L’IA me met en boule

/// L’IA me met en boule ///
Article créé´ le 22 Juin 2026, modifié le 17 juin 2026
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Je sais que c’est la mode de réclamer contre l’IA. Je l’ai déjà fait, je reviens à la charge. Mais c’est la vérité. L’IA, cela pu (du verbe puer, sentir mauvais) l’ignorance et l’absurdité. Quelle puanteur déguisée! C’est à cela que servent les parfums (marketing, lobbying et autres hors sol…)…

Le drame, c’est que cela porte atteinte à tous les domaines et notamment aux métiers d’arts qui nécessitent des milliers d’heures de recherches et d’apprentissage avec des outils bien réels.

Ceux-ci sont adaptés à leur emploi par l’expérience des artisans pour des résultats généralement très performants. En outre, ils portent des noms. Cela signifie toute une culture qui ne peut être remplacée par des algorithmes et des corrélations incertaines.

Dans la bibliothèque de mes parents, il y avait un “Catalogue des objets introuvables”, en trois volumes, dans le style lithographie dignes des objets de la “Complainte du progrès!” de Boris Vian.

C’était tout de même plus drôle que ce que nous pond très sérieusement l’IA en brûlant de l’énergie.

Je supporte très mal d’être mise en boule. Les exemples qui suivent sont à la limite de l’insulte et n’ont rien à voir avec le “Catalogue des objets introuvables” où l’humour de Boris Vian.

Sur Pinterest

L’IA prend la décoration d’outils réels anciens, ou simplement des runes ou n’importe quel graphique ethnique, sans tenir compte de leur signification pour le peuple qui les a créés et elle les plaque sur n’importe quel objet. C’est à la limite de l’appropriation culturelle. Les Vikings sont trop loin pour réclamer.

Mais, l’IA n’est pas à un détail près

Le résultat peut être attrayant, mais cela fait penser à ceux qui se font tatouer un idéogramme chinois sans savoir ce qu’il signifie. Qui sait si le tatoueur ne leur a pas fait une mauvaise blague?

Je vous mets au défi de tisser avec ce supposé métier à tisser trop bien décoré. Comment obtient-on les duites (croisements de fils de chaîne) pour passer le fil de trame? En effet, chaque artisanat a son vocabulaire très détaillé.

Vu sur Pinterest
Vu sur Pinterest

L’IA n’a certainement pas besoin de connaître les principes de base du tissage. J’espère qu’elle fait un peu plus d’efforts dans le domaine de la santé! Qui sait si cela ne nous réserve pas d’autres mauvaises surprises. Il ne faut pas oublier que l’IA est complètement décalée de la réalité. Son nom le dit, elle est artificielle.

Pinterest propose d’ouvrir le site, mais cela ne répond pas. Je crains de ne pas avoir accès au mode d’emploi. Enfin, Pinterest s’est décidé à répondre. Voici le résultat. Accès pdf

Je plains la personne qui s’est évertuée à essayer de tisser avec cet objet absurde. Avons-nous perdu tout sens critique?

Pour ceux qui préfèrent Instagram, c’est très flatteur, mais cela n’est pas beaucoup mieux. En outre, cette plate-forme ne laisse pas sauvegarder les images pour une réutilisation ultérieure, même pas nos propres photos.

Il me semble que, nous les artisans sommes suffisamment créatifs pour créer ou adapter nos outils ainsi que le faisaient nos ancêtres, sans qu’un système de corrélations virtuelles vienne nous en inventer de nouveaux qui ne servent à rien.

Même les amis tombent dans le panneau

Depuis l’IA, on file avec une toupie

Cette toupie, j’en ai trouvée une bien réelle au Musée d’Ethnographie de Cracovie, Pologne, en vrai bois, très ressemblante à la photocréation qui suit. Il n’y a pas de doute, c’est un jouet.

Quelques semaines plus tard, je retrouve le même modèle, cette fois en os, dans une vitrine du Musée Carnavalet, à Paris. Il est bien indiqué qu’il s’agit d’une toupie et non d’un fuseau. Le travail humain des archéologues est encore valorisé.

