Orties qui font plus que piquer

Un essai de filature de fibres d’orties m’a rappelé que je ne devais pas oublier mon site. Me voici donc de retour… après le montage de la yourte, celle-ci a vite été habitée par de nombreux wwoofeurs tous plus intéressants les uns que les autres.

/// Orties qui font plus que piquer /// —- Encore en cours de rédaction —
Nouvel article du 24 Juin 2020 — ce projet de Biolab Maraîchage ne fait que commencer…
Prochain article sur les AMAP ou peut-être sur les Ronces, la Filature ou bien encore les Purins, j’attends vos réactions, pour le moment j’accumule les informations…
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre et peut-être même plus.
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Alors, une botte d’orties fraîches ramenées par Gérard, l’oncle de Paul Thierry de Biolab Maraîchage m’a incitée à faire un test depuis longtemps repoussé… Il s’agit de la filature d’orties. Il était grand temps de m’y mettre.

J’avais trop hésité. J’avais tout sous la main. Il fallait prendre le temps d’essayer. Et les connaissances s’acquièrent aussi par la pratique. Tout n’est malheureusement pas dans les livres, ni sur internet… Voilà, le premier pas est fait.

botte d'orties fraîches
Orties fraîches attendant l’expérience de filature

Oui, les orties piquent

Mais pas tant, il suffit de se frotter avec un peu de plantain pour oublier ses démangeaisons. Le miel aussi peut aussi être utilisé avec efficacité.

En outre, il semblerait qu’elles piquent moins lorsqu’elles sont mouillées.

Plantain dans la serre
Joli pied de plantain dans la serre, bon remède contre les piqûres occasionnées par les orties

Des gants suffisent pour les ramasser et leur ôter les feuilles que je mets de côté pour la teinture.

orties pour teinture
Orties, les feuilles serviront pour la teinture

En outre, il y a une technique pour attraper les orties sans se piquer. Il suffit de les attraper par en-dessous et l’expérience aidant, on devient presqu’insensible.

comment cueillir une ortie
Comment cueillir une ortie sans se faire piquer? j’attends l’aide d’un photographe amateur.

Donc, leur caractère piquant n’est pas le plus intéressant, il ne doit pas cacher de nombreuses qualités.

Les orties se mangent

Nous l’avions oublié. Gratuites et faciles à trouver, les orties sont comestibles et peuvent remplacer avantageusement les épinards. Elles font partie des merveilleuse et surprenantes comestibles sauvages.

On peut difficilement les confondre avec des plantes trompeuses toxiques.

Elles peuvent même se manger crues, il y a une astuce pour cela. Lien Youtube.

Elles sont une excellente source de vitamines et de minéraux nécessaires à une bonne santé.

Ces jeunes orties sont excellentes
Ces jeunes orties sont excellentes, dommage de s’en priver

Les orties sont médicinales

Comme de nombreuses “mauvaises herbes“, les orties, ces méconnues, sont aussi très utiles pour la santé animale et humaine et permettent de se soigner par son alimentation.

Il existe une bibliographie assez étendue à ce sujet.

Il ne faut pas les confondre avec les lamiers. Ils sont aussi médicinales et ne piquent pas. Ils appartiennent à une autre famille botanique. Leurs fleurs permettent de les distinguer.

lamiers pourpres
Ici des lamiers pourpres en fleurs se distinguent nettement des orties
lamiers blancs
Les petites fleurs blanches derrière le plan de kiwi sont des lamiers blancs

Les orties se filent et se tissent

Lorsque l’on mentionne des fibres végétales, on pense tout de suite au lin, au coton et au chanvre. Mais, de l’ortie, peu s’en souviennent… Encore un oubli concernant les orties. Nous allons le réparer tout de suite…

Un peu d’histoire sur les orties

Depuis le plus haut Moyen-Âge, les orties se filent et se tissent en Europe. Elles font partie des fibres végétales oubliées, de même que les mauves et le tilleul…

Au Népal, certaines variétés d’orties sont encore filées et tissées traditionnellement.

Mais je n’ai trouvé que très peu de littérature à ce sujet, à part quelques mentions de Michel Pastoureau dans ses livres. Le personnage légendaire de Robin des Bois aurait été vêtu de vêtements à base d’orties.

Lors de mes recherches pour la rédaction de cet article, j’ai appris que les fibres d’orties sont très solides. On en faisait des toiles de tentes, des vêtements de travail et même des uniformes… Mais je n’ai pas encore trouvé d’informations techniques concrètes.

Des videos

Si les écrits manquent, il existent quelques videos en anglais sur Youtube. Je les ai visionnées plusieurs fois pour vérifier certains détails avant de me lancer. Lien. Cette video m’a beaucoup aidée pour mon premier test.

Ma filature d’orties

Après ce temps de recherche, je me suis lancée. Il faut bien se décider à passer à l’action.

Orties, premier essai de préparation de fibres fraîches
Orties, premier essai de préparation de fibres fraîches

La préparation

J’ai dû changer d’outils, revisionner une video… et m’armer de patience, beaucoup de patience. Car, je n’ai filé que 4, oui 4 orties en plusieurs heures. Cela relève presque de la méditation, il fallait observer de nombreux détails.

Ce marteau en caoutchouc semblait bon, mais il s’est cassé. Il était cependant trop cassant pour les fibres.

Orties fibres marteau
Ce deuxième marteau était beaucoup plus violent pour les fibres d’orties

Comme les fibres se cassaient trop, j’ai encore cherché une autre solution, un manche d’outil en bois, était plus doux.

manche en bois pour frapper les orties
Ce manche en bois pour frapper les orties m’a semblé être la meilleure solution

Dans cette image, on voit les fibres externes des orties qui ont été sélectionnées. Comme dans la video, je vais les gratter doucement avec le couteau pour enlever la pectine qui unit les fines fibres à filer.

orties fibres
J’enlève mécaniquement la pectine entre les fibres des orties en les grattant doucement au couteau

Voici ce que j’ai obtenu avec une première ortie.

fibres une orties
Résultat de préparation de fibre d’une seule ortie, début filature

Il s’agit, en fait de redécouvrir des gestes anciens, détruits par l’urgence des temps modernes.

Traitement des fibres obtenues

Enfin, le résultat: une petite poignée de fibres verdâtres.

D’abord, j’ai rincé cette première partie à la lessive de cendres, fabrication maison, dans l’espoir d’assouplir un peu ces fibres encore un peu rêches.

Filature orties
Filature de la première ortie, encore humide, après lavage à la lessive de cendres

Puis, une autre partie a été traitée au vinaigre blanc additionné de bicarbonate de soude, dans le même but… Le reste de cette préparation servira pour laver la vaisselle…

traitement des orties
Traitement des orties au vinaigre et au bicarbonate

Ce verre contient les fibres de 3 orties.

Ces deux traitements, le premier plutôt basique, le second plutôt acide, ont été copieusement rincés ensuite.

La filature

Alors, j’ai filé ces fibres encore humides, en espérant qu’ainsi elles s’agglutineraient mieux, comme pour la laine.

filature d'orties
Filature d’orties au fuseau

Il est à noter que les fibres restent vertes, même après avoir séché.

J’aurai donc passé tout un après-midi pour filer seulement 4 plantes. Mais cette expérience valait la peine.

Prochains tests

Orties séchées

Alors que mon premier test était avec des orties fraîches, j’ai laisser sécher des orties martelées dans l’espoir que les fibres se séparent plus facilement des parties ligneuses.

La partie blanchâtre ligneuse semble se séparer mieux, mais les fibres externes se sont aussi coupées et ont donc rétréci. Il faut encore les séparer de la substance verte qui unit les fibres.

orties preparees
Orties préparées pour la récupération des fibres

Je pense que je vais les faire tremper pour faciliter la suite du travail.

Orties trempées

J’ai aussi laisser tremper une partie de la botte d’orties effeuillées dans une grande auge remplie d’eau de pluie, pour tester une méthode similaire à celle utilisée pour le lin et le chanvre. Cette technique est appelée rouissage.

Le temps de rouissage peut être assez long.

Orties séchées entières

J’ai aussi une réserve d’orties coupées qui attendent aussi d’être testées.

mauves et orties
Mauves et orties en attente de filature

Les mauves et les roses trémières aussi peuvent être filées, mais la documentation à ce sujet est encore plus pauvre.

La ramie, une cousine de l’ortie

La ramie est une plante de la même famille que les orties, mais elle ne pique pas. Elle est cultivée surtout en Asie pour la production de textiles. Ces fibres sont un peu brillantes et très agréable au toucher.

Je suis à la recherche de graines de ramie. J’aimerai pouvoir compléter mon expérience en ce qui concerne les urticacées.

Enfin, les orties teignent aussi….

Entre autres substances utiles, elles contiennent de nombreux flavonoïdes qui interviennent notamment dans les teintures jaunes

Maintenant, le bain de teinture est en préparation et attends Coralie, la propriétaire de la laine…

bain teinture orties
Bain de teinture d’orties en attente, cuisson prochaine

Sur le feu

Coralie aime le jaune et veut se faire un tapis de yoga. Nous teignons donc la laine en toison après lavage et rinçage.

