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Lacustre, le village, en Suisse

/// Lacustre, le village, en Suisse /// —- Encore en cours de rédaction — Cet article vaut pour deux! J’attendais la confirmation des amis de Gletterens pour publier cet article, n’ayant pas eu de réponse à ce jour, je me permets de le faire.
Nouvel article du 2 Septembre 2020 — Mis à jour le 19 janvier 2021 —
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Premiers contacts avec le Village Lacustre

Il y a presqu’un an, une des membres de l’Association La Mère Lison de Loches me parlait du Village Lacustre de Gletterens… où il y avait des spécialistes des textiles anciens… Je prenais contact, mais nous étions déjà en Octobre. Il commence à y faire froid et les activités se congèlent pour passer l’hiver et reprendre au printemps.

Tout commence par…

François m’a donné gentiment les dates des prochaines Rencontres Préhistoriques au Village Lacustre et m’a beaucoup parlé du spécialiste des textiles, Jacques. Je prenais note.

Puis lors de recherches concernant les orties et mes essais de filature, j’appelais une dame qui faisait des reconstitutions historiques en tissage, elle aussi me renvoyait vers le Village Lacustre de Gletterens.

Alors, nous étions fin juin, j’ai donc rappelé au Village Lacustre pour savoir si les Rencontres Préhistoriques n’avaient pas été éliminées comme tant d’activités culturelles en France par ce vilain virus…

Par chance, en Suisse, la culture n’a pas subi autant de dégâts qu’en France. On m’a dit que je pouvait venir condition d’avoir un déguisement préhistorique.

Mon déguisement préhistorique

Cependant, il me restait peu de temps. Donc, après mes heures de wwoofing, je me dépêchais de me composer un costume…

Teinture

Depuis quelques mois, je filais de la laine que m’avait donnée Cécile, une amapienne, amie de Paul de Biolab Maraîchage.

On m’avait aussi donné quelques bassines à confitures, je les ai mises à contribution pour teindre, de même que celle en inox que j’avais achetée pour faire les savons.

Avec un petit groupe de wwoofers curieux de voire des teintures naturelles, nous avons teint les petits écheveaux que j’avais filés.

Lavage des laines

Je les ai d’abord lavés en testant la lessive de lierre que nous avions préparée. Le résultat a été plus que correct, bien que la laine était très grasse. En effet, je la file brute de tonte, c’est plus facile.

Lavage de la laine à la lessive de lierre pour aller au Village Lacustre
Lavage de la laine à la lessive de lierre pour aller au Village Lacustre

Teintures

Nous avons testés:

  • Les écorces et noyaux d’avocats que nous avions mangés
  • Les écorces de citrons et d’oranges
  • Le thym que j’avais taillé
  • La garance de chez Michel Garcia
  • Les feuilles du pauvre noyer qui avait eu la mauvaise idée de pousser dans la serre en verre et qui faisait trop d’ombre aux poivrons…

Comme je teints de petites quantités, exceptionnellement, je le fais sur la cuisinière.

Teinture dans une casserole en inox, pour le Village Lacustre
Teinture dans une casserole en inox, pour le Village Lacustre

Enfin, certains bains se sont répétés dans différentes casseroles donnant une grande variété de couleurs… Le cuivre modifie les couleurs.

Teinture dans une bassine en cuivre, pour le poncho que je porterai au Village Lacustre de Gletterens
Teinture dans une bassine en cuivre, pour le poncho que je porterai au Village Lacustre de Gletterens

Résultat final

Quand j’ai pesé toutes ces laines, je n’avais pas plus que 400 grammes. En effet, au lavage, la laine perd plus du tiers de son poids. C’était, la graisse (lanoline), le suint (le parfum ou la mauvaise odeur, selon les goûts) et les poussières.

Maintenant, je file plus fin et je retords mes laines pour obtenir un meilleur résultat, c’est donc plus long.

Laines teintes pour les Rencontres au Village Lacustre
Laines teintes pour mon déguisement pour les Rencontres Préhistoriques au Village Lacustre de Gletterens

Tissage

Le poncho

J’ai décidé d’aller au plus simple, un poncho, des guêtres, et une jupe…

Le poncho, je l’ai fait avec deux bandes sur mon métier Tissanova que j’ai réunies au crochet. Une des bandes avait des broderies incrustées lors du tissage avec les laines teintes naturellement. Ces dessins ressortaient sur un fond de trame blanche en laine de mouton et une chaîne d’alpaga beige. En outre, cela a été l’occasion de tester l’extension de mon métier Tissanova que m’a gentiment fait notre voisin à Loches. Cela a très bien fonctionné.

J’étais tellement pressée de terminer mon poncho que j’ai oublié de prendre des photographies de la première bande…

Montage de la chaîne sur mon métier Tissanova amélioré pour mon poncho au Village Lacustre
Montage de la chaîne sur mon métier Tissanova amélioré pour mon poncho au Village Lacustre

La deuxième bande, plus simple, alternait des rayures de différentes couleurs de laines plus ou moins épaisses.

Elle était un peu plus longue que la première. Pour cacher cette différence, j’ai décalé les deux bandes pendant le montage lors du voyage.

Voici les deux bandes finies du poncho pour le Village Lacustre
Voici les deux bandes finies du poncho pour le Village Lacustre

Les guêtres

Elles étaient constituées de deux rectangles crochetés avec la laine brute, non filée.

Crochetage de la laine brute pour mes guêtres pour le Village Lacustre
Crochetage de la laine brute pour mes guêtres pour le Village Lacustre

Puis, je les ai lavés et teints aux feuilles de noyer, ils ont été cousus au crochet pour faire des tubes avec une laine teinte à la garance.

Rectangles crochetés teints aux feuilles de noyer, deuxième bain, pour mes guêtres au Village Lacustre
Rectangles crochetés teints aux feuilles de noyer, deuxième bain, pour mes guêtres au Village Lacustre

En outre, les guêtres et les ponchos étaient effectivement utilisés en Amérique précolombienne, comme l’attestent les dessins de Guaman Poma de Ayala.

Imagen del Inka Yupanqui
(Guamán Poma de Ayala, 1980 [1616], T. I, pp.: 90).

Costume pas fini, mais suffisant

Enfin, je n’ai pas terminé la jupe qui était crochetée de la même manière, j’ai tout de même obtenu un grand rectangle que j’ai teint à la ronce au Village Lacustre.

Rectangle de laine teinte à la ronce, au Village Lacustre
Rectangle de laine teinte à la ronce, au Village Lacustre

Je n’ai pas eu besoin de la jupe, car il faisait très chaud. Alors, j’ai mis un pantalon en coton teint en ecoprint au Brésil.

Je n’ai pas eu le temps de me faire les chaussures en feutres que j’avais projetées. Mais le feutre n’est arrivé que très récemment en Amérique Latine.

Je n’avais pas non plus de cuir sous la main pour me faire des tongs comme les Incas ou mieux des mocassins. Ce sera pour une prochaine fois.

Le voyage vers le Village Lacustre de Gletterens

En France, quand on veut éviter de passer par Paris, tout se complique, bien que quand on insiste dans les recherches, c’est possible. Les recherches ont été longues mais fructueuse, en partant 2 jours à l’avance.

Détour par Loches

Avant de repartir au Chili en novembre 2019, j’avais laissé un gros sac de tricots et tissages chez mes amis de l’Atelier de Joëlle à Loches.

Mes amis n’étaient pas là l’après-midi. Je suis donc passé le chercher comme convenu chez La Mère Lison.

Le trajet décidé était: Nemours – Montargis – Orléans – Tours – Loches – Tours – Lyon – Genève…

Nemours – Montargis pas de problème, il y a des trains toutes les heures, j’arrive à la gare vers 9 heures, j’attends le suivant.

Maintenant, il y a tant de trains en retard, que l’on annonce ceux qui sont à l’heure…

Les déboires commencent

Montargis – Orléans, il n’y a plus de trains, mais un bus et plusieurs escaliers pour la sortie, pas d’ascenseurs, ni de rampe d’accès pour les handicapés. Ma grosse valise bleue se délabre. En essayant de lui faire passer les marches, la poignée s’est arrachée. J’arrive à l’arrêt de bus, il faut attendre 3 heures. Je m’installe à coudre mes guêtres, puis à lire.

Voici les guêtres finies en attendant le bus, début de mon périple pour le Village Lacustre
Voici les guêtres finies en attendant le bus, début de mon périple pour le Village Lacustre

Le bus arrive, pas d’aide pour mettre les bagages dans la soute. Le chauffeur ne dit pas bonjour, mais “Mettez votre masque“. Il n’est pas content, car il doit me rendre la monnaie qui pourrait le contaminer. La moitié des sièges ne peuvent pas être utilisés.

Arrivée à la Gare Routière d’Orléans, pas d’indications de la Gare SNCF, personne ne sait rien et je dois traîner mes deux valises et mon sac à dos.

Curieuse banalité à la gare d’Orléans

Une fois trouvée la gare, cachée dans un centre commercial, je veux acheter le billet Orléans – Tours. Les machines automatiques me disent que mes cartes bleues ne marchent pas. Quelle inquiétude! Je passe au bureau d’achat, heureusement cela a marché. Mais en sortant, le vigile ne voit pas que je dois tirer deux valises une par une et commence à me menacer.

Arrivée à Tours, il faut à nouveau sortir de la gare pour prendre un bus et il faut que j’arrive avant 19 heures, avant que la Mère Lison ne ferme.

Loches

Arrivée à Loches, je demande à l’employé de la gare s’il y a une consigne. Il dit que oui. J’arrive avec mes valises, il veut d’abord que je mette mon masque alors qu’il est bien protégé derrière une vitre. Puis, il me dit qu’il n’y a plus de consigne depuis les attentats. Je suis curieuse de savoir quand a eu lieu le dernier attentat à Loches, tranquille village de moins de 10.000 habitants?

Je dois donc traîner mes valises jusqu’à la Mère Lison pour ensuite revenir à la gare avec un gros sac en plus! Heureusement, arrivée sur la place du marché, je rencontre la police municipale qui ne peut pas m’aider, mais me dit de voir avec le restaurant. Le restaurant m’autorise à laisser mes valises sur leur terrasse pendant 10 petites minutes. Je file à la Mère Lison. Là-bas quelqu’un qui me connaît m’aide à ramener mon sac de tricots et mes valises jusqu’à la gare. Elle a vraiment été très gentille.

Drôle de tourisme

Retour à Tours en bus. Celui-ci passe par de nombreux petits villages aux gares abandonnées. Joli clocher en pierres à Courçay, je ne l’ai pas photographié, les photos prises depuis un bus ne rendent jamais bien…

Ce voyage est aussi la résistance à la soif. Je m’achète une petite bouteille d’eau au distributeur (il n’y en a pas de grandes). Paiement par carte sans contact pour éviter la contamination au virus…

Tours

De retour à la Gare SNCF de Tours, il est déjà plus de 20 heures. Le bureau de vente des tickets est déjà fermé. Les machines ne vendent que des tickets qui passent par Paris, alors que les trains qui vont à Lyon passent par Tours. Où est la logique? Jusqu’ici, j’avais évité Paris, je n’allais tout de même pas y retourner, et peut-être devoir changer de gare avec mes valises? C’était hors de question.

Bien sûr, je prends mon mal en patience, pensant y être en sécurité, je décide de passer la nuit dans la gare. Pas de toilettes, pas d’internet non plus, bien que j’étais assise dans la zone WIFI. Je voulais attendre le premier train pour Tours-Les Aubrais vers 6 heures.

Mauvaise idée, c’est devenu impossible en France. Plus de train de nuit, donc interdiction d’attendre. Un peu avant 23 heures arrivent 3 vigiles équipé d’un chien me réveille de mon état de somnolence et prétendent que je les retardent pour fermer la gare. Évidemment, ils n’ont pas autre chose à me proposer que de sortir, sans aide. Je crois qu’à leur place j’aurais eu honte. Mais, la honte semble aussi interdite aujourd’hui.

Nuit avec les SDF à Tours

Je traîne donc à nouveau, un à un, à moitié endormie, mes deux valises et mon sac de tricot, sans enlever mon sac à dos, vers la sortie de la gare. Je préfère rester dans le coin le mieux éclairé, c’est-à-dire juste devant la porte de la gare que les vigiles se sont empressés de fermer, à peine l’eus-je franchie.

Il y a bien des édifices qui ressemblent à des hôtels, ils sont sans doutes inabordables et semblent fermés, pas une fenêtre ne montre de lumière.

Un touriste me fait donner un billet de 5 euros par sa petite fille. Je me mets à écrire un premier jet de ce passage.

Un Africain passe à vélo, il écoute une chanson qui dit “Il faut réfléchir tout de suite“. C’est peut-être la chose la plus sensée que j’ai entendue aujourd’hui!

Que faire?

Maintenant, je ne pouvais plus me permettre de fermer l’oeil. Heureusement, je n’avais pas froid aux pieds avec mes guêtres. D’abord, j’étudiais un peu la situation. J’ai osé aller parler un peu avec un chauffeur de taxi. Il me dit que l’on pouvait utiliser le WIFI du MacDonald du coin, mais cela ne marchait pas à cet horaire. J’essaie de me renseigner s’il y a des bus pour Lyon, il me conseille d’attendre le matin.

Parfois, des SDF me demandaient des cigarettes, malheureusement pour eux, je ne fume pas. Ils repartaient déçus. Il y en a un qui trouvait chouettes mes vieilles crocs. Il y avait du monde qui passait…

Ne pas perdre de temps

Voyant que mon coin était tout de même assez tranquille, je me suis décidée à chercher mon gros sac vert qui était dans la petite valise noire et à répartir les tricots récupérés à Loches entre ce sac et la petite valise noire.

Puis, je cherchais les morceaux de mon poncho-déguisement, un crochet et de la laine pour faire les finitions, profitant de l’éclairage nocturne de la gare vide, peuplée de vigiles sans pitié pour les clients qui en fin de compte paient leurs salaires.

J’ai donc tricoté, assise sur ma valise, jusqu’à 5h30, heure à laquelle les vigiles daignent ouvrir les portes.

Nuit de SDF
Voici la photo la plus claire de cette sombre nuit

Que penser de cette nuit?

Tout cela donne l’impression d’une perte de qualité du service. La sécurité concerne le bâtiment, mais non les usagers et clients. Pourtant, tout cela est payé par nos achats et bien sûr nos impôts.

Signalétique hermétique

De curieux pictogrammes souvent liés au COVID 19 ont fait leur apparition un peu partout, même sur le sol. Ils sont si peu évidents que des affiches les expliquent. Cela a dû être rentable pour les designers qui les ont conçus.

Comment les archéologues du futur interprèteront-ils tout cela dans quelques milliers d’années?

Je pense à la nouvelle de Primo Levi, où il imagine des archéologues du futur qui redécouvre Pompéi à nouveau couvert de cendres après une répétition moderne de l’explosion du Vésuve, et ils analysent les différents appareils photographiques des touristes en se posant des questions insolubles…

Froids pictogrammes sur le sol de cette gare
Froids pictogrammes sur le sol de cette gare, mes bagages attendent que je les traîne jusqu’au prochain train

Tours Les Aubrais – Lyon – Genève

Après une nuit pleine d’inquiétude, je prends une des premières navettes pour Tours-Les Aubrais. J’en profite pour enfin pouvoir aller aux toilettes dans le train.

Par chance, là j’arrive à obtenir de l’aide auprès d’une employée qui sait comment faire sortir de la machine à tickets toute une série de billets pour aller jusqu’à Genève, sans passer par Paris.

On dirait que le système s’est un peu dégrippé! Elle a même la gentillesse de m’autoriser à laisser mes bagages au pied de l’escalier le temps d’aller m’acheter quelque chose à manger. J’avais terriblement faim, je n’avais rien mangé depuis la veille à 6 heures… D’autant plus que les dernières heures avaient été très sportives.

Car, il semble qu’il faille être en excellente santé pour voyager dans les transport en commun en France.

Cette fois, le train est bondé, il a récupéré les passagers d’un autre train en retard pour avoir croisé le passage malencontreux d’un chevreuil inattentif. Là encore, le personnel était débordé, mais très accommodant… Voyage assise sur ma valise, car je n’étais pas montée dans la bonne voiture…

Lyon

Changement de train à Lyon, mon pied glisse entre le quai et le train. Une de mes chaussures tombe sur la voie. Je n’en ai pas d’autres. Heureusement, un employé me la ramasse une fois le train partie. Je suis bonne pour une remarquable série de bleus sur la jambequi m’accompagneront pendant 15 jours.

Cela n’aurait pas eu lieu en Suisse où les trains ont de petites extensions devant les portes pour éviter les chûtes, même quand on est chargé.

Enfin, j’espère ne pas trop vous avoir ennuyé avec mon périple. Mais, vu le prix des transports, il me semblerait normal de recevoir un meilleur service. Ce service est-il encore public?

Arrivée en Suisse

Je suis tellement fatiguée par la nuit devant la porte de la Gare de Tours, que j’ai dormi une grande partie du voyage. Je n’ai pas pu profiter du paysage.

Passage de la douane à Genève sans problème. Recherche du prochain train pour Fribourg. Ici, les choses sont beaucoup plus faciles, malgré les indications en allemand. Il y a des rampes et aussi souvent des ascenseurs. Et les gens aident spontanément, ce qui est très appréciable.

Près du but

Je reprends contact avec François et Jacques, ce dernier me réponds par message qu’il a eu de gros soucis de santé et que je dois appeler au Village Lacustre. François a aussi eu un accident peu auparavant. J’arrivais un jour avant les Rencontres Préhistoriques, au Village Lacustre, comme me l’avais conseillé Jacques.

À Fribourg, j’ai pris un train pour Estavayer le Lac, car un autre ami wwoofer suisse m’en avait parlé, au lieu de me baser sur le plan du site. J’aurais plutôt dû descendre à Payerne ou avoir pris un bus pour Gletterens à Fribourg.

Plan d'accès au Village Lacustre de Gletterens
Plan d’accès au Village Lacustre de Gletterens

J’arrive à Estavayer le Lac vers 21 heures. Pour descendre du train une dame me dit “¿La puedo ayudar?”, c’était une Chilienne qui vit en Espagne. La gare est déserte et je ne sais pas où passer la nuit… Heureusement, elle me donne le numéro d’un taxi. Celui m’a aidé à trouver une chambre d’hôtel et m’y a amené.

Je me retrouve dans un hôtel sur une aire de repos d’autoroute. L’hôtel est un peu cher (130 Francs Suisses), mais quel repos après toutes ces heures de voyage mouvementé.

Arrivée au Village Lacustre de Gletterens

Le matin, depuis l’hôtel, j’appelle le Village Lacustre, car je ne savais pas comment faire pour y arriver. Jack, un des animateurs-médiateurs culturels, passera me chercher vers 14 heures.

À partir de 11 heures, je sors avec tous mes bagages et je m’installe pour terminer mon poncho, car je n’avais pas encore réuni les deux bandes. Je le fais par une couture au crochet.

Poncho presque fini pour le Village Lacustre
Poncho presque fini pour le Village Lacustre

Juste au moment où j’ai fini mon poncho, Jack du Village Lacustre apparaît. Il m’a tout de suite amenée à Gletterens et j’ai pu faire connaissance avec d’autres membres de cette sympathique équipe.

Le Village Lacustre de Gletterens

Les abris préhistoriques

Il y a un, un peu caché sous les arbres, à côté des autres habitations du village lacustre. Un peu trop caché, certains visiteurs ne le voient pas.

Il y en 3 autres à côtés des tipees qui sont habituellement loués à la nuit. J’ai dormi dans l’un d’eux pendant le temps des Rencontres Préhistoriques. J’ai trouvé cela si agréable que j’aimerai bien qu’on en construise un à Biolab Maraîchage.

La structure

En effet, la structure en bois est facile à monter avec des branches droites et souples attachées, maintenant avec des ficelles, durant la préhistoire avec des lanières en cuir, des nerfs d’animaux ou des cordes végétales.

Cela ressemble à un igloo couvert de peaux d’animaux. C’était sans doute un matériaux courant à l’époque. Les animateurs m’ont raconté qu’ils avaient acheté à bas prix des peaux invendables à une tannerie qui avait été inondée.

La structure est en bois et légère, dans cet abri du Village Lacustre
La structure est en bois et légère, dans cet abri du Village Lacustre

Il y au milieu du toit un carré d’un mètre environ, couvert par une bâche en plastique transparent que l’on peut ouvrir et refermer, laisse entrer la lumière.

Trou central, ici protégé par une bâche en plastique, au Village Lacustre
Trou central, ici protégé par une bâche en plastique, au Village Lacustre

Le sol

Le sol est recouvert de BRF (bois raméal fragmenté), ou pour le dire plus simplement de copeaux.

Ces petits morceaux de bois procurent un sol souple et bien isolé au Village Lacustre
Ces petits morceaux de bois procurent un sol souple et bien isolé au Village Lacustre

Surprenant, ces abris sont suffisamment grands pour que l’on tienne debout, on peut y dormir à plusieurs. Ils sont très étanches, même en cas d’orage…

Les différents types de maison du Village Lacustre de Gletterens

Ce sont des maisons en bois et terre/paille. Elles ont été construites suivant des modèles de bâtiments dont on a retrouvé les traces lors de fouilles.

Si les plans sont précis, grâce aux implantations des pilotis et poutres retrouvés dans les lacs des alentours. Les toits sont des suppositions fort probables, ils n’ont malheureusement pas été conservés.

Les maisons près de la fontaine

Dès le petit pont de l’entrée, on découvre une petite maison sur pilotis, décorée.

Le première petite maison du Village Lacustre
Le première petite maison du Village Lacustre

En outre, il y a trois autres maisons plus grandes et un petit bâtiment qui sert de réserve dans la zone centrale, près d’un point d’eau.

Deux autres maisons du Village Lacustre
Deux autres maisons du Village Lacustre

Ces bâtiments servent pour les animations et ateliers (feu, peinture, tissage…).

Quatrième maison du Village Lacustre
Quatrième maison du Village Lacustre

Pendant les quelques jours des Rencontres Préhistoriques, il y a eu aussi un tipee en cuir tanné àla cervelle et construit par l’un des participants, c’était un des centres d’activités du Village Lacustre, on y taillait des silex, faisait de la céramique et polissait des haches…

À l'arrière plan, on distingue un petit tipee, occupé par un jeune chimiste passionné de préhistoire
À l’arrière plan, on distingue un petit tipee, occupé par un jeune chimiste passionné de préhistoire

La maison du bronze

Derrière une haie, il y a dernière venue, la Maison du Bronze, avec le four à bronze et l’atelier de tissage. je ne sais pas pourquoi, j’ai oublié de la photographier. Sans doute est-ce parce que ce qui se passait à l’intérieur était plus important.

Doris, vient de m’envoyer deux photographies.

La Maison du Bronze, vue extérieure
La Maison du Bronze, vue extérieure
La maison du Bronze, vue de l'intérieur
La maison du Bronze, vue de l’intérieur

Voici un joli détail d’une porte.

Détail de la jointure des planches de la porte de la Maison du Bronze au Village Lacustre
Détail de la jointure des planches de la porte de la Maison du Bronze au Village Lacustre

En outre, des panneaux à l’entrée indiquent comment ont été construits les différents édifices et les dates auxquels ils correspondent. Ces panneaux sont bilingues français/allemand. Ils sont complétés par des brochures distribuées à l’entrée.

Une des pancartes à l'entrée du Village Lacustre qui donne des explicatons sur la reconstitution de ces bâtiments
Une des pancartes à l’entrée du Village Lacustre qui donne des explicatons sur la reconstitution de ces bâtiments

Le jardin néolithique du Village Lacustre

Il a une forme de mandala, c’est plus joli ainsi…

Son but est de réunir des plantes cultivées au néolithique. Car, les fouilles récentes ont mis à jour de nombreuses graines et des restes de plantes médicinales, à fibres et tinctoriales.

Joli bouillon blanc à l'entrée unit l'utile à l'agréable
Joli bouillon blanc à l’entrée unit l’utile à l’agréable

En effet, le bouillon blanc jolie plante médicinale ne pouvait pas manquer à l’entrée. Ses feuilles étaient utiles au moment d’aller au toilettes quand le papier hygiénique n’existait pas encore.

Voici le lin déjà en graines, il va falloir le récolter vite
Voici le lin déjà en graines, il va falloir le récolter vite

Donc, on y voit du lin, dont les fibres étaient déjà très utilisées pour les vêtements et les graines pour l’alimentation. Maintenant, on doit choisir soit la production de fibres ou celle de graines.

Céréales anciennes au jardin du Village Lacustre
Céréales anciennes au jardin du Village Lacustre

À côté, sont aussi présentes des céréales et des légumineuses anciennes, base de l’alimentation à l’époque. Les chaumes des céréales et d’autres graminées servaient certainement pour les toitures.

Légumineuses anciennes protégés des rongeurs par un filet moderne
Légumineuses anciennes protégés des rongeurs par un filet moderne

Une belle touffe de cardères (cabaret aux oiseaux) donne un peu de relief. Les boules de graines, servaient jusqu’il y a peu à carder la laine.

Les cardères avaient déjà leur utilisation au néolithique
Les cardères avaient déjà leur utilisation au néolithique

Lors de mon voyage en Équateur, à Otavalo, ville spécialisée dans l’activité textile, j’ai vu un outil équipé de boule de cardère. Frotter une toile en laine avec cet appareil, arrache de petites fibres et rend le textile légèrement poilu. Ce type de finition est très apprécié.

cardères à Otavalo, Équateur
Cardères à Otavalo, Équateur, prêts à être montés sur leur support, à des milliers de kilomètres du Village Lacustre de Gletterens, la technique est encore utilisée

Le beau n’exclut pas l’utilitaire

Ce jardin n’oublie pas les fleurs qui ont aussi leur rôle à jouer dans la protection des cultures.

Ces fleurs mellifères font aussi leur apport à l'économie néolithique où le miel, principale source de sucre, était fort apprécié
Ces fleurs mellifères font aussi leur apport à l’économie néolithique où le miel, principale source de sucre, était fort apprécié

Les graines de plantes anciennes proviennent de la fondation Pro Specie Rara, qui aide à la diffusion d’espèces agricoles. Elle fournit des semences au Village Lacustre de Gletterens et lors de la récolte, les animateurs renvoient à la Fondation une partie des graines.

Voici le contact pour les espèces rares
Voici le contact pour les espèces rares

Bien que ce jardin semble modeste, il demande beaucoup de travail et n’est malheureusement pas épargné par les rongeurs qui semblent l’apprécier un peu trop.

Grande variété de plantes dans cette haie qui abrite de nombreux animaux
Grande variété de plantes dans cette haie qui abrite de nombreux animaux

Les haies ont aussi été plantées d’arbustes spécialement choisis pour leur utilisation au néolithique, par exemple bois de flèches, manche d’outils… Elles sont vraiment très belles et j’ai eu du mal à choisir la photographie… Jack les entretient tout le long de l’année.

Les ateliers du Village Lacustre

Je n’ai malheureusement pas pris de photographies des ateliers. Il y en a destinés aux enfants, comme la peinture avec des ocres… Pour les plus grands, il y a le feu, le tir de sagaie, la taille de silex… Même les adultes apprécient ces initiations à des techniques mythiques.

Ces ateliers ont généralement lieu l’après-midi.

Enfin, le Village Lacustre de Gletterens fait aussi l’objet de nombreuses visites scolaires.

En outre, il y a des échanges avec d’autres musées.

Les tipees et abris préhistoriques

Il y a trois abris préhistoriques, tels que je les ai décrits antérieurement. M’y voici installée pour 15 jours merveilleux.