Règne de l’irréel

Je suis au grand regret de vous annoncer que je suis incapable de vous enseigner à filer avec une toupie. En revanche, je peux vous enseigner à fabriquer votre fuseau.
C’est là que l’on voit que l’IA n’a ni corps ni tête.

L'IA ne devait pas savoir ce qu'est un fuseau, elle en invente un
L’IA ne devait pas savoir ce qu’est un fuseau, elle en invente un

Il me semble complètement irréaliste et mal pratique d’enrouler le fil filé sur une toupie de ce genre. C’est contraire à plusieurs lois de la physique. Ces mêmes lois nous sont enseigné par la pratique lors de l’apprentissage de la filature.

Un outil est sensé simplifier le travail. N’importe quel fuseau préhistorique est plus efficace pour filer qu’une toupie.

D’ailleurs, nos ancêtres ont su très rapidement adapter la taille, la forme et le poids aussi bien du fuseau que de la fusaïole au type de fibre filée et à la technique choisie (car il en existe plusieurs).

Fuseaux et fusaïoles

En effet, la plupart du temps les fuseaux sont équipés de fusaïoles. Les fusaïoles sont généralement amovibles. Ce sont d’ailleurs celles-ci que l’on trouve dans les fouilles archéologiques. Elles ne peuvent pas être confondues avec des toupies. Une confusion peut être possible avec une perle ou un pendantif, mais en aucun cas avec une toupie.

Celles que l’on trouve sont le plus souvent en terre cuite. Mais, on peut trouver des fusaïoles en coquillage ou en pierre. J’ai aussi vu filer avec un boulon comme fusaïole à La Ligua. Une petite patate peut aussi faire l’affaire. L’IA aurait pu choisir une de ces options. Cela aurait été plus réel qu’une toupie. Elles sont certainement moins élégantes.

Les fuseaux, généralement, sont faits d’une baguette en bois, se désintègrent avec le temps. Je dis bien généralement, car des fuseaux en métal et même en verre d’époque romaine ont été retrouvés au Liban. Dans des conditions spéciales, grande aridité, grand froid, certains milieux anaérobies… on peut trouver les fuseaux complets, notamment dans les Andes, où l’on retrouve des boîtes à outils complètes de tisserandes.

D’autre part, les fuseaux n’ont pas toujours besoin de fusaïole. Par exemple, au Nord du Pérou, on file surtout le coton avec une simple baguette sans fusaïole. À Cajamarca, Pérou, j’ai vu une femme filer avec un morceau de fil de fer. Sa laine était très régulière.

Au Chili, j’ai aussi vu un homme filer de la laine de mouton, assis, en frottant un simple bâton, même pas droit, contre sa jambe.

L’IA aurait été plus intelligente de remplacer la toupie inutile par une simple baguette. Cela aurait é´té moins flatteur, mais réel.

Nailbinding vu par l’IA

Pour le nailbinding, il vaut mieux que les aiguilles aient un trou.
Je vous le confirme, les aiguilles n’ont pas besoins de runes pour tisser le nailbinding. Mais, il faut qu’elles aient un trou. Elles peuvent même en avoir deux ou trois.

Surexploitation des runes sur cet outil inutile

Je le reconnais, je suis incapable de vous enseigner le nailbinding avec une aiguille, sans trou, produite par l’IA. Ce serait plus simple de le faire sans aiguille.

Une partie de ma collection d'aiguilles
Une partie de ma collection d’aiguilles

Une partie de ma collection d’aiguilles, heureusement elles sont toutes pourvues d’au moins un trou. C’est curieux, je n’ai pas l’impression d’être trop exigeante en les choisissant percées.

Depuis que j’ai acheté une aiguille à deux trous au Danemark lors d’une rencontre de spécialistes de nailbinding, je l’apprécie beaucoup.

Nos ancêtres préhistoriques, d’il y a plus de 20.000 ans avaient compris que les aiguilles à chat étaient appréciables. Ils ont su les fabriquer avec des outils en silex. Au Néolithique, pendant l’Antiquité, puis chez les Vikings les aiguilles avaient des trous. Seule, l’IA, qui n’a pas de mains peut se permettre l’économie d’un trou, peu importe si l’outil est inutilisable, il est esthétique. Encore une fois, les runes ont été mises à contribution. Il y a pourtant de jolis alphabets partout dans le monde. Connaissez-vous l’alphabet birman? par exemple.