Le premier bain d’essai était composé de 10 kg de ronces qui ont attendu plus d’un mois le lavage de la laine, le résultat a été un peu décevant. Peut-être que le mordançage à l’alun a été un peu insuffisant. J’avais voulu l’économiser. Mais la casserole était grande. J’ai obtenu de bien meilleurs résultats avec les ronces à Puerto Montt.

preparation teinture ronces
Préparation du bain de teinture aux ronces

Puis, le deuxième bain, plus sympathique a été complété et remplacé les ronces par des camomilles des teinturiers qui ont donné un meilleur jaune. Peut-être que le post-mordançage n’a pas été suffisant, lors du premier bain.

camomille des teinturiers
Les camomilles des teinturiers fourniront un excellent second bain

Voici le résultat de ce deuxième bain.

teinture ronce camomille
À gauche, teinture aux camomilles des teinturiers. À droite, teinture à la ronce. Laine séchée, cardée, doit être relavée…

Le troisième bain sera un bain d’orties pour récupérer les feuilles et les restes de tiges des plantes que j’ai essayé de filer.

Teinture aux orties
Bain de teinture aux orties

Il faudrait aussi que je les teste en ecoprint, car ces feuilles sont délicates et devraient avoir un joli rendu.

Couleur d’orties…

couleur orties
Voici le résultat, valorisation de déchets d’orties

Les orties bio-indicatrices

Je ne peux pas rester sans mentionner le caractère bio indicateur de cette plante et je vous invite donc à voir les nombreuses video passionnantes de Gérard Ducerf et de Konrad Schreiber.

Jeunes orties dans une serre
Jeunes orties dans une serre, future matière première et remède pour la terre

Et le purin…

Il ne faut pas oublier le fameux purin d’orties qui a tant fait parler de lui, tant il était absurde de vouloir l’interdire. Nous avons fait des tests avec différentes plantes, avec une wwoofeuse, Mayeni.

C’était un autre pas à franchir, nous avons profité d’un grand tonneau, de “mauvaises herbes” et de quelques gros orages pour l’eau de pluie… Le temps a fait le reste.

Nous pensons rédiger un article en commun, prochainement, concernant différents purins. L’ortie est bonne pour la santé humaine, animale. Mais, elle est aussi excellente pour les plantes.

purin d'orties
Gregory, wwoofer à Biolab nous aide à enlever les orties du purin, avant de le filtrer. Heureusement, les odeurs ne passent pas par internet. Mais c’est très efficace.

Du papier d’orties

J’aimerai beaucoup faire des essais de papier végétal. Les orties pourraient être une bonne matière première.

J’ai de bons espoirs de pouvoir bientôt faire quelques tests, histoire d’agrandir un peu mes champs de compétences.

Conclusion

Il me semblait nécessaire de rendre justice à ces mal aimées que sont les orties en rappelant quelques une de leurs qualités. Nos temps épris d’urgences (parfois et même souvent inutiles et insensées) nous les ont fait oublier.

Et pourtant, même Victor Hugo leur a dédié un poème

Je dois remercier Madame Marie Pierre Puybarret pour les informations précieuses qu’elle m’a données si gentiment. Je vous invite a visionner un documentaire Neolithic Fashion” où on la voit tisser une reconstitution magnifique de tunique néolithique.

Betterave rouge, non merci!

/// Betterave rouge, non merci! ///
Nouvel article du 8 Mars 2020
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

J’aime beaucoup les marchés, celui-ci a lieu le samedi matin à Angelmó, Puerto Montt, sud du Chili. On y trouve, bien sûr, de la betterave rouge, parmi de nombreux produits typiques. La betterave rouge figure parmi les premiers végétaux tinctoriaux qui viennent à l’idée du public non initié aux teintures naturelles… La référence à la betterave est curieusement permanente. Alors que d’autres déchets de végétaux comestibles, tels que les épluchures d’oignons, plus efficaces, sont oubliées.

Mes premières expériences sont donc dues aux dits de voisins à La Ligua qui n’avaient certainement pas essayés par eux-mêmes…

Mes premières expériences

Pour mes premiers tests, je ne pouvais pas penser les faire avec des produits exotiques tels que l’indigo, la garance ou la cochenille.

J’ai donc eu recours à des plantes que j’avais sous la main et à des déchets. La démarche générale est sans doute bonne, mais la betterave rouge est une exception.

Avec les feuilles de betterave

J’étais pauvre, je souhaitais donc éviter d’utiliser ce qui se mange pour teindre. Cela sentais le gâchis.

J’ai donc commencé à tester avec les feuilles, dont je viens seulement maintenant d’apprendre qu’elles étaient comestibles. J’ai pris un écheveau de 100 grammes de coton. C’était plus économique que la laine naturelle à La Ligua.

Bien sûr, le jus était rose vif, mais en rinçant simplement, tout est parti. Je n’ai eu qu’un jaune très pâle.

J’ai recommencé en ajoutant un mordançage à l’alun. Même résultat. Heureusement, j’avais récupéré les feuilles de betterave sur le marché.

Avec la racine

Il me semblait curieux que tant de gens se trompent. Je décidais donc de recommencer avec la racine, cette fois-ci. Bien que la betterave n’apparaisse nulle part dans ma documentation du moment, le Guide de la Teinture Naturelle de Dominique Cardon.

Cependant, je n’avais pas d’électricité à l’époque, donc pas d’internet. Ce guide et tous les autres livres de Dominique Cardon font toujours partie de ma documentation de base.

Je pris donc la décision de sacrifier un peu d’alimentation pour un nouveau test. Le résultat ne fut pas meilleur. Je comprenais pourquoi la betterave ne figurait pas dans le Guide de Dominique Cardon.

Malheureusement, je n’ai pas de photographies de ces premiers essais. J’aurais bien aimé partager cela.

Dans les cours

À Pica (Nord du Chili)

Dans les cours que j’ai donné à Pica, nous n’avons pas fait le test de la betterave rouge, les femmes n’en produisaient certainement pas dans leurs “chakra” (mot d’origine quechua désignant un petit terrain cultivé). Il fallait faire efficace, nous avons donc travaillé essentiellement avec des produits connus par les femmes. Notamment, nous avons teints avec des herbes médicinales de l’Altiplano, ou des plantes locales que j’avais personnellement testé positivement. Ainsi, nous avons utilisé la Sorona, “mauvaise herbe” qui envahissait les “chakra” et donne un très beau jaune.

À Santa Fe (Argentine)

Lors des deux ateliers à Santa Fe (Argentine), nous avons testé la betterave, car des stagiaires en avaient amenée. Ces groupes étaient très enclins à faire des expériences nouvelles. Nous l’avons donc fait comme contre-exemple, toujours avec le même résultat.

Test de la betterave rouge à Santa Fe, Centre Culturel La Redonda, Argentine
Test de la betterave rouge à Santa Fe, Centre Culturel La Redonda, Argentine

Ici les feuilles de betteraves cuisent pendant que l’on mordance les fibres dans une autre casserole.

Casserole de mordançage, pour préparer les fibres avant la teinture
Casserole de mordançage, pour préparer les fibres avant la teinture

Les fibres mordancées seront ensuite ajoutées au bain de betterave.

Fibres ajoutées au bain de feuilles de betterave rouge, le bain à gauche est de la cochenille
Fibres ajoutées au bain de feuilles de betterave rouge, le bain à gauche est de la cochenille
Petit résumé non exhaustif des teintures de cet atelier, manquent les teintures à la cochenille et celles à l'indigo
Petit résumé non exhaustif des teintures de cet atelier, manquent les teintures à la cochenille et celles à l’indigo

Nous avions étiqueté toutes les teintures que nous avions faites. Je ne vois pas d’étiquettes indiquant la betterave, le résultat a été si décevant que les fibres ont été reteintes.

Une betterave, qu’est-ce que c’est?

C’est une chénopodiacée, Beta vulgaris, de même que les épinards, les blettes et quinoa. Elle produit une grosse racine pivotante que l’on consomme habituellement. Il en existe un grand nombre de variétés, pas toutes rouges.

La culture

Comment naît une petite betterave?

Dans la serre, petite pousse de betterave qui vient de germer, avec ses deux premières feuilles. Les
Dans la serre, petite pousse de betterave qui vient de germer, avec ses deux premières feuilles. Les “mauvaises herbes” ont déjà pris de l’avance.

À ce stade le désherbage n’est évident. il doit être fait manuellement, bio oblige, et rapidement avant que la planche soit envahie…

Puis elle sort les premières feuilles classiques de betterave.

Jeune betterave à 4 feuilles
Jeune betterave à 4 feuilles

Différentes variétés de betterave cultivées par Biolab, ferme Agrobiologique, près de Nemours, où je fais actuellement du wwoofing.

Et le développement de la betterave se poursuit...
Et le développement de la betterave se poursuit…

La récolte

Dans les champs, peu avant la récolte, Valentin qui travaille chez Biolab, récolte des échantillons.

Échantillons de betterave, avant la récolte...
Échantillons de betterave, avant la récolte…

Elles sont un peu petites, car elles ont été semées trop serrées. Elles n’ont pas eu assez de place pour se développer et elles vont bientôt monter en graines. Il faut donc les récoltées. Les meilleures ont déjà été sélectionnées par les mulots…

Les mulots sont de grands amateurs de betterave... ils ont tout de suite repéré les plus grosses
Les mulots sont de grands amateurs de betterave… ils ont tout de suite repéré les plus grosses

La terre est très humide, il a beaucoup plu ces derniers jours. On dirait que la terre aspire les betteraves quand on veut les arracher. Valentin va donc faire un essai avec le tracteur de soulever la couche de terre ou se trouvent les betteraves.

