Lacustre, le village, en Suisse

/// Lacustre, le village, en Suisse /// —- Encore en cours de rédaction — Cet article vaut pour deux! J’attendais la confirmation des amis de Gletterens pour publier cet article, n’ayant pas eu de réponse à ce jour, je me permets de le faire.
Nouvel article du 2 Septembre 2020 — Mis à jour le 19 janvier 2021 —
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Premiers contacts avec le Village Lacustre

Il y a presqu’un an, une des membres de l’Association La Mère Lison de Loches me parlait du Village Lacustre de Gletterens… où il y avait des spécialistes des textiles anciens… Je prenais contact, mais nous étions déjà en Octobre. Il commence à y faire froid et les activités se congèlent pour passer l’hiver et reprendre au printemps.

Tout commence par…

François m’a donné gentiment les dates des prochaines Rencontres Préhistoriques au Village Lacustre et m’a beaucoup parlé du spécialiste des textiles, Jacques. Je prenais note.

Puis lors de recherches concernant les orties et mes essais de filature, j’appelais une dame qui faisait des reconstitutions historiques en tissage, elle aussi me renvoyait vers le Village Lacustre de Gletterens.

Alors, nous étions fin juin, j’ai donc rappelé au Village Lacustre pour savoir si les Rencontres Préhistoriques n’avaient pas été éliminées comme tant d’activités culturelles en France par ce vilain virus…

Par chance, en Suisse, la culture n’a pas subi autant de dégâts qu’en France. On m’a dit que je pouvait venir condition d’avoir un déguisement préhistorique.

Mon déguisement préhistorique

Cependant, il me restait peu de temps. Donc, après mes heures de wwoofing, je me dépêchais de me composer un costume…

Teinture

Depuis quelques mois, je filais de la laine que m’avait donnée Cécile, une amapienne, amie de Paul de Biolab Maraîchage.

On m’avait aussi donné quelques bassines à confitures, je les ai mises à contribution pour teindre, de même que celle en inox que j’avais achetée pour faire les savons.

Avec un petit groupe de wwoofers curieux de voire des teintures naturelles, nous avons teint les petits écheveaux que j’avais filés.

Lavage des laines

Je les ai d’abord lavés en testant la lessive de lierre que nous avions préparée. Le résultat a été plus que correct, bien que la laine était très grasse. En effet, je la file brute de tonte, c’est plus facile.

Lavage de la laine à la lessive de lierre pour aller au Village Lacustre
Lavage de la laine à la lessive de lierre pour aller au Village Lacustre

Teintures

Nous avons testés:

  • Les écorces et noyaux d’avocats que nous avions mangés
  • Les écorces de citrons et d’oranges
  • Le thym que j’avais taillé
  • La garance de chez Michel Garcia
  • Les feuilles du pauvre noyer qui avait eu la mauvaise idée de pousser dans la serre en verre et qui faisait trop d’ombre aux poivrons…

Comme je teints de petites quantités, exceptionnellement, je le fais sur la cuisinière.

Teinture dans une casserole en inox, pour le Village Lacustre
Teinture dans une casserole en inox, pour le Village Lacustre

Enfin, certains bains se sont répétés dans différentes casseroles donnant une grande variété de couleurs… Le cuivre modifie les couleurs.

Teinture dans une bassine en cuivre, pour le poncho que je porterai au Village Lacustre de Gletterens
Teinture dans une bassine en cuivre, pour le poncho que je porterai au Village Lacustre de Gletterens

Résultat final

Quand j’ai pesé toutes ces laines, je n’avais pas plus que 400 grammes. En effet, au lavage, la laine perd plus du tiers de son poids. C’était, la graisse (lanoline), le suint (le parfum ou la mauvaise odeur, selon les goûts) et les poussières.

Maintenant, je file plus fin et je retords mes laines pour obtenir un meilleur résultat, c’est donc plus long.