Bonnet en alpaga noué au nailbinding avec une aiguille à chat
Bonnet en alpaga noué au nailbinding avec une aiguille à chat

À partir de maintenant, je ferai attention à ce que l’on voit dans mes photos que je travaille avec une aiguille pourvue d’un trou.

Une casserole trop propre, juste bonne pour l’IA

Une casserole d'une propreté douteuse
Une casserole d’une propreté douteuse

Il faut s’y connaître un peu en teintures naturelles pour voir que cela ne colle pas.
Si vous travaillez avec des teintures naturelles, pour obtenir ce ton-là, vous n’avez pas le choix, il faut prendre de la cochenille. Les rubiacées, comme la garance donnent des rouges beaucoup plus orangés.

Mais, il y a un problème. Dans cette photo, la casserole est en cuivre. Or la cochenille est très sensible à la présence de différents métaux. Avec le cuivre, elle vire au gris
Il est fort probable que le cuivre modifie aussi les couleurs synthétiques. Je n’ai pas eu l’occasion d’essayer.

Donc, soit la teinture est synthétique, ce que je n’enseigne pas. Soit la photo est irréelle et je ne peux pas m’adapter à l’irréalité.

C’est tout de même dommage de faire des requêtes IA qui aboutissent à des absurdités et nécessitent beaucoup plus d’énergie qu’une simple recherche sur ce site qui montre toute la réalité de mon travail.

Teintures naturelles en conditions minimalistes
Teintures naturelles en conditions minimalistes

Et les musées aussi se mettent à l’IA

De belles animations sous-marines fleurissent dans les musées d’Histoire Naturelle, On a souvent droit à un siège pour les admirer. Ce n’est pas toujours le cas des documentaires les plus intéressants que l’on doit voir debout. Mais il y a toujours quelque chose de bizarre.

Le lion ressemble trop à certains dessins animés. Je n’en avais jamais vu d’aussi parfaits dans les zoos, ni dans les documentaires d’avant l’IA, l’exemplaire empaillé à quelques mètres de l’écran a l’air miteux malgré tout l’entretien dont il doit bénéficier.

Ici, quand les poissons font demi-tour, ils deviennent plats comme un écran, fins comme une feuille de papier et font penser aux personnages de « Flatland » du Dr Abbott.

C’est tout de même curieux que des musées d’histoire naturelle, spécialistes de la beauté du naturel réel aient besoin de montrer de l’irréel. Il est vrai que les poissons réels évoluent de nos jours au milieu des déchets plastiques.

Et dans les livres

Je comprends maintenant pourquoi les photos des nouveaux livres de teintures naturelles sont si parfaites, ce n’est plus de la retouche photographique, mais de la re-création par une IA.

Quand j’écrirai mon livre, il sera bien ancré dans le réel, je crains qu’il ne vous paraisse sale. Cela prouve que nous vivons dans un hygiénisme pathologique. Mais, comme je l’explique dans d’autres articles la partie invisible de l’artisanat ne se pratique pas en chambre stérile comme les disques durs et les puces nécessaires à l’Intelligence Artificielle.

Conclusion

L’IA est vraiment un enfant gâté touche à tout qui ne veut connaître ni les lois de la physique et se prétend scientifique. L’artisanat ne relève pas de la physique quantique. Or, les lois de la physique classiques sont importantes dans l’artisanat

De même que l’on achète au supermarché sans savoir d’où vient la marchandise ni comment elle est produite, on consomme de l’information à la va-vite sans savoir ni d’où elle provient, ni si elle est au moins probable ou digne de confiance.

C’est réellement dommage qu’elle ne sache pas tirer les bonnes conclusions de tout ce qu’elle a la chance de voir. J’aimerai bien avoir accès à toutes les informations qui lui sont fournies. Quel gâchis désastreux! Et dire que l’on produit de l’électricité en détruisant des écosystèmes et en inondant des villages pour d’aussi piètres résultats. « No se puede pedir peras al olmo » (on ne peut pas demander de poires à un orme) dit un vieux dictons. La chanson de Guy Béart « Les proverbes d’aujourd’hui » était prémonitoire.