Mes babages ont trouvé un peu de repos dans cet abri du Village Lacustre
Mes bagages ont trouvé un peu de repos dans cet abri du Village Lacustre

En outre, il y a deux modèles de tipees, un petit et deux grands. Ils sont vraiment imposants.

Petit tipee et à l'arriere plan un abri préhistorique au Village Lacustre
Petit tipee et à l’arrière plan un abri préhistorique au Village Lacustre

Bien sûr, ils sont plus lumineux à l’intérieur, mais ils semblent moins étanches à la pluie. De même que les abris préhistoriques, le sol est garni de copeaux de bois.

Vue intérieure d'un grand tipee au Village Lacustre de Gletterens, l'effet d'ombres des branches des abres voisins m'a beaucoup plû.
Vue intérieure d’un grand tipee au Village Lacustre de Gletterens, l’effet d’ombres des branches des arbres voisins m’a beaucoup plû.

Ils sont démontés à la mauvaise saison et remontés au printemps.

Vue du camping néolithique au Village Lacustre, depuis la porte de mon abri préhistorique
Vue du camping néolithique au Village Lacustre, depuis la porte de mon abri préhistorique, boucanage d’une peau tannée à la cervelle

Normalement, ils sont loués à la nuit, mais exceptionnellement nous, les participants des Rencontres Préhistoriques, y avons été logés pendant ces jours.

Les Rencontres Préhistoriques

D’abord, elles permettent aux visiteurs d’en savoir un peu plus en voyant en direct des techniques que l’on voit habituellement seulement dans des documentaires, ou même parfois des techniques inconnues du grand public, telle que le tannage à la cervelle.

Ainsi, les visiteurs ont aussi la possibilité d’assouvir leur soif de connaissances en posant des questions. Par chance, ce n’étaient pas des touristes pressés comme au Chili, ils oubliaient de regarder le portable…

Les questions étaient nombreuses et indiquaient un réel intérêt
Les questions étaient nombreuses et indiquaient un réel intérêt

Ensuite, ces rencontres sont passionnantes pour les animateurs et les chercheurs qui peuvent prendre le temps de se perfectionner en partageant avec leurs pairs des détails techniques et des questions qui les font progresser dans leur pratique de tous les jours. C’était vraiment très enrichissant.

Les spécialistes font des découvertes notables chaque année et comparent leurs résultats.

Les techniques représentées au Village Lacustre

Le bronze

C’est certainement la technique la plus spectaculaire.

J’ai pris tant de photographies, que je crois que je vais devoir y consacrer un article entier. C’est vraiment trop beau pour n’y consacrer qu’un chapitre ici.

Doris est entrain de couler une pièce en bronze, quel travail!
Doris est entrain de couler une pièce en bronze, quel travail!
Résultat, reproduction de pièces historiques aussi bien d'objets d'apparât que d'outils de l'époque
Résultat, reproduction de pièces historiques aussi bien d’objets d’apparat que d’outils de l’époque

La taille de silex et le feu

Deux des techniques préhistoriques les plus anciennes étaient très bien représentées au Village Lacustre de Gletterens.

Éric enseignait à qui voulait le suivre tous les détails de la taille du silex. Il avait fait un admirable pendentif salamandre en silex.

Éric entrain de tailler des silex au Village Lacustre
Éric entrain de tailler des silex au Village Lacustre

Puis, il enseignait les différentes méthodes pour produire du feu.

Ici un visiteur apprend à faire du feu selon l'une des dix techniques proposées par Éric
Ici un visiteur apprend à faire du feu selon l’une des dix techniques proposées par Éric

Un peu de musique

Enfin, il faisait sonner toute une série de répliques d’instruments de musique préhistoriques. Les éventuels clients ne pouvaient pas les essayer à cause du COVID! Quelle ironie!

Vous pouvez le retrouver sur son site www.archeoshop.com.

Étal d'instruments de musique d'Éric
Étal d’instruments de musique d’Éric

Il a aussi fait une démonstration d’abattage d’arbre à la hache de pierre. Un aulne à été choisi.

Ici, Éric ébranche l'aulne abattu avec une hache, réplique fidèle jusque dans les techniques de fixations des outils archéologique
Ici, Éric ébranche l’aulne abattu avec une hache, réplique fidèle jusque dans les techniques de fixations des outils archéologique. Nous utiliserons ces branches bien droites pour enrouler les ecoprint, les feuilles s’imprimeront aussi

Le tannage à la cervelle

Dominique, le tanneur, est chimiste de formation. Je suis vraiment très contente d’avoir rencontré un chimiste. Car, beaucoup de mes problèmes d’artisanat, sont des problèmes de chimie. De plus, il s’intéressait aussi aux colorants.

Depuis longtemps, je cherchais des informations sur le tannage des peaux et je n’en ai trouvé que très peu d’utiles. Dominique a publié un petit livre très concret à ce sujet, disponible sur le site d’Éric.

Précis et concret, concernant un domaine où ne trouve pas beaucoup d'informations correctes
Précis et concret, concernant un domaine où ne trouve pas beaucoup d’informations correctes

La technique est simple, elle requiert surtout du temps, de la force et de la patience…

Ici, Franck forgeron et armurier, s'informe des détails du tannage auprès de Dominique
Ici, Franck forgeron et armurier, s’informe des détails du tannage auprès de Dominique

Il a aussi fait des démonstrations de tannage à la cervelle, telle que la pratique encore les Indiens d’Amérique du Nord. Il a tanné la fourrure d’un daim. Le résultat semble meilleur que le tannage à l’alun et ne présente pas la toxicité des sels de chrome qui sont le plus souvent utilisés en tannerie depuis le XIXème siècle.

Une fois la peau de daim bien grattée, Dominique commence à appliquer la cervelle
Une fois la peau de daim bien grattée, Dominique commence à appliquer la cervelle

Les frondes

Là, il y avait aussi Pierre, le spécialiste des frondes. Il faisait des démonstrations de tir à la fronde avec des modèles du monde entier.

Frondes au Village Lacustre
Frondes de Pierre au Village Lacustre

Pierre a aussi profité pour apprendre auprès d’Éric plusieurs technique de taille de silex. Il a appris à filer au fuseau et pourra ainsi filer les fibres qu’il utilise dans ses frondes.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à visiter son facebook.

Tissage aux tablettes

Carole, une des animatrices du Village Lacustre faisait des démonstrations de tissage aux tablettes.

Cette technique dite “primitive” est apparue un peu partout dans le monde, elle permet de tisser notamment des galons très complexes, grâce à des tablettes généralement percées de 4 trous. Cela permet de gérer de différentes manières des chaînes de différentes couleurs. En faisant tourner les tablettes, on obtient des dessins qui peuvent même être double face.

Ce type de métier est vraiment peu encombrant (il peut tenir dans une poche) et permet de tisser n’importe où à partir du moment que l’on trouve un point d’attache pour la chaîne. Il est l’idéal pour les nomades.

Carole tisse de très belles ceintures, dommage que l'on ne voit pas les détail du tissage
Carole tisse de très belles ceintures, dommage que l’on ne voit pas les détail du tissage

Je n’ai pas encore pu pratiquer ce type de tissage. Mais grâce à mes amis les bronziers, j’ai pu acheter des métiers à tablettes et des livres pour m’y former.

Documentation très complète et métier à tablettes en attente d'être monté
Documentation très complète et métier à tablettes en attente d’être monté

Fibres de liber de tilleuls

Les fibres de liber de végétaux ont fait partie des premières fibres utilisées par nos ancêtres.

Elles deviennent rares aujourd’hui, car elles exigent l’abattage de l’arbre. En effet, la circulation de la sève dans les végétaux passe par le cambium, c’est-à-dire, la partie interne de l’écorce. C’est justement cela qui est utilisé dans ce cas. Le tilleul est l’un des arbres les plus apprécié depuis des temps immémoriaux. C’était parfois un arbre sacré.

L’écorce est arrachée tout autour du tronc, par segment verticaux, normalement sur l’arbre avant d’être abattu, si possible en mai-juin. Cette écorce est mise à rouir dans de l’eau pendant un certain temps. Alors, les fibres du liber se sépare de l’écorce.

On m’a raconté au Village Lacustre que le tilleul n’est pas très apprécié des forestiers qui sont souvent contents de s’en débarrasser. Cela peut donner l’occasion de récupérer le liber.

Pour cela, on laisse tremper dans de l’eau les écorces. Des fils se séparent en plusieurs couches, on les sépare, les fait sécher. On peut les tresser, les travailler en vannerie et plus difficilement les filer.

Fibres de liber de tilleul entrain de sécher
Fibres de liber de tilleul entrain de sécher

J’en ai ramené un peu.

C’est l’une de mes découvertes au Village Lacustre. Cependant, c’est un produit assez rare et je n’ai pas tenté de le teindre. Mais, cela ne doit pas différer beaucoup du raphia.

Cela ressemble un peu à du raphia, mais c’est plus difficile à travailler.

Chapeau et manteau en liber de tilleul, vu au musée du Latenium à Neuchatel
Chapeau et manteau en liber de tilleul, vu au musée du Latenium à Neuchatel

Les liber d’autres plantes peuvent aussi être utilisés. Á titre indicatif, j’ai vu mentionnés les liber de cigüe et de chêne…

Je viens de découvrir le site du musée d’Albersdorf, au Nord de l’Allemagne qui donne des informations très intéressantes sur les techniques employées pour le tissage de ce type de vêtements.

Poterie et autres activités

Auprès du tipee en cuir, il y avait un groupe de jeunes qui pratiquaient aussi bien le tannage, la taille du bois, la poterie et fabriquait leur habillement.

Pauline avait fait ainsi en terre cuite de jolis verres à boire avec des éclats de mica qui brillaient.

Un autre s’est taillé au couteau une navette pour tisser un filet… ainsi que d’autres outils en bois.

La teinture

Bien sûr, je faisais moi aussi, mes démonstrations.

Nous avons teint de la laine et du raphia avec de la ronce, différentes plantes à tannins, de la cochenille, du bois de Campêche et un champignon que j’ai trouvé près de la fontaine.

Un mélange de plantes à tannins a ainsi permit de donner une patine ancienne à une reproduction de flûte en os d’Éric.

Flûte d'Éric mise à teindre
Flûte d’Éric mise à teindre
Éric essaie sa flûte une fois teinte
Éric essaie sa flûte une fois teinte

Bien sûr, la cochenille et le bois de Campêche sont exotiques. Mais ils faisaient partie de l’arsenal tinctorial des sociétés très anciennes des Amériques et notamment du Mexique d’où ils sont originaires.

En outre, il existait des parents de la cochenille en Europe, notamment les cochenilles dites de Pologne (mais présente un peu partout en Europe) et celles dites d’Arménie. Le Kermès, récolté sur certains chênes des régions méditerranéennes, avait sans doute éveillé l’intérêt des peuples anciens…

Ecoprint

S’il n’y a pas de traces d’ecoprint anciens que je sache, il est fort probable que des taches végétales aient mis les premiers humains sur la voie de la teinture.

Donc, cette technique nous a permet de découvrir les pouvoirs tinctoriaux des plantes locales et de personnaliser nos vêtements. Éric, le tailleur de pierres et Dominique le tanneur ont ainsi redonné vie à leurs vieux tee-shirts et pantalons en les personnalisant ainsi.

Ce vieux tee-shirt a repris vie
Ce vieux tee-shirt a repris vie

Ainsi, nous avons testé, le camerisier à balais, la viorne classique, la viorne lantane (idéale pour la fabrication de flèches), le cornouiller sanguin, le frêne, le charme, noisetiers, saule, bourdaine, chêne, noyer, champignons, ronces et aulnes.

Bon nombre de ces plantes ont été plantées spécialement au Village Lacustre et y sont protégées, car elles étaient fort utiles pendant la préhistoire. On en a retrouvé les traces lors des fouilles archéologiques dans les nombreux villages lacustres retrouvés dans la zone.

Cela a été l’occasion de parfaire mes connaissances en botanique. Enfin, j’ai pu voir en réalité des plantes que savais tinctoriales, mais que je n’avais jamais vues, ou j’étais passée devant sans les reconnaître. Par exemple, Dominique le tanneur, m’a présentée la bourdaine, un des arbustes qui donnent les graines d’Avignon.

La filature

Une amie de François m’a amenée un jour un drap plein de laine, déjà lavée. Elle provenait de moutons valais, une vieille race locale. Cette laine serait très intéressante pour faire des inclusion dans du feutre.

Elle savait filer au rouet, mais pas au fuseau, elle a vite appris et elle est repartie avec un fuseau que lui avait vendu Éric, le tailleur de silex.

J’ai aussi un peu filé pour faire des tests de teinture.

Crochet

Il semble que le crochet est une technique qui proviennent de l’Inde. Mais, je ne sais pas si elle remonte au néolithique. Mes guêtres ont beaucoup plu à mes amis bronziers. C’est vrai qu’elles tiennent chaud. Alors, ils m’en ont commandé deux paires… J’ai réussi à en faire une paire avec la laine que j’avais, la seconde je viens de l’envoyer.

Tissage de gaze

J’avais acheté un livre sur les techniques de gazes, lors de mon voyage au Pérou.

Voici le livre qui m'a enseigné les techniques de gaze
Voici le livre qui m’a enseigné les techniques de gaze

J’ai donc essayé de tisser un échantillon des techniques montrées dans ce livre, en me basant aussi sur les dessins de Raoult d’Harcourt et ce que m’avaient montré des amies Diaguitas qui faisaient des “peleros“, sortes de couvertures épaisses à mettre entre le dos du cheval et la selle.

Fin des teintures

Après les Rencontres Préhistoriques, je suis restée quelques jours encore au Village Lacustre. Je déménageais de l’abri préhistorique vers la yourte de mes amis bronziers.

J’ai terminé des essais de teintures en cours, notamment avec le champignon xylophage de la fontaine et la sciure de bois. Le champignon a donné un beige un peu décevant.

Champignon xylophage trouvé près de la fontaine
Champignon xylophage trouvé près de la fontaine

Dans la sciure, j’ai laisser teindre à froid un ecoprint que mes amis ont développé après une semaine.

Ecoprint à froid dans de la sciure
Ecoprint à froid dans de la sciure

Je recevrai quelques jours après mon retour une photographie du résultat.

Résultat de l'ecoprint à la sciure à la froid
Résultat de l’ecoprint à la sciure à la froid

Visite au Latenium

J’ai souvent entendu parler du Latenium, grand musée de Neuchatel. Il aurait été dommage de repartir sans aller le voir.

Je suis donc partie pour Neuchatel, j’ai traversé le lac en bateau, c’est très joli.

Puis, j’ai pris un tramway pour le Latenium. Ce musée est très grand. J’y ai vu beaucoup de choses intéressantes, notamment au niveau des textiles.

J’y ai découvert un autre outil pour faire des filets.

Outil néolithique à tisser des filets
Outil néolithique à tisser des filets

Enfin, la librairie de ce musée est vraiment très fournie et j’ai eu beaucoup de mal à me retenir d’acheter quelques libres.

Ensuite, je suis allée acheter un charriot pour pouvoir transporter plus facilement mon sac vert. J’avais beaucoup allégé mes bagages grâce aux ventes des tricots. Mais, je repartais avec de nouvelles laines, un peu de cuir et quelques livres, dont ceux de Françoise Rossel que je vous recommande chaudement.

Rencontre avec une possible cliente

Peu de temps avant mon départ pour le Village Lacustre de Gletterens, je reçois un mail d’une artiste suisse qui désirait découvrir l’ecoprint.

Alors, je lui ai aussi donné rendez-vous au Village Lacustre. Je lui est montré quelques un de mes ecoprint et elle m’a montré des photographies de quelques unes de ses œuvres qui m’ont beaucoup plu.

Nous avons aussi éclairci quelques difficultés pour la réalisation de son projet. Enfin, je pense que je vais bientôt faire des tests en grandes dimensions, car je viens de m’équiper pour cela.

Divers

Entre les différentes activités de nombreux participants s’exerçaient au tir de sagaies, à l’arc ou à la fronde.

Nous avons aussi eu le plaisir d’assister à un concert de polyphonie avec le groupe de François Rossel. Ce fut un surprenant voyage musical qui allait de l’Espagne à la Turquie avec de nombreuses étapes.

Suite du voyage

Départ du Village Lacustre

Lors de conversations sur les textiles, le nom de Hallstatt est revenu plusieurs fois. Doris m’a montré des photographies de textiles préhistoriques extrêmement bien conservés.

Cela m’a donné très envie d’y aller. C’est en Autriche, c’est plus proche de Gletterens que de Paris. Et, je ne sais pas quand j’aurais pu y aller par la suite.

J’ai étudié les plans et les solutions de transport proposés. J’ai trouvé un bus qui allait trois fois par semaine de Berne à Salzbourg, beaucoup plus économique que le train.

Je suis donc partie de bonne heure pour Berne avec mon sac à dos, seulement avec ma petite tente et mon sac de couchage et un des livres de François. J’ai laissé l’ordinateur sous la protection de Doris, car il était trop lourd. J’ai bien fait, je ne l’aurais pas utilisé.

Berne

Je suis arrivée à Berne vers midi.

Je suis arrivée à la gare routière vers 13 heures, j’avais quelques heures d’avance. Serait-ce l’effet du COVID, cette gare routière était complètement déserte. Tous les bureaux étaient fermés. Les horaires indiqués n’étaient pas à jour.

Une jeune fille est arrivée à vélo, je croyais qu’elle venait ouvrir le bureau d’une compagnie de bus. En réalité, elle était originaire de Chevroux, village voisin de Gletterens, connaissait Jacques des textiles anciens et venait chercher une amie qui devait arriver en bus.

Je n’avais pas fini d’attendre. Mais, enfin le bus arrive. Petit problème: les chauffeurs ne parlent que slovaque (le bus continuait vers Bratislava, après Salzbourg). Par chance, j’ai étudié le polonais, il y a plus de 30 ans, je les comprends. Mais, je n’avais pas acheté le ticket par internet et il fallait l’avoir imprimé. Il y avait peu de voyageurs, ils m’ont proposé payer 50 francs suisses. Je n’en croyait pas mes souvenirs linguistiques, c’était moins cher que si j’avais acheté le ticket par internet.

Le train m’aurait coûté 135 francs suisses, mais avec départ immédiat.

Je m’embarque donc pour Salzbourg. J’y arrive à 2 heures du matin, à un arrêt de bus.

Salzbourg

Alors, il faut que j’arrive à la gare ferroviaire. Heureusement, un taxi attend tout près. Il m’y emmène. La gare était assez loin, mais elle était ouverte, contrairement aux gares françaises. J’achète un billet pour Hallstatt. J’ai un premier train vers 4 heures du matin et je dois faire un changement. J’arrive à la station de Hallstatt vers 7 heures du matin.

Le deuxième train passe par de nombreux villages bordant des lacs. Le jour se lève à peine, le brouillard s’effiloche peu à peu sur les montagnes et les lacs. C’est vraiment très beau. Cela donne envie de descendre à presque chaque gare.

La gare d’Hallstatt est en fait située de l’autre côté du lac. Il fallait donc prendre un bateau. Il suffit de descendre un peu pour trouver le quai, mais c’est très mal indiqué.

Le bateau

Pour prendre le bateau, je patiente en prenant quelques photographie de la flore sauvage très abondante et du village que l’on aperçoit de l’autre côté du lac.

Vue du village d'Hallstatt depuis la gare, sur l'autre rive du lac
Vue du village d’Hallstatt depuis la gare, sur l’autre rive du lac

Enfin, j’arrive au village vers 9 h 30, c’est trop tôt pour prétendre prendre un petit déjeuner, il faut arriver presque au bout du village pour trouver un endroit où manger.

Il y a déjà beaucoup de touristes qui circulent dans les rues de ce village qui ressemble à un décor de conte de fées. Il me faut encore attendre pour visiter le musée.

Hallstatt

Le sel historique

Hallstatt est un village très (presque trop) touristique. Il est connu depuis la préhistoire pour ses mines de sel qui ont fait sa fortune.

En effet, le sel était jusqu’à il y a quelques siècles, un produit rare, longtemps contrebandé… Il explique l’éthymologie du mot “salaire“. Il a longtemps servi de monnaie. Tradition reprise par certaines monnaies locales alternatives.

D’une part, certains mineurs ont été enterrés accidentellement lors d’effondrements de galeries et le sel les ont conservés. D’autre part, les populations locales qui vivaient souvent dans les mines y enterraient aussi leurs morts.

Le sel est connu pour ses vertus de conservateur depuis la préhistoire. C’est bon pour les jambons, mais aussi pour les textiles.

Des découvertes inestimables

Des centaines de découvertes précieuses ont été faites en parfait état. Elles ont permis de faire de grands pas dans la connaissance de la vie courante au néolithique.

Non seulement des outils et des bijoux ont été découverts. Mais aussi, des vêtements, des chaussures, des paniers servant à transporter le sel… et, même des excréments qui ont permis de découvrir le régime alimentaire de ces gens.

Ces mines ont connues différentes vagues d’effondrement, d’inondations et d’éboulements qui ont attiré l’attention sur les découvertes dès la fin du XVIIIème siècle. Des directeurs éclairés des mines ont fait tout leur possible pour préserver ces découvertes.

Le musée

Certes, le musée est un peu petit, présente un peu de ces découvertes. J’aurai aimé en voir un peu plus. On m’a dit qu’il y en avait certainement plus à Vienne… Ce sera pour un autre voyage.

Reste textile archéologique retrouvé dans une mine de sel, sa qualité est vraiment admirable
Reste textile archéologique retrouvé dans une mine de sel, sa qualité est vraiment admirable

J’aurai peut-être dû aller visiter la mine, dans laquelle on monte par un téléphérique. La queue était longue, mais le prix (32 euros) un peu trop élevé à mon goût.

Il y avait bien sûr beaucoup de boutiques pour touristes avec des articles en bois et du sel sous toutes les formes et de toutes les couleurs… Les maisons ont gardé leur style anciens.

Je viens de recevoir un lien de www.academia.edu pour un article sur les textiles de Hallstatt. Ces textiles sont si beau que je dois partager ce lien.

Retour vers Murten

Vers 14 heures, je reprends le bateau pour retourner à la gare, c’est le meilleur chemin pour retourner à Salzbourg.

Je ferais tout le chemin de retour vers Murten, une petite ville proche du Village Lacustre, par des trains de nuit avec un changement à Innsbrück, où la gare est aussi ouverte la nuit.

Dans les temps d’attente, je savoure les livres de François. Vivement qu’il en publie un autre.

Voici les livres de François Rossel
Voici les livres de François Rossel

Murten

Mes amis les bronziers m’ont invité à passer chez eux, ils ont ramené mes bagages depuis le Village Lacustre. Cela m’a évité bien des efforts.

J’y passerai plusieurs jours, Martin avait un rouet à pédale. Je m’y suis entraînée et j’ai pu ainsi retordre plusieurs pelotes, beaucoup plus vite qu’au fuseau.

Filature au rouet chez Doris et Martin
Filature au rouet chez Doris et Martin

Il y avait aussi une cardeuse et d’autre accessoires. Ils avait aussi fait du feutre. Du très beau matériel.

La cardeuse de Martin, je l'ai utilisée pour préparer de l'alpaga avant de le filer
La cardeuse de Martin, je l’ai utilisée pour préparer de l’alpaga avant de le filer

Doris a appris à filer au fuseau. Cela lui a plu.

Des rouets, j’en ai vu beaucoup au Marché au Puces de Murten, mais je ne vois pas comment j’aurais pu en ramener un avec tous mes bagages.

Les boutiques de laines

Le dernier jour chez eux, ils m’ont invité à visiter deux boutiques de laines et fibres dans d’autres provinces. Les paysages étaient très beaux.

Les boutiques étaient vraiment très intéressantes. Il y avait un très grand choix de fibres de luxe, de nombreuses variétés de laine de mouton.

Première boutique

Ici, on peut découvrir la laine de nombreuses races ovines
Ici, on peut découvrir la laine de nombreuses races ovines

Dans la première, nous avons pu voir la salle de cardage.

Imposante machine entrain de carder de l'alpaga brun
Imposante machine entrain de carder de l’alpaga brun

Nous avons aussi visité la salle de lavage des laines. Le spécialiste nous a donné des informations intéressantes que j’appliquerai certainement lors du prochain lavage.

Ici, on lave les laines de petits producteurs locaux qui souhaitent récupérer leur laine une lavée, cardée, peut-être filée, tricotée ou tissée
Ici, on lave les laines de petits producteurs locaux qui souhaitent récupérer leur laine une lavée, cardée, peut-être filée, tricotée ou tissée

J’ai pu acheter de la soie, de la ramie, de l’angora en ruban prêt à filer. Assez peu, mais suffisamment pour les tester. J’y ai aussi trouvé des métiers à tablettes, des lucettes et un fuseau turc que je cherchais depuis longtemps.

Nouveaux fils et nouveaux accessoires... Dans peu de temps, des nouveautés...
Nouveaux fils et nouveaux accessoires… Dans peu de temps, des nouveautés…

Il y avait aussi une grande variété de métiers à tisser, de rouets et autres accessoires, nous avons bien dû y passer 2 heures, sans nous en rendre compte, tellement il y avait de choses intéressantes.

Deuxième boutique

Dans la deuxième boutique, j’ai acheté surtout des fils de soie et de lin prêt à tisser, que je pourrais teindre naturellement. J’y ai trouvé encore quelques accessoires de tissage et surtout des livres sur les techniques de tresse, la dentelle, la teinture et bien sûr les tablettes. J’ai de quoi approfondir mes connaissances à la fois en allemand et en textiles.

Ensuite, il m’a fallu aller chercher une nouvelle valise au Marché au Puces, j’avais déjà remplacé la bleue détraquée, et mes amis m’ont donné un nouveau sac à roulettes.

Retour en France

Bref, je vous épargne les déboires de mon retour à Chevrainvilliers, avec passage imprévu par Paris, dû à un déraillement de train de marchandises dangereuses dans la matinée…

Enfin, j’ai eu beaucoup de mal à abandonner la Suisse, le Village Lacustre de Gletterens et mes nouveaux amis Suisses. Tous mes remerciements à cette merveilleuse équipe très dévouée.

J’espère que ce lieu pourra se maintenir financièrement, car le fameux virus a provoqué de nombreuses annulations d’activités et par conséquent des pertes. Ce serait dommage qu’un lieu pareil vienne à disparaître…

Je regrette beaucoup de ne pas avoir pu rencontrer Jacques, le spécialiste des textiles anciens. Je lui souhaite de tout cœur un bon rétablissement.

Le temps passe…

/// Le temps passe /// —- Encore en cours de rédaction, déjà remis à jour le 15/11/2020 —
Début de rédaction le 9 novembre 2020 — ce projet ne fait que commencer…
Dernier article sur les Ronces
Prochain article… Purins ou Filature, lequel préférez-vous?
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’à ce que les vagues de confinement se calment
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Plus passe le temps…

Depuis quelques temps, je restais muette sur ce site, cela est dû à des difficultés d’accès à l’internet. Je privilégiais donc mes cours de Japonais et découvrais des manières de travailler hors ligne. Je viens d’ailleurs d’écrire cet article hors ligne.

Voici quelques chansons un peu oubliées de Leo Ferré, Jacques Brel, Georges Moustaki et Georges Brassens… Quelques chanteurs poêtes que j’ai eu la curieuse surprise de constater, qu’ils n’étaient souvent pas connus des wwoofers! Cependant, ils restent d’actualité…

J’ai aussi appris à apprécier le temps, à mieux m’organiser et éliminer certaines pertes de temps et beaucoup de dispersion. Cela m’a laissé plus de temps pour lire sur des sujets qui m’intéressent.