Laines teintes pour les Rencontres au Village Lacustre
Laines teintes pour mon déguisement pour les Rencontres Préhistoriques au Village Lacustre de Gletterens

Tissage

Le poncho

J’ai décidé d’aller au plus simple, un poncho, des guêtres, et une jupe…

Le poncho, je l’ai fait avec deux bandes sur mon métier Tissanova que j’ai réunies au crochet. Une des bandes avait des broderies incrustées lors du tissage avec les laines teintes naturellement. Ces dessins ressortaient sur un fond de trame blanche en laine de mouton et une chaîne d’alpaga beige. En outre, cela a été l’occasion de tester l’extension de mon métier Tissanova que m’a gentiment fait notre voisin à Loches. Cela a très bien fonctionné.

J’étais tellement pressée de terminer mon poncho que j’ai oublié de prendre des photographies de la première bande…

Montage de la chaîne sur mon métier Tissanova amélioré pour mon poncho au Village Lacustre
Montage de la chaîne sur mon métier Tissanova amélioré pour mon poncho au Village Lacustre

La deuxième bande, plus simple, alternait des rayures de différentes couleurs de laines plus ou moins épaisses.

Elle était un peu plus longue que la première. Pour cacher cette différence, j’ai décalé les deux bandes pendant le montage lors du voyage.

Voici les deux bandes finies du poncho pour le Village Lacustre
Voici les deux bandes finies du poncho pour le Village Lacustre

Les guêtres

Elles étaient constituées de deux rectangles crochetés avec la laine brute, non filée.

Crochetage de la laine brute pour mes guêtres pour le Village Lacustre
Crochetage de la laine brute pour mes guêtres pour le Village Lacustre

Puis, je les ai lavés et teints aux feuilles de noyer, ils ont été cousus au crochet pour faire des tubes avec une laine teinte à la garance.

Rectangles crochetés teints aux feuilles de noyer, deuxième bain, pour mes guêtres au Village Lacustre
Rectangles crochetés teints aux feuilles de noyer, deuxième bain, pour mes guêtres au Village Lacustre

En outre, les guêtres et les ponchos étaient effectivement utilisés en Amérique précolombienne, comme l’attestent les dessins de Guaman Poma de Ayala.

Imagen del Inka Yupanqui
(Guamán Poma de Ayala, 1980 [1616], T. I, pp.: 90).

Costume pas fini, mais suffisant

Enfin, je n’ai pas terminé la jupe qui était crochetée de la même manière, j’ai tout de même obtenu un grand rectangle que j’ai teint à la ronce au Village Lacustre.

Rectangle de laine teinte à la ronce, au Village Lacustre
Rectangle de laine teinte à la ronce, au Village Lacustre

Je n’ai pas eu besoin de la jupe, car il faisait très chaud. Alors, j’ai mis un pantalon en coton teint en ecoprint au Brésil.

Je n’ai pas eu le temps de me faire les chaussures en feutres que j’avais projetées. Mais le feutre n’est arrivé que très récemment en Amérique Latine.

Je n’avais pas non plus de cuir sous la main pour me faire des tongs comme les Incas ou mieux des mocassins. Ce sera pour une prochaine fois.

Le voyage vers le Village Lacustre de Gletterens

En France, quand on veut éviter de passer par Paris, tout se complique, bien que quand on insiste dans les recherches, c’est possible. Les recherches ont été longues mais fructueuse, en partant 2 jours à l’avance.

Détour par Loches

Avant de repartir au Chili en novembre 2019, j’avais laissé un gros sac de tricots et tissages chez mes amis de l’Atelier de Joëlle à Loches.

Mes amis n’étaient pas là l’après-midi. Je suis donc passé le chercher comme convenu chez La Mère Lison.

Le trajet décidé était: Nemours – Montargis – Orléans – Tours – Loches – Tours – Lyon – Genève…

Nemours – Montargis pas de problème, il y a des trains toutes les heures, j’arrive à la gare vers 9 heures, j’attends le suivant.

