Video et Documentaires Textiles

On peut apprendre beaucoup en regardant des video. Cet article sera donc alimenté régulièrement.

Après mes indications bibliographiques, je vais donc réunir dans cette page des directions de video et documentaires textiles avec leur liens, au fur et à mesure de mes découvertes…

J’attends vos propositions de lien pour enrichir cet article.

En attendant que je crée, mes propres video (il faut que j’apprenne encore cela…), je vous invite à visiter ce que j’ai découvert lors de mes recherches sur internet et pendant mes voyages…

Video sur les textiles

Le Musée d’Arts Précolombiens de Santiago du Chili présente de nombreuses voici le lien.

Video sur les métiers à tisser

Video sur la filature

Il y a beaucoup de manière de filer et beaucoup de matières premières.

Les orties

Voici deux videos en anglais sur la préparation et la filature des orties. Cela donne envie d’essayer.

Video sur la teinture

Michel Garcia

Michel Garcia a été un de mes premiers maîtres en teinture avec Dominique Cardon dont j’ai lu et relu tous les livres. Je vous invite à visiter son site.

Il a publié plusieurs DVD techniques très instructifs, disponibles sur son site ou chez Couleur Garance.

Voici une courte video, ancienne, où il présentent les plantes tinctoriales, à Lauris

Il y en avaient trois, et il vient de publier la quatrième video: “Natural Dye Workshop IV: Beyond Mordants Indigo and Direct Application of Dye”

Je l’attends avec impatience.

Je viens de le recevoir, ce sont plus de 4 heures de concentré d’informations.

Couleur Garance

Une autre video, plus récente sur Couleur Garance.

Shibori

J’ai plusieurs video sur le shibori qui est une technique de teinture avec réserves, aussi appelée tye-dye, utilisant des amarres.

Yoshiko Iwamoto Wada

Il s’agit d’une grande spécialiste japonaise des textiles. Elle organise des ateliers et des voyages sur les thèmes textiles. Elle a écrit de nombreux livres et produit des DVD

shop.slowfiberstudios.com

Américaine

Ikat

J’ai aussi une video sur la pratique rituelle de l’ikat à Rumah Gary à Borneo.

Video sur les voyages

Ady Gasy

Ady Gasy de Lova Nantenaina est le premier film que je vous recommanderai dans cette section. Je l’ai vu la première fois lors de l’IFPECO à Madagascar. C’est impressionnant et très instructif…

Vous pouvez vous le procurer chez Laterit Production.

Ady Gasy, une video à voir absoolument
Ady Gasy, une video à voir absolument

Video sur les plantes

Je pense d’abord à la série de Jean Marie Pelt sur la grande aventure des plantes. Jean Marie Pelt est aussi l’auteur de nombreux livres passionnants.

Je recommanderai aussi les conférences et video de:

  • Hervé Coves, il vous fait apprécier les ravageurs.
  • Georges Oxley, comestibles sauvages…
  • Francis Hallé, les arbres vus sous toutes leurs dimensions…
  • Gérard Ducerf, ses livres sur les plantes bioindicatrices valent vraiment leur prix
  • Claude et Lydia Bourguignon, les sols vivants
  • Gilles Clément, de nombreux livres très poètiques
  • Konrad Schreiber,
  • Marc André Selosse, j’ai lu son livre “Jamais seul“, on y apprend beaucoup de choses sur le microbiote… Je viens aussi de le second sur les tannins, vraiment très intéressant, et maintenant des video.
Livre de MMarc-André Selosse sur les tanins
Livre de Marc-André Selosse sur les tanins

Chacun a des points de vue différents, qui se complètent souvent…

Video d’archéologie

Video de philosophie

Bernard Stiegler

Miguel Benasayag

Chaînes youtube

Thinkerview

Passeurs d’histoire d’histoire de vie

Un site plein de surprises

Podcasts

France Culture

J’écoute souvent France Culture avec un peu de retard, mais c’est généralement très intéressant.

Autres video

Conférence gesticulée inclassable, Laurent Rigaud

Depuis quelques temps, je reçois des video du Corning Glass Museum, c’est très beau de voir comment les artistes du verre confectionnent des pièces artistiques. Travail en équipe et beaucoup de matériel à disposition, très professionel. Malheureusement en anglais.

Fablab et microscope

Incursion dans les FabLabs

Microscope

Dans un autre article, je parle d’un microscope fabriqué dans un FabLab par des étudiants à Santiago du Chili. Si vous voulez en savoir plus sur ce mouvement, cliquez sur ce lien.

J’ai beau m’intéresser aux techniques anciennes, l’informatique et les nouvelles technologies m’attirent beaucoup.

De fait, le microscope permet de voir avec plus de détails, des textures, la qualité du fil utilisé et peut me donner beaucoup d’informations utiles.

Elles vont beaucoup m’apporter dans mes recherches, c’est pourquoi j’ai cherché à prendre contact avec les FabLabs, j’ai même eu le projet d’en créer un à Puerto Montt (Chili), chez mon ami de Rincón de Angel.

Cela peut être une bonne solution pour fabriquer des prototypes et des pièces en petites quantités, en faisant varier les proportions… Je rêve déjà de nouveaux métiers à tisser, mieux adapté à chaque type de fibres, permettant de nouveaux effets…

C’est ainsi que j’ai suivi un Mooc sur Fun Université pour connaître les bases de l’impression 3D. Lors de ce cours, j’ai appris que l’on pouvait se fabriquer soi-même son imprimante 3D, il existe ainsi des sites de partage gratuit de plans et de programmes de dessin adaptés…

FabLab universitaire à Santiago

Ma première approche réelle

On m’a invité à une conférence.

C’était très intéressant. Il y avait là un FabLab, je n’ai seulement pu le voir que par une grande baie vitrée, il y avait beaucoup de machines.

Malheureusement, pour des raisons de sécurité, il fallait demander une autorisation au préalable…

Visite au FabLab ESAN – Lima, Pérou

Ils s’intéressent aussi aux textiles

Dans mes recherches pour la création d’un atelier FabLab à Puerto Montt, j’ai pris contact avec le FabLab ESAN à Lima qui a répondu très chaleureusement à mes questions, d’autant plus qu’ils travaillaient avec des gens qui s’intéressent aux textiles.

Lors de mon dernier voyage au Pérou, j’ai donc repris contact avec eux et je suis allée les voire entre deux visites de musées.

Là-bas, j’ai pu voir différentes machines: imprimantes 3D, fraiseuse, graveur laser… et un scanner 3D qu’ils ont utilisé pour scanner un peigne de métier à tisser, je voulais le modifier pour avoir une plus grande ouverture pour passer la navette. Ils ont ensuite essayé de le reproduire avec une imprimante 3D.

Il est intéressant aussi de voir les contraintes, notamment concernant la taille des objets à scanner et à reproduire…

La recréation de ce peigne posait différents problèmes… Il était un peu grand pour le scanner, il tenait à peine de travers. Il faut donc parfois diviser la pièce en plusieurs parties avec des unions. Puis, au niveau de l’impression, il y a eu aussi quelques difficultés, ces machines semblent très sensibles…

ll faut bien choisir son plastique, l’économiser sans fragiliser la pièce imprimée. Les courants d’air semblent aussi néfaste. et il faut être très patient. Les temps de développement sont longs.

On peut recycler les pièces ratées, mais avec des machines très coûteuses.

En tout cas, la pièce doit être bien ventilée, ce qui est souvent assez bruyant. Mais on doit éviter les courantd d’air pour les imprimantes 3D qui sont très sensibles

Ils m’ont aussi mis en contact avec le responsable d’un autre FabLab de Lima, passionné de textiles, qui a créé des métiers destinés aux enfants ou pour des démonstrations.

Il voyage beaucoup, mais j’ai eu la chance de le rencontrer entre deux vols. Il m’a donné un livre qu’il a écrit et un de ses métier prêt à être monté, en plexiglas, découpé au graveur laser.

J’aimerai bien pouvoir revenir pour voir cet autre FabLab, c’est vraiment un monde de partage de connaissances très attrayant.

Iquique

Au retour de mon voyage au Pérou, je suis passée à la ZOFRI (Zone Franche) d’Iquique (Nord du Chili) et j’ai pu constater qu’ils vendaient quelques imprimantes 3D, cela commence donc à se démocratiser…

Il y a aussi des fichiers modifiables Open Source pour les bricoleurs qui voudraient se fabriquer eux-mêmes leurs machines en les adaptant à leurs besoins.

Voici quelques logiciels gratuits pour la création de fichiers destinés à ces machines:

  • Conception paramétrique: FreeCad
  • Edition 3: Blender
  • Slicer Ultimaker CORA

Visite au FabLab de Loches

Comme je suis rentrée en France, à Loches, pour quelques mois, je suis partie à la recherche de FabLabs. J’ai eu la bonne surprise d’en trouver un, récemment créé à Loches même.

J’ai donc pris contact et suis allée le visiter. Il y a là plusieurs imprimantes 3D, un graveur Laser, une brodeuse électronique. J’ai pu voir fonctionner ces machines.

Je suis entrain de réfléchir à des essais qui pourraient être utiles.

Pièces réalisées au graveur Laser au FabLab de Loches, France
Pièces réalisées au graveur Laser au FabLab de Loches, France

Dans ce FabLab, on m’a aussi beaucoup aidé à rétablir ce site qui commençait à souffrir d’obésité…

Production de ce FabLab

La brodeuse électronique permet de broder toutes sortes de logos, même en différentes couleurs, avec bien sûr beaucoup de précision.

Cette brodeuse ressemble beaucoup à n'importe quelle brodeuse, sauf qu'elle reçoit l'information d'une clé USB, FabLab de Loches, France
Cette brodeuse ressemble beaucoup à n’importe quelle brodeuse, sauf qu’elle reçoit l’information d’une clé USB, FabLab de Loches, France

Le graveur laser est impressionnant, il est de grande dimension. Il peut aussi bien découper de nombreuses matières ou seulement les graver, selon les indications du fichier auquel il obéit.

Graveur Laser du FabLab de Loches
Graveur Laser du FabLab de Loches

Il permet de produire une grande variété d’effets selon les règlages du fichier qu’il reçoit. Il peut aussi bien graver des photos que découper, et pas seulement du bois…

Etiquettes en liège, gravées au FabLab de Loches, France
Etiquettes en liège, gravées au FabLab de Loches, France

Deux jeunes produisent des instruments de musique…

Hanches d'instruments à vent, impimées sur l'imprimante 3D, polies manuellement puis gravées sur le graveur Laser, FabLab de Loches
Hanches d’instruments à vent, impimées sur l’imprimante 3D, polies manuellement puis gravées sur le graveur Laser, FabLab de Loches

FabLabs du monde

Lors de mon prochain tour du monde, j’espère bien pouvoir rencontrer d’autres FabLabs, lors de mes prochaines étapes. Il y a tant de choses à partager.

Désolée, je n’ai pas encore d’image du futur…

Matières premières, que choisir?

Matières premières – Article mis à jour le 31 août 2019, il faudra patienter quelques jours que je reçoivent les nouvelles lamelles… C’est un introuvable à Loches.

Matières premières: fibres végétales, animales, artificielles, synthétiques?

Tout bon livre de teinture naturelle (il en est de même pour les teintures chimiques) commence par une description des fibres. Cela est d’une très grande importance, de cela dépend le type de mordant et bien souvent le résultat.

Oui, je sais, je vous ai déjà parlé des matières premières. Je ne vais pas radoter, mais c’est un thème important et j’ai de nouvelles informations à vous apporter. Ainsi, je vous invite à relire le précédent article.

Les matières premières à la loupe

Ou mieux encore, au microscope. J’en rêvais depuis longtemps…

Une des meilleures méthodes pour déterminer à quel type de fibre on a affaire, est de l’étudier au microscope.

Et je vais sortir mon microscope

Un étudiant doctorant, Fernan, est venu avec des amis de Santiago au local Rincón de Angel et nous avons beaucoup parlé de teintures, eux les utilisaient pour leurs préparations au microscope.

Ils auraient préféré utiliser des teintures naturelles pour cela. Je leur ai donné un peu de cochenille pour qu’ils fassent des essais. Très peu leur suffisait…

Le retour de Fernan

Quelques mois plus tard, Fernan est revenu avec 20 étudiants de son laboratoire. Et ils m’avaient apporté un microscope qui se branche sur l’ordinateur.

Voici le fameux microscope
Voici le fameux microscope

C’est un bon outil pour analyser rapidement des matières premières. Les fibres se distinguent par leur forme, la présence d’écailles… Tout cela influe sur la teinture.

On peut aussi voir si la laine est propre ou contient encore de la graisse. C’est très important pour la solidité de la teinture qui préfère s’allier à la graisse qu’à la fibre et aura tendance à s’en aller avec la graisse au lavage.

Je vais donc le brancher pour continuer l’article

Depuis que je l’ai, il a voyagé avc moi, au Pérou, au Brésil, et maintenant en France, il va certainement m’accompagner lors de mon tour du monde pour analyser toutes les fibres que je rencontrerai sur mon chemin.

Le voici branché il faut bien installer l’éclairage et le régler…

Microscope installé, près à visionner différentes matières premières
Microscope installé, près à visionner différentes matières premières

Nous allons voir de belles matières premières

Je vais réunir les fibres que j’ai sous la main pour vous les montrer sous un autre jour.

Petit sac de restes de fibres, à vérifier au microscope
Petit sac de restes de fibres, à vérifier au microscope

Laines

Chez mon ami Angel, il y en a une grande variété.

Laine de mouton vue au microscope, on voit les petites écailles
Laine de mouton vue au microscope, on voit les petites écailles

Alpaga

Je vais vous montrer ce que j’ai tondu à Concon en 2017.

Fibres d'alpaga vues au microscope
Fibres d’alpaga vues au microscope

Vigogne

J’en ai trouvé en Bolivie. C’est rare et très cher.

Fibres de vigogne, c'est vraiment beaucoup plus fin...
Fibres de vigogne, c’est vraiment beaucoup plus fin…

Coton natif péruvien

Eh oui, le coton n’a pas toujours été blanc, et celui a bien failli disparaître. Heureusement, il y a des artisans qui le sèment encore, notamment dans la région de Chiclayo (Nord du Pérou).

Il est brut de récolte, ces fils semblent plats.

Fibres de coton natif péruvien
Fibres de coton natif péruvien

Soie de Madagascar

J’en ai ramené de chez mon ami Hilaire, quand je suis allée à l’IFPECO de Madagascar. Il m’en reste un peu.

Soie de Madagascar non décreusée
Soie de Madagascar non décreusée

J’ai aussi décreusé un peu de cette soie, nous allons aussi l’étudier.

Soie décreusée
Soie décreusée

Autres soies

Voici la soie du Laos qu’utilise mon amie à l’Atelier de Joëlle…

Soie du Laos, fiilée industriellement, teinture chimique
Soie du Laos, fiilée industriellement, teinture chimique

Paille à chapeau, d’Equateur

J’en ai ramené un peu de Ciudad Eten, près de Chiclayo, où ils ont la spécialité de tisser des chapeaux… Les femmes tressent leurs chapeaux, chez elles. On les voit depuis la porte ou la fenêtre ouverte…

Paille utilisée dans les chapeaux tissés au Nord du Pérou, elle  provient d'Equateur, tout proche
Paille utilisée dans les chapeaux tissés au Nord du Pérou, elle provient d’Equateur, tout proche

Cheveux humains

Je vais en profiter pour examiner mes cheveux, pourquoi pas. C’est très instructif.

Mes cheveux
Mes cheveux

Crin de queue de cheval (noir)

Quand je suis allée tondre les alpagas à Concon, on m’a donné une queue de cheval. Nous allons donc étudier ces crins.

Crin de cheval, c'est vraiment très gros au microscope
Crin de cheval, c’est vraiment très gros au microscope

Chanvre

Ma voisine récupère auprès du facteur les liens des paquets de courrier. Il paraît que c’est du chanvre.

Chanvre
Chanvre

Lin

Je n’ai pas retrouvé de fibre de lin. Quand j’en aurai je remettrai à jour cet article.

Orties et ramies

Les orties et la ramie (sous-espèce d’ortie non urticante) sont aussi des fibres intéressantes, mais je n’en ai malheureusement pas d’échantillon.

Fibres de bananier

J’ai ramené un peu de fibres de bananiers de Madagascar, cet échantillon a été teint à la cochenille.

Fibres de bananier
Fibres de bananier

Sisal

Celui-ci provient aussi de Madagascar, il a été légèrement teint à l’indigo.

Sisal de Madagascar
Sisal de Madagascar

Rafia

J’ai aussi ramené un peu de rafia de Madagascar, qui en produit beaucoup. Celui-ci a été teint à la cochenille. Naturel, il et moins blanc que la paille à chapeau équatorienne.

Rafia, teint à la cochenille
Rafia, teint à la cochenille

Plume

Je viens de trouver uune plume dans la toison d’alpaga que j’allais préparer pour la filer… Nous allons l’étudier.

Plume, duvet
Plume, duvet

Fibres de bambou

Je n’en ai pas. Il s’agit en fait d’une viscose de bambou, avec tout le brillant de la viscose et tous ces défauts. La viscose est une fibre très flateuse, qui se teint généralement très bien.

N’importe quelle cellulose convient pour la fabriquer. Pratiquement toute biomasse végétale doit pouvoir servir à sa fabrication. Il s’agit donc d’une fibre artificielle.

Le problème est que le mode de fabrication, en général à base d’acétone ou d’autres solvants organiques, produit beaucoup de COV (composés organiques volatiles) et autres déchets qui ne sont pas franchement aimables avec le milieu ambiant.

La viscose est aussi très inflammable. Les retardateurs de combustion sont par ailleurs très toxiques.

Les fibres qui me manquent…

Liber de tilleul et de bouleau, qui furent longtemps utilisés, notamment au moyen-âge.

Lapin et chèvre angora, yack…

Synthétiques et artificielles

Il faut bien voir ce qui nous envahit…

Laine fantaisie, fibres synthéques
Laine fantaisie, fibres synthéques

Visite à leur laboratoire

Quelques temps plus tard, avant de repartir en voyage, je passe quelques jours à Santiago. Et Fernan m’invite à une conférence de ses étudiants à leur campus Lo Contador, Faculté d’Architecture – Université Catholique à Santiago du Chili.

C’était très intéressant. Il y avait là un FabLab, je n’ai seulement pu le voir que par une grande baie vitrée, il y avait beaucoup de machines.

Nouveaux Projets avec Fernan

Voici des nouvelles fraîches. Je viens de reprendre contact avec Fernan qui me propose plusieurs projets concernant l’amélioration de ce microscope et sa diffusion en open source et low cost.

Il l’utilisait pour l’étude des levures et veut l’adapter mieux à l’étude des matières premières textiles.

C’est vraiment une bonne nouvelle!

Brésil, quelle aventure!

Brésil, cela faisait longtemps que j’y pensais

Je voulais aller au Brésil. Je n’avais pas de contacts et beaucoup d’excuses, manque de temps – manque de moyens (quand on a l’argent, on n’a pas le temps / quand on a le temps, on n’a pas d’argent), peur de l’inconnu… et pendant ce temps-là la forêt disparaît, chaque jour un peu plus…

Mais les forêts et les montagnes m’ont toujours attirée.

Visite d’un jeune français qui revenait du Brésil

Un jour, il a près de cinq ans, mon ami Angel, voit passer un jeune client français, à son local Rincón de Angel. Dans ces cas-là, il m’appelle et me l’envoie.

Il cherchait une matière décorative pour présenter une collier dans une petite boîte. Pendant que nous cherchons la solution, nous bavardons, il me raconte qu’il arrive du Brésil. Alors, je lui dis que j’ai l’intention d’y aller, mais que je ne sais pas où aller. Lui me dit où je dois aller…

Je vais rester volontairement un peu dans le vague, car Rodrigo ne souhaite pas qu’on vienne le visiter comme une attraction touristique… Certains curieux viennent voir Ureba l’urubu, le vautour très joueur et Keko la macaque d’un voisin qui apprécie beaucoup la tranquilité de l’endroit.

Keko, la guenon d'un voisin,visiteuse régulièreUreba, le vautour Urubu du Brésil, au milieu d'un régime de bananes fraîchement cueilli

Donc, le Français m’écrit quelques mots sur mon carnet d’adresses. Dans le genre; “quand tu arrives dans le village, tu vois une pancarte “Autosustentabilidade”, tu descends. Si tu ne trouve pas, demande Rodrigo. Tout le monde le connaît.” et son nom.

Il me précise que Rodrigo ne parle que Portugais (en réalité, il est entrain d’apprendre le Guarani) et n’a pas de portable. Il vit sans argent.

Et je n’en saurai pas plus.

Végétation typique du Brésil
Végétation typique du Brésil

Le voyage au Brésil

Le temps passe, j’avais un peu d’argent de côté et je trouve des promotions très intéressantes pour des vols et beaucoup d’envie de bouger. C’est ainsi que je suis partie au Pérou, fin novembre 2018.

Ce n'est pas encore, le Brésil, cependant le passage de la Cordillère des Andes, ce n'est pas la première fois pour moi, mais c'est toujours très émouvant.
Ce n’est pas encore, le Brésil, cependant le passage de la Cordillère des Andes, ce n’est pas la première fois pour moi, mais c’est toujours très émouvant.

En même temps, j’ai réservé pour mars-avril 2019, un aller-retour Santiago du Chili-Sao Paolo – Brésil, très économique, avec l’idée d’aller voir ce que faisait Rodrigo… Le peu qu’on m’en avait dit semblait très intéressant.

Le Brésil est un pays mythique pour les produits tinctoriaux, il doit même son nom à un bois exotique très recherché pour les teintures, nommé Brésil.

En avant pour l’aventure!

Une aventure linguistique au Brésil

Seulement deux semaines avant le voyage, quand je suis rentrée du Pérou, j’ai démarré les cours de Portugais sur Duolingo… C’était bien maigre.

Je parle couramment espagnol, j’ai aussi étudié un peu de catalan, d’italien et de latin, je lis donc le portugais sans trop de difficultés, mais à l’oral, c’est toujours plus compliqué. Bien que le Portugais semble plus concentré, plus compact.

Attention aux faux amis

Comme c’est souvent le cas avec des langues proches, il faut faire attention aux faux amis, des mots qui sonnent presque pareil, mais qui changent de sens d’une langue à l’autre.

Mes premiers achats au Brésil furent donc des revues et quelques livres pour mieux me familiariser avec la langue.

Je ne me suis pas trop mal débrouillée. Je suis arrivée sans grosses difficultés au but de mon voyage.

Heureusement, chez Rodrigo, il y avait Iafa, qui parlait aussi espagnol, italien et anglais. On voit souvent dans les magasins des affiches qui disent:

“We speak English, wir sprechen Deutsch, on parle français, Hablamos Portuñol pour les touristes Argentins…

Les discussions étaient donc souvent amusantes, Rodrigo a fait beaucoup d’effort pour apprendre le Portugnol.

Les pancartes

L’endroit se caractérise par un grand nombre de pancartes explicatives ou donnant une idée de la philosophie de l’endroit.

El letrero emblemático
El letrero emblemático

Comment les traduire, leur rédaction est compliquée, comment faire qu’elles soient bien interprètées. Ils provoquent parfois des discussions avec les voisins Guaranis…

Ce qui ne te sers pas
Ce qui ne te sers pas

Le résultat d’heures de réflexions est très artistique, humoristique et philosophique.