Je ne crois pas à la frugalité de l’IA, nouveau concept pour détruire le langage. Le « progrès » n’a jamais été frugal, comme le prouve l’amplitude des destructions déjà commises en son nom.

Blog Fibres

Dernièrement, je me suis beaucoup intéressée aux fibres, notamment aux fibres sauvages. Il m’a semblé nécessaire de créer une section du menu dédiée aux fibres. C’est chose faite. De nouveaux articles ne vont pas tarder à rejoindre cette section.

Fibres classiques

Laine et fibres de camélidés

Ce sont mes matières premières de prédilection.

Bonnet en alpaga
Bonnet en alpaga

Lin et chanvre

Je suis en phase de découverte pratique de ces fibres.

Soie

Fibre de luxe par excellence, j’ai commencé à la découvrir à Madagascar. J’espère la connaître plus en profondeur lors de mes prochains voyages.

Petit bonnet en soie
Petit bonnet en soie

Lapin angora

C’est la fibre que j’ai essayé d’élever.

Fibres anciennes et sauvages

Je ne me limite pas aux fibres classiques.

Orties

Vous trouverez ici de nombreuses références aux orties.

Tige d'ortie fraîche
Tige d’ortie fraîche
Fibres d'orties fraîches
Fibres d’orties fraîches
Pochettes en fibre d'orties du Népal
Pochettes en fibre d’orties du Népal

Liber de tilleul

Le liber de tilleul, c’est le plus connu, mais aussi celui d’autres arbres est utilisé depuis la préhistoire.

Agaves

Diverses sortes d’agaves sont utilisées pour faire des fibres. Dès que j’en saurai plus sur la préparation de ces fibres, je pense rédiger un article.

Cordon en fibre de pita, plante chilienne de la familles des agaves
Cordon en fibre de pita, plante chilienne de la familles des agaves

Fibres déchets

Rhubarbe

Dernier test, elles sont belles.

Fibres déchets de tiges de rubarbe
Fibres déchets de tiges de rubarbe
Cordon de fibre de rhubarbe
Cordon de fibre de rhubarbe

J’ai réussi à en tirer un cordon, mais c’est peu solide.

Maïs

Cordon de fibres de feuilles protectrices de l'épi de maïs et filature de fibres d'orties
Cordon de fibres de feuilles protectrices de l’épi de maïs et filature de fibres d’orties

Bananes

Après la récolte des bananes, le bananier ne produira plus de fruits, il prépare une nouvelle génération autour de l’ancien pied. Le tronc qui vient de produire doit être coupé, sinon il pourrira sur place. Il vaut mieux le couper.

C’est très intéressant, car il peut produire des fibres utilisables en vannerie, mais aussi en tissage.

Fibres de bananier obtenue à Agrofloresta Paraty Mirim, au Brésil

Fibres rares

Poils de chien, chat…

Chiens, chats et autres animaux domestiques ne sont pas rares. Mais, on ne pense que rarement à utiliser leurs poils.

Poils de chats et laine
Poils de chats et laine
Mélange des poils courts de chat et laine de mouton
Mélange des poils courts de chat et laine de mouton

Dans un musée de Norvège, il y a un tamis en nailbinding en poils de vache. Généralement, les vaches ont le poil court, mais j’en ai rencontrées garnies d’une belle touffe de poils longs sur la têtes.

Petite passoire textile inspirée du modèle norvégien cité ci-dessus
Petite passoire textile inspirée du modèle norvégien cité ci-dessus
Vaches des Highlands
Vaches des Highlands

Cheveux

Les cheveux humains ont été utilisés depuis des millénaires.

  • Dans le désert d’Atacama, au Chili, on a retrouvé des textiles utilisant des cheveux humains
  • Au XIXème siècle, en Grande Bretagne et en Scandinavie, il était courant d’utiliser des bijoux en cheveux humains
  • Encore actuellement, en Chine, on pratique la broderie avec des cheveux

La liste des articles à venir dans cette section est loin d’être close.

Invisible, travail invisible

/// Invisible,, travail invisible///
Article créé´ le 16 septembre 2025, modifié le 24 mai 2026
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Je viens de commencer à illustrer cet article, je continuerai quand j’aurais eu le temps de trier les photos. L’invisible est difficilement illustrable.

