dessins non teints sur une surface teinte, c’est encore mieux, d’autant que cela permet de faire des toiles multicolores! Ce sont les techniques de réserves.

Ikat

C’est une technique très ancienne, pratiquée dans différentes partie du monde (en Amérique Latine, elle est encore pratiquée au Pérou, et par les Mapuche sur la laine). Je l’ai vue pratiquée en Malaisie, quand je suis allée à l’ISEND de Kuching et à Madagascar lors de l’IFPECO 2017.

Ikat de raphia et soie domestique, création de Terre-Là, association de femmes à Mahajunga, Madagascar, animée par Andrée Mathilde Etheve
Ikat de raphia et soie domestique, création de Terre-Là, association de femmes à Mahajunga, Madagascar, animée par Andrée Mathilde Etheve

Détail d'un ikat exposé pendant l'IFPECO de Madagascar
Détail d’un ikat exposé pendant l’IFPECO de Madagascar

Nouage d'un ikat de raphia, lors de l'exposition à l'Alliance Française d'Antananarivo
Nouage d’un ikat de raphia, lors de l’exposition à l’Alliance Française d’Antananarivo

Elimination des liens de réserve sur une chaîne d'ikat en raphia teinte à l'indigo, à l'Alliance Française d'Antananarivo
Elimination des liens de réserve sur une chaîne d’ikat en raphia teinte à l’indigo, à l’Alliance Française d’Antananarivo

Chaîne d'ikat prête à être tissée, motifs traditionnels malgaches
Chaîne d’ikat prête à être tissée, motifs traditionnels malgaches

C’est une technique qui demande beaucoup de temps, car il faut attacher les fils de chaîne (mais aussi parfois de trame ou des deux à la fois) de manière à empêcher les colorants de pénêtrer sur ces zones, l’opération peut être répétée plusieurs fois à différents endroits si on veut des dessins multicolores.

Puis on monte la chaîne sur le métier définitif et on tisse. Le résultat peut montrer de petits décalages qui sont typiques de cette technique.

A Kuching, j’ai vu des pièces en coton fin, filé à la main, avec des dessins traditionnels très compliqués avec au moins deux bains de teinture. Edric Ong propose des vêtements en soie avec double ikat combiné avec le Batik.

Ikat ancien, représentant un rêve. selon la tradition, exposé au Muséede Kuching
Ikat ancien, représentant un rêve. selon la tradition, exposé au Muséede Kuching

Démonstration de tissage d'ikat au Musée de Kuching
Démonstration de tissage d’ikat au Musée de Kuching

Création du dessin du rêve, nouage des réserves
Création du dessin du rêve, nouage des réserves

Ikat en cours de tissage, celui-ci a eu deux bains de teintures avec création de réserves au préalable
Ikat en cours de tissage, celui-ci a eu deux bains de teintures avec création de réserves au préalable

Batik

Le batik est une autre technique de réserve, cette fois-ci sur la toile tissée, à l’origine en utilisant de la cire chaude, mais aussi en utilisant des pâtes qui serviront de blocage pour la teinture, généralement à base de farines…

L’usage de la cire exige de travailler avec des bains froids ou tièdes, car la cire d’abeilles fond à 60º C.

Avec mon ami Hilaire à Madagascar nous avons essayé le batik avec de la cire d’abeilles sur de la soie que nous avons teinte à la cochenille.

Le résultat n’était pas tout à fait celui prévu, nous avons eu beaucoup de difficultés à enlever la cire qui a d’ailleurs laissé des marques jaunes, le résultat a été cependant assez satisfaisant, l’écharpe s’est vendu dans la semaine qui suivait, elle est partie en France.

Batik sur soie à la cochenille qui vient juste de sortir de la casserole
Batik sur soie à la cochenille qui vient juste de sortir de la casserole

Après élimination de la cire
Après élimination de la cire

Artiste indonésien faisant une démonstration de batik lors des atelier de l'ISEND à Kuching, après l'application de la cire chaude au pinceau, il vaporisait des teintures d'autres couleurs sur la toile tendue entre deux poteaux
Artiste indonésien faisant une démonstration de batik lors des atelier de l’ISEND à Kuching, après l’application de la cire chaude au pinceau, il vaporisait des teintures d’autres couleurs sur la toile tendue entre deux poteaux

Shibori

Le shibori est une technique très pratiquée encore aujourd’hui au Japon, où de nombreuses variantes ont été développées et poussées à l’extrême, mais on la rencontre traditionnellement en Afrique et sur des textiles préincas au Pérou (Paracas, il me semble).

Cela fonctionnent bien avec des toiles fines (et même sur papier comme le fait Ana Lisa Heldstrom qui a édité des DVD à ce sujet, j’ai eu la chance de la rencontrer lors de l’IFPECO de Madagascar en 2017), car on y applique des noeuds et/ou des broderies qui sont éliminés après teinture. Ces attaches qui doivent être très serrées empêchent la pénétration des teintures et permettent des effets très variés.

Shibori basique qui commence à changer de couleur, double magie, celle de l'indigo et la créativité des noeuds
Shibori basique qui commence à changer de couleur, double magie, celle de l’indigo et la créativité des noeuds

Ecoprint

Il ne s’agit pas d’une technique de réserve mais plutôt d’impression, bien que parfois les feuilles agissent aussi comme réserve…

L’ecoprint est une technique récente, née en Australie qui permet de teindre avec seulement des feuilles, des tiges, éventuellement des pièces en fer rouillé… Cette technique ne nécessite pas forcément d’être chauffée, si l’on est patient… Dans cette techniques, les feuilles, les fleurs, les vieux clous… s’impriment de différentes manières, c’est si magique que je lui ai consacré un article.

Ecoprint sortant de la casserole, il faut terminer d'enlever les feuilles
Ecoprint sortant de la casserole, il faut terminer d’enlever les feuilles

Détail lors du repassage, feuille de rosier
Détail lors du repassage, feuille de rosier

Une variante de l’ecoprint que nous avons testé à La Redonda, est le martelage de feuilles entre deux tissus.

On martèle la feuille avec un marteau de carreleur en caoutchouc, ici feuille de ricin
On martèle la feuille avec un marteau de carreleur en caoutchouc, ici feuille de ricin

Résultat avant lavage
Résultat avant lavage

Impression révélée et fixée dans un bain de soupe de clous (acétate de fer)
Impression révélée et fixée dans un bain de soupe de clous (acétate de fer)

Magie de vivre et travailler avec des produits sains

Pour commencer il vaut mieux teindre des fibres naturelles, cela tombe bien, c’est meilleur pour la santé et on les trouve normalement adaptées au climat… Le coton pousse dans des régions chaudes où il convient de le porter, la laine provient plutôt de zones plus fraîches et permet de mieux se protéger du froid…

De plus, la majeure partie des plantes tinctoriales sont médicinales…et même souvent comestibles.

Vivre la magie

Je vous invite donc à vivre la magie de la teinture naturelle, teinture “slow”, responsable, “recyclante”, respectueuse de la nature, à portée de main de tout un chacun. C’est ma vie depuis plus de 10 ans, cela m’a aussi permis de voyager et d’en apprendre encore plus…

Ces voyages ont toujours été trop courts, c’est pourquoi je prévois un tour du monde technologique de la teinture naturelle et des textiles… J’espère pouvoir m’échapper rapidement vers de nouvelles cultures…

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Préjugés sur la teinture

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Que de préjugés!

Il y a beaucoup trop de préjugés concernant les teintures naturelles. Nous allons donc passer en revue les principaux préjugés qui circulent par ici et sur internet…

C’est long

Il est évident qu’il faut plus de temps pour teindre naturellement, mais tout travail artisanal est long. Mais quand on travaille avec des matériaux nobles (demandez à un orfèvre combien de temps il passe à limer, poulir et nettoyer ses pièces), il ne faut pas le faire dans l’urgence, cela ne peut que nuire au résultat.