Elles correspondent a des besoins très concrêts, par exemple, pour le tri des ordures, mais aussi “Entre sem chamar” (littéralement: Entrez sans appeler) due au fait que les visites ont tendance à se multiplier ce qui interrompt toute activité ou pour pousser à réfléchir “o que sobra?”…

Entrez sans appeler
Entrez sans appeler

Un défi personnel

Vu mes difficultés récurrentes dans la vente de mes produits, vivre sans argent ne pouvait qu’attiser ma curiosité…

Le défi de Rodrigo

Vivre et être indépendant, sans argent, il a commencé il y a plus de 6 ans. Et, il pense bien continuer ainsi. Cela fonctionne assez bien, en faisant des ajustements tous les jours. Cela demande beaucoup d’intelligence.

Philosophie au quotidien

Mais aussi philosophie du quotidien, il s’agit pour lui d’arriver à faire comprendre sa position concernant le rejet de l’argent… et de démontrer que sa décision est juste et viable…

On ne peut y coller d’étiquettes. Cela ne correspond pas toujours à ce que l’on pourrait imaginer comme endroit écologique. Rien n’est systématisé. Tout se réfléchi au cas par cas et on prend le temps nécessaire…

Economie de la Réciprocité

Tout peu entrer en échange… Le temps d’écoute, ses connaisssances, les fruits, le prêt d’outils… C’est un point de rencontre pour les voisins…

Les ordures

Il occupe une partie du terrain en échange du nettoyage des ordures, qu’il recycle dans la mesure du possible. Et il a beaucoup d’imagination pour cela. Le résultat de ses efforts (y compris leçons données à ses voisins…) est visible.

Il y a une différence notoire entre le “meuble à ordures” qu’il gère et les bacs à ordures que l’on peut voir dans le voisinage, débordant, sacs volant partout…

“Meuble à ordures” conçu par Rodrigo

Le terrain est maintenant très propre, alors qu’il y a quelques années, il était parsemé d’ordures en tous genres. Maintenant, les voisins sont priés de faire le tri…

Tout ce qui peut être recyclé l’est… Seul le temps ne se recycle pas, d’où l’importance du tri au départ.

Les petits tas

Un jour, suite à une conversation concernant une voisine qui globalement voulait emporter plus que ce qu’elle apportait.

Je racontais à Rodrigo une histoire, malheureusement je ne me rappelle pas où, je l’ai entendue ou lue.

Ils s’agit de vendeuses de marché dans les Andes, certainement en Bolivie ou peut-être au Pérou, des Indigènes qui arrivent au marché avec leur marchandises dans un aguayo, sur leur dos, les présentent en petit tas sur la toile qu’elles étendent à même le sol… s’assoient devant leur étal et commencent à faire du troc, mais sans un mot. Peut-être parlent-elles chacune une langue différente, elles peuvent être simplement un peu taciturnes, fatiguées du voyage… Elles viennent parfois de très loin.

J’imagine très bien la scène par ce que j’ai vu lors de mes voyages au Pérou et en Bolivie. J’aime beaucoup visiter les marchés…

Elles commencent à faire évoluer les tas de marchandises à échanger, ajoutant, petit à petit de quelques bricoles, elles regardent leurs tas de côté, tout d’un coup l’équilibre est atteint, l’échange se produit et elles remballent chacune son nouveau tas, sans un mot.

Nous en avons beaucoup parlé, il y a encore quelques jours, je recevais un message d’une voisine de Rodrigo, ils voulaient plus d’explications… J’ai renvoyé ce résumé accompagné de photos de vendeuses boliviennes tirées d’internet.

Il est rare que je prenne des photos dans les marchés, on risque un peu les vols, mais aussi par respect pour les vendeurs qui ne sont pas des attractions touristiques.

Il faudrait essayer de le représenter en bande dessinée.

L’Agrofloresta – Brésil

Rodrigo pratique la permaculture. Le terrain qu’il cultive n’est que du sable. Mais il est tout de même assez productif.

Caféier au premier plan, entre des palmiers et d'autres arbres qui lui fournisse de l'ombre, Brésil
Caféier au premier plan, entre des palmiers et d’autres arbres qui lui fournisse de l’ombre

Il cultive différentes plantes (cannes à sucre, patates douces, ignames, plantes médicinales variées) entre des arbres de préférence locaux (palmiers, café, cacao, goyaviers, bananiers, mais aussi à bon bois…) qui servent aussi de support à des filets pour des lianes comme les fruits de la passion ou les “caramuelas”.

Gros hyménoptère entrain de polléniser les fleurs de fruits de la passion, Brésil
Gros hyménoptère entrain de polléniser les fleurs de fruits de la passion

L’espace qui est assez restreint est utilisé au maximum. Il prépare aussi des plants, par bouture ou marcottage pour le troc, pour des projets de récupération de forêt, ou simplement pour l’aménagement du terrain. Rodrigo doit donc utiliser au maximum son espace.

Plantes comestibles et médicinales, Brésil
Plantes comestibles et médicinales

Courbes de Niveaux et Spirales

Une des techniques de permaculture que Rodrigo utilise est la construction de courbes de niveaux, pour que les plantes utilisent au mieux la lumière solaire, mais l’ombre, l’accès à l’eau, pour produire un maximum de masse organique et retenir l’eau au maximum.

Spirale d'irrigation en pleine évolution, elle contourne les arbres existants... Brésil
Spirale d’irrigation en pleine évolution, elle contourne les arbres existants…

La production de biomasse est presqu’aussi importante que la production de fruits. Certaines plantes sont cultivées là essentiellement car elles en protègent d’autres. Cette matière organique couvre le sol, ce qui évite l’évaporation de l’eau et en pourrissant elle apporte des minéraux aux plantes.

Un Chemin qui s’étire

Une des initiatives de Rodrigo a été de rallonger, étape par étape, le chemin d’accès à la maison, pour que les visiteurs voient les différentes plantes, mises en valeur, expériences et ne pas avoir autant à réexpliquer à chaque visiteur tout le processus, ce qui est très long.

Rodrigo privilégie l’action à l’explication, son expérience est unique, basée sur des connaissances pratiques glanées un peu partout, mais surtout sur ses propres observations.

Les Guaranis

Dans les environs, il y a une communauté Guaranie, avec laquelle Rodrigo interagit depuis plus de 10 ans.

Ils viennent le visiter un peu tous les jours, viennent pêcher… voir si les fruits mûrissent… ils parlent… Lui essaie d’apprendre leur langue et de comprendre leur manière de voir le monde…

Le rêve de réparer des zones dégradées

Rodrigo est très préoccupé par la destruction de l’environnement, concrètement de la forêt, des arbres locaux sont remplacés par des plantes exotiques invasives telles que le jacquier qui pousse avec une facilité surprenante…

Il connaît certains endroits qu’il voudrait pouvoir rétablir. Sans doute, Rodrigo ne pense pas global, mais il agit local, comme le colibri de la légende…

Pourquoi teindre?

Rodrigo, qui est très minimaliste, m’a tout de suite demandé quel était l’intérêt de teindre. J’avais oublié que j’avais écrit un article sur ce thème, mais mes réponses d’alors ne l’aurait certainement pas convaincu.

Essai d'ecoprint sur une vieille chemise, avec des feuilles de bois de Brésil
Essai d’ecoprint sur une vieille chemise, avec des feuilles de bois de Brésil

Pour le plaisir

J’aurais certainement d’abord dit pour le plaisir, mais Rodrigo attend d’abord des raisons utilitaires.

Ecoprint

Avec Iafa nous avons fait de nombreux essais d’ecoprint sur coton, sur de vieux vêtements qui ont tout de suite changé d’allure. Nous leur avons redonné vie. Un produit de série devient un produit unique avec de jolies empreintes de feuilles…

Pour la solidité des filets

Dominique Cardon mentionne la teinture des filets et des voiles de bateaux en coton pour les rendre plus solides et sans doute moins visibles des poissons, dans le cas des filets.

Les filets sont un sujet qui intéresse Rodrigo, car il est aussi éventuellement pêcheur…

Un ami de Rodrigo qui montre comment réparer les filets... Brésil
Un ami de Rodrigo qui montre comment réparer les filets…

Filets

Cela faisait très longtemps que je voulais apprendre à tisser des filets, car c’est une technique très ancienne.

Filet précolombien, exposé au Musée Amano, Miraflores, Lima Pérou
Filet précolombien, exposé au Musée Amano, Miraflores, Lima Pérou

Rodrigo savait déjà réparer ses filets, mais il était curieux d’en savoir plus. Il s’intéressait particulièrement à des filets circulaires.

Il a donc demandé à ses amis pêcheurs de nous enseigner.

Filet circulaire décoratif fait par un ami pêcheur, Brésil
Filet circulaire décoratif fait par un ami pêcheur

Les amis pêcheurs se sont succédés

Ils sont donc venus, les plus jeunes nous on enseigné à boucher les trous, ce que Rodrigo savait déjà faire.

Outil de base pour tisser des filets de pêche, Brésil
Outil de base pour tisser des filets de pêche

Puis sont en sont venus d’autres qui nous on enseigné à poursuivre le travail, un dernier savait encore commencer depuis zéro.

Ce n’est pas très difficile, il faut être patient et appliqué. J’ai dû m’adapter pour travailler mes fibres habituelles.

Premier essai de tissage de filet en alpaga
Premier essai de tissage de filet en alpaga au Brésil, le dernier jour

Depuis, j’améliore ma technique. J’ai déjà commencé un article à ce sujet.

Métiers à clous et crochet

Essai de gaze style Chancay, laine sur métier à clous, Brésil
Essai de gaze style Chancay, laine sur métier à clous

Comme je travaille avec des métiers à clous, très faciles à construire avec quelques bouts de bois et des pointes, j’ai enseigné à Rodrigo et à Iafa les bases de ce métier. Ils ont aussi appris à filer la laine.

Mais, Rodrigo était surtout curieux d’apprendre à crocheter. Je lui ai donc enseigné la plupart des points de base, en se faisant un sac-filet qui lui sera utile.

A chaque rang, il apprenait un point en partant du plus simple… Il y a pris goût, après le sac, il s’est fait quelques bonnets…

Les suites

L’endroit est en perpétuelle évolution, selon les apports, les résultats, les idées, les besoins qui apparaissent. Le chemin d’accès doit être encore un peu plus long… Les spirales d’irrigation doivent prendre leurs formes (presque définitives)… Je suis curieuse de revenir au Brésil pour voir cela.

Projets de cuisines solaires

Nous avons vu des plans de cuisinières solaires (pour économiser le bois de chauffage) et de déshidratateurs pour sécher des fruits (par exemple, des bananes qui ont la mauvaise idée de mûrir presque toutes en même temps, pour le cacao et le café…).

Un ami et voisin s’est fabriqué un déshydratateur solaire, il l’utilise déjà. C’est pratique pour conserver des produits naturels, vu le climat chaud et humide.

Rodrigo a déjà préparé une zone plus ensoleillé pour ce projet.

Sacs et autres objets en crochet

Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir de recevoir des photos des amis Guaranis de Rodrigo, tous équipés de sacs et de bonnets tricotés par lui…

Enfant Guarani portant un bonnet tricoté par Rodrigo
Enfant Guarani portant un bonnet tricoté par Rodrigo

Conclusion

Ce petit coin du Brésil est un lieu d’échange de savoir informels entre les diverses communautés qui peuplent l’endroit (Guaranis, voisins, autres habitants, pêcheurs, propriétaires d'”hostel”…). Certains viennent seulement attendre le bus pour la ville en conversant, d’autres passent plusieurs heures…

J’espère que ce lieu unique survivra longtemps à la globalisation. Chacun apporte et repart avec au moins un peu de sagesse…

Filets pour la pêche? ou pour s’habiller?

Ancienneté des filets

Des filets, les hommes en ont tissés dès la plus haute antiquité. Au Pérou et au nord du Chili (surtout dans la zone désertique), la sécheresse du climat a permis la conservation de textiles anciens de nombreuses civilisations.

Filets de pêche, Musée d'Anthropologie d'Iquique
Filets de pêche, Musée d’Anthropologie d’Iquique

Hélas, beaucoup de ces premiers filets et autres textiles anciens se sont souvent désintégrés, vu que les matières organiques resistent mal au temps.

Des fibres végétales sont habituellement utilisées pour les filets de pêche. Notamment, le coton développé par les civilisations précolombines, mais aussi d’autres végétaux moins connus, ont été préférés, car ils ne s’étirent pas autant que la laine, ne supporte pas bien les produits acides qui les détériorent rapidement.

Coton, fuseaux, toiles, Musée de Madgalena de Cao
Coton, fuseaux, toiles, Musée de Madgalena de Cao
Filets présentés au Mus´ée du Site El Brujo, Magdalena de Cao, Pérou
Filets présentés au Mus´ée du Site El Brujo, Magdalena de Cao, Pérou

A Monteverde, près de Puerto Montt au Chili, dans un climat très humide, on a retrouvé des restes organiques extraordinaires datant de plus de 15.000 ans, il y avait notamment des restes de cordelettes.

Apparemment, la bonne conservation de ce site est dû à une inondation subite qui l’a recouvert sous une couche importante d’argile qui l’a isolé de l’atmosphère.

Accès youtube à une petite vidéo sur le sujet.

Filets pour la pêche

On tisse des filets pour la pêche, aussi pour faire des sacs, des pochettes, pour le transport.

Panier - filet de pêche tissé, Musée d'Iquique, Nord du Chili
Panier de pêche tissé, Musée d’Iquique, Nord du Chili

Filets vestimentaires

Mais, il semble que la technique a dépassé la réponse à des problèmes utilitaires liés à la pêche et au transport, en passant au vêtement…

Il semblerait que certaines “vénus” du paléolithique porterait des filets sur la tête.

 La Dame de Brassempouy Source: Wikipedia. Il semblerait qu'elle porte un filet
La Dame de Brassempouy Source: Wikipedia. Il semblerait qu’elle porte un filet

Je rêvais de pouvoir tisser des filets

Depuis longtemps, j’avais des schémas pour tisser des filets (notamment dessins d’Harcourt). Cependant, la distance est longue entre un schéma et une pratique.

Heureusement, on tisse encore des filets aujourd’hui, bien que cette pratique a tendance à ce perdre.

Déjà, à Iquique, j’avais pris contact avec des femmes qui tissaient des filets et les reprisaient. Hélas, il n’y a pas eu de suite.

C’était une zone de pêche très importante. On m’a raconté que toute la ville sentait très fort le poisson. Ce n’est plus le cas. Cette ville vit maintenant du tourisme commercial dû à la Zone Franche.

Port d'Iquique, vu depuis les promenades en bateau, qui partent du Muelle Prat
Port d’Iquique, vu depuis les promenades en bateau, qui partent du Muelle Prat

Recherche de techniques anciennes

Je suis toujours à la recherche des solutions de la préhistoire à des problèmes de leur époque. Ces expériences très variées sont souvent très créatives et ont des qualités esthétiques certaines.

Les filets

Les filets, je viens de vous en parler et je vous en parlerai de nouveau, bien sûr.

Filet rebrodé en coton du début du XXème siècle, vu chez Joëlle de l'Atelier de Joëlle, à Loches, Indre et Loire, France
Filet rebrodé en coton du début du XXème siècle, vu chez Joëlle de l’Atelier de Joëlle, à Loches, Indre et Loire, France

Les gazes

Si on tisse encore des filets aujourd’hui, pour des raisons utilitaires, les gazes anciennes n’ont plus d’intérêt qu’esthétique ou pour la restauration de textiles anciens.

Quel dommage, c’est si beau! La culture Chancay, près de Lima, Pérou produisait de vrais merveilles, dont on peut voir de nombreux exemples au Musée Amano et dans les principaux musées de Lima.

Gaze Chancay, Musée Amano, Miraflores, Lima, Pérou
Gaze Chancay, Musée Amano, Miraflores, Lima, Pérou

Cette technique avait une expansion très importante, car j’ai pu voir une de ces gazes au petit, mais très intéressant, musée de Villazón (Ville bolivienne, à la frontière avec l’Argentine). Cette pièce provenait de la tombe d’une jeune princesse. Malheureusement, je n’ai pas pu la photographier.

Détail de gaze Chancay du Musée Amano
Détail de gaze Chancay du Musée Amano

Malheureusement, il semble qu’il ne reste que quelques restaurateurs textiles et spécialistes qui savent encore tisser ces toiles très gourmandes en temps.

Schéma de tissage de filet - gaze
Schéma de tissage de filet – gaze

J’ai fait quelques essais, quand j’étais au Brésil, récemment, j’ai mis 3 jours pour tisser un carré de 20 cm, qui s’est encore réduit quand je l’ai retiré du métier.

Essai de reconstitution de filet - gaze en laine fine, filée main par une femme d'Incahuasi (Pérou)
Essai de reconstitution de filet – gaze en laine fine, filée main par une femme d’Incahuasi (Pérou)

Les techniques de noeuds

Bien sûr, on pratique encore beaucoup le macramé décoratif, utilitaire. J’ai des amis à Iquique qui fabriquent de très beaux colliers.

Cependant, il existe d’autres techniques anciennes de noeuds. Notamment, celle des fameux bonnets à quatre pointes.

Bonnet en coton
Bonnet en coton “anillado” et tresses de cheveux humains, Côte Sud du Pérou (1100-1450 Après JC) Museo del Oro, Lima, Pérou

Sur le site du Museo Chileno de Arte Precolombino, il y avait une video qui montrait toute la tchnique pour réaliser un de ces bonnets.

Tissages à l’aiguille

Il s’agit d’une technique “primitive” que l’on retrouve partout dans le monde, je l’ai vu travaillée par des indigènes Wichi (Argentine) lors du Tinkuy 2014, à Cusco, Pérou.

J’ai appris les bases de cette technique auprès d’indigènes Péruvien d’Iquitos, lors d’une exposition à laquelle ils participaient.

Filets tissés à l'aiguille, fibre proche du sisal, filée au fur et à mesure du tissage, ce qui évite les noeuds
Filets tissés à l’aiguille, fibre proche du sisal, filée au fur et à mesure du tissage, ce qui évite les noeuds

Sprang

Il s’agit d’une autre technique “primitive” internationale, on la retrouve au Pérou, mais aussi chez les Vikings.

Je ne l’ai pas encore pratiquée, mais j’aimerai bien l’essayer.

Photo

Apprendre à tisser les filets au Brésil

Donc, j’ai fini par apprendre la base du tissage de filets. Mon ami a fait venir ses amis pêcheurs qui nous ont enseigné cette technique.

Un pêcheur montre comment réparer des filets de pêche, chez Rodrigo, Brésil
Un pêcheur montre comment réparer des filets de pêche, chez Rodrigo, Brésil

Premiers essais

Mes premiers essais étaient en coton, pour utiliser des fibres peu coûteuses, pour faire de petits morceaux. Le coton est plus visible que le nylon qui est transparent.

Premier essai de filets en coton
Premier essai de filet en coton

Quand je me suis sentie assez à l’aise, j’ai fait un test en grandeur nature avec un fil d’alpaga que j’avais filé à la main.

Les différentes fibres à tester

Depuis mon séjour au Brésil, j’ai fait des tests grandeur nature avec la soie de mon ami Hilaire, de Madagascar.

Début de filet en soie
Début de filet en soie

J’ai aussi essayé avec de laine d’alpaga filée industriellement et filée main.

Début de filet en alpaga filé industriellement
Début de filet en alpaga filé industriellement

Il y a aussi un essai avec deux fils, un alpaga filé industriel et un fil de soie de Madagascar.

Début de filet soie et alpaga
Début de filet soie et alpaga

Et bien sûr, il ne faut pas oublier le coton qui donne de bonnes possibilités et qui s’adapte bien à cette technique.

Combinaisons de filets et autres techniques

Je pense combiner des morceaux de filets avec du tissage classique… Ce seront certainement mes prochains travaux…

J’ai déjà fait un petit test pour une petite pochette pour clé USB, pour mon dossier de demande de VAE.

Petite pochette en laine filée main, métier à clou et application de lanière en filets
Petite pochette en laine filée main, métier à clou et application de lanière en filet

Mes premières productions

Une des premières choses que j’ai faites en revenant du Brésil, fut de tisser un petit filet à commissions, et de montrer comment en faire à Valentina, la femme de mon ami Angel.

Voici les pièces terminées…

Petit filet carré en soie de Madagascar, finitions au crochet
Petit filet carré en soie de Madagascar, finitions au crochet
Un de mes filets en alpaga, filé industriel, de Bolivie, avec augmentations, finitions au crochet
Un de mes filets en alpaga, filé industriel, de Bolivie, avec augmentations, finitions au crochet
Autre filet en alpaga, filé main et filé industriel, couleurs naturelles, sans teinture
Autre filet en alpaga, filé main et filé industriel, couleurs naturelles, sans teinture

Vous souhaitez en savoir plus sur mes travaux?.. Je vous invite à visiter mes présentations…

Citations en vrac, mais de qualité…

Des citations, on en trouve partout, c’est toujours sympathique. Cela doit provoquer des réflexions, cela fait rêver, voyager…

Dans cet article, après mes lectures, mes voyages, je vais partager des citations qui m’ont plu. Elles pourront parfois concerner des domaines beaucoup plus vastes que mon artisanat… C’est que l’artisanat ne peut pas être séparé du reste du monde, il s’en nourrit. Il fait appel des connaissances de chimie, physique, économie, arts, histoire…

Cet article est à visiter régulièrement, car je vais ajouter des citations au fur et à mesure que je les découvre.

Citations sur la nature

“La nature est l’unique livre qui offre quelque chose de valeur à chaque page” Goethe

Citations sur la créativité

“Soyez humain, si vous voulez être original; plus personne ne l’est.” Max Jacob

“Le jardinier est un artisan, obligatoirement, cee qui suppose une dimension artistique, plus ou moins élevée. Son travail comporte une part de créativité, d’interprétation, l’obligation d’une résolution esthétique. Même s’ils ne le savent pas, les jardiniers sont donc aussi des artistes. L’artiste en France, est considéré, par le regard bourgeois, comme celui qui va diverti et amuser, plus que comme celui qui va subvertir et créer.” Gilles Clément, Paysagiste – Des jardins et des hommes

Citations sur l’homme

“Etre humain signifie essentiellement qu’on ne recherche pas la perfection” Georges Orwell

“La biodiversité humaine n’est pas plus reconnue que la biodiversité végétale et elle également en péril. Il semblerait que chacun se sente menacé d’inutilité et pour beaucoup, le sentiment de ne pas être à sa place s’installe durablement, d’une manière à la fois himiliante et décourageante. L’idéal noble de l’égalité pourrait se dévoyer en une confusion générale; l’égalité par la frustration.” Patrick Scheyder, Pianiste – Des jardins et des hommes

Citations sur l’enseignement

“El elogio  – Al enterarse de que sus antiguos pupilos le elogiaban, comentó el señor K.: 
–Cuando los discípulos ya hace tiempo que olvidaron los errores de su maestro, éste aún los recuerda.”
Bertolt Brecht 

“Beaucoup de richesses humaines en lien avec notre nature en sommeil. George Sand, elle-même jardinière, disait: “Apprendre à voir”. Apprendre à voir au-delà de notre éducation, des habitudes qui orientent trop souvent notre perception. Apprendre à voir au-delà des strates sociales qui affectent arbitrairement des rôles. Apprendre à voir au-delà de ce que l’on souhaite voir.” Patrick Scheyder, Pianiste – Des jardins et des hommes

“Apprendre est une expérience, tout le reste est de l’information.” Albert Einstein

“Nous aimons tous gagner, mais combien aiment s’entraîner?” Mark Spitz

“L’expérience est une lumière qui n’éclaire que soi même.” Lao Tseu

“Il l’a fait parce qu’il ne savait pas que c’était impossible.” Mark Twain

“La lumière est bonne, quelle que soit la lampe dont elle provient.” Proverbe chinois

“La grande faute des éducateurs est qu’ils ne se rappellent jamais assez bien qu’ils furent eux-mêmes des enfants.” Jacques de Lacretelle

“L’éducation ne consiste pas à gaver, mais à donner faim.” Michel Tardy

L’enseignement, quel sujet!