Plus passe le temps, mieux je comprends le principe d’entropie qui, en chimie, désigne la tendance au désordre et à la perte d’énergie. J’ai découvert cette expression au Palais de la Découverte, lors d’une conférence à laquelle j’assistais avec mon fils d’à peine 4 ans. L’entropie, l’a emmené trop loin, maintenant.

Plus de 30 ans après, ce magnifique musée semble au bord du démantèlement. Et, le terme d’entropie prend de plus en plus d’importance.

Ikigai 2

Ceci sera donc un article de réflexions, peu comme celui sur mon ikigai.

Plus passe le temps, plus j’apprécie le bon sens d’expressions populaires et de proverbes chiliens parfois difficiles à traduire en français, mais lourdes de sens.

Histoire de sauce tomate

Ces réflexions ont commencé à partir d’une sordide histoire de sauce tomate… Encore un bouc émissaire…

Étant chargée des courses pour le groupe de wwoofers, j’ai volontairement omis d’acheter de la sauce tomate au supermarché, étant donné que nous avions de pleines caisses de tomates fraîchement cueillie dans la serre. Ces dernières mûrissent, très, presque trop vite…

Je ne croyais pas que j’allais provoquer un tel scandale… C’est tout de même symptomatique de l’état de notre société.

Donc, ce fut tout un drame. Une wwoofeuse, qui n’est pourtant pas une gamine, a trouvé très spirituel de se plaindre au patron de l’absence de sauce tomate, bien indispensable à son bonheur spirituel, malgré l’abondance d’additifs peu recommandables, dans le genre glutamate mono sodique et autres colorants alimentaires…

Cependant, il lui semblait impossible qu’une sauce tomate maison puisse arriver à la cheville d’une sauce industrielle bas de gamme. Car telle était son exigence.

Goûts déformés

Il semblerait donc que nos goûts soient trop déformés. Je le comprends car ma fille de 9 ans que son père avait habitué à boire du lait en poudre, ne voulait pas boire du lait frais de vache de ma voisine à Limache, un vrai luxe pourtant très abordable. Il aurait été dommage de s’en priver…

Alors, j’ai moi-même été franchement surprise par la dureté de la chair d’un jeune poulet que j’avais moi-même élevé et qui n’avait pas plus de 6 mois. Bien sûr, il n’avait pas été gonflé aux hormones. Auparavant, le poulet rôti se faisait bouillir avant de passer au four…

Au fait, les tomates doivent-elles devenir toujours rouges? Eh bien , non. Nous en avons des jaunes, des jaunes rayées de vert et des oranges. Il en existe des blanches et des pourpres… C’est encore une histoire de biodiversité.

Un peu d’histoire, depuis combien de temps?

Il semble que cet élément culinaire est produit à base de tomates refusées à la vente. Ces mêmes tomates étant originaires d’Amérique Latine, nos cours royales n’ont pu en bénéficier que depuis la fin de la Renaissance… Et certainement, plus tard en Inde, pays qu’affectionne notre maître yogi.

Sous nos latitudes, à Chevrainvilliers 77 (et même à Limache, Quillota… zone centrale du Chili à climat méditerranéen), les tomates poussent mieux sous serre, comme elle a pu le constater elle-même chez Biolab Maraîchage…

Donc, il me semble que ce n’est qu’au cours du XXème siècle bien avancé, que ce produit ne s’est popularisé qu’avec le développement des supermarchés dans les années 1960… et arrive sur la table du commun des mortels, mais à quel prix?

Auparavant, les gens se faisaient eux-mêmes leurs conserves et les appréciaient. Chacun avait sa recette. Que de savoirs perdus!

Ce que fais, vous saviez tous le faire”, Gilles Servat.

Manger local et de saison

Ces deux conditions sont celles que tentent d’appliquer nos clients, les Amapiens. Ils y ont réfléchi mûrement et ont dédié du temps et des compétences remarquable en organisation.

Il me semble que, nous les wwoofers, devrions profiter de leur avance, comme les cyclistes qui suivent les premiers font moins d’efforts en tirant profit des courants créés par leur prédécesseurs.

Alors, je suis certaine que beaucoup des Amapiens qui ont reçu jusqu’à 3 kilos de tomates par semaine cet été, ont fait des conserves de tomates pour l’hiver. Et quand leurs réserves seront épuisée, je en crois pas qu’ils iront acheter des tomates de l’hémisphère Sud ou de la sauce tomate industrielle.

Nous devrions suivre l’exemple, d’autant qu’il existe de multiples recettes de sauces sans tomates et avec des produits locaux et de saison. Il suffit d’être un peu créatif.

En outre, nous avons parfois des wwoofers, chefs de profession, qui en demande qu’à partager…

Adaptations aux temps nouveaux

Avec les diverses formes de confinement, l’engouement pour le Wwoofing n’est pas surprenant.

Cela donne parfois l’impression que certains ont trouvé une solution de squatte avantageuse. Mais, ils ne font pas de progrès dans leur réflexion.

En effet, cela me semble dommage. Car les conditions sont idéales pour mener à bien certaines recherches qui nous seront utiles très prochainement.

Alors, je dis bien recherche. Pas ces attitudes de fausse spiritualité de supermarché, ou la méditation semble un alibi bon marché pour ne rien faire.

Maintenant, des gens qui prétendent aller vers une nouvelle société plus spirituelle et plus naturelle ne comprennent pas que la sauce tomate n’apparaisse pas comme par magie dans le placard, car on est fatigué le soir.

Certes, nos ancêtres étaient certainement moins paresseux… Leur temps de travail ne se limitait à 5 ou 6 heures par jour. D’ailleurs, les plantes en connaissent pas les jours fériés. Les tomates mûrissent aussi le dimanche… Les choux-fleurs en demande pas d’autorisation pour fleurir à Pâques…

Pourquoi ne pas essayer d’en faire soi-même? C’est moins prestigieux que le pain indien accompagné de sauce curry au lait de coco, sans doute.

Mais le wwoofing, notamment chez Biolab Maraîchage, doit être l’occasion de faire des expériences avec ce que l’on a sous la main. Surtout, lorsque nous disposons de produits bio et frais sur lesquels nous avons travaillé.

Justement, le fameux “ici et maintenant” que nous rabâche notre amatrice de spiritualité exotique. Moi, je le comprends comme faire avec ce que l’on (que d’autres nous envieraient bien).

Et s’il n’y avait que la sauce tomate… Mais, il y aussi les petits pois. Nous en avons récoltés 4 kilos, tout frais… Il n’y avait qu’à les éplucher pour les faire cuire.

Et le soir que pourrait-on manger? Des petits pois! Que fait notre ami wwoofer aux beaux discours bien argumentés… Il plonge dans le placard pour en sortir une boîte de conserve! Se rendant compte de sa bévue, il décide de faire des pâtes… Les wwoofers n’ont pas voulu des petits pois, les Amapiens les ont dégustés car ils savaient les épucher.

Sans compter que les conserves, ce genre de produits vernis aux phtalates est encore soudé au plomb, car on n’a pas encore trouvé mieux… vient encombrer nos poubelles et nos décharges publiques.

Malheureusement, il faut aussi voir l’envers du décor. Nous sommes loin du zéro déchet et de la réutilisation consciencieuse de ce qui pourrait l’être. Encore, une fois je vous recommande le film “Ady Gasy”. Nos amis Malgaches nous donne de sérieuses leçons à méditer.

Ady Gasy Le temps des connaissances
Ady Gasy Le temps des connaissances

Ce genre d’attitude irresponsable me paraît d’autant plus grave que nous travaillons et vendons exclusivement à des AMAP, c’est-à-dire à des consommateurs responsables qui parfois viennent nous aider dans les champs. J’en ai honte. Ce type de sentiment est peut-être dépassé…

Il me semble qu’il est grand temps de se réapproprier des connaissances qui nous permettent de profiter à fonds de ce que nous avons sous la main, même des légumes moches.

Heureusement, nous avons un voisin qui sait en tirer merveilleusement parti… Il jouit de chacune de ses tentatives et cela fait plaisir.

J’apprécie ceux qui aiment apprendre. Ne pas vouloir faire sa sauce tomate est un exemple d’incompétence acquise. Il n’y a pas de pire ignorant que celui qui veut le rester.

Son intérêt était à très court terme, il fallait lui faire sa sauce (au risque qu’elle en lui plaise pas) et non pas que nous la fassions ensemble. Cela aurait été un petit progrès.

Je veux bien être une ressource éducative mais pas lui mâcher la tache.

Les temps qui viennent vont nécessiter des efforts…

Je mets d’ailleurs un point d’honneur à teindre, même des matières premières précieuses, avec des déchets. Ces déchets tinctoriaux poursuivront leur chemin entropique sur la butte de permaculture.

Et si un bain de teinture rate, cela arrive, je m’efforce de le récupérer.

Encore, à propos de la sauce tomate, devinez quoi? C’est comme la betterave, cela ne teint pas. Le lycopène, colorant rouge de la tomate s’unit avec les graisses et s’en vont donc avec le lavage où l’on s’efforce d’éliminer la graisse.

Pour cela, il faut savoir sortir de l’adolescence perpétuelle et prendre se responsabilités. Il faudrait sortir de l’état de girouette dans lequel nos portables voudraient nous cantonner.

Et encore une fois, la pratique est indispensable, elle permet d’améliorer le tir.

“Dichos”

Je passerai sur un certain nombre de situations inconfortables que je résumerai par des expressions populaires bien senties… Un peu dans le genre “Citations en vrac”.

Comme dirait Violeta Parra “Le ponen sombrero a quien no tiene cabeza”, “On leur met un chapeau, alors qu’ils n’ont pas de tête”.

J’aime beaucoup l’expression “Se ponen un parche antes de la herida”, “Ils se mettent pansement avant la blessure”.

Il y a aussi “Vamos arando, le dijo la mosca al buey”, “Nous allons labourer, dit la mouche au boeuf”.

Victor Jara disait: “Estar donde las papas queman” “Pucha que sería bueno haber tenido instrucción” “Être où les pomme de terre brûle les mains” du temps où l’on faisait cuire des pomme de terre sous la braise… “Ouais, qu’il aurait été bon d’avoir eu de l’instruction”

Sacar las papas con las manos del gato” “Sortir les pomme de terre du feu avec les pates du chat”

Palo porque boga y palo porque no boga” Nicolás Guillen “Des coups parce qu’on rame, des coups parce que l’on en rame pas”

Le tango “Cambalache”, avait semble-t-il déjà vu venir nos temps actuels.

Este es capaz de cualquier desaguisado” “Celui-là est capable de n’importe quelle décuisson”

Andando arreglaremos la carga” “En chemin, nous arrangerons la charge”

Está bien para un pequeño país como este” “C’est bon pour un petit pays comme cela”

Mejor tener amigos que dinero”, toujours vérifié “il vaut mieux avoir des amis que de l’argent”

Estando en la miel todo se pega” “Quand on est dans le miel tout colle”, miel remplace ici, par euphémie, la merde.

Como muestra, un botón”, “comme échantillon, un bouton”

Un bien por un mal se paga” Camilo Cesto “Un bien est payé par un mal”

El cura Gatica que predica y no practica” “Le curé Gatica qui fait des prédications et en pratique pas”

El diablo sabe más por viejo que por diablo” “Le diable en sait plus parce qu’il est vieux que parce qu’il est diable”.

Connaissez-vous “La ley del embudo, ancho por un lado y estrecho del otro” “La loi de l’entonnoir, large d’un côté et étroit de l’autre”. Sans doute une version plus imagée de “Deux poids, deux mesures”.

Antonio Machado a écrit: “Caminante, no hay camino, se hace el camino al andar” et “nunca es triste la verdad, lo único es que no tiene remedio” “Marcheur, il n’y a pas de chemin, on fait le chemin en marchant” et “La vérité n’est jamais triste, le seul problème, c’est qu’elle n’a pas de remède”.

Chancho embarrado no quiere estarlo sólo” “Cochon couvert de boue ne veut pas l’être seul”

No hay quien crezca más alla de lo que vale” “Personne ne peut atteindre plus haut que ce qu’il vaut” Silvio Rodriguez

No hay mal que por bien no venga” “Il n’y a pas de mal qui ne se transforme en bien”

No hay mal que dure 100 años, ni tonto que lo aguante” “Il n’y a pas de mal qui dure 1000, ni idiot qui le supporte”

No hay detergente para las mentes sucias” “Il n’y a pas de lessive pour les esprits sales”, la méditation ne sert pas dans ces cas-là…

¿Dónde estabas tu? Cuandi había que…” “Où étais-tu? quand il fallait…”, une chanson surprenante du groupe chilien “Los Jaivas”

Todo se paga en esta vida” “Tout se paye dans cette vie”

Cada uno sabe donde le aprieta el zapato” “Chacun sait où la chaussure le serre”

Ces expressions sont intéressantes et peuvent vous être utiles, si par hasard, vous voyagez au Chili.

Qu’en penser? le temps cours…

Alors, on me dit que je pense trop, mais il se trouve que j’aime penser, peut-être comme d’autres aiment boire… Et j’aime aussi partager mes pensées. Cela doit être triste de en pas penser.

Au Chili, on me dirait que je suis conflictuelle.

Cet incident, une fois dûment analysé, et les distances prises, m’aura franchement beaucoup appris.

Il me semble qu’il faudrait aussi lier les actions aux idées, quand on en a encore. C’est là que le bât blesse. C’est plus dur, mais aussi plus gratifiant.

Que de réflexions produites par une simple absence de sauce tomate!

Ronces utiles

/// Ronces utiles /// —- Encore en cours de rédaction —
Début de rédaction le 03 Mai 2020 — ce projet ne fait que commencer…
Dernier article sur les AMAP avec l’aide des Amapiens
Prochain article… Purins ou Filature, lequel préférez-vous?
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile


Comme les ronces abondent ici, j’en ai déjà parlé dans plusieurs articles, le moment est venu de leur consacrer quelques pages dédiées. Car, cette plante précurseur de la forêt mérite tout notre intérêt et peut s’avérer très utile à plus d’un titre.

Après 3 mois de Wwoofing chez Biolab Maraîchage, et 2 mois de confinement, l’équipe de wwoofeurs s’étoffe. Il y a maintenant beaucoup d’énergie concentrée. Un proverbe dit: “Seul, on avance plus vite. À plusieurs, on va plus loin…” Chacun a ses compétences propres, ses intérêts et participe à sa façon.

Suite à la visite de Coralie, une amie de Paul Thierry, des sessions de teintures, filatures et tissage vont s’organiser.

Coralie aimera les ronces

Coralie est venue, dans un drôle de fourgon jaune, nous proposer de participer à un projet d’écovillage, près de Limoges, à Monts Blonds…

Alors, je lui ai demandé si elle avait déjà quelqu’un pour les teintures naturelles… et nous avons vite convenu d’organiser ensemble un petit atelier expérimental. Coralie aime le jaune. Et, les ronces qui nous envahissent peuvent donner du jaune. Elle fait partie des anciens collaborateurs de Biolab Maraîchage et des initiateurs du mandala aromatique.

Les ronces ont donc naturellement été choisies pour le premier essai, selon les volontés de l’intéressée, comme toujours. En effet, les quantités à teindre sont assez importantes, car elle veut se faire un tapis de yoga jaune. Pour teindre beaucoup de fibres, il ne faut pas choisir une matière première rare. Par chance, les ronces produisent beaucoup de biomasse.

Autant en profiter…

Les ronces : la matière tinctoriale choisie

Une fois la matière tinctoriale choisie, nous nous devons de mieux la connaître.

Un peu de botanique sur les ronces

Il en existe une très grande variété, ici, à Chevrainvilliers, elles ont de grosses épines qui transpercent les chaussures. À Gletterens, en Suisse, elles étaient très graciles et ne faisaient que s’accrocher un peu.

Ronces graciles de Gletterens
Ronces graciles de Gletterens

Pour la teinture c’est aussi plus agréable, car les épines ne s’amollissent pas en cuisant. Il est vrai qu’il en est de même pour les chardons.

Où trouver des ronces ?

En effet, les ronces se développent un peu partout, avec d’autres épineux, elles préparent le terrain pour les espèces arbustives et les arbres. On les trouve donc souvent en bordure de forêts et de haies.

Elles ont la réputation de faire avancer la forêt et de disparaître au fur et à mesure qu’elles avancent… en cédant la place aux arbres.

Le numéro 64 de “La Hulotte” nous explique comment les ronces se multiplient en partenariat notamment avec le renard.

Quelle partie des ronces choisir ?

Normalement, ce sont les jeunes pousses qui sont choisies, car elles concentrent les tanins dans un minimum de volume. Mais, les tanins ne disparaissent pas avec le développement de la plante, car celle-ci est incapable de les éliminer de leurs tissus. Donc, elles les stockent dans leurs tissus.

Par conséquent, cette fois-ci, je ne ferai pas le tri.

La récolte des ronces

Simultanément au projet de teinture à la ronce, il a été décidé de nettoyer une des façades de la serre en verre envahie par les ronces.

Gérard, l’oncle de Paul, s’y était déjà attaqué, il y a quelques mois à l’aide d’un sécateur géant. Mais, nos amies les ronces avait repris de plus belle.

David, un wwoofer, attaque les ronces à la débroussailleuse
David, un wwoofeur, attaque les ronces à la débroussailleuse

Cette fois-ci, David, un des wwoofeurs, les ont attaquées à la débroussailleuse. Il fallait passer derrière et récupérer cette précieuse matière tinctoriale. Avec Gwendoline, nous avons continué au sécateur. Il fallait nettoyer les tuyaux de récupération d’eau de pluie qui alimentent la mare.

Ainsi, nous avons récupéré une caisse de près de 10 kg de pousses et de branches de ronces, coupées en petit morceaux. La récolte était déjà accompagnée d’une douce odeur de confiture de mûres. Malheureusement, les odeurs ne passent pas par internet. Il faudra organiser un cours pour en bénéficier.

Gros plan sur les ronces qui teindront la laine de Coralie
Gros plan sur les ronces qui teindront la laine de Coralie

Le matériel

Les récipients pour les ronces

Ce n’est pas la première fois que je teins avec des ronces, je l’ai fait plusieurs fois au Chili. J’utilisais de très grandes casseroles. J’ai donc assez souvent parfumé la boutique de mon ami Angel, laissant croire que je cuisais de la confiture de mûres.

D’habitude, j’obtiens un beau jaune vif. Avec mordançage au fer, on obtient un très beau gris.

Lessiveuse

Vue que les ronces sont dures, elles occupent plus de place dans la casserole. Coralie a bien fait les choses, elle a acheté une vieille lessiveuse.

J’ai donc mis les ronces à tremper dans cette lessiveuse en attendant que la laine soit lavée. Je suis déjà habituée à faire tremper les plantes à l’avance.

Cette fois-ci, cela a été un peu long, environ 3 semaines.

Je pensais qu’elles avaient pourri. Mais, une fois la laine lavée et le trou pour le feu creusé, quand nous avons mis la laine à teindre, les tiges de ronces en profondeur, étaient encore vertes.

Le métal de cette lessiveuse a sans doute modifié la couleur. C’est souvent le cas.

La laine

La laine en toison, lavée

Coralie a lavé sa laine selon deux méthodes. La plus classique était à base de lessive de cendres, bien rincée.

Lavage de la laine á la lessive de cendre
Lavage de la laine á la lessive de cendre

La seconde méthode fait intervenir les enzymes présentes dans la saleté du mouton. C’est plus lent, il faut avoir de l’espace à l’extérieur et accès de l’eau de rivière ou de pluie.

Laine aprés trempage pendant au moins 3 semaines
Laine aprés trempage pendant au moins 3 semaines

Là, le principal défaut provient des mauvaises odeurs lors du rinçage. En effet, il s’agit de simplement laisser la laine tremper dans de l’eau si possible non chlorée pour favoriser le microbiote qui va se développer, pendant une quinzaine de jour.

Rin}age et séchage
Rin}age et séchage

Par la suite, il suffit de bien rincer et de laisser sécher à l’air libre. Lors de la teinture, les derniers restes de mauvaises odeurs s’en vont.

Laine filée

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de filer de la laine pour faire un essai.

Autres matières

Lors des Rencontres Préhistoriques du Village Lacustre de Gletterens, nous avons teint avec des ronces:

  • De la laine de mouton valais, lavée, en toison
  • Du raphia

Aussi, j’ai profité du bain pour faire un test de shibori.

Pièce en laine attachée en vue d'obtenir un effet shibori
Pièce en laine attachée en vue d’obtenir un effet shibori
Mes attaches de shibori n'étaient certainement pas assez serrés et les colorants des ronces ont pénétré la laine
Mes attaches de shibori n’étaient certainement pas assez serrés et les colorants des ronces ont pénétré la laine

Le mordançage

Les ronces sont bourrées de tanins. Cependant, elles teignent en jaunes, verts et gris, selon les mordants.

En effet, le jaune n’apparaîtra que lors de l’ajout de mordant à l’aluminium, de pierre d’alun. L’alun participera aussi à la fixation des teintures.

Bain de teinture aux ronces avant que le mordançage à l'alun qui fera apparaître le jaune
Bain de teinture aux ronces avant que le mordançage à l’alun qui fera apparaître le jaune

Le foyer

Avec Julien, un des wwoofeurs, nous avons regardé des photographies des différents foyers que j’ai utilisés lors des cours de teinture que j’ai donnés et de mes expériences.

Ici, le foyer sera utilisé pour l’artisanat et notamment la teinture, mais aussi à l’occasion des prochaines soirées “grillade” que cette joyeuse bande organise avec plaisir…

Nous avons donc étudié diverses solutions avant de choisir.

Option 1 – le feu dans un trou

C’est la technique que j’utilise dès que je le peux, quand il y a de la place à l’extérieur. Donc, c’est celle que nous avons choisie.

Foyer dans un trou couvert par une grille pour cette teinture aux ronces
Foyer dans un trou couvert par une grille pour cette teinture aux ronces

Enfin, je me permets de vous présenter les autres options dont nous disposions.

Option 2 – le foyer péruvien

J’en ai acheté un en terre cuite au marché de Cusco lors de mon voyage pour assister au Tinkuy de tisserands en novembre 2013. Maintenant, ils en font en tôle. Je ne sais pas s’ils sont aussi efficaces.

Foyer traditionnel péruvien, dans son emballage d'origine
Foyer traditionnel péruvien, dans son emballage d’origine

Malheureusement, il s’est cassé lors de mon déménagement à Puerto Montt et ne pouvait pas être réparé.

Je voudrais en refaire un, il est très économe, je l’ai beaucoup utilisé à Mamiña. Il est aussi facile à allumer et à alimenter.

Je suis à la recherche d'argile pour essayer de refaire ce type de foyer
Je suis à la recherche d’argile pour essayer de refaire ce type de foyer

Il faut que je trouve de l’argile d’assez bonne qualité et que je fasse des tests.

Option 3 – Fetapera malgache

Fetapera malgaches, type "rocket stove", boîtes de conserve et ciment. Un peu lourd, mais efficace
Fetapera malgaches, type “rocket stove”, boîtes de conserve et ciment. Un peu lourd, mais efficace

Alors j’ai utilisé la fetapera malgache, à Madagascar bien sûr. Cela m’a plu. Il en existe différents modèles. Il y a les lourdes qui conservent mieux la chaleur, comme ci-dessus. Mais, il y a aussi les légères en tôle.

En effet, c’est léger et très économique, car elle peut être alimentée avec un peu de petit bois ou du charbon de bois. Ci-dessus, elles sont chauffées au charbon de bois de bambou de production locale.

La partie basse récolte les cendres et assure l’aération, le foyer avec son combustible est posé sur une grille dans la partie haute.

Alors, je m’en suis achetée une que j’ai utilisée pendant quelques mois à Concon, alimentée au petit bois que je glanais lors de mes promenades. Depuis longtemps, je m’intéressais à ce type de foyer.

Fetapera malgache légère en tôle recyclée
Fetapera malgache légère en tôle recyclée

Option 4 – Casserole spéciale

Cette fois-ci, j’aurais bien aimé répéter l’expérience de la casserole spéciale, tentée à Concon.

Teinture à l'eucalyptus avec la super casserole
Teinture à l’eucalyptus et aux ronces avec la super casserole, à Concon, Chili

Mais quand je suis allée voir Gérard, l’oncle de Paul, pour chercher une tôle, il m’a proposé une ancienne auge pour les chevaux.

Elle est très intéressante, mais un peu lourde et il faudrait boucher un trou d’évacuation. Pour le moment, la partie trouée est en hauteur et elle sert à la préparation de purins et aux essais de rouissage d’orties. En outre, elle récupère les eaux de pluie qui sont toujours préférables…

Elle est donc fort utile.

Option 5 – La cuisinière

Quand on a pas accès aux solutions présentées ci-dessus, on peut utiliser la cuisinière. Celle à bois est l’idéale, dans ce cas, car la chaleur est mieux répartie et moins violente.

Teinture à la cochenille, à Santa Fe, Argentine. La cochenille ne prend que très peu de place. Il s'agissait d'un atelier-formation et nous n'avions pas de très grandes quantités de fibres à teindre.
Teinture à la cochenille, à Santa Fe, Argentine. La cochenille ne prend que très peu de place. Il s’agissait d’un atelier-formation et nous n’avions pas de très grandes quantités de fibres à teindre.

La filature

Filer la laine

Ah, filer de la laine, c’est facile, il suffit d’avoir un fuseau… et de bien la préparer. Je pense faire un article à ce sujet, car j’ai ramené de nouveaux matériaux de Suisse, je dois donc en parler plus longuement très prochainement.

C’est facile, mais c’est long. Je sais déjà depuis longtemps ce que l’on peut obtenir avec les ronces. Donc, je préfère teindre les petites quantités que je produis avec de nouvelles matières tinctoriales.

Enfin, la teinture

Notre bain de teinture aux ronces a déjà refroidi
Notre bain de teinture aux ronces a déjà refroidi
Nous avons sorti la laine du bain froid et l'avons mis à sécher sur des clayettes à cet effet
Nous avons sorti la laine du bain froid et l’avons mis à sécher sur des clayettes à cet effet

Filer les ronces

Il me semblait qu’il devait être possible de filer des fibres de ronces, mais je ne sais pas encore comment. Avis aux connaisseurs…

Les ronces décoratives?

Avec cette profusion de techniques, comment ne pas tirer profit des ronces, matériaux si abondant, très ou trop renouvelable?

Vannerie en ronces

Si les ronces sont un peu difficiles à utiliser en filature, il semblerait qu’elles soient encore utilisées de nos jours en vannerie, après une bonne préparation.

Tapisserie décorative

Bien que les épines ne glissent pas bien entre les chaînes, rien n’empêche d’utiliser des branches de ronce dans des tableaux décoratifs tissés. II me semble qu’elles y trouveraient bien leur place.

Je viens de mettre à rouir quelques branches de ronce, dans l’espoir de pouvoir éliminer les épines.

Voici les baguettes de ronces que j'ai choisies pour les mettre à rouir pour les inclure dans panneau décoratif tissé
Voici les baguettes de ronces que j’ai choisies pour les mettre à rouir pour les inclure dans panneau décoratif tissé

Les ronces en permaculture

Comme nous n’allons pas exterminer cette matière première difficilement épuisable, nous allons aussi essayer d’en tirer parti du point de vue agricole et surtout permacole.

Permaculture

Création de haies grâce aux ronces

En effet, les ronces procurent de bonnes bases pour créer des haies. Il ne faut pas oublier de les tailler très régulièrement. Là, les chèvres ou des camélidés (lamas ou alpagas) peuvent nous aider.