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Voici quelques réflexions sur mon travail artisanal, en grande partie invisible, même pour d’authentiques artisans. Cet important travail invisible, n’a pas les moyens d’attirer votre attention, car il est en outre silencieux. Mais, sans lui, il n’y aurait pas de bons résultats.

Je ne vais pas vous parler ici du travail digital que tous nous offrons gratuitement quotidiennement, sans nous plaindre. Ce n’est certes pas un sujet sans intérêt, mais d’autres s’en occupent mieux que moi.

Je vais encore une fois vous parler d’artisanat bien concret, qui recèle cependant une grande part d’invisible mystérieux. Cette partie souvent inconnue du travail de l’artisan mérite cependant que vous lui donniez un temps de votre précieuse attention pour lutter contre votre cécité temporaire (nous sommes tous aveugles aux mondes que nous ne connaissons pas).

Il s’agit donc d’une visite du mode « slow » en artisanat.

80 % de travail invisible

En référence à la fameuse loi de Pareto, qui fait beaucoup de dégats de nos jours, 80% et sans doute plus de mon travail est invisible, ce qui pour beaucoup signifie inutile.

Et pourtant… c’est ce travail invisible qui fait la différence.

Si vous travaillez avec des matières premières toutes prêtes à l’emploi, ou industrielles, d’autres se chargent des travaux invisibles. Et vous ne savez pas toujours dans quelles conditions.

Je m’efforce de connaître les techniques que j’emploie depuis leurs origines. C’est ainsi que j’ai appris à tondre les moutons, pour savoir où est la bonne laine. Il est aussi intéressant de connaître l’histoire de la domestication des animaux et des plantes. À cette occasion, j’ai compris la perte de matières premières et le temps nécessaire pour passer d’une laine brute de tonte à une laine filée et retordue apte à n’importe quel tissage.

À défaut d’être inodore, mon travail est généralement silencieux. Même mes métiers à tisser son silencieux. Mon rouet électrique est transportable, pratiquement inaudible mais lent.

Rouet à pédale
Rouet à pédale

Formation, recherche invisible

J’accorde beaucoup d’attention à ma formation permanente et à la recherche. 80 % de mes dépenses passent en livres et visites de musées.

Je m’adonne ainsi à de nombreuses heures de lecture pour augmenter mes connaissances professionnelles, mieux comprendre les résultats de mes expériences mais aussi pour avoir une meilleure compréhension des techniques artisanales, de leur histoire…

Les stages spécialisés font aussi partie de mes recherches invisibles.

Photo cours

Temps de conception et création

Avant le tissage, il y a le temps de conception. Mes matières premières peuvent attendre parfois plusieurs années avant de participer à un ouvrage. Je regarde régulièrement mes laines, mes fibres et mes outils, avant qu’une idée concrète ne fasse jour. Cette idée tourne dans ma tête pendant plusieurs jours avant qu’elle prenne forme.

Mes matières premières me coûte beaucoup de temps et de travail, elles deviennent précieuses. La création doit les mettre en valeur. Certaines techniques et certaines fibres ne permettent pas de retour en arrière.

Je vous mets au défi de défaire un tricot en nailbinding.

Je dois donc choisir avec précaution entre des milliers de tricots/tissages possibles celui qui pourrait un jour plaire à un client qui m’est encore inconnu, encore faut-il que celui-ci ait les moyens de se payer un tel luxe.

Mon atelier peut sembler désordonné, mais me permet d’admirer mes matières premières longuement sous différents éclairages à chaque pause de lecture ou d’écriture.

Sélection des matières premières

Si, comme moi, vous travaillez le plus souvent à partir de fibres brutes, vous savez que celles-ci ne sont pas standardisées, cela implique du tri, des pertes de matières premières et bien sûr du temps.

Souvent, les industries refusent simplement les petites quantités, les matières premières hors normes, ce qui inclut les fibres trop sales, les fibres trop courtes, et dans bien des cas les fibres de couleurs. Cela implique un blanchiment des troupeaux.

