Le citron aussi peut teindre

La teinture au citron

Le citron, on en mange, mais on peut récupérer les écorces pour teindre.

De retour à Puerto Montt, chez Rincón Angel, pour quelques jours, j’ai amené des citrons bio de la parcelle de Concón. Les salades étaient très bonnes, nous avons gardé les épluchures pour teindre. Les déchets d’à peu près 6 kg de citrons ont donc servi de bain de teinture. J’avais déjà fait l’essai avec les citrons lors du premier cours à la Esquina Encendida, en Santa Fe, Argentina.

Nous avons commencé dans une grande casserole en aluminium, sur un réchaud puissant, avec seulement 2 écheveaux de laine de mouton filée industriellement, lavées, puis 2 autres et encore 2, puis 4 et encore quelques-une de plus.

Préparation de la teinture au citron
Préparation de la teinture au citron

D’abord seulement avec de l’alun comme mordant, puis en ajoutant aussi un peu de bicarbonate. Cela fait peu de différence. Les écheveaux ont été lavé après teinture, la perte de couleur me semble insifignifiante.

teinture au citron
teinture au citron

La couleur est assez claire, mais jolie et différente des autres jaunes naturels.

Nouvel essai, de retour à Concón

De retour à Concón, vu que je dispose d’une très grande quantité de citron qui ont trop muri… j’ai donc réessayé avec de la laine artisanale et avec de la laine de mouton filée industriellement comme à Puerto Montt…

Je n’ai malheureusement pas trouvé de pierre d’alun ni de sulfate d’aluminium à Viña del mar. Le résultat était plutôt pâle.

Résultats
Résultats

De retour à Puerto Montt, j’ai donc mis ces laines dans une casserole pour les mordancer après teinture avec du sulfate d’aluminium.

post mordancage à l'alun
Post mordancage à l’alun

Quand on travaille avec des couleurs aussi délicates, la qualité de la laine (certaines sont déjà  un peu jaune) et celle de la casserole sont aussi des facteurs importants.

Résultats
Résultats

Autres usages du citron en teinture

Le jus de citron peut être aussi utilisé comme mordant/modificateur, par son action acide,  notamment pour la teinture avec la cochenille, qu’il peut éclaircir, voir éliminer ou rendre plus orange selon les cas.

Il est aussi utilisé dans la teinture au carthame pour révéler le fameux rose de carthame.

Et les oranges ? me dit-on

Nous avons essayé pendant le cours à Pica, c’est une oasis spécialisée dans les fruits tropicaux près d’Iquique (Nord du Chili), il y avait une dame qui avait un petit verger et faisait des jus de fruits, elle nous a donc ramené un plein sac de déchets d’oranges, de quoi remplir une casserole de plus de 20 litres. Nous avons donc testé.

Le  résultat a été un joli abricot pâle.

Je n’ai pas encore testé les autres citriques.


Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

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Les mordants, cela ne mord pas!

Préparation du mordançage à l'alun lors du premier atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentina
Préparation du mordançage à l’alun lors du premier atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentina

Que sont les mordants?

Les mordants sont des produits que l’on ajoute à la teinture, soit avant de teindre (prémordançage), pendant la teinture, ou après (postmordançage) pour assurer la solidité  de la teinture, en général ce processus modifie la couleur, mais il est souvent indispensable.

Le prémordançage consiste à faire bouillir quelques heures les fibres avec le mordant pendant quelques heures, avant de les mettre dans le bain de teinture, si possible encore humides. Cette pratique permet d’attirer les fines particules de colorants naturels vers l’intérieur de la fibre où elles se fixe solidement.

Le mordançage à l’alun fait apparaître beaucoup de tons jaunes qui sinon resteraient cachés ou très pâles. Il est indispensable pour la cochenille qui ne se maintiendrait pas sans cela.

Si la couleur obtenue n’est pas à notre goût, il est toujours temps de faire un post-mordançage, en ajoutant un peu de mordant ou un modificateur à la fin de la teinture.

Si la laine, la soie et les fibres protéiques ne donnent souvent pas l’impression que le mordançage soit nécéssaire (au détriment de la solidité – c’est souvent très trompeur), il devient absolument indispensable dans le cas des fibres cellulosiques qui attrapent beaucoup moins facilement les couleurs. Sauf cas des tanins qui agissent comme des mordants.