«Si tu donnes un poisson à un homme, tu le nourris pour un jour.Si tu lui montres à pêcher, tu le nourris pour toujours.» Tagore

“Nulle pierre ne peut être polie sans friction, nul homme ne peut se parfaire sans épreuves.” Proverbe chinois

“Ce que je fais, vous saviez tous le faire” Gilles Servat

” L’enfant n’est pas un vase qu’on remplit, mais un feu qu’on allume.” Rabelais

” Nous qui osons enseigner nous ne devons cesser d’apprendre.” Proverbe Basque

” Dans chaque enfant il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant.” Pablo Picasso

“On ne peut rien enseigner à autrui. On ne peut que l’aider à le découvrir lui-même.” Galilée

“Si tu veux unir les hommes, forme-les à bâtir ensemble, tu les changeras en Frères.” Saint-Exupéry

‘‘Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé.’’ Albert Einstein

La sagesse

“Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on en a qu’une.” Paul Claudel

“L’expérience, ce n’est pas ce qui vous arrive, mais ce que vous faîtes avec ce qui vous arrive.” Aldous Huxley

” La vie ressemble à un conte. Ce qui importe, ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur.” Sénèque

“Se venger d’une offense, c’est se mettre auniveau de son ennemi. La lui pardonner, c’est se mettre au-dessus de lui.” Proverbe Anglais

“Il n’y a que dans le dictionnaire que le mot succès vient avant le mot travail.” Proverbe populaire

“Un esprit, c’est comme un parachute, il ne fonctionne que lorsqu’il est ouvert.” Franck Zappa

“On peut, assez paradoxalement, définir la conscience comme une expérience qui s’amoindrit et s’efface à mesure qu’augmente la maîtrise d’une technique exercée dans des conditions monotones” Arthur Koestler “Le cri d’Archimède”

“Ne pas savoir est mauvais, ne pas demander est encore pire” Proverbe Wolof

Et encore un peu plus de réflexion…

“Le savoir est la seule matière qui s’accroît quand on la partage.” Socrate

“Si nous avons chacun un objet et que nous les échangeons, nous avons chacun un objet. Si nous avons chacun une idée et que nous les échangeons, nousavons chacun deux idées.” Proverbe chinois

“Nul ne peut nous faire sentir inférieur sans notre propre consentement.” Jérome Sordello

“Progresser, c’est se tromper. Je me suis souvent trompé.” W.Churchill

” Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va.” Senèque

” Dans une dispute avec un imbécile, c’est le sage qui s’en va.” Proverbe Malgache

“N’écoute pas celui qui crie le plus fort, il est comme le tambour, creux à l’intérieur !” Réflexion Soufi

«C’est un défaut de tout croire, c’en est un autre de ne rien croire.» Sénèque

«L’ennui dans ce monde, c’est que les idiots sont sûrs d’eux et les gens sensés pleins de doutes.» Bertrand Russell

“La nature nous a donné deux oreilles et une langue afin de pouvoir écouter davantage et parler moins.” Zénon d’Elée

‘‘Va boire à la source de la Connaissance et si on te dit que l’eau est saumâtre, juge par toi-même!‘’ Réflexion Soufi

Ecologie

“La planète ne nous a pas été donnée pour la piller.” Joan Chittister

” Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.” Rabelais

“Un degré extraordinaire d’ingéniosité humaine a été mise au service de l’élimination de l’ingéniosité humaine” Barbara Garson

Et le temps

L’artisanat dévore le temps, et il semble aussi que le temps le dévore, il y a donc certainement de quoi citer.

“Espera 
El señor K. estuvo esperando algo todo un día, luego una semana y por fin un mes entero. Al fin se dijo: “Podría haber esperado perfectamente un mes, pero no ese día ni esa semana”. “
Bertolt Brecht

«Quand tu trouves un sage, use le seuil de sa maison.» Proverbe oriental

Et un petit peu de bonheur!

“Le bonheur, cela ne se commande pas”

“J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé.” Voltaire

«C’est toujours dans un domaine qui nous passionne qu’on a le plus de chance de réussir. On y met le meilleur de soi, on est toujours focalisé sur ce qu’on a à faire sans compter ses heures.» Charles Tisseyre

“Nous agissons toujours comme si le confort et le luxe étaient essentiels à notre existence, alors qu’il suffit pour être réellement heureux de trouver quelque chose qui nous intéresse passionnément.” Charles kingley

“Pour être heureux, nous devons apprendre à utiliser les choses et aimer les gens plutôt que d’aimer les choses etd’utiliser les gens.” J. Powell

“Le fou cherche le bonheur à distance, le sage le cultive à ses pieds.” J. Oppenheim

“Sème le bonheur dans le jardin du voisin; tu seras surpris de constater ce que le vent fera produire au tien.” J. St-Gelais

Et voici les inclassables

Enfin, je vais rajouter quelques citations plus difficile à classer…

“Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie.” Jacques Prévert

“Les plus grandes victoires sont celles que l’on remporte sur soi-même.” Alexandre le Grand

“Qué dificil ser pobre, mejor vale ser rico” “Comme il est difficile d’être pauvre, mieux vaut être riche” une vieille femme, en allant à un marché à Guanaquero, près de La Serena (Chili)

“Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui”, Mallarmé, cité par Bernard Stiegler dans une de ses passionnantes conférences

“Si vous ne faites pas partie de la solution, vous faites partie du problème!” François Gamonnet

Et encore quelques inclassables…

“Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.” Bertolt Brecht

“Vivre ses rêves ou rêver sa vie?”
“Pour faire quelque chose, ou tu trouves un moyen, ou tu trouves des excuses.” Emmanuel Pinda

“Développe en toi l’indépendance à tout moment, avec bienveillance, simplicité et modestie.” Marc Aurèle

“L’erreur consiste à croire que quelqu’un d’intelligent n’est pas capable d’être bête.” Emmanuel Berl

“La bêtise est infiniment plus fascinante que l’intelligence… L’intelligence a des limites, la bêtise n’en a pas!” Claude Chabrol

“On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux.” Antoine de Saint-Exupéry

“Les hommes perdent la santé pour gagner de l’argent et après, dépensent cet argent pour récupérer la santé. À penser trop anxieusement au futur, ils en oublient le présent, à tel point qu’ils finissent par ne vivre ni au présent ni au futur. Ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu.” Un vieux sage russe

“Les fonctionnaires sont comme les livres dans une bibliothèque. Les plus hauts placés sont ceux qui servent le moins.” Georges Clemenceau

“Tout le monde savait que c’était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l’a fait.” Marcel Pagnol

«Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.» Albert Einstein

“Seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin” Proverbe africain

“C’est en marchand qu’on fait son chemin.” “Se hace el camino al andar” Antonio Machado

Conclusion

En cherchant ces quelques citations, j’ai pris un grand plaisir, elles me seront toujours utiles.

Si vous avez des citations à partager, je les accepterai volontiers… Je les attends en commentaires. Merci d’avance.

Voyage au Pérou tant attendu

Petite mise à jour le 22/09/2019

Passionnée de textiles anciens, depuis longtemps, je rêvais de visiter les sites archéologiques du Pérou… riches en textiles anciens remarquables. Chaque civilisation avait ses techniques, toutes très surprenantes…

De décembre 2018 à la mi-février 2019, j’ai fait tout un périple au Pérou, mais il faudra que j’y retourne… Je n’ai pas encore tout vu. Alors, le temps m’a manqué… Il y a tant de choses à voir.

Principales étapes au Pérou

Mon voyage a été très passionnant. Il a donc duré beaucoup plus que prévu. Je suis arrivée de Santiago du Chili à Lima, grâce à un billet d’avion très économique.

Lima, capitale du Pérou

Et j’ai continué mon parcours en bus, après 15 jours de visite de musées à Lima, rencontres dans un fablab, bibliothèques, librairie, visites de marchés locaux, d’artisanat, mais aussi de produits pour artisans (laines, cuirs, revues, fuseaux, métiers à tisser et autres outils…). Le temps est passé très vite. Je vous en parlerai prochainement dans un autre article.

Dès le premier jour, ce voyage a été positif. Il y avait une foire-exposition d’artisanat de la zone amazonienne du Pérou. J’ai pu apprendre une technique de tissage à l’aiguille très ancienne que pratiquent encore des indigènes près d’Iquitos, en échange de la création et impression de cartes de visites… Ils filent leur fibre (semblable a du sisal) petit à petit au fur et mesure qu’ils tissent, les bouts sont donc unis sans noeuds.

Les musées

Il sont très nombreux, je n’ai pas réussi à les visiter tous. Les gens ne les connaissent pas forcément, et vous envoie dans une direction erronée. C’est ainsi que je suis arrivé au Musée MALI (qui était très intéressant) en en cherchant un autre.

Certains musées sont si intéressants qu’ils méritaient plusieurs visites. Par exemple, j’ai fait plusieurs passages au Musée Amano et au Musée Larco. Je dois insister sur le fait que bien que je ne sois pas archéologue ni anthropologue, mais mes questions ont toujours été écoutées avec attention, ce qui malheureusement, rarement le cas au Chili.

Dans la plupart des musées, on peut prendre des photos, comme celle que j’ai mise en entête. Ces photos me sont très utiles pour mes recherches sur les techniques anciennes de tissages qui étaient souvent très complexes.

Musée d'Anthropologie de Lima, Pérou
Musée d’Anthropologie de Lima, Pérou

Comme je m’intéresse tout spécialement aux textiles, je ne parlerai pas de la céramique, de l’orfèvrerie et de l’architecture, mais il y a beaucoup à voir dans ces domaines où les civilisations anciennes excellaient aussi.

Les livres

Des livres, on en trouve dans la plupart des musées. Il y a aussi de très bonnes librairie dans la vieille ville et à Miraflores. J’ai donc pu aussi acheter de nombreux livres qui me seront très utiles, j’ai aussi rencontré des archéologues et des artisans…

De plus, il y a aussi des bibliothèques où l’on peut consulter, faire photocopier ou photographier des livres.

Suite du voyage

J’ai décidé de remonter vers le Nord en suivant la côte et de revenir vers le Sud par la Cordillière. En réalité, ce n’est pas aussi facile que l’on pourrait le penser. Les zones de cordillières ne sont pas toujours très bien connectées. L’idéal serait en fait de voyager en zigzag.

Heureusement, les Offices de Tourisme péruviens donnent toujours de très bonnes informations, n’hésitent pas à appeler leur collègues des autres villes… Ils m’ont souvent aidé (toujours gratuitement) à organiser les visites locales et les trajets avec beaucoup de précisions.

Trujillo, seconde ville du Pérou

Après ces 15 jours à Lima, j’ai donc pris un bus pour Chancay, où une civilisation préinca (800-1300 Après JC) créait des gazes d’une finesse remarquable. Ce musée est intéressant, mais un peu décevant du point de vue textile, les plus belles gazes Chancay sont certainement au Musée Amano, à Lima et hors du Pérou, au Museo de Arte Precolombino de Santiago de Chile, aux Etats-Unis, en Europe…

Détail de gaze Chancay (entre 800 et 1300 après JC) des tiroirs du Musée Amano - Miraflores - Lima - Pérou
Détail de gaze Chancay (entre 800 et 1300 après JC) des tiroirs du Musée Amano – Miraflores – Lima – Pérou

A Chancay, il y a un “château” très kitsch datant des années 1920, c’est plutôt un parc d’attraction, que je ne vous le recommanderai pas.

En soirée, j’ai donc pris un bus pour Trujillo, mon étape suivante, où je suis arrivée le matin de bonne heure. J’y suis resté une semaine. Il y a beaucoup de sites à visiter dans cette zone.

Je me suis logée près du marché, le quartier est moins cher, les marchés sont très souvent très intéressants à visiter, on peut y manger bien pour pas trop cher. On y découvre aussi de l’artisanat et des produits pour artisans, des plantes médicinales et toutes sortes de produits traditionnels (une grande variété pommes de terre, mais aussi de farines – blé, riz, maïs, bien sûr, mais aussi banane, tamarugo, yuca, mandioca… il y en avait tellement que j’en oublie).

Comme à Trujillo, on travaille beaucoup le cuir, on peut y trouver des peaux de toutes sorte. Cela fait envie d’apprendre à fabriquer des chaussures… Un projet de plus pour mes prochains voyages…

Mural des Mythes, Huaca de la Luna, Pérou
Mural des Mythes, Huaca de la Luna, Pérou

Chan Chan, la Huaca de la Luna et les autres sites archéologiques de la zone de Trujillo sont vraiment impressionants. Il y a aussi un musée dans la vieille ville où j’ai pu consulter des livres. Dommage que le Musée de Chan Chan était fermé pour réhabilitation.

Chan Chan, près de Trujillo, Pérou
Chan Chan, près de Trujillo, Pérou

Chiclayo

Puis, je suis partie pour Madgalena de Cao pour voir la Dame de Cao, elle a été enterrée avec tous les symbôles du pouvoir, mais aussi ses fuseaux (extrêmement fins et de près de 40 cm de longueur).

Dans ce musée, j’ai rencontré une famille de Trujillo, c’étaient des professeurs d’histoire…

Le lendemain, j’ai pris la route de Chiclayo, où je suis restée aussi une semaine.

Tombes des chefs de Cao, Pérou
Tombes des chefs de Cao, Pérou

J’ai visité de nombreux sites emblématiques tels que Lambayeque, Monsefu, el Bosque de Pomac (forêt tropicale sèche, avec des arbres millénaires et bien sûr des pyramides), Morrope, Ciudad Eten (travail de la paille macora, chapeaux…), Ferreñafe, Tucume, Tumbas Reales de Sipan… J’en parlerai aussi dans un prochain article.

Echantillons de cotons natifs, encore avec leurs graines, production de la Señora Rosita de Morrrope, Pérou
Echantillons de cotons natifs, encore avec leurs graines, production de la Señora Rosita de Morrrope, Pérou

J’avais enquêté sur le coton natif, et je me suis mise à la recherche d’une artisane de Morrope qui en cultive de diverses couleurs (ces espèces de ont bien failli disparaître), c’est surprenant la variété de couleurs, partant du blanc pur allant au chocolat, il y aussi un vert clair et paraît-il un bleu clair. Elle le file au fuseau, puis le tisse au métier de ceinture. Sur celien vous pouvez trouver une petite brochure sur ce coton.

Incahuasi

Une archéologue, spécialiste des textiles, m’avait aussi parlé d’Incahuasi, dans la Sierra de Chiclayo… Elle m’avait dit que c’était un peu loin. J’ai été curieuse de connaître. Et bien m’en a pris. A Ferreñafe, je suis monté dans un fourgon en partance pour Incahuasi. La route est cahoteuse, mais le paysage est très beau. Dans ce petit village, presque tous les habitants sont habillés avec leur costume traditionnel et parlent quechua, les femmes filent la laine de leurs moutons en marchant… J’y ai passé le nouvel an. J’y consacrerait certainement un article prochainement.

Femme d'Incahuasi, Pérou, filant la laine
Femme d’Incahuasi, Pérou, filant la laine

L’artisanat traditionnel de ces femmes est de très bonne qualité et mériterait d’être mieux diffusé.

Cajamarca

Enfin, je me suis enfin décidée pour partir vers le sud. Bien sûr, j’étais invitée avec beaucoup d’insistance en Equateur par de bons amis équatoriens. Mais j’étais un peu inquiète par l’hiver altiplanique, et j’avais réservé mon billet d’avion pour le Brésil début mars. Je suis donc repartie vers la cordillère, à Cajamarca, pour une semaine. Là aussi, je me suis logée près du marché.

Là, près d’un marché, j’ai vu une femme qui filait de laine très fine en utilisant un gros fil de fer comme fuseau. Cajamarca est supposée être une ville à laine, mais en réalité, il faut s’éloigner de la ville pour en trouver.

J’ai rencontré des artisans. En particulier, j’ai connu Segundo (tisserand sur métier à pédales et formateur en teintures) et sa femme. Avec eux nous avons fait des tests d’ecoprint.

Tests d'ecoprint, Segundo tient une feuille de schinus molle, arbre très courant à Cajamarca, qui teint joliment en jaune
Tests d’ecoprint, Segundo tient une feuille de schinus molle, arbre très courant à Cajamarca, qui teint joliment en jaune

Visites touristiques

J’ai visité plusieurs sites précolombien, dont un canal surprenant qui date de 800 Avant JC qui unit deux rivières (l’une allant vers l’Atlantique, l’autre vers le Pacifique – 9 km de longueur, une merveille d’ingénierie), Kuntur Wasi (datant aussi de 800 Avant JC)…

Canal préinca, près de Cajamarca, Pérou
Canal préinca, près de Cajamarca, Pérou

Visite de la Granja Porcón, coopérative agricole qui ne manque pas d’intérêt. Ils ont organisé un zoo avec un élevage de cerfs gris du Pérou qui était pratiquement en voie de disparition. C’était le gibier préféré des grands chefs de la plupart des grandes civilisations précolombiennes du Pérou. Mais ils vivent surtout de la monoculture de 3 espèces de pins sur près de 10.000 ha. L’autre activité importante de cette communauté est l’élevage bovin laitier, dont on trouve les produits dans tout le Pérou.

Comme j’en avais le temps, je suis allée profiter des eaux thermales de Baño del Inca, vraiment très agréables. Cet endroit s’appelle ainsi car la ville de Cajamarca est connu pour être l’endroit où les colons espagnols ont fait prisonnier l’Inca Atahualpa qui était venu s’y reposer à la suite d’une bataille avec son frère Huascar.

Kuelap

Evidemment, je n’ai pas résisté à l’idée de connaître la légendaire Kuelap et je suis donc partie pour Chachapoyas en passant par Celendín. A partir de Celendin, la route était une piste en lacet plutôt dangereuse, mais je ne le regrette pas. Les paysages étaient très intéressants, la végétation évoluant peu à peu avec l’altitude et l’exposition au soleil… Avec un changement brutal, quand on arrive du côté amazonien du Pérou. Tout d’un coup, tout devient vert, avec même des fougères arborescentes… La vallée de Leymebamba m’a beaucoup plu.

Habitations de la forteresse préinca de Kuelap à plus de 4000 d'altitude, Chachapoyas, Pérou
Habitations de la forteresse préinca de Kuelap à plus de 4000 d’altitude, Chachapoyas, Pérou

En quelques jours, j’ai visité l’impressionante forteresse préinca de Kuelap accessible par téléphérique, les musées de Chachapoyas et Leymebamba… Je ne regrette pas le détour.

Récemment, je viens de voir un reportage sur Arte sur Kuelap très intéressant.

Puis j’ai continué en fourgon vers le sud du coté amazonien par Moyobamba, Tarapoto, Juanjuy, Tocache, Tingo María (zone de production de cacao, café et huile de palme) en direction de Huanuco. En passant la cordillère de nouveau peu avant Huanuco, nous sommes passés par un tunnel, le contraste entre la zone Est verdoyante et la sortie du tunnel à l’Ouest quasi désertique est vraiment surprenante.

Chavin de Huantar

A partir de Huanuco, le but était d’aller connaître Chavin de Huantar, autre civilisation datant de 800 Av. JC.

En réalité, cela a été plus compliqué que prévu, il n’y avait pas de bus direct… Ni même de fourgon, j’ai dû prendre une voiture en attendant de 8 heures du matin, jusqu’à 11 heures, que toutes les places soit occupées, pour partir jusqu’à La Union. Et de La Union jusqu’à Catac, j’ai dû prendre une autre voiture. Les distances ne sont pas très grandes, mais les pistes sont très mauvaises. L’hiver altiplanique, saison des pluies (de janvier à mars) commençait avec retard et avec beaucoup de violence, il y avait eu des éboulements, des huaycos, déjà quand j’étais de l’autre côté de la Cordillière.

Succession de
Succession de “têtes-clous” montrant la transformation du shaman, elles étaient disposées tout autour de la pyramide, il en reste une en place

C’est une zone de très haute altitude. Les paysages sont fantastiques. Plein de lacs… J’ai donc dormi à Catac. Le lendemain, je suis allée à Chavin de Huantar. Il y a un Musée et une pyramide avec des canaux mystérieux (qui ont une acoustique particulière), ils ont détourné une rivière, tout cela dans une zone très sismique. La pyramide a été enfouie sous des décombres, mais ne s’est pas écroulée. Ce site date de 800 Avant JC, cette culture a rayonné sur grande partie du Pérou.

Huaraz

De Catac, je suis repartie pour Huaraz où j’ai passé deux jours. Il y a aussi des bains thermaux, bien agréables, des musées, des sites archéologiques et des marchés… Je suis aussi allée au Carhuaz, voir un site archéologique, Tumshukaiko, dommage que le musée était fermé (c’était dimanche).

Mais, sur ce site archéologique, déblayé par les habitants du village, une curieuse structure ronde en spirale, sur une colline, poussaient des figuiers de Barbarie, certains étaient infectés de cochenilles. C’était la première fois que je voyais de près des cochenilles sauvages… On aurait dit des tiques couverts d’une poudre blanche. J’ai pris beaucoup de photos, je pourrait ainsi mettre à jour mon article sur la cochenille.

Feuille de figuier de Barbarie attaquée par la cochenille, site archéologique de Tumshukaiko, près Carhuaz, Pérou
Feuille de figuier de Barbarie attaquée par la cochenille, site archéologique de Tumshukaiko, près Carhuaz, Pérou

Avant de revenir à Huaraz, j’ai visité encore une petite ferme zoologique, un projet municipal en peu abandonné, mais bien agréable.

Lima, à nouveau

De Huaraz, je suis retournée à Lima, je suis revenue au Musée Amano et au FabLab Esan. J’ai récupéré mes valises que j’avais laissées en consigne.

J’ai cherché une fabrique de laines et je l’ai trouvée, c’est un contact intéressant de plus.

Nouveau départ vers le Sud, avec tous mes bagages, très lourds, beaucoup de livres, un peu de laine, du cuir pour faire des semelles, des moules pour faire des chaussures en feutre…

Ica

Je voulais passer par Huancayo et Huancavélica, mais c’était trop compliqué et le temps passait, d’autant que ces villes sont en cordillière, cela m’aurait beaucoup retardé.

Alors, j’ai décidé d’aller directement à Ica pour voir les textiles Paracas. Il y en a au Musée d’Ica. On ne pouvait malheureusement pas prendre de photos, pour des raisons de sécurité, à cause d’un vol.

Miniature Paracas, exposée au Musée Amano, Miraflores, Lima, Pérou
Miniature Paracas, exposée au Musée Amano, Miraflores, Lima, Pérou

A Paracas même, je n’y suis pas allée, l’ancien musée est fermé, suite à un tremblement de terre, les pièces textiles ont été ramenées au Musée d’Ica, les sites archéologiques ne se visitent pas.

Cette nuit-là, il y a eu une secousse sismique, degré 5 sur l’échelle de Richter, mais cela est courant.

Arequipa

A Arequipa, comme d’habitude, j’ai visité des musées, des marchés, j’ai aussi rencontré un archéologue que j’avais connu lors d’un précédent voyage à Moquegua.

Il m’a aidé à chercher de la cochenille et m’a proposé de garder mes valises pour que je sois plus libre de mes mouvements dans la suite du voyage. Ce que j’ai accepté avec plaisir. Je lui suis très reconnaissante pour toute son aide.