Il faut prendre le temps de récolter les plantes (sauf si vous travaillez avec des colorants naturels préparés), bien laver les fibres, mordancer… laisser tremper… Mais il faut voire le bon côté des choses, c’est quand même agréable de ramasser des plantes qui vont nous offrir de si belles couleurs.

Le temps passé à teindre n’est rien à côté du temps passé à préparer et filer les fibres, nous travaillons donc avec des matières nobles qui méritent mieux que quelques poudres pétrochimique qui contiennent souvent du chrome, du cadmium ou d’autres métaux toxiques.

Il faut à peu près 3 kg de plantes pour un kilo de laine, cela signifie que la casserole est occupée essentiellement par les plantes et qu’il ne reste que peu de place pour les fibres, si l’on teint en un seul bain. ce qui est le plus économique en énergie. Si l’on filtre le bain de teinture, qu’on le laisse refroidir, comme il se doit pour ne pas endommager les fibres (surtout pour la laine et la soie), il faut être patient pour faire le second bain…

Casserole pleine de plantes, ici certainement de la sorona ou brea, avec peu de laine, sans préjugés, nous utilisons ici des
Casserole pleine de plantes, ici certainement de la sorona ou brea, avec peu de laine, sans préjugés, nous utilisons ici des “mauvaises” herbes qui donneront un joli jaune

C’est difficile

Nos ancêtres qui n’avaient pas tous moyens techniques dont nous disposons le faisaient et même mieux que la plupart d’entre nous. Sans doute prenaient-ils leur temps. Souvent, les teinturiers traditionnels n’obtiennent que certaines gammes de couleurs et se spécialisent avec les moyens à leur disposition, certaines connaissances techniques et botaniques se perdent car elles ont été discréditées… Certaines plantes disparaissent avec leur milieu…

Malgré toutes ces difficultés on peu trouver des plantes tinctoriales, même dans la cuisine. dans la rue…

Teinture au feuilles de carrotes. essais de différentes fibres, mordancées à l'alun, lors d'un atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentine
Teinture au feuilles de carrotes. essais de différentes fibres, mordancées à l’alun, lors d’un atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentine

C’est facile

Penser que c’est facile, n’est pas mieux. N’importe quoi peut colorer mais ne teint pas de manière correcte, Il y a des informations qui se perdent à chaque transmission.

Certaines teintures, même faciles à mettre en oeuvre comme les épluchures d’oignons ne fonctionnent pas toujours, il faut utiliser celles des vieux oignons de garde et laisser tremper quelques jours avant.

Quand c’est trop facile, il n’y a plus de magie, ici on a intérêt à développer de bonnes notions de chimie et de botanique, ces deux deux sciences peuvent être utiles dans d’autres domaines de la vie.

C’est sale

Un des mots latins pour désigner les teinturiers était “infectores”, il est vrai que certaines plantes tinctoriales peuvent être assez puantes (sans parler des techniques d’extraction de la pourpre des murex), parfois et même souvent on utilisait l’urine (une amie de l’île Maillen, tout près de Puerto Montt, me racontait que quand sa mère voulait teindre, elle faisait uriner ses 9 enfants dans un seau).

L’urine est utilisée traditionnellement dans beaucoup de techniques artisanales anciennes (soudure en bijouterie, avant que les Arabes nous fassent découvrir le borax, et elle devait provenir d’un petit garçon avant sa puberté, sa composition chimique change par la suite et elle ne sert plus), de même que les bouses de vaches et crottins de cheval (moules pour fondre à la cire perdue)… Autrefois, on tannait les peaux avec des crottes de chiens (grâce à des bactéries qu’elles contiennent)…

Il n’y a pas à s’étonner que l’urine ait été utilisée en teinture, elle servait de mordant, pour les bains d’indigo… Nous avons d’autres substituts. Cependant, l’urine sort stérile de notre corps et de nombreuses médecines traditionnelles, telle l’ayurvédique (Inde) l’utilise abondamment…

Je me demande jusqu’à quel point nos antiseptiques chimiques (chlore, mercurochrome, formaldéhide, trichlosan…) généralement cancérigènes sont propres?..

Cependant, la plupart des teintures naturelles respectent nos notions d’higiène actuelles, qui ne sont pas aussi anciennes que l’on pourrait le croire (la plupart datent seulement du XIXème siècle). Il y aurait beaucoup à commenter à ce sujet.

On n’obtient pas ce qu’on veut

Pour cela, il existe des systèmes de tests, de gamme de couleur. Michel Garcia a beaucoup travaillé sur ce sujet dans ses livres et ses DVD et démonte cee genre de préjugés. Mais la réplication à l’identique n’est pas forcément souhaitable, s’agissant d’un travail artisanal, sauf dans des cas précis comme la restauration de textiles anciens.

La surprise est aussi excitante, quand on ouvre un shibori ou un ecoprint, c’est très gratifiant.

Ecoprint sur soie, à Madagascar avec Hilaire
Ecoprint sur soie, à Madagascar avec Hilaire

Toutes les couleurs ne peuvent pas être obtenues

Sauf, les couleurs fluo, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et du prisme peuvent être obtenues, certaines plus facilement que d’autres, j’en conviens, mais beaucoup de connaissances botaniques de nos ancêtres se sont perdues, certaines plantes on pu disparaître.

Il faut aussi savoir que beaucoup de plantes tinctoriales étaient cultivées sur de grandes extensions, notamment pour les rouges (garance et figuiers de barbarie pour la cochenille) et les bleus (pastel et indigofera), et jouaient un rôle économique très important.

Echantillons de différentes fibres teintes naturellement à Lauris lors d'un atelier de Marie Marquet à Couleur Garance
Echantillons de différentes fibres teintes naturellement à Lauris lors d’un atelier de Marie Marquet à Couleur Garance

C’est trop pâle!

Il y a certainement un problème de mordançage, de qualité des fibres (sont-elles vraiment naturelles?) et de quantité de matières tinctoriales. Les couleurs pastel peuvent être intéressantes et j’ai aussi consacré un article aux déceptions qui peuvent nous arriver quand on débute.

Cette fleur bleue doit donner du bleu…

Il s’agit d’une grosse erreur, les couleurs son profondément cachées dans la chimie de la plante et est rarement apparente, la plupart des fleurs violettes donnent des jaunes, l’indigo est dissimulée dans les feuilles de certaines plantes, et le rouge de la garance dans ses racines… La lavande m’a donné un beige jaunâtre foncé…

Cela ne marche pas

Ce n’est pas parce que l’on nous dit sur internet que c’est facile que cela fonctionne toujours au premier coup, il s’agit d’un apprentissage qui demande de nombreux essais, il y a de nombreux paramètres à prendre en compte.

Il ne faut pas oublier que certaines fibres, en particulier parmi les synthétiques, ne prendront jamais la teinture.

Il circule aussi de nombreux mensonges tels que la teinture à la betterave rouge… Je la pratique comme contre exemple lors de mes formations

Teinture aux feuilles de betterave, bien émincées pour qu'elles donne plus de couleur. contre exemple lors d'un atelier à Santa Fe, Argentine
Teinture aux feuilles de betterave, bien émincées pour qu’elles donne plus de couleur. contre exemple lors d’un atelier à Santa Fe, Argentine

Ce n’est pas solide

Je parle longuement du sujet des grands et petits teints dans un article dédié à ce sujet. Le type de fibres teintes et le lavage (pour enlever tout type d’apprêt, de charge et de graisse) et le mordançage sont des sujets de première importance…

Ce n’est pas stable

Il s’agit d’une variante du sujet précédent, le curcuma, le choux rouge, le jus de mûres, et de nombreux fruits peuvent donner de jolies couleurs, mais elles ne sont pas stable et varient au contact d’acides et des bases… Il est certainement facile de teindre ou plutôt de colorer avec, mais il faut savoir que le résultat ne sera pas durable, c’est peut-être un peu dommage si l’on teint des laines spéciales ou de la soie…

Par contre, ces teintures peuvent être intéressantes pour teindre des sels de bains, des savons… ou pour peindre avec des enfants.