Maintenant, il y a tant de trains en retard, que l’on annonce ceux qui sont à l’heure…

Les déboires commencent

Montargis – Orléans, il n’y a plus de trains, mais un bus et plusieurs escaliers pour la sortie, pas d’ascenseurs, ni de rampe d’accès pour les handicapés. Ma grosse valise bleue se délabre. En essayant de lui faire passer les marches, la poignée s’est arrachée. J’arrive à l’arrêt de bus, il faut attendre 3 heures. Je m’installe à coudre mes guêtres, puis à lire.

Voici les guêtres finies en attendant le bus, début de mon périple pour le Village Lacustre
Voici les guêtres finies en attendant le bus, début de mon périple pour le Village Lacustre

Le bus arrive, pas d’aide pour mettre les bagages dans la soute. Le chauffeur ne dit pas bonjour, mais “Mettez votre masque“. Il n’est pas content, car il doit me rendre la monnaie qui pourrait le contaminer. La moitié des sièges ne peuvent pas être utilisés.

Arrivée à la Gare Routière d’Orléans, pas d’indications de la Gare SNCF, personne ne sait rien et je dois traîner mes deux valises et mon sac à dos.

Curieuse banalité à la gare d’Orléans

Une fois trouvée la gare, cachée dans un centre commercial, je veux acheter le billet Orléans – Tours. Les machines automatiques me disent que mes cartes bleues ne marchent pas. Quelle inquiétude! Je passe au bureau d’achat, heureusement cela a marché. Mais en sortant, le vigile ne voit pas que je dois tirer deux valises une par une et commence à me menacer.

Arrivée à Tours, il faut à nouveau sortir de la gare pour prendre un bus et il faut que j’arrive avant 19 heures, avant que la Mère Lison ne ferme.

Loches

Arrivée à Loches, je demande à l’employé de la gare s’il y a une consigne. Il dit que oui. J’arrive avec mes valises, il veut d’abord que je mette mon masque alors qu’il est bien protégé derrière une vitre. Puis, il me dit qu’il n’y a plus de consigne depuis les attentats. Je suis curieuse de savoir quand a eu lieu le dernier attentat à Loches, tranquille village de moins de 10.000 habitants?

Je dois donc traîner mes valises jusqu’à la Mère Lison pour ensuite revenir à la gare avec un gros sac en plus! Heureusement, arrivée sur la place du marché, je rencontre la police municipale qui ne peut pas m’aider, mais me dit de voir avec le restaurant. Le restaurant m’autorise à laisser mes valises sur leur terrasse pendant 10 petites minutes. Je file à la Mère Lison. Là-bas quelqu’un qui me connaît m’aide à ramener mon sac de tricots et mes valises jusqu’à la gare. Elle a vraiment été très gentille.

Drôle de tourisme

Retour à Tours en bus. Celui-ci passe par de nombreux petits villages aux gares abandonnées. Joli clocher en pierres à Courçay, je ne l’ai pas photographié, les photos prises depuis un bus ne rendent jamais bien…

Ce voyage est aussi la résistance à la soif. Je m’achète une petite bouteille d’eau au distributeur (il n’y en a pas de grandes). Paiement par carte sans contact pour éviter la contamination au virus…

Tours

De retour à la Gare SNCF de Tours, il est déjà plus de 20 heures. Le bureau de vente des tickets est déjà fermé. Les machines ne vendent que des tickets qui passent par Paris, alors que les trains qui vont à Lyon passent par Tours. Où est la logique? Jusqu’ici, j’avais évité Paris, je n’allais tout de même pas y retourner, et peut-être devoir changer de gare avec mes valises? C’était hors de question.

Bien sûr, je prends mon mal en patience, pensant y être en sécurité, je décide de passer la nuit dans la gare. Pas de toilettes, pas d’internet non plus, bien que j’étais assise dans la zone WIFI. Je voulais attendre le premier train pour Tours-Les Aubrais vers 6 heures.