Protection des jeunes arbres fruitiers

Ou bien, on peut les utiliser en les guidant, pour entourer de jeunes arbres fruitiers, par exemple.

Pour faciliter les boutures

Je viens d’apprendre que les racines des jeunes rejets permettent de produire des hormones de bouture d’excellente qualité.

Jeunes pousses de ronces
Jeunes pousses de ronces

Nous venons d’arracher de nombreuses ronces pour construire un poulailler.

J’ai donc récupéré les racines des rejets de ronces comme le conseille Gérard Ducerf. Déjà, je suis entrain de tester cette hormone de bouture maison.

Test de boutures, lavande, romarin et sauge dans hormone de bouture de ronces
Test de boutures, lavande, romarin et sauge dans hormone de bouture de ronces

Comme je suis entrain de tailler les plantes aromatiques du mandala, le pot se remplit chaque jour un peu plus.

Cuisine

Les anthocyanes

Les principaux colorants des mûres et de beaucoup de fruits noirs ou rouges sont appelés anthocyanes. On les trouve aussi dans les cassis, framboises, myrtilles, cerises, maqui, raisins… mais aussi dans les choux rouges et un certain nombres de fleurs.

Or, tous sont plutôt décevants en teinture.

Alors qu’ils sont excellents du point de vue nutritionnel, mais ils sont très instables du point de vue de la teinture.

En effet, leurs couleurs varient selon l’acidité ou l’alcalinité du milieu. Ils ont même servi pour faire des test d’acidité en chimie.

Petite fille peignant au choux rouge
Petite fille peignant au choux rouge, nous aurions pu en faire autant avec du jus de mûres

Donc, il vaut beaucoup mieux manger les mûres que de les utiliser pour teindre.

Quelques recettes où interviennent les ronces

Je viens d’apprendre que les bourgeons étaient comestibles… comme les asperges.

Jeunes pousses de ronces
Jeunes pousses de ronces

Confiture de mûres, fruits des ronces

La confiture de mûres est une des plus fameuses. Le sucre est un très bon conservateur. Il permettra de faire dure les plaisirs de l’été.

Je suis à la recherche de la meilleure recette. Dès que je la trouve, je vous la communique.

Ronces médicales

En outre, les ronces sont aussi utiles en médecine alternative.

En matière de médecine, je ne suis pas spécialiste, c’est pourquoi, je me permets ici de citer Wikipedia.

“La ronce est une plante médicinale « très appréciée dans l’Antiquité pour son action astringente, antidiarrhéique et antihémorragique »49 : Pline l’Ancien la vante pour ses vertus anti-inflammatoires de l’intestin et de la bouche, décrit un sirop à base de mûre de ronce (le panchrestos, littéralement « bon à tous maux »). Ses vertus sont également reconnues au Moyen Âge comme les mentionne l’école de médecine de Salerne, Hildegarde de Bingen au XIIe siècle qui la préconise contre les hémorragies du fondement50,51. Dans l’esprit de la pensée magique médiévale reposant sur la théorie des signatures (plaies sur la peau analogues à la piqûre des aiguillons), la ronce est réputée retirer les affections de peau en rampant sous ses arceaux et être le meilleur antidote des morsures de serpents52. Dans l’occident médiéval, elle a également une action ambivalente : les mûres sont accusées « de nuire à la santé, d’engendrer des maux de tête et de la fièvre », et cette mauvaise réputation se rencontre encore aujourd’hui dans son surnom de « ronce de renard », cet animal qui « cueille » les fruits et les souille facilement de ses déjections53. Les botanistes du XVIe siècle (Fuchs, Dodoens) reconnaissent également ses vertus médicinales49. Elle est dite à bon droit, au même titre que les roses et les épervières, « la croix des botanistes », les anciens voyant en elle une panacée pour guérir presque toutes les maladies54.

Grâce à leur richesse en tanins astringents, les feuilles séchées et les jeunes pousses fermentées sont utilisées en gargarismes détersifs, en tisanes, pour soigner les angines55. Elles apportent également de la vitamine C.”

Wikipedia

Boutons de ronces
Boutons de ronces

Papier de ronces

Nous allons essayer de récupérer la cellulose et la lignine des ronces que nous avons utilisées pour teindre pour en faire du papier végétal artisanal. Ceci va être une première pour moi.

Le processus

Il s’agit de faire cuire les ronces longuement dans une solution fortement alcaline qui libérera les fibres de cellulose.

Le matériel

  • Une grande casserole,
  • Une grande bassine,
  • De la soude caustique,
  • Des gants,
  • Des cadres tendus d’une toile fine,
  • Le mélange de fibres bien cuites et bien mixé,
  • Des planches,
  • De vieilles couvertures,
  • Quelques briques ou mieux une presse…

Les résultats

Ils restent à venir, je réunis le matériel, j’espère que les expérimentateurs arriveront bientôt.

Alors, je n’oublierai pas de vous en parler

Conclusion sur les ronces

Ainsi, j’espère que vous ne regarderez plus les ronces comme une méchante mauvaise herbe, après la lecture de cet article. Comme nous l’avons vu, cette plante a vraiment beaucoup à nous donner.

Enfin, nous nous devons de l’apprécier à sa juste valeur.

Amap, une autre éthique

/// Amap, une autre éthique /// —- petite mise à jour, le 11 octobre 2020 —
Nouvel article du 17 Mars 2020 — ce projet de Biolab Maraîchage ne fait que commencer…
Prochain article sur ?
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Qu’est-ce qu’une Amap?

Pour cette fois, je vais d’abord laisser la parole à une Amapienne qui a crée une des premières Amap de Paul Thierry de Biolab Maraîchage.

La petite histoire vécue de l’Amap “choux, radis, choux

Un peu d’histoire

En 2007, je venais de prendre ma retraite de l’éducation nationale, et je souhaitais vivement faire quelque chose en relation avec la consommation et le social. Un ras le bol des grandes surfaces, la qualité et les prix des légumes, une consommation absurde de produits hors saison venant du bout du monde.

À l’époque, nous étions quelque amies et collègues à chercher quoi faire au niveau local. J’ai contacté la chambre d’agriculture, le GAB et d’autres organismes dont je ne souviens plus des noms. Toutes les réponses étaient identiques: “pas de maraîcher bio dans votre région!!!

Déception, le projet démarrait mal. 3 mois plus tard, un coup de fil d’un jeune maraîcher qui allait s’installer sur une partie des terres de son oncle a rallumé l’espoir.

C’était Paul. très rapidement nous nous sommes rencontrés . C’est lui qui m’a parlé d’une forme de coopération intéressante les AMAP.

Le processus

C’était assez nouveau en France, l’idée collait assez bien avec notre projet. C’était parti. Les enjeux pour Paul étaient beaucoup plus lourds que pour nous.. tout s’est mis en route:  

  • 1- Réunion avec Paul et les personnes que l’on savait intéressées. Il fallait au moins 20 personnes qui s’engagent dans le projet pour débuter avec Paul.   
  • 2- la rédaction et le dépôt des statuts de l’association à la préfecture de Melun  
  • 3- démarches auprès de la mairie de Cesson pour avoir une salle une fois par semaine  
  • 4-  recherche  d’un trésorier et une secrétaire parmi nos connaissances.

J’ai été aidée au départ par une personne qui avait déjà monté une Amap dans la région la première. Enfin, j’ai été encouragée, cela m’a beaucoup apporté. Nous avons débuté dans l’enthousiasme, et une petite crainte que ça ne marche pas.

C’était une plongée dans l’inconnu. Nous ne voulions pas faire de la “pub” au sens classique du terme car nous voulions que les personnes qui s’inscrivaient soient au courant de leur engagement.

Le contrat

C’est-à-dire un contrat entre un maraîcher et eux:

  • prépayer la part de récolte sur une année,
  • venir chaque semaine récupérer son panier,
  • ne pas connaître à l’avance le contenu exact de son panier.
  • participer au moins 2 fois dans l’année à la distribution,
  • venir quand c’est possible à la ferme quand Paul a besoin d’un coup de main.
  • partager les risques, c’est à dire des paniers moins garnis en cas de problèmes inhérents à l’activité agricole (canicule, gel et toutes catastrophes naturelles etc ),
  • adhérer à la charte des Amap.

Les 2 premières années, les terres de Paul étaient en conversion pour obtenir le label Agriculture Biologique.  

La 1er année, la mairie de Cesson nous avait octroyée une petite salle. L’année suivante, grâce à une adhérente,  nous avons eu la chance d’être accueillis dans la ferme du Coulevrain, écomusée de Savigny le Temple.

Durant 10 ans, nous sommes restés dans ce lieu. Nous avons du ensuite changer car la ferme a été louée à une école.

Actuellement nous sommes dans une salle qui est utilisée par les associations de Cesson.

Que nous proposent les producteurs?

Durant ces années nous avons fait venir d’autres producteurs:

  • Mickael, boulanger,
  • Marc éleveur de poules, donc des oeufs et poulets bio,
  • Philippe qui produit des fromages de chèvres, des cailles et des  œufs de cailles.. nous avons également un producteur de pommes,
  • Simon et Carine nous fournissent des pommes de terre et de l’agneau.
  • Il y a d’autres fournisseurs ponctuels pour du miel, des confitures et pâtes.

Les règles

En général, lorsque nous signons un contrat avec un nouveau producteur, nous allons le rencontrer dans son exploitation, il vient une fois à la distribution avec ses produits.

Notre distribution se déroule une fois par semaine de mai à décembre  et une fois tous les 15 jours de janvier à fin avril.

Tous les ans nous avons des adhérents qui partent pour des raisons diverse et d’autres qui s’inscrivent. Nous n’avons pas vraiment de mal à faire le plein et même refuser du monde 

C’est Paul qui fixe le nombre de personnes qu’il peut servir. Une année nous étions montés à 60 adhérents. On s’est rendu compte que ça n’allait pas, moins de convivialité, plus d’attente. 

Nous avons un système de personnes qui peuvent remplacer des absents par exemple pendant des périodes de congés. On les nomme les intermittents du panier.

Voila un bref résumé de l’Amap. J’oubliais, nous avons une Assemblée Générale tous les ans. Cette année, cela devait se dérouler en mars. La date n’était pas fixée, mais  le virus a un peu perturbé la donne. Bonne lecture, n’hésite pas à me poser des questions si nécessaire. Cordialement Françoise Letheule

Les Amap, vues par les wwoofeurs

Toute l’exploitation de Paul est dédiée aux Amap. Il n’y a donc pas de vente directe, ni de marchés à assurer.

Mais, il faut assurer les 181 paniers actuels entre 7 Amap avec 5 hectares répartis entre Chevrainvilliers et Chatenoy, à 2,5 km. Il y a des serres sur les deux sites. Le tout en agriculture biologique.

Les récoltes ont lieu normalement du lundi au mercredi, mais se prolongent souvent jusqu’au vendredi pour les légumes les plus fragiles, tels que les salades.

Habituellement, les légumes sont entreposés dans une chambre froide pour une meilleure conservation. Auparavant, les légumes ont souvent été lavés pour assurer une meilleure conservation et une plus belle présentation.

Entrée de la chambre froide
Entrée de la chambre froide

Les légumes sont maintenus ici le minimum de temps nécessaire.

La chambre froide est très importante
La chambre froide est très importante

Les activités

Entre les temps réservés aux récoltes, il faut assurer les plantations et semailles, suivant les cas et le désherbage et autres tâches nécessaires, le plus souvent fait à la main.

Plantation de concombres sur bâche tissée en serre
Plantation de concombres sur bâche tissée en serre

L’entente est très bonne, mais on ne chôme pas. Il y a toujours beaucoup à faire. En réalité, on manque toujours de temps… Et c’est la nature qui commande en faisant monter en graines les plantes… Il faut être attentif à de nombreux détails.

Récolte de radis
Récolte de radis

D’abord, les wwoofeurs sont là pour apprendre. Et qui ne commet pas d’erreurs n’apprend pas.

Avec le confinement, la demande en wwoofing, et sans doute un intérêt nouveau pour la vie rurale semble en nette augmentation. Est-ce que cela va durer?

Au passage, les wwoofeurs découvrent les Amap. Ainsi, certains vont chercher à s’y inscrire lors de leur retour à la ville.

Cette expérience m’aura vraiment beaucoup appris.

En outre, nous essayons d’avoir des activités extra, telles qu’ateliers savon, lessive de lierre ou ecoprint.

Atelier de savon avec les wwoofers Jason, Anne et Paul
Atelier de savon avec les wwoofeurs Jason, Anne et Paul

Visite des Amapiens

Régulièrement, nous recevons la visite d’Amapiens qui viennent participer à nos travaux. C’est très intéressant, car ainsi, ils prennent aussi conscience de certaines difficultés du métier.

Récolte de carrottes avec des Amapiens
Récolte de carrottes avec des Amapiens

D’habitude, ils participent à nos travaux dans la mesure de leurs possibilités, au désherbage, aux récoltes et à l’organisation des livraisons. Ils en profitent pour poser des questions…

Notons, qu’ils ne rechignent pas aux travaux les plus ingrats. Je pense aux tâches où l’on se rend compte que la terre est basse. Je n’oublierai pas l’Amapienne qui m’a aidée gentiment à mettre en bouteille les purins…

Préparation de livraison avec l'aide d'Amapiennes
Préparation de livraison avec l’aide d’Amapiennes

Généralement, ils partagent leur repas avec nous. Ces échanges nous apportent beaucoup.

Sans doute la visite de Monique, une Amapienne exemplaire est toujours très attendue, car elle nous a toujours beaucoup aidés de diverses manières.

Les difficultés

Ces difficultés peuvent être de:

  • Prévisions, quoi semer ou planter quand et où, pour respecter les associations et les alternances favorables, mais aussi récoltes avancées ou retardées…
  • stratégie, plus ou moins de variétés pour mieux répartir les charges de travail…
  • partager de manière équitable la récolte pour les 181 paniers, chaque semaine, même si certains produits ne donnent pas ce qui était prévu…
  • météo défavorable ou trop favorable, certains légumes ne laissent que quelques jours pour les récolter. Alors, il faut être vigilant, c’est par exemple le cas des chou-fleurs qui ont choisi d’être prêts pour Pâques, en même temps, nous montions la yourte…
  • lutte contre les parasites, choix de légumes moins sensibles
  • Covid et confinement…

Les Amap, vente en circuit court

Enfin, la participation à une Amap est aussi un processus d’achat-vente en circuit court, généralement de produits locaux et bien sûr de saison.

Donc, c’est une forme de consommation plus responsable qui par ailleurs favorise la fraîcheur et la qualité des aliments.

La préparation des livraisons

Normalement, la livraison se fait globale pour chaque Amap qui répartit les produits en Petits, Moyens et Grands Paniers, selon le choix des Amapiens: petits, moyens ou grands paniers.

Ce tableau récapitule les récoltes de la semaine. Paul et Valentin l’utilisent pour faire la répartition des produits entre les Amap. Évidemment, cette étape est complexe, car il faut être juste, parfois avec des produits différents. Conformément au principe de transparence, Paul compile le bilan des distributions.

Tableau des récoltes et répartitions aux Amap
Tableau des récoltes et répartitions aux Amap

Alors, la préparation des livraisons est un moment où il faut être particulièrement vigilant sur l’exactitude des calculs et des pesées pour que tout parte, et sur la qualité des produits. Enfin, c’est le dernier filtre avant que le légume arrive à l’Amapien, et le tri génère parfois des récoltes de dernière minute.

Cependant, le jeu des Amap consiste aussi à limiter les pertes et encourager la non-standardisation. Aussi, Paul se permet parfois de distribuer des légumes moins présentables, mais qui reste consommables. Et, il existe des Amapiens qui apprécient les légumes fous ou moches…

...Comme ces jolies carottes qui n'ont pas été démariées
…Comme ces jolies carottes qui n’ont pas été démariées

Découvrir des légumes inconnus

Ce système d’Amap permet aussi de faire découvrir d’anciens légumes un peu oubliés et des “incroyables comestibles“. C’est-à-dire des “mauvaises herbes” très intéressantes en gastronomie, telles que les amarantes, les chénopodes et le pourpier qui abondent ici.

Voici des amarantes que nous réapprenons à aimer. Pour cette sensibilisation pédagogique,les Amap ont ici un rôle crucial
Voici des amarantes que nous réapprenons à aimer. Pour cette sensibilisation pédagogique,les Amap ont ici un rôle crucial

Alors, les Amapiens assurent leur répartition. Paul essaye de rencontrer très régulièrement toutes les Amap pour recevoir leurs remarques.

En cas de Covid

Là, tout se complique. Il fallut préparer les parts dans des sacs en papier pour certaines Amap.

Préparation des paniers pour les Amap
Préparation des paniers pour les Amap

Bien sûr, la livraison à été compliquée, elle aussi… changement d’adresses, difficultés pour récupérer les caisses…

Photo prise par un Amapien à l'Amap Jardin de Paul à la Genevraye
Photo prise par un Amapien à l’Amap Jardin de Paul à la Genevraye

La livraison aux Amap

Une fois les palettes prêtes, elles sont chargées dans le camion et Paul ou Valentin va assurer la livraison aux adresses des différentes Amap.

Les livraisons sont réparties entre le mercredi, le jeudi et le vendredi après les horaires de travail de l’équipe.

Chargement des palettes de légumes à livrer aux Amap dans le camion
Chargement des palettes de légumes à livrer aux Amap dans le camion
Le camion une fois chargé, il va partir vite livrer aux Amap
Le camion une fois chargé, il va partir vite livrer aux Amap

Les Amap, vues par Paul

Je m’appelle Paul et je suis maraîcher biologique en Amap depuis 13 ans, sous l’appellation Biolab Maraîchage. Je me suis installé sur la ferme familiale à Châtenoy, près de Nemours.

La ferme est historiquement céréalière conventionnelle et mon installation impliquait la mise en place complète de l’atelier de maraîchage et la conversion des terres à l’agriculture biologique. Mes motivations pour ce métier sont essentiellement éthiques : le respect et l’amour de la nature, le plaisir du bon goût et de l’alimentation santé, l’enrichissement humain.

Je sers actuellement 6 Amaps à Chatenoy, La Genevraye, Cesson, Alfortville, Paris 13e et 20e. J’ai pris connaissance du système Amap pendant ma formation de technicien en agriculture bio.

Pourquoi les Amap?

Né au Japon sous le nom teikei (« collaboration » en Japonais) et apparu en France en 2001, ce système s’est imposé à moi comme la voie à suivre pour exercer ce métier. Par ses principes, il répondait concrètement à mes aspirations en me proposant une organisation simple et sécurisée pour la création de mon entreprise. La fidélité et le préfinancement des Amapiens pour une saison entière, ou l’assurance pour moi d’écouler toute la récolte, avec une bonne visibilité financière.

La simplification administrative : un contrat annuel unique, pas de factures, bon de livraison, de commande, etc. Un gain de temps précieux sur la préparation au détail, grâce à la prise en charge collective de la distribution des légumes. La notion de solidarité dans les coups de main à la ferme ou face aux aléas bioclimatiques.

Enfin, la relation directe avec le « consom’acteur », le lien de confiance et de transparence qu’elle implique. Toutes ces facilités me semblaient être des atouts à saisir face à la charge que comporte le métier. Ils se sont révélés décisifs dans le développement et le maintien de mon activité, en contrebalançant l’exigence physique, la complexité technique d’assurer constamment volumes et variétés de légumes et assumer la responsabilité de nourrir, les aléas humains du travail en équipe. L’accompagnement professionnel que propose le réseau des Amaps d’Ile de France à travers son collège de paysans a aussi été précieux, notamment les formations par transmission de savoirs entre pairs.

J’aime l’idée que ma ferme, en résonance avec les Amaps et le wwoofing, soit un lieu de rencontres et d’échanges, entre les gens et avec la nature, un point de contact à la terre.

Divers

Tissage de carrés

Par exemple, la yourte qui sert de logement aux wwoofers, aurait besoin d’une tenture interne.

Alors, j’ai proposé de la faire avec des petits carrés tissés au métier à clous de 20 x 20 cm. Nous avons fait le calcul qu’il nous faudrait environ 1.000 carrés, si on les divise par les 181 Amapiens, on obtient 5 carrés par personne.

Paul a envoyé un mail accompagné d’une video expliquant aux Amapiens comment tisser ces carrés, chaque semaine lors des livraisons, il récupère des carrés, nous en avons 400, au jour de cette photographie, donc nous sommes en bonne route…

Voici la grande variété de carrés, oeuvres des Amapiens
Voici la grande variété de carrés, oeuvres des Amapiens

Réunion d’une Amap

Je viens d’assister à une réunion de l’Amap de Chatenoy à la ferme de Gérard. C’était très intéressant, car j’ai pu voir la variété des produits fournis, autres que ceux de Paul.

D’autre part, j’ai aussi pu voir les difficultés auxquelles ont à faire face ce genre de petites associations, il y a un gros travail de gestion, d’organisation avec leurs paysans partenaires qui ont des calendriers et des problématiques différentes. C’est vraiment admirable.

En outre, une Amap rurale diffère beaucoup d’une Amap parisienne. Pour une Amap rurale, la recherche de nouveaux adhérents se complique avec les distances à parcourir (beaucoup se déplacent à vélo), la facilité de la création d’un potager chez soi… Leurs intérêts semblent différents des Amapiens citadins qui peuvent avoir des problèmes d’espace pour stocker les légumes.

Orties qui font plus que piquer

Un essai de filature de fibres d’orties m’a rappelé que je ne devais pas oublier mon site. Me voici donc de retour… après le montage de la yourte, celle-ci a vite été habitée par de nombreux wwoofeurs tous plus intéressants les uns que les autres.

/// Orties qui font plus que piquer /// —- Encore en cours de rédaction —
Article mis à jour le 16 Septembre 2020 — ce projet de Biolab Maraîchage ne fait que commencer…
Prochain article sur les AMAP ou peut-être sur les Ronces, la Filature ou bien encore les Purins, j’attends vos réactions, pour le moment j’accumule les informations…
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre et peut-être même plus.
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Alors, une botte d’orties fraîches ramenées par Gérard, l’oncle de Paul Thierry de Biolab Maraîchage m’a incitée à faire un test depuis longtemps repoussé… Il s’agit de la filature d’orties. Il était grand temps de m’y mettre.

J’avais trop hésité. J’avais tout sous la main. Il fallait prendre le temps d’essayer. Et les connaissances s’acquièrent aussi par la pratique. Tout n’est malheureusement pas dans les livres, ni sur internet… Voilà, le premier pas est fait.

botte d'orties fraîches
Orties fraîches attendant l’expérience de filature

Oui, les orties piquent

Mais pas tant, il suffit de se frotter avec un peu de plantain pour oublier ses démangeaisons. Le miel aussi peut aussi être utilisé avec efficacité.

En outre, il semblerait qu’elles piquent moins lorsqu’elles sont mouillées.

Plantain dans la serre
Joli pied de plantain dans la serre, bon remède contre les piqûres occasionnées par les orties

Des gants suffisent pour les ramasser et leur ôter les feuilles que je mets de côté pour la teinture.

orties pour teinture
Orties, les feuilles serviront pour la teinture

En outre, il y a une technique pour attraper les orties sans se piquer. Il suffit de les attraper par en-dessous et l’expérience aidant, on devient presqu’insensible.

comment cueillir une ortie
Comment cueillir une ortie sans se faire piquer? j’attends l’aide d’un photographe amateur.

Donc, leur caractère piquant n’est pas le plus intéressant, il ne doit pas cacher de nombreuses qualités.

Les orties se mangent

Nous l’avions oublié. Gratuites et faciles à trouver, les orties sont comestibles et peuvent remplacer avantageusement les épinards. Elles font partie des merveilleuse et surprenantes comestibles sauvages.

On peut difficilement les confondre avec des plantes trompeuses toxiques.

Elles peuvent même se manger crues, il y a une astuce pour cela. Lien Youtube.

Elles sont une excellente source de vitamines et de minéraux nécessaires à une bonne santé.

Ces jeunes orties sont excellentes
Ces jeunes orties sont excellentes, dommage de s’en priver

Les orties sont médicinales

Comme de nombreuses “mauvaises herbes“, les orties, ces méconnues, sont aussi très utiles pour la santé animale et humaine et permettent de se soigner par son alimentation.

Il existe une bibliographie assez étendue à ce sujet.

Il ne faut pas les confondre avec les lamiers. Ils sont aussi médicinales et ne piquent pas. Ils appartiennent à une autre famille botanique. Leurs fleurs permettent de les distinguer.

lamiers pourpres
Ici des lamiers pourpres en fleurs se distinguent nettement des orties
lamiers blancs
Les petites fleurs blanches derrière le plan de kiwi sont des lamiers blancs

Il y a de la variété chez les orties

Il y a de la petite, de la moyenne et de la grande… Mais lors de mon dernier voyage, au Village Lacustre de Gletterens, en Suisse, près du lac de Neuchatel, j’en ai vu une sorte très fine et élégante.

ortie élégante
Ces orties étaient très élégantes

Je vous invite à aller visiter ce site animé par des gens passionnant qui ont beaucoup plus à montrer que de jolies orties.

Mes expériences textiles au Village Lacustre de Gletterens ont été si nombreuses que je n’ai pas eu le temps d’essayer de les filer. Le spécialiste des textiles est aussi malheureusement tombé malade peu avant les Rencontres Préhistoriques. Quel dommage! J’espère pouvoir le rencontrer l’année prochaine.

Les orties se filent et se tissent

Lorsque l’on mentionne des fibres végétales, on pense tout de suite au lin, au coton et au chanvre. Mais, de l’ortie, peu s’en souviennent… Encore un oubli concernant les orties. Nous allons le réparer tout de suite…

Un peu d’histoire sur les orties

Depuis le plus haut Moyen-Âge, les orties se filent et se tissent en Europe. Elles font partie des fibres végétales oubliées, de même que les mauves et le tilleul…

Au Népal, certaines variétés d’orties sont encore filées et tissées traditionnellement.

Mais je n’ai trouvé que très peu de littérature à ce sujet, à part quelques mentions de Michel Pastoureau dans ses livres. Le personnage légendaire de Robin des Bois aurait été vêtu de vêtements à base d’orties.

Lors de mes recherches pour la rédaction de cet article, j’ai appris que les fibres d’orties sont très solides. On en faisait des toiles de tentes, des vêtements de travail et même des uniformes… Mais je n’ai pas encore trouvé d’informations techniques concrètes.

Des videos

Si les écrits manquent, il existent quelques videos en anglais sur Youtube. Je les ai visionnées plusieurs fois pour vérifier certains détails avant de me lancer. Lien. Cette video m’a beaucoup aidée pour mon premier test.

Ma filature d’orties

Après ce temps de recherche, je me suis lancée. Il faut bien se décider à passer à l’action.

Orties, premier essai de préparation de fibres fraîches
Orties, premier essai de préparation de fibres fraîches

La préparation

J’ai dû changer d’outils, revisionner une video… et m’armer de patience, beaucoup de patience. Car, je n’ai filé que 4, oui 4 orties en plusieurs heures. Cela relève presque de la méditation, il fallait observer de nombreux détails.

Ce marteau en caoutchouc semblait bon, mais il s’est cassé. Il était cependant trop cassant pour les fibres.