Cela coûte cher

On peut teindre avec des déchets, comme je l’explique dans un article précédent. Et on peut obtenir d’excellents résultats, si l’on se donne la peine d’essayer. Quand j’ai commencé à teindre à La Ligua, puis à Longotoma, je n’avais que très peu de moyens, mais j’ai beaucoup appris ainsi, peut-être plus que maintenant où je vis chez Rincón de Angel, ou j’ai toutes sortes de laines à ma disposition.

L’essentiel du coût est de réserver une bonne casserole pour la teinture (ne plus l’utiliser pour la cuisine) et l’énergie pour chauffer les bains, ce qui n’est pas toujours nécessaire.

On ne peut pas faire cela avec des enfants

Encore une fois, cela est faux, avec un minimum de précautions, mais il est tout à fait possible de teindre avec des enfants, ils se passionneront vite pour les couleurs saines. J’ai déjà consacré un article à mes expériences dans ce domaine.

Atelier teinture a7ux pelures d'oignons et cochenilles avec des enfants, médiathèque de Loches
Atelier teinture a7ux pelures d’oignons et cochenilles avec des enfants, médiathèque de Loches

Et si on essayait d’oublier les préjugés

Une fois que l’on aura écarté tous ces préjugés, il faut choisir les bonnes plantes sur les bonnes fibres, avec le bon mordançage et la voie est ouverte à de nombreuses recherches et applications.

Pour lutter contre ces préjugés

Le mieux, c’est teindre le plus souvent possible, faire le maximum d’essais, ici aussi l’expérience est notre meilleure alliée. C’est la pratique qui nous enseigne, car les livres peuvent être très utiles, mais ni les photos, ni les mots ne peuvent remplacer les essais que l’on peut faire et qui donne parfois des résultats différents de la théorie.

Envoyons ballader les préjugés et découvrons la magie des teintures naturelles…

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Connaître 5 choses

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5 choses à connaître pour teindre naturellement

Il y a beaucoup à connaître pour bien teindre avec les plantes, les anciens teinturiers élaboraient des nuanciers très précis, comme celui que commente Dominique Cardon dans son livre.

Livre de Dominique Cardon commentant un cahier d'échantillons d'un teinturier peu avant la Révolution Française
Livre de Dominique Cardon commentant un cahier d’échantillons d’un teinturier peu avant la Révolution Française

Au Moyen âge, en Europe, comme l’explique Michel Pastoureau, les teinturiers étaient très spécialisés en une ou au grand maximum deux couleurs.

Connaître les fibres

Premièrement, il faut se donner la peine de connaître les fibres, sous peine de gaspiller de l’énergie et de la matière tinctoriale inutilement, ce qui est anti-économique et anti-écologique. C’est encore une histoire de chimie.

En effet, toutes les fibres n’ont pas la même affinité pour les teintures et cela un problème ancien, les Européens ont longtemps espionné en Orient pour obtenir le rouge d’Andrinople sur coton…

Et maintenant, avec toutes les fibres et artificielles et synthétiques, le problème s’est complexifié, il est parfois difficile de savoir la composition d’une fibre et si celle-ci va pouvoir se teindre.

Il faut aussi se donner la peine de bien laver les fibres pour bien les dégraisser. En effet, pour la filature industrielle, on pratique ce qui s’appelle l’ensimage, opération qui consiste à pulvériser des huiles sur les fibres, sinon elles s’accrocheraient dans les machines et les bloqueraient.

Ce traitement s’applique à tous les types de fibres.

Il faut donc éliminer ces huiles d’ensimage (pour certains laines bas de gamme, il s’agit de parafine, ce qui pas très sain), sinon on teindrait les huiles et la teinture s’en irait au lavage. C’est aussi ce qui arrive à ceux qui dégraissent mal leurs laine de mouton avant de teindre.

Cependant, pour la filature artisanale, il est beaucoup plus agréable de filer la laine sale (avec sa précieuse lanoline) et de la dégraisser une fois filée.

Les différentes fibres ont leur texture particulière qui peut s’apprécier au microscope et explique les raisons pour lesquelles elles sont ou moins faciles à teindre. Ces structures microscopiques interviennent lors de la teinture en complément de la composition chimique de la fibre.

Tests de reconnaissance

Il existe de nombreux tests pour reconnaître les fibres, peut-être dans un prochain article sur ce site, ou sur le nouveau en espagnol, je publirais un article résumant les différents livres qui traitent du sujet.

Lors du premier atelier à Santa Fe, Argentine, une des stagiaires qui était pharmacienne, nous a fait un petit résumé. Nous avions testé les toiles supposées être en coton, pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

Nous avons brûlé des échantillons pour constater leur odeur typique à papier brûlé et nous avons fait aussi un test de teinture au thé (une des teintures les plus solides).

Tests des toiles brûlées
Tests des toiles brûlées

Test de la teinture au thé
Test de la teinture au thé

Nous n’avons pas eu de mauvaises surprises.

Fibres animales ou protéiques

C’est le meilleur des cas, il s’agit de la laine de mouton, des poils d’animaux divers (alpagas et autres camélidés, lapins et chèvres, angora, poils de chiens, cheveux humains… et bien sûr la soie).

Même dans cette catégorie, la teinture n’affectera pas de la même manière, même entre les différents poils… Certains sont plus lisses et ont plus de mal à se teindre ou plutôt nécessitent une plus grande quantité de matière tinctoriale.

La soie doit être traitée avec plus d’attention, car elle est plus fragile.

En général, les fibres animales supportent assez bien les acides dilués, mais plutôt mal les produits alcalins.

Fibres végétales ou cellulosiques

Ici on retrouve: le lin, le coton, la ramie, le raphia, le sisal, le jute, le chanvre, fibres de bambou, de bananier, de bouleau, d’ortie, de liber de tilleul… nombreuses fibres végétales ont été oubliées et demandent à être redécouvertes… Pour certains textiles archéologiques, il n’a pas encore été possible de déterminer à quelle plante appartiennent les fibres.

Différentes fibres, de haut en bas, soie sauvage, soie domestique non décreusée, soie décreusées (fibres animales), puis sisal, fibre de bananier et raphia de Madagascar
Différentes fibres, de haut en bas, soie sauvage, soie domestique non décreusée, soie décreusées (fibres animales), puis sisal, fibre de bananier et raphia de Madagascar

Si l’on désire que la teinture se maintienne, surtout dans le cas des vêtements qui doivent pouvoir être lavés… sauf cas de teinture avec des plantes à tanins, il faudra mordancer d’une manière spéciale.

Contrairement aux fibres animales, les fibres végétales supporte bien les produits alcalins ou basiques et plutôt mal les acides.

Fibres artificielles, bien les connaître

En général, elles sont à base de cellulose végétale fondue et refilée, comme c’est le cas de la viscose (qui se teint très bien), mais les procédés d’obtention sont généralement très polluants (à base de solvants organiques volatiles tels que l’acétone) et en outre sont souvent très inflammables…

Mais il en existe aussi à base de protéines comme le lanital à base de lait, des fibres de soya… Il me semble cependant insensé d’élever des vaches pour ne récupérer que la caséine de leur lait pour faire des fibres, alors qu’on a que l’embarras du choix avec les plantes… et par ailleurs des gens meurent de faim!