Mauvaise idée, c’est devenu impossible en France. Plus de train de nuit, donc interdiction d’attendre. Un peu avant 23 heures arrivent 3 vigiles équipé d’un chien me réveille de mon état de somnolence et prétendent que je les retardent pour fermer la gare. Évidemment, ils n’ont pas autre chose à me proposer que de sortir, sans aide. Je crois qu’à leur place j’aurais eu honte. Mais, la honte semble aussi interdite aujourd’hui.

Nuit avec les SDF à Tours

Je traîne donc à nouveau, un à un, à moitié endormie, mes deux valises et mon sac de tricot, sans enlever mon sac à dos, vers la sortie de la gare. Je préfère rester dans le coin le mieux éclairé, c’est-à-dire juste devant la porte de la gare que les vigiles se sont empressés de fermer, à peine l’eus-je franchie.

Il y a bien des édifices qui ressemblent à des hôtels, ils sont sans doutes inabordables et semblent fermés, pas une fenêtre ne montre de lumière.

Un touriste me fait donner un billet de 5 euros par sa petite fille. Je me mets à écrire un premier jet de ce passage.

Un Africain passe à vélo, il écoute une chanson qui dit “Il faut réfléchir tout de suite“. C’est peut-être la chose la plus sensée que j’ai entendue aujourd’hui!

Que faire?

Maintenant, je ne pouvais plus me permettre de fermer l’oeil. Heureusement, je n’avais pas froid aux pieds avec mes guêtres. D’abord, j’étudiais un peu la situation. J’ai osé aller parler un peu avec un chauffeur de taxi. Il me dit que l’on pouvait utiliser le WIFI du MacDonald du coin, mais cela ne marchait pas à cet horaire. J’essaie de me renseigner s’il y a des bus pour Lyon, il me conseille d’attendre le matin.

Parfois, des SDF me demandaient des cigarettes, malheureusement pour eux, je ne fume pas. Ils repartaient déçus. Il y en a un qui trouvait chouettes mes vieilles crocs. Il y avait du monde qui passait…

Ne pas perdre de temps

Voyant que mon coin était tout de même assez tranquille, je me suis décidée à chercher mon gros sac vert qui était dans la petite valise noire et à répartir les tricots récupérés à Loches entre ce sac et la petite valise noire.

Puis, je cherchais les morceaux de mon poncho-déguisement, un crochet et de la laine pour faire les finitions, profitant de l’éclairage nocturne de la gare vide, peuplée de vigiles sans pitié pour les clients qui en fin de compte paient leurs salaires.

J’ai donc tricoté, assise sur ma valise, jusqu’à 5h30, heure à laquelle les vigiles daignent ouvrir les portes.

Nuit de SDF
Voici la photo la plus claire de cette sombre nuit

Que penser de cette nuit?

Tout cela donne l’impression d’une perte de qualité du service. La sécurité concerne le bâtiment, mais non les usagers et clients. Pourtant, tout cela est payé par nos achats et bien sûr nos impôts.

Signalétique hermétique

De curieux pictogrammes souvent liés au COVID 19 ont fait leur apparition un peu partout, même sur le sol. Ils sont si peu évidents que des affiches les expliquent. Cela a dû être rentable pour les designers qui les ont conçus.

Comment les archéologues du futur interprèteront-ils tout cela dans quelques milliers d’années?

Je pense à la nouvelle de Primo Levi, où il imagine des archéologues du futur qui redécouvre Pompéi à nouveau couvert de cendres après une répétition moderne de l’explosion du Vésuve, et ils analysent les différents appareils photographiques des touristes en se posant des questions insolubles…

Froids pictogrammes sur le sol de cette gare
Froids pictogrammes sur le sol de cette gare, mes bagages attendent que je les traîne jusqu’au prochain train

Tours Les Aubrais – Lyon – Genève

Après une nuit pleine d’inquiétude, je prends une des premières navettes pour Tours-Les Aubrais. J’en profite pour enfin pouvoir aller aux toilettes dans le train.