Orties fibres marteau
Ce deuxième marteau était beaucoup plus violent pour les fibres d’orties

Comme les fibres se cassaient trop, j’ai encore cherché une autre solution, un manche d’outil en bois, était plus doux.

manche en bois pour frapper les orties
Ce manche en bois pour frapper les orties m’a semblé être la meilleure solution

Dans cette image, on voit les fibres externes des orties qui ont été sélectionnées. Comme dans la video, je vais les gratter doucement avec le couteau pour enlever la pectine qui unit les fines fibres à filer.

orties fibres
J’enlève mécaniquement la pectine entre les fibres des orties en les grattant doucement au couteau

Voici ce que j’ai obtenu avec une première ortie.

fibres une orties
Résultat de préparation de fibre d’une seule ortie, début filature

Il s’agit, en fait de redécouvrir des gestes anciens, détruits par l’urgence des temps modernes.

Traitement des fibres obtenues

Enfin, le résultat: une petite poignée de fibres verdâtres.

D’abord, j’ai rincé cette première partie à la lessive de cendres, fabrication maison, dans l’espoir d’assouplir un peu ces fibres encore un peu rêches.

Filature orties
Filature de la première ortie, encore humide, après lavage à la lessive de cendres

Puis, une autre partie a été traitée au vinaigre blanc additionné de bicarbonate de soude, dans le même but… Le reste de cette préparation servira pour laver la vaisselle…

traitement des orties
Traitement des orties au vinaigre et au bicarbonate

Ce verre contient les fibres de 3 orties.

Ces deux traitements, le premier plutôt basique, le second plutôt acide, ont été copieusement rincés ensuite.

Je suis à la recherche d’un outil à teiller manuel pour poursuivre mes recherches textiles. Cet outil, s’utilisait encore au début du XXème siècle, pour préparer les fibres de chanvre et de lin.

Machine à teiller qui sert à préparer les fibres de lin, de chanvre, mais aussi d'orties
Machine à teiller qui sert à préparer les fibres de lin, de chanvre, mais aussi d’orties

La filature

Alors, j’ai filé ces fibres encore humides, en espérant qu’ainsi elles s’agglutineraient mieux, comme pour la laine.

filature d'orties
Filature d’orties au fuseau

Il est à noter que les fibres restent vertes, même après avoir séché.

J’aurai donc passé tout un après-midi pour filer seulement 4 plantes. Mais cette expérience valait la peine.

Après quelques mois, il me semble que le vert a un peu pâli.

Photo récente de mon teste de filature d'orties
Photo récente de mon teste de filature d’orties

Prochains tests

Orties séchées

Alors que mon premier test était avec des orties fraîches, j’ai laisser sécher des orties martelées dans l’espoir que les fibres se séparent plus facilement des parties ligneuses.

La partie blanchâtre ligneuse semble se séparer mieux, mais les fibres externes se sont aussi coupées et ont donc rétréci. Il faut encore les séparer de la substance verte qui unit les fibres.

orties preparees
Orties préparées pour la récupération des fibres

Je pense que je vais les faire tremper pour faciliter la suite du travail.

Orties trempées

J’ai aussi laisser tremper une partie de la botte d’orties effeuillées dans une grande auge remplie d’eau de pluie, pour tester une méthode similaire à celle utilisée pour le lin et le chanvre. Cette technique est appelée rouissage.

Le temps de rouissage peut être assez long.

Orties séchées entières

J’ai aussi une réserve d’orties coupées qui attendent aussi d’être testées.

mauves et orties
Mauves et orties en attente de filature

Les mauves et les roses trémières aussi peuvent être filées, mais la documentation à ce sujet est encore plus pauvre.

La ramie, une cousine de l’ortie

La ramie est une plante de la même famille que les orties, mais elle ne pique pas. Elle est cultivée surtout en Asie pour la production de textiles. Ces fibres sont un peu brillantes et très agréable au toucher.

Je suis à la recherche de graines de ramie. J’aimerai pouvoir compléter mon expérience en ce qui concerne les urticacées.

Je n’ai toujours pas vu de ramie, comme plante, mais lors de mon dernier voyage en Suisse, j’ai pu en acheter. En effet, mes amis du Village Lacustre de Gletterens m’ont très gentiment amenée voir des boutiques de laines. Dans l’une d’elles, il y avait de nombreuses fibres, dont de la ramie. J’en ai donc acheté 100 grammes pour la tester.

C’est très doux et résistant. Mes amis qui travaillent dans la reconstitution archéologique me commentaient que l’idéal pour les cordes d’arc était la fibre d’ortie. J’en ai filé un peu, puis je l’ai retordue pour qu’ils la testent sur leur arc.

Enfin, les orties teignent aussi….

Entre autres substances utiles, elles contiennent de nombreux flavonoïdes qui interviennent notamment dans les teintures jaunes

Maintenant, le bain de teinture est en préparation et attends Coralie, la propriétaire de la laine…

bain teinture orties
Bain de teinture d’orties en attente, cuisson prochaine

Sur le feu

Coralie aime le jaune et veut se faire un tapis de yoga. Nous teignons donc la laine en toison après lavage et rinçage.

Le premier bain d’essai était composé de 10 kg de ronces qui ont attendu plus d’un mois le lavage de la laine, le résultat a été un peu décevant. Peut-être que le mordançage à l’alun a été un peu insuffisant. J’avais voulu l’économiser. Mais la casserole était grande. J’ai obtenu de bien meilleurs résultats avec les ronces à Puerto Montt.

preparation teinture ronces
Préparation du bain de teinture aux ronces

Puis, le deuxième bain, plus sympathique a été complété et remplacé les ronces par des camomilles des teinturiers qui ont donné un meilleur jaune. Peut-être que le post-mordançage n’a pas été suffisant, lors du premier bain.

camomille des teinturiers
Les camomilles des teinturiers fourniront un excellent second bain

Voici le résultat de ce deuxième bain.

teinture ronce camomille
À gauche, teinture aux camomilles des teinturiers. À droite, teinture à la ronce. Laine séchée, cardée, doit être relavée…

Le troisième bain sera un bain d’orties pour récupérer les feuilles et les restes de tiges des plantes que j’ai essayé de filer.

Teinture aux orties
Bain de teinture aux orties

Il fallait aussi que je les teste en ecoprint, car ces feuilles sont délicates et devraient avoir un joli rendu. Mais, le test fait au Village Lacustre de Gletterens a été plutôt décevant, curieusement. Il faudra que je recommence avec les orties de Biolab Maraîchage.

Couleur d’orties…

couleur orties
Voici le résultat, valorisation de déchets d’orties

Les orties bio-indicatrices

Je ne peux pas rester sans mentionner le caractère bio indicateur de cette plante et je vous invite donc à voir les nombreuses video passionnantes de Gérard Ducerf et de Konrad Schreiber.

Jeunes orties dans une serre
Jeunes orties dans une serre, future matière première et remède pour la terre

Et le purin…

Il ne faut pas oublier le fameux purin d’orties qui a tant fait parler de lui, tant il était absurde de vouloir l’interdire. Nous avons fait des tests avec différentes plantes, avec une wwoofeuse, Mayeni.

C’était un autre pas à franchir, nous avons profité d’un grand tonneau, de “mauvaises herbes” et de quelques gros orages pour l’eau de pluie… Le temps a fait le reste.

Nous pensons rédiger un article en commun, prochainement, concernant différents purins. L’ortie est bonne pour la santé humaine, animale. Mais, elle est aussi excellente pour les plantes.

purin d'orties
Gregory, wwoofer à Biolab nous aide à enlever les orties du purin, avant de le filtrer. Heureusement, les odeurs ne passent pas par internet. Mais c’est très efficace.

Du papier d’orties

J’aimerai beaucoup faire des essais de papier végétal. Les orties pourraient être une bonne matière première.

J’ai de bons espoirs de pouvoir bientôt faire quelques tests, histoire d’agrandir un peu mes champs de compétences.

Conclusion

Il me semblait nécessaire de rendre justice à ces mal aimées que sont les orties en rappelant quelques une de leurs qualités. Nos temps épris d’urgences (parfois et même souvent inutiles et insensées) nous les ont fait oublier.

Et pourtant, même Victor Hugo leur a dédié un poème

Je dois remercier Madame Marie Pierre Puybarret pour les informations précieuses qu’elle m’a données si gentiment. Je vous invite a visionner un documentaire Neolithic Fashion” où on la voit tisser une reconstitution magnifique de tunique néolithique.

Printemps tant attendu

/// Printemps tant attendu ///
Nouvel article du 29 Mars 2020 — vu que le printemps ne fait que commencer, je mettrai à jour régulièrement cet article…
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Nous allons observer le printemps naissant… Regardons les teintures germer, grandir et fleurir… Beaucoup de photographies pour les amis qui en réclament… Comme des millions de gens, je me retrouve en confinement. Dans mon cas, c’est en Wwoofing dans une ferme maraîchère bio, Biolab à Chevrainvilliers. Il faut donc utiliser intelligemment son temps. J’en profite pour observer et apprendre. L’agriculture est déjà indispensable, elle le sera encore plus dans les mois à venir…

Chaque semaine, je prends donc des photographies des mêmes endroits, et j’obtiens une évolution. Ainsi, je voulais vous montrer comment d’une semaine à l’autre les champs passaient du marron au vert, certains de colza deviennent jaunes… Mais en regardant les photographies, on ne voit pas le fonds du paysage.

Paysage de printemps depuis la fenêtre de la cuisine, on devine fond Chatenoy, où Paul Thierry possède d'autres terres
Paysage de printemps depuis la fenêtre de la cuisine, on devine fond Chatenoy, où Paul Thierry possède d’autres terres

Printemps et teintures

Cependant, cela reste en lien avec mes activités artisanales de teintures naturelles et de tissage. En effet, les plantes cultivées et les autres aussi et surtout, sont des matières tinctoriales naturelles. En outre, les teintures naturelles doivent s’adapter au rythme des saisons.

Parfois, c’est un peu de la déformation professionnelle, mais je vois partout des teintures naturelles. À vrai dire, il me manque le temps pour les tester.

Souvent, je ne connais les plantes que par les livres. Maintenant, je peux les observer et poser des questions…

Le printemps arrive chaque année

Mais, on ne prend pas le temps de le voir, de l’écouter et de le sentir… Les odeurs ne passent pas par internet…

Voilà, il arrive en grands vents… C’est comme les chants d’oiseaux, cela ne passe pas dans les photographies… Je suis donc sortie photographier les vents de printemps. Il me semble ne jamais avoir vu autant de vents. Et pourtant, cela souffle aussi au Chili. Mais, on n’a pas le temps de le voir.

Photographie prise depuis la porte d'une serre, à gauche on voit le  vent de printemps courber les mauvaises herbes, à droite, elle sont toutes dressées, à l'abri
Photographie prise depuis la porte d’une serre, à gauche on voit le vent de printemps courber les mauvaises herbes, à droite, elle sont toutes dressées, à l’abri

J’ai perdu quelques printemps, en travaillant, en voyageant, d’autres en tissant, en filant au local… L’occasion a fait que cette année, je me suis arrêtée dans une exploitation agricole… Je suis en contact direct avec le printemps… Donc, cette année, je travaille dans et avec le printemps…

Voici donc, le printemps 2020. J’espère pouvoir commenter les printemps prochains.

Le printemps, une histoire de couleurs

Tous les tons de vert

Auparavant, il restait des verts sombres et tristes de l’hiver, maintenant arrivent ceux du printemps. J’aime leur variété et leur délicatesse.

Alors, chaque semaine, je prends quelques photographies depuis la fenêtre de la cuisine. Cela verdit…

Au Chili, la plupart des arbres sont le plus souvent à feuilles pérennes, et même l’hiver. ils restent vert.

N’oublions pas que le vert de la végétation vient de la chlorophylle, qui tache mais ne teint pas. Ce colorant ne tient pas. Le vert est assez difficile à obtenir en teinture naturelle. En général, on l’obtient en deux bains, un de jaune, suivi d’un bain d’indigo (ou l’inverse).

Mais, un feuillage vert peut cacher de nombreuses couleurs, le bleu ne provient généralement pas de fleurs, mais plutôt de feuille où l’indigo se cache.

Strobilanthes, plante à indigo cultivée à Taïwan
Strobilanthes, plante à indigo cultivée à Taïwan

Certaines plantes n’attendent pas le printemps et supportent les gelées…

Cette belle ortie, juste après un arrosage dans la serre, n'a pas attendu le printemps pour fleurir, elle est un peu en avance sur ses congénères de l'extérieur
Cette belle ortie, juste après un arrosage dans la serre, n’a pas attendu le printemps pour fleurir, elle est un peu en avance sur ses congénères de l’extérieur

Certaines à l’extérieur ont souffert des dernières gelées… Celles-ci étaient à l’ombre du hangar.

Ces orties ont gelé, mais elles se récupèrent déjà
Ces orties ont gelé, mais elles se récupèrent déjà

Les jaunes

Toujours et encore les pissenlits. Ils forment de jolies taches sur fonds vert et attirent les premières abeilles.

Les premières abeilles du printemps préfèrent curieusement les pissenlits au romarin en fleur
Les premières abeilles du printemps préfèrent curieusement les pissenlits au romarin en fleur

Les blancs

Avec un petit peu de jaune, les pâquerettes, les matricaires, les marguerites… mais aussi de fines “mauvaises herbes”…

Matricaire, camomille sauvage, belles couleurs du printemps
Matricaire, camomille sauvage, belles couleurs du printemps

Et les autres couleurs…

Enfin, deux tulipes rouges solitaires sont apparues… Dans les serres, il y a des légumes colorés… pourpres et violets…

Deux seules taches rouges qui disparaîtrons bientôt
Deux seules taches rouges qui disparaîtrons bientôt

Les autres couleurs semblent plus rares… parsemées par groupes de lamiers et de véroniques bleues… Parmi les herbes, les seules taches de rouge rouille, pour le moment, sont les vieilles feuilles de rumex…

Quelques taches de bleu clair et de mauve...
Quelques taches de bleu clair et de mauve…

Cependant, il faudra encore patienter pour voir plus de couleurs.

Les germinations

Un peu partout, et surtout dans les serres, cela germe, de frêles feuilles émergent du sol. Il faut attendre un peu pour les identifier…

Je viens de terminer de trier les plus de 3000 photographies que j’ai prises cette semaine. Pour illustrer tous les détails, mieux vaut en avoir un peu trop…

Au printemps, cela germe de partout...
Au printemps, cela germe de partout…

Bonnes herbes et mauvaises herbes

Au printemps, tout redémarre, il ne reste plus qu’à faire le tri avec patience entre les bonnes et les mauvaises herbes.

Les bourgeons du printemps

Le déploiement des nouvelles feuilles

Les feuilles nouvelles naissantes sont toujours très belles

Feuille géante d'Amazonie équatorienne, qui commence à se déployer
Feuille géante d’Amazonie équatorienne, qui commence à se déployer

Les feuilles de Chevrainvilliers ne sont pas aussi impressionnantes, mais tout de même très intéressantes…

Panais

Enfin, nous venons de récolter les derniers panais. Ils étaient entrain de produire de nouveaux feuillages avant la montée en graine. Le déploiement des feuilles ressemble à un origami.

Panais, feuilles nouvelles se déployant
Panais, feuilles nouvelles se déployant

Fenouil

Curieux légumes, les fenouils ont de très légères feuilles qu’apprécient beaucoup les lapins. Au Chili, ils poussent sauvages. Voyons comment elles naissent.

Petite feuille de fenouil émergente
Petite feuille de fenouil émergente

Bourgeon d’arbres

Les bourgeons se sont préparés lentement pendant tout l’hiver. Alors, ils éclosent très rapidement, il faut prendre le temps de les surprendre.

Parfois, les fleurs apparaissent avant les premières feuilles.

Les premières fleurs fanent déjà et apparaissent des feuilles...
Les premières fleurs fanent déjà et apparaissent des feuilles…

Les bourgeons sont difficile à surprendre en photographie, ils évoluent si vite…

Bourgeons en train d'éclore
Bourgeons en train d’éclore

En outre, les bourgeons des arbres et arbustes sont très importants pour les abeilles. Elles viennent y puiser des résines qui leur serviront pour produire le propolis avec lequel elles calfeutrent leur ruche. Ce calfeutrage est autant chimique que physique.

Fougères

Voici quelques pousses de fougères à Misahualli, en Équateur, région de Napo, Amazonie équatorienne. Les fougères ont pour spécialité dérouler leurs feuilles.

Fougère près de Misahualli, en Équateur, ici pas de printemps, mais quelle exubérance
Fougère près de Misahualli, en Équateur, ici pas de printemps, mais quelle exubérance!

Bourrache

Ohh! Elle est toute poilue! Cette semaine, elle vient de réapparaître de sa cachette d’hiver…

Et elle fleurit déjà
Et elle fleurit déjà

Les artichauts

Voilà, eux aussi sont pressés de fleurir, je vais les guetter de semaine en semaine. Je ne me lasse pas de les admirer.

Feuilles d'artichauts se déroulant autour d'un bouton de fleur
Feuilles d’artichauts se déroulant autour d’un bouton de fleur

Savez-vous que l’on peut teindre avec les feuilles, les tiges et les restes de ce qu’on mange de l’artichaut?

Une artiste qui a suivi l’atelier de la Redonda a Santa Fe en Argentine avait coupé un artichaut en deux pour faire des impressions…

Les tanins

Au printemps, la production de tanins démarre aussi. Car toute la vie sauvage a faim après l’hiver et les plantes doivent soit se protéger des herbivores, soit se multiplier se développer plus rapidement que la prédation. C’est ce qui explique que certaines plantes soient toxiques.

Comme l’explique Marc-André Selosse dans ses livres, les plantes produisent des tanins, et notamment des anthocyanes. C’est un investissement important en énergie de la part de la plante pour se protéger. Donc, cela concerne surtout les nouvelles pousses bien tendres qui attirent les herbivores et les zones à fort ensoleillement…

Cependant, les tanins ne pourrons pas sortir de la feuille, car ils sont enfermés à l’intérieur des cellules. Mais la feuille grandit. Souvent, elle n’augmente pas la quantité de tanins.

En outre, ces tanins sont bien sûr très intéressants en teinture naturelle. Ils nous offrent des possibilités très intéressantes…

Les pousses de printemps des ronces

Voici venir les premières pousses de ronces si utiles en teinture naturelle. Je leur dois un des plus beau gris que j’ai obtenu après mordançage au fer. Les épines restent piquantes après le bain de teinture.

Jeunes feuilles de ronces de printemps, légèrement teintées d'anthocyanes
Jeunes feuilles de ronces de printemps, légèrement teintées d’anthocyanes. On voit bien le contraste avec les feuilles de l’an passé

À quelques mètres de là, une autre ronce vit à l’ombre du hangar…

Cette ronce n'a pas besoin d'anti-UV
Cette ronce n’a pas besoin d’anti-UV

Celle-ci avait décidé de renaître sous une bâche…

Deux jours après, elle était déjà verte
Deux jours après, elle était déjà verte

Les rosiers

Les feuilles de rosiers sont très intéressantes en ecoprint. Cela ne peut pas rater. Les feuilles de framboisiers sont aussi intéressantes dans cette technique.

Ce printemps, les premières feuilles de ce rosier sont pourpres
Ce printemps, les premières feuilles de ce rosier sont pourpres

J’allais oublier de vous montrer ce que donne l’ecoprint…

La lavande

Les feuilles nouvelles de la lavande ont un autre ton de vert. On peut constater le même phénomène sur la sauge.

Ce pied de lavande sort ses premiéres feuilles de printemps
Ce pied de lavande sort ses premiéres feuilles de printemps

La lavande, comme la sauge et de nombreuses aromatiques servent aussi en teinture.

Les fleurs du printemps

Au printemps apparaissent toutes les fleurs, chacune à son tour. Je vais donc les épier…

Ce printemps, les légumes semblent très pressés de monter en graine. L’hiver a encore été plutôt doux.

Chou rouge pointu en bouton
Chou rouge pointu en bouton

La vie insiste toujours, les choux récoltés il y a 15 jours tentent de renaître…

Ce choux fait tout son possible pour pouvoir fleurir. Quelle persévérance! C'est le printemps.
Ce choux fait tout son possible pour pouvoir fleurir. Quelle persévérance!

Les arbres fruitiers commencent à fleurir. Quelques abeilles commencent à apparaître. Mais elles semblent préférer les pissenlits.

Arbres fruitiers en fleurs
Arbres fruitiers en fleurs

Le sureau

Un jeune sureau prépare déjà ses fleurs…

Le printemps des animaux

Les voisins à Chatenoy sortent leur brebis. Je suis curieuse de voir quand ils vont les tondre.

C'est le printemps, les brebis sortent de la bergerie
C’est le printemps, les brebis sortent de la bergerie

Les poules pondent un peu plus souvent, mais malheureusement pas toujours dans leur nid.

Les poules pondent plus au printemps
Heureusement, les poules pondent plus au printemps

Ici, c’est aussi le printemps pour les lézards de la serre.

Un beau jour de printemps, ce beau lézard était encore un peu endormi sous les feuilles de céleri
Un beau jour de printemps, ce beau lézard était encore un peu endormi sous les feuilles de céleri

Le printemps poétique

Bien sûr, il n’y a pas de doute, les plantes sont belles au printemps et cela inspire de nombreux poètes. Laissez-moi un peu de temps pour sélectionner pour vous quelques chansons et poèmes…

En avez-vous un à me proposer?

Conclusion

En fait, le printemps ne fait que commencer, je mettrais donc cet article au fur et à mesure des observations et des découvertes.

Mauvaises herbes utiles

/// Mauvaises herbes utiles ///
Nouvel article du 21 Mars 2020, complété le 5 Avril 2020
Nouvel ajout prochainement, en fonction des photographies et des découvertes…
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Les “mauvaises herbes“, un casse-tête pour tous ceux qui essaient de faire pousser des plantes, mais sont-elles toujours si mauvaises? Pendant mon activité actuellement, en confinement, le Wwoofing chez Biolab… J’ai très souvent affaire aux fameuses “mauvaises herbes“. Je n’ai pas résisté à l’envie de vous écrire un petit article sur ces herbes que l’on dit mauvaises car on ne les connaît pas. Cet article reste encore en lien avec l’artisanat et la teinture naturelle.

Michel Pastoureau dit qu'”une couleur ne vient jamais seule“, c’est aussi le cas des plantes… Pour les “mauvaises herbes“, elles donnent l’impression de bien s’entendre. Et si on les arrache, immédiatement, une nouvelle génération apparaît, d’autres espèce, plus difficiles à arracher.

Arrachage de mauvaises herbes entre les plans de carottes; matricaires, pissenlits, chardons, véronique bleu... suite à cet arrachage massif, apparaîtront tout de suite de nouvelles espèces...
Arrachage de mauvaises herbes entre les plans de carottes; matricaires, pissenlits, chardons, véronique bleue… suite à cet arrachage massif, apparaîtront tout de suite de nouvelles espèces…

D’où viennent nos bonnes herbes? Des “mauvaises herbes” à succès…

Je n’aime pas le terme “mauvaises herbes“, c’est pourquoi, je l’écris entre guillemets. En fin de compte, ce que nous cultivons, ce sont des “mauvaises herbes” qui ont réussi. Elles ont été sélectionnées parmi toute l’offre végétale, et elles ont été protégées et développées des centaines de générations de cultivateurs. En conséquence, les autres sont presque méconnues.

Le maïs

Par exemple, l’ancêtre du maïs que consommaient déjà les Indigènes du désert d’Atacama n’était qu’une simple graminée, le téosinte, dont l’épi ne mesurait pas plus de 5 cm de longueur. Les sélections des paysans amérindiens ont donné une variétés de formes et de couleurs allant d’un grain blanc de la taille de l’ongle du pouce, à des grains plus courants mais noirs. Il existe de nombreuses variétés intermédiaires, parfois multicolores.

Ces derniers temps, cette sélection devient de plus en plus restreinte et de nombreuses variétés cultivées autrefois sont entrain de disparaître. Elles étaient pourtant adaptées aux conditions locales. Elles ont parfois beaucoup voyagé avant de s’adapter à notre voisinage.

Sans parler des variétés OGM, qui ont souvent fait appel à des qualité de résistance des “mauvaises herbes“, le catalogue des variétés a tendance à se restreindre, laissant se perdre des variétés anciennes plus rustiques.

Ont-elles toujours été des “mauvaises herbes“?

De nombreuses plantes considérées actuellement comme “mauvaises herbes” étaient encore cultivées, il y a à peine un siècle. Parfois, elles étaient très appréciées, sans pour autant être cultivées…

Arrêtons-nous sur quelques cas…

Le pissenlit

Je suis actuellement chez Biolab à Chevrainvilliers, près de Nemours (77 – France). Il y a beaucoup de pissenlit, il est très difficile de les expulser des serres.

Par exemple, Valentin qui travaille ici, me disait qu’autrefois dans cette zone, de grandes superficies étaient cultivées en pissenlit. Cette plante se mange en salade et est très intéressante du point de vue médicinal, notamment pour le foie. Il est riche en tanins et en vitamine C. Les vaches l’adorent.

"Mauvaises herbes" anciennement cultivées: le pissenlit
Mauvaises herbes” anciennement cultivées: le pissenlit

Le chénopode

Mauvaises herbes” courantes, les chénopodes, parents des épinards étaient très consommés autrefois, avant que Catherine de Médicis n’importe à la cour de France et mettent à la mode l’épinard fort apprécié en Italie.

Mauvaises herbes de seconde génération, les chénopodes
Mauvaises herbes de seconde génération, les chénopodes

L’ortie

Elle est le symbole d’une bonne terre. Un ancien proverbe basque disait que s’il y avait de l’ortie sur les terres de la future mariée, c’était bon signe.

Les orties sont indispensables pour une bonne immunité de la plupart des oiseaux. Elles sont très mellifères.

Des orties encore petites
Des orties encore petites, encore des “mauvaises herbes” utiles

Comme beaucoup de “mauvaises herbes”, elles sont bien sûr comestibles, en soupe ou comme des épinards et de biens d’autres manières. Elles teignent évidemment. Mais, les orties donnaient aussi des fibres qui se travaillaient un peu comme le lin.

N’oublions pas le fameux purin d’ortie, très utile en agriculture biologique. Tellement utile, qu’ils ont voulu l’interdire!

La réputation de l’ortie n’est plus à faire.

La grande consoude

Cette plante (Symphytum officinale) dont l’huile essentielle est très vantée, était aussi anciennement aussi utilisée en purin comme l’ortie pour protéger les cultures. Elle peut aussi être utilisée en mulch ou en compost dans le même but.

Elle est mellifère, donc intéressante pour les abeilles et doit faire participer au miel de ses qualités médicinales, notamment en ce qui concerne son pouvoir cicatrisant.

Mauvaises herbes” en association avec les cultures?

Certaines repoussent les insectes, d’autres les attirent et les mettent en évidences.

Les soucis

Les soucis qui on parfois mauvaise réputation, repoussent nombre d’insectes. Et comme les tagètes ou la tanaisie, ils peuvent être “cultivés” ou favorisé entre les rangs de cultures.

Les soucis peuvent être une aide précieuse
Les soucis peuvent être une aide précieuse

Les capucines, mauvaises herbes?

Cette jolie plante, sauvage et courante au Chili, a la particularité d’attirer les pucerons. Ceci fait que souvent, on la chasse des cultures au lieu de l’accueillir.

En outre, la magnifique fleur est comestible en salade. De même, la feuille est médicinale, son application sur les bleus aide à une résorption plus rapide de ceux-ci. Cela explique sans doute son appellation “espuela de galán” (éperon de galant), pour son utilisation pour soigner les yeux au beurre noir!