Je n’ai donc pas testé ces fibres et je ne pense pas le faire.

Fibres synthétiques, à connaître aussi

Elles sont très nombreuses et changent de noms selon les pays, il en apparaît toujours de nouvelles et sont souvent mélangées entre elles ou avec des laines, du coton ou d’autres fibres…

Il faut donc tester, il me semble que les fibres naturelles sont toujours supérieures.

Fibres minérales

Il s’agit de:

  • fibres métalliques (or, argent, cuivre…)
  • amiante (interdit car cancérigène)
  • fibres de verre

Elles ne peuvent pas être teintes naturellement.

Autres matières

Plumes

Les plumes se teignent bien car elles sont d’origine protéique.

Il est à noter que selon une découverte récente, la couleur des plumes n’est pas due à des pigments ou colorants (sauf quelques cas de jaunes), mais à des trous microscopiques qui absorbent ou reflètent la lumière de manière différente selon leur forme…

Papier

Le papier se teint très bien, surtout s’il n’est pas blanchi au chlore.

Nous avons fait des tests lors des cours à la Redonda, Santa Fe (Argentine).

Echantillon de papier teint avec les fleurs de jacaranda, lors de l'atelier à Santa Fe, Argentine
Echantillon de papier teint avec les fleurs de jacaranda, lors de l’atelier à Santa Fe, Argentine

 J’ai aussi suivi un cours passionnant qu’avait donné une artiste du papier naturel (Aydée …) à Lauris, chez Couleur Garance. Elle avait teint des fibres de papier végétal avec de la garance, c’était très beau.

Papier végétal artisanal avec fibre teintes avec racines de garance moulues
Papier végétal artisanal avec fibre teintes avec racines de garance moulues

Le papier peut aussi être travaillé en ecoprint, c’est vraiment très beau.

Bois

Le bois peut être teint, mais vu que c’est un matériaux très absorbant, il vaut mieux faire des laques à base de pigments végétaux, ainsi que l’explique Michel Garcia.

Le rotin est souvent teint.

Pierres, coquilles, céramique, plâtre

Cela peut être possible dans certains cas, nous avons fait des essais à La Redonda, mais ce sont aussi des matériaux très absorbants.

Coquillages teints avec les peaux d'oignons lors de l'atelier à la Esquina Encendida, Santa fe, Argentina
Coquillages teints avec les peaux d’oignons lors de l’atelier à la Esquina Encendida, Santa fe, Argentina

Coquillages teints avec diffèrentes plantes et de la cochenille pour le mauve, parfois avec des échantillons de laines qui les ont accompagnés lors de la teinture
Coquillages teints avec différentes plantes et de la cochenille pour le mauve, parfois avec des échantillons de laines qui les ont accompagnés lors de la teinture

Perles en céramique sortant de leur bain de teinture, à La Redonda, Santa Fe
Perles en céramique sortant de leur bain de teinture, à La Redonda, Santa Fe

J’ai essayé de teindre des perles de rivière avec la cochenille, elles ont pris un ton rosé très pâle et ont perdu un peu de leur éclat.

J’aimerai bien pouvoir teindre de la cire, j’ai été contactée récemment par des étudiants de Santiago pour teindre des préparations de laboratoire en biologie, pour les observer au microscope.

Connaître les plantes

C’est indispensable, car il faut s’attendre à des résultats similaires avec des plantes de la même famille, mais on peut parfois avoir des surprises, de plus, il vaut mieux éviter les plantes toxiques.

Palqui ou parqui, à Concón
Palqui ou parqui, à Concón

Il convient de savoir quelles parties utiliser dans la plante, les colorants se concentrent parfois dans certaines parties. Souvent la couleur est bien cachée.

Connaître les plantes à tanins

J’ai déjà rédigé deux articles sur le thèmes des plantes à tanins et sur les couleurs qu’ils nous permettent d’obtenir.

Grenadier en fleur, avec quelques fruits en formation, bonne plante à tanins
Grenadier en fleur, avec quelques fruits en formation, bonne plante à tanins

Connaître les plantes à flavonoïdes

Elles sont très nombreuses. Je parle aussi longuement des plantes à flavonoïdes et des autres plantes à jaunes dans un article, je me permets donc de vous y renvoyer pour ne pas me répéter inutilement.

Les feuilles de ronces avec les jeunes rameaux, excellente solution de taille, teignent d'un joli jaune, en dégageant une agréable odeur de confiture, présence de tanins, les épines piquent encore après cuisson
Les feuilles de ronces avec les jeunes rameaux, excellente solution de taille, teignent d’un joli jaune, en dégageant une agréable odeur de confiture, présence de tanins, les épines piquent encore après cuisson

Connaître les plantes à anthocyanes

Il s’agit de la plupart des baies et fruits rouge à noir, les plantes pourpres, certaines fleurs, ce ne sont généralement pas des colorants très stable ni chimiquement, ni à la lumière…

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Connaître les plantes à anthraquinones

Elles donnent de jolis tons roux, rouge… beaucoup appartiennent à la famille des rubiacées, comme la garance, principal représentant en Europe, mais il existe des équivalents partout dans le monde.

Connaître les plantes à indigo

Les plantes à indigo nous donnent le bleu, couleur rare dans la nature, en combinaison avec une teinture avant ou après en jaune, on peut obtenir de jolis verts, ce qui est généralement difficile à obtenir avec une seule plante.

En combinaison avec les roses et rouges, on obtient des violets et pourpres, ces combinaisons étaient déjà utilisées dans l’antiquité pour imiter la pourpre des coquillages.

Dans toutes les régions du monde, il y a des plantes à indigo, on peut citer les différents indigotiers, le pastel, la renouée des teinturiers, le strobilanthes, certaines autres ont été complètement oubliées ou n’ont pas été exploitées.

Connaître les champignons et les lichens

Un certain nombre  de champignons, généralement toxiques teignent et permettent d’obtenir tout l’arc-en-ciel. Malheureusement, j’ai bien lu plusieurs livres à ce sujet en plus des chapitres concernant les champignons dans les livres de Dominique Cardon, mais je n’ai guère eu l’occasion d’essayer à part quelques lichens appelés au Chili “barba de palo” qui donne des jaunes-roux intéressants…

Connaître les teintures animales

Cochenilles, kermès, lack et pourpre de murex ou autres coquillages ont depuis longtemps uilisés pour des teintures de grand luxe.

De tout cela, il ne reste utilisée à grande échelle, que la cochenille provenant du Mexique et plus généralement d’Amérique Latine, parfois élevée ailleurs (îles Canaries, par exemple).

Le lack en Inde, set toujours produit, mais pour la résine et non plus pour le colorant, comme l’explique Dominique Cardon.

Quant à la pourpre de coquillages, elle est presque anecdotique malgré des recherches très intéressantes menées à Carthage (Tunisie)… Au Chili, les “locos” et “locates” très appréciés pour leur chaire, possèdent aussi une glande à pouvoir tinctoriale, mais elle est généralement rejetée à la mer lors du nettoyage des fruits de mer… Quel gâchis…

Connaître les mensonges

Tout ce qui tache ne teint pas!

La betterave rouge ne teint pas en rose, quelque que soit le mordant choisi.

Connaître les mordants

Connaître les mordants chimiques

Je parle longuement des mordants dans des premiers articles que j’ai écrits.

En principe, je travaille avec de la pierre d’alun (double sulfate d’aluminium et de potassium) ou du sulfate d’aluminium simple, de la soupe de clous (acétate de fer), du sulfate de fer, et assez rarement avec du sulfate de cuivre.