Enfin, nous avons aussi visité une fabrique de laine, très connue pour sa qualité.

Poste de sélection des laines d'alpaga, selon les 24 couleurs naturelles et leur qualité, Fabrique de laine, Arequipa, Pérou
Poste de sélection des laines d’alpaga, selon les 24 couleurs naturelles et leur qualité, Fabrique de laine, Arequipa, Pérou

Moquegua

Passage à Moquegua pour chercher de la cochenille. Visite du marché. Le Musée, je l’avais déjà visité. J’y reviendrai au retour de Bolivie.

Cela a été laborieux, il faisait chaud, j’étais arrivée à 4 heures du matin et n’avait presque pas dormi. De la cochenille, il n’y en a plus autant qu’avant, maintenant ils exportent les figues de Barbarie, ce qui implique l’élimination de la cochenille qui est un parasite qui donne un goût amer au fruit.

Alors, je continue mon voyage vers la Bolivie, direction El Desaguadero.

El Desaguadero, Pérou et Bolivie unis par une foire

El Desaguadero est un endroit qui vaut la peine d’être vu, je connaissais déjà, car j’y étais passé lors d’un voyage en Bolivie avec mes amis équatoriens Ivan et Narcisa. C’est la pointe sud du Lac Titicaca. Le village est séparé par un petit pont entre le Pérou et la Bolivie. On passe quand même par la douane, cela vaut mieux. Les jours de foire, il y a des allées et venues dans tous les sens.

Agents de change, jour de foire, en attendant de passer à la douane, El Desaguadero, Pérou
Agents de change, jour de foire, en attendant de passer à la douane, El Desaguadero, Pérou

A mon avis, il faut y aller les jours de foire, c’est-à-dire les mardi et vendredi, les autres jours, c’est mort. Certaines boutiques n’ouvrent que les jours de foire. Il faut arriver de bonne heure, bien qu’il fasse encore nuit, tous les stands sont déjà installés, il y a déjà des acheteurs. Il y a de tout… On peut y manger et très bien pour pas cher.

Et c’est le passage vers la Bolivie.

Bolivie

Une fois passé le pont, le marché continue, mais il faut chercher le fourgon pour aller à La Paz qui est à 80 km.

El Alto

Il est recommandé de faire un peu attention quand on choisit le fourgon. Mais je n’ai pas eu de problèmes.

En fait, j’allais à El Alto, c’est la banlieue haute de La Paz. J’allais tout spécialement dans le quartier 16 de Julio, très facile d’accès, à partir du “périphérique” local, La Ceja ou depuis la ville de La Paz en contrebas, depuis quelques années en téléphérique (ligne rouge et ligne bleue). Il y a une foire immense les jeudi et les dimanche. Cela occupe des dizaines de rues, chaque rue a sa spécialité. Certaines vendent de l’habillement, d’autres de la laine, d’autres des meubles, de la peinture…

Je suis arrivée un vendredi, je cherchais un monsieur qui fabrique des métiers à tisser et d’autres machines textiles. J’ai bien trouvé sa boutique, mais là aussi tout était fermé.

La solution a donc été d’acheter une puce bolivienne pour le téléphone et j’ai réussi à prendre contact avec lui, il m’a invité à visiter son atelier. Cela a été très intéressant. J’ai vu un hangar rempli de toutes sortes de machines à filer, à carder, à retordre la laine, à tisser… Le dimanche matin, je suis restée pour la foire et je suis aussi allée à sa boutique. Je reviendrai certainement le voir.

J’ai aussi réussi à prendre contact avec le patron d’une fabrique de laine, puis je suis allée visiter sa boutique à La Paz, en téléphérique.

Le dimanche à la foire, j’ai pu trouver de la laine d’alpaga brute de tonte, j’en ai acheté deux tons de gris très beau et du noir, les couleurs qui me manquaient…

La Paz

Je n’y ai passé que très peu de temps, pour aller voir cette boutique, acheter des aguayos et des toiles de laine pour teindre.

La Paz, Bolivie, vue depuis le téléphérique qui descend de El Alto
La Paz, Bolivie, vue depuis le téléphérique qui descend de El Alto

La vue depuis le téléphérique est vraiment impressionante, c’est mieux que les fourgons, il y a dix ans avec mes amis équatoriens, le fourgon s’était retourné et nous avons volé par la fenêtre arrière tous les trois, nous avons passés une semaine à l’hôpital, très bien traités… Je garde de très bons souvenirs, notamment des musiciens invisibles qui s’entrainaient pour une fête religieuse. Ily avait deux groupes, quand la mélodie d’un groupe s’affaiblissait, celle de l’autre groupe se renforçait.

Dommage que je n’aie pas pu rester plus longtemps en Bolivie. Encore une fois, je suis passé devant Tiwanaku sans rien voir de ce site prestigieux. Il faut absolument que je revienne.

Retour au Pérou

El Desaguadero

Enfin, j’ai donc pris le chemin du retour pour le Pérou, en passant par El Desaguadero de nouveau. Cette fois-ci, pas de foire, cétait vide. Une longue queue à la douane péruvienne, le système informatique était en panne.

En tirant mes bagages, j’ai attrapé dès que j’ai pu le bus pour Puno, toujours sur la rive Ouest du Lac Titicaca, après avoir fait trois fois de suite la queue avec mes bagages à la traine.

Puno – Juliaca

Après tout cela, je suis arrivée la nuit tombée, par chance, j’ai vite trouvé où me loger à un prix abordable et près du Terminal de Bus (c’est important quand on est trop chargé). J’y ai passé trois jours. Les gens de l’Hostal m’ont beaucoup aidé.

Là, je cherchais un fabricant de laine, des teintures pour mon ami de Puerto Montt et un métier à tisser de ceinture, que je n’avais pas encore trouvé lors de mon périple.

J’ai encore visité un musée, plusieurs marchés…

Quelle surprise! Des Péruviennes qui nous vendent de l’artisanat chez Rincón de Angel m’ont reconnue et m’ont appelée. Elles vendaient des billets pour aller voir l’île des Uros. J’y suis donc allée. C’est très touristique, mais il est intéressant de voir comment sont confectionnées ces îles flottantes…

Iles de joncs des Uros, Lac Titicaca, Pérou
Iles de joncs des Uros, Lac Titicaca, Pérou

Juliaca

Bien que l’on m’aie prévenue de faire bien attention, je suis allée à Juliaca, à la recherche du fabricant de laine. J’ai fini par le trouver chez son fils qui est dentiste. En passant, j’ai aussi rencontré des gens qui vendent des machines textiles… Et, dans un marché surprenant sur d’anciens rails, j’ai fini par trouver un métier à ceinture, beaucoup plus grand que ce que je cherchais (trop grand pour rentrer dans ma valise) et des fuseaux… Tout cela sans le moindre problème.

Passage de retour à Moquegua

Retour à Moquegua, pour chercher la cochenille que j’avais réservée.

De là, je voulais en expédier en France, cela n’a pas été possible, bien que l’on m’ait donné tous les tarifs à la Poste. Cette déconvenue m’a bien compliqué les choses par la suite…

Trajet vers Arequipa sous une pluie diluvienne.

Retour rapide à Arequipa

De nouveau, Arequipa, comme prévu, pour récupérer mes bagages, dernières visites de musées, nouvelles recherche de cochenille, introuvable… Achat d’un sac de voyage supplémentaire pour mieux répartir les bagages, la valise pleine de livres avait déjà perdu une roue…

La pluie diluvienne continue, en passant par Moquegua, jusqu’à Tacna.

Tacna, sortie du Pérou

Tacna sous une pluie torrentielle digne de Puerto Montt, une ville du désert complètement inondée, plusieurs huaycos ont détruit des habitations, sites archéologiques et bains thermaux fermés.

Derniers jours au Pérou,

Retour au Chili

Les pluies inhabituelles ont provoqués nombreux drames autant au Pérou qu’au Nord du Chili.

L’accès à Iquique était bloqué. Tous les bus étaient suspendu vers le Nord, au Pérou et vers le Sud, au Chili.

Il a donc fallu attendre la réouverture des routes. J’en ai profité pour faire plusieurs aller-retour entre Tacna et Arica. J’avais 7 bagages, en comptant mon métier à tisser. J’en laissait chaque fois à la consigne du terminal de bus d’Arica.

J’ai eu des difficultés avec le SAG chilien, qui voulait récupérer ma cochenille. Ils ne connaissaient pas leurs propres réglementations. Mais certainement, ils savaient le coût de ce produit et la rareté). Quelle honte! J’ai de quoi écrire un roman complet sur ce service qui prétend nous défendre en faisant entrer toutes sortes de produits toxiques. Fini le respect, bonjour la discrimination.

Arica

Je retournais chaque fois dormir à Tacna, c’est plus économique. J’en profitais pour préparer mes laines d’alpaga pour qu’elles passent mieux la frontière, de toute manière cette préparation doit être faite pour la filer.

Enfin, la route a été réouverte pour Iquique, dernier passage à la douane, le SAG a décidé de s’approprié un reste de miel, des gouttes à la propolis avec lesquelles je me soignais et quelques autres bricoles qui leur ont plu. J’ai dû faire du stop en plein désert pour arriver à Arica avec mes bagages, juste à temps pour prendre le bus…

Iquique

J’étais contente de revenir à Iquique, ville où j’ai vécu plus de deux ans. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de retourner à Mamiña. J’ai retrouvé des amis artisans, certains manquaient. Cette ville en plein désert a elle aussi été inondée… J’ai dormi chez une amie, Señora Carmen, qui a un “Hostal“, nommé “Isla Maillen”, nom d’une île en face d’Angelmó, où elle est née.

Cette amie travaille aussi la laine, on a donc toujours beaucoup de choses à nous raconter.

Cette fois-ci, j’ai été un peu déçu par cette ville que j’amais beaucoup et qui a perdu certains de ses attraits.

Santiago

On m’attendait, à Puerto Montt, passage obligé par Santiago, chez la soeur de mon ami Angel, pour différents achats pour la boutique.

Achat d’une valise supplémentaire, pour pouvoir ramener les encres pour teindre et autres produits pour la boutique de mon ami Angel.

Mes bagages en partant de Santiago, il manque le métier à tisser qui a bien failli ne pas partir avec moi
Mes bagages en partant de Santiago, il manque le métier à tisser qui a bien failli ne pas partir avec moi

Dernière nuit de voyage pour arriver vers 9 heures du matin à Puerto Montt.

Puerto Montt

Retour au train-train habituel. Teindre le plus possible de laine à feutre avant mon départ pour le Brésil.

Montrer les nouveautés que je ramenais…

Et me préparer pour la prochaine aventure…

Lors de ce voyage, j’ai fait de nombreuses expériences qui me seront utiles lors de mon tour du monde. J’ai eu des échanges techniques très intéressants, j’ai beaucoup appris.

La prochaine fois, j’essaierai de voyager avec moins de bagages car les consignes à Arica et à Iquique m’ont coûté cher. Je tenterai aussi de dépenser moins en logement, ce qui est sans doute difficile pas impossible, en se préparant mieux.

Cependant, c’était un peu un essai, en modèle réduit, de mon projet de tour du monde, le plus gros problème est que je n’ai pas généré de recettes, alors que je dépensais tous les jours.

Métier à tisser Tissanova

Article mis à jour le 24 août 2019

Nouveau métier Tissanova

Tissanova, ce n’est pas une nouveauté, ils ont plus de 50 ans. Pour moi, c’est un souvenir d’enfance… Cela a été ma première expérience de tissage.

C’es très différent du Métier María, des métiers à clous et de ceux de fortune dont j’ai parlé dans des articles précédents. J’aime varier les techniques.

Découverte d’un groupe facebook Tissanova

Par hasard, un jour, j’ai découvert un groupe Tissanova, je ne savais pas que c’était la marque de mon jouet d’enfance.

Si vous êtes intéressés par ce type de métier à tisser, je vous invite à prendre contact avec ce groupe, ce sont des passionnées.

Il y a aussi un blog dédié, très intéressant.

Mon premier métier Tissanova

Il était petit, environ 20 x 30 cm, il ne me reste que le peigne, mais c’est un miracle que je l’ai encore après 50 ans de déménagements internationaux et interrégionaux, à chaque déménagement on perd des choses, quand j’ai déménagé de Mamiña à Puerto Montt un sac contenant un métier maya et mon métier de ceinture que j’avais ramené de Moquegua avait disparu…

Peigne de mon premier métier Tissanova
Peigne de mon premier métier Tissanova

Quand j’étais petite, j’ai tissé des napperons en raphia naturel et synthétique, avec des chaines en coton qui ne faisaient que la longueur du métier.

Le second métier Tissanova

Quand je suis passée en France, pour aller à l’ISEND de Kuching, ma mère m’en a acheté un autre du même style un peu plus grand.

Second métier style Tissanova et peigne du premier
Second métier style Tissanova et peigne du premier

Je l’ai testé de retour à Mamiña avec de la laine d’alpaga, le cadre permet d’enrouler la chaîne et la toile. Mais, j’ai eu de grosses difficultés car les barreaux avaient tendance à se dévisser.

Vue de côté, on voit les écrous papillons qui ont tendance á se dévisser
Vue de côté, on voit les écrous papillons qui ont tendance á se dévisser

En outre, les fils de chaîne avaient tendance à sortir du peigne, j’ai essayé de les bloquer avec un morceau de Scotch, ce n’était vraiment pas l’idéal. Ce peigne n’a pas la rainure des deux autres métiers Tissanova.

Second métier, vue d'en haut
Second métier, vue d’en haut

J’ai tout de même réussi à tisser deux écharpes, je n’allais tout de même pas gâcher toute cette laine d’alpaga.

Je n’en ai malheureusement pas pris de photo.

Le troisième métier Tissanova

Il m’est arrivé hier de France, dans son emballage d’origine, je n’ai pas résisté à l’envie de l’essayer tout de suite.

Je viens juste de déballer mon nouveau métier Tissanova
Je viens juste de déballer mon nouveau métier Tissanova

J’ai dû trouver une laine assez fine, par chance j’en avais une assez grosse pelote, malheureusement, elle n’avait été retordue, j’ai profité de notre rouet pour le faire.

Je retords la laine qui était composée de deux fils simples
Je retords la laine qui était composée de deux fils simples

A peine la laine retordue, j’ai commencé à monter la chaîne, j’ai envoyé une photo au groupe Tissanova, j’ai tout de suite eu des informations me donnant des conseils utiles.

´Montage erroné, heureusement que le groupe Tissanova m'a prévenue à temps, j'ai donc recommencé
´Montage erroné, heureusement que le groupe Tissanova m’a prévenue à temps, j’ai donc recommencé

 

J’ai donc remonté la chaîne comme cela me paraissait logique, c’est-à-dire en enroulant la chaîne autour du cadre

J’ai utilisé la barre régulateur pour répartir mieux les fils sur le peigne, j’auraui très bien pu m’en passer.

Installation du peigne
Installation du peigne

Puis, j’ai commencé à tisser.

Navette préparée avec la même laine retordue
Navette préparée avec la même laine retordue

 

Début du tissage, j'ai déjà enlevé la barre régulateur
Début du tissage, j’ai déjà enlevé la barre régulateur

J’aurai dû laver la laine avant de la tisser, en effet, elle glisse mal sur le peigne et quand on passe la navette entre les fils de chaîne, et là, on n’a pas beaucoup de place.

Tissage bien avancé
Tissage bien avancé

J’ai tout de même réussi à tisser une pièce complète de 34 cm x 1,20 m en un jour et demi.

Je passe les dernières trames
Je passe les dernières trames

 

Je termine par un point péruvien
Je termine par un point péruvien

 

Pièce prête à être coupée
Pièce prête à être coupée

 

Pièce sortie du métier
Pièce sortie du métier

Comme d’habitude, je fais des finitions.

Finition des des bords au crochet
Finition des des bords au crochet

Comme cette pièce est relativement fine, je vais la laver bien, et je vais la teindre en ecoprint.

Pièce terminée
Pièce terminée

C’était donc ma méthode instinctive pour monter ce métier. Il n’est pas exclu que je l’utilise de nouveau.

Nouvel essai sur Tissanova avec de la soie

J’ai ramené de la soie domestique de Madagascar, je vais essayer de la tisser sur mon nouveau Tissanova. Je l’ai utilisée en double pour plus de solidité, je ne l’ai pas retordue, je vais devoir consulter mon ami Hilaire. Il fait un certain nombre d’opérations avec son fil de soie avant de monter sa chaîne.

Machine pour mouliner la soie, chez mon ami Hilaire, à Talata, Madagascar
Machine pour mouliner la soie, chez mon ami Hilaire, à Talata, Madagascar

Je verrai si je la teindrai aussi en ecoprint certainement après l’avoir utilisé comme une pièce de gaze dans du feutre.

Tisser la soie est bien différent. C’est la première fois que je tisse de la soie.

La laine naturelle a tendance à s’accrocher entre les fibres, ce qui est très intéressant au niveau du tissage, cela n’oblige pas à tisser serré. Cela est pour moi une expérience nouvelle.

J’ai donc monté une nouvelle chaîne en suivant les explications de la notice et j’ai commencé à tisser. Les fils s’accrochent moins dans le peigne et l’ouverture se fait plus facilement. J’ai utilisé les fils en double, aussi bien pour la trame que pour la chaîne.

Début de nouvelle chaîne en soie
Début de nouvelle chaîne en soie

Comme, il me manque une pièce U, j’ai attaché la barre régulateur au cadre provisoirement, le temps de monter la chaîne.

Montage du peigne un peu délicat
Montage du peigne un peu délicat

Comme d’habitude, j’ai démarré avec une ligne de point péruvien (je l’explique dans l’article précédent sur le tissage du métier María).

Démarrage avec point péruvien
Démarrage avec point péruvien

Le tissage se passe bien pour le moment.

Début du tissage
Début du tissage

Aujourd’hui, j’ai fait avancer le tissage, j’ai assuré la barre régulateur, malgré cela quelques fils se sont échappés, j’ai dû les remettre en place, la chaîne s’est trop détendue, j’ai placé une navette classique entre la barre régulateur et le cadre.

Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce
Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce

J’en suis à la moitié du tissage.

Récupération des fils qui s'étaient échappés de la barre régulatrice
Récupération des fils qui s’étaient échappés de la barre régulatrice

Cela a été un peu laborieux, les fils sont fins et l’on a du mal a voir où les replacer.

On voit par transparence, à travers la chaîne, le tissage qui a un peu bougé et est devenu irrégulier
On voit par transparence, à travers la chaîne, le tissage qui a un peu bougé et est devenu irrégulier

Les fils de soie sont lisses, les trames ont bougé quand j’ai fait tourner le tissage pour avancer.

Quand les fils descendent mal sur le peigne, je les aide en appuyant ma main sur le tissage
Quand les fils descendent mal sur le peigne, je les aide en appuyant ma main sur le tissage

Ces fils fins s’accroche n’importe où sur le bois, il a d’ailleurs falu limer la navette qui coinçait à chaque passage.

Quelques fils de chaîne s'étaient déplacés et les mouvement du peigne et de la navette devenaient vraiment difficiles, j'ai donc arrêté le tissage en laissant un peu plus de franges, je finis avec le point péruvien
Quelques fils de chaîne s’étaient déplacés et les mouvement du peigne et de la navette devenaient vraiment difficiles, j’ai donc arrêté le tissage en laissant un peu plus de franges, je finis avec le point péruvien

Plus que jamais, il faut commencer et finir par le point péruvien.

Vue générale sur le métier avant d'enlever le peigne
Vue générale sur le métier avant d’enlever le peigne

Et, c’est presque fini!

J'ai commencé à libérer la barre régulateur
J’ai commencé à libérer la barre régulateur

Il faut libérer la barre régulateur.

J'enlève le peigne
J’enlève le peigne

 

Aspect de la toile avant de la libérer du métier Tissanova
Aspect de la toile avant de la libérer du métier Tissanova

 

Libération de la toile
Libération de la toile

 

Libération de la deuxième extrémité de la toile
Libération de la deuxième extrémité de la toile

Enfin finie ma première toile en soie.

Toile finie
Toile finie

 

Me voilà déjà avec deux toiles
Me voilà déjà avec deux toiles

En quelques jours j’ai déjà tissé deux toiles.

Le Tissanova et le coton

Le coton passe aussi bien en ecoprint, nous en avons à la vente chez Rincón de Angel, je vais donc aussi le tester. Il ne me reste plus de lin pour le tester, c’est dommage, toutes les fabriques ont fermé au Chili.

J’ai donc choisi deux pelotes de coton, l’une lisse pour la chaîne, l’autre flamée pour la trame.

Démarrage de la nouvelle chaîne
Démarrage de la nouvelle chaîne

La chaîne est toujours la partie la plus délicate d’un tissage, il faut donc lui accorder beaucoup d’attention.

Premier noeud, barre régulateur bien fixée
Premier noeud, barre régulateur bien fixée

 

Détail, barre régulateur
Détail, barre régulateur

Le fil doit toujours être bien tendu, les fils extérieurs ont toujours tendance à se détendre.

Détail du montage de la chaîne sur la barre régulateur
Détail du montage de la chaîne sur la barre régulateur

Il faut bien enfoncer chaque fil pour qu’il ne saute pas pendant le tissage.

Chaîne à moitié montée
Chaîne à moitié montée

L’idéal est de ne pas s’interrompre pendant le montage de la chaîne pour que la tension des fils reste la même partout. Vu que l’ouverture du peigne n’est que de quelques centimètres sur le Tissanova, il est important que les fils montent et descendent bien.

Chaîne montée
Chaîne montée

Une fois montée la chaîne, il faut installer le peigne, pour cela j’ai l’aide d’une  navette qui soulève un peu les fils.

Je glisse le peigne
Je glisse le peigne

 

Répartition des fils sur le peigne
Répartition des fils sur le peigne

Il s’agit d’une autre étape importante, il ne faut pas croiser les fils.

Dèmarrage avec point péruvien
Dèmarrage avec point péruvien

Sur cette photo, on voit bien la texture du fil de trame.

Détail du point péruvien
Détail du point péruvien

Une fois le point péruvien terminé, ont peut commencer à tisser.

Démarrage du tissage
Démarrage du tissage

 

Déjà quelques centimètres tissés
Déjà quelques centimètres tissés

Avec le coton, on ne peut pas bloquer les fils en haut du peigne, par chance cela n’a pas été nécessaire.

Comparaison des trois pièces
Comparaison des trois pièces

Ces trois fibres donnent des résultats très différents.

Et on avance encore
Et on avance encore

Je n’avais pas encore déplacé le tissage, maintenant je vais le faire.

Après un petit déplacement du tissage, j'assure la fixation de la barre régulateur
Après un petit déplacement du tissage, j’assure la fixation de la barre régulateur

 

Et je peux continuer d'enrouler le tissage
Et je peux continuer d’enrouler le tissage

 

Le travail avance, le tissu paraît plus lâche sur les côtés
Le travail avance, le tissu paraît plus lâche sur les côtés

Les fils sont lisses, ils n’ont pas d’écailles comme la laine, ils ont toujours tendance à bouger.

Tissage presque fini, finition au point péruvien
Tissage presque fini, finition au point péruvien

Il ne restait plus de place pour passer la navette, je finis donc la pièce comme toujours au point péruvien.

Je libère la toile après avoir libéré la barre régulateur
Je libère la toile après avoir libéré la barre régulateur

 

Pièce sortie du métier
Pièce sortie du métier

Il faut terminer cette toile, je fais donc les finitions au crochet, ce qui régularisera l’espace entre les fils de trame.

Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet

 

Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet

Et voilà, elle est finie.

Pièce finie
Pièce finie

 

Trois fibres différentes, trois pièces différentes...
Trois fibres différentes, trois pièces différentes…

Le Tissanova et l’alpaga

J’ai de petites quantité de laine d’alpaga fine et régulière, malheureusement pas retordue, je vais les tester, j’espère que le tissage ne se retorde pas de trop.

Nouvelle chaîne en alpaga gris filé industriellement
Nouvelle chaîne en alpaga gris filé industriellement

Pour la chaîne, j’ai choisi une laine filée industriellement donc bien balancée. C’est très important. Pour la trame, j’ai pris une laine d’alpaga que j’ai filée personnellement, non retordue, j’ai toujours tendance à filer trop tordu, pour la solidité, je ne l’ai pas retordue car j’avais peur d’en manquer.

Installation un peu délicate de la chaîne sur le peigne
Installation un peu délicate de la chaîne sur le peigne

Je mets d’abord une navette debout pour ne pas accrocher et étirer les fils de chaîne avec les dents du peigne.

Montage du peigne
Montage du peigne

Puis, je redresse le peigne, c’est assez délicat avec un fil aussi fin, on a vite fait d’en mettre deux dans la même encoche.

Peigne redressé, fils encore désordonnés
Peigne redressé, fils encore désordonnés

 

Peigne redressé, fils encore désordonnés, vue de détail
Peigne redressé, fils encore désordonnés, vue de détail

Il faut faire de l’ordre minutieusement pour que les fils ne se croisent pas.

Fils enfin ordonnés
Fils enfin ordonnés

Comme d’habitude, je commence par le point péruvien pour bien bloquer le démarrage. Je laisse un peu de place pour les franges.

Point péruvien de démarrage
Point péruvien de démarrage

 

On s'assure que la barre régulateur ne se libère pas en cours de tissage
On s’assure que la barre régulateur ne se libère pas en cours de tissage

J’ai utilisé deux grosses aiguilles qui me servent habituellement pour tisser les métiers à clous, pour obtenir l’espace nécessaire au passage de l’aiguille.

Passagee de l'aiguille
Passagee de l’aiguille

 

Passagee de l'aiguille, détail
Passagee de l’aiguille, détail

 

Une fois assurée la barre régulateur, j'enlève les grosses aiguilles et commence à tisser
Une fois assurée la barre régulateur, j’enlève les grosses aiguilles et commence à tisser

Je peux enfin tisser tranquillement, l’alpaga est très agréable à tisser.

Tissage en cours
Tissage en cours

 

Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine

 

Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine, gros plan
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine, gros plan

 

Les fils ont bougé, il faut les remettre en place
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place

Cela peut donner des idées pour effectuer des points nouveaux. Mais, dans ce cas j’ai redressé la situation.

Les fils ont bougé, il faut les remettre en place, détail
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place, détail
Fin du tissage, cela a été agréable malgré de petites difficultés avec la chaîne qui s’est un peu détendue, des noeuds se sont aussi relachés, certains fils se sont libérés de la barre régulateur. Et surtout, le tissage est parti en biais, ce la ne se voit pas sur le tissage fini, il y a seulement des franges plus longues d’un côté que de l’autre.
Point péruvien de fin de tissage
Point péruvien de fin de tissage

 

C'est le moment d'enlever le peigne
C’est le moment d’enlever le peigne

 

Peigne enlevé, il faut libérer la barre régulateur
Peigne enlevé, il faut libérer la barre régulateur

C’est là que l’on voit que le tissage est parti en biais.

Libération des franges
Libération des franges

 

A peine la toile s'est libérée, qu'elle s'est enroulée, cela est dû à l'excès de torsion du fil de trame
A peine la toile s’est libérée, qu’elle s’est enroulée, cela est dû à l’excès de torsion du fil de trame

Cela est dû au fait que j’ai utilisé en trame une laine que j’ai filée un peu trop tordue (pour la solidité) et que je n’ai pas retordu en sens inverse pour qu’elle soit bien balancée.

Dernière pièce déjà en exposition
Dernière pièce déjà en exposition

Nouveau test: coton, raphia et racines de vétiver

Montage d'une nouvelle chaîne en coton
Montage d’une nouvelle chaîne en coton

 

Installation du peigne
Installation du peigne

 

Premier passage de trame
Premier passage de trame

 

Dans ce cas les fils de chaîne ne peuvent pas être retenus
Dans ce cas les fils de chaîne ne peuvent pas être retenus

Malgré ce détail, la chaîne étaiet bien tendue, les fils n’ont pas eu tendance à s’échapper du peigne.

Travail commencé
Travail commencé
J’alterne deux navettes, l’une avec du coton, l’autre avec du raphia de Madagascar, j’ajoute à interval régulier des racines de vétiver malgache.
Détail du tissage
Détail du tissage

 

Préparation de la barre régulateur, séparée du support par deux grosses aiguilles
Préparation de la barre régulateur, séparée du support par deux grosses aiguilles

 

Suite de la préparation de la barre régulateur, l'aiguille à canevas passe bien
Suite de la préparation de la barre régulateur, l’aiguille à canevas passe bien

 

Premier déplacement de la toile sans problème
Premier déplacement de la toile sans problème

 

Pièce prête à être libérée
Pièce prête à être libérée

J’avais déjà enlevé le peigne

Barre régulateur libérée
Barre régulateur libérée

 

Pièce libérée d'un côté
Pièce libérée d’un côté

 

Barre régulateur enlevé
Barre régulateur enlevé

 

Pièce finie
Pièce finie

J’ai fait une finition au crochet, en coton, sur les bords pour cacher les changements de trame. C’est un peu raide à cause des racines de vétiver, mais comme chemin de table, ce n’est pas gênant.

Pièce en exposition, à côté de ses semblables
Pièce en exposition, à côté de ses semblables

Expérience pour rallonger la chaîne du Tissanova

Il s’agit d’un retour aux métiers de fortune. Le peigne spécial devrait bien s’adapter à ces techniques minimalistes, il s’agit de me préparer pour mon grand voyage textile et tinctoriale.

Je dois pouvoir tisser toutes sortes de fibres (les métiers à clous, ne me permettent que de travailler qu’avec des fibres relativement grosses), même dans les conditions les plus précaires. Ce métier à la grande qualité d’être très léger. C’est bon pour ma valise qui a toujours tendance à dépasser les normes. Notamment les navettes, quelle différence avec celles que l’on trouve habituellement au Chili.

Rallonges pour mon métier Tissanova

Un voisin qui est excellent menuisier, m’a fait des rallonges pour mon métier. Il faudra que je les essaie.

Metier Tissaova et ses nouvelles rallonges
Metier Tissaova et ses nouvelles rallonges

Expériences FabLabs

Lors de mon  voyage au Pérou et dernièrement à Loches, en France, j’ai eu l’occasion de contacter des FabLabs pour  voir comment améliorer ce métier.

Quelles sont vos expériences?

Si vous avez des expériences avec ce type de métiers, cela serait intéressant de les partager, j’attends vos commentaires.

Besoin d’artisanat

A-t-on encore besoin d’artisanat?

Ces derniers temps donnent plutôt l’impression que l’on n’a plus besoin d’artisanat, et  encore moins de qualité…

L’été dernier, j’ai vu des touristes très pressés, qui ne prenaient pas le temps de voir les processus de production de la laine (chez Rincón de Angel, visite gratuite de l’atelier à l’étage), puis cet été, ils ne prenaient même pas le temps de faire le tour du local, quand ils entraient… Certainement que les fruits de mer et les saumons d’élevage sont plus importants…

Et pourtant, ce local est bien différent des autres… Pas de produits chinois…

Il est vrai que l’artisanat n’est pas un produit de première nécessité… La question du prix d’un vrai travail artisanal est aussi à prendre en compte. Mais tout le monde n’est pas dans la misère!

L’artisanat n’est que rarement un produit de marque, et créer une marque a un coût très élevé, j’ai assisté à un certain nombre de réunions pour le développement de l’artisanat où l’on nous disait que nous devions mettre des étiquettes (si possible bien multicolore, pour que cela coûte plus cher et soit moins efficace du point de vue de la visibilité), que nous devions laisser notre rôle créatif à des designers… J’ai vraiment eu l’impression d’avoir été infantilisée, d’autant plus que pour bien nous expliquer tout cela, ils ont utilisé des jeux!

Il y a tant de sollicitations

On aura ainsi tendance à faire passer un nouveau téléphone mobile avant quelques kilos de laine, ou un tricot fait main. Heureusement que tout le monde ne cède pas à la tentation…

Et il devient difficile de vendre quand on est minimaliste. Ceux qui ont les moyens, n’en voient pas le besoin; et ceux qui en ont besoin et qui savent apprécier l’artisanat, n’ont souvent pas les moyens…

Un bon tricot en laine ne se démode pas, s’il est bien traité peu durer des dizaines d’années, certains cherchent même à les raccomoder quand ils arrivent en fin de vie… C’est toute la différence entre un produit de qualité et un produit jettable.

Un besoin passéiste?

A l’origine, l’artisanat n’était pas commercial, mais utilitaire, occupait des temps libres pour la fabrication des objets du quotidien, chaque famille devait être autonome ou presque et les gens fonctionnaient beaucoup avec le troc.

Puis les techniques s’améliorant, des surplus se sont créés, permettant aussi des spécialisations… Certains villages se sont spécialisés dans certains articles, on le voit encore au Chili, avec par exemple La Ligua pour les tricots et ses “dulces” (petits gâteaux), Chimbarongo pour les balais, fromage de chèvre à Ovalle… Il m’a semblé voir le même genre de spécialisation à Madagascar, lors du trajet entre Antananarivo et Antsirabé, il y a une ville spécialisée dans la fabrication de casseroles en recyclant les moteurs de voitures (Ambatolampy)…

Voici quelques photo prises depuis le taxi brousse entre Antananarivo et Antsirabé, c’est pourquoi elles sont parfois un peu flou ou décadrée…

Postes de vente de fleurs au bord de la route vers Antsirabé, Madagascar
Postes de vente de fleurs au bord de la route vers Antsirabé, Madagascar

Vente de sculptures en raphia
Vente de sculptures en raphia

Vannerie traditionnelle et utilitaire
Vannerie traditionnelle et utilitaire

Encore de la vannerie
Encore de la vannerie

Carte de Madagascar
Carte de Madagascar

Jouets en cannettes de bières et de boissons recyclées
Jouets en cannettes de bières et de boissons recyclées

Je n’ai malheureusement pas pu les photographier tous… il y en avait une grande variété.

Au Chili, il n’y a pas encore si longtemps, les jeunes femmes tissaient encore les couvertures pour leur future famille, à partir des laines qu’elles avaient filées… Les hommes se fabriquaient leurs outils…

Une amie qui avait vécu un temps à Punta Arenas, me racontait qu’elle avait même dû apprendre à fabriquer son savon…

Maintenant, beaucoup de métiers à tisser se sont perdus quand les grands-mères sont mortes… et les techniques se perdent… A la ville, on considère toutes ces pratiques comme sales (l’odeur naturelle de la laine, quand elle ne rappelle pas de bons souvenirs, devient tout de suite puante…), et même à la campagne, on ne veut pas paraître paysan, sentir le feu de bois, c’est très mal vu ici…

Laine brute, un vrai besoin pour moi
Laine brute, un vrai besoin pour moi

C’est sûr que maintenant, on trouve tout, tout fait, sur internet! Tout est prêt à être acheter pour être jeter et remplacé. L’artisanat ne peut pas entrer dans ce jeu.

Il faut se procurer les matières premières, les rendre utilisables, les travailler pour obtenir un objet unique, qui montre même l’état d’esprit de son créateur (par les couleurs, la qualité des finitions et des détails…).

Ou un besoin pour le futur?

J’ai récemment découvert, en suivant un Mooc, le philosophe Bernard Stiegler, grand spécialiste des technologies, qui se préoccupe pour la perte de connaissance provoquée par les nouvelles technologies qui bousculent toutes les données concernant le travail… Ils propose d’imaginer de nouvelles formes de travail… Cela pourrait être une occasion de se réapproprier les techniques artisanales.

Un retour du besoin d’un artisanat de qualité est-il en cours?

Il semblerait bien que oui…

Le travail de la laine revient comme une thérapie…

Je vois qu’aux Etats-Unis des spécialistes de la vannerie proposent des retraites, non pas purement spirituelles, mais de techniques de vannerie.

Nous pourrions en faire autant sur le thème de la teinture naturelle, de la filature, du tissage ou du tricot. Ces activités me procurent beaucoup de bonheur, autant le partager.

Un retour aux gestes traditionnels est souvent recherché, comme apportant de nouvelles racines perdues, cela peut paraître un peu artificiel, mais cela peut provoquer des questionnements et déboucher sur des changements radicaux.

Rien que le fait de pratiquer une technique lente, qui laisse du temps à la pensée, peut bouleverser un système de travail établi basé sur des automatismes.

Un besoin d’exclusivité

Par chance, il existe aussi un besoin d’exclusivité, d’avoir des vêtements ou des accessoires différents de ceux des voisins… Encore faut-il que ce désir respecte le travail de l’artisan, ce matin on m’a fait la remarque, en me montrant une veste en laine rustique, filée et tricotée à la main “Et, vous n’avez rien de plus économique?”… Tout travail mérite son salaire. Ces tricots ne sont pas virtuels!

L’artisanat comme hobby

Il y a un regain d’intérêt pour l’artisanat comme loisir, pour la détente. Si tout le monde pense pouvoir faire le travail de l’artisan, parce qu’on a vu des tutoriel sur Internet, où tout paraît facile, il y a cependant beaucoup de détails cachés. Notamment, le temps nécessaire.

Vivre de l’artisanat

Dans ces conditions, vivre de l’artisanat est difficile. mais heureusement pas impossible, c’est pourquoi j’ai du mal à admettre des rabais sur mes travaux.

Et si on y prenait goût?

Il y a longtemps que j’y ai pris goût, j’ai même du mal à me cantonner dans mon domaine professionnel de la teinture et du tissage-tricot et je fais régulièrement des incursions d’autres domaines, papier, cuir, perles… mais aussi botaniqueagriculture, puisque je vise à une certaine autonomie à moyen terme.

Je suis d’ailleurs en formation, mais aussi expérimentation continue, par la lecture, video, Mooc, visites de musées, voyages, conversation avec les clients… Je saute sur chaque occasion.

On apprécie aussi des produits de qualité, avec de bonnes finitions, des fibres naturelles, si possible des couleurs naturelles, une laine bien travaillée… J’admire sincèrement mes collègues artisans qui maintiennent des traditions dévoreuses de temps…

Grandes toiles de raphia et soie, teintes naturellement, techniques d'ikat et shibori, produits par Terre-là, à Mahajunga, exposition lors de l'IFPECO de Madagascar
Grandes toiles de raphia et soie, teintes naturellement, techniques d’ikat et shibori, produits par Terre-là, à Mahajanga, exposition lors de l’IFPECO de Madagascar. Que de temps matérialisé ici!

Celui qui sait faire de l’artisanat, peut en être fier, il sait utiliser aussi bien sa tête que ses mains et parfois même ses pieds dans ses créations (je pense à ces femmes au Népal qui filent en faisant passer les fibres entre leurs doigts de pied, ou à cet orfèvre nomade Africain qui façonne des bijoux en or, en utilisant son pied comme une enclume), il doit être précis dans ses gestes, il doit avoir le sens de l’observation, savoir être patient… pour dompter ses matières premières, c’est tout un apprentissage quotidien auquel il prend plaisir. Cela devient pour lui un besoin que de créer…

Conclusion

Qu’attendons-nous pour sauver ces techniques qui se perdent et qui sans doute nous feront bientôt défaut? Je suis très surprise par certaines questions posées sur Facebook et je constate qu’il y a fort à faire et démontre un certain intérêt.

Partons vite à la recherche des connaissances et techniques perdues, pendant qu’il en est encore temps, la pratique est aussi indispensable que la théorie… Cela ne peut pas être remplacé par des ordinateurs…

Prix juste

Quel prix?

Le prix est un problème quotidien, posé tous les jours… Ici, au Chili (et spécialement chez Rincón de Angel). C’est un sujet qui fâche…

En Argentine, quelqu’un m’a dit gentillement que le prix d’une de mes pièces sonnait mal…

Voici la pratique chilienne. On marchande chez les artisans comme si on était au marché aux puces… quel dommage! A part quelques couvertures péruviennes anciennes très intéressantes, nous ne vendons pas de produits d’occasion! Et comme elles font preuve de techniques anciennes dévoreuses de temps, très peu pratiquées aujourd’hui (dans le genre ikat et dessins traditionels avec des chaînes supplémentaires, tissées sur métiers à pieux ou de ceinture), on ne les brade pas non plus.

Je vis depuis plus de 20 ans au Chili, j’ai la nationalité Chilienne depuis au moins 15 ans et ce n’est pas mon intention de dire du mal de ce pays où j’ai décidé de vivre. Il y a un proverbe ici qui dit “por todas partes se cuecen habas” (partout, on cuisine des fèves)… D’ailleurs, de nombreux Français marchandent aussi sur l’artisanat: c’est écrit dans les guides pour touristes qu’il faut le faire. Ah! Comme j’aimerai rencontrer un de ces rédacteurs de guide touristique! Quelle inconscience!

Il y a presque 20 ans, j’avais une petite imprimerie artistique, avec deux ordinateurs et des imprimantes à jet d’encre, je créais ce dont avait besoin les clients avec leur participation, là aussi, il y en avait qui marchandaient… et j’avais fait la remarque à un de mes clients que je buvais beaucoup de lait et que l’on ne me faisait pas de prix sur le lait, c’était mon aliment de base. Donc, un jour j’ai demandé un rabais sur le lait à la crèmerie ou j’achetais toutes les semaines 12 litres, ils ont bien rigolé… Cela ne faisait que 2 ans que je vivais au Chili!

Ici, pour l’artisanat, on veut le beafsteak au prix du pot-au-feu, mais quand on va à la boucherie, à la boulangerie, au supermarché ou au restaurant, on ne négocie pas. J’avais d’ailleurs mis une pancarte à ce sujet, j’ai dû l’enlever car les clients se sentaient insultés!!!

Le pire, c’est que nombre d'”artisans” baissent eux-mêmes leurs prix avant que le client ne le leur demande… après ils marchandent sur les matières premières s’ils fabriquent quelque chose ou vendent des importations industrielles chinoises, péruviennes ou équatoriennes, que l’on retrouve tout le long du pays, d’Arica jusqu’à Punta Arenas…

Encore quelques anecdotes sur le marchandage

Nous vendons d’adorables marionnettes de doigt, de provenance péruvienne, à 400 pesos chiliens l’unité (même pas la moitié d’un kilo de pain au Chili), et même la-dessus, on veut un rabais de 100 pesos, car les enfants ne joueront qu’un moment avec avant de les jeter!

Marionnettes de doigts, quel devrait être leur juste prix?
Marionnettes de doigts, quel devrait être leur juste prix?

Un autre exemple

Il y a près de vingt ans, quand j’avais l’imprimerie, j’avais un client habituel assez fortuné pour posséder une propriété et un laboratoire de cosmétique à Santiago, un appartement à Viña del Mar, en plein centre, un “fundo” et un cheval de course à Rancagua, gagnait très régulièrement au Casino, du personel pour tout cela… Un jour, il me raconte qu’il avait failli se faire voler dans la rue et qu’il avait près d’un million de pesos dans la poche, il me montre le paquet de billets… Il venait me faire faire des montages de photos de son vieux chien, de sa mère… qu’il imprimait sur papier photographique, je vendais la page à 2.000 pesos chiliens, il voulait utiliser jusqu’au dernier milimètre ce papier, il ne voulait pas comprendre qu’il y avait des marges techniques, il ne considérait pas le temps que je lui dédiais, il terminait toujours la séance (qui avait duré facilement 3 heures) en me disant qu’il n’avait pas budgeté autant d’argent pour cela (je vous recommande la vidéo du lien)… Un jour, il m’a même dit qu’il préférait venir dans ma boutique, que cela lui coûtait moins cher que d’aller voir le psiquiâtre…

Ce ne sont donc pas ceux qui sont dans le besoin qui marchandent le plus. C’est un peu comme un sport national. Cela leur paraît donc normal de rabaisser ainsi les artisans…

Et pour les amis?

Combien de fois, des gens qui m’étaient totalement inconnus me demandaient “et pour les amis, c’est combien?”

Même les voisins d’en face, ne veulent pas comprendre que les prix sont établis en fonction des coûts de production et négocient pour aller aux toilettes… Il n’y a pas de petites économies.

Nous n’inventons pas nos prix selon la tête du client.

Et la “yapa” pour revenir

La “yapa” es un terme d’origine Aymara, les Aymaras sont un peuple très commerçant et donnent souvent un petit supplément, un peu comme 13 à la douzaine… Le problème est quand on demande une “yapa” même pour 1.000 pesos chiliens d’achat!

Je  vais me le faire fabriquer en Allemagne!

Comme vous avez pu le constater, mes pièces sont uniques, malheureusement je n’arrive pas à demander beaucoup. Mais, c’est toujours trop, un jour, on m’a répondu qu’il valait mieux se le faire faire en Allemagne! Il est libre d’essayer…

Avec plus de vingt ans au Chili, il y a longtemps que je ne vis plus comme une touriste… Je suis même plutôt minimaliste… et je dois être très économe.

Après toutes ces anecdotes passons à l’économie sérieuse.

Coût de l’artisanat

L’artisanat ne tombe pas du ciel, il a donc un coût:

  • un coût des matières premières
  • un coût de transport de celles-ci, (même si on recycle)
  • un coût du temps de travail, qui peut être très élevé (bien que les salaires soit très bas… actuellement salaire minimum à 276.000 pesos chiliens, coût des aliments et de la vie en général assez semblables à ceux de France… la retraite de base est d’à peu près 104.000 pesos chiliens par mois)
  • coût de l’expérience, nécessaire à la réalisation de son ouvrage

Le temps, les traditions et l’expérience ne sont pas valorisés ici.

Coût de la laine naturelle – un exemple

J’explique dans un article précédent tout le travail de la laine et je prévois un nouvel article sur la filature de la laine…

Le coût de la laine brute est très bas, d’ailleurs il ne justifie pas l’élevage des animaux, exceptés pour des laines de luxe, mérinos et alpagas. Parfois, on peut avoir de la laine brute gratuite (certains éleveurs ne savent pas quoi en faire et la brûle), encore faut-il avoir les moyens de la transporter.

Si bien sûr, les moutons doivent être tondus tous les ans, toutes les laines ne servent pas, les moutons destinés à la viande, qu’encourage à élever le Ministère de l’Agriculture du Chili, ont des laines courtes et dures…

Tonte d'une brebis au Rancho Kawell à Concón, brebis à moitié tondue
Tonte d’une brebis au Rancho Kawell à Concón, brebis à moitié tondue

Lors du nettoyage et de la filature, on perd plus de la moitié de la toison.

