Graines de roucou, lors de l'exposition d'Andrée Etheve au Centre Culturel Français, lors de l'IFPECO à Antananarivo en mai 2017

Graines pour teindre

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Graines et fruits peuvent aussi teindre

Pourquoi ne pas travailler avec les graines et fruits?

La nature est généralement très généreuse en ce qui concerne les graines et les fruits, les plantes ne pouvant pas se déplacer elles-mêmes, les graines sont une admirable solution. Le vent, l’eau, les animaux et même les êtres humains les transportent et les resèment (voir Francis Hallé).

Vue que les graines sont le plus souvent en surnombre, on peut en profiter pour en réutiliser un peu pour teindre…

Quel est l’intérêt des graines

Les enveloppes des graines contiennent généralement beaucoup de tanins pour les protéger contre les animaux qui pourraient les manger.

Les glands, les marrons, les gousses de mimosa…

Je n’ai pas encore testé les glands, c’est plutôt rare au Chili, la plupart des chênes ont été remplacés par des eucalyptus et des pins… mais, par les livres (Dominique Cardon…), je sais qu’ils peuvent être utiles en teinture.

J’ai testé les bogues de marrons d’Inde, et j’ai obtenu un beige.

Les gousses de mimosa, comme celle de tous les acacias sont bourrés de tanins et devraient être intéressantes à essayer, ces arbres en produisent vraiment beaucoup.

Graines d'espino (acacia) pas encore mûres
Graines d’espino (acacia) pas encore mûres
Mimosa en fleur à Longotoma
Mimosa en fleur à Longotoma

Je n’ai pas testé les réceptacles des graines d’eucalyptus, c’est beaucoup plus simple avec les feuilles et l’écorce.

Teinture à l'eucalyptus avec la super casserole
Teinture à l’eucalyptus avec la super casserole

Les pommes de pin, ainsi que les aiguilles et les écorces de ces arbres doivent contenir des tanins, mais je ne les ai pas essayés.

Les châtaignes, les pistaches, les amandes…

Vu que ces graines sont comestibles et très bonnes pour la santé, mieux vaut les manger et utiliser les déchets pour la teinture. Dans le cas des châtaignes, on peut aussi bien utiliser les bogues que les enveloppes dures que l’on ne consomme pas.

Les écorces des amandes m’ont donné une couleur rosée cuivrée qui m’a beaucoup plû.

En Equateur, j’ai testé l’écorce de noix de coco, le résultat était un peu décevant, mais je n’ai pas tenté de reteindre ensuite.

Des graines spéciales: les noix

Comme dans le cas des châtaignes, l’écorce dure des noix peut être utilisée. Mais la partie la plus intéressante est l’enveloppe qui est molle, d’abord verte puis marron foncé, c’est le brou de noix, bien connu en menuiserie.

L’idéal est de le laisser fermenter un maximum de temps, afin qu’il libère le plus possible de colorant. Cela donne de très jolis bruns très solides dont la réputation n’est plus à faire.

Marron au premier plan, teinture au brou de noix
Marron au premier plan, teinture au brou de noix

Les fruits non mûrs

Les fruits verts qui tombent des arbres après une tourmente ou des pluies trop violentes sont aussi bourrés de tanins, ils peuvent remplacer les mordançages classiques à l’alun.

Et les noyaux

Les noyaux d’avocats servaient à marquer de manière indélibile les vêtements des enfants pour l’école, simplement avec une aiguille ou une épingle. N’étant pas très friande de cet excellent fruit, je n’ai pas encore eu l’occasion de l’essayer, ce que tester ce sont les feuilles qui sont intéressantes.

Quand, je vivais à Mamiña, j’ai récupéré un sac de noyaux de mangue dans un café qui offrait des jus naturels sur le marché d’Iquique. J’ai obtenu un jaune rosé très intéressant.

D’autres noyaux peuvent êtres utilisés, je pense aux jolis noyaux de néflier, de lucuma, ils sont si beaux, je n’en ai pas encore eu l’occasion.

Je serai curieuse de tester les noyaux d’olives, de pêches, d’abricots, de prunes, de cerises, chirimoya… malheureusement je suis trop mauvaise consommatrice de fruits pour pouvoir en réunir une quantité suffisante pour teindre, et je préfère les resemer.

Le maïs noir

A Iquique, on trouve un maïs noir, produit au Pérou. Je l’ai laissé tremper quelques jours dans de l’eau, puis je l’ai filtré, j’ai donc teint dans le jus violet foncé qui m’a donné un gris.

Le roucou

Le roucou est une graine utilisée comme épice dans les régions où cette plante pousse (en Equateur, elle très utilisée en cuisine, teint en rouge tous plats). En Amazone, il est utilisé comme peinture corporelle, certainement très bénéfique car doté d’un taux très élevé de vitamine A. C’est donc aussi un colorant alimentaire sans danger.

A Madagascar, il est aussi très utilisé en teinture, bien qu’il ne soit pas grand teint vu sa plus grande affinité pour les graisses.