Malheureusement, malgré différents réglages, la lame coupe trop de betteraves, celles qui échappent à la lame, sont très difficile à extraire des blocs de terre soulevés.
Malheureusement, malgré différents réglages, la lame coupe trop de betteraves, celles qui échappent à la lame, sont très difficile à extraire des blocs de terre soulevés.

La récolte a été plutôt maigre.

Récolte de betterave
Récolte de betterave

En partageant tout ce travail, il devient pour moi aussi inconcevable de négocier les prix sur les légumes que sur l’artisanat. L’agriculture est aussi grande consommatrice de temps et de connaissances que l’artisanat.

Quand on coupe une betterave et qu’on la fait cuire, elle libère un jus rouge très trompeur, qui laisse croire que l’on pourrait teindre avec…

Là, il s’agit d’une jolie variété à rayures blanches. Elles ont moins de colorant.

La bétalaïne

Cette famille de pigment est présent dans de nombreux végétaux.

Betterave rouge, source de betala¨ïne courante, petit panneau dans le Jardin des Plantes Tinctoriales de Couleur Garance, à Lauris, France
Betterave rouge, source de betala¨ïne courante, petit panneau dans le Jardin des Plantes Tinctoriales de Couleur Garance, à Lauris, France

Voilà ce qu’en dit l’Association Couleur Garance, experte dans le domaine de la teinture naturelle.

Mes expériences

A Mamiña, petit village d’eaux thermales dans la précordillère, à 120 km de d’Iquique (Nord du Chili), j’ai fait de nombreux essais. Notamment, j’avais trouvé des pailles de quinoa, qui provenaient de Cancosa, en plein Altiplano, tout près de la frontière bolivienne.

Ces pailles sont rouge foncé. C’était donc intéressant à tester. Le résultat a été plutôt décevant. La quinoa fait partie des chénopodiacées. Ce n’est donc pas surprenant.

Utilisations possibles de la betterave…

Alimentaire, bien sûr. Nombreuses sont les recettes faisant intervenir la betterave rouge.

J’ai eu l’occasion de me cuisiner quelques betteraves que j’ai récoltées. Elles étaient délicieuses. Et voici, une salade de betterave bio.

Salade de betteraves roses à rayures blanches
Salade de betteraves roses à rayures blanches

Vu, que ce ne sont pas des betteraves rouges habituelles, elles n’ont pas libéré de jus rouge, seulement une eau de cuisson beige…

Le colorant Bétanine, une des formes de bétalaïne est utilisé par l’industrie agro-alimentaire sous la dénomination E162.

Médicale, pourquoi pas? La betterave serait un excellent hypotenseur. Cela me semble intéressant, non? Elle améliorerait aussi l’oxygénation des cellules.

Et en teinture?

Il s’agit donc d’une teinture alimentaire par excellence. Je viens d’en parler assez longuement, mais il me reste une dernière expérience à vous raconter.

Betterave rouges et sels de bain

Là aussi, les photographies font défaut. À Limache, j’avais perdu 95 % de la clientèle de ma petite imprimerie artisanale de Viña del Mar. Je n’étais qu’à 30 km, mais c’était trop loin.

Il fallait que je trouve d’autres produits. En allant chercher du maïs pour mes poules, je me suis rendue compte que le gros sel était très économique. J’avais beaucoup de plantes aromatiques et médicinales sur la propriété que je louais.

Je décidais donc de préparer des sels de bains. Je n’avais aucune documentation sur les teintures naturelles et bien sûr pas d’internet.

Ce fut ma première tentative de teintures naturelles. C’est ainsi que je testais avec la betterave rouge, le choux rouge et le jus de cerises.

La recette

Je vous livre donc la recette de mes sels de bain.

  • Je faisais bouillir la plante choisie pour son parfum et ses propriétés médicinales avec la plante colorante. Par exemple, feuilles de betterave rouge avec romarin.
  • Je laisse bouillir jusqu’à obtenir un jus colorant et odorant.
  • Dans une poêle, je versais du gros sel et le jus obtenu auparavant.
  • Je faisais chauffer pour que le sel absorbe le jus et sèche.

Il est à noter, qu’il n’y a pas de problème de conservation car le sel est lui-même un excellent conservateur. Je n’ai pas mis de fixateur pour les parfums, c’est plus naturel ainsi.

J’avais fait trois essais : lavande-choux rouge et citron, romarin-betterave rouge, mélisse-cerises.

  • lavande-choux rouge et citron, très beau rose vif
  • romarin-betterave rouge, rose un peu terne
  • mélisse-cerises, rose-beige foncé

Dans la pratique, je retiendrai le choux rouge associé au citron.

Conclusion

La betterave rouge est certainement très intéressante du point de vue alimentaire, voir médical. Mais dans le domaine de la teinture, malheureusement, elle fait définitivement partie du petit teint et doit être réservée à la teinture alimentaire, bien que dans ce domaine aussi la cochenille E120 est une concurrente de poids.

PS – Petit truc pour consommateurs

Si l’on vous propose des laines d’un joli rose, et qu’on ajoute, c’est teint à la betterave rouge, fuyez. C’est une arnaque.

Végétaux voyageurs

/// Végétaux voyageurs ///
Nouvel article du 1er Mars 2020
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Les végétaux n’ont pas de jambes, mais ils voyagent tout de même beaucoup. Comme tout ce qui est utile voyage, les plantes médicinales et tinctoriales sont donc de tout temps de grandes compagnes des voyageurs. Les végétaux traversent ainsi des continents et des océans…

Il y a tant à dire sur les végétaux voyageurs, je vais devoir me concentrer sur les plantes et insectes tinctoriaux voyageurs… Les végétaux et les animaux à fibres ont aussi beaucoup voyagé, sans doute mériteront-il un prochain article.

Un peu d’histoires de végétaux voyageurs

De tout temps les végétaux se sont ingéniés à développer des systèmes pour répandre leurs graines et donc à se multiplier sur des surfaces de plus en plus grandes. Ils ont souvent recours à l’aide des animaux, éventuellement de l’homme, parfois à son insu…

Les documentaires de Jean-Marie Pelt, par exemple, donne une idée de cette ingéniosité.

Certains végétaux ont ainsi fait le tour du monde, ils sont dotés d’une histoire précieuse qui les relient intimement aux textiles traditionnels.

Préhistoire

À Monteverde, près de Puerto Montt, au Sud du Chili, a été découvert un lieu habité depuis plus de 15.000 ans (traces les plus anciennes d’occupation humaine en Amérique Latine), avec de très nombreux restes organiques en très bon état de conservation. Il y avait notamment des restes de viande de mastodontes et de camélidés, des cordons de fibres végétales et des plantes notamment médicinales. Celles-ci ont été étudiées et proviennent de plus de 40 km du lieu où elles ont été trouvée.

Il ne s’agit pas encore de plantes tinctoriales. Mais, bien que les nomades ne transportent que l’indispensable, ils ont emmené avec eux ces végétaux médicinaux de même que d’autres comestibles (entre autres des pommes de terre).

Plus récemment, en Europe, au bord du Lac de Neuchatel, en Suisse, dans les restes d’un village lacustre néolithique, ont été trouvés des graines de sureaux hièbles toxiques. Ces végétaux sont utilisés en teinture, comme l’indique Dominique Cardon.

Antiquité et ses végétaux tinctoriaux

Normalement la gamme de couleur naturelles peut couvrir tout l’arc-en-ciel, comme je le commente dans un article récent. Cependant, des produits tinctoriaux exotiques avaient beaucoup de prestige et voyageaient en suivant les mêmes voies que la soie et les épices…

Mais en réalité, on se limitait souvent au jaune, au rouge et au bleu d’indigo.

Le rouge notamment, qui était la marque des élites, voyageait beaucoup. Cependant, il n’était pas seulement produit à partir de végétaux. On a eu recours à des insectes bien sûr, mais aussi à des coquillages, les murex…

Les coquillages

Ces coquillages étaient travaillés assez loin des villes, car leur pourriture produisaient des odeurs assez nauséabondes, les villages de teinturiers étaient donc mis à l’écart. Le terme latin pour désigner les teinturiers “infectores” est très significatif.

Je l’ai compris lorsque j’ai fait mon propre essai avec les “locos” et les “locates” de Taltal (Chili), après 15 jours de fermentation dans leur bouteille. Heureusement, j’ai fait l’essai à l’extérieur près d’une source.

Connaître des coquillage à teinture
Connaître des coquillage à teinture

Les insectes voyagent aussi

Le Kermes

Cet insecte parasite de certains chênes méditerranéens donne de très prestigieux rouges réservés aux familles royales et aux autorités ecclésiastiques. Vu la zone limitée de production, cela a dû voyager à travers toute la Mer Méditerranée et vers le Nord de l’Europe.

Les cochenilles polonaise et arménienne

Ces cochenilles donnaient des rouges carmins, elles étaient collectées dans les prairies et les marécages et voyageaient aussi à travers l’Europe.

Les végétaux

Les végétaux tinctoriaux plus voyageurs sont sans doute la garance pour le rouge, et l’indigo, pigment présent dans plusieurs plantes.

Cependant, les végétaux tinctoriaux qui donnent du jaune sont beaucoup plus courants. De nombreuses “mauvaises herbes” donnent des jaunes, mais la gaude a certainement voyagé, car elle se place au-dessus de toutes les autres sources de jaunes.

Il faut voir que de nombreux arbres fruitiers connus en Europe actuellement, par exemple, proviennent d’Asie Centrale ou de Chine. Il en est ainsi des pommiers, des poiriers, des cerisiers… J’en oublie beaucoup.