Et je reviens à la question du temps! J’ai une bonne dizaine d’années d’expérience de filature au fuseau, aujourd’hui, avec de la bonne laine, longue, avec sa graisse, sans trop de saletés pour une fois, je n’ai réussi à filer que 50 grammes dans la journée! Mais j’ai filé fin. Qui va me payer 10.000 pesos chiliens (salaire seulement un peu plus que minimum journalier) pour 50 grammes de laine de mouton? et l’alpaga est encore plus long à filer, car c’est une fibre creuse et plus légère, j’en file à peu près 30 grammes par jour! Et c’est fatiguant pour les bras…

On démarre avec cette laine à bas prix. mais de bonne qualité tout de même, fibre longue et douce
On démarre avec cette laine à bas prix. mais de bonne qualité tout de même, fibre longue et douce

On l'étire doucement pour en faire un petit ruban, en éliminant les pointes brûlées par le soleil, les poussières...
On l’étire doucement pour en faire un petit ruban, en éliminant les pointes brûlées par le soleil, les poussières…

On étire à nouveau ce ruban pour pour pouvoir l'enrouler autour du poignet, ce qui le tord légèrement et élimine encore de la poussière, plus on répète cette étape, plus la laine sera fine et régulière
On étire à nouveau ce ruban pour pour pouvoir l’enrouler autour du poignet, ce qui le tord légèrement et élimine encore de la poussière, plus on répète cette étape, plus la laine sera fine et régulière

Une fois ces préparatifs terminés, on commence à filer
Une fois ces préparatifs terminés, on commence à filer

Une fois que l'on a deux bobines, après deux jours de filature, il faut la tordre dans le sens opposé
Une fois que l’on a deux bobines, après deux jours de filature, il faut la tordre dans le sens opposé

Je prépare donc une bobine avec les deux fils à tordre
Je prépare donc une bobine avec les deux fils à tordre

Il faut encore la retordre, la mettre en écheveau, la laver, éventuellement la teindre et enfin faire une pelote pour la tisser ou la tricoter.

Pour gagner un peu de temps, je le fais avec le rouet électrique
Pour gagner un peu de temps, je le fais avec le rouet électrique

Mon exemple peut paraître exagéré, mais plus un fil est fin, plus on peut tisser ou tricoter de grandes surfaces pour le même poids. D’ailleurs, rares sont les femmes qui filent fin et régulier, maintenant.

Je préfère filer au fuseau car je contrôle mieux mon fil, je file en marchant, en parlant… alors qu’avec le rouet, je n’ai pas la même liberté et le fil est souvent plus raide, trop tordu, et beaucoup plus irrégulier.

Laine retordue
Laine retordue

Pour laver la laine, je la mets en écheveau
Pour laver la laine, je la mets en écheveau

Echeveau avant lavage
Echeveau avant lavage

Je la lave à la main avec du vinaigre et du bicarbonate, puis je la rince
Je la lave à la main à l’eau froide, avec du vinaigre et du bicarbonate, puis je la rince

Je viens de terminer de retordre cette laine et de la laver, maintenant 100 grammes de laine filée sale pèsent maintenant ……,grammes,  mais je suis fière de mon travail. Cela aussi est important!

Laine presque sèche, il faudra attendre plusieurs jours, il fait froid et humide à Puerto Montt
Laine presque sèche, il faudra attendre plusieurs jours, il fait froid et humide à Puerto Montt

Vue de détail après lavage
Vue de détail après lavage

Après tout ce processus, le tissage ou le tricotage est très rapide, surtout si la laine est bien filée et bien propre.

Les laines industrielles ont mal habitué les tricoteuses qui ne savent plus ce qu’est une laine filée artisanale, le travail que cela comporte et veulent des laines aussi lisses et douces que les laines industrielles… C’est faisable, mais à un autre prix… D’ailleurs les meilleures laines mérinos s’en vont à l’exportation, rares sont ceux qui y ont accès au Chili. Ceux qui gardent encore les traditions savent encore le faire, peut-être plus pour longtemps…

Coût des fibres artificielles et synthétiques

Les fibres artificielles et synthétiques peuvent sembler plus économiques… Mais les prix de vente ne tiennent pas compte des coûts en pollution (production à partir du pétrole ou utilisant des solvants chimiques très polluants, coûts de transport, car elles ne sont pas produites au Chili, pollution provoquée par ce transport… conditions de production de ces fibres, souvent en Asie…, déchets, microfibres qui se libèrent au lavage, perturbateurs endocriniens…).

Le coût de la pollution et de la mauvaise santé est passé sous silence.

Prix du temps

Le temps se paie, même si on veut l’oublier. Pourquoi se donnerait-on la peine de travailler en artisanat si on peut gagner plus en faisant n’importe quoi d’autre, même éventuellement du ménage… En outre, il y a une différence entre faire de l’artisanat un hobby et arriver à en vivre! Sans s’épuiser à produire des articles à la chaîne…

Quand je vivais à La Ligua, ils ne comprenaient pas que je vende une tunique à 15.000 pesos, car il n’y avait que 200 grammes de laine. Ils n’avaient pas compris que l’artisanat ne se vend pas au poids! Pour tisser ces 200 grammes, il me fallait une journée et souvent avec tendinite en prime.

Prix du savoir

Le savoir, les compétences, les techniques, les tours de mains… prennent du temps, nécessitent de l’attention, des efforts, des lectures, de l’écoute, de la pratique, des visites de musées, du temps d’internet aussi et des échecs parfois…

Dans aucun tutoriel, on ne vous explique tout, on oublie de présenter des détails importants qui font qu’une technique fonctionne ou non…

Si tous mes bains de teinture avaient toujours réussis, je n’aurai pas appris grand chose. Je fais donc beaucoup de tests, je lis tout ce je peux pour comprendre certains résultats et les livres coûtent cher ici.

Prix de l’expérience

Lors de l’ISEND de Kuching, une Nord Américaine faisait la remarque que quand on lui demandait combien de temps elle passait pour faire une de ses oeuvres, elle répondait “un moment et 40 ans”.

Il y a peu, je lisais une anecdote concernant Picasso qui allait dans le même sens.

Prix de l’exclusivité

Tout le monde veut des exclusivités, des pièces uniques… et payer comme si c’étaient des produits chinois. Une Taiwanaise, lors de l’IFND de Taipeh, m’a fait la remarque en m’achetant un tricot “This is only for me” (il n’y en a qu’un pour moi).

Mes pièces ne suivent pas de modèles, je les crée au fur et à mesure que les tisse ou tricote, le résultat est souvent différent de ce que j’avais imaginé. C’est triste de copier, alors pourquoi se copier soi-même quand il y a tant d’essais à faire.

Ces développements prennent aussi leur temps, certaines pièces seront abandonnées en cours… car elles ne me satisfont pas.

Et vous faîtes des prix de gros?

Si vous m’achetez 10 pièces, elles seront toutes différentes, elles m’auront toutes pris du temps, je les aurais toutes faites une par une, en y dédiant toute l’attention nécessaire pour obtenir un objet qui donne du plaisir, d’ailleurs, je limite ma production.

Quand je vivais à La Ligua (centre du Chili), je tricotais surtout des tuniques d’abord en fibres synthétiques (les plus courantes à La Ligua), puis avec des fibres naturelles (laine et coton) quand j’ai commencé mon aventure avec les teintures naturelles. J’avais une grande variété de couleurs, car je combinais des fils industriels (qui devaient passer dans les machines à tricoter) et les variations étaient infinies. Je travaillais dur tous les jours à la maison, puis je partais faire une foire d’artisanat, ou à Iquique, et pendant que je vendais, je continuais à tricoter. Il y a eu un moment, où j’avais plus de 100 modèles différents, avec des inclusions de cuir… Et il manquait toujours une couleur!

Prix de la qualité

La qualité à un coût, choix des matières premières, choix des points et de leurs combinaisons, soin lors des changements de couleurs, noeuds cachés, finitions… tout cela doit influencer le prix, je n’ai pas l’habitude de travailler à la va vite…

Prix d’une tendinite?

Tout travail artisanal a ses contraintes au niveau de la santé, plus d’une fois j’ai souffert de tendinites quand je crochetais beaucoup. Maintenant, j’ai diversifié les techniques, crochet, fourche, différents métiers à tisser, filature, teinture… Toutes ces techniques ont leurs exigences physiques… et depuis que je change régulièrement de technique et que je ne m’impose plus de rendement et je commence donc différentes pièces et je passe de l’une à l’autre…

Quand j’explique ces contraintes de santé, les clients ne comprennent pas. Je ne vois pas pourquoi je devrais avaler des anti-inflammatoires dangereux pour le foie et d’autres organes, pour produire à la chaîne des tricots…

Coûts et Prix

Il y a donc une différence entre coût et prix. Le coût est malheureusement  souvent beaucoup plus élevé que le prix exigé en boutique.

Prix juste

C’est pourquoi, il serait souhaitable de pouvoir aboutir à un prix juste qui prennent en compte la vraie valeur des choses. On est encore loin du commerce équitable tel qu’on le conçoit en Europe. Et pourtant, il me semble qu’on le mérite.

Conclusion

Comment peut-on vendre un travail long à faire (slow fashion), personnalisé, avec une identité… au prix industriel? Grande partie de nos produits spéciaux sont fabriqués dans les moments de manque d’affluence du public qui parfois nous disent que cela nous occupe!… En attendant, il faut payer, loyers, salaires, matières premières, électricité…

Comment s’étonner que de nombreux artisans deviennent chauffeurs de taxi ou n’importe quoi d’autre? Il ya un proverbe chilien qui dit “no hay mal que dure 100 años, ni tonto que lo aguante” (il n’y a pas de mal qui dure cent ans, ni d’idiot que le supporte”.

Il y a longtemps que je voulais aborder le sujet du prix, c’est enfin fait! J’ai fini de vider mon sac.

J’espère que vous n’avez pas trouvé mon article trop amer, peut-être avez-vous des idées pour valoriser un peu mieux mon travail. J’attends donc vos commentaires avec impatience.

Quel est son prix? à votre avis?
Quel est son prix? à votre avis?

Magie de la teinture!

Une vraie magie

De la magie dans ma lecture… Je suis entrain de lire “Diskworld” (Les Annales du Mondedisque en français, il me semble) en traduction espagnole de Terry Pratchet. où il décrit un monde plein de magie et de magiciens un peu fous… c’est très drôle… Le traducteur a dû souffrir pour bien rendre tous les jeux de mots et les références littéraires cachées… C’est aussi un monde tout en couleur, le spectre en a huit!

Mais aussi dans ma vie professionnelle, la teinture naturelle est aussi une vraie magie, la magie de la chimie verte! Quelle est belle!

 

Une magie cachée

Mais où se cache donc la couleur? En effet, la couleur se cache souvent, elle est rarement apparente, et pourtant depuis la préhistoire, elle est très présente dans la vie des hommes… J’ai déjà consacré un article à ce sujet, dès la création de ce site.

Par exemple, aussi bien les fuchsia que les bougainvilliers donnent du jaune, malgré leurs jolies fleurs rose vif.

Il faut bien qu’il y ait une part de secret, d’ailleurs les teinturiers ne les disent que rarement et parfois nous engagent vers de fausses pistes… comme la betterave…

Une magie ancienne

Depuis la préhistoire la couleur fascine les hommes, ils ont très vite su teindre des fibres, en rouge, en bleu et bien sûr en jaune.

Des règles aussi se sont vite imposées quant à l’usage de certaines couleurs que se sont vite vues réservées à certaines élites.

Mais cette magie est toujours à l’ordre du jour, maintenant sans limites, car nous pouvons même semer les teintures! Et là, on apprécie encore mieux la nature…

A ce sujet, je vous recommande les livres de Michel Pastoureau et de Dominique Cardon qui sont passionnants.

Une magie renouvelée

A chaque teinture, on a des surprises… des bonnes ou des mauvaises, mais cela correspond rarement au photos des livres… Cela varie, avec la saison, la qualité de l’eau, la casserole, le temps de trempage, les fibres et bien sûr les mordants… On ne teint généralement pas dans des conditions de laboratoire.

Comme je prends rarement le temps de peser (je le fais habituellement lors des formations), je suis sujette à de nombreuses surprises. Et c’est tant mieux.

Une magie à plusieurs niveaux

Comment ne pas être fascinée par les effets  que donnent certains mordants/modificateurs.

Laines teintes à la cochenille
Laines teintes à la cochenille

Ici, la même laine mordancée à l’alun, le bain a été divisé en deux, pour la laine violette on a ajouté un peu de fer, pour la rouge de la crème de tartre.

Par la combination des mordants, on peut obtenir des dégradés de modifications. Michel Garcia illustre particulièrement bien dans ses livres et ses DVD les technique de dégradés et de mélanges de mordants.

Ces techniques ont permis d’imprimer en grandes quantités les indiennes, toiles de coton, a motifs variés et très colorés, à la mode au XIXème siècle, grâce aux techniques du tampon. Technique encore en usage en Inde.

Tampon en bois pour l'impression - Inde
Tampon en bois pour l’impression – Inde

Tampon en bois pour l'impression - Inde. un tampon pour chaque mordant, la même toile peut passer dans différents bains de teinture et de nettoyage...
Tampon en bois pour l’impression – Inde. un tampon pour chaque mordant, la même toile peut passer dans différents bains de teinture et de nettoyage…

C’est passionnant et très amusant.

Nous avons vu un DVD de Michel Garcia
Nous avons vu un DVD de Michel Garcia

Lors d’un des ateliers à La Redonda, Santa Fe, Argentine, nous avons regardé un de ses DVD, il y avait une des assistantes qui était chimiste de profession, et nous avons testé ces mélanges.

Les stagiaires ont préparé des solutions de mordants (fer et aluminium) plus ou moins concentrés dans du vinaigre et elles les ont testés en peignant sur des toiles de coton
Les stagiaires ont préparé des solutions de mordants (fer et aluminium) plus ou moins concentrés dans du vinaigre et elles les ont testés en peignant sur des toiles de coton

Certaines ont suivi les explications presque au pied de la lettre, nous avons ajoutè le sulfate de cuivre en bleu clair
Certaines ont suivi les explications presque au pied de la lettre, nous avons ajoutè le sulfate de cuivre en bleu clair

D'autres ont commencé à dessiner tout de suite
D’autres ont commencé à dessiner tout de suite

La toile d coton doit sécher et pourra être teinte
La toile d coton doit sécher et pourra être teinte

Vous pouvez en savoir plus sur ces ateliers de Santa Fe dans la présentation pour l’IFPECO de Madagascar en 2017 disponible sur academia.edu et sur slideshare.net.

Magie des combinaisons

Quelle magie, les couleurs se combinent bien, on n’a pas besoin de les séparer avec une couleur neutre: blanc, gris, beige, marron. noir… Rien n’est trop criard. C’est encore une histoire de chimie verte, chaque plante contient un certain nombre de colorants, certains de ceux-ci se répètent dans différentes plantes…

Il y a donc comme un continuum entre les différentes couleurs à l’opposé des anilines qui sont des colorants purs, sans mélanges…

Echantillons de couleurs végétales obtenues sur soie par Aranya Natural - Fondation Indienne
Echantillons de couleurs végétales obtenues sur soie par Aranya Natural – Fondation Indienne

Magie de recycler

La teinture naturelle permet de recycler un certain nombre de déchets de cuisine, de jardinage… C’est magique d’économiser sur une partie des matières premières. J’ai recyclé tant de déchets en teinture que j’ai déjà consacré un article complet à ce sujet.

D’autant plus que l’idéal est de travailler avec de l’eau de pluie qu’il est souvent facile de récupérer. Certains mordants peuvent être aussi de récupération, vinaigre de mauvais vin ou cidre qui tourne (mais aussi fait à partir de n’importe quel déchet sucré ou qui contient de l’amidon), cendres et même urine, si cela ne vous fait pas peur (cela est utilisé traditionnellement partout dans le monde), vieux clous ou ferrailles pour la “soupe de clous“… Même les casseroles peuvent être de récupération, une fois, quand j’étais en France chez mes parents, j’ai accompagné mon père à la déchetterie ou il voulait se débarrasser de choses encombrantes, et nous sommes revenus avec deux casseroles et une pile de drap ou de nappes anciennes en lin, en parfait état et tout propres… Tout cela m’a bien sûr beaucoup servi…

Casserole récupérée à la déchetterie de Loches, avec des ecoprint entrain de macérer
Casserole récupérée à la déchetterie de Loches, avec des ecoprint entrain de macérer

Magie des teintures spéciales

Teindre c’est très intéresssant, mais si on peut faire des dessins non teints sur une surface teinte, c’est encore mieux, d’autant que cela permet de faire des toiles multicolores! Ce sont les techniques de réserves.

Ikat

C’est une technique très ancienne, pratiquée dans différentes partie du monde (en Amérique Latine, elle est encore pratiquée au Pérou, et par les Mapuche sur la laine). Je l’ai vue pratiquée en Malaisie, quand je suis allée à l’ISEND de Kuching et à Madagascar lors de l’IFPECO 2017.

Ikat de raphia et soie domestique, création de Terre-Là, association de femmes à Mahajunga, Madagascar, animée par Andrée Mathilde Etheve
Ikat de raphia et soie domestique, création de Terre-Là, association de femmes à Mahajunga, Madagascar, animée par Andrée Mathilde Etheve

Détail d'un ikat exposé pendant l'IFPECO de Madagascar
Détail d’un ikat exposé pendant l’IFPECO de Madagascar

Nouage d'un ikat de raphia, lors de l'exposition à l'Alliance Française d'Antananarivo
Nouage d’un ikat de raphia, lors de l’exposition à l’Alliance Française d’Antananarivo

Elimination des liens de réserve sur une chaîne d'ikat en raphia teinte à l'indigo, à l'Alliance Française d'Antananarivo
Elimination des liens de réserve sur une chaîne d’ikat en raphia teinte à l’indigo, à l’Alliance Française d’Antananarivo

Chaîne d'ikat prête à être tissée, motifs traditionnels malgaches
Chaîne d’ikat prête à être tissée, motifs traditionnels malgaches

C’est une technique qui demande beaucoup de temps, car il faut attacher les fils de chaîne (mais aussi parfois de trame ou des deux à la fois) de manière à empêcher les colorants de pénêtrer sur ces zones, l’opération peut être répétée plusieurs fois à différents endroits si on veut des dessins multicolores.

Puis on monte la chaîne sur le métier définitif et on tisse. Le résultat peut montrer de petits décalages qui sont typiques de cette technique.

A Kuching, j’ai vu des pièces en coton fin, filé à la main, avec des dessins traditionnels très compliqués avec au moins deux bains de teinture. Edric Ong propose des vêtements en soie avec double ikat combiné avec le Batik.

Ikat ancien, représentant un rêve. selon la tradition, exposé au Muséede Kuching
Ikat ancien, représentant un rêve. selon la tradition, exposé au Muséede Kuching

Démonstration de tissage d'ikat au Musée de Kuching
Démonstration de tissage d’ikat au Musée de Kuching

Création du dessin du rêve, nouage des réserves
Création du dessin du rêve, nouage des réserves

Ikat en cours de tissage, celui-ci a eu deux bains de teintures avec création de réserves au préalable
Ikat en cours de tissage, celui-ci a eu deux bains de teintures avec création de réserves au préalable

Batik

Le batik est une autre technique de réserve, cette fois-ci sur la toile tissée, à l’origine en utilisant de la cire chaude, mais aussi en utilisant des pâtes qui serviront de blocage pour la teinture, généralement à base de farines…

L’usage de la cire exige de travailler avec des bains froids ou tièdes, car la cire d’abeilles fond à 60º C.

Avec mon ami Hilaire à Madagascar nous avons essayé le batik avec de la cire d’abeilles sur de la soie que nous avons teinte à la cochenille.

Le résultat n’était pas tout à fait celui prévu, nous avons eu beaucoup de difficultés à enlever la cire qui a d’ailleurs laissé des marques jaunes, le résultat a été cependant assez satisfaisant, l’écharpe s’est vendu dans la semaine qui suivait, elle est partie en France.

Batik sur soie à la cochenille qui vient juste de sortir de la casserole
Batik sur soie à la cochenille qui vient juste de sortir de la casserole

Après élimination de la cire
Après élimination de la cire

Artiste indonésien faisant une démonstration de batik lors des atelier de l'ISEND à Kuching, après l'application de la cire chaude au pinceau, il vaporisait des teintures d'autres couleurs sur la toile tendue entre deux poteaux
Artiste indonésien faisant une démonstration de batik lors des atelier de l’ISEND à Kuching, après l’application de la cire chaude au pinceau, il vaporisait des teintures d’autres couleurs sur la toile tendue entre deux poteaux

Shibori

Le shibori est une technique très pratiquée encore aujourd’hui au Japon, où de nombreuses variantes ont été développées et poussées à l’extrême, mais on la rencontre traditionnellement en Afrique et sur des textiles préincas au Pérou (Paracas, il me semble).

Cela fonctionnent bien avec des toiles fines (et même sur papier comme le fait Ana Lisa Heldstrom qui a édité des DVD à ce sujet, j’ai eu la chance de la rencontrer lors de l’IFPECO de Madagascar en 2017), car on y applique des noeuds et/ou des broderies qui sont éliminés après teinture. Ces attaches qui doivent être très serrées empêchent la pénétration des teintures et permettent des effets très variés.

Shibori basique qui commence à changer de couleur, double magie, celle de l'indigo et la créativité des noeuds
Shibori basique qui commence à changer de couleur, double magie, celle de l’indigo et la créativité des noeuds

Ecoprint

Il ne s’agit pas d’une technique de réserve mais plutôt d’impression, bien que parfois les feuilles agissent aussi comme réserve…

L’ecoprint est une technique récente, née en Australie qui permet de teindre avec seulement des feuilles, des tiges, éventuellement des pièces en fer rouillé… Cette technique ne nécessite pas forcément d’être chauffée, si l’on est patient… Dans cette techniques, les feuilles, les fleurs, les vieux clous… s’impriment de différentes manières, c’est si magique que je lui ai consacré un article.

Ecoprint sortant de la casserole, il faut terminer d'enlever les feuilles
Ecoprint sortant de la casserole, il faut terminer d’enlever les feuilles

Détail lors du repassage, feuille de rosier
Détail lors du repassage, feuille de rosier

Une variante de l’ecoprint que nous avons testé à La Redonda, est le martelage de feuilles entre deux tissus.

On martèle la feuille avec un marteau de carreleur en caoutchouc, ici feuille de ricin
On martèle la feuille avec un marteau de carreleur en caoutchouc, ici feuille de ricin

Résultat avant lavage
Résultat avant lavage

Impression révélée et fixée dans un bain de soupe de clous (acétate de fer)
Impression révélée et fixée dans un bain de soupe de clous (acétate de fer)

Magie de vivre et travailler avec des produits sains

Pour commencer il vaut mieux teindre des fibres naturelles, cela tombe bien, c’est meilleur pour la santé et on les trouve normalement adaptées au climat… Le coton pousse dans des régions chaudes où il convient de le porter, la laine provient plutôt de zones plus fraîches et permet de mieux se protéger du froid…

De plus, la majeure partie des plantes tinctoriales sont médicinales…et même souvent comestibles.

Vivre la magie

Je vous invite donc à vivre la magie de la teinture naturelle, teinture “slow”, responsable, “recyclante”, respectueuse de la nature, à portée de main de tout un chacun. C’est ma vie depuis plus de 10 ans, cela m’a aussi permis de voyager et d’en apprendre encore plus…

Ces voyages ont toujours été trop courts, c’est pourquoi je prévois un tour du monde technologique de la teinture naturelle et des textiles… J’espère pouvoir m’échapper rapidement vers de nouvelles cultures…

Préjugés sur la teinture

Que de préjugés!

Il y a beaucoup trop de préjugés concernant les teintures naturelles. Nous allons donc passer en revue les principaux préjugés qui circulent par ici et sur internet…

C’est long

Il est évident qu’il faut plus de temps pour teindre naturellement, mais tout travail artisanal est long. Mais quand on travaille avec des matériaux nobles (demandez à un orfèvre combien de temps il passe à limer, poulir et nettoyer ses pièces), il ne faut pas le faire dans l’urgence, cela ne peut que nuire au résultat.