Connaître les mordants toxiques

Dans le passé, les industries textiles et papetières n’hésitaient pas à utiliser le plomb, l’arsenic et bien d’autres produits dangereux pour la santé, comme le cuivre, le chrome et l’étain…

J’étais assez surprise, il y quelques temps, de voir sur facebook, une femme aux Etats-Unis faire des essais de teintures naturelles avec des eaux d’une source très chargée en lithium…

Il me semble que les mordant, vu qu’ils aident à fixer la teinture sur leur support doivent rester présents sur celui-ci (ce qui n’est pas le cas des catalyseurs qui facilitent une réaction, mais ne doivent pas rester dans le produit final). Donc, si on utilise un produit dangereux son contact lors de l’utilisation des vêtements peut causer divers problèmes de santé.

C’est ainsi que de nombreuses personnes ont été empoisonnées au XIXème siècle (entre autres, paraît-il même Napoléon Ier) par des papiers peints (verts) à l’arsenic qui avec le temps dégageaient des gaz nocifs (voir Michel Pastoureau).

Livre sur le vert de Michel Pastoureau, quelle patience pour nous donner à connaître autant informations!
Livre sur le vert de Michel Pastoureau, quelle patience pour nous donner à connaître autant informations!

Connaître les mordants naturels

Il y a beaucoup à faire pour redécouvrir les mordants naturels, les associations de plantes… Pour cela, il faut étudier de très près les techniques des teinturiers traditionnels, écouter avec patience, faire des essais, car ils connaissent mieux que nous les plantes bioaccumulatrices (qui accumulent dans leurs tissus certains métaux: aluminium, fer, cuivre) et savent les utiliser à bon escient.

Connaître la patience

Teindre avec la nature suppose aller à son rythme, bien la connaître. Il faut donc être patient et rentrer dans un monde “slow” qui prend son temps pour bien faire les choses comme il faut…

Parfois, il faut semer des plantes tinctoriales pour pouvoir teindre avec, et dans certains cas il faut attendre jusqu’à 5 ans pour qu’elle donne une bonne qualité de teinture, comme dans le cas de la garance…

Si on veut travailler par fermentation, la teinture elle-même peut prendre facilement un mois…

Il faut aussi prendre le temps d’étudier des recettes, de faire des tests, de laisser tremper et refroidir…

Connaître son eau

L’eau que l’on utilise pour teindre a aussi son importance, son acidité ou sa dureté, ainsi que la présence de différents minéraux et métaux influencent les teintures.

Photo Fuente Mamiña

Connaître ses désirs

Il faut aussi savoir ce que l’on veut, certaines couleurs très chatoyantes (parfois très luxueuses, comme le saffran ou le carthame) peuvent être très fugitives, sans parler de la fameuse betterave.

Des règlements sont apparus très tôt dans l’histoire de la teinture concernant les grands et petits teints.

D’autre part, si on veut obtenir une couleur très précise, il faut s’attendre à devoir faire de nombreux essais, parfois à compléter les bains, les répéter, prendre note de toutes les étapes, garder tous les échantillons en mentionnant comment ils ont été obtenus, faire des tests avec différents mordants à différentes dilutions…

Conclusion

Outre ces connaissances basiques, il bon d’avoir de bonnes bases de chimie, les anciens teinturiers étaient souvent assimilés à des alchimistes (ancêtres des chimistes modernes)…

Une bonne formation en chimie aide à prévoir les résultats, à comprendre les bains ratés. La chimie me passionne bien que je ne sois qu’autodidacte en ce domaine, mais elle explique beaucoup de chose.

Cependant, les teinturiers traditionnels qui ne connaissent pas la chimie, ont une très bonne connaissance pratique des plantes, des fibres et autres mordants qu’ils utilisent, et travaillent souvent une gamme restreinte de couleurs. Ils ont un sens de l’observation et de l’expérimentation très développé et ont l’habitude de travailler avec ce qu’ils ont à leur disposition.

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Heureuse de travailler la laine

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Je suis heureuse de travailler la laine

Je suis très heureuse de travailler et de manipuler la laine, c’est la fibre que je peux travailler depuis la source au produit fini, il ne me manque que d’élever les animaux à tondre… J’espère que cela viendra (j’ai déjà fait un essai à Mamiña, avec des lapins angora)… J’aimerais aussi beaucoup essayer la sériciculture (élevage de vers à soie)…

Très heureuse, entrain de tondre un alpaga, à Concón, Bébé alpaga très curieux
Très heureuse, entrain de tondre un alpaga, à Concón, Bébé alpaga très curieux

La laine est la matière que j’ai en très grande quantité à ma disposition, ici à Puerto Montt, chez mon ami Angel, mais je m’intéresse aussi à toutes les autres fibres, surtout naturelles, bien que certaines soit rares et coûteuses ici (soie, lin, chanvre…).

Petite sélection de laines
Petite sélection de laines

A Madagascar, j’ai eu l’occasion de faire des essais avec la soie, le sisal, les fibres de bananier et le raphia.

Démostration de teinture à la cochenille sur différents types de fibres
Démostration de teinture à la cochenille sur différents types de fibres

C’est d’ailleurs, cet intérêt pour la diversité qui me pousse à me préparer pour un tour du monde textile et tinctorial. Je veux bien sûr retourner dans les endroits où j’ai eu des expériences de teintures intéressantes, mais il y a aussi beaucoup à apprendre en chemin

Si vous souhaitez organiser, là où vous vivez, une étape de formation et d’échanges techniques, n’hésitez pas à me contacter pour nous organiser.

Dans cet article, vous allez en apprendre plus sur moi.

Heureuse de filer

Débuts à La Ligua

J’ai appris à filer la laine il y a environ 10 ans, quand je vivais à La Ligua, qui est supposée être la capitale textile au Chili, c’était sans doute le cas il y a trente ans, où l’on entendait le bruit des machines à tricoter et des métiers à tisser, partout dans la ville.

Maintenant, la production a beaucoup diminué et est essentiellement à base de fibres syntétiques. Il y a un peu plus de dix ans, quand je vivais là-bas, j’ai tout de même trouvé une artisane qui a eu la gentillesse de m’enseigner à filer, il s’agit de Paulina de Origen Chile, je l’en remercie encore aujourd’hui,

Avoir appris à filer m’a beaucoup apporté et j’en suis heureuse. Cela n’est pas difficile, mais il faut de la pratique et c’est long, très lent. Au fuseau, mètre par mètre, au rouet électrique, c’est plus rapide, mais la qualité n’est plus la même. L’intérêt est que cela me permet d’obtenir un fil personnel qui ne peut pas se confondre avec un fil industriel. D’ailleurs, chaque personne qui file, file à sa façon, les femmes qui filent et vendent leur laine, la reconnaisse, même teinte parmi toutes les laines filées par leurs collègues.

Laines filées par différentes mains
Laines filées par différentes mains

Maintenant

Je trouve merveilleux de pouvoir partir d’une matière brute, directement de la tonte, d’en faire un fil, éventuellement de le retordre avec un autre, de pouvoir  mélanger cette matière brute avec une autre (de la soie, par exemple) ou avec une ou plusieurs autres couleurs, de tester les différents types de torsion, différentes textures… Les variantes sont infinies…

Laine de mouton en toison brute
Laine de mouton en toison brute

Filer permet d’occuper ses mains quand il fait froid, de ne pas rester à ne rien faire dans les temps d’attente, il m’arrive d’emmener de la laine et un fuseau quand je sors faire des démarches, d’ailleurs, je file aussi en marchant…

Filer comme culture

Je pense que l’on devrait enseigner aux enfants à filer, non seulement pour développer motricité fine et pour faire suivre des traditions qui risquent de se perdre, mais aussi parce que la filature au fuseau réunit un certain nombre de lois physiques et permet de les expliquer simplement (résistance, inertie, forces centrifuge et centripète…).