Parmi les végétaux voyageurs, l'amandier et le figuier du premier plan, les deux sont aussi utilisés en teinture
Parmi les végétaux voyageurs, l’amandier et le figuier du premier plan, les deux sont aussi utilisés en teinture

Tout ce que je viens de raconter ne concerne que l’axe Europe-Asie.

Nous n’avons malheureusement que peu de données concernant les Amériques, l’Afrique et l’Océanie où bien sûr, les teintures naturelles se sont développées très tôt.

En effet, le textile le plus ancien teint en indigo, provient du Pérou et date de de plus de 6000 ans.

L’histoire textile est très ancienne et très développée en variété et en qualité. Les colons espagnols ont été très surpris lors de leur arrivée au Mexique et au Pérou…

Textile précolombien dans un des musées de Puno, Pérou
Textile précolombien dans un des musées de Puno, Pérou

Je suppose qu’il y a des trésors semblables en Afrique et en Océanie. Comment les découvrir?

Les lichens

Les lichens à orseille qui donnent de jolis roses, malheureusement peu solides, voyageaient beaucoup depuis leurs lieux de récolte jusque chez les teinturiers. Combien d’étapes ?

Les minéraux aussi voyagent

Les minéraux voyagent depuis longtemps… L’alun, mordant incontournable en teinture, est produit généralement dans des régions volcaniques, parfois en plein désert. Il doit donc souvent être transporté jusqu’aux zones de teinture.

Dominique Cardon en parle assez longuement dans ses livres…

Moyen-Âge

On voit que Marco Polo, dans ses voyages, s’intéresse beaucoup aux teintures et aux textiles sans donner trop de détails.

Abandon du kermes

Avec l’effondrement de l’Empire Romain, les axes de commerce se modifient.

Puis, avec le développement du monde musulmans, le commerce méditerranéen devenait de plus en plus compliqué.

Le kermes tombera peu à peu dans l’oubli. Il sera remplacé par la garance des teinturiers (Rubia tinctorum) et d’autres rubiacées dont les racines donnent de magnifiques rouges.

Maintien des cochenilles du vieux monde

Les cochenilles du vieux monde se maintiendront, en baissant nettement après la “découverte” des Amériques par Cristophe Colomb. Car l’importation de la cochenille du Mexique et du Pérou va bouleverser le commerce des cochenilles et les techniques de teintures.

Disparition de la pourpre

Alors, la pourpre essentiellement produite sur les côtes orientales la Méditerranée et dans la zone de l’ancienne Carthage est délaissée. Elle devient difficilement disponible, d’autant plus que les coquillages surexploités deviennent rares.

Mais, cette couleur sera obtenue par la combinaison de bains de garance et d’indigo. Cette technique, des faussaires de l’antiquité la connaissent déjà, elle sera alors généralisée.

La garance

D’habitude, on pense à la merveilleuse garance des teinturiers (Rubia tinctorium). Mais, celle-ci a une cousine très intéressante, la garance voyageuse (Rubia peregrina). Elle voyage en s’accrochant aux vêtements, tout comme le font les gaillets, souvent tinctoriaux, eux aussi. On la trouve parfois près des anciens champs de culture de garance des teinturiers. Ses racines teignent aussi…

Garance voyageuse, végétal tinctorial sauvage, mais exploitée en teinture naturelle - Source Wikipedia
Garance voyageuse, végétal tinctorial sauvage, mais exploitée en teinture naturelle – Source Wikipedia

On a retrouvé une racine de garance dans la tombe d’une reine norvégienne dans les années 800 après JC. Il serait plutôt étonnant que cette plante aie poussé en Norvège. La zone de culture la plus septentrionale serait sans doute les Flandres.

L’indigo

Isatis tinctoria, le pastel ou guède, a été une des premières sources de bleu en Europe. Les autres continents possèdent une grande variété de plantes à indigo.

L’indigo du pastel était déjà exploité par les Celtes, entre autre pour des peintures corporelles, comme le note Jules César dans son récit sur la Guerre des Gaules.

Isatis tinctoria, Pastel ou Guède, fait partie des anciens végétaux voyageurs - Source Wikipedia
Isatis tinctoria, Pastel ou Guède, fait partie des anciens végétaux voyageurs – Source Wikipedia

Cet indigo fera la richesse d’une bonne partie du Sud de l’actuelle France, notamment de la région de Toulouse. L’expression “Pays de Cocagne“, fait d’ailleurs référence aux coques préparées à partir du pastel fermenté, mis en boule et séché.

Renaissance

Outre ces produits traditionnels, avec le développement des voyages en Asie et la conquête de l’Amérique, de nouveaux produits tinctoriaux vont faire leur apparition en Europe.

Bois rouges

D’Asie, puis des Amériques ont ramène des bois rouges, qui souvent ne sont pas considérés grand teint, mais participent de nombreuses recettes de teintures dans les gammes de rouge.

L’un des plus connu était traditionnellement rapporté des Indes sous le nom de brasil, bois de braise. Quand les Portugais parvinrent aux côtes du Brésil, ils découvrirent un arbre très semblable. Ils l’ont appelé Pau Brasil ou bois de Permanbouc (Caesalpinia echinata). C’était une des premières richesses exportées de ce nouveau territoire. De là, provient le nom du Brésil.

Ce bois est encore aussi utilisé pour fabriquer des archets de violons. Il s’agit d’une espèce protégée et rare du fait de sa surexploitation.

Pau Brasil, á l'Agroforestrerie de mon ami Rodrigo au Brésil, cet arbre fait partie des végétaux voyageurs à ses dépens, sa réputation lui a coûté cher
Pau Brasil, á l’Agroforestrerie de mon ami Rodrigo au Brésil, cet arbre fait partie des végétaux voyageurs à ses dépens, sa réputation lui a coûté cher

Il existe de nombreux autres bois rouges qui ont été importés en grandes quantités en Europe.

Bois jaunes

Outre les bois rouges, de nombreux bois jaunes tels que les fustets s’importaient en quantités impressionnantes aussi bien d’Asie que d’Amérique.

Tous ces bois devait être réduits en poudres ou en copeaux pour en tirer le maximum de colorants. C’était tout une industrie.

Cochenille d’Amérique

La cochenille d’Amérique, contrairement à la polonaise et l’arménienne est élevée. N’étant plus sauvage, elle n’a plus autant besoin de se protéger, Elle produit donc moins de cire protectrice, cette cire protectrice posait de nombreux problèmes aux teinturiers des temps anciens, elle provoquait des taches sur les textiles…

Végétaux, feuille de figuier de Barbarie attaquée par la cochenille, site archéologique de Tumshukaiko, près de Carhuaz, Pérou. La cochenille a fait voyager le figuier de Barbarie, son support.
Végétaux, feuille de figuier de Barbarie attaquée par la cochenille, site archéologique de Tumshukaiko, près de Carhuaz, Pérou. La cochenille a fait voyager le figuier de Barbarie, son support.

Le colorant, l’acide carminique est donc plus concentré, d’autant plus que la récolte se fait au bon moment, et éventuellement deux fois par an si les conditions le permettent.

Cette arrivée brusque d’une grande quantité de matières tinctoriales de meilleure qualité a totalement bouleversé l’économie des régions de récolte du kermes et des anciennes sources de cochenille.

La découverte que le mordançage à l’étain permet d’obtenir des couleurs plus proche des écarlates de kermes, encouragera son usage.

Des règlements ont vite essayé d’interdire cette nouvelle cochenille, comme le décrit très bien Michel Pastoureau dans ses nombreux livres, entre autre dans “Rouge, histoire d’une couleur“. Mais, les règlements sont faits pour être contournés…

Indigofera

Les diverses espèces d’indigofera, provenant des régions chaudes. Celles-ci provoqueront un second bouleversement économique. Là, au lieu d’importer de la matière brute, on ramènera le pigment déjà extrait sur leur lieu de production. Il provient notamment d’Asie, d’Inde et du Bangladesh. Mais il y avait aussi des cultures et de l’extraction d’indigo à La Guadeloupe. Dans ces pays leur culture en lieu et place des cultures vivrières provoquera de nombreuses famines et révoltes.

Là aussi, des règlements tenteront de limiter l’invasion en France, mais ce fut en vain. Michel Pastoureau en parle longuement dans ses livres et notamment dans “Bleu, histoire d’une couleur” où il donne de nombreuses anecdotes sur le nouvel indigo diabolisé.

Temps modernes

À cette époque, la cochenille et l’indigo importés s’imposeront dans les ateliers de teintures, grâce à des améliorations des procédés de teintures. Les anciens règlements s’assouplissent devant les nécessités économiques.

C’est le moment d’un grand développement de recherches, tant de la part des teinturiers dans leurs pratiques que de la part des chimistes. Ces derniers s’intéressent beaucoup au sujet de la couleur et tentent d’améliorer les procédés.

L’industrie textile est en plein développement et le domaine de la teinture doit suivre le rythme. La concurrence est rude en Europe et de nombreux espions sont envoyés pour découvrir des secrets de teintures…

Bois de Campêche

Le grand nouvel arrivant, aussi accusé d’être petit teint, est le bois de Campêche, à l’origine provenant du Mexique.

Il donne de jolis violets et des bleus réputés peu solides. Il est vrai qu’il est difficile de faire mieux que l’indigo dans ce domaine.

