Figuier, couleur cachée : jaune-ocre - Higuera, coolor esccondido amarillo ocre

Couleur où es-tu ?

/// Couleur oú es-tu? ///
J’ai mis à jour cet article le 6 Février 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

La couleur? Pourquoi une plante teint?

Couleur qui tache, ou couleur qui teint?

La couleur que nous cherchons… où est-elle donc cachée, c’est une histoire de chimie, de chimie organique. Cependant, la chimie de la couleur n’est qu’une des branches, très complexes.

Certaines plantes sont capables de produire plus de 20 colorants différents, comme c’est le cas de la garance.

Bien sûr, les plantes ne poussent pas pour donner de la couleur. Celle-ci est bien cachée dans des composants qui s’unissent avec facilité avec les fibres. Évidemment, il faut pour cela que les conditions soient favorables à la fixation de la couleur.

La couleur, c’est important

Cette couleur joue un rôle crucial dans la plante. Les molécules qui nous donne une couleur, ou le plus souvent plusieurs, ont un but.

D’ailleurs, ces molécules évoluent au cours de la vie de la plante. Cela explique que la couleur de teinture dépend aussi de la saison de récolte de la plante.

Elles servent à leur protection contre des agresseurs, d’avertissement pour leurs prédateurs. Ou bien, elles seront source d’attraction pour les pollinisateurs ou pour ceux qui dissimineront les graines.

Pratiquement presque toutes les plantes tachent. Mais il y en a beaucoup qui teignent. Certaines plantes ont besoin de se faire aider par des mordants, d’autres pas. Il y en aura aussi de très trompeuses et décevantes, telles la betterave rouge.

Un peu d’histoire

Chaque civilisation a choisi ses plantes à couleurs, parfois en les important de très loin.

L’indigo d’indigofera venait de tellement loin, passaient entre tant de mains, vu qu’il arrivait d’Extrême Orient. Ce n’est qu’au XVIIème siècle qu’il a été reconnu comme d’origine  végétal. Auparavant, il était souvent confondu avec le Lapis-Lazulis!

Normalement, on doit pouvoir obtenir un arc-en-ciel n’importe où dans le monde, mais depuis longtemps les plantes voyagent…

Autrefois, les plantes tinctoriales étaient aussi cultivées en Europe, en particulier dans le Sud de la France. Là, les trois couleurs de base occupaient de très grandes surfaces. Mais, il y a eu délocalisation… à la Renaissance.

La culture des couleurs est partie en Extrême-Orient ou en Amérique, d’où on a ramené l’indigo d’indigofera, la cochenille et toute sorte de bois exotiques (brésil, fustet…). Le monde de la couleur a été complètement bousculé. Dominique Cardon et Michel Pastoureau l’expliquent très bien dans leurs livres.

Puis, il y a eu disruption, vers 1870, avec les premières couleurs chimiques.

Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué?

Il y a eu de très belles recherches en chimie sur les couleurs, depuis peu avant la Révolution Française. Autant les chimistes que les teinturiers sont partis à la recherche d’améliorations techniques de la couleur.

Le problème est que certaines plantes ont été oubliées, des techniques discréditées (indigo à l’urine, par exemple), des traditions perdues…

C’est ainsi que Charles Darwin, passant à Chiloe vers 1830 vit les habitants échanger de l’indigo. Aujourd’hui, dans cette même zone, personne n’a été capable de me dire de quelle plante pouvait avoir été tirée cet indigo.

On a souvent préféré allez chercher la couleur à l’autre bout du monde. Alors que bien des fois, on pouvait la trouver dans des “mauvaises herbes”.

Où est donc la couleur ?

Ce n’est pas évident, aucune plante n’affiche qu’elle va pouvoir teindre en bleu, le bleu n’apparaît même pas en faisant bouillir comme la plupart des plantes. De plus selon les procédés, une même plante peut donner d’autres couleurs (voir l’arc en ciel de dégradés, dans un livre de Michel Garcia).

Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées
Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées

 

Il en est de même avec le rouge qui provient rarement de pétales rouges.

Je me rappelle d’avoir essayé de teindre avec pétales rouge foncé d’hibiscus que j’avais récoltés à Iquique. Quelle surprise, lors de teinture, une fois rentrée à Mamiña. Le bain a viré à un joli vert amande quand j’ai ajouté un peu d’alun comme postmordançage!

Feure à Mamiña
Feure à Mamiña, vert de pétales d’hibiscus

La garance cache sa magnifique couleur rouge dans ses racines, et pour cela, le pied doit avoir plus de cinq ans.

Garance en graine
Garance en graine

Les tanins

En général, les plantes produisent des pigments pour se défendre (comme c’est le cas des tanins). Plus une plante est attaquée par des ravageurs, plus elles en produisent. Les galles du chêne sont un exemple de concentré de tanins. Habituellement la présence de pigments n’est pas visible à l’oeil nu.

La couleur la plus visible des plantes, la chlorophylle, ne se conserve pas (même si elle tache), donc le vert n’est pas aussi courant en teintures naturelles. D’autres pigments peuvent teindre l’eau, mais n’adhèrent pas aux fibres, qui malgré tous les mordançages possibles, ne donneront qu’un jaune faible.