Par chance, là j’arrive à obtenir de l’aide auprès d’une employée qui sait comment faire sortir de la machine à tickets toute une série de billets pour aller jusqu’à Genève, sans passer par Paris.

On dirait que le système s’est un peu dégrippé! Elle a même la gentillesse de m’autoriser à laisser mes bagages au pied de l’escalier le temps d’aller m’acheter quelque chose à manger. J’avais terriblement faim, je n’avais rien mangé depuis la veille à 6 heures… D’autant plus que les dernières heures avaient été très sportives.

Car, il semble qu’il faille être en excellente santé pour voyager dans les transport en commun en France.

Cette fois, le train est bondé, il a récupéré les passagers d’un autre train en retard pour avoir croisé le passage malencontreux d’un chevreuil inattentif. Là encore, le personnel était débordé, mais très accommodant… Voyage assise sur ma valise, car je n’étais pas montée dans la bonne voiture…

Lyon

Changement de train à Lyon, mon pied glisse entre le quai et le train. Une de mes chaussures tombe sur la voie. Je n’en ai pas d’autres. Heureusement, un employé me la ramasse une fois le train partie. Je suis bonne pour une remarquable série de bleus sur la jambequi m’accompagneront pendant 15 jours.

Cela n’aurait pas eu lieu en Suisse où les trains ont de petites extensions devant les portes pour éviter les chûtes, même quand on est chargé.

Enfin, j’espère ne pas trop vous avoir ennuyé avec mon périple. Mais, vu le prix des transports, il me semblerait normal de recevoir un meilleur service. Ce service est-il encore public?

Arrivée en Suisse

Je suis tellement fatiguée par la nuit devant la porte de la Gare de Tours, que j’ai dormi une grande partie du voyage. Je n’ai pas pu profiter du paysage.

Passage de la douane à Genève sans problème. Recherche du prochain train pour Fribourg. Ici, les choses sont beaucoup plus faciles, malgré les indications en allemand. Il y a des rampes et aussi souvent des ascenseurs. Et les gens aident spontanément, ce qui est très appréciable.

Près du but

Je reprends contact avec François et Jacques, ce dernier me réponds par message qu’il a eu de gros soucis de santé et que je dois appeler au Village Lacustre. François a aussi eu un accident peu auparavant. J’arrivais un jour avant les Rencontres Préhistoriques, au Village Lacustre, comme me l’avais conseillé Jacques.

À Fribourg, j’ai pris un train pour Estavayer le Lac, car un autre ami wwoofer suisse m’en avait parlé, au lieu de me baser sur le plan du site. J’aurais plutôt dû descendre à Payerne ou avoir pris un bus pour Gletterens à Fribourg.

Plan d'accès au Village Lacustre de Gletterens
Plan d’accès au Village Lacustre de Gletterens

J’arrive à Estavayer le Lac vers 21 heures. Pour descendre du train une dame me dit “¿La puedo ayudar?”, c’était une Chilienne qui vit en Espagne. La gare est déserte et je ne sais pas où passer la nuit… Heureusement, elle me donne le numéro d’un taxi. Celui m’a aidé à trouver une chambre d’hôtel et m’y a amené.

Je me retrouve dans un hôtel sur une aire de repos d’autoroute. L’hôtel est un peu cher (130 Francs Suisses), mais quel repos après toutes ces heures de voyage mouvementé.

Arrivée au Village Lacustre de Gletterens

Le matin, depuis l’hôtel, j’appelle le Village Lacustre, car je ne savais pas comment faire pour y arriver. Jack, un des animateurs-médiateurs culturels, passera me chercher vers 14 heures.

À partir de 11 heures, je sors avec tous mes bagages et je m’installe pour terminer mon poncho, car je n’avais pas encore réuni les deux bandes. Je le fais par une couture au crochet.