Filer pour la qualité

Filer moi-même ma laine me permet d’obtenir un résultat différent et donc une pièce unique non reproductible à l’identique, comme on le fait à La Ligua où tous se copient avec les mêmes matériaux de base (fils synthétiques, gammes de couleurs limitées, même si les hangars des marchands de “laine” sont impressionnants).

Sans le savoir, je suis rentrée dans le mouvement “slow“…

De plus, si je veux pouvoir être exigeante sur la qualité de laine que l’on me vend, je dois connaître tous les processus pour l’obtenir, les femmes qui me vendent leur laine savent que je file aussi et beaucoup ont amélioré la qualité de leur laine depuis la date où je suis arrivée à Puerto Montt.

Filer, c’est un peu méditer

Quand on file, on entre dans un autre monde, au fil des pensées qui vont et viennent, comme on analyse le fil qui se construit, petit à petit, on commence à voir les choses sous différents angles, à se poser des questions, à imaginer des expériences… Tisser et tricoter, avec leurs aspects mathématiques, permettent de poursuivre ces réflexions. Ces pratiques me font beaucoup de bien, et je ne voudrais pas être la seule à en bénéficier.

Heureuse de teindre

En même temps que j’apprenais à filer, je découvrais les teintures naturelles grâce à un livre de Dominique Cardon.

Livre de Dominique Cardon qui m'a donné les bases de ma nouvelle carrière
Livre de Dominique Cardon qui m’a donné les bases de ma nouvelle carrière

 La teinture est pour moi un vrai plaisir, la couleur modifie complètement la texture et la qualité de la laine, généralement en bien, parfois en mal, et ce si possible pour longtemps.

Quel plaisir que d’épuiser un bain (de cochenille, par exemple) et d’obtenir ainsi une série de couleurs en dégradé (certains bains semblent interminables), ou d’obtenir des laines multicolores, soit en reteignant, soit en jouant avec les mordants.

Tous ces roses saumon proviennent d'un seule et même bain de garance et cochenille qui n'en finit pas de s'épuiser, de ce bain sont aussi sortis quelques kilos de ruban à feutrer et de laine filée industriellement
Tous ces roses saumon proviennent d’un seule et même bain de garance et cochenille qui n’en finit pas de s’épuiser, de ce bain sont aussi sortis quelques kilos de ruban à feutrer et de laine filée industriellement

C’est aussi pour moi très agréable d’enseigner et de partager mes techniques.

Comment ne pas s’enthousiasmer quand on peut faire jaillir un jaune éclatant d’une simple “mauvaise herbe” comme la “sorona” ou “brea”… ou d’un déchet… On ne regarde plus son environnement de la même manière après ces simples expériences. Après, on voit des teintures partout… dans la cuisine, dans la rue, dans les poubelles… Il suffit d’essayer.

Jaune de sorona, plante détestée par tous ceux qui cultivent dans le nord du Chili - teinture lors du cours à Pica
Jaune de sorona, plante détestée par tous ceux qui cultivent dans le nord du Chili – teinture lors du cours à Pica

Certaines teintures peuvent être faites avec des enfants, il s’en émerveilleront.

Les enfants de Mamiña teignent du papier au choux rouge
Les enfants de Mamiña teignent du papier au choux rouge

Les matières tinctoriales sont très nombreuses et les techniques aussi. Il y a toujours de nouvelles expériences à faire, des plantes à tester, des essais de fermentation, d’ecoprint, de shibori, d’ikat…

A chaque teinture, j’apprends quelque chose, c’est aussi important

Heureuse de tisser

Après avoir obtenu une très ample gamme de couleurs naturelles, j’éprouve beaucoup de plaisir à les unir, les mélanger… en les tissant sur toute sorte de métiers, même en absence de métier véritable

Métier à tisser de fortune, à Concón
Métier à tisser de fortune, à Concón

Heureuse de tricoter

Non seulement je tisse, mais je tricote depuis l’enfance… le crochet me permet toujours d’unir les pièces tissées (je n’aime pas coudre, je couds donc au crochet).

J’ai beaucoup crocheté à différentes périodes de ma vie. Et, maintenant, je vis du travail de la laine, sous toutes ses formes.

Mon stand. lors de l'exposition à l'Alliance Française `à Antananarivo, MMadagascar, lors de l'IFPECO en mai 2017
Mon stand. lors de l’exposition à l’Alliance Française `à Antananarivo, MMadagascar, lors de l’IFPECO en mai 2017

Le crochet donne toutes les possibiltés: travaux plats, mais aussi en volume… qui peuvent s’aggrandir dans tous les sens, qui va de l’utile au simplement estéthique.

Chaque tissage est une expérience différente, il faut en tirer profit…

Heureuse de feutrer

Le feutre est une autre façon d’utiliser la laine avant sa filature. J’ai testé les deux techniques, humide avec l’eau et le savon et sèche avec les aiguilles.

Quelle surprise que de voir cette laine sans forme se compacter et prendre forme, passer d’un paquet de fibres de laines désordonné à une toile non tissée, mais résistante ou une pièce en volume et solide. unifiée, parfois souple et légère et presque transparent ou raide et compacte, en passant par tous les intermédiaires.

Là aussi, la couleur intervient, elles peuvent se fondre ou s’opposer.

On peut y inclure des fibres différentes, du tissu. des pièces de crochet, on peut le broder, l’imprimer, le feutre est donc une matière très versatile.

Echarpe en feutre brodée, teinte aux feuilles de noyers
Echarpe en feutre brodée, teinte aux feuilles de noyers

J’espèrais pouvoir recycler ainsi des laines courtes que les femmes qui filent ne veulent pas utiliser, mais cela n’est pas si facil, le nettoyage de ces laines est très long et je n’ai pas réussi à obtenir des résultats très satisfaisants. Et pourtant, on doit pouvoir partir de la laine brute.

Heureuse d’enseigner

Enseigner et partager mes connaissances et expériences est très bénéfique.

Quand j’avais ma petite imprimerie informatique, quand je suis arrivée au Chili, à Viña del Mar pour y rester en 1999, je faisais toute sorte d’impressions (cartes de visite, souvenirs, parchemins…) avec mon client à côté et je m’efforçais de me plier à ses désirs…

Maintenant, il en est de même avec les formations qui doivent s’adapter à chaque cas… Par exemple, pour le cours de teintures naturelles à La Redonda, Santa Fe, Argentine, ils ont voulu travailler surtout avec le coton, parce qu’il faisait très chaud déjà, et que la laine n’est pas courante dans cette région, je m’y suis adapté, et cela a été passionnant pour moi, l’expérience a été si intéressante que j’ai choisi d’en parler lors de ma présentation à l’IFPECO de Madagascar en mai 2017, plutôt que de parler des quatre dernières années à Puerto Montt, où je vis au milieu de la laine.

Technique à l'indigo de réserve à l'argile de Michel Garcia complétée à l'argile de couleur par des stagiaires céramistes
Technique à l’indigo de réserve à l’argile de Michel Garcia complétée à l’argile de couleur par des stagiaires céramistes

Je souhaite donc multiplier à l’infini ces expériences…

Heureuse de toutes les rencontres

Je suis heureuse de toutes les rencontres faites lors de mes cheminements. Je pourrais écrire tout un livre sur les personnages de Mamiña, ce village vit à la fois décalé du monde moderne et est en même temps trop proche de la modernité qui menace de l’engloutir…

A chaque étape, j’ai connu des gens qui me donne envie de revenir…

Parfois, heureuse de vendre

J’ai parfois le bonheur de vendre… Ce n’est pas aussi facile que l’on pourrait le croire, le temps n’est malheureusement pas valorisé, ni l’expérience… comme si les choses se fabriquaient toutes seules…

C’est tout de même agréable de voir ses créations appréciées… Cela a été le cas lors de l’IFND à Taiwan où j’ai vendu plus de la moitié des deux valises de tricots et tissages en laine que j’avais amenées. J’ai été vraiment très agréablement surprise, vu qu’il fait très chaud à Taiwan.