Un nouveau procédé de mordançage au chrome permettra d’obtenir de très beaux noirs relativement solides. Ils étaient jusque là très difficiles à obtenir, en multipliant les bains de teinture.

L’industrialisation

L’industrialisation de plus en plus rapide du textile exige des quantités chaque fois plus importantes de végétaux et autre matériaux tinctoriaux.

L’indigo

La culture de l’indigo s’est beaucoup développée jusqu’à l’apparition du Bleu de Prusse et des autres couleurs de synthèse.

Apparition des colorants de synthèse

Les nouvelles couleurs de synthèse apparaissent, depuis la découverte de la mauvéine par Perkin en 1856. Elles concurrencent de plus en plus durement les végétaux tinctoriaux voyageurs. Leur transport et leur usage est beaucoup plus facile. Leurs défauts apparaîtront seulement plus tard. Peut-être trop tard, il devient difficile de se passer de ce à quoi on s’est habitué.

Par exemple, en une dizaine d’années, l’Allemagne qui était grosse importatrice de matériaux tinctoriaux est devenue exportatrice. Le bouleversement a été d’autant plus rapide que la demande était grande.

La production de végétaux tinctoriaux à donc dû décroître, jusqu’à jouer un rôle insignifiant.

Et maintenant, les végétaux voyagent encore

Ils voyagent encore un peu pour les amateurs comme moi. Mais, je vais devoir partir à leur rencontre, avant qu’ils ne disparaissent complètement. Il faudrait pouvoir les resemer au plus vite pour maintenir les traditions…

Teintes, quelles chimies?

/// Teintes, quelles chimies? /// Article en cours de rédaction
Nouvel article du 9 Février 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Histoire des gammes de teintes et des couleurs

Encore une fois, les teintes et les couleurs sont un des thèmes préférés de Michel Pastoureau. En effet, cet article lui doit beaucoup. Comme lui, je vais me centrer sur les palettes occidentales, celles que je connais le mieux pour le moment.

Cependant, je ferais tout de même une petite incursion dans les Andes et notamment au Pérou et au Nord du Chili que j’ai la chance de connaître un peu mieux.

Bien sûr, j’espère que mon prochain tour du monde textile et tinctoriale me permettra de combler les lacunes en ce qui concerne les autres continents. Prendre en compte leurs points de vue serait souhaitable, car ils ont certainement beaucoup à apporter dans ce domaine.

Donc, cet article est un complément des deux autres articles déjà publiés sur le thème de la couleur. Le sujet est suffisamment large pour permettre la rédaction de nombreux textes sans se répéter.

1 – Un peu d’histoire

A – Palette de couleurs de la préhistoire

Il ne reste malheureusement pas de traces de textiles de la préhistoire ancienne, tout laisse à supposer que la palette de base reprend les teintes des peintures des grottes de Lascaux, Chauvet, Altamira…

Certains détails dans les statuettes dites Vénus font penser à des représentations de textiles.

On a tout de même trouvé à Monte Verde, près de Puerto Montt des restes cordes de fibres végétales et un certain nombre de restes organiques très bien conservés de plus de 14.000 ans.

Il ne reste pas de traces des peintures corporelles. Cependant, elles ont dû apparaître très tôt. Elles sont souvent à base végétale, du genre roucou ou fruit immature de jenipap, comme le font encore aujourd’hui les Guaranis, au Brésil. C’est complètement biodégradable.

Teintes de bleus sur échantillons de toile de coton et fil de soie
Fruit de jenipap pas encore mûr, au Brésil, s'utilise comme tatouage non permanent
Teintes de bleus sur échantillons de toile de coton et fil de soie
Fruit de jenipap pas encore mûr, au Brésil, s’utilise comme tatouage non permanent
Fruits, feuilles et grains de roucou, 
autre teinture employé pour des tatouages non permanents, teintes de roux
Fruits, feuilles et grains de roucou,
autre teinture employé pour des tatouages non permanents, teintes de roux

Après ces teintures organiques, il nous reste donc les pigments des peintures rupestres.

Blancs

La craie et la chaux sont des pigments blancs faciles à trouver. Ils sont aussi mélangés à d’autres pigments…

Ocre jaune, ocre rouge, argiles

Généralement, les ocres et les argiles rouges sont faciles à trouver.

J’aurai du mal a faire mieux en paraphrasant Wikipedia, je préfère donc la citer:

Les ocres jaunes (PY43 dans le Colour Index) et rouges (PR102) sont des pigments importants de la palette des artistes de toutes les époques. Grâce à leur coût modique, elles sont les rares pigments naturels encore présents dans les nuanciers de peintures, même si les fabricants tendent à les remplacer par des oxydes de fer synthétiques (PY42 ou PR101), plus réguliers et couvrants.
Le chauffage des pigments permet également d’obtenir une grande variété de nuances. Ainsi, les
ocres jaunes après calcination à 700 °C se transforment en ocres rouges.
Comme le vin, les ocres possèdent leurs crus : les ocres jaunes peuvent être verdâtres ou orangées et donner des ocres rouges plus ou moins brunes et chaudes. Les qualités les plus claires sont aussi les plus transparentes.
La non-toxicité des ocres autorise leur emploi dans toutes sortes de techniques (
huile, aquarelle, acrylique, pastel, tempera, fresque). Elles sont compatibles avec tous les liants (graisses animales, huiles végétales, eau…) et les autres pigments.
Wikipedia

Ocre, près d'Okhra, ancienne usine de traitement de l'ocre, près d'Apt, sud de la France, les teintes d'ocre sont très variées
Ocre, près d’Okhra, ancienne usine de traitement de l’ocre, près d’Apt, sud de la France. Les teintes d’ocre sont très variées

Noir de charbon, suie

Ces produits sont bien sûr d’obtention facile et disponibles partout, comme déchets des activités domestiques. Ils jouissent d’une très grande stabilité dans le temps.

Couleur internationale des pétroglyphes

Ces couleurs sont donc celles de pratiquement tous les pétroglyphes.

Pétroglyphe à Mamiña, 120 km d'Iquique
Pétroglyphe à Mamiña, 120 km d’Iquique

Quand je vivais à Iquique, il y avait un peintre, professeur de peinture, qui peignait des toiles en coton en utilisant ces couleurs. Il peignait habituellement les pétroglyphes et les géoglyphes de la région.

Cet artiste emmenait ses élèves visiter les sites archéologiques tels que Cerro Pintado, Quipisca, Parca, Mamiña, Ariquilda, Tamentica, Huatacondo… Ils sont parfois difficiles d’accès.

Il s’appelait Gary, et quand je suis retournée à Iquique, je ne l’ai pas retrouvé, je ne sais pas ce qu’il est devenu.

Teintes des premières céramiques

Cette palette est aussi celle des premières céramiques.

Céramique précolombienne, Museo MALI, Lima, Pérou
Céramique précolombienne, Museo MALI, Lima, Pérou

J’avoue que je ne connais pas très bien l’histoire de la céramique, mais il me semble que les premiers bleus et verts sont arrivés plus tardivement. Les vrais rouges et les orangés sont encore plus difficiles à obtenir et nécessite une très bonne régulation de la température. La gamme des teintes s’est développée avec le verre et les émaux céramiques.

En céramique, verrerie et émaillage, les sels minéraux font apparaître leurs couleurs lors de la cuisson et peuvent varier selon si celle-ci se déroule dans une atmosphère avec ou sans oxygène, il y a là aussi une réaction Redox.

Si je ne me trompe pas, cela démarre déjà du côté de Sumer.

Petites remarques

  • Les couleurs que je viens de citer ne sont pas des colorants textiles, mais des pigments dont la texture est trop grossière pour se fixer durablement sur les fibres. La différence entre pigments et colorants est importante.
  • En peinture, les deux peuvent être utilisés, en teinture non.
  • Cependant, la suie est utilisée dans certaines teintures naturelles sur textiles en Amérique Latine. On me l’a mentionnée plusieurs fois, mais jamais utilisée seule.
  • La chaux, tout comme la cendre, le sel de cuisine et le bicarbonate peut être utilisée comme modificateur, notamment pour renforcer les jaunes. J’en parle plus en détails dans l’article sur les mordants.

La palette préhistorique

J’ai donc dessiné une petite infographie représentant la palette préhistorique selon Michel Pastoureau.

Mon interprétation de la palette préhistorique

B – Les teintes de l’antiquité

Dès le néolithique, la palette s’est très vite étendue.

Des tablettes sumériennes donnent des recettes complètes de teinture à la garance (mordant compris) et d’indigo. Elles indiquent même des solutions pour falsifier la pourpre du murex, couleur des plus luxueuses.

Si dans la réalité la gamme des teintes est déjà très large, dans le domaine du vocabulaire c’est beaucoup plus flou.

Persée et Andromède – Fresque de la maison de Castor et Pollux montrant une grande variété de teintes – Pompéi – Source Wikipedia

En effet, Michel Pastoureau explique très bien dans ses nombreux livres comment la bible s’est remplie de couleurs au fur et à mesure des traductions et avec le temps. Aussi bien l’Hébreu ancien que le Grec ancien ou le Latin sont avares en termes de couleurs. Ainsi, les quelques termes existants couvrent des gammes très amples et correspondent plutôt à des notions de luminosité ou de saturation.

Dans ses textes, il analyse longuement l’évolution des termes de couleurs. Ainsi, dans de nombreuses langues, les termes qui désignent le “rouge” se confond souvent avec “beau” ou avec “couleur“.