Graines de roucou, lors de l'exposition d'Andrée Etheve au Centre Culturel Français, lors de l'IFPECO à Antananarivo en mai 2017
Graines de roucou, lors de l’exposition d’Andrée Etheve au Centre Culturel Français, lors de l’IFPECO à Antananarivo en mai 2017

Les baies

Un certain nombres de baies peuvent teindre, dans ce cas, ce n’est pas la graine, mais ce qui l’entoure et plus souvent la peau noire: sureau, mûres, maqui, mirtilles, cassis, raisins…

Malheureusement, ces teintures ne sont pas très fiables, varient avec le pH, et sont peu solides.

En outre, certaines sont toxiques: sureau yèble, parqui… mieux vaut les laisser aux oiseaux qui s’en nourrissent…

Les gales

Les gales sur les chênes, mais aussi sur beaucoup d’autres arbres, ne sont pas des graines, elles sont le résultat de la piqure d’un insecte pour pondre ses oeufs et de la réaction de l’arbre qui produit des tanins pour se protéger.

L’intérêt des gales, c’est qu’elles donnent des tanins très clairs qui n’influencent que très peu la couleur définitive tout en la fixant.

Gales du chêne
Gales du chêne

Eviter certaines graines

Je vous conseille pas les graines de parqui (parqui cestrum), j’en parle dans un autre article.

Quand on teint avec des fleurs qui ont de petites graines, il faut faire attention à ce que celles-ci ne viennent pas se coller dans la laine, je pense notamment aux bidens qui ont le don de s’accrocher partout, au Chili, on les appellent « amores secos » (amours sèches). cette plante donne un très joli jaune (utilisé par les Incas), je l’ai utilisée à Mamiña.

Bidens à Mamiña
Bidens à Mamiña

Les fruits murs du quintal du molle, sont très collants, et le restent même bouillis.

Quintral en fleur
Quintral en fleur

Comment utiliser les graines

L’idéal est d’utiliser essentiellement les enveloppes, gousses… et semer ou consommer ce qui peut l’être, comme dans le cas des noix, des châtaignes…

L’idée est d’utiliser avant tout, les déchets, comme par exemple, le marc de café, les épluchures (pommes, poires, châtaignes…).

Et si, le résultat était un mordançage

Il y a quelques jours, j’avais des graines de potiron et je me suis dit « pourquoi ne pas teindre avec? ». Alors, j’ai essayé, le résultat a été très décevant.

Laine teinte aux graines de potiron
Laine teinte aux graines de potiron

Puis deux jours plus tard, je lis sur internet, sur un document ancien sur les teintures domestiques en Angleterre, mentionnait les graines de potiron comme mordançage.

Je viens de mettre à tremper cette laine pour quelques jours avec une laine blanche sans traitement dans un vieux bain de garance et de cochenille, pour l’épuiser. Il va falloir attendre le résultat.

Laine teinte aux graines de potiron trempant dans un vieux bain de cochenille et garance, attandant quelques jours avant de bouillir
Laine teinte aux graines de potiron trempant dans un vieux bain de cochenille et garance, attendant quelques jours avant de bouillir

Et si, on veut semer les graines

C’est encore mieux et je vous y encourage vivement.

Lors du cours que j’ai donné à Pica, nous avons teint avec le tara (ceasalpina), avec ses graines, mais on a utilisé seulement les gousses, une des femmes qui assistait au cours, a emmené les graines chez elle, elle les a semées, elle a eu un grand nombre de petits arbres!

Graines de tara `Mamiña
Graines de tara à `Mamiña
Séparation des graines des gousses de tara lors du cours à Pica
Séparation des graines des gousses de tara lors du cours à Pica

L’idéal est d’ailleurs le plus souvent, de ne pas utiliser les graines, mais plutôt les enveloppes, dans les graines, il y a beaucoup d’amidon et celui-ci peut être gênant.

En effet, quand je vivais à Longotoma, j’ai essayé de teindre avec des graines de sorgho (curaguilla, utilisées au Chili pour que les poules aient envie de pondre). Je les ai fait fermenter pendant au moins un mois, avec la laine dedans, puis j’ai fait chauffer, cela a teint, un marron rose cuivré intéressant, mais le problème c’est que la laine en est ressortie très dure, malgré les rinçages, certainement à cause de l’amidon. Mais ma laine n’était pas seulement dure mais aussi cassante!

Conclusions

Les graines sont donc de bonnes ressources tinctoriales, il faut en profiter.

On reste souvent dans la gamme des beiges, brun rosé, mais on a souvent un mordant naturel qui peut être employé en combinaison avec d’autres plantes.

Ces tons s’harmonisent facilement avec les autres couleurs, ce qui est un avantage.

Publié par

Francoise Raffi - La Francesa Bigotuda

Artisane textile, tisserande, teinturière, vivant depuis plus de 20 ans au Chili, je travaille avec des teintures naturelles depuis plus de dix ans. J'ai participé à plusieurs séminaires internationaux (ISEND Kuching, IFND Taiwan et dernièrement IFPECO à Madagascar) Je tisse, tricote ou feutre les fibres teintes. Je propose des formations aux teintures naturelles adaptées au lieu. Artesana textil, tejedora, tintorera, viviendo desde más de 20 años en Chile, trabajo con teñidos naturales desde más de diez años. He participado a varios seminarios internacionales (ISEND Kuching, IFND Taiwan y ultimamente IFPECO en Madagascar). Tejo o afieltro las fibras teñidas. Propongo formaciones, capacitaciones, talleres de teñido natural adaptadas al lugar.

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