Pourquoi suis-je aussi heureuse?

Une autre des composantes de mon bonheur sont les voyages. Ma passion m’a permis de voyager, et je me prépare pour un long voyage d’investigations et d’échanges sur ces techniques…

La lecture, technique, mais aussi diverse est une partie importante de ma vie, malheureusement la culture a un coût élevé ici.

Je suis aussi heureuse d’être apicultrice

Cela n’a peut-être rien à voir avec le sujet, mais ce sont les abeilles qui m’ont introduite dans le monde de l’écologie, j’y étais déjà sensible, mais en théorie, pas dans la pratique. J’avais encore quelques rûches quand j’ai commencé à teindre avec les plantes…

Un des trois essaims d'abeilles que j'ai récupéré à Longotoma
Un des trois essaims d’abeilles que j’ai récupéré à Longotoma

En découvrant les abeilles, j’ai aussi compris beaucoup de relations entre la chimie et beaucoup de choses, entre autre la teinture naturelle…

J’ai aussi découvert une apicultrice, mon amie Lucia à Rancagua… avec elle nous avons aussi fait des expériences de teintures naturelles…

Comment suis-je heureuse?

Les découvertes quotidiennes pratiques et théoriques me rendent heureuse et me poussent à en faire toujours plus. Et le plus beau de tout cela, c’est que je le fais d’habitude avec peu de moyens… Parfois moins est mieux!

Et si je partageais ce plaisir?

C’est ce que j’essaie de faire avec ce site et avec les formations. Et je continue à vous proposer d’organiser de nouvelles expériences… pour innover en retournant aux traditions…

Conclusion

Ma vie consiste donc, maintenant, à manipuler la laine ou d’autres fibre par tous les moyens possibles pour obtenir des objets de toutes sortes…

Je m’intéresse aussi à tout ce qui est tresses, cordons, mais aussi dentelles, frivolité… et autres techniques anciennes, voire “primitive” qui sont parfois fort compliquées et très créatives…

J’aime mélanger les techniques, elles se complètent… et m’enseignent des détails qui peuvent être importants.

Cette vie me permet de toujours apprendre, ce qui allie l’utile à l’agréable et j’en suis heureuse…

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Tisser avec le métier Maria

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Comment tisser avec le métier María

Dans un article précédent, j’ai expliqué les qualités de ce métier à tisser intermédiaire entre les cadres à clous, les métiers anciens, traditionnels, à pieux, mapuche… et les métiers dits “professionnels” à pédales.

Maintenant, je vais vous montrer comment le tisser…

Petite pièce tissée, avec des restes de laines teintes naturellement
Petite pièce tissée, avec des restes de laines teintes naturellement

Préparer la chaîne

Pour ce métier à tisser, la préparation de la chaîne est une étape de première importance, car les erreurs gêneront durant toute la durée du tissage. Donc pour bien tisser, il faut faire très attention à l’installation de la chaîne.

D’autre part, il faut aussi essayer d’économiser les matières premières, les laines de chaîne doivent être de la meilleure qualité possible, elle doivent résister aux mouvement du peigne (qui s’il est mal pensé, peut user et couper les fils de chaîne). Donc, il faut au moins une fibre à deux fils, pour la solidité. Cela a un coût, surtout si on travaille avec des fibres filées artisanalement.

C’est la raison pour laquelle je prépare des chaînes les plus longues possibles. Je coupe les pièces une fois tissées, et renoue les futures franges pour recommencer une nouvelle pièce.

Mes premières chaînes longues devaient mesurer 5-6 mètres, dès que j’ai commencé à travailler avec ce métier à tisser, en revenant de Santa Fe (Argentine), à Mamiña.

L’idéal est de monter la chaîne à l’extérieur, mais en évitant les jours de vent, celui-ci peut emmêler les fils, et il a tendance à allonger certains fils plus que d’autres.

Montage de chaîne sur métier à tisser María à Mamiña
Montage de chaîne sur métier à tisser María à Mamiña

Montage d'une chaîne sur métier à tisser María, lors du cours que j'ai donné à Pica
Montage d’une chaîne sur métier à tisser María, lors du cours que j’ai donné à Pica

A Puerto Montt, j’ai de la place je monte des chaînes de plus de 10 mètres, récemment, je suis allée donner un cours à Andacollo, nous avons monté une chaîne de 18 mètres de long.

J’ai donc moins de pertes que si je monte 6 ou 7 chaînes de 2,50 m (par exemple, dans le cas des jetées de lit), ou l’on perd toutes les attaches des deux côtés. Il y a des gens qui coupent les fils de chaîne un par un, ils ont beaucoup de perte, on ne tend pas toujours pareil les fils, à la sortie du métier le tissage se rétrécie dans les deux sens, il faut donc en tenir compte dans les calculs…

Je préfère monter de longues chaîne, mesurer mes pièces au fur et à mesure du tissage, et couper quand je veux, je renoue la chaîne et continue jusqu’à épuisement de la chaîne, ainsi je l’utilise à fonds.

Je vais donc vous montrer le montage d’une chaîne de 10 m, étape par étape, sur un métier d’1.20 m de large au moyen de photo.

Le métier doit être bien fixé à une table inamovible. La chaîne va s’accrocher à une barre, ou à un pieux.

Les fils passent en double dans les fentes du peigne.

Les fils passent double dans les fentes et vont s'attacher sur l'ensouple arrière
Les fils passent double dans les fentes et vont s’attacher sur l’ensouple arrière

Enrouler la chaîne sur le métier à tisser

Avant, je coupais la chaîne et en faisait une ou plusieurs chaînettes géantes avec toute la chaîne, o la chaîne divisée en trois ou quatre parties.

Premiers essais de montage de chaîne
Premiers essais de montage de chaîne

Maintenant, une fois la chaîne tendue, je la coupe, et la noue en la lissant bien à un objet (actuellement une valise, j’ai vu une video sur internet où ils utilisaient une bouteille de 5 l d’eau). Avec ce système, je peux monter ma chaîne toute seule.

Attache de la chaîne sur la valise
Attache de la chaîne sur la valise

On tire la valise en enroulant la chaîne sur l'ensouple
On tire la valise en enroulant la chaîne sur l’ensouple

J’enroule la chaîne sur l’ensouple en tirant sur la valise, qui se rapproche petit à petit du métier sans s’emmêler.

Quand la valise est assez proche du métier, on peut détacher la chaîne et on continue à enrouler en lissant bien la chaîne
Quand la valise est assez proche du métier, on peut détacher la chaîne et on continue à enrouler en lissant bien la chaîne

Quand il ne reste presque plus de chaîne à enrouler, on dénoue la valise, on ne garde que le nécessaire pour nouer la chaîne sur l’autre ensouple ou s’enroule la toile.

On coupe les fils de chaîne pour les égaliser avant de les nouer. Je récupère ces déchets pour faire des franges…

On égalise les fils de chaîne avant de les sèparer entre fentes et trous et de les nouer
On égalise les fils de chaîne avant de les sèparer entre fentes et trous et de les nouer

Nous passons à l’étape suivante.

Séparer les fils pairs et impairs

A ce niveau, on peut désolidarisé le métier de la table. On va retirer un fil de chaque fente du peigne pour le passer dans le trou à côté. On le fait fil par fil.