Isidore de Séville, grand encyclopédiste (560-637), qui parle des teintures, colorants, pigments et peintures se contente encore de la palette Blanc-Rouge-Noir.

Les teintes et couleurs, un domaine infini de recherches
Les teintes et couleurs, un domaine infini de recherches

On ne peut pas regarder le passé avec notre point de vue imprégné par les apports de Newton, toutes les dernières découvertes scientifiques et la lumière d’aujourd’hui.

Les goûts ont beaucoup changés.

Henri III au bal, quelles teintes!
Henri III au bal, quelles teintes! Source Wikicommons

La palette chromatique d’Aristote

Comme illustration, je viens de créer une nouvelle infographie montrant la palette d’Aristote.

Reconstitution de la palette aristotélicienne

Cette palette a régné Europe jusqu’à la Renaissance.

C – Les teintes des Andes

Les premiers textiles

Évidemment, les premiers textiles étaient de couleurs naturelles. D’abord, les animaux, les camélidés en particulier: vigognes, guanaco, lama, alpaga, étaient d’abord beiges et blanc comme les deux premières espèces sauvages.

Le lama et l’alpaga sont des espèces domestiquées et la variété de couleurs (très grande) est due à la sélection des éleveurs. Les industries de la laine de camélidés font un tri des toisons sur une gamme de 24 teintes. Ce tri s’opère manuellement.

Tri de la laine d'Alpaga par teintes chez Michel, leader de l'alpaga au Pérou
Tri de la laine d’Alpaga par teintes chez Michel, leader de l’alpaga au Pérou

Le blanchissement des troupeaux d’alpagas est donc, semble-t-il, un phénomène assez récent. Les alpagas bancs, sont très blancs et leur laine n’a pas besoin d’être blanchie comme celle des brebis.

Gaze Chancay en coton beige natif - Museo Amano - Lima - Pérou
Gaze Chancay en coton beige natif – Museo Amano – Lima – Pérou
Différentes teintes de coton natif - Museo Amano - Lima - Pérou
Différentes teintes de coton natif – Museo Amano – Lima – Pérou

Dans les musées, les textiles les plus anciens sont généralement beige. D’abord, la créativité est centrée sur les techniques de filature très originales. Puis apparaissent de fines rayures d’ornement sur les bords ou au centre.

Unku  - Museo Amano - Lima - Pérou
Unku – Museo Amano – Lima – Pérou

Des teintes très variées

Les nombreux textiles trouvés dans les tombes aussi bien dans le Nord du Chili qu’au Pérou, d’une qualité qui sort de l’ordinaire, dans des conditions de conservations remarquables, en sont la preuve.

Textile précolombien - Museo Amano - Lima - Pérou
Textile précolombien – Museo Amano – Lima – Pérou

Des teintes très saturées, lisses

Dans les Andes, on recherche des couleurs très saturées et lisse. Assez curieusement, on voit peu de blancs, sauf les gazes Chancay. Pourtant, ils avaient déjà sélectionné des cotons blancs et il devait bien y avoir déjà des camélidés blancs.

Les poils de camélidés sont plus lisses que la laine de brebis. Donc, ils reflètent plus la lumière. Cela signifie qu’il faut plus de matières tinctoriales pour la même teinte. Les Anciens remédiaient à ce problème en teignant des laines naturellement beiges ou grises.

Fragment de textile Paracas, teintes très vives - Museo Amano - Lima - Pérou
Fragment de textile Paracas, teintes très vives – Museo Amano – Lima – Pérou

Lors d’un atelier de teintures naturelles, à Mamiña, à 120 km d’Iquique, avec des amies Aymara et Quechua, nous avions obtenu un joli vert. En réalité, le schinus molle aurait dû nous donner un jaune soutenu. Mais la casserole était en fer et avait rouillé.

Nous avons là l’explication du ton vert. Cependant, la laine ne touchait pas toujours la paroi rouillée de la casserole, il en résulta une laine qui variait du vert clair au vert foncé.

J’étais très contente, mais mes amies étaient très déçues. Elles voulaient une laine de couleur unie.

Laines teintes avec du Schinus Molle, atelier avec l'association Kespi Kala à Mamiña - Nord du Chili
Laines teintes avec du Schinus Molle, atelier avec l’association Kespi Kala à Mamiña – Nord du Chili

Des techniques originales

Shibori, ikat, techniques de dessins double face inversée, tapisseries, gases…

Détail de toile teinte en shibori – Museo Amano – Lima – Pérou

D – Palette du Moyen-Âge

Teintes très vives et saturées

Durant longtemps, si les couleurs n’étaient pas assez saturées, elles étaient dites “affamées”, notamment pour le rouge.

Là, il suffit de regarder un tableau de Brueghel, on voit une grande variété de couleurs.

 La Prédication de Saint Jean-Baptiste (1566)  Pieter Brueghel l'Ancien
La Prédication de Saint Jean-Baptiste (1566) Pieter Brueghel l’Ancien – Source Wikipedia

La montée du bleu

Michel Pastoureau l’a décrit très bien dans ce livre. Il reprend différentes variantes d’un évangile apocryphe, contant une anecdote concernant un apprentissage raté de Jésus adolescent chez un teinturier, le résultat étant bien sûr un miracle.

Puis, dans les versions les plus anciennes, Jésus teint tout en bleu, ce qui est catastrophique, car le bleu n’était pas bien valorisé… Dans les versions ultérieurs, les copistes ont changé de couleur car maintenant le bleu est apprécié. Jésus teint alors tout en jaune, couleur de la discrimination…

Dans ce livre, Michel Pastoureau décrit l'évolution de l'appréciation de certaines teintes au cours de l'histoire
Dans ce livre, Michel Pastoureau décrit l’évolution de l’appréciation de certaines teintes au cours de l’histoire

Problèmes avec le vert et le noir

La teinture est aussi un fait de culture, avec ses interdiction…

Il y a donc des problèmes culturels de teinture en Occident pour le vert… En effet, la Bible n’aime pas les mélanges. Elle insiste à plusieurs reprise sur le fait qu’il ne faut pas mélanger le lin et la laine… Le concept s’étend au mélange des couleurs.

Le jaune et le bleu se teignaient chez différents teinturiers. Cela interdisait donc les doubles bains, dans le genre un pied de bleu avant une teinture en jaune pour obtenir une teinte de vert.

Ce problème n’existe pas dans le monde musulman, ni dans le monde andin, où on n’hésite pas à mélanger poils d’alpaga et coton.

Obtenir du noir est véritablement un problème technique. Presque tous les noirs tirent sur le brun, le bleu, le bordeau, le vert… Anciennement, teindre en noir, signifiait un bain de rouge, puis un bain d’indigo, un bain de tanins… et un petit bain de mordant de fer.

E – Newton et Goethe

Avant Newton, divers théoriciens de la peinture proposaient déjà de nouvelles palettes. Aucune n’a réussi à s’imposer.

La révolution du prisme

N’étant personnellement pas physicienne de formation, je me permets de vous renvoyer à cette page de Wikipedia, très documentée.

Voici donc le spectre visible complet, avec les différentes longueurs d’ondes.

Le spectre visible avec les raies de Fraunhofer. – Source Wikipedia

La palette de Goethe

Goethe a élargi considérablement la recherche de Newton en étudiant l’opposition lumière/obscurité. En opposition à la science pure et limitée de Newton, dont la théorie découle d’un cas particulier.

Il considère la couleur d’un point de vue plus global et sans doute aussi plus émotionnel avec une nouvelle théorie des couleurs chaudes et froides.

Michel Pastoureau explique qu’au Moyen-Âge, on considérait comme chaud le bleu et froid le rouge… Ce qui n’est pas forcément faux, car le bleu absorbe plus la lumière que le rouge.

Cependant, il reste très scientifique.

Ainsi il fit apparaître un spectre complémentaire. En outre, il est à l’origine du cercle harmonique des couleurs.

Je vous invite vivement à voir ce documentaire qui résume très bien la théorie de Goethe.


Cercle harmonique des couleurs, cependant Goethe place les teintes vertes à la base – Source Wkipedia

Cela évoluera vers la gamme Pantone, outils de base des designers actuels.

Gamme des teintes Pantone – Source Wikipedia

Ce système s’oppose à la quadrichromie photographique, mais il la complète parfois en imprimerie.

Comment on obtient toutes les teintes en quadrichromie? en les superposant
Comment on obtient toutes les teintes en quadrichromie? en les superposant – Source Wikipedia

C’est le principe qu’utilisent la majorité des imprimantes actuelles.

À écouter aussi en podcast, sur France Musique, une série de 4 émissions.

F – L’arrivée des teintes pastel et des rayures peu avant la révolution

Revenons aux teintures

Souvent, ces deux techniques se combinent.

Les découvertes techniques donnant un meilleur blanchissage permet de teindre en ton pastels, aussi plus économiques en quantité de matières tinctoriales.

Les rayures

Longtemps, les rayures étaient auparavant mal vues, toujours en vertu de l’idée d’éviter les mélanges. Les rayures étant assimilées à un mélange bariolé, elles servaient à discriminer.

Michel Pastoureau leur a consacré un livre.

Comment les `points de vue évoluent!
Comment les `points de vue évoluent!

Du point de vue aussi bien technique qu’économique, les rayures permettent de réduire les matières tinctoriales et/ou d’utiliser des restes de fibres déjà teintes, les tons pastels permettent en outre d’épuiser les bains de teinture. Ce n’est pas négligeable.