Dans les Andes précolombiennes, les enfants sacrifiés comme messagers pour les dieux étaient accompagnés de nombreux textiles de la meilleure qualité possible, il s’agissait d’offrandes pour les dieux. Il y avait des tisserandes d’élites (généralement enterrées près des temples) qui étaient spécialisées dès leur enfance pour la fabrication de textiles de première qualité. On pourrait être surpris que la couleur des aplats unis n’est pas aussi régulière… Ce n’est pas dû à un problème de teinture, celle-ci est très saturée et a très bien résisté au temps.

Vista parcial de una lliklla, cerro Esmeralda. (Fotografía: gentileza del Museo Regional de Iquique). Figure 29. Partial view of a lliklla, Esmeralda Hill. (Photograph: courtesy of the Museo Regional de Iquique).

Mais, les camélidés avaient été sélectionnés pour la finesse et la qualité de leur toison, meilleure que celle des animaux d’élevage actuels et non pour la blancheur régulière de celle-ci. Les meilleures fibres animales proviennent des vigognes qui demeurent encore aujourd’hui, à l’état sauvage dont le pelage va du beige au blanc. En outre, en teinture, il peut être judicieux d’utiliser des fibres non blanches.

Préparation correcte des matières premières

Il faut d’abord bien les connaître et savoir quels traitements elles ont dû subir avant de tomber entre vos mains.

Par exemple: les laines provenant de peaux destinées à être tannées sont abîmées par le traitement à la chaux utilisé pour séparer les poils du cuir. Elles sont difficiles à filer et sont devenue rêches et cassantes. Mieux vaut les utiliser comme mulch dans le potager ou comme isolant en construction.

Laine brute utilisée en mulch
Laine brute utilisée en mulch

Nous devrons aussi appliquer des traitements qui varieront selon le type de fibres.

Teindre une pelote

Vous est-il venu à l’idée de teindre une pelote? Dans le cas où la teinture réussirait, combien de temps mettra-t-elle à sécher?

Il vaut donc mieux préparer des écheveaux. Mème, avec de meilleurs outils qu’un dossier de chaise, cela prend du temps. Il faut savoir comment les préparer, sinon ils s’emmêleront.

Préparation d'un écheveau avec un outil basique utillisé au Chili
Préparation d’un écheveau avec un outil basique utillisé au Chili

La seule vue d’un écheveau enlève toute envie de tricoter à certaines personnes.

Retordre le fil

Quand on n’écoute pas un vieil artisan Aymara qui conseille de retordre la laine filée, on s’expose à voir une écharpe s’enrouler sur elle-même quand on la libère du métier à tisser.

Une bonne raison pour retordre la laine
Une bonne raison pour retordre la laine

C’est le double de temps passé à filer, de plus cela pousse à produire un fil plus fin, ce qui demande plus de patience et d’attention pour que le résultat ne soit pas trop épais.

Petits secrets bien gardés

Connaissez-vous cette invisible graisse d’ensimage?

Il s’agit d’un processus discret, mais incontournable, de la filature industrielle. Elles sont indispensables à la lubrification des fibres pour le cardage et la filature et remplacent la lanoline des laines qui est valorisée en produits de beautés…

En général, il s’agit de dérivés du pétrole et leur composition ne nous est pas dévoilée dans les manuels de textiles industriels, même anciens.

Les graisses d’ensimage sont utiles et même indispensables pendant la filature de la fibre et peuvent la rendre plus agréable au toucher. Elles sont, bien sûr, invisibles à l’oeil nu. Elles ne sont pas éliminées après filature.

Les fibres filées industriellement, sont parfois teintes après lavage, en mèches, mais avant cardage et filature. Dans ce cas, les graisses n’interfèrent pas dans le processus de teinture. La teinture, dans ce cas, est plus profonde.

Nous, nous allons teindre le résultat final, graisses d’ensimage comprises. Il faut donc les éliminer, car elles nuisent à la qualité de la teinture (qu’elle soit naturelle ou artificielle).

De même, il faudra enlever toutes charges que les industries textiles ajoutent à leurs fibres, notamment pour le coton et la soie.

Mon expérience me dit que beaucoup de marchands de laine n’ont jamais entendu parler de graisses d’ensimage. Combien de teinturiers présents sur les réseaux sociaux en tiennent compte?