On sépare les fils de chaîne entre les fentes et les trous
On sépare les fils de chaîne entre les fentes et les trous

Attacher les fils  de chaîne sur le métier à tisser

Une fois cette étape finie, on va attacher les fils de chaînes à l’ensouple sur laquelle va s’enrouler la toile tissée.

On va prendre ces fils par petits paquets (je prends habituellement 4 et 4) et je les noue sur la latte de bois qui est attachée à l’ensouple. Je les noue de façon à pouvoir les dénouer à la fin du tissage pour les transformer en franges.

Tous les fils de chaînes sont attachés
Tous les fils de chaînes sont attachés

Commencer à tisser

Et maintenant, on peut commencer à tisser.

Je laisse 3 trois fois la largeur de la chaîne de fil de trame sans le tisser.

Je tisse les premières trames (environ 10), en général, avec une laine fine, semblable à la chaîne.

On prépare la navette
On prépare la navette

On passe la navette dans l’ouverture des fils, on pousse le fil de trame vers soi, à l’aide du peigne, on inverse la position du peigne et on repasse la navette dans l’autre sens.

Passage de la navette, peigne en position basse
Passage de la navette, peigne en position basse

Passage de la navette, peigne en position haute
Passage de la navette, peigne en position haute

Une fois que l’on a une dizaine de trames tissées, on fait le point péruvien.

Premières trames passées
Premières trames passées

Je prends alors le fil que j’avais laisser en dehors du tissage. je l’enfile sur aiguille à canevas. Je vais faire le point péruvien pour bloquer la chaîne et la trame. Cela évite de faire des noeuds avec les franges.

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

En fin de compte, c’est un point de broderie. Je vais prendre deux fils de chaîne et trois de trame, j’obtiens un point oblique, qui bloque le tissage.

Point péruvien appliqué aussi bien à l'horizontal qu'à la vertical
Point péruvien appliqué aussi bien à l’horizontal qu’à la vertical

Je fais le point péruvien à la verticale, juste avant de rembobiner la toile
Je fais le point péruvien à la verticale, juste avant de rembobiner la toile

Ce chemin de table est parcouru sur toute s longueur par des points péruviens, il ne lui manque que les finitions
Ce chemin de table est parcouru sur toute s longueur par des points péruviens, il ne lui manque que les finitions

Ce point peut aussi s’utiliser à la verticale ou au milieu du tissage comme décoration. J’applique ce même point à la fin du tissage.

Point péruvien terminé, pièce prête à être coupée
Point péruvien terminé, pièce prête à être coupée

Mesurer les pièces à tisser

Pour mesurer les pièces, quand je vivais à La Ligua, on m’a expliqué comment faire, une petite astuce, il suffit d’un mettre ruban, ou mieux deux collés l’un à la suite de l’autre.

On le bloque quand on commence à enrouler la pièce, juste au début de la pièce. C’est bien pratique, mais pas tout à fait précis, car on tend la toile au fur et à mesure que l’on l’enroule et tisse, quand on coupe la pièce, celle-ci se rétracte, il faut en tenir compte. Cela dépend de la tension de votre chaîne quand vous travaillez.

Mètre de couturier coincé au début de la toile, il s'enroule au fur et à mesure que l'on tisse
Mètre de couturier coincé au début de la toile, il s’enroule au fur et à mesure que l’on tisse

Finir une pièce

Pour finir la pièce, je fais de nouveau un ligne de point péruvien en brodant 3 trames et déplacement sur le côté de 2 chaînes.

On fnit la pièce par le point péruvien
On fnit la pièce par le point péruvien

On termine le point péruvien en cachant le fil avant de le couper
On termine le point péruvien en cachant le fil avant de le couper

J’enroule un peu la toile pour les franges et je coupe.

On enroule la chaîne
On enroule la chaîne

On coupe la pièce en crèant des franges
On coupe la pièce en crèant des franges

Il suffit de dérouler l’ensouple et de dénouer les franges du début.

Pièce déroulée
Pièce déroulée

On dénoue les franges
On dénoue les franges

Franges dénouées, elles devront être égalisées
Franges dénouées, elles devront être égalisées

Les franges de la prochaine pièces seront certainement plus régulières.

Je ne suis pas obligée de couper à chaque fois, je peux laisser un vide et recommencer à tisser en bloquant bien avec le point péruvien.

On renoue les fils de chaîne pour commenceer une nouvelle pièce
On renoue les fils de chaîne pour commenceer une nouvelle pièce

Je termine la pièce en crochetant les bords
Je termine la pièce en crochetant les bords

Pièce terminée -chemin de table 2,30 x 0,33 m
Pièce terminée -chemin de table 2,30 x 0,33 m

Finir la chaîne

S’il reste un peu de chaîne, on peut le terminer en faisant de petites pièces, j’ai souvent fait des ceintures, ou de petites bandes que j’ai terminé en petites pochettes.

Fin de la chaîne, je fais le point péruvien de fin de pièce et je suis prête à couper
Fin de la chaîne, je fais le point péruvien de fin de pièce et je suis prête à couper

Vue arrière du métier
Vue arrière du métier

J'ai commencé à couper la quatrième et dernière pièce de cette chaîne
J’ai commencé à couper la quatrième et dernière pièce de cette chaîne

Quatrième et dernière pièce de cette chaîne juste sortie du métier, il lui manque les finitions sur les côtés, comme elle est presque blanche et lisse, je pense la teindre en ecoprint
Quatrième et dernière pièce de cette chaîne juste sortie du métier, il lui manque les finitions sur les côtés, comme elle est presque blanche et lisse, je pense la teindre en ecoprint

Le métier que j’utilise actuellement me permet d’utiliser à fonds mes chaînes, avant avec l’ancien métier, je le retournais et le tissais à l’envers.

Métier tissé des deux côtés
Métier tissé des deux côtés

Conclusion

Et nous sommes prêts pour commencer un nouveau tissage.

Nouvelle pièce commencée
Nouvelle pièce commencée

Nouvelle pièce en fin de journée
Nouvelle pièce en fin de journée

Les possibilités au niveau des points sont infinies, rayures, torsions de chaînes, broderie, trames supplémentaires… Puis, il faut jouer avec les différentes grosseurs et textures de fibres, les couleurs, si possible naturelles

Petit échantillons de laines teintes naturelles attendant de rencontrer un métier à tisser
Petit échantillons de laines teintes naturelles attendant de rencontrer un métier à tisser

Je prévois un autre article présentant des points particuliers et éclairant certains détails, j’attends vos questions…

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Beiges, brun, marron, café…

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Les beiges, c’est courant

Après les jaunes, les beiges sont très faciles à obtenir, le plus souvent sans mordant. Cela est très intéressant. Eviter d’utiliser de l’aluminium (pierre d’alun, sulfate d’aluminium), c’est une économie, c’est écologique, mais aussi un supplément de santé…

Les beiges sont recherchés

Ce sont des couleurs sobres. sans prétention, qui se combinent bien avec les autres. Je viens d’aller donner un cours à une dame qui voulait teindre de la laine pour la vendre à ses amies de la haute société, les couleurs qui l’intéressaient le plus étaient en particulier des beiges et non les rouges de cochenille. J’étais un peu surprise, mais cela était très intéressant.

Ce sont aussi des couleurs peu salissantes, donc pratiques à porter.

Il y a une très grande variété de beiges, bruns, marrons, café… ils peuvent être teinté de rosé, de vert, de jaune…

Michel Pastoureau en parle peu, mais c’étaient des couleurs paysannes, faciles à obtenir, je pense en particulier aux tableaux des frères Lenain…

Comment obtient-on des beiges

Le arbres sont une grande source de beiges, bruns, café… une grande gamme de couleurs.

Ecorces, graines et feuilles mortes (à l’automne), de nombreux déchets des arbres nous donnent ces tons, dans une gamme très amples…