Pour vérifier la solidité d’une teinture :

  • Enrouler un morceau de fil teint (en faisant plusieurs tours) sur un carton,
  • En protéger la moitié avec un morceau de carton noir, bien fixé,
  • Exposer au soleil plusieurs jours, si possible un mois, ou à une lumière à ultraviolet pendant quelques heures,
  • A la fin de l’expérience, défaire la protection et comparer les résultats
Les mordants chimiques

Les mordants sont des sels minéraux  :

  • alun de potassium
  • sulfate de fer
  • sulfate de cuivre
  • crème de tartre

Anciennement étaient utilisés aussi le bichromate de potassium, le chlorure d’étain, des sels d’arsenic, de plomb… Tous ces produits sont à bannir pour leur toxicité. D’ailleurs l’aluminium (de l’alun) et le cuivre ne sont pas sans danger. Le fer est à employer avec parcimonie car elle rend les fibres rêches et elles se dégradent avec le  temps.

La crème de tartre s’utilise en très petite quantité pour rectifier l’eau du bain qui peut être très calcaire (ce qui nuit à la teinture) et elle permet aussi d’empêcher l’alun de précipiter au fonds de la casserole et de cristaliser sur les fibres, ce qui les détériore. La crème de tartre est inoffensive, elle était extraite des fonds de tonneaux de vin. Elle est actuellement utilisée en pâtisserie.

L’alun naturel a été exploité depuis la très haute antiquité, notamment en Egypte où des gisements naturel de minerai d’alun étaient exploités en plein désert (Voir Dominique Cardon). Il semblerait que la recherche du maintien de l’accès aux sources de l’alun (situées à l’époque en Orient) ait été une des raisons économiques des grandes croisades. Par la suite, ont

Les mordants naturels, mordant d’avenir

Les mordants ne sont pas nécessaires avec les plantes qui contiennent des tanins, beaucoup de feuilles, d’écorces d’arbre, les fruits pas mûrs, les rumex, l’écorce de grenade, le brou de noix, les noix de galles, les pelures d’oignons…

Il existe aussi des plantes à mordants, en général des plantes bioaccumulatrices qui récupèrent l’aluminium des sols: lycopodes (rare en Europe, lycopodium clavata, miconia argentea, qui poussent sur des sols acides), simplocos (feuilles), camélia (même le thé), le vinaigre de pommes est connu pour être plus chargé en aluminum…

Il faut bien sûr utiliser une plus grande proportion de ces plantes (en général parties égales) pour obtenir l’équivalent d’un mordançage à l’alun. Mais, la solidité de la teinture est bien meilleure.

Celestina Stramigioli mentionne dans ses livres l’utilisation des cendres de certaines plantes notamment des cactus. Il est a noter que l’opération a une importance telle, que ces femmes ont inventé un terme spécifique pour cette opération.

Dans de nombreux endroits, notamment dans le sud du Chili, beaucoup de teinturières utilisent encore régulièrement des sources de boues qui contiennent sans doute du fer et d’autres minéraux (c’est une zone volcanique et les volcans relachent de grandes quantités de minéraux, des plus nobles aux plus dangereux).

Outre les cendres, de nombreuses traditions populaires utilisent le vinaigre, le jus de citron (qui peuvent renforcer l’action des tanins), l’amoniac, le bicarbonate, la soude, mais aussi l’urine, à mon avis ce sont plutôt des modificateurs  et nous les avons testés, lors du premier atelier à Santa Fe, Argentine, puis plus en détail, lors de la formation à Pica (Chili) où j’ai préparé une série de fiches qui m’ont été très utiles par la suite.

Dans beaucoup d’endroit où l’alun n’est pas disponible ou trop cher, on a recours à des mélanges de plantes qui apportent soit des tanins, soit des sels d’aluminium. Ces méthodes me paraissent plus écologiques. Elles nécessitent une bonne connaissance des plantes.

Un certain nombre de plantes (en général à tanins) ne nécessitent pas de mordants :

  • noyer (feuilles, brou, écorces…)
  • écorces d’arbre en général
  • sciures de bois
  • feuilles gallées ou attaquées par des insectes
  • peaux d’oignons
  • noyaux de fruits (pêches, mangues,  abricots, avocats…), coquilles de noix, noisettes, amandes…
  • rumex
  • feuilles de chênes, chataigniers, marroniers, avocatiers…

Le mordançage est donc un processus très important dans la teinture, bien qu’il ne semble pas toujours visible.

 

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