Pour en savoir plus sur les cachettes de la couleur, je vous invite à lire le remarquable livre de Marc André Selosse.

Les goûts et les couleurs du monde
Les goûts et les couleurs du monde

La couleur, un luxe?

Au Chili, il y a  un proverbe qui dit “el que quiere celeste, que le cueste” (celui qui veut du bleu, que cela lui coûte). Et même avec les teintures  chimiques, il est rare que les femmes teignent en bleu à Puerto Montt!

Quand on les interroge sur les plantes sur le bleu, elles ne parlent que de certaines baies… dont les résultats ne doivent pas être stables.

La couleur, un coût aussi pour la plante

Il faut savoir que la couleur a un coût élevé en énergie pour la plante, que ce soit pour la fleur dans le but d’attirer les pollinisateurs, ou dans sa composition interne pour se protéger.

Une plante attaquée par n’importe quel agresseur, détourne des ressources (toujours limitées) qui devraient aller vers sa croissance, vers la production de substances diverses pour sa protection. Certaines de ces substances teignent accessoirement…

Cela explique aussi qu’il faut compter, en général, 3 kg de plantes pour 1 kg de fibres à teindre.

Il convient donc de s’intéresser à la botanique, aux composants chimiques des plantes, cela nous renseignera sur les possibilités que peut offrir une plante.

Les plantes médicinales sont des concentrés de pigments, de colorants… bref de couleur. De plus, leur composition chimique est souvent mieux connue. Elles sont souvent bien documentées. Ce qui permet de se faire une idée de la couleur que l’on peut obtenir.

Un usage réglementé

C’est pourquoi partout dans le monde des plantes ont été sélectionnées par les artisans teinturiers, elles ont souvent été cultivées à cette fin, parfois sur de grandes extensions. Elles ont aussi, souvent, été choisies pour la solidité de leur couleurs.

Certaines plantes ont très vite été réservées à une élyte. Très tôt dans l’histoire, les plantes tinctoriales ont été répertoriées en grand et petit teints (dès le XIIème siècle, à Venise, par exemple – voir Michel Pastoureau).

Traditions à préserver

Face à ces connaissances écrites et bien documentées, chaque population a ses propres traditions locales, souvent orales qui dépendent des plantes dont elles disposent. Si ces populations sont déplacées, elles n’ont plus accès à la flore qu’elles connaissaient.

C’est ce que j’ai pu voir à Mamiña et à Pica, où les femmes Aymara savaient teindre avec leurs plantes, mais leurs plantes sont dans la haute cordillère et maintenant, elles vivent en basse cordillère. Les plantes ne sont plus les mêmes. Les couleurs ne sont plus les mêmes.

Ces traditions se perdent, il est important de les sauvegarder. La grande majorité de ces plantes en sont pas forcément décrites, les utilisateurs leur donnent des noms vulgaires qui peuvent représenter d’autres plantes un peu plus loin. Elles peuvent avoir une répartition géographique très limitée et peuvent être mises en danger par une surexploitation ou une dégradation de leur habitat.

Que faire ?

Il faut lire, s’informer, parler avec les personnes âgées, les gens de la campagne, parfois insister pour qu’ils cherchent dans leurs vieux souvenirs, souvent ils ont honte…Et puis maintenant, il y a internet et des formations

Puis il faut tester, tester et encore essayer. On peut obtenir de nombreuses jolies variantes avant d’arriver à la couleur rêvée. Bien retenir tous les  détails pour obtenir à nouveau quelque chose de ressemblant, demeure indispensable.

Nous avons tout sous la main

La nature nous donnent très facilement une grande variété de jaunes, de beiges, de marrons, de gris, de verdâtres, de verts olive, bronze… Mais la gamme est beaucoup plus étendue. Par exemple, la lampaya, plante médicinale de la haute cordillère des Andes, du Nord du Chili, peut donner un grenat profond.

En général, je préfère travailler avec les plantes courantes locales qui nous réservent souvent bien des surprises (je pense à cette “mauvaise herbe” très invasive qu’est la “sorona” dans le nord du Chili et dont les femmes de Pica ont découvert qu’elle pouvaient en tirer un très beau jaune). À titre exceptionnel, j’utilise des plantes cultivées tels l’indigo ou la garance que j’ai acquis en petites quantités lors de mes voyages (il en est de même de la cochenille qui n’est pas une plante).


Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

Je vous invite à laisser vos commentaires.

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Published by

Francoise Raffi - La Francesa Bigotuda

Artisane textile, tisserande, teinturière, vivant depuis plus de 20 ans au Chili, je travaille avec des teintures naturelles depuis plus de dix ans. J'ai participé à plusieurs séminaires internationaux (ISEND Kuching, IFND Taiwan et dernièrement IFPECO à Madagascar) Je tisse, tricote ou feutre les fibres teintes. Je propose des formations aux teintures naturelles adaptées au lieu. Artesana textil, tejedora, tintorera, viviendo desde más de 20 años en Chile, trabajo con teñidos naturales desde más de diez años. He participado a varios seminarios internacionales (ISEND Kuching, IFND Taiwan y ultimamente IFPECO en Madagascar). Tejo o afieltro las fibras teñidas. Propongo formaciones, capacitaciones, talleres de teñido natural adaptadas al lugar.

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