L’impression

Puis on passera à l’impression, soit au tampon en sérigraphie. Il s’agit là encore d’une économie, car la teinture couvre les fibres seulement en surface. En outre, cela permet de faire varier les motifs, en produisant plus rapidement.

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2 – Un peu de chimie des teintes

A – Chimie ancienne des couleurs

Les nombreuses fresques égyptiennes donne une idée de l’étendue de la gamme de couleurs de l’époque. La plupart des pigments utilisés étaient d’origine minérale.

Sur certaines fresques de Pompéi, l’utilisation de la garance a été démontrée. Le bleu Maya est obtenu à partir de l’indigo comme l’explique Michel Garcia dans un de ses DVD.

* Les teintes minérales

Les ocres

Les ocres jaune et rouge font partie des premiers pigments utilisés par l’homme. Ils sont faciles à trouver et à utiliser.

Dans son dernier livre “Jaune, histoire d’une couleur“, Michel Pastoureau commente, page 21: “Comment les peintre du Paléolithique ont-ils appris à transformer un élément terreux naturel – le minerai – en un produit pouvant servir à peindre – le pigment? De même, comment ont-ils eu l’idée de chauffer de l’ocre jaune pour obtenir de l’ocre rouge, voire de l’ocre brun? peut-on déjà parler d’une chimie des matières colorantes? de fait, différentes trouvailles ont prouvé que certains ocres jaunes étaient chauffés dans des creusets en pierre pour perdre leur eau et changer de couleur; quelques un de ces creusets nous ont été conservés et présentent encore des traces de couleur: du jaune, du rouge, du brun…”

Rouge de mercure

Le réalgar, le très toxique sulfure de mercure, par sa belle couleur, fut utilisé par de nombreuses civilisations, notamment dans l’ancien Mexique qui recouvrait les corps de leurs grands chefs.

Antimoine

Cet élément, était fort utilisé par les Égyptiens, en peinture bien sûr. Mais, aussi en maquillage, dans le khol.

Sels de cuivre

Vert de gris, oxydes de cuivre, carbonate de cuivre… Voici des sources de bleus et de verts, malheureusement assez instables…

Sels de plomb

La céruse, oxyde de plomb, blanc très courant en peinture, jusqu’à il y a peu. La céruse a aussi longtemps été utilisée en cosmétique.

Le plomb intervient aussi comme liant, adhésif et siccatif en peinture. Sa toxicité a provoqué de nombreux drames. L’industrie des peintures a eu beaucoup de mal à s’en passer. Paradoxalement, en trouve encore dans des cosmétiques, notamment des rouges à lèvres…

Arsenic

L’orpiment, pigment jaune or toxique très utilisé traditionnellement en peinture. L’arsenic intervient aussi dans certains verts.

D’autres sels minéraux dangereux ont aussi été utilisés. Les peintres sont les champions de l’usage de produits toxiques.

* Les teintes animales

Depuis l’Antiquité, les animaux ont été mis à contribution surtout dans le domaine de la teinture textile. Ce sont généralement des produits de luxe.

Pourpre de murex

Cette teinture provient des glandes hypobrachiales jaune de certains coquillages, escargots de mer. Le liquide de cette glande jaune vire au violet, au pourpre ou au bleu lorsqu’il est exposé à la lumière du soleil.

Des millions de crustacés ont été sacrifié seulement pour teindre les vêtements des élites méditerranéennes.

Chimiquement, c’est très proche de l’indigo, avec des propriétés photochimiques en plus.

Différentes teintes obtenue avec des coquillages à pourpre, à Okhra
Différentes teintes obtenue avec des coquillages à pourpre, à Okhra

Vermillon de kermes

Il s’agit d’un petit parasite, kermes vermilio qui attaque des espèces de chênes des pourtours méditerranéens, dont notamment, le chêne kermès Quercus Coccifera.

Maintenant ces arbres sont en voie d’extinction et le kermès encore plus rare. La collecte de ces insectes alimentait de nombreuses familles. Comme les cochenilles, il donnait de très beau rouges.

Cochenilles polonaise et arménienne

Avant la découverte du Nouveau Monde et l’arrivée de la cochenille du Mexique, ont utilisait deux autres sortes de cochenille: la polonaise et l’arménienne.

Cochenille polonaise

Cette cochenille parasite les racines d’un certain nombre de plantes. On l’appelle polonaise, car elle était importée de Pologne, mais sa zone de diffusion va depuis la France jusqu’à la Mongolie. Cependant, “elle ne vit que dans des lieux incultes: steppes, marais, zones inondables“. Comme l’explique Dominique Cardon, dans “Le monde des teintures naturelles“.

Livre de référence, j'y reviens régulièrement
Livre de référence, j’y reviens régulièrement

En outre, elle mentionne que la récolte de cette cochenille permettait de payer ses impôts en Allemagne, ce qui révèle son importance économique.

Cochenille arménienne

La cochenille arménienne est un peu plus grosse que la polonaise, ne vit qu’au pieds de deux plantes, dans des zones marécages, ces mêmes zones sont entrain de disparaître.

La femelle adulte est récoltée au moment où elle émerge du sol pour s’accoupler, très tôt le matin.

Cette cochenille, plus grosse, contient moins de colorant que la polonaise. Donc, elle était moins appréciée.

Autres cochenilles du Vieux Monde

Ensuite, Dominique Cardon mentionne une cochenille chinoise dite du Sophora, utilisée notamment dans le Cachemire et une cochenille égyptienne qui vit sur des graminées de Haute Égypte employée localement de même que le kermès.

Laque d’Inde et Laque de Birmanie

Il s’agit de petits parasites de la famille de la cochenille qui attaque un certain nombre d’arbres. Ces insectes bourrés d’acide carminique (colorant rouge) s’entourent d’une résine naturelle pour se protéger.

Cette résine est utilisée en alimentation et en pharmaceutique sous le code E904. C’est un plastique naturel et il a beaucoup d’application dans le domaine des vernis, dans la fabrication de la cire à cacheter…

Le nettoyage de la gomme laque libère donc l’acide carminique tinctoriale.

* Les couleurs végétales

Les basiques grand teint

Garance (Rubia Tinctoria)

Rubiacée, dont on utilise les racines après 5 ans de culture, depuis l’antiquité pour teindre en rouge. Cette plante a été cultivée sur de très grandes surfaces en Europe pour la teinture en rouge écarlate. Il y a d’autres rubiacées qui teignent en rouge.

Rubia Tinctoria, ses racines nous donne de jolies teintes de rouges, orangés, saumon...
Rubia Tinctoria, ses racines nous donne de jolies teintes de rouges, orangés, saumon…

Pastel ou guède

Brassicassée, Isatis Tinctoria, on extrait de l’indigo de ses feuilles, récoltées à plusieurs reprises. Plante cultivée depuis l’Antiquité. Les feuilles sont mises à fermenter, ce qui libère l’indigo lors d’une réaction Redox.

Les Gaulois et les Celtes en général maîtrisaient très bien cette technique. Ils l’utilisaient comme peinture corporelle comme l’indique Jules César dans son livre sur la Guerre des Gaules.

Isatis Tinctoria – Plante à teintes de bleus – Soure Wikipedia

Gaude

Reseda Luteola, jolie plante à fleur jaune, préférée parmi tous les jaunes que nous offre la nature, et ils sont nombreux. Anciennement cultivée, maintenant elle est assez rare. En teinture, on emploie la plante entière.

Réséda jaunâtre
Réséda des teinturiers
Réséda jaunâtre
Réséda des teinturiers – Source Wikipedia

Tanins

Grande famille de colorants naturels présents dans une grande quantité de végétaux. Je leur ai déjà consacré un article.

Grand teint et petit teint

Ce sont les principales plantes grand teint autorisées par les strictes normes de Colbert qui régissent strictement les conditions de teintures pour une qualité maximale.

Les teintures de luxe de petit teint

Orseille

Il s’agit d’une série de lichens que l’on faisait fermenter dans de l’urine et qui donne des roses, des mauves, jolis mais peu solides. On peut remplacer l’urine par de l’ammoniaque.

Safran, carthame

La célèbre et très coûteuse épice aussi teint en jaune. En Chine, c’était la couleur de l’Empereur. Toute sa papeterie était teinte en jaune de safran.

Le carthame est une plante dont les graines donne une huile très intéressante. Les pétales donnent deux types de colorants, des jaunes que l’on élimine habituellement en les lavant en les malaxant vigoureusement. Ce qui reste est traité avec du jus de citron et l’on obtient une teinture rose vif, très belle mais peu solide à la lumière.

Plante qui donne des teintes  roses - Représentation du Carthame des teinturiers dans l'ouvrage  Deutschlands Flora in Abbildungen, 1796
Plante qui donne des teintes roses – Représentation du Carthame des teinturiers dans l’ouvrage Deutschlands Flora in Abbildungen, 1796. – Source Wikipedia

B – Les nouvelles matières tinctoriales

Avec le développement des voyages en Asie et la découverte du Nouveau Monde, apparaissent de nouvelles matières tinctoriales. Une première disruption dans le monde de la teinture et nous assistons aux premières délocalisations des cultures de plantes à teindre et à l’extension de la culture du coton, favorisées par le développement de l’esclavage.

Les bois jaunes, les bois rouges

On va importer des Indes et du Brésil de nombreux bois jaunes, tels que le fustet, le bois de Brasil, bois de Permambouc… Il ne seront pas admis en grand teint, mais pourront être employés en nuançage.