Il faut prendre le temps de récolter les plantes (sauf si vous travaillez avec des colorants naturels préparés), bien laver les fibres, mordancer… laisser tremper… Mais il faut voire le bon côté des choses, c’est quand même agréable de ramasser des plantes qui vont nous offrir de si belles couleurs.

Le temps passé à teindre n’est rien à côté du temps passé à préparer et filer les fibres, nous travaillons donc avec des matières nobles qui méritent mieux que quelques poudres pétrochimique qui contiennent souvent du chrome, du cadmium ou d’autres métaux toxiques.

Il faut à peu près 3 kg de plantes pour un kilo de laine, cela signifie que la casserole est occupée essentiellement par les plantes et qu’il ne reste que peu de place pour les fibres, si l’on teint en un seul bain. ce qui est le plus économique en énergie. Si l’on filtre le bain de teinture, qu’on le laisse refroidir, comme il se doit pour ne pas endommager les fibres (surtout pour la laine et la soie), il faut être patient pour faire le second bain…

Casserole pleine de plantes, ici certainement de la sorona ou brea, avec peu de laine, sans préjugés, nous utilisons ici des
Casserole pleine de plantes, ici certainement de la sorona ou brea, avec peu de laine, sans préjugés, nous utilisons ici des “mauvaises” herbes qui donneront un joli jaune

C’est difficile

Nos ancêtres qui n’avaient pas tous moyens techniques dont nous disposons le faisaient et même mieux que la plupart d’entre nous. Sans doute prenaient-ils leur temps. Souvent, les teinturiers traditionnels n’obtiennent que certaines gammes de couleurs et se spécialisent avec les moyens à leur disposition, certaines connaissances techniques et botaniques se perdent car elles ont été discréditées… Certaines plantes disparaissent avec leur milieu…

Malgré toutes ces difficultés on peu trouver des plantes tinctoriales, même dans la cuisine. dans la rue…

Teinture au feuilles de carrotes. essais de différentes fibres, mordancées à l'alun, lors d'un atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentine
Teinture au feuilles de carrotes. essais de différentes fibres, mordancées à l’alun, lors d’un atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentine

C’est facile

Penser que c’est facile, n’est pas mieux. N’importe quoi peut colorer mais ne teint pas de manière correcte, Il y a des informations qui se perdent à chaque transmission.

Certaines teintures, même faciles à mettre en oeuvre comme les épluchures d’oignons ne fonctionnent pas toujours, il faut utiliser celles des vieux oignons de garde et laisser tremper quelques jours avant.

Quand c’est trop facile, il n’y a plus de magie, ici on a intérêt à développer de bonnes notions de chimie et de botanique, ces deux deux sciences peuvent être utiles dans d’autres domaines de la vie.

C’est sale

Un des mots latins pour désigner les teinturiers était “infectores”, il est vrai que certaines plantes tinctoriales peuvent être assez puantes (sans parler des techniques d’extraction de la pourpre des murex), parfois et même souvent on utilisait l’urine (une amie de l’île Maillen, tout près de Puerto Montt, me racontait que quand sa mère voulait teindre, elle faisait uriner ses 9 enfants dans un seau).

L’urine est utilisée traditionnellement dans beaucoup de techniques artisanales anciennes (soudure en bijouterie, avant que les Arabes nous fassent découvrir le borax, et elle devait provenir d’un petit garçon avant sa puberté, sa composition chimique change par la suite et elle ne sert plus), de même que les bouses de vaches et crottins de cheval (moules pour fondre à la cire perdue)… Autrefois, on tannait les peaux avec des crottes de chiens (grâce à des bactéries qu’elles contiennent)…

Il n’y a pas à s’étonner que l’urine ait été utilisée en teinture, elle servait de mordant, pour les bains d’indigo… Nous avons d’autres substituts. Cependant, l’urine sort stérile de notre corps et de nombreuses médecines traditionnelles, telle l’ayurvédique (Inde) l’utilise abondamment…

Je me demande jusqu’à quel point nos antiseptiques chimiques (chlore, mercurochrome, formaldéhide, trichlosan…) généralement cancérigènes sont propres?..

Cependant, la plupart des teintures naturelles respectent nos notions d’higiène actuelles, qui ne sont pas aussi anciennes que l’on pourrait le croire (la plupart datent seulement du XIXème siècle). Il y aurait beaucoup à commenter à ce sujet.

On n’obtient pas ce qu’on veut

Pour cela, il existe des systèmes de tests, de gamme de couleur. Michel Garcia a beaucoup travaillé sur ce sujet dans ses livres et ses DVD et démonte cee genre de préjugés. Mais la réplication à l’identique n’est pas forcément souhaitable, s’agissant d’un travail artisanal, sauf dans des cas précis comme la restauration de textiles anciens.

La surprise est aussi excitante, quand on ouvre un shibori ou un ecoprint, c’est très gratifiant.

Ecoprint sur soie, à Madagascar avec Hilaire
Ecoprint sur soie, à Madagascar avec Hilaire

Toutes les couleurs ne peuvent pas être obtenues

Sauf, les couleurs fluo, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et du prisme peuvent être obtenues, certaines plus facilement que d’autres, j’en conviens, mais beaucoup de connaissances botaniques de nos ancêtres se sont perdues, certaines plantes on pu disparaître.

Il faut aussi savoir que beaucoup de plantes tinctoriales étaient cultivées sur de grandes extensions, notamment pour les rouges (garance et figuiers de barbarie pour la cochenille) et les bleus (pastel et indigofera), et jouaient un rôle économique très important.

Echantillons de différentes fibres teintes naturellement à Lauris lors d'un atelier de Marie Marquet à Couleur Garance
Echantillons de différentes fibres teintes naturellement à Lauris lors d’un atelier de Marie Marquet à Couleur Garance

C’est trop pâle!

Il y a certainement un problème de mordançage, de qualité des fibres (sont-elles vraiment naturelles?) et de quantité de matières tinctoriales. Les couleurs pastel peuvent être intéressantes et j’ai aussi consacré un article aux déceptions qui peuvent nous arriver quand on débute.

Cette fleur bleue doit donner du bleu…

Il s’agit d’une grosse erreur, les couleurs son profondément cachées dans la chimie de la plante et est rarement apparente, la plupart des fleurs violettes donnent des jaunes, l’indigo est dissimulée dans les feuilles de certaines plantes, et le rouge de la garance dans ses racines… La lavande m’a donné un beige jaunâtre foncé…

Cela ne marche pas

Ce n’est pas parce que l’on nous dit sur internet que c’est facile que cela fonctionne toujours au premier coup, il s’agit d’un apprentissage qui demande de nombreux essais, il y a de nombreux paramètres à prendre en compte.

Il ne faut pas oublier que certaines fibres, en particulier parmi les synthétiques, ne prendront jamais la teinture.

Il circule aussi de nombreux mensonges tels que la teinture à la betterave rouge… Je la pratique comme contre exemple lors de mes formations

Teinture aux feuilles de betterave, bien émincées pour qu'elles donne plus de couleur. contre exemple lors d'un atelier à Santa Fe, Argentine
Teinture aux feuilles de betterave, bien émincées pour qu’elles donne plus de couleur. contre exemple lors d’un atelier à Santa Fe, Argentine

Ce n’est pas solide

Je parle longuement du sujet des grands et petits teints dans un article dédié à ce sujet. Le type de fibres teintes et le lavage (pour enlever tout type d’apprêt, de charge et de graisse) et le mordançage sont des sujets de première importance…

Ce n’est pas stable

Il s’agit d’une variante du sujet précédent, le curcuma, le choux rouge, le jus de mûres, et de nombreux fruits peuvent donner de jolies couleurs, mais elles ne sont pas stable et varient au contact d’acides et des bases… Il est certainement facile de teindre ou plutôt de colorer avec, mais il faut savoir que le résultat ne sera pas durable, c’est peut-être un peu dommage si l’on teint des laines spéciales ou de la soie…

Par contre, ces teintures peuvent être intéressantes pour teindre des sels de bains, des savons… ou pour peindre avec des enfants.

Cela coûte cher

On peut teindre avec des déchets, comme je l’explique dans un article précédent. Et on peut obtenir d’excellents résultats, si l’on se donne la peine d’essayer. Quand j’ai commencé à teindre à La Ligua, puis à Longotoma, je n’avais que très peu de moyens, mais j’ai beaucoup appris ainsi, peut-être plus que maintenant où je vis chez Rincón de Angel, ou j’ai toutes sortes de laines à ma disposition.

L’essentiel du coût est de réserver une bonne casserole pour la teinture (ne plus l’utiliser pour la cuisine) et l’énergie pour chauffer les bains, ce qui n’est pas toujours nécessaire.

On ne peut pas faire cela avec des enfants

Encore une fois, cela est faux, avec un minimum de précautions, mais il est tout à fait possible de teindre avec des enfants, ils se passionneront vite pour les couleurs saines. J’ai déjà consacré un article à mes expériences dans ce domaine.

Atelier teinture a7ux pelures d'oignons et cochenilles avec des enfants, médiathèque de Loches
Atelier teinture a7ux pelures d’oignons et cochenilles avec des enfants, médiathèque de Loches

Et si on essayait d’oublier les préjugés

Une fois que l’on aura écarté tous ces préjugés, il faut choisir les bonnes plantes sur les bonnes fibres, avec le bon mordançage et la voie est ouverte à de nombreuses recherches et applications.

Pour lutter contre ces préjugés

Le mieux, c’est teindre le plus souvent possible, faire le maximum d’essais, ici aussi l’expérience est notre meilleure alliée. C’est la pratique qui nous enseigne, car les livres peuvent être très utiles, mais ni les photos, ni les mots ne peuvent remplacer les essais que l’on peut faire et qui donne parfois des résultats différents de la théorie.

Envoyons ballader les préjugés et découvrons la magie des teintures naturelles…

Connaître 5 choses

5 choses à connaître pour teindre naturellement

Il y a beaucoup à connaître pour bien teindre avec les plantes, les anciens teinturiers élaboraient des nuanciers très précis, comme celui que commente Dominique Cardon dans son livre.

Livre de Dominique Cardon commentant un cahier d'échantillons d'un teinturier peu avant la Révolution Française
Livre de Dominique Cardon commentant un cahier d’échantillons d’un teinturier peu avant la Révolution Française

Au Moyen âge, en Europe, comme l’explique Michel Pastoureau, les teinturiers étaient très spécialisés en une ou au grand maximum deux couleurs.

Connaître les fibres

Premièrement, il faut se donner la peine de connaître les fibres, sous peine de gaspiller de l’énergie et de la matière tinctoriale inutilement, ce qui est anti-économique et anti-écologique. C’est encore une histoire de chimie.

En effet, toutes les fibres n’ont pas la même affinité pour les teintures et cela un problème ancien, les Européens ont longtemps espionné en Orient pour obtenir le rouge d’Andrinople sur coton…

Et maintenant, avec toutes les fibres et artificielles et synthétiques, le problème s’est complexifié, il est parfois difficile de savoir la composition d’une fibre et si celle-ci va pouvoir se teindre.

Il faut aussi se donner la peine de bien laver les fibres pour bien les dégraisser. En effet, pour la filature industrielle, on pratique ce qui s’appelle l’ensimage, opération qui consiste à pulvériser des huiles sur les fibres, sinon elles s’accrocheraient dans les machines et les bloqueraient.

Ce traitement s’applique à tous les types de fibres.

Il faut donc éliminer ces huiles d’ensimage (pour certains laines bas de gamme, il s’agit de parafine, ce qui pas très sain), sinon on teindrait les huiles et la teinture s’en irait au lavage. C’est aussi ce qui arrive à ceux qui dégraissent mal leurs laine de mouton avant de teindre.

Cependant, pour la filature artisanale, il est beaucoup plus agréable de filer la laine sale (avec sa précieuse lanoline) et de la dégraisser une fois filée.

Les différentes fibres ont leur texture particulière qui peut s’apprécier au microscope et explique les raisons pour lesquelles elles sont ou moins faciles à teindre. Ces structures microscopiques interviennent lors de la teinture en complément de la composition chimique de la fibre.

Tests de reconnaissance

Il existe de nombreux tests pour reconnaître les fibres, peut-être dans un prochain article sur ce site, ou sur le nouveau en espagnol, je publirais un article résumant les différents livres qui traitent du sujet.

Lors du premier atelier à Santa Fe, Argentine, une des stagiaires qui était pharmacienne, nous a fait un petit résumé. Nous avions testé les toiles supposées être en coton, pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

Nous avons brûlé des échantillons pour constater leur odeur typique à papier brûlé et nous avons fait aussi un test de teinture au thé (une des teintures les plus solides).

Tests des toiles brûlées
Tests des toiles brûlées

Test de la teinture au thé
Test de la teinture au thé

Nous n’avons pas eu de mauvaises surprises.

Fibres animales ou protéiques

C’est le meilleur des cas, il s’agit de la laine de mouton, des poils d’animaux divers (alpagas et autres camélidés, lapins et chèvres, angora, poils de chiens, cheveux humains… et bien sûr la soie).

Même dans cette catégorie, la teinture n’affectera pas de la même manière, même entre les différents poils… Certains sont plus lisses et ont plus de mal à se teindre ou plutôt nécessitent une plus grande quantité de matière tinctoriale.

La soie doit être traitée avec plus d’attention, car elle est plus fragile.

En général, les fibres animales supportent assez bien les acides dilués, mais plutôt mal les produits alcalins.

Fibres végétales ou cellulosiques

Ici on retrouve: le lin, le coton, la ramie, le raphia, le sisal, le jute, le chanvre, fibres de bambou, de bananier, de bouleau, d’ortie, de liber de tilleul… nombreuses fibres végétales ont été oubliées et demandent à être redécouvertes… Pour certains textiles archéologiques, il n’a pas encore été possible de déterminer à quelle plante appartiennent les fibres.

Différentes fibres, de haut en bas, soie sauvage, soie domestique non décreusée, soie décreusées (fibres animales), puis sisal, fibre de bananier et raphia de Madagascar
Différentes fibres, de haut en bas, soie sauvage, soie domestique non décreusée, soie décreusées (fibres animales), puis sisal, fibre de bananier et raphia de Madagascar

Si l’on désire que la teinture se maintienne, surtout dans le cas des vêtements qui doivent pouvoir être lavés… sauf cas de teinture avec des plantes à tanins, il faudra mordancer d’une manière spéciale.

Contrairement aux fibres animales, les fibres végétales supporte bien les produits alcalins ou basiques et plutôt mal les acides.

Fibres artificielles, bien les connaître

En général, elles sont à base de cellulose végétale fondue et refilée, comme c’est le cas de la viscose (qui se teint très bien), mais les procédés d’obtention sont généralement très polluants (à base de solvants organiques volatiles tels que l’acétone) et en outre sont souvent très inflammables…

Mais il en existe aussi à base de protéines comme le lanital à base de lait, des fibres de soya… Il me semble cependant insensé d’élever des vaches pour ne récupérer que la caséine de leur lait pour faire des fibres, alors qu’on a que l’embarras du choix avec les plantes… et par ailleurs des gens meurent de faim!

Je n’ai donc pas testé ces fibres et je ne pense pas le faire.

Fibres synthétiques, à connaître aussi

Elles sont très nombreuses et changent de noms selon les pays, il en apparaît toujours de nouvelles et sont souvent mélangées entre elles ou avec des laines, du coton ou d’autres fibres…

Il faut donc tester, il me semble que les fibres naturelles sont toujours supérieures.

Fibres minérales

Il s’agit de:

  • fibres métalliques (or, argent, cuivre…)
  • amiante (interdit car cancérigène)
  • fibres de verre

Elles ne peuvent pas être teintes naturellement.

Autres matières

Plumes

Les plumes se teignent bien car elles sont d’origine protéique.

Il est à noter que selon une découverte récente, la couleur des plumes n’est pas due à des pigments ou colorants (sauf quelques cas de jaunes), mais à des trous microscopiques qui absorbent ou reflètent la lumière de manière différente selon leur forme…

Papier

Le papier se teint très bien, surtout s’il n’est pas blanchi au chlore.

Nous avons fait des tests lors des cours à la Redonda, Santa Fe (Argentine).

Echantillon de papier teint avec les fleurs de jacaranda, lors de l'atelier à Santa Fe, Argentine
Echantillon de papier teint avec les fleurs de jacaranda, lors de l’atelier à Santa Fe, Argentine

 J’ai aussi suivi un cours passionnant qu’avait donné une artiste du papier naturel (Aydée …) à Lauris, chez Couleur Garance. Elle avait teint des fibres de papier végétal avec de la garance, c’était très beau.

Papier végétal artisanal avec fibre teintes avec racines de garance moulues
Papier végétal artisanal avec fibre teintes avec racines de garance moulues

Le papier peut aussi être travaillé en ecoprint, c’est vraiment très beau.

Bois

Le bois peut être teint, mais vu que c’est un matériaux très absorbant, il vaut mieux faire des laques à base de pigments végétaux, ainsi que l’explique Michel Garcia.

Le rotin est souvent teint.

Pierres, coquilles, céramique, plâtre

Cela peut être possible dans certains cas, nous avons fait des essais à La Redonda, mais ce sont aussi des matériaux très absorbants.

Coquillages teints avec les peaux d'oignons lors de l'atelier à la Esquina Encendida, Santa fe, Argentina
Coquillages teints avec les peaux d’oignons lors de l’atelier à la Esquina Encendida, Santa fe, Argentina

Coquillages teints avec diffèrentes plantes et de la cochenille pour le mauve, parfois avec des échantillons de laines qui les ont accompagnés lors de la teinture
Coquillages teints avec différentes plantes et de la cochenille pour le mauve, parfois avec des échantillons de laines qui les ont accompagnés lors de la teinture

Perles en céramique sortant de leur bain de teinture, à La Redonda, Santa Fe
Perles en céramique sortant de leur bain de teinture, à La Redonda, Santa Fe

J’ai essayé de teindre des perles de rivière avec la cochenille, elles ont pris un ton rosé très pâle et ont perdu un peu de leur éclat.

J’aimerai bien pouvoir teindre de la cire, j’ai été contactée récemment par des étudiants de Santiago pour teindre des préparations de laboratoire en biologie, pour les observer au microscope.

Connaître les plantes

C’est indispensable, car il faut s’attendre à des résultats similaires avec des plantes de la même famille, mais on peut parfois avoir des surprises, de plus, il vaut mieux éviter les plantes toxiques.

Palqui ou parqui, à Concón
Palqui ou parqui, à Concón

Il convient de savoir quelles parties utiliser dans la plante, les colorants se concentrent parfois dans certaines parties. Souvent la couleur est bien cachée.

Connaître les plantes à tanins

J’ai déjà rédigé deux articles sur le thèmes des plantes à tanins et sur les couleurs qu’ils nous permettent d’obtenir.

Grenadier en fleur, avec quelques fruits en formation, bonne plante à tanins
Grenadier en fleur, avec quelques fruits en formation, bonne plante à tanins

Connaître les plantes à flavonoïdes

Elles sont très nombreuses. Je parle aussi longuement des plantes à flavonoïdes et des autres plantes à jaunes dans un article, je me permets donc de vous y renvoyer pour ne pas me répéter inutilement.

Les feuilles de ronces avec les jeunes rameaux, excellente solution de taille, teignent d'un joli jaune, en dégageant une agréable odeur de confiture, présence de tanins, les épines piquent encore après cuisson
Les feuilles de ronces avec les jeunes rameaux, excellente solution de taille, teignent d’un joli jaune, en dégageant une agréable odeur de confiture, présence de tanins, les épines piquent encore après cuisson

Connaître les plantes à anthocyanes

Il s’agit de la plupart des baies et fruits rouge à noir, les plantes pourpres, certaines fleurs, ce ne sont généralement pas des colorants très stable ni chimiquement, ni à la lumière…

photo

Connaître les plantes à anthraquinones

Elles donnent de jolis tons roux, rouge… beaucoup appartiennent à la famille des rubiacées, comme la garance, principal représentant en Europe, mais il existe des équivalents partout dans le monde.

Connaître les plantes à indigo

Les plantes à indigo nous donnent le bleu, couleur rare dans la nature, en combinaison avec une teinture avant ou après en jaune, on peut obtenir de jolis verts, ce qui est généralement difficile à obtenir avec une seule plante.

En combinaison avec les roses et rouges, on obtient des violets et pourpres, ces combinaisons étaient déjà utilisées dans l’antiquité pour imiter la pourpre des coquillages.

Dans toutes les régions du monde, il y a des plantes à indigo, on peut citer les différents indigotiers, le pastel, la renouée des teinturiers, le strobilanthes, certaines autres ont été complètement oubliées ou n’ont pas été exploitées.

Connaître les champignons et les lichens

Un certain nombre  de champignons, généralement toxiques teignent et permettent d’obtenir tout l’arc-en-ciel. Malheureusement, j’ai bien lu plusieurs livres à ce sujet en plus des chapitres concernant les champignons dans les livres de Dominique Cardon, mais je n’ai guère eu l’occasion d’essayer à part quelques lichens appelés au Chili “barba de palo” qui donne des jaunes-roux intéressants…

Connaître les teintures animales

Cochenilles, kermès, lack et pourpre de murex ou autres coquillages ont depuis longtemps uilisés pour des teintures de grand luxe.

De tout cela, il ne reste utilisée à grande échelle, que la cochenille provenant du Mexique et plus généralement d’Amérique Latine, parfois élevée ailleurs (îles Canaries, par exemple).

Le lack en Inde, set toujours produit, mais pour la résine et non plus pour le colorant, comme l’explique Dominique Cardon.

Quant à la pourpre de coquillages, elle est presque anecdotique malgré des recherches très intéressantes menées à Carthage (Tunisie)… Au Chili, les “locos” et “locates” très appréciés pour leur chaire, possèdent aussi une glande à pouvoir tinctoriale, mais elle est généralement rejetée à la mer lors du nettoyage des fruits de mer… Quel gâchis…

Connaître les mensonges

Tout ce qui tache ne teint pas!

La betterave rouge ne teint pas en rose, quelque que soit le mordant choisi.

Connaître les mordants

Connaître les mordants chimiques

Je parle longuement des mordants dans des premiers articles que j’ai écrits.

En principe, je travaille avec de la pierre d’alun (double sulfate d’aluminium et de potassium) ou du sulfate d’aluminium simple, de la soupe de clous (acétate de fer), du sulfate de fer, et assez rarement avec du sulfate de cuivre.

Connaître les mordants toxiques

Dans le passé, les industries textiles et papetières n’hésitaient pas à utiliser le plomb, l’arsenic et bien d’autres produits dangereux pour la santé, comme le cuivre, le chrome et l’étain…

J’étais assez surprise, il y quelques temps, de voir sur facebook, une femme aux Etats-Unis faire des essais de teintures naturelles avec des eaux d’une source très chargée en lithium…

Il me semble que les mordant, vu qu’ils aident à fixer la teinture sur leur support doivent rester présents sur celui-ci (ce qui n’est pas le cas des catalyseurs qui facilitent une réaction, mais ne doivent pas rester dans le produit final). Donc, si on utilise un produit dangereux son contact lors de l’utilisation des vêtements peut causer divers problèmes de santé.

C’est ainsi que de nombreuses personnes ont été empoisonnées au XIXème siècle (entre autres, paraît-il même Napoléon Ier) par des papiers peints (verts) à l’arsenic qui avec le temps dégageaient des gaz nocifs (voir Michel Pastoureau).