Poncho presque fini pour le Village Lacustre
Poncho presque fini pour le Village Lacustre

Juste au moment où j’ai fini mon poncho, Jack du Village Lacustre apparaît. Il m’a tout de suite amenée à Gletterens et j’ai pu faire connaissance avec d’autres membres de cette sympathique équipe.

Le Village Lacustre de Gletterens

Les abris préhistoriques

Il y a un, un peu caché sous les arbres, à côté des autres habitations du village lacustre. Un peu trop caché, certains visiteurs ne le voient pas.

Il y en 3 autres à côtés des tipees qui sont habituellement loués à la nuit. J’ai dormi dans l’un d’eux pendant le temps des Rencontres Préhistoriques. J’ai trouvé cela si agréable que j’aimerai bien qu’on en construise un à Biolab Maraîchage.

La structure

En effet, la structure en bois est facile à monter avec des branches droites et souples attachées, maintenant avec des ficelles, durant la préhistoire avec des lanières en cuir, des nerfs d’animaux ou des cordes végétales.

Cela ressemble à un igloo couvert de peaux d’animaux. C’était sans doute un matériaux courant à l’époque. Les animateurs m’ont raconté qu’ils avaient acheté à bas prix des peaux invendables à une tannerie qui avait été inondée.

La structure est en bois et légère, dans cet abri du Village Lacustre
La structure est en bois et légère, dans cet abri du Village Lacustre

Il y au milieu du toit un carré d’un mètre environ, couvert par une bâche en plastique transparent que l’on peut ouvrir et refermer, laisse entrer la lumière.

Trou central, ici protégé par une bâche en plastique, au Village Lacustre
Trou central, ici protégé par une bâche en plastique, au Village Lacustre

Le sol

Le sol est recouvert de BRF (bois raméal fragmenté), ou pour le dire plus simplement de copeaux.

Ces petits morceaux de bois procurent un sol souple et bien isolé au Village Lacustre
Ces petits morceaux de bois procurent un sol souple et bien isolé au Village Lacustre

Surprenant, ces abris sont suffisamment grands pour que l’on tienne debout, on peut y dormir à plusieurs. Ils sont très étanches, même en cas d’orage…

Les différents types de maison du Village Lacustre de Gletterens

Ce sont des maisons en bois et terre/paille. Elles ont été construites suivant des modèles de bâtiments dont on a retrouvé les traces lors de fouilles.

Si les plans sont précis, grâce aux implantations des pilotis et poutres retrouvés dans les lacs des alentours. Les toits sont des suppositions fort probables, ils n’ont malheureusement pas été conservés.

Les maisons près de la fontaine

Dès le petit pont de l’entrée, on découvre une petite maison sur pilotis, décorée.

Le première petite maison du Village Lacustre
Le première petite maison du Village Lacustre

En outre, il y a trois autres maisons plus grandes et un petit bâtiment qui sert de réserve dans la zone centrale, près d’un point d’eau.

Deux autres maisons du Village Lacustre
Deux autres maisons du Village Lacustre

Ces bâtiments servent pour les animations et ateliers (feu, peinture, tissage…).

Quatrième maison du Village Lacustre
Quatrième maison du Village Lacustre

Pendant les quelques jours des Rencontres Préhistoriques, il y a eu aussi un tipee en cuir tanné àla cervelle et construit par l’un des participants, c’était un des centres d’activités du Village Lacustre, on y taillait des silex, faisait de la céramique et polissait des haches…

À l'arrière plan, on distingue un petit tipee, occupé par un jeune chimiste passionné de préhistoire
À l’arrière plan, on distingue un petit tipee, occupé par un jeune chimiste passionné de préhistoire

La maison du bronze

Derrière une haie, il y a dernière venue, la Maison du Bronze, avec le four à bronze et l’atelier de tissage. je ne sais pas pourquoi, j’ai oublié de la photographier. Sans doute est-ce parce que ce qui se passait à l’intérieur était plus important.