La cochenille du Nopal

Quand les Espagnol arrivent au Mexique et plus tard au Pérou, il sont surpris par la qualité et les couleurs des textiles des Indigènes.

Alors, ils découvrirent la cochenille que les Indigènes élevaient sur les figuiers de Barbarie. Elle est mieux concentrée en acide carminique.

Ils en importèrent des quantités phénoménales, bouleversant toute l’économie de l’Europe.

Indigofera

Les différents Indigofera qui poussent sous les Tropiques contiennent beaucoup plus d’indigo que le Pastel ou Guède qui avaient fait la fortune du Pays de Cocagne.

Cette culture provoquera même une guerre au Bengladesh.

Le bois de Campêche

Ce bois rouge, est broyé en équilles, il est capable de teindre en bleu, en violet en mordançant au fer et en noir. Un vrai noir quand on le mordance au bichromate de potassium… Il permettra la grande mode du noir.

Les mordants

Plus besoin d’aller faire des Croisades pour réouvrir l’accès aux mines d’alun. On découvre un gisement près de Naples, ce sera l’Alun du Pape.

C – Chimie moderne des couleurs

Juste au moment où les recherches aboutissaient sur de nouvelles technique, la chimie de synthèse provoque une nouvelle disruption…

Jusqu’à la découverte de la mauvéine par William Henry Perkin en 1856, toutes les teintures faisaient appel à la chimie verte (sauf quelques mordants toxiques).

La chimie grise se donne des couleurs

À partir de 1856, se développe toute une gamme de couleurs de synthèse qui remplaceront très rapidement les couleurs cultivées.

Voilà que cette disruption provoque des bouleversements un peu partout dans le monde dont l’importance augmente avec l’industrialisation.

  • Par exemple, dès 1900, l’Allemagne qui était grosse importatrice de teintures naturelles devient exportatrice avec ce qui deviendra Bayer.

Une gamme théoriquement complète

En théorie, la gamme est complète.

Mais les couleurs peaux, sont très difficiles à obtenir. Nos fournisseurs ne proposent pas de mélange tout fait. Au local d’Angel, on m’en demande très régulièrement, pour les visages des poupées en feutre. Évidemment, j’ai trouvé une solution, mais, j’ai dû avoir recours à une astuce pour obtenir ce genre de teinte.

C’est tout de même curieux, quand on va voir les immenses hangars pleins de cônes de laines industrielles à La Ligua, ou si l’on va directement chez des grands distributeurs comme Ukryl, à Santiago, il manque toujours des couleurs- Ce sont celles qui ne sont pas supposées être à la mode.

Une fois, je cherchais des tons saumons, abricots… C’était introuvable. La seule qui avait quelque chose d’approchant était une vieille qui gardait des stocks d’invendus…

Un peu de poudre et puis voilà

C’est devenu trop facile. Plus besoin de récolter des plantes, de les faire tremper, toute la casserole peut être remplie de laine.

Malheureusement, c’est tellement facile, que le travail est souvent mal fait. On ne lave pas avant de teindre… Résultat: les couleurs sont fragiles et partent polluer la nature au premier lavage.

Certaines couleurs, en particulier les jaunes se mélangent mal dans le bain. Elles ne se fixent donc pas bien sur les fibres et partent tout de suite à l’égoût.

Des teintes qui varient

Ces poudres miraculeuses permettent d’être très créatifs. On peut mélanger plusieurs couleurs dans une même casserole, obtenir des variations de teinte tout le long du fil… ou simplement de petites taches parsemées… J’avoue que j’ai pris beaucoup de plaisir à teindre ainsi pour Angel. Je m’efforce de faire varier les effets de teintes.

En effet, les possibilités sont infinies et ne dépendent que du temps à y consacrer et de la quantité de matières premières.

Au contraire, cela peut provoquer une certaine standardisation, quand on s’en tient aux teintes des gammes des fournisseurs et on retrouvent les mêmes couleurs tout au long du pays. Les femmes qui filent se spécialisent dans certaines couleurs qu’elles réussissent bien et se copient.

Et les fluos

En teinture textile, je n’en ai pas trouvé chez mes fournisseurs, rose un rose très vif.

En revanche, pour les industriels, de nombreuses fibres synthétiques, sont teintes dans la masse dans ces teintes fluos. Les étals des marchands de laines dans la banlieue haute de La Paz, appelée El Alto (Bolivie) sont impressionnants. Je n’ai malheureusement pas pris de photographie. Dans les alentours du célèbre marché de 16 de Julio, ils empilent les cônes en arc-en-ciel fluos, couleurs très appréciées dans le monde andin.

Mais en encre de sublimation et de sérigraphie, il y a une assez grande variété.

N’oublions pas la toxicité

  • Nous avons affaire à des poudres, on en respire souvent quand on les manipulent.
  • Elles ont été étudiées spécialement pour se fixer sur les protéines, et notre corps en contient beaucoup…
  • Les teintures chimiques contiennent souvent du chrome, du cadmium… ou d’autres éléments dangereux pour la santé.

Plus de pétrole, plus de couleurs

Enfin, toutes ces couleurs chimiques sont des dérivés du pétrole. La prochaine pénurie de pétrole nous obligera à un retour à la chimie verte.

D – Teintes d’avenir?

Le retour de la chimie verte

Un fait est certain, c’est que tous les poisons, même les plus violent que produisent les plantes, les champignons et les animaux sont tous biodégradables. Voilà la magie de la chimie verte.

Les séminaires internationaux tels que ISEN-WEFT, IFND, IFPECO, auxquels j’ai assisté tentent justement de promouvoir la recherche dans ce domaine. J’attends avec impatience le prochain.

Il est à noter que ces symposium n’intéressent pas que des artistes, des designers ou des archéologues… De très grosses entreprises gourmandes en matières tinctoriales s’intéressent depuis longtemps à un retour à une chimie verte, pour proposer des produits verts…

Teindre avec des déchets végétaux

N’oublions pas que nous pouvons teindre avec des déchets végétaux, des plantes invasives, puis encore les recycler après la teinture ou l’extraction des colorants en compost ou biogaz…

Nouveaux mordants

Dans le DVD 3 de Michel Garcia, il parle de mordancer avec de l’oxalate de titane. Avec les tanins, cela donne des oranges vifs.

Ecoprint avec un peu d'oxalate de titane, qui fait apparaître des teintes orangées
Ecoprint avec un peu d’oxalate de titane, qui fait apparaître des teintes orangées

Sans mordants

Les mordants peuvent être considérés comme une source de pollution et souvent comme un coût supplémentaire prohibitif dans beaucoup d’endroit. Leur élimination doit être une direction de recherche non négligeable.

Il faut apprendre à tirer profit des tanins et des plantes bio-accumulatrices.

Ces tendances nouvelles sont en fin de compte un retour à des pratiques ancestrales.

Ecoprint

Cette technique récente développée par India Flint, permet d’obtenir des empreintes de plantes qui révèlent ainsi leurs teintes cachées et font apparaître des textures insoupçonnées.

Économique et écologique, cette technique permet de recycler des vêtements usagés.

Ecoprint sur soie à Talata, Madagascar, pas encore tout dépouillé de ses feuilles

Les couleurs fongiques

Depuis quelques années, les teintures à base de champignons sont très à la mode, notamment aux États-Unis.

En français, Dominique Cardon en parle assez longuement dans ces livres et Marie Marquet vient de leur consacrer aussi un livre.

Teintes fongiques. Marie Marquet en présente dans ce livre tout l'arc-en-ciel
Teintes fongiques. Marie Marquet en présente dans ce livre tout l’arc-en-ciel

Souvent, ces champignons ne sont pas cultivés parce qu’ils appartiennent à la catégorie des toxiques.

Cependant, l’arc-en-ciel complet peut être obtenir à partir de champignons et lichens. Car, il ne faudrait pas abuser de la récolte de ces derniers, ils sont lents à pousser. En outre, ils souffrent beaucoup de la sécheresse, du changement climatique et de la pollution.

Les couleurs bactériennes

Très récemment, j’ai suivi un Mooc sur la mode circulaire, de l’Université de Wageningen aux Pays-Bas (Edx). Il mentionnait une société qui avait développé des teintures bactériennes. Je suis allée voir leur site, on y voyait de nombreux textiles innovants, des gammes complètes de teintures naturelles, mais pratiquement rien à ce sujet précis.

Cependant, par hasard en visitant un groupe sur le nettoyage par fermentation des laines sur Facebook, j’ai vu une communication d’une Américaine qui était très choquée d’avoir vu sa toison de luxe qui avait viré au rose vif, une bactérie non désirée avait développé cette teinte surprenante.

Lorsque j’ai assisté à une conférence où les étudiants de l’Université Catholique de Santiago du Chili présentaient leurs travaux… une des étudiantes m’avait posé la question de teindre avec des bactéries. Il y a donc un intérêt pour la question.

C’est un sujet d’avenir à développer.

Conclusion

Cette chimie verte à un grand avenir dans différents domaines: peintures, teintures, cosmétiques, aliments…

Même dans la construction, il y a un regain d’intérêt pour les enduits et peintures naturelles.

Hélas, cet article touche à sa fin. Je vais certainement le compléter dans un futur proche. Parce que je n’ai pas encore épuisé le sujet, j’y reviendrai prochainement.

Je tiens à rappeler que je ne touche aucune commission sur les livres ou autres produits mentionnés ou conseillé. Ce site n’est pas monétarisé.