Livre sur le vert de Michel Pastoureau, quelle patience pour nous donner à connaître autant informations!
Livre sur le vert de Michel Pastoureau, quelle patience pour nous donner à connaître autant informations!

Connaître les mordants naturels

Il y a beaucoup à faire pour redécouvrir les mordants naturels, les associations de plantes… Pour cela, il faut étudier de très près les techniques des teinturiers traditionnels, écouter avec patience, faire des essais, car ils connaissent mieux que nous les plantes bioaccumulatrices (qui accumulent dans leurs tissus certains métaux: aluminium, fer, cuivre) et savent les utiliser à bon escient.

Connaître la patience

Teindre avec la nature suppose aller à son rythme, bien la connaître. Il faut donc être patient et rentrer dans un monde “slow” qui prend son temps pour bien faire les choses comme il faut…

Parfois, il faut semer des plantes tinctoriales pour pouvoir teindre avec, et dans certains cas il faut attendre jusqu’à 5 ans pour qu’elle donne une bonne qualité de teinture, comme dans le cas de la garance…

Si on veut travailler par fermentation, la teinture elle-même peut prendre facilement un mois…

Il faut aussi prendre le temps d’étudier des recettes, de faire des tests, de laisser tremper et refroidir…

Connaître son eau

L’eau que l’on utilise pour teindre a aussi son importance, son acidité ou sa dureté, ainsi que la présence de différents minéraux et métaux influencent les teintures.

Photo Fuente Mamiña

Connaître ses désirs

Il faut aussi savoir ce que l’on veut, certaines couleurs très chatoyantes (parfois très luxueuses, comme le saffran ou le carthame) peuvent être très fugitives, sans parler de la fameuse betterave.

Des règlements sont apparus très tôt dans l’histoire de la teinture concernant les grands et petits teints.

D’autre part, si on veut obtenir une couleur très précise, il faut s’attendre à devoir faire de nombreux essais, parfois à compléter les bains, les répéter, prendre note de toutes les étapes, garder tous les échantillons en mentionnant comment ils ont été obtenus, faire des tests avec différents mordants à différentes dilutions…

Conclusion

Outre ces connaissances basiques, il bon d’avoir de bonnes bases de chimie, les anciens teinturiers étaient souvent assimilés à des alchimistes (ancêtres des chimistes modernes)…

Une bonne formation en chimie aide à prévoir les résultats, à comprendre les bains ratés. La chimie me passionne bien que je ne sois qu’autodidacte en ce domaine, mais elle explique beaucoup de chose.

Cependant, les teinturiers traditionnels qui ne connaissent pas la chimie, ont une très bonne connaissance pratique des plantes, des fibres et autres mordants qu’ils utilisent, et travaillent souvent une gamme restreinte de couleurs. Ils ont un sens de l’observation et de l’expérimentation très développé et ont l’habitude de travailler avec ce qu’ils ont à leur disposition.

Heureuse de travailler la laine

Je suis heureuse de travailler la laine

Je suis très heureuse de travailler et de manipuler la laine, c’est la fibre que je peux travailler depuis la source au produit fini, il ne me manque que d’élever les animaux à tondre… J’espère que cela viendra (j’ai déjà fait un essai à Mamiña, avec des lapins angora)… J’aimerais aussi beaucoup essayer la sériciculture (élevage de vers à soie)…

Très heureuse, entrain de tondre un alpaga, à Concón, Bébé alpaga très curieux
Très heureuse, entrain de tondre un alpaga, à Concón, Bébé alpaga très curieux

La laine est la matière que j’ai en très grande quantité à ma disposition, ici à Puerto Montt, chez mon ami Angel, mais je m’intéresse aussi à toutes les autres fibres, surtout naturelles, bien que certaines soit rares et coûteuses ici (soie, lin, chanvre…).

Petite sélection de laines
Petite sélection de laines

A Madagascar, j’ai eu l’occasion de faire des essais avec la soie, le sisal, les fibres de bananier et le raphia.

Démostration de teinture à la cochenille sur différents types de fibres
Démostration de teinture à la cochenille sur différents types de fibres

C’est d’ailleurs, cet intérêt pour la diversité qui me pousse à me préparer pour un tour du monde textile et tinctorial. Je veux bien sûr retourner dans les endroits où j’ai eu des expériences de teintures intéressantes, mais il y a aussi beaucoup à apprendre en chemin

Si vous souhaitez organiser, là où vous vivez, une étape de formation et d’échanges techniques, n’hésitez pas à me contacter pour nous organiser.

Dans cet article, vous allez en apprendre plus sur moi.

Heureuse de filer

Débuts à La Ligua

J’ai appris à filer la laine il y a environ 10 ans, quand je vivais à La Ligua, qui est supposée être la capitale textile au Chili, c’était sans doute le cas il y a trente ans, où l’on entendait le bruit des machines à tricoter et des métiers à tisser, partout dans la ville.

Maintenant, la production a beaucoup diminué et est essentiellement à base de fibres syntétiques. Il y a un peu plus de dix ans, quand je vivais là-bas, j’ai tout de même trouvé une artisane qui a eu la gentillesse de m’enseigner à filer, il s’agit de Paulina de Origen Chile, je l’en remercie encore aujourd’hui,

Avoir appris à filer m’a beaucoup apporté et j’en suis heureuse. Cela n’est pas difficile, mais il faut de la pratique et c’est long, très lent. Au fuseau, mètre par mètre, au rouet électrique, c’est plus rapide, mais la qualité n’est plus la même. L’intérêt est que cela me permet d’obtenir un fil personnel qui ne peut pas se confondre avec un fil industriel. D’ailleurs, chaque personne qui file, file à sa façon, les femmes qui filent et vendent leur laine, la reconnaisse, même teinte parmi toutes les laines filées par leurs collègues.

Laines filées par différentes mains
Laines filées par différentes mains

Maintenant

Je trouve merveilleux de pouvoir partir d’une matière brute, directement de la tonte, d’en faire un fil, éventuellement de le retordre avec un autre, de pouvoir  mélanger cette matière brute avec une autre (de la soie, par exemple) ou avec une ou plusieurs autres couleurs, de tester les différents types de torsion, différentes textures… Les variantes sont infinies…

Laine de mouton en toison brute
Laine de mouton en toison brute

Filer permet d’occuper ses mains quand il fait froid, de ne pas rester à ne rien faire dans les temps d’attente, il m’arrive d’emmener de la laine et un fuseau quand je sors faire des démarches, d’ailleurs, je file aussi en marchant…

Filer comme culture

Je pense que l’on devrait enseigner aux enfants à filer, non seulement pour développer motricité fine et pour faire suivre des traditions qui risquent de se perdre, mais aussi parce que la filature au fuseau réunit un certain nombre de lois physiques et permet de les expliquer simplement (résistance, inertie, forces centrifuge et centripète…).

Filer pour la qualité

Filer moi-même ma laine me permet d’obtenir un résultat différent et donc une pièce unique non reproductible à l’identique, comme on le fait à La Ligua où tous se copient avec les mêmes matériaux de base (fils synthétiques, gammes de couleurs limitées, même si les hangars des marchands de “laine” sont impressionnants).

Sans le savoir, je suis rentrée dans le mouvement “slow“…

De plus, si je veux pouvoir être exigeante sur la qualité de laine que l’on me vend, je dois connaître tous les processus pour l’obtenir, les femmes qui me vendent leur laine savent que je file aussi et beaucoup ont amélioré la qualité de leur laine depuis la date où je suis arrivée à Puerto Montt.

Filer, c’est un peu méditer

Quand on file, on entre dans un autre monde, au fil des pensées qui vont et viennent, comme on analyse le fil qui se construit, petit à petit, on commence à voir les choses sous différents angles, à se poser des questions, à imaginer des expériences… Tisser et tricoter, avec leurs aspects mathématiques, permettent de poursuivre ces réflexions. Ces pratiques me font beaucoup de bien, et je ne voudrais pas être la seule à en bénéficier.

Heureuse de teindre

En même temps que j’apprenais à filer, je découvrais les teintures naturelles grâce à un livre de Dominique Cardon.

Livre de Dominique Cardon qui m'a donné les bases de ma nouvelle carrière
Livre de Dominique Cardon qui m’a donné les bases de ma nouvelle carrière

 La teinture est pour moi un vrai plaisir, la couleur modifie complètement la texture et la qualité de la laine, généralement en bien, parfois en mal, et ce si possible pour longtemps.

Quel plaisir que d’épuiser un bain (de cochenille, par exemple) et d’obtenir ainsi une série de couleurs en dégradé (certains bains semblent interminables), ou d’obtenir des laines multicolores, soit en reteignant, soit en jouant avec les mordants.

Tous ces roses saumon proviennent d'un seule et même bain de garance et cochenille qui n'en finit pas de s'épuiser, de ce bain sont aussi sortis quelques kilos de ruban à feutrer et de laine filée industriellement
Tous ces roses saumon proviennent d’un seule et même bain de garance et cochenille qui n’en finit pas de s’épuiser, de ce bain sont aussi sortis quelques kilos de ruban à feutrer et de laine filée industriellement

C’est aussi pour moi très agréable d’enseigner et de partager mes techniques.

Comment ne pas s’enthousiasmer quand on peut faire jaillir un jaune éclatant d’une simple “mauvaise herbe” comme la “sorona” ou “brea”… ou d’un déchet… On ne regarde plus son environnement de la même manière après ces simples expériences. Après, on voit des teintures partout… dans la cuisine, dans la rue, dans les poubelles… Il suffit d’essayer.

Jaune de sorona, plante détestée par tous ceux qui cultivent dans le nord du Chili - teinture lors du cours à Pica
Jaune de sorona, plante détestée par tous ceux qui cultivent dans le nord du Chili – teinture lors du cours à Pica

Certaines teintures peuvent être faites avec des enfants, il s’en émerveilleront.

Les enfants de Mamiña teignent du papier au choux rouge
Les enfants de Mamiña teignent du papier au choux rouge

Les matières tinctoriales sont très nombreuses et les techniques aussi. Il y a toujours de nouvelles expériences à faire, des plantes à tester, des essais de fermentation, d’ecoprint, de shibori, d’ikat…

A chaque teinture, j’apprends quelque chose, c’est aussi important

Heureuse de tisser

Après avoir obtenu une très ample gamme de couleurs naturelles, j’éprouve beaucoup de plaisir à les unir, les mélanger… en les tissant sur toute sorte de métiers, même en absence de métier véritable

Métier à tisser de fortune, à Concón
Métier à tisser de fortune, à Concón

Heureuse de tricoter

Non seulement je tisse, mais je tricote depuis l’enfance… le crochet me permet toujours d’unir les pièces tissées (je n’aime pas coudre, je couds donc au crochet).

J’ai beaucoup crocheté à différentes périodes de ma vie. Et, maintenant, je vis du travail de la laine, sous toutes ses formes.

Mon stand. lors de l'exposition à l'Alliance Française `à Antananarivo, MMadagascar, lors de l'IFPECO en mai 2017
Mon stand. lors de l’exposition à l’Alliance Française `à Antananarivo, MMadagascar, lors de l’IFPECO en mai 2017

Le crochet donne toutes les possibiltés: travaux plats, mais aussi en volume… qui peuvent s’aggrandir dans tous les sens, qui va de l’utile au simplement estéthique.

Chaque tissage est une expérience différente, il faut en tirer profit…

Heureuse de feutrer

Le feutre est une autre façon d’utiliser la laine avant sa filature. J’ai testé les deux techniques, humide avec l’eau et le savon et sèche avec les aiguilles.

Quelle surprise que de voir cette laine sans forme se compacter et prendre forme, passer d’un paquet de fibres de laines désordonné à une toile non tissée, mais résistante ou une pièce en volume et solide. unifiée, parfois souple et légère et presque transparent ou raide et compacte, en passant par tous les intermédiaires.

Là aussi, la couleur intervient, elles peuvent se fondre ou s’opposer.

On peut y inclure des fibres différentes, du tissu. des pièces de crochet, on peut le broder, l’imprimer, le feutre est donc une matière très versatile.

Echarpe en feutre brodée, teinte aux feuilles de noyers
Echarpe en feutre brodée, teinte aux feuilles de noyers

J’espèrais pouvoir recycler ainsi des laines courtes que les femmes qui filent ne veulent pas utiliser, mais cela n’est pas si facil, le nettoyage de ces laines est très long et je n’ai pas réussi à obtenir des résultats très satisfaisants. Et pourtant, on doit pouvoir partir de la laine brute.

Heureuse d’enseigner

Enseigner et partager mes connaissances et expériences est très bénéfique.

Quand j’avais ma petite imprimerie informatique, quand je suis arrivée au Chili, à Viña del Mar pour y rester en 1999, je faisais toute sorte d’impressions (cartes de visite, souvenirs, parchemins…) avec mon client à côté et je m’efforçais de me plier à ses désirs…

Maintenant, il en est de même avec les formations qui doivent s’adapter à chaque cas… Par exemple, pour le cours de teintures naturelles à La Redonda, Santa Fe, Argentine, ils ont voulu travailler surtout avec le coton, parce qu’il faisait très chaud déjà, et que la laine n’est pas courante dans cette région, je m’y suis adapté, et cela a été passionnant pour moi, l’expérience a été si intéressante que j’ai choisi d’en parler lors de ma présentation à l’IFPECO de Madagascar en mai 2017, plutôt que de parler des quatre dernières années à Puerto Montt, où je vis au milieu de la laine.

Technique à l'indigo de réserve à l'argile de Michel Garcia complétée à l'argile de couleur par des stagiaires céramistes
Technique à l’indigo de réserve à l’argile de Michel Garcia complétée à l’argile de couleur par des stagiaires céramistes

Je souhaite donc multiplier à l’infini ces expériences…

Heureuse de toutes les rencontres

Je suis heureuse de toutes les rencontres faites lors de mes cheminements. Je pourrais écrire tout un livre sur les personnages de Mamiña, ce village vit à la fois décalé du monde moderne et est en même temps trop proche de la modernité qui menace de l’engloutir…

A chaque étape, j’ai connu des gens qui me donne envie de revenir…

Parfois, heureuse de vendre

J’ai parfois le bonheur de vendre… Ce n’est pas aussi facile que l’on pourrait le croire, le temps n’est malheureusement pas valorisé, ni l’expérience… comme si les choses se fabriquaient toutes seules…

C’est tout de même agréable de voir ses créations appréciées… Cela a été le cas lors de l’IFND à Taiwan où j’ai vendu plus de la moitié des deux valises de tricots et tissages en laine que j’avais amenées. J’ai été vraiment très agréablement surprise, vu qu’il fait très chaud à Taiwan.

Pourquoi suis-je aussi heureuse?

Une autre des composantes de mon bonheur sont les voyages. Ma passion m’a permis de voyager, et je me prépare pour un long voyage d’investigations et d’échanges sur ces techniques…

La lecture, technique, mais aussi diverse est une partie importante de ma vie, malheureusement la culture a un coût élevé ici.

Je suis aussi heureuse d’être apicultrice

Cela n’a peut-être rien à voir avec le sujet, mais ce sont les abeilles qui m’ont introduite dans le monde de l’écologie, j’y étais déjà sensible, mais en théorie, pas dans la pratique. J’avais encore quelques rûches quand j’ai commencé à teindre avec les plantes…

Un des trois essaims d'abeilles que j'ai récupéré à Longotoma
Un des trois essaims d’abeilles que j’ai récupéré à Longotoma

En découvrant les abeilles, j’ai aussi compris beaucoup de relations entre la chimie et beaucoup de choses, entre autre la teinture naturelle…

J’ai aussi découvert une apicultrice, mon amie Lucia à Rancagua… avec elle nous avons aussi fait des expériences de teintures naturelles…

Comment suis-je heureuse?

Les découvertes quotidiennes pratiques et théoriques me rendent heureuse et me poussent à en faire toujours plus. Et le plus beau de tout cela, c’est que je le fais d’habitude avec peu de moyens… Parfois moins est mieux!

Et si je partageais ce plaisir?

C’est ce que j’essaie de faire avec ce site et avec les formations. Et je continue à vous proposer d’organiser de nouvelles expériences… pour innover en retournant aux traditions…

Conclusion

Ma vie consiste donc, maintenant, à manipuler la laine ou d’autres fibre par tous les moyens possibles pour obtenir des objets de toutes sortes…

Je m’intéresse aussi à tout ce qui est tresses, cordons, mais aussi dentelles, frivolité… et autres techniques anciennes, voire “primitive” qui sont parfois fort compliquées et très créatives…

J’aime mélanger les techniques, elles se complètent… et m’enseignent des détails qui peuvent être importants.

Cette vie me permet de toujours apprendre, ce qui allie l’utile à l’agréable et j’en suis heureuse…

Tisser avec le métier Maria

Comment tisser avec le métier María

Dans un article précédent, j’ai expliqué les qualités de ce métier à tisser intermédiaire entre les cadres à clous, les métiers anciens, traditionnels, à pieux, mapuche… et les métiers dits “professionnels” à pédales.

Maintenant, je vais vous montrer comment le tisser…

Petite pièce tissée, avec des restes de laines teintes naturellement
Petite pièce tissée, avec des restes de laines teintes naturellement

Préparer la chaîne

Pour ce métier à tisser, la préparation de la chaîne est une étape de première importance, car les erreurs gêneront durant toute la durée du tissage. Donc pour bien tisser, il faut faire très attention à l’installation de la chaîne.

D’autre part, il faut aussi essayer d’économiser les matières premières, les laines de chaîne doivent être de la meilleure qualité possible, elle doivent résister aux mouvement du peigne (qui s’il est mal pensé, peut user et couper les fils de chaîne). Donc, il faut au moins une fibre à deux fils, pour la solidité. Cela a un coût, surtout si on travaille avec des fibres filées artisanalement.

C’est la raison pour laquelle je prépare des chaînes les plus longues possibles. Je coupe les pièces une fois tissées, et renoue les futures franges pour recommencer une nouvelle pièce.

Mes premières chaînes longues devaient mesurer 5-6 mètres, dès que j’ai commencé à travailler avec ce métier à tisser, en revenant de Santa Fe (Argentine), à Mamiña.

L’idéal est de monter la chaîne à l’extérieur, mais en évitant les jours de vent, celui-ci peut emmêler les fils, et il a tendance à allonger certains fils plus que d’autres.

Montage de chaîne sur métier à tisser María à Mamiña
Montage de chaîne sur métier à tisser María à Mamiña

Montage d'une chaîne sur métier à tisser María, lors du cours que j'ai donné à Pica
Montage d’une chaîne sur métier à tisser María, lors du cours que j’ai donné à Pica

A Puerto Montt, j’ai de la place je monte des chaînes de plus de 10 mètres, récemment, je suis allée donner un cours à Andacollo, nous avons monté une chaîne de 18 mètres de long.

J’ai donc moins de pertes que si je monte 6 ou 7 chaînes de 2,50 m (par exemple, dans le cas des jetées de lit), ou l’on perd toutes les attaches des deux côtés. Il y a des gens qui coupent les fils de chaîne un par un, ils ont beaucoup de perte, on ne tend pas toujours pareil les fils, à la sortie du métier le tissage se rétrécie dans les deux sens, il faut donc en tenir compte dans les calculs…

Je préfère monter de longues chaîne, mesurer mes pièces au fur et à mesure du tissage, et couper quand je veux, je renoue la chaîne et continue jusqu’à épuisement de la chaîne, ainsi je l’utilise à fonds.

Je vais donc vous montrer le montage d’une chaîne de 10 m, étape par étape, sur un métier d’1.20 m de large au moyen de photo.

Le métier doit être bien fixé à une table inamovible. La chaîne va s’accrocher à une barre, ou à un pieux.

Les fils passent en double dans les fentes du peigne.

Les fils passent double dans les fentes et vont s'attacher sur l'ensouple arrière
Les fils passent double dans les fentes et vont s’attacher sur l’ensouple arrière

Enrouler la chaîne sur le métier à tisser

Avant, je coupais la chaîne et en faisait une ou plusieurs chaînettes géantes avec toute la chaîne, o la chaîne divisée en trois ou quatre parties.

Premiers essais de montage de chaîne
Premiers essais de montage de chaîne

Maintenant, une fois la chaîne tendue, je la coupe, et la noue en la lissant bien à un objet (actuellement une valise, j’ai vu une video sur internet où ils utilisaient une bouteille de 5 l d’eau). Avec ce système, je peux monter ma chaîne toute seule.

Attache de la chaîne sur la valise
Attache de la chaîne sur la valise

On tire la valise en enroulant la chaîne sur l'ensouple
On tire la valise en enroulant la chaîne sur l’ensouple

J’enroule la chaîne sur l’ensouple en tirant sur la valise, qui se rapproche petit à petit du métier sans s’emmêler.

Quand la valise est assez proche du métier, on peut détacher la chaîne et on continue à enrouler en lissant bien la chaîne
Quand la valise est assez proche du métier, on peut détacher la chaîne et on continue à enrouler en lissant bien la chaîne

Quand il ne reste presque plus de chaîne à enrouler, on dénoue la valise, on ne garde que le nécessaire pour nouer la chaîne sur l’autre ensouple ou s’enroule la toile.

On coupe les fils de chaîne pour les égaliser avant de les nouer. Je récupère ces déchets pour faire des franges…

On égalise les fils de chaîne avant de les sèparer entre fentes et trous et de les nouer
On égalise les fils de chaîne avant de les sèparer entre fentes et trous et de les nouer

Nous passons à l’étape suivante.

Séparer les fils pairs et impairs

A ce niveau, on peut désolidarisé le métier de la table. On va retirer un fil de chaque fente du peigne pour le passer dans le trou à côté. On le fait fil par fil.

On sépare les fils de chaîne entre les fentes et les trous
On sépare les fils de chaîne entre les fentes et les trous

Attacher les fils  de chaîne sur le métier à tisser

Une fois cette étape finie, on va attacher les fils de chaînes à l’ensouple sur laquelle va s’enrouler la toile tissée.

On va prendre ces fils par petits paquets (je prends habituellement 4 et 4) et je les noue sur la latte de bois qui est attachée à l’ensouple. Je les noue de façon à pouvoir les dénouer à la fin du tissage pour les transformer en franges.

Tous les fils de chaînes sont attachés
Tous les fils de chaînes sont attachés

Commencer à tisser

Et maintenant, on peut commencer à tisser.

Je laisse 3 trois fois la largeur de la chaîne de fil de trame sans le tisser.

Je tisse les premières trames (environ 10), en général, avec une laine fine, semblable à la chaîne.

On prépare la navette
On prépare la navette

On passe la navette dans l’ouverture des fils, on pousse le fil de trame vers soi, à l’aide du peigne, on inverse la position du peigne et on repasse la navette dans l’autre sens.

Passage de la navette, peigne en position basse
Passage de la navette, peigne en position basse

Passage de la navette, peigne en position haute
Passage de la navette, peigne en position haute

Une fois que l’on a une dizaine de trames tissées, on fait le point péruvien.

Premières trames passées
Premières trames passées

Je prends alors le fil que j’avais laisser en dehors du tissage. je l’enfile sur aiguille à canevas. Je vais faire le point péruvien pour bloquer la chaîne et la trame. Cela évite de faire des noeuds avec les franges.

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes
On prend 3 trames et on décale de 2 chaînes

En fin de compte, c’est un point de broderie. Je vais prendre deux fils de chaîne et trois de trame, j’obtiens un point oblique, qui bloque le tissage.

Point péruvien appliqué aussi bien à l'horizontal qu'à la vertical
Point péruvien appliqué aussi bien à l’horizontal qu’à la vertical