Doris, vient de m’envoyer deux photographies.

La Maison du Bronze, vue extérieure
La Maison du Bronze, vue extérieure
La maison du Bronze, vue de l'intérieur
La maison du Bronze, vue de l’intérieur

Voici un joli détail d’une porte.

Détail de la jointure des planches de la porte de la Maison du Bronze au Village Lacustre
Détail de la jointure des planches de la porte de la Maison du Bronze au Village Lacustre

En outre, des panneaux à l’entrée indiquent comment ont été construits les différents édifices et les dates auxquels ils correspondent. Ces panneaux sont bilingues français/allemand. Ils sont complétés par des brochures distribuées à l’entrée.

Une des pancartes à l'entrée du Village Lacustre qui donne des explicatons sur la reconstitution de ces bâtiments
Une des pancartes à l’entrée du Village Lacustre qui donne des explicatons sur la reconstitution de ces bâtiments

Le jardin néolithique du Village Lacustre

Il a une forme de mandala, c’est plus joli ainsi…

Son but est de réunir des plantes cultivées au néolithique. Car, les fouilles récentes ont mis à jour de nombreuses graines et des restes de plantes médicinales, à fibres et tinctoriales.

Joli bouillon blanc à l'entrée unit l'utile à l'agréable
Joli bouillon blanc à l’entrée unit l’utile à l’agréable

En effet, le bouillon blanc jolie plante médicinale ne pouvait pas manquer à l’entrée. Ses feuilles étaient utiles au moment d’aller au toilettes quand le papier hygiénique n’existait pas encore.

Voici le lin déjà en graines, il va falloir le récolter vite
Voici le lin déjà en graines, il va falloir le récolter vite

Donc, on y voit du lin, dont les fibres étaient déjà très utilisées pour les vêtements et les graines pour l’alimentation. Maintenant, on doit choisir soit la production de fibres ou celle de graines.

Céréales anciennes au jardin du Village Lacustre
Céréales anciennes au jardin du Village Lacustre

À côté, sont aussi présentes des céréales et des légumineuses anciennes, base de l’alimentation à l’époque. Les chaumes des céréales et d’autres graminées servaient certainement pour les toitures.

Légumineuses anciennes protégés des rongeurs par un filet moderne
Légumineuses anciennes protégés des rongeurs par un filet moderne

Une belle touffe de cardères (cabaret aux oiseaux) donne un peu de relief. Les boules de graines, servaient jusqu’il y a peu à carder la laine.

Les cardères avaient déjà leur utilisation au néolithique
Les cardères avaient déjà leur utilisation au néolithique

Lors de mon voyage en Équateur, à Otavalo, ville spécialisée dans l’activité textile, j’ai vu un outil équipé de boule de cardère. Frotter une toile en laine avec cet appareil, arrache de petites fibres et rend le textile légèrement poilu. Ce type de finition est très apprécié.

cardères à Otavalo, Équateur
Cardères à Otavalo, Équateur, prêts à être montés sur leur support, à des milliers de kilomètres du Village Lacustre de Gletterens, la technique est encore utilisée

Le beau n’exclut pas l’utilitaire

Ce jardin n’oublie pas les fleurs qui ont aussi leur rôle à jouer dans la protection des cultures.

Ces fleurs mellifères font aussi leur apport à l'économie néolithique où le miel, principale source de sucre, était fort apprécié
Ces fleurs mellifères font aussi leur apport à l’économie néolithique où le miel, principale source de sucre, était fort apprécié

Les graines de plantes anciennes proviennent de la fondation Pro Specie Rara, qui aide à la diffusion d’espèces agricoles. Elle fournit des semences au Village Lacustre de Gletterens et lors de la récolte, les animateurs renvoient à la Fondation une partie des graines.

Voici le contact pour les espèces rares
Voici le contact pour les espèces rares

Bien que ce jardin semble modeste, il demande beaucoup de travail et n’est malheureusement pas épargné par les rongeurs qui semblent