Si vous ne lavez pas correctement vos fibres, vos teintures partiront aux premiers lavages. Cette remarque est aussi valable pour les teintures chimiques que pour les teintures naturelles.

Les poumons n’aiment pas les fibres

Les fibres et poussières de filature et de tissage sont presque invisibles. Lors de notre travail, nous les respirons. Elles vont tout droit à nos poumons et n’ont pas l’intention d’y pourrir. Les tisseurs de lin du passé en Normandie avaient leurs métiers à tisser dans des pièces semi-enterrées, donc plus humides pour que ces poussières volent moins. Les archéologues ont découvert de nombreuse fosses à métiers à tisser sur les terrains prévus pour l’aaggrandissement de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle.

Malheureusement, je ne vois pas travailler avec un masque qui m’a laissé de trop mauvais souvenirs et ne laisse pas filtrer l’eau.

Une petite partie des déchets de laine
Une petite partie des déchets de laine
Quand je file, je respire une partie de cette poussière
Quand je file, je respire une partie de cette poussière

Le temps, cet incontournable

On ne peut pas photographier le temps. Il reste beaucoup d’invisible dans les photos.

Prendre le temps d’écouter

Apprendre à voir l’invisible, c’est aussi apprendre à écouter. En effet, beaucoup de manières de faire s’apprennent au détour d’une conversation. C’est ainsi que j’ai appris que les poils avaient un sens et que les prendre dans le bon sens facilitait la filature.

On me vendait du poil de lapin angora, cela signifie que le vendeur qui était aussi producteur connaissait son produit.

Il nous faut réapprendre à écouter.

Si on élimine cet invisible?

Où s’en va la qualité?

Dans notre monde si pressé, on pourrait être tenté d’éliminer ces efforts couteux… Historiquement, il y a des périodes, où l’alun, principal mordant utilisé pour fixer les teintures naturelles, n’était pas accessible à l’Europe Occidentale. Mais, l’étape invisible du mordançage n’a pas été éliminée pour autant. Car la qualité devait être maintenue et il n’y avait que des teintures naturelles.

Pourquoi devrions-nous nous priver d’une technique éprouvée qui correspond à des réactions chimiques inconnues alors, mais pratiquées inconsciemment depuis l’Antiquité la plus ancienne. En effet, à Sumer, des tablettes donnent déjà les recettes de mordançage à l’alun.

Sans le mordançage, moins de couleurs

Déjà le catalogue des plantes grand teint de Colbert était très restreint. Si on en retranche toutes les plantes autorisées qui nécessitent un mordançage, il ne reste que quelques bruns dans le genre brou de noix.

Fibres teintes en 2023, les laines ont bien pris la couleur, ce n'est pas le cas des fibres vég´etales, travail invisible mal fait, mauvais résultat
Fibres teintes en 2023, les laines ont bien pris la couleur, ce n’est pas le cas des fibres vég´etales, travail invisible mal fait, mauvais résultat
Gamme de couleurs obtenues sur lin et coton sans le mordançage spécial de Michel Garcia

En Août 2025, j’ai suivi en cours concernant les fibres cellulosiques, c’est-à-dire végétales chez Michel Garcia. Maintenant, je n’aurai plus ce problème.

Que demande-t-on à un produit artisanal?

D’être beau

La frontière entre art et artisanat est très ténue:

  • Au Moyen Âge encore, les oeuvres d’art n’étaient pas signées. Par la suite, la signature sera souvent celle du maître de l’atelier.
  • Quelle est l’utilité d’un bijou?
  • Quelle est la valeur sentimentale d’un objet?
  • Pièces uniques, petites séries ou plus grandes séries?

D’être durable

Certaines formes d’art peuvent être éphémères. On demande généralement une certaine durabilité à une pièce d’artisanat. Tradtionellement, on savait que l’artisanat ne tombait pas du ciel et qu’il y avait un artisan derrière qui l’avait conçu et exécuté avec les moyens dont il disposait.

Il y a un curieux paradoxe: on demande à l’artisan de produire des objets plus durables en éliminant des étapes nécessaires à cette durabilité, dans un monde où tout est jetable, parfois même neuf! où il faut se dépécher de vider ses placards pour les remplir à nouveau. Et tout cela part encombrer les décharges et éventuellemenent polluer les côtes africaines ou le désert d’Atacama.