Certainement, il me faudra attendre mon retour au Chili pour mettre une photographie…

Et pourquoi pas la Bourse à Pasteur

En arrachant des “mauvaises herbes” entre les choux, j’ai découvert des bourses à pasteur dont la tige florale était couverte de petit pucerons noirs… Ne vaut-il pas mieux qu’ils sucent la sève de cette indésirable que celle de la culture.

Bourse à pasteur, non infectée de pucerons
Bourse à pasteur, non infestée de pucerons

Mauvaises herbes” médicinales

Le plantain

Ainsi, cette plante très courante, même en ville, est très intéressante. Elle soulage très rapidement les piqûres d’insectes et d’orties.

Comme beaucoup de plantes médicinales, elle est aussi tinctoriale. Je n’ai pas encore eu l’occasion de l’essayer. Car il ne faut pas oublier qu’il faut généralement 3 fois le poids des fibres à teindre en plantes. C’est long à cueillir.

Mauvaises herbes - plantain, ici le remède est à côté du mal
Mauvaises herbes – plantain, ici le remède est à côté du mal

La digitale

Cette belle plante sauvage (Digitalis purpurea) est aussi intéressante du point de vue médicinal qu’elle est toxique. Elle est utilisée pour fabriquer des médicaments pour des problèmes cardiaques. Elle est trop efficace pour l’essayer, il faut la laisser aux laboratoires pharmaceutiques.

Mauvaises herbes” bonnes à teindre

La Sorona ou brea

Voici, cette plante dont le nom scientifique est Tessaria absinthioides est très courante au Chili depuis la zone centrale jusqu’au nord. Elle peut devenir envahissante.

À Pica, ou j’ai donné une formation, les femmes luttaient continuellement contre ces plantes qui envahissaient leurs “chacras” (mot quechua désignant une petite parcelle cultivée).

Belle expérience de teinture

Nous l’avons utilisé en teinture naturelle, elle furent très agréablement surprises par le magnifique jaune que cette “mauvaise herbe” peut donner.

Sorona ou Brea, á Mamiña, matière tinctoriale de premier choix
Sorona ou Brea, à Mamiña, matière tinctoriale de premier choix

Je viens d’apprendre qu’elle est très intéressante du point de vue médicinal pour les articulations, en infusion. Elle est aussi répulsive pour de nombreux insectes.

Lors d'un atelier de teinture à Pica, Nord du Chili, ces femmes découvrent les possibilités des "mauvaises herbes"
Lors d’un atelier de teinture à Pica, Nord du Chili, ces femmes découvrent les possibilités des “mauvaises herbes

Voici une photographie très émotive. Cette femme qui a une vie très difficile, caresse la laine qu’elle a teinte avec la Sorona qu’elle arrachait par pleines brassées.

Les ronces

Oui, les ronces ne font pas que piquer, envahir et donner parfois des mûres à l’automne. Les jeunes rameaux sont bourrés de tanins et sont très intéressants en teintures.

J’aime les jolis jaunes et de merveilleux gris, éventuellement des verts olives qu’elles donnent. Le résultat dépend des mordants: alun, fer ou cuivre et en prime une odeur de confiture lors du bouillon de teinture.

Ces jeunes rameaux de ronces sont l'idéal en teinture naturelle
Ces jeunes rameaux de ronces sont l’idéal en teinture naturelle

En permaculture, une technique innovante, utilise le fait que cette plante est une précurseur de la forêt. On aménage des cercles dans le massif de ronces et on y plante au milieu de petits arbres, le plus souvent fruitiers qui pousseront protégés par les ronces.

Les fleurs des champs en ecoprint

Voici une autre utilisation maline des plantes sauvages en teinture naturelle, est la technique appelée “ecoprint“. J’ai déjà consacré un article à celle belle technique que je pratique dès que je peux avec plaisir.

"Mauvaises herbes" et bonnes herbes du jardin en ecoprint
Mauvaises herbes” et bonnes herbes du jardin en ecoprint

Mauvaises herbes” fourragères et engrais vert

De nombreuses fabacées ou légumineuses sauvages servent d’engrais vert, grâce à leurs nodules sur les racines qui concentrent l’azote.

“Arvejilla”

Notamment, je pense à la “arvejilla” (petit petit-pois), courante au Chili (zone centre et sud), que les brebis apprécient beaucoup.

Il faut cependant penser à les tondre avant que les graines mûrissent, car celles-ci sont munies d’une épine très pointue qui blessent souvent les doigts quand on file la laine.

Cette graine était consommé par les indigènes qui savaient profiter de leur environnement.

J’ai appelé au secours mon amie Lucia Fuentes près de Rancagua (Chili) qui est apicultrice et connais très bien la flore chilienne. Elle m’a gentiment renvoyé tant d’informations que je ne sais pas à quel nom latin vous renvoyer. Il y a beaucoup d’espèces qui se ressemblent. Je me suis retrouvé devant un cas d’infobésité. Et malheureusement, je n’ai pas de photographie.

Les rumex

Avec leur solide racine pivotante, ils sont un cauchemar pour les agriculteurs. Il en existe de nombreuses variétés, toutes bio-indicatrices, indiquant différents types de sols.

Certaines espèces sont comestibles en salades. Les vaches les apprécient beaucoup.

Joli pied de rumex, une des mauvaises herbes les plus difficiles à arracher
Joli pied de rumex, une des mauvaises herbes les plus difficiles à arracher

Elles sont utiles en teinture naturelle, car elles ont beaucoup de tanins, et notamment des tanins peu colorants. Ils donnent des tons rosés pâles. C’est très intéressant pour utiliser ces tanins comme des mordants naturels et éviter ainsi la pierre d’alun. En outre, Gérard Ducerf nous apprends qu’elles récupèrent aussi les formes toxiques d’aluminium dans les sols. En teinture, cet aluminium peut certainement remplacer l’alun, pas toujours facile à trouver.

Bidens – amores secos

Cette herbe gracile qui aime les zones humides paraît bien innocente. Elle appartient à la famille des Bidens, au Chili on l’appelle “amour sec”, car leurs graines munies de deux petites dents s’accroche volontiers au vêtements.

Bidens, à Mamiña, je l'ai testé en teinture
Bidens, à Mamiña, je l’ai testé en teinture

Du temps des Incas, les enfants étaient envoyés les récolter pour la teinture, elle donne un magnifique jaune-ocre.

Les abeilles aiment les “mauvaises herbes

La grande majorité des plantes cultivées ne sont pas intéressantes pour les abeilles.

  • Les céréales sont généralement pollinisées par le vent.
  • Les légumes sont souvent récoltés avant la floraison, leur goût se modifie pendant la montée en graine…
  • Les fleurs cultivées pour les fleuristes sont récoltées en bouton, donc trop tôt pour les abeilles qui ont besoin que le pollen soit déhiscent et se libère facilement. C’est-à-dire que c’est la fleur mûre, presque fanée qui intéressent les abeilles.
  • Certaines fabacées devraient être intéressantes, mais la taille et la forme de la fleur ne laissent pas les abeilles faire leur travail… C’est notamment le cas de la luzerne.

Certaines zones cultivées apparaissent donc comme des déserts verts pour les abeilles domestiquées et beaucoup d’autres pollinisateurs sauvages.

Mauvaises herbes des champs, les camomilles des teinturiers attirent de nombreux insectes, ces fleurs donnent un très joli jaune d'or
Mauvaises herbes des champs, les camomilles des teinturiers attirent de nombreux insectes, ces fleurs donnent un très joli jaune d’or

Les “mauvaises herbes” qui arrivent à fleurir sont donc plus attractives pour les abeilles, d’autant plus que leur variété est plus grande. Et les abeilles profitent aussi des qualités médicinales de ces plantes.

Elles offrent aussi une plus grande variété de pollens et de nectars. En outre, elles ne fleurissent pas toutes au même moment, ce qui assure une alimentation variée et étendue dans le temps au fur et à mesure des floraisons décalées.

Abeille entrain de butiner une fleur de pissenlit, les poches à pollen pleines de pollens jaunes...
Abeille entrain de butiner une fleur de pissenlit, les poches à pollen pleines de pollens jaunes…

Si les abeilles dépendent seulement des variétés cultivées, elles ont des excédents de nourritures à certains moments et crient famine entre les floraisons.

Le lierre

Aussi curieux que cela puisse paraître, le lierre est très intéressant pour les abeilles. Heureusement, il a la bonne idée de fleurir en automne-hiver, époque où les abeilles sortent encore aux beaux jours et ne trouvent que très peu de fleurs.

Souvent mal considéré, le lierre n'est pourtant pas dénué d'intèrêt
Souvent mal considéré, le lierre n’est pourtant pas dénué d’intèrêt

Les baies sont vénéneuses. Elles contiennent beaucoup de tannins et de saponines. Ces graines alimentent de nombreux oiseaux en hiver, ils ont adapté leur appareil digestif et propagent ainsi les graines. Les feuilles sont utilisées comme détergent naturel.

Les feuilles ont la particularité de changer de forme entre l’état juvénile et l’état adulte.

Loin, d’être un danger pour les arbres sur lesquels il pousse, il les protège contre certains champignons et insectes. Le lierre n’est pas un parasite car il se nourrit par ses racines en terre.

C’est une plante dépolluante. Il est aussi utilisé depuis des temps immémoriaux dans des préparations médicinales.

Les adventices

Il s’agit là de cultures agricoles des années ou saisons passées, ou de champs voisins qui ressurgissent au milieu d’une culture principale. Ainsi, même le blé, par exemple, peut être considéré comme une adventice. Ce terme est plus scientifique pour nommer une “bonne herbe” qui n’est pas à sa place et devient “mauvaise” car elle est sensée faire concurrence à la culture du moment, peut-être exagérément normée.

Adventices, ici pourpier ou clayton de Cuba de la culture précédente, repoussant entre le choux pointus
Adventices, ici pourpier ou clayton de Cuba de la culture précédente, repoussant entre le choux pointus

Il est remarquable que ce pourpier est beaucoup moins beau que celui de qui avait été récolté précédemment. Les plans utilisés sont des hybrides F1 bio. Leurs rejetons ne possèdent donc plus toutes les qualités de leurs parents.

Voici le même pourpier, après 3 récoltes, il commence à fleurir, pour produire de nouvelles adventices
Voici le même pourpier, 15 jours après 3 récoltes, il commence à fleurir, pour produire de nouvelles adventices

Les plantes bio-indicatrices

Gérard Ducerf est un grand botaniste qui s’est spécialisé dans les “mauvaises herbes“. Il a élaboré une théorie très intéressante sur le fait que la levée de dormance des “mauvaises herbes” n’est pas la même partout.

Selon lui, les graines sont présentes partout, mais il faut des circonstances spéciales pour qu’elles germent (ou qu’elles lèvent leur dormance). Ces circonstances proviennent le plus souvent de la chimie du sol. Donc les “mauvaises herbes” qui pousseront, indiqueront certains manques ou certains excès du sol.

Je viens de trouver cette émission de France Culture où Gérard Ducerf explique ses observations. Je vous invite à l’écouter.

Montrer les problèmes du sol, voici le travail des mauvaises herbes

Le plus intéressant de l’affaire est que ces “mauvaises herbes” vont aussi tenter de remédier à ces problèmes. Il explique, par exemple, que certains chardons indiquent un manque de phosphates. Mais en outre, ils vont les chercher dans les couches plus profondes de la terre. Une fois que la plante se fane et se décompose, elle rend ces minéraux disponibles aux autres plantes cultivées.

Il nous faut donc réapprendre à connaître les “mauvaises herbes” qui ont toute une utilité qui n’est plus connue. Elles ont même souvent perdu leur nom. Plus une plante est “gênante“, plus elle a de nombreux noms communs ou vulgaire. C’est là que devient intéressante l’appellation scientifique en latin (parfois de cuisine).

La pollution

Par ailleurs, d’autres “mauvaises herbes” vont indiquer la présence de pollution par des métaux lourds ou des pesticides. Elles les concentreront souvent dans leurs tissus.

Mauvaises herbes - Datura, plante bioindicatrice, très toxique et halucinogène
Mauvaises herbes – Datura, plante bioindicatrice, très toxique et hallucinogène

Quand les conditions de levée de dormance disparaissent, ce sont d’autres espèces qui apparaissent…

Il explique en détails ses théories dans ses videos et ses livres. C’est vraiment intéressant.

Et les symbioses avec les “mauvaises herbes”

Parfois des “mauvaises herbes” semblent aider directement les bonnes herbes…

Après, Viña del Mar, j’ai vécu à Limache (à 30 km de Valparaíso, Région Centrale du Chili), j’ai eu deux expériences bonnes à méditer.

Quand je suis arrivée à Limache, il y avait beaucoup de plantes médicinales, une amie qui les connaissait bien me montre la mélisse. Elle me dit qu’il faut bien s’en occuper pour la protéger.

La mélisse

J’ai donc commencé par arracher les “mauvaises herbes” autour des plantes de mélisse. On m’a volé la pompe à eau. Je n’ai pas pu continuer à irriguer mes plantes. Heureusement, je n’avais pas réussi à nettoyer tous les plantes de mélisse. Car celles que je n’avais pas nettoyées ont résisté à la sécheresse, alors que toutes les mélisses que j’avais nettoyées se sont séchées.

La mélisse est très mellifère. Au Chili, on frotte les ruches vides avec de la mélisse pour attirer les essaims.

Par ailleurs, la mélisse est un anti-dépressif en tisane, ou parsemer quelques feuilles déchiquetées sur une salade.

Le parqui

D’autre part, j’avais beaucoup de parqui, une solanacée arbustive puante et toxique… Il y en avait des pieds qui poussaient très haut, juste à côté d’un grand citronnier. Les branches de parqui se cassent très facilement, je l’ai donc réduit très facilement, je ne l’ai pas arraché… Très rapidement, le citronnier est mort.

J’ai aussi constaté cette union citronnier-parqui dans la propriété de mon ami Uldis à Concon. Les seuls citronniers que respectaient les chevaux affamés des voisins étaient protégés par un pied de parqui.

Certaines “mauvaises herbes” peuvent avoir un effet répulsifs sur les prédateurs, d’autres peuvent les attirer libérant ainsi les cultures de leurs actions néfastes.

Les “mauvaises herbes” comestibles

Une nouvelle tendance est la redécouverte des plantes sauvages comestibles. Georges Oxley parle beaucoup dans ses videos de ces plantes et d’un mouvement britannique “Incredible Edible”. De nombreux livres sont entrain de paraître à ce sujet.

La renouée du Japon

Cette plante bio-indicatrice et envahissante montre des lieux pollués. Cependant ses jeunes pousses sont comestibles et exemptes de polluants.

Mauvaises herbes des villes, Reynutria Japonica ou Fallopia Japonica
Mauvaises herbes des villes, Reynutria Japonica ou Fallopia Japonica

Enfin, j’ai utilisé cette plante en teinture naturelle à Puerto Montt (sud du Chili), elle m’a donné un très beau jaune.

Elle est aussi très mellifère et attire les abeilles en nombres.

L’ail des ours

Cette plante phare des comestibles sauvages est une parente de l’ail cultivée. Selon wikipedia, elle présente beaucoup des propriétés de l’ail habituelle.

Comme pour toutes les plantes sauvages, il faut bien faire attention à toujours en laisser suffisamment pour qu’elle puisse se régénérer l’année suivante.

D’autre part, il faut éviter de la confondre avec d’autres plantes toxiques qui lui ressemble et qui peuvent entraîner de graves intoxications. Une bonne base en botanique est donc nécessaire.

Le lamier pourpre

Cette modeste plante fait partie des plantes préférées des débutants en “comestibles sauvages”. Elle a un goût de champignon et s’utilise en salade.

Du point de vue médicinal, Wikipedia nous dit que: “Les feuilles et les sommités fleuries sont toniques, vulnéraires, astringentes, hémostatiques et expectorantes grâce à leur richesse en tanins, mucilages et glucosides. Les fleurs sont également utilisées pour préparer des tisanes contre la bronchite.

Lamier
Lamier

Chardons

Il existe au Chili une sorte de chardon, cousine de l’artichaut dont les cotes des feuilles sont comestibles en salades ou frits. J’en ai mangé plus d’une fois.

De plus, ce chardon, comme beaucoup d’autres, est aussi très intéressant pour les abeilles.

Chardon comestible, aliment de choix pour les chevaux
Chardon comestible, aliment de choix pour les chevaux

Aussi, je les ai essayés en teinture naturelle, à mes débuts. J’ai employé les feuilles complètes. Encore une fois, j’ai obtenu un jaune. Les épines étaient restées piquantes après avoir bouilli.

Jolie fleur de chardon, bizarre qu'il n'y ait d'abeilles
Jolie fleur de chardon, bizarre qu’il n’y ait d’abeilles
Teintures aux mauvaises herbes dans une casserole bien spéciale
Teintures aux mauvaises herbes dans une casserole bien spéciale

Souvent, j’aime bien utiliser des déchets, des rebuts pour teindre. C’est économique, et cela ne manque que rarement.

La Gunnera

Cette plante utilisée en décoration de jardin en France (Gilles Clément l’apprécie beaucoup) est un peu invasive. Elle pousse sauvage au Sud du Chili, sur les bords de routes et de forêts, j’en ai beaucoup vu entre Coyhaique et Puerto Aysen.

Au Chili, on l’appelle “pangue” ou “nalca“. Ses grandes tiges se mangent en salade, c’est plutôt amer. On les vend, quand c’est la saison sur les marchés, à Puerto Montt. Les feuilles peuvent mesurer plus d’un mètre de large. On les utilise pour la recette du “curanto al hoyo“, spécialité gastronomique de la région de Chiloe et dans de nombreuses préparations culinaires de la région, notamment pour envelopper des “pains” (masas) de pommes de terre râpées.

Les racines sont utilisées traditionnellement en teinture naturelle et pour tanner les peaux.

Gunnera chilensis, mauvaises herbes imposantes du Sud du Chili
Gunnera chilensis, mauvaises herbes imposantes du Sud du Chili

Sur ce lien, vous pourrez voir des photographies impressionnantes et avoir plus d’informations sur cette plante.

Les “Chahuales

"Chahuales" à Concon, Région Centre du Chili
Chahuales” à Concon, Région Centre du Chili

Voici une magnifique plante en voie d’extinction au Chili est aussi comestible et recherchée. Mais comme on mange la tige florale en bouton, qui est en outre difficilement accessible, au milieu des feuilles dures et piquante, la plante une fois récoltée est incapable de se reproduire.

Mauvaises herbes” des villes

D’autre part, les “mauvaises herbes” n’envahissent pas que la campagne et les jardins. Elles arrivent à pousser dans n’importe quel interstice en ville… La nature sait recoloniser la ville.

Érigeron du Canada

Cette plante courante en ville, est utile en teinture naturelle. Elle donne aussi du jaune.

Erigerons qui profitent de n'importe quelle anfractuosité
Érigerons qui profitent de n’importe quelle anfractuosité, photographie prise à Santa Fe, Argentine. On en trouve aussi en Europe

Phytolacque

Enfin, cette plante plutôt envahissante et toxique est apparue un peu partout.

Ces graines étaient curieusement utilisées autrefois pour falsifier la couleur de certains vins, notamment de Bordeaux. Il s’agit d’un colorant petit teint, donc très instable.

“Mauvaises herbes” résistantes

Certaines, résistent même au feu…

Cette jolie fleur a poussé juste après l'incendie d'un bois d'eucalyptus
Cette jolie fleur a poussé juste après l’incendie d’un bois d’eucalyptus

D’autres, tels ces chardons sont capable de se maintenir après un an à l’ombre sous une bâche tissé…

Ces chardons ont passé plus d'un an à l'ombre d'une bâche tissé
Ces chardons ont passé plus d’un an à l’ombre d’une bâche tissé

Certaines savent être mignonnes

Certaines plantes savent être très mignonnes et délicates pour échapper à l’arrachage. Ainsi semble être la douce véronique bleue, qui n’hésite pas à tisser d’inextricables toiles de racines en marcottant dans tous les sens. Elles couvrent très bien les sols, dont elles indiquent un bon équilibre.

Ces jolies "mauvaises herbes", les véroniques bleues peuvent devenir un peu envahissantes
Ces jolies “mauvaises herbes”, les véroniques bleues peuvent devenir un peu envahissantes

Vieille expérience

Quand je suis arrivée à La Ligua (zone centrale du Chili), je suis rapidement partie vivre dans un hameau appelé la Quebrada del Pobre (la Vallée du Pauvre).

J’avais quelques hectares de coteau de colline avec quelques bosquets, un petit ruisseau qui coulait seulement en hiver, bordé d’arbres natifs (boldo, molle, peumo, quillay…). Il s’agissait d’une prairie en pente, nette plus sèche vers le côté nord.

Je démarrais en apiculture. J’ai donc décidé de me débarrasser de mon ânesse et de mon ânon et d’empêcher les voisins de faire paître leurs troupeau sur le terrain. Je voulais réserver les fleurs à mes abeilles. Elles ne sont pas capables d’aller chercher leur nourriture dans les bouses des animaux qui mangent les fleurs avec grand plaisir.

Après deux ans de luttes contre les paysans du week-end, j’ai pu constater quelques améliorations. Les paysans du week-end travaille la semaine à la ville, larguent leur troupeaux au bord des routes ou éventuellement chez leurs voisins. Ils viennent compter le nombre de têtes le samedi ou le dimanche… Quand on le leur reproche, ils répondent qu’ils n’ont pas de bêtes mais des animaux ou bien qu’ils n’ont d’animaux, mais des bêtes, selon si on mentionne la présence de chevaux ou de vaches. Cela est très courant et cette prairie leur faisait défaut, car ils avaient surpatûré toutes les autres dans la zone.

Après deux ans de dure chasse au bétail intrus, je constatais:

  • l’absence d’érosion, bien que les pentes soient assez abruptes,
  • une multiplication de la faune sauvage, insectes, petits rongeurs, oiseaux…
  • même en saison sèche, les pailles de la végétation de l’année antérieure attrapaient le brouillard et la rosée et les conduisaient au sol qui était maintenu vert (petites graminées, liserons…).

Conclusion sur les mauvaises herbes

Il me semble difficile de n’avoir sur son terrain que des plantes dites “utiles“, comme le souhaitais mon ami Rodrigo au Brésil. En outre, il faudrait mieux connaître les “mauvaises herbes“, car elles ont certainement toutes quelque chose d’utile. À nous de le découvrir.

En outre, la botanique et l’observation des plantes sont là pour nous aider. Rien ne peut être complètement positif, ni totalement négatif. Donc, il faut donc chercher le bon côté.

Certaines “mauvaises herbes” sont tout simplement belles…

Certaines "mauvaises herbes" savent être très belles...
Certaines “mauvaises herbes” savent être très belles…

Si pour des raisons économiques, vous devez vous débarrasser des “mauvaises herbes“, je vous conseille le cours-video de Konrad Schreiber.

Betterave rouge, non merci!

/// Betterave rouge, non merci! ///
Nouvel article du 8 Mars 2020
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

J’aime beaucoup les marchés, celui-ci a lieu le samedi matin à Angelmó, Puerto Montt, sud du Chili. On y trouve, bien sûr, de la betterave rouge, parmi de nombreux produits typiques. La betterave rouge figure parmi les premiers végétaux tinctoriaux qui viennent à l’idée du public non initié aux teintures naturelles… La référence à la betterave est curieusement permanente. Alors que d’autres déchets de végétaux comestibles, tels que les épluchures d’oignons, plus efficaces, sont oubliées.

Mes premières expériences sont donc dues aux dits de voisins à La Ligua qui n’avaient certainement pas essayés par eux-mêmes…

Mes premières expériences

Pour mes premiers tests, je ne pouvais pas penser les faire avec des produits exotiques tels que l’indigo, la garance ou la cochenille.

J’ai donc eu recours à des plantes que j’avais sous la main et à des déchets. La démarche générale est sans doute bonne, mais la betterave rouge est une exception.

Avec les feuilles de betterave

J’étais pauvre, je souhaitais donc éviter d’utiliser ce qui se mange pour teindre. Cela sentais le gâchis.

J’ai donc commencé à tester avec les feuilles, dont je viens seulement maintenant d’apprendre qu’elles étaient comestibles. J’ai pris un écheveau de 100 grammes de coton. C’était plus économique que la laine naturelle à La Ligua.

Bien sûr, le jus était rose vif, mais en rinçant simplement, tout est parti. Je n’ai eu qu’un jaune très pâle.

J’ai recommencé en ajoutant un mordançage à l’alun. Même résultat. Heureusement, j’avais récupéré les feuilles de betterave sur le marché.

Avec la racine

Il me semblait curieux que tant de gens se trompent. Je décidais donc de recommencer avec la racine, cette fois-ci. Bien que la betterave n’apparaisse nulle part dans ma documentation du moment, le Guide de la Teinture Naturelle de Dominique Cardon.

Cependant, je n’avais pas d’électricité à l’époque, donc pas d’internet. Ce guide et tous les autres livres de Dominique Cardon font toujours partie de ma documentation de base.

Je pris donc la décision de sacrifier un peu d’alimentation pour un nouveau test. Le résultat ne fut pas meilleur. Je comprenais pourquoi la betterave ne figurait pas dans le Guide de Dominique Cardon.

Malheureusement, je n’ai pas de photographies de ces premiers essais. J’aurais bien aimé partager cela.

Dans les cours

À Pica (Nord du Chili)

Dans les cours que j’ai donné à Pica, nous n’avons pas fait le test de la betterave rouge, les femmes n’en produisaient certainement pas dans leurs “chakra” (mot d’origine quechua désignant un petit terrain cultivé). Il fallait faire efficace, nous avons donc travaillé essentiellement avec des produits connus par les femmes. Notamment, nous avons teints avec des herbes médicinales de l’Altiplano, ou des plantes locales que j’avais personnellement testé positivement. Ainsi, nous avons utilisé la Sorona, “mauvaise herbe” qui envahissait les “chakra” et donne un très beau jaune.

À Santa Fe (Argentine)

Lors des deux ateliers à Santa Fe (Argentine), nous avons testé la betterave, car des stagiaires en avaient amenée. Ces groupes étaient très enclins à faire des expériences nouvelles. Nous l’avons donc fait comme contre-exemple, toujours avec le même résultat.

Test de la betterave rouge à Santa Fe, Centre Culturel La Redonda, Argentine
Test de la betterave rouge à Santa Fe, Centre Culturel La Redonda, Argentine

Ici les feuilles de betteraves cuisent pendant que l’on mordance les fibres dans une autre casserole.

Casserole de mordançage, pour préparer les fibres avant la teinture
Casserole de mordançage, pour préparer les fibres avant la teinture

Les fibres mordancées seront ensuite ajoutées au bain de betterave.

Fibres ajoutées au bain de feuilles de betterave rouge, le bain à gauche est de la cochenille
Fibres ajoutées au bain de feuilles de betterave rouge, le bain à gauche est de la cochenille
Petit résumé non exhaustif des teintures de cet atelier, manquent les teintures à la cochenille et celles à l'indigo
Petit résumé non exhaustif des teintures de cet atelier, manquent les teintures à la cochenille et celles à l’indigo

Nous avions étiqueté toutes les teintures que nous avions faites. Je ne vois pas d’étiquettes indiquant la betterave, le résultat a été si décevant que les fibres ont été reteintes.

Une betterave, qu’est-ce que c’est?

C’est une chénopodiacée, Beta vulgaris, de même que les épinards, les blettes et quinoa. Elle produit une grosse racine pivotante que l’on consomme habituellement. Il en existe un grand nombre de variétés, pas toutes rouges.

La culture

Comment naît une petite betterave?

Dans la serre, petite pousse de betterave qui vient de germer, avec ses deux premières feuilles. Les "mauvaises herbes" ont déjà pris de l'avance.
Dans la serre, petite pousse de betterave qui vient de germer, avec ses deux premières feuilles. Les “mauvaises herbes” ont déjà pris de l’avance.

