
/// Tonte au Rancho Kawell ///
Article créé le 26 décembre 2017 modifié le 16 juillet 2026
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Il me semble que savoir tondre un animal fait partie des expériences nécessaires à une bonne artisane textile. Cela m’a été très utile et j’ai beaucoup appris ainsi. Je suis prête à recommencer si nécessaire.
La tonte
A Concón, mon ami Uldis, m’a présenté aux propriétaires du Rancho Kawell peu de temps avant mon départ en France. Il y avait là quelques brebis et deux alpagas qui avaient besoin d’une bonne tonte.
De retour de France, vivant à Concón nous avons repris contact, car ces animaux allaient avoir très chaud, ils n’avaient pas été tondus depuis 2 ans.

Première expérience à Longotoma
J’ai commencé à apprendre à tondre les moutons, il y a à peu près 20 ans quand je vivais à Longotoma, à 40km de La Ligua, centre du Chili.
J’avais des voisins qui avaient 5 ou 6 brebis dont ils n’utilisaient pas la laine, ils les élevaient pour la viande, j’ai dû insister pour qu’on les tonde. Je voulais connaître d’où venaient les meilleures laines. Et j’avais besoin de laine, puisque je venais d’apprendre à filer et je teignais déjà avec des plantes.
Quand on travaille avec un produit, il me semble qu’il faut en savoir le plus possible, et pas seulement en théorie. Il est important de savoir le travail que cela représente, les pertes en matières premières très importantes, les différentes qualités…
Même l’époque est importante pour la tonte, il ne faut pas qu’il fasse trop froid, mais il faut le faire avant que les plantes fassent leurs graines (celles-ci s’incrustent dans la laine et compliquent beaucoup la filature, il y en a qui piquent très fort, surtout dans des zones à chardons…).
Normalement, la tonte doit attendre que l’animal soit sec, s’il a plu. Si l’animal est encore humide, l’eau et le suint compliquent beaucoup la tonte. Les tondeurs professionnels refusent de tondre des animaux dans ces conditions.
Nous avons donc tondu un bélier et quatre brebis. Nous avons commencé par le bélier, quand nous l’avons relâché, les brebis étaient très surprises, elles avaient l’air de ne pas de le reconnaître… Nous avons continué avec les brebis.
C’est très fatigant, car en général, on le fait avec l’animal au sol, mais c’était important pour moi. Je n’ai pas réussi à utiliser les ciseaux traditionnels, les forces, mais je me suis débrouillée avec des ciseaux normaux.
Quelques précautions
Il vaut mieux tondre les animaux sur une surface propre, pour éviter que la laine se remplisse de brindilles et autres déchets qui compliquent la filature par la suite. Ceux qui tondent ne pensent pas toujours à ceux qui travailleront la laine ultérieurement.
Il arrive qu’ils essaient de la brûler, la laine brûle mal. Ou dans le meilleur des cas, ils l’utilisent comme mulch sur les cultures.
Tonte à Mamiña
J’ai recommencé à Mamiña avec mon amie Raquel, on s’est mieux débrouillées, on a monté les brebis sur une table, à deux cela va beaucoup plus vite. Les moutons de Mamiña ont la laine plutôt courte, et le ventre nu (ce qui n’était pas le cas à Longotoma où le mâle avait de la laine même sur les testicules, ni a Concón).
Raquel, tondait les animaux en partant du dos, alors qu’on m’avait appris à démarrer depuis le ventre pour récupérer une toison entière que l’on peut enrouler facilement. Elle obtenait deux moitiés de toison.
Elle n’avait pas de forces (ciseaux spéciaux), elle a ramassé un tesson de bouteille qui traînait par terre. C’était très minimaliste, mais sa tonte était très régulière, proche de la peau, sans la couper.
La laine des brebis de Mamiña bien que courte était très douce et facile à filer, celle du bélier était dure. J’ai dû aller laver toute cette laine au lavoir, car la poussière acide provenant de la mine m’attaquait les mains. Elles se gerçaient bien qu’il ne fasse pas froid. Une fois la laine rincée, la filature était moins douloureuse. Il y avait des brebis très noires.

J’ai à nouveau tondu deux brebis à Parca, un petit village presque abandonné à 17 km de Mamiña et 5 km de la mine… Il ne restait que 7 habitants, je ne sais pas combien il en reste maintenant.


Ces moutons vivent enfermés et mangent de la luzerne produite localement, leur toison était pleine de petites pailles.
Tonte de cuirs
À Mamiña aussi, on élevait les animaux pour la viande et pour des rituels. Des amis m’ont donné à plusieurs reprises des cuirs pour que je récupère la laine.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas beaucoup plus aisé, surtout si la laine est courte. J’ai même essayé avec un rasoir, les lames s’usaient très rapidement.
Sur les conseils des amis de Mamiña, j’ai aussi essayé en laissant tremper le cuir dans de l’eau quelques jours. La laine s’arrache bien, cela est vrai. Mais, elle vient avec sa racine, le bulbe pileux, ou parfois par petites touffes.
Le cuir peut se laisser bouillir longuement pour obtenir de la colle de peau.
La qualité est donc moins bonne à la filature.
Ce détail permet aux archéologues qui analysent les textiles anciens de savoir si l’animal était tondu vivant ou si le poil était récupéré sur un animal déjà mort.
Attention
Les laines récupérées des tanneries où l’on fait tomber la toison à la chaux, sont pratiquement inutilisables. Le poil devient rêche et cassant. J’ai eu l’occasion d’essayer en Équateur chez mes amis Ivan et Narcisa.