Durabilité signifie temps dédié et connaissances précises et profondes du métier.

Comment enseigner la durabilité à des gens qui demande la rapidité?

D’être agréable

Il doit apporter à son propriétaire du plaisir, par son unicité, son originalité, son supplément d’émotions.

Mais, il doit aussi apporter ses bienfaits à celui qui le crée. Notamment, il doit permettre à l’artisan de vivre décemment et de développer son art. Ce n’est pas parce que l’artisan travaille avec plaisir à ses œuvres que son travail invisible ne doit pas être rémunéré, ce travail invisible est constitutif de ses œuvres. Pourquoi l’artisan devrait-il être bénévole à 80 % et seulement payé 20 % et ce parfois longtemps après? Ne mange-t-il pas tous les jours?

Un tissage artisanal ne se vend pas au poids, comme un tableau ne se paye pas au mètre carré.

S’il n’y prend plus de plaisir et que ce n’est pas rentable, il est fort problable qu’il change d’activité.

Que dois-je proposer dans mes formations?

Outre le visible que tout formateur propose, j’insiste donc sur la pratique de la partie invisible qui est le support d’un résultat durable. Cela n’est pas un effet de la mode « slow« , ni une forme de perfectionisme qui pourrait sembler mal placé.

Lavage et séchage

La manière et le temps de mouillage, lavages et séchages sont incontournables. Je profite de ces temps apparemment morts pour approfondir des détails techniques e parfois théoriques.

Mordançage, invisible mais nécessaire

Je viens de commenter l’importance de cette étape invisible de la teinture. Il serait inconvenant, malhonnête et inconcevable de ma part de ne pas vous l’enseigner.

Je me permettrai d’ajouter, il faut un peu d’ordre lors du mordançage, celui-ci étant invisible. Il n’est pas superflu de prévoir un petit étiquetage. Cela peut éviter des confusions et de mauvaises surprises.

Je constate lors de mon suivi des statistiques de visites de mon site que l’un des plus lus est celui concernant les mordants, partie cachée du processus de teinture.

Le partage est aussi invisible

Le temps de partage est aussi nécessaire et il ne doit pas être négligé. Partage ne signifie pas acceptation tacite de la nouveauté, de la découverte. Il doit y avoir discussion et réflexion fructueuse.

Les apports d’un partage n’aboutissent pas immédiatement à un progrès. Mais, l’absence de partage pour éviter tout conflit n’est pas productif et conduit à s’enfermer dans un pratique identique en boucle sur soi-même.

Ce partage peut aboutir à l’amélioration de ses outils ou à la création de nouveaux.

Le partage nécessite une réciprocité qui s’installe parfois naturellement, mais devient rare dans un monde l’on pense ne pas avoir besoin de son voisin.

Invisible et parfois sale

Que diriez-vous d’un bijoutier qui ne polirait pas ses pièces sous prétexte que c’est sale? Le travail des métaux génère beaucoup de saletés, parfois invisible comme des gaz toxiques. Tous les métiers artisanaux ont des étapes sales et parfois dangereuses pour la santé.

Même ce qui semble un simple vernis bien fait sur un objet en bois, suppose des temps de ponçages, de polissages, de vernissages et de séchages successifs.

Les industries mettent une distance entre vous et la saleté, mais celle-ci ne disparaît pas par enchantement.

L’invisible s’accumule

Comme la poussière lors du filage et du tissage, les temps invisibles s’accumulent mais ne sont pas inutiles. Les poussières et déchets d’ouvrages en fibres naturelles seront appréciées par les plantes de votre jardin.

Conclusion

En outre, le temps passé à la rédaction de cet article semble lui aussi invisible. Combien de photos prises, sauvegardées et triées sur disque. Combien d’information recherchée, bien plus loin que sur les réseaux sociaux immédiats qui n’offrent que de pauvres raccourcis aux jambes courtes, comme le mensonge du proverbe macédonien.

« Le mensonge a les jambes courtes« 

Cet article n’est pas du story telling, il fonde ma réalité.

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