À ce stade le désherbage n’est évident. il doit être fait manuellement, bio oblige, et rapidement avant que la planche soit envahie…

Puis elle sort les premières feuilles classiques de betterave.

Jeune betterave à 4 feuilles
Jeune betterave à 4 feuilles

Différentes variétés de betterave cultivées par Biolab, ferme Agrobiologique, près de Nemours, où je fais actuellement du wwoofing.

Et le développement de la betterave se poursuit...
Et le développement de la betterave se poursuit…

La récolte

Dans les champs, peu avant la récolte, Valentin qui travaille chez Biolab, récolte des échantillons.

Échantillons de betterave, avant la récolte...
Échantillons de betterave, avant la récolte…

Elles sont un peu petites, car elles ont été semées trop serrées. Elles n’ont pas eu assez de place pour se développer et elles vont bientôt monter en graines. Il faut donc les récoltées. Les meilleures ont déjà été sélectionnées par les mulots…

Les mulots sont de grands amateurs de betterave... ils ont tout de suite repéré les plus grosses
Les mulots sont de grands amateurs de betterave… ils ont tout de suite repéré les plus grosses

La terre est très humide, il a beaucoup plu ces derniers jours. On dirait que la terre aspire les betteraves quand on veut les arracher. Valentin va donc faire un essai avec le tracteur de soulever la couche de terre ou se trouvent les betteraves.

Malheureusement, malgré différents réglages, la lame coupe trop de betteraves, celles qui échappent à la lame, sont très difficile à extraire des blocs de terre soulevés.
Malheureusement, malgré différents réglages, la lame coupe trop de betteraves, celles qui échappent à la lame, sont très difficile à extraire des blocs de terre soulevés.

La récolte a été plutôt maigre.

Récolte de betterave
Récolte de betterave

En partageant tout ce travail, il devient pour moi aussi inconcevable de négocier les prix sur les légumes que sur l’artisanat. L’agriculture est aussi grande consommatrice de temps et de connaissances que l’artisanat.

Quand on coupe une betterave et qu’on la fait cuire, elle libère un jus rouge très trompeur, qui laisse croire que l’on pourrait teindre avec…

Là, il s’agit d’une jolie variété à rayures blanches. Elles ont moins de colorant.

La bétalaïne

Cette famille de pigment est présent dans de nombreux végétaux.

Betterave rouge, source de betala¨ïne courante, petit panneau dans le Jardin des Plantes Tinctoriales de Couleur Garance, à Lauris, France
Betterave rouge, source de betala¨ïne courante, petit panneau dans le Jardin des Plantes Tinctoriales de Couleur Garance, à Lauris, France

Voilà ce qu’en dit l’Association Couleur Garance, experte dans le domaine de la teinture naturelle.

Mes expériences

A Mamiña, petit village d’eaux thermales dans la précordillère, à 120 km de d’Iquique (Nord du Chili), j’ai fait de nombreux essais. Notamment, j’avais trouvé des pailles de quinoa, qui provenaient de Cancosa, en plein Altiplano, tout près de la frontière bolivienne.

Ces pailles sont rouge foncé. C’était donc intéressant à tester. Le résultat a été plutôt décevant. La quinoa fait partie des chénopodiacées. Ce n’est donc pas surprenant.

Utilisations possibles de la betterave…

Alimentaire, bien sûr. Nombreuses sont les recettes faisant intervenir la betterave rouge.

J’ai eu l’occasion de me cuisiner quelques betteraves que j’ai récoltées. Elles étaient délicieuses. Et voici, une salade de betterave bio.

Salade de betteraves roses à rayures blanches
Salade de betteraves roses à rayures blanches

Vu, que ce ne sont pas des betteraves rouges habituelles, elles n’ont pas libéré de jus rouge, seulement une eau de cuisson beige…

Le colorant Bétanine, une des formes de bétalaïne est utilisé par l’industrie agro-alimentaire sous la dénomination E162.

Médicale, pourquoi pas? La betterave serait un excellent hypotenseur. Cela me semble intéressant, non? Elle améliorerait aussi l’oxygénation des cellules.

Et en teinture?

Il s’agit donc d’une teinture alimentaire par excellence. Je viens d’en parler assez longuement, mais il me reste une dernière expérience à vous raconter.

Betterave rouges et sels de bain

Là aussi, les photographies font défaut. À Limache, j’avais perdu 95 % de la clientèle de ma petite imprimerie artisanale de Viña del Mar. Je n’étais qu’à 30 km, mais c’était trop loin.

Il fallait que je trouve d’autres produits. En allant chercher du maïs pour mes poules, je me suis rendue compte que le gros sel était très économique. J’avais beaucoup de plantes aromatiques et médicinales sur la propriété que je louais.

Je décidais donc de préparer des sels de bains. Je n’avais aucune documentation sur les teintures naturelles et bien sûr pas d’internet.

Ce fut ma première tentative de teintures naturelles. C’est ainsi que je testais avec la betterave rouge, le choux rouge et le jus de cerises.

La recette

Je vous livre donc la recette de mes sels de bain.

  • Je faisais bouillir la plante choisie pour son parfum et ses propriétés médicinales avec la plante colorante. Par exemple, feuilles de betterave rouge avec romarin.
  • Je laisse bouillir jusqu’à obtenir un jus colorant et odorant.
  • Dans une poêle, je versais du gros sel et le jus obtenu auparavant.
  • Je faisais chauffer pour que le sel absorbe le jus et sèche.

Il est à noter, qu’il n’y a pas de problème de conservation car le sel est lui-même un excellent conservateur. Je n’ai pas mis de fixateur pour les parfums, c’est plus naturel ainsi.

J’avais fait trois essais : lavande-choux rouge et citron, romarin-betterave rouge, mélisse-cerises.

  • lavande-choux rouge et citron, très beau rose vif
  • romarin-betterave rouge, rose un peu terne
  • mélisse-cerises, rose-beige foncé

Dans la pratique, je retiendrai le choux rouge associé au citron.

Conclusion

La betterave rouge est certainement très intéressante du point de vue alimentaire, voir médical. Mais dans le domaine de la teinture, malheureusement, elle fait définitivement partie du petit teint et doit être réservée à la teinture alimentaire, bien que dans ce domaine aussi la cochenille E120 est une concurrente de poids.

PS – Petit truc pour consommateurs

Si l’on vous propose des laines d’un joli rose, et qu’on ajoute, c’est teint à la betterave rouge, fuyez. C’est une arnaque.

Voyages textiles

/// Voyages textiles /// —- Encore en cours de rédaction —
Nouvel article du 31 Août 2020 — ce projet de Biolab Maraîchage ne fait que commencer…
Prochain article sur les AMAP ou peut-être sur les Ronces, la Filature ou bien encore les Purins, j’attends vos réactions, pour le moment j’accumule les informations…
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre et peut-être même plus.
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Voyages, voyages…

Je rêve toujours de nouveaux voyages, certains peuvent s’imbriquer…

Je me prépare encore avec patience pour une grande boucle…

Sous cette rubrique, je vais vous présenter mes voyages au fur et à mesure.

Voici donc venir, les derniers, voyages à la fois dans les domaines textiles et dans le temps, en Suisse, près du Lac de Neuchatel, au Village Lacustre de Gletterens et à Hallstatt, en Autriche.

Gletterens voyages
Village Lacustre de Gletterens, reconstitution d’un village néolithique

Je vous invite donc à me suivre dans mes voyages textiles et tinctoriaux.

J’espère que mon article sur Gletterens et Hallstatt sera suivi de nouveaux points de chûtes.

Auparavant, mes articles de voyages, notamment sur le Pérou et le Brésil atterrissaient dans le blog, Maintenant, je vais leur dédier une rubrique dans le menu.

Il y aura aussi, sans doutes, des voyages imaginaires par les livres et par les wwoofers internationaux qui arrivent à Biolab Maraîchage en attendant un prochain départ… Ils nous permettent souvent de voyager par procuration, par ces temps de confinement…

Vous aurez peut-être aussi le droit de connaître mes déboires avec la SNCF, dont les performances m’ont paru très décevantes pour un pays vieillissant (je ne suis plus toute jeune) et qui prétend attirer toujours plus de touristes… Curieuse manière d’inciter à voyager léger… Quel contraste avec quelques pays visités dernièrement.

Pour être plus positive, je vous parlerai aussi des musées que j’adore visiter et peuvent même être le but…

Bonne visite

Je vous souhaite donc de bons parcours dans ces articles… que j’espère voir se multiplier rapidement…

Lierre pour la lessive

/// Lierre pour la lessive /// —- En cours de rédaction permanente —
Nouvel article du 18 Juillet 2020
Prochain article sur les AMAP ou peut-être sur les Ronces, la Filature ou bien encore les Purins, j’attends vos réactions, pour le moment j’accumule les informations…
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre et peut-être même plus.
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Comme le savon, la lessive est un produit d’usage quotidien où l’on peut essayer d’être un peu plus propre… mais je n’aime pas les additifs, surfactants, arômes artificiels… et autres suppléments douteux qui abondent dans ce produit… Leur apport n’est certainement pas indispensable… Cet article est donc le second de ma série “Trucs et astuces“.

Comme je travaille avec la laine, outre la nécessité de laver mon linge, je dois laver mes fibres avant la teinture et le tissage. Les détergents sont donc pour moi un problème. Il doivent laver tout en respectant mes fibres. D’autre part, je souhaite que mon linge et mes fibres soit libres d’additifs.

Chez Biolab Maraîchage, nous continuons avec nos essais, cela fait partie des raisons d’être.

Une expérience comprend plusieurs étapes

  • D’abord, il faut la penser,
  • des recherches sont souvent nécessaires, par internet, mais aussi souvent avec des professionnels (artisans, chimistes, agriculteurs…),
  • il faut réunir les matériels nécessaires,
  • bien sûr, il faut la faire, parfois la rater et souvent la répéter, pour améliorer le résultat, les échecs sont toujours utiles,
  • Puis, il faut la partager…

Et, tout cela demande de lui consacrer du temps, une ressource précieuse.

Nous avons du lierre sous la main, nous allons donc en profiter.

Premier essai de lessive de lierre

Chez Biolab Maraîchage, les wwoofers passent rapidement à l’action. Je leur commente que j’ai lu un article sur la lessive de lierre. Vu que c’est très simple à faire, ils n’attendent pas que je soit là. La motivation est un moteur puissant. La surprise a été bonne.

D’abord, ils vérifient sur internet et ils agissent, en s’interrogeant. Car, souvent, les informations ne sont pas complètes et peuvent même, parfois être erronées.

Ils vont chercher une cinquantaine de feuilles de lierre, les font bouillir dans une casserole… Quand je rentre des courses, la lessive de lierre est prête!

Quelle efficacité!

Enfin, je suis arrivée pour le test de qualité sur mes laines filées au fuseau. Ma laine est brute de tonte, avec toute sa graisse, cela facilite la filature, mais exige un meilleur lavage avant teinture.

Je lave tout à la main, ici la machine à laver n’est pas encore installée et nous devons trouver un détergent qui nous permette de rejeter les eaux de lavage directement à la mare sans empoisonner les poissons rouges et les grenouilles qui y vivent.

Deuxième essai

Comme le résultat m’a plu et que nous avons une nouvelle équipe de wwoofeurs, nous recommençons l’expérience. Cela a été pour eux l’occasion de faire connaissance avec une plante dont ils ne soupçonnaient pas les qualités.

Cette fois-ci, j’ai pu la documenter.

Où trouver le lierre?

Nous avons quelques murs avec du lierre, tout près de la maison. On dirait qu’il nous attendent. Au passage, nous constatons que nous pourrons bientôt récolter des mûres.

Saviez-vous, que le lierre a deux types de feuilles selon leur position dans la plante, curieux, non?

Comment la fabriquer

C’est vraiment trop simple. En effet, il suffit de ramasser 50 à 60 belles feuilles pour 1 litre d’eau. Ne pas prendre les fleurs qu’apprécient beaucoup les abeilles, ni les graines que l’on laisse aux oiseaux.

Puis, on les fait bouillir.

Ensuite, on laisse reposer jusqu’au lendemain. Enfin, on filtre.

Je vous conseille de réserver une casserole pour ce genre d’exercice. Le lierre est bourré de tanins et de saponines au point de devenir toxique. En outre, les tanins aiment s’allier aux métaux.

Comparaison

En comparaison avec d’autres tests de lavage de la même laine, le résultat est très convenable.

La lessive de lierre me semble un peu moins corrosive pour la laine que la lessive de cendres. Peut-être que quelques tanins se fixent au passage sur la laine aidant au mordançage en vue de la teinture.

Défauts

En fait, le principal défaut est la courte durée de conservation de cette lessive naturelle, environ 3 jours selon mes sources. Peut-être, peut-on la faire durer un peu plus en lui ajoutant des huiles essentielles ou de l’acide citrique.

Je n’ai pas encore essayé. Mais, vu la facilité de production, est-ce bien nécessaire? Je ne l’ai pas gardé au réfrigérateur et il faisait très chaud. Cependant, elle a bien lavé.

Enfin, la toxicité du lierre m’interdit de l’utiliser pour la vaisselle.

La lessive de lierre ne fait que peu de mousse. Mais, la mousse est-elle nécessaire, elle n’est pas le principe actif. Ce n’est que du décor, qui souvent pollue. Il me semble que le goût pour la mousse soit un fait de civilisation.

Qualités de la lessive de lierre

Quand j’ai trouvé la lessive de lierre toute faite, je l’ai testée tout de suite avec mes laines.

J’en suis très satisfaite.

Enfin, les feuilles de lierre peuvent facilement être compostées. Ici, je les ai jetées sur une butte de permaculture en cours de construction. J’y ai jeté aussi les eaux de lavage et de rinçage.

Conclusion

Voici une bien heureuse expérience que je suis contente de partager. Une solution appréciable pour mes problèmes de lavage de laines.

C’est très économique, les seules dépenses sont le gaz et l’eau, pas besoin de passer au supermarché.

Encore une fois, une “mauvaise herbe” me rend un fier service.

Yourte et feutre

/// Yourte et feutre /// —- Encore en cours de rédaction, dernière mise à jour le 11/10/2020 —
Nouvel article du 17 Mars 2020 — ce projet de Biolab Maraîchage ne fait que commencer…
Prochain article sur les AMAP ou peut-être sur les Ronces
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Alors que je continue mon confinement chez Biolab Maraîchage, à Chevrainvilliers, je vis de nouvelles expériences dignes de vous être racontées. Depuis que je suis arrivée, le 25 février, j’entends parler de la yourte. Quel est le lien entre une yourte, le feutre et l’artisanat? Le feutre a de telles qualités qu’il constitue ici la paroi externe de cet habitat nomade

Pourquoi une yourte?

Paul Thierry de Biolab Maraîchage qui reçoit régulièrement des wwoofers, cherchait une solution originale pour recevoir des gens qui font un tour de France des exploitations agricoles qui doivent rester ici plusieurs mois. Elle fait 8 mètres de diamètre, soit près de 50 m2 de surface. Elle est arrivée de Mongolie…

Alors, cette structure circulaire va faire le pendant d’un mandala des plantes aromatiques, déjà installé, un peu envahi par les mauvaises herbes. Mais il faut attendre le réveil de toutes les plantes aromatiques qui constituent ce magnifique motif, oriental lui aussi.

Mandala vu de la charrette. Bien que cela ne soit pas encore visible, les plantes aromatiques sont disposées dans des triangles qui pointent vers la ruche centrale
Mandala vu de la charrette. Bien que cela ne soit pas encore visible, les plantes aromatiques sont disposées dans des triangles qui pointent vers la ruche centrale

Donc, je suis vraiment très heureuse de participer à cette aventure. Quelle expérience!

Le mandala des aromatiques

Bien que ce mandala des plantes aromatiques semble un peu abandonné, il comporte de nombreuses plantes médicinales. Mais, on sort juste de l’hiver et un certain nombre de plantes ne réapparaissent que depuis quelques jours.

Nous allons le remettre à jour rapidement. Je le photographie très souvent pour mettre en évidence son évolution. J’affectionne beaucoup les plantes aromatiques car elles sont médicinales. En outre, elles sont aussi tinctoriales.

La ruche centrale, entourée de tanaisie, plante tinctoriale
La ruche centrale, entourée de tanaisie, plante tinctoriale

Au centre de ce mandala, il y a une magnifique ruche rustique cévenole entourée de tanaisie.

La ruche sans son toit de  pierre
La ruche sans son toit de pierre

Dans ce mandala, on trouve de la menthe, de la sauge, de la mélisse, de la sarriette, du thym, de la mauve, de la tanaisie…

Cette ruche attend d’être un peu nettoyée pour pouvoir attirer un essaim d’abeilles.

La préparation de l’ouvrage

Le travail sur plan

D’abord, Paul a étudié très longuement le plan du plancher de la yourte et son emplacement. Il l’a modifié à plusieurs reprises, cela lui a permis d’avoir une estimation correcte des matériaux nécessaires.

Plan de la yourte et annotations de Paul pour le montage, document de référence pour l'installation du plancher
Plan de la yourte et annotations de Paul pour le montage, document de référence pour l’installation du plancher

Le visionnage de video

Toute l’équipe s’est longuement préparé et a visionné des video sur le montage de yourtes, apparemment toutes ne démarraient pas pareil. Il restait de nombreuses questions.

Avant le montage des parois en feutre, il y a eu une pause de quelques jours. Ils ont revisionné des video.

Comme souvent dans les tutoriels, il semble qu’il manquait, quelques détails très importants. Cela nous a sérieusement compliqué le travail de montage.

On pourrait croire que c’est simple, mais les lois de la physique s’appliquent ici aussi. Bien sûr, il n’y avait pas de mode d’emploi. Nous n’avons donc pas bénéficié de la tradition qui se transmet…

Le mecano de la yourte

Quand je suis arrivée chez Biolab Maraîchage, la yourte attendait son montage, entassée sur une remorque dans le hangar.

La yourte attendait son montage dans le hangar
La yourte attendait son montage dans le hangar, on peut admirer le décor de la porte.

Je vous parle de mecano… Sauf quelques rares anneaux, il n’y a aucune pièce de métal, tout est souple. Donc, les matériaux de base sont tous organiques: bois, nerfs, laine, crin de cheval… Un des participants l’a comparée à un mikado géant, tout décoré de peintures traditionnels.

Le plancher de la yourte

Il est constitué:

  • d’une bâche plastique résistante, comme celles des serres
  • 20 parpaings judicieusement placés
  • des poutrelles en bois
  • des mailles en plastique
  • de la laine de chanvre, puis à défaut de la paille
  • 30 plaques d’aggloméré

Paul prévoit un petit fossé de drainage tout autour avec une géomembrane pour drainer et récupérer les eaux de pluie.

Montage du plancher de la yourte

Paul et ses amis ont commencé à appliquer le plan. D’abord, ils ont nivelé le sol. Celui-ci n’était pas plat, car était cultivé (persil, thym, romarin…).

Une fois cette première étape réalisée, ils ont étendu la bâche à l’emplacement prévu.

Puis, ils ont placé des parpaings et les premières poutrelles pour obtenir le dodécagone prévu. Enfin, ils ont unis ces poutrelles, et fini le dodécagone par des poutrelles de travers.

Cette étape a été très longue. Chaque parpaing a dû recevoir quelques cales pour que le sol ne s’affaisse pas à l’usage.

Structure du plancher de la yourte, enfin montée après deux jours de réglages
Structure du plancher de la yourte, enfin montée après deux jours de réglages

Une fois cette structure montée, ils ont agrafé des mailles et filets sur lesquels on a disposé de la laine de chanvre et de la paille comme isolant thermique.

Remplissage des cellules du plancher de la yourte avec de la laine de chanvre, puis avec de  la paille disposées  sur des filets, pour l'isolation
Remplissage des cellules du plancher de la yourte avec de la laine de chanvre, puis avec de la paille disposées sur des filets, pour l’isolation

Sur cette base, ils ont monté et fixé les 30 planches d’aggloméré. Ce sera le plancher. Chaque planche est vissée sur les poutrelles. Sur ce plancher, ils ont tracé un cercle d’un peu plus de 8 mètres de diamètre. Paul a découpé le cercle.

Paul découpe le cercle sur le plancher de la yourte. Les planches qui manque seront tirées des restes de découpe
Paul découpe le cercle sur le plancher de la yourte. Les planches qui manque seront tirées des restes de découpe

À la lumière d’un projecteur, nous avons fini cette partie cruciale de la yourte. La suite sera pour le lendemain.

Enfin, la plateforme est terminée
Enfin, la plateforme est terminée

Test de filature du chanvre

Jamais je n’avais pu essayer de filer du chanvre. J’ai donc profité de l’occasion pour tester avec la laine de chanvre d’isolation. Elle était plutôt grossière et parfois courte.

Comme il s’agit d’une fibre végétale, elle n’a pas d’écailles qui facilite la filature. Comme il s’agissait de fibre de remplissage, elle n’est pas bien préparée. Donc, elle était rêche au toucher et un peu raide. Le teillage n’était certainement pas suffisant. Évidemment, les fibres n’avaient bien sûr pas pour but la filature.

J’ai tout de même réussi à filer puis à retordre une petite pelote.

En tant qu'artisane expérimentatrice , je n'ai pas pu résister à l'envie d'essayer de filer cette laine de chanvre. Je ne connaissais ce matériaux qu'en théorie. Maintenant, j'ai pu passer à la pratique.
En tant qu’artisane expérimentatrice , je n’ai pas pu résister à l’envie d’essayer de filer cette laine de chanvre. Je ne connaissais ce matériaux qu’en théorie. Maintenant, j’ai pu passer à la pratique.

Enfin, nous avons terminé le montage du plancher en pleine nuit, à la lumière d’un projecteur. Il a fallu recouvrir la structure avec une bâche pour la nuit.

Paul recouvre d'une bâche le plancher de la yourte fini
Paul recouvre d’une bâche le plancher de la yourte fini

Un peu de pluie

Alors que nous avions bénéficié d’une météo favorable. Nous avons eu droit à un petit orage, lors de la préparation du plancher. Il a fallu se dépêcher de tout couvrir avec des bâches.

Lors de la survenue d'un orage, couverture à la va vite du plancher de la yourte
Lors de la survenue d’un orage, couverture à la va vite du plancher de la yourte

Le treillis de la yourte

Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est le treillis qui soutient tous les rayons du toit avec les quatre poteaux qui soutiennent la partie centrale du toit.

Voici les treillis qui constituent le mur qui attendent d'être étirés
Voici les treillis qui constituent le mur qui attendent d’être étirés

Son positionnement et son réglage sont très précis. Trop étiré, les rayons tombent, trop serré, les rayons fatiguent, font de mauvaises forces… L’étirement doit être le même partout, sinon on a des parties plus hautes que d’autres….

Le treillis était divisé en quatre morceaux qu’il a fallu unir en les super posant. Ce sont les amarres plutôt disgracieuses des treillis que nous voudrions cacher par une tenture patchwork.

Ici, on voit la jonction entre les treillis
Ici, on voit la jonction entre les treillis

Nous avons fait le réglage grâce à des cordes et sangles qui faisaient le tour complet, soit près de 25 mètres. Ces cordages seront éliminés une fois les toiles installées. Nous avions essayé de les enlever avant de monter les toiles, mais le treillis s’était agrandi de nouveau et les rayons avaient recommencé à tomber.

Avec un peu d'attention, on peut distinguer les deux ficelles bleues qui font le tour de la yourte
Avec un peu d’attention, on peut distinguer les deux ficelles bleues qui font le tour de la yourte

Enfin, ils seront remplacés par trois jolies cordes de crin de cheval tressées, à l’extérieur, qui maintiennent l’ensemble.

Les cordes externes font le tour de la yourte, elles sont nouées aux trois anneaux de chaque côtés de la porte
Les cordes externes font le tour de la yourte, elles sont nouées aux trois anneaux de chaque côtés de la porte

Le montage du toit

Le tonoo de la yourte

C’est le centre et le support de la toiture. Il est joliment décoré avec des motifs traditionnels mongols. La circonférence externe du cercle central est percé d’une centaine de trous où vont s’emboîter les 100 rayons, eux aussi décorés sur la face inférieure.

D’abord il a été attaché de manière un peu approximative avec des amarres, couché sur le plancher de la yourte. Puis, nous l’avons relevé et centré.

Le centrage du tonoo se centre grâce au fil à plomb qui pend de son centre
Le centrage du tonoo se centre grâce au fil à plomb qui pend de son centre

Une fois dressé en place, nous avons tenté de redresser les poteaux pour bien les centrer à plusieurs reprises. C’est la pièce maîtresse. Son réglage définitif n’a eu lieu que juste avant de monter la toile de propreté. Les réglages simultanés du tonoo et du treillis, une fois les rayons montés ont nécéssité la participation de l’équipe au grand complet. Donc personne n’a pu photographier cette étape.

Réglage et vérification des amarres qui unissent le tonoo aux poteaux. Celles-ci seront éliminées une fois les toiles mises sur la yourte
Réglage et vérification des amarres qui unissent le tonoo aux poteaux. Celles-ci seront éliminées une fois les toiles mises sur la yourte

Donc, c’est un ensemble majeur, et c’est le plus difficile à mettre en place. Inévitablement, les erreurs provoquent la chute des rayons.

Comme nous n’avions pas la pratique, il y a eu de nombreuses chutes de rayons, avec même un peu de casse.

Á chaque mauvais mouvement, des rayons tombaient, en particulier ceux qui arrivent sur la porte. Ceux-ci n'ont pas de moyen de fixation
Á chaque mauvais mouvement, des rayons tombaient, en particulier ceux qui arrivent sur la porte. Ceux-ci n’ont pas de moyen de fixation

À la fin, on a installé les couvertures du toit.

Une fois stabilisés les rayons, nous commençons à installer la toile de propreté de la yourte
Une fois stabilisés les rayons, nous commençons à installer la toile de propreté de la yourte

Les rayons

Ils unissent le tonneau au treillis. Ils s’emboîtent dans les encoches de la pièce centrale, le tonoo, et s’attache au treillis avec des cordelettes anciennement en crin de cheval. Il en manquait beaucoup, nous les avons toutes remplacées par des ficelles en plastique.

Certains étaient numérotés. mais la plupart n’avaient pas d’indication. Certains étaient plus gros que d’autres.

Un mikado géant doublé d'un jeu d'essais-erreurs pour le toit de cette yourte
Un mikado géant doublé d’un jeu d’essais-erreurs pour le toit de cette yourte

Les parois de la yourte

Nous allons passer á l’étape de couverture de la yourte.

Voici la yourte attendant sa couverture
Voici la yourte attendant sa couverture

La toile de propretéLa toile de propreté

Aussi bien les parois que le toit, sont couverts d’abord par une toile dite de propreté, blanche et relativement fine. Il s’agit d’une toile assez fine qui fait le tour du treillis, couvre le toit et se fixe sur la porte et le tonoo.

Paul est grimpé sur le tonoo, pendant que l’équipe enroulait la toile de propreté.

D’abord, enroulée la toile est montée vers le toit, grâce à une corde que Paul tire depuis le haut du toit.

Puis, il a fallu étaler la toile autour de la yourte, en se centrant sur la porte.

Le feutre, élément essentiel

Puis, viens une grosse couche de feutre de plus de 2 cm d’épaisseur. Elle est divisée en quatre morceaux qui se recouvrent autour du treillis. Deux demies lunes recouvrent le toit.

Nous allons dérouler ces rouleaux.

La toile extérieure

Alors, vient la dernière couche et de toiles décorées et imperméables. De nouveau, il y a une toile qui fait le tour et une autre pour le toit.

Enfin, vient une petite jupe décorée, au pied de la yourte.

Petites réparations

Cette yourte a été achetée d’occasion. Le feutre avait un peu souffert, notamment au niveau des attaches. J’ai donc reprisé un coin. Pour cela, j’ai utilisé un peu de soie de Madagascar. Elle est lisse et solide. Puis j’ai recousu l’anneau de l’attache qui avait été arraché.

Il y avait aussi une petite couture qui avait lâché entre deux planches de feutre. Je l’ai recousu avec le même fil.

Le feutre

Quelles sont les qualités du feutre?

C’est un matériaux naturel à base de laine de mouton ou de poils d’animaux, il a toutes les qualités de la laine:

  • Il est pratiquement indéchirable, sauf feutrage insuffisant
  • Il ne s’effiloche pas
  • Son imperméabilité naturelle est remarquable
  • C’est un excellent isolant thermique
  • Il est difficilement combustible et ne pourrit pas
  • On peut le teindre, même en ecoprint
  • Il peut prendre des formes et des volumes très divers, ce qui permet de façonner aussi bien des chaussures, des fleurs, des vêtements, ou des murs de yourtes
  • On peut le fabriquer facilement, à la taille et à l’épaisseur désirée
  • Il peut être cousu et brodé facilement

Pour vous donner plus de détail, je prévois un prochain article sur le feutre.

En avant-première, je vais vous expliquer sur quoi est basé la technique du feutre.

La laine, tous les poils et même nos cheveux sont couvert de petites écailles comme nous le rappellent les publicités pour les shampoings. Ces petites écailles sont visibles au microscope.

L’humidité, la chaleur et le frottement les ouvrent et elles s’accrochent, c’est ce qui arrive quand vous passez votre pull en laine à la machine à laver et que vous le récupéré rétréci, feutré…

Il existe deux techniques de base.

1. Feutrage à l’aiguille

Le feutrage à l’aiguille est facile. Mais, il faut avoir une ou plutôt plusieurs aiguilles. Car elles se cassent assez facilement si elles rencontrent un obstacle ou si on les utilise de travers. Ils en existe différentes formes et tailles avec les barbes disposées de manière à obtenir la finition adéquate.

On étale la laine lavée, bien cardée, sur plusieurs couches perpendiculaires. L’idéal est d’utiliser du “top”, laine cardée en ruban. En fait, il s’agit d’une étape intermédiaire de la filature industrielle, avant la mèche de carde et la filature. Cela facilite grandement le travail et permet d’éviter les irrégularités.

Une fois la laine bien disposée sur une éponge comme support, on picote avec une aiguille, ou avec un manche avec 4 aiguilles. On retourne le travail régulièrement et il prend vite forme.

2. Feutrage au savon

C’est bien simple, la combinaison eau tiède, savon et frottements ouvre les écailles qui s’accrochent rapidement et solidement entre elles, et bloquent les fibres en désordre. Un choc thermique peut compléter l’opération de feutrage en le consolidant.

En outre, c’est la raison pour laquelle, habituellement, on doit laisser refroidir tranquillement les bains de teintures. Car un changement de température brusque referme rapidement les écailles en resserrant les fibres.

La technique mongole traditionnelle

Voici, la technique traditionnelle mongole, que l’on peut voir sur des documentaires sur Youtube, consiste à préparer une nappe de laine brute sur une toile de plusieurs mètres de long et de large. On l’arrose copieusement avec de l’eau. Je suppose qu’elle est chaude. Je ne sais pas s’il mettent du savon.

Alors, ils enroulent la toile avec la laine mouillée. Ils obtiennent un grand rouleau qu’ils attachent très serrés et fermement.

Enfin, le rouleau est attaché à l’arrière d’un cheval qui est lancé au galop. Les coups reçus par le rouleau de laine provoque des frottements qui emmêlent les fibres et les bloquent grâce à leurs écailles. À la fin de ce traitement de choc, ils obtiennent des parois de yourte.

Ce que j’ai appris

Comme toujours, j’observe et je photographie. Donc, j’ai encore beaucoup appris.

Les jolis détails de la yourte

L’union des croisillons

Fait intéressant, l’union des lattes des croisillons de la paroi sont fait avec des nerfs qui passent par un trou et noué des deux côtés. Ainsi, c’est plus souple que des unions métallique et le bois souffre moins.

Le feutre

Quant à lui, le feutre n’a pas été fabriqué selon les traditions. Car, en observant bien les détails, on voit les lignes de petits trous des aiguilles à feutrer. Il a donc été produit industriellement sur une machine à feutrer à aiguilles. Les aiguilles sont installées sur des barres qui descendent et montent. Les petites barbes des aiguilles emmêlent les fibres de la nappe de laine et le frottement ouvrent les écailles qui s’accrochent et se ferment sur les fibres avoisinantes.

Les tresses et cordes

Oui, elles sont traditionnelles, en crin de cheval, filées et tordues ou tressées selon l’usage. C’est un travail admirable. Les trois tresses qui maintiennent la structure, montrent même un jeu de couleurs.

D’ailleurs, ses rayons du toit avaient aussi des cordelettes en crin de cheval. Mais il en manquait un certain nombre, alors nous avons toutes remplacées par de vilaines ficelles en plastique bleu vif. Il va falloir cacher tout cela.

Poignée de porte de la yourte

Voici une autre détail technique. Ici aussi, interviennent les nerfs d’animaux.

Montage de la yourte terminé

La participation des Amapiens

Ici, les Amapiens sont l’un des moteurs de cette exploitation agricole d’un autre genre. Je viens de publier un article conçu en commun avec les Amapiens.

Il s’agit d’associations de consommateurs de produits agricoles en circuits courts. Ils ont donc des relations privilégiées avec leur fournisseurs. En cette période de confinement, plusieurs Amapiens sont venues en aide à Biolab.

Une fois terminé le montage de la yourte, un tapis de sol est prévu, un chauffage à bois va arriver… Il ne manque qu’une tapisserie de 25 m par 1,60 m pour cacher les attaches du treillis intérieur. Les ficelles en plastique bleu vif détonnent trop sur l’ambiance naturelle de cet habitat.

J’ai proposé que nous fassions des carrés de 20 X 20 cm au métier à clous. Il nous en faudrait 1000, Biolab travaille pour 7 AMAPs représentées par 180 adhérents au total. Il suffirait que chaque Amapien tisse 5 carrés pour obtenir la surface nécessaire. Avec un peu d’expérience, tisser un carré prend moins d’une demie-heure.

Nous avons commencé par enregistrer un petit tutoriel en video montrant comment tisser les carrés.

Petite video sur l’utilisation d’un métier à clous, filmée par Noémie à l’intention des Amapiens

Les Amapiens ont déjà produit plus de 400 carrés de ce type.

Voici la grande variété de carrés, oeuvres des Amapiens
Voici la grande variété de carrés, oeuvres des Amapiens

Par chance, nous avons terminé de monter la yourte juste à temps. La nuit même, elle a été mise à l’épreuve de la pluie et du vent qui sont revenus après deux semaines d’accalmie.

Nuit dans une yourte

Rien ne m’aurait empêché d’aller dormir une dans cette yourte. Mais le hasard a fait que récemment, j’ai dormi dans une yourte, c’était dans celle de mes amis bronziers au Village Lacustre de Gletterens. J’y ai passé d’agréables nuits.

Conclusion

Évidemment, le montage de cette yourte aura été l’occasion de jolis moments d’amitié et de partage, souvent accompagnés de musique vivante. Une guitare ne pouvait pas manquer à cette réunion collaborative. C’est un témoignage d’une solidarité qu’il faut continuer de développer.

Ce fut un véritable défi, car il fallait aussi faire les travaux courants de l’exploitation agricole, notamment planter les futurs légumes et récolter ceux qui devaient être livrés aux Amapiens. Tout a été fait dans les temps…

La yourte est déjà habitée par des wwoofers.

Végétaux voyageurs

/// Végétaux voyageurs ///
Nouvel article du 1er Mars 2020
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Les végétaux n’ont pas de jambes, mais ils voyagent tout de même beaucoup. Comme tout ce qui est utile voyage, les plantes médicinales et tinctoriales sont donc de tout temps de grandes compagnes des voyageurs. Les végétaux traversent ainsi des continents et des océans…

Il y a tant à dire sur les végétaux voyageurs, je vais devoir me concentrer sur les plantes et insectes tinctoriaux voyageurs… Les végétaux et les animaux à fibres ont aussi beaucoup voyagé, sans doute mériteront-il un prochain article.

Un peu d’histoires de végétaux voyageurs

De tout temps les végétaux se sont ingéniés à développer des systèmes pour répandre leurs graines et donc à se multiplier sur des surfaces de plus en plus grandes. Ils ont souvent recours à l’aide des animaux, éventuellement de l’homme, parfois à son insu…

Les documentaires de Jean-Marie Pelt, par exemple, donne une idée de cette ingéniosité.

Certains végétaux ont ainsi fait le tour du monde, ils sont dotés d’une histoire précieuse qui les relient intimement aux textiles traditionnels.

Préhistoire

À Monteverde, près de Puerto Montt, au Sud du Chili, a été découvert un lieu habité depuis plus de 15.000 ans (traces les plus anciennes d’occupation humaine en Amérique Latine), avec de très nombreux restes organiques en très bon état de conservation. Il y avait notamment des restes de viande de mastodontes et de camélidés, des cordons de fibres végétales et des plantes notamment médicinales. Celles-ci ont été étudiées et proviennent de plus de 40 km du lieu où elles ont été trouvée.

Il ne s’agit pas encore de plantes tinctoriales. Mais, bien que les nomades ne transportent que l’indispensable, ils ont emmené avec eux ces végétaux médicinaux de même que d’autres comestibles (entre autres des pommes de terre).

Plus récemment, en Europe, au bord du Lac de Neuchatel, en Suisse, dans les restes d’un village lacustre néolithique, ont été trouvés des graines de sureaux hièbles toxiques. Ces végétaux sont utilisés en teinture, comme l’indique Dominique Cardon.

Antiquité et ses végétaux tinctoriaux

Normalement la gamme de couleur naturelles peut couvrir tout l’arc-en-ciel, comme je le commente dans un article récent. Cependant, des produits tinctoriaux exotiques avaient beaucoup de prestige et voyageaient en suivant les mêmes voies que la soie et les épices…

Mais en réalité, on se limitait souvent au jaune, au rouge et au bleu d’indigo.

Le rouge notamment, qui était la marque des élites, voyageait beaucoup. Cependant, il n’était pas seulement produit à partir de végétaux. On a eu recours à des insectes bien sûr, mais aussi à des coquillages, les murex…

Les coquillages

Ces coquillages étaient travaillés assez loin des villes, car leur pourriture produisaient des odeurs assez nauséabondes, les villages de teinturiers étaient donc mis à l’écart. Le terme latin pour désigner les teinturiers “infectores” est très significatif.

Je l’ai compris lorsque j’ai fait mon propre essai avec les “locos” et les “locates” de Taltal (Chili), après 15 jours de fermentation dans leur bouteille. Heureusement, j’ai fait l’essai à l’extérieur près d’une source.

Connaître des coquillage à teinture
Connaître des coquillage à teinture

Les insectes voyagent aussi

Le Kermes

Cet insecte parasite de certains chênes méditerranéens donne de très prestigieux rouges réservés aux familles royales et aux autorités ecclésiastiques. Vu la zone limitée de production, cela a dû voyager à travers toute la Mer Méditerranée et vers le Nord de l’Europe.

Les cochenilles polonaise et arménienne

Ces cochenilles donnaient des rouges carmins, elles étaient collectées dans les prairies et les marécages et voyageaient aussi à travers l’Europe.

Les végétaux

Les végétaux tinctoriaux plus voyageurs sont sans doute la garance pour le rouge, et l’indigo, pigment présent dans plusieurs plantes.

Cependant, les végétaux tinctoriaux qui donnent du jaune sont beaucoup plus courants. De nombreuses “mauvaises herbes” donnent des jaunes, mais la gaude a certainement voyagé, car elle se place au-dessus de toutes les autres sources de jaunes.

Il faut voir que de nombreux arbres fruitiers connus en Europe actuellement, par exemple, proviennent d’Asie Centrale ou de Chine. Il en est ainsi des pommiers, des poiriers, des cerisiers… J’en oublie beaucoup.

Parmi les végétaux voyageurs, l'amandier et le figuier du premier plan, les deux sont aussi utilisés en teinture
Parmi les végétaux voyageurs, l’amandier et le figuier du premier plan, les deux sont aussi utilisés en teinture

Tout ce que je viens de raconter ne concerne que l’axe Europe-Asie.

Nous n’avons malheureusement que peu de données concernant les Amériques, l’Afrique et l’Océanie où bien sûr, les teintures naturelles se sont développées très tôt.

En effet, le textile le plus ancien teint en indigo, provient du Pérou et date de de plus de 6000 ans.

L’histoire textile est très ancienne et très développée en variété et en qualité. Les colons espagnols ont été très surpris lors de leur arrivée au Mexique et au Pérou…

Textile précolombien dans un des musées de Puno, Pérou
Textile précolombien dans un des musées de Puno, Pérou

Je suppose qu’il y a des trésors semblables en Afrique et en Océanie. Comment les découvrir?

Les lichens

Les lichens à orseille qui donnent de jolis roses, malheureusement peu solides, voyageaient beaucoup depuis leurs lieux de récolte jusque chez les teinturiers. Combien d’étapes ?

Les minéraux aussi voyagent

Les minéraux voyagent depuis longtemps… L’alun, mordant incontournable en teinture, est produit généralement dans des régions volcaniques, parfois en plein désert. Il doit donc souvent être transporté jusqu’aux zones de teinture.

Dominique Cardon en parle assez longuement dans ses livres…

Moyen-Âge

On voit que Marco Polo, dans ses voyages, s’intéresse beaucoup aux teintures et aux textiles sans donner trop de détails.

Abandon du kermes

Avec l’effondrement de l’Empire Romain, les axes de commerce se modifient.

Puis, avec le développement du monde musulmans, le commerce méditerranéen devenait de plus en plus compliqué.

Le kermes tombera peu à peu dans l’oubli. Il sera remplacé par la garance des teinturiers (Rubia tinctorum) et d’autres rubiacées dont les racines donnent de magnifiques rouges.

Maintien des cochenilles du vieux monde

Les cochenilles du vieux monde se maintiendront, en baissant nettement après la “découverte” des Amériques par Cristophe Colomb. Car l’importation de la cochenille du Mexique et du Pérou va bouleverser le commerce des cochenilles et les techniques de teintures.

Disparition de la pourpre

Alors, la pourpre essentiellement produite sur les côtes orientales la Méditerranée et dans la zone de l’ancienne Carthage est délaissée. Elle devient difficilement disponible, d’autant plus que les coquillages surexploités deviennent rares.

Mais, cette couleur sera obtenue par la combinaison de bains de garance et d’indigo. Cette technique, des faussaires de l’antiquité la connaissent déjà, elle sera alors généralisée.

La garance

D’habitude, on pense à la merveilleuse garance des teinturiers (Rubia tinctorium). Mais, celle-ci a une cousine très intéressante, la garance voyageuse (Rubia peregrina). Elle voyage en s’accrochant aux vêtements, tout comme le font les gaillets, souvent tinctoriaux, eux aussi. On la trouve parfois près des anciens champs de culture de garance des teinturiers. Ses racines teignent aussi…

Garance voyageuse, végétal tinctorial sauvage, mais exploitée en teinture naturelle - Source Wikipedia
Garance voyageuse, végétal tinctorial sauvage, mais exploitée en teinture naturelle – Source Wikipedia

On a retrouvé une racine de garance dans la tombe d’une reine norvégienne dans les années 800 après JC. Il serait plutôt étonnant que cette plante aie poussé en Norvège. La zone de culture la plus septentrionale serait sans doute les Flandres.

L’indigo

Isatis tinctoria, le pastel ou guède, a été une des premières sources de bleu en Europe. Les autres continents possèdent une grande variété de plantes à indigo.

L’indigo du pastel était déjà exploité par les Celtes, entre autre pour des peintures corporelles, comme le note Jules César dans son récit sur la Guerre des Gaules.

Isatis tinctoria, Pastel ou Guède, fait partie des anciens végétaux voyageurs - Source Wikipedia
Isatis tinctoria, Pastel ou Guède, fait partie des anciens végétaux voyageurs – Source Wikipedia

Cet indigo fera la richesse d’une bonne partie du Sud de l’actuelle France, notamment de la région de Toulouse. L’expression “Pays de Cocagne“, fait d’ailleurs référence aux coques préparées à partir du pastel fermenté, mis en boule et séché.

Renaissance

Outre ces produits traditionnels, avec le développement des voyages en Asie et la conquête de l’Amérique, de nouveaux produits tinctoriaux vont faire leur apparition en Europe.

Bois rouges

D’Asie, puis des Amériques ont ramène des bois rouges, qui souvent ne sont pas considérés grand teint, mais participent de nombreuses recettes de teintures dans les gammes de rouge.

L’un des plus connu était traditionnellement rapporté des Indes sous le nom de brasil, bois de braise. Quand les Portugais parvinrent aux côtes du Brésil, ils découvrirent un arbre très semblable. Ils l’ont appelé Pau Brasil ou bois de Permanbouc (Caesalpinia echinata). C’était une des premières richesses exportées de ce nouveau territoire. De là, provient le nom du Brésil.

Ce bois est encore aussi utilisé pour fabriquer des archets de violons. Il s’agit d’une espèce protégée et rare du fait de sa surexploitation.

Pau Brasil, á l'Agroforestrerie de mon ami Rodrigo au Brésil, cet arbre fait partie des végétaux voyageurs à ses dépens, sa réputation lui a coûté cher
Pau Brasil, á l’Agroforestrerie de mon ami Rodrigo au Brésil, cet arbre fait partie des végétaux voyageurs à ses dépens, sa réputation lui a coûté cher

Il existe de nombreux autres bois rouges qui ont été importés en grandes quantités en Europe.

Bois jaunes

Outre les bois rouges, de nombreux bois jaunes tels que les fustets s’importaient en quantités impressionnantes aussi bien d’Asie que d’Amérique.

Tous ces bois devait être réduits en poudres ou en copeaux pour en tirer le maximum de colorants. C’était tout une industrie.

Cochenille d’Amérique

La cochenille d’Amérique, contrairement à la polonaise et l’arménienne est élevée. N’étant plus sauvage, elle n’a plus autant besoin de se protéger, Elle produit donc moins de cire protectrice, cette cire protectrice posait de nombreux problèmes aux teinturiers des temps anciens, elle provoquait des taches sur les textiles…

Végétaux, feuille de figuier de Barbarie attaquée par la cochenille, site archéologique de Tumshukaiko, près de Carhuaz, Pérou. La cochenille a fait voyager le figuier de Barbarie, son support.
Végétaux, feuille de figuier de Barbarie attaquée par la cochenille, site archéologique de Tumshukaiko, près de Carhuaz, Pérou. La cochenille a fait voyager le figuier de Barbarie, son support.

Le colorant, l’acide carminique est donc plus concentré, d’autant plus que la récolte se fait au bon moment, et éventuellement deux fois par an si les conditions le permettent.

Cette arrivée brusque d’une grande quantité de matières tinctoriales de meilleure qualité a totalement bouleversé l’économie des régions de récolte du kermes et des anciennes sources de cochenille.

La découverte que le mordançage à l’étain permet d’obtenir des couleurs plus proche des écarlates de kermes, encouragera son usage.

Des règlements ont vite essayé d’interdire cette nouvelle cochenille, comme le décrit très bien Michel Pastoureau dans ses nombreux livres, entre autre dans “Rouge, histoire d’une couleur“. Mais, les règlements sont faits pour être contournés…

Indigofera

Les diverses espèces d’indigofera, provenant des régions chaudes. Celles-ci provoqueront un second bouleversement économique. Là, au lieu d’importer de la matière brute, on ramènera le pigment déjà extrait sur leur lieu de production. Il provient notamment d’Asie, d’Inde et du Bangladesh. Mais il y avait aussi des cultures et de l’extraction d’indigo à La Guadeloupe. Dans ces pays leur culture en lieu et place des cultures vivrières provoquera de nombreuses famines et révoltes.

Là aussi, des règlements tenteront de limiter l’invasion en France, mais ce fut en vain. Michel Pastoureau en parle longuement dans ses livres et notamment dans “Bleu, histoire d’une couleur” où il donne de nombreuses anecdotes sur le nouvel indigo diabolisé.

Temps modernes

À cette époque, la cochenille et l’indigo importés s’imposeront dans les ateliers de teintures, grâce à des améliorations des procédés de teintures. Les anciens règlements s’assouplissent devant les nécessités économiques.

C’est le moment d’un grand développement de recherches, tant de la part des teinturiers dans leurs pratiques que de la part des chimistes. Ces derniers s’intéressent beaucoup au sujet de la couleur et tentent d’améliorer les procédés.

L’industrie textile est en plein développement et le domaine de la teinture doit suivre le rythme. La concurrence est rude en Europe et de nombreux espions sont envoyés pour découvrir des secrets de teintures…

Bois de Campêche

Le grand nouvel arrivant, aussi accusé d’être petit teint, est le bois de Campêche, à l’origine provenant du Mexique.

Il donne de jolis violets et des bleus réputés peu solides. Il est vrai qu’il est difficile de faire mieux que l’indigo dans ce domaine.

Un nouveau procédé de mordançage au chrome permettra d’obtenir de très beaux noirs relativement solides. Ils étaient jusque là très difficiles à obtenir, en multipliant les bains de teinture.

L’industrialisation

L’industrialisation de plus en plus rapide du textile exige des quantités chaque fois plus importantes de végétaux et autre matériaux tinctoriaux.

L’indigo

La culture de l’indigo s’est beaucoup développée jusqu’à l’apparition du Bleu de Prusse et des autres couleurs de synthèse.

Apparition des colorants de synthèse

Les nouvelles couleurs de synthèse apparaissent, depuis la découverte de la mauvéine par Perkin en 1856. Elles concurrencent de plus en plus durement les végétaux tinctoriaux voyageurs. Leur transport et leur usage est beaucoup plus facile. Leurs défauts apparaîtront seulement plus tard. Peut-être trop tard, il devient difficile de se passer de ce à quoi on s’est habitué.

Par exemple, en une dizaine d’années, l’Allemagne qui était grosse importatrice de matériaux tinctoriaux est devenue exportatrice. Le bouleversement a été d’autant plus rapide que la demande était grande.

La production de végétaux tinctoriaux à donc dû décroître, jusqu’à jouer un rôle insignifiant.

Et maintenant, les végétaux voyagent encore

Ils voyagent encore un peu pour les amateurs comme moi. Mais, je vais devoir partir à leur rencontre, avant qu’ils ne disparaissent complètement. Il faudrait pouvoir les resemer au plus vite pour maintenir les traditions…

Malin, la teinture naturelle

/// Teindre, c’est malin ///
Nouvel article du 14 Février 2020
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Malin, recycler des vêtements

Jeter des vêtements qui peuvent être remis à jour, ce n’est pas malin… Nous allons voir ce que nous pouvons faire avec peu de moyens… La quantité de vêtements “fast fashion” jetés à la poubelle ne fait qu’augmenter chaque année, générant chaque fois plus de déchets polluants. En outre, nombre de ceux-ci sont détruit avant usage. Quel gâchis!

Cependant, je ne veux pas vous écraser sous des monceaux de chiffres alarmants. Il paraît que cela fait sérieux dans les blogs. Hélas, ceux-ci sont fort inquiétants. Sans doute, pouvons-nous faire notre apport créatif et personnel.

Ainsi, nous devons donc d’abord choisir des vêtements en fibres naturelles. Ils seront plus durables et nous pourrons les reteindre. Enfin, nous leur donnerons une nouvelle vie. Il suffit de les choisir de couleur le plus clair possible, car les teintures naturelles ne sont pas couvrantes (si vous avez des toiles noires, ne cherchez pas à les teindre, essayez plutôt de les déteindre à l’eau oxygénée).

Moi-même, j’ai testé avec des vêtements d’occasion au Brésil. J’investissais peu pour des résultats surprenants. Le coton n’est pas la fibre la plus facile à teindre, loin de là… En outre, la production du coton est souvent loin d’être écologique, malheureusement… Donc, si on a des vêtements en coton, essayons de les faire durer.

Ecoprint

L’ecoprint est un système de teinture très malin. Il suffit de très peu de plantes, car c’est plutôt une technique d’impression.

Voici comment profiter de n’importe quelle ballade, pour décorer un vêtement blanc ou de couleurs claires, en récoltant de feuilles et des fleurs. L’idéal est de les garder fraîches afin qu’elles ne se recroquevillent pas trop.

Puis, on passe à l’étape créative, en appliquant les feuilles sur le textile. Éventuellement, on peut tester avec du papier un peu fort. On plie ou on enroule directement le support. Maintenant, il faut patienter en laissant tremper. Et enfin on fait chauffer et on laisse à nouveau reposer.

En effet, la patience est nécessaire. Car, il faut laisser la nature relâcher ses colorants cachés au fonds des cellules. La surprise est au bout du chemin.

Une fois le support déroulé et épluché, il faut le laisser sécher pour que se développent des réactions chimiques qui influent sur la couleur et sa solidité.

Application de végétaux sur un ecoprint, c'est malin
Application de végétaux sur un ecoprint, c’est malin

Après cette étape, il faut laver et rincer la pièce.

On peut facilement pratiquer cette teinture maline avec des enfants.

Shibori

Le shibori (tie-dye) est une technique de réserve que les Japonais, notamment à Arimatsu, ont développé de manière très poussée.

Ils s’agit de protéger des zones à ne pas teindre à l’aide de nœuds, d’attaches, de broderies qui empêcheront la teinture de pénétrer la toile.

C’est malin et aussi à la portée des enfants qui y prennent plaisir.

L’idéal est bien sûr l’indigo que l’on peut préparer simplement et de manière très sûre avec le bain 1-2-3 de Michel Garcia.

Shibori malin à l'indigo lors d'un atelier à Santa Fe, Argentine
Shibori malin à l’indigo lors d’un atelier à Santa Fe, Argentine

Batik

Le batik est une autre technique de réserve intéressante. Normalement, on utilise de la cire fondue. Mais, il existe des pâtes qui fonctionnent à froid, il faut patienter le temps qu’elles sèchent.

Cette technique, nécessite de travailler avec des teintures sans chauffer et surtout avec des toiles fines. L’indigo est encore une fois ici l’idéal.

Pochoir naturel et cire, batik malin à Talata, Madagascar
Pochoir naturel et cire, batik malin à Talata, Madagascar

Malin, teindre avec des déchets

Beaucoup de déchets organiques peuvent teindre avant d’arriver dans le bac à compost ou à la déchetterie.

Épluchures d’oignons

Aujourd’hui, j’ai reçu un message, me disant qu’il en faut beaucoup. L’oignon est très sain, il vaut mieux utiliser les épluchures d’oignons de garde, qui contiennent plus de quercétine. Moi, j’en récupère auprès des marchands de légumes ou auprès des restaurants. Il vaut mieux les laisser tremper quelques jours dans l’eau avant de mettre à chauffer, elles libéreront plus de colorants.

Teinture aux épluchures d'oignons, atelier à Santa Fe, au Centre, Culturel, La Esquina Encendida, Argentine
Teinture aux épluchures d’oignons, atelier à Santa Fe, au Centre, Culturel, La Esquina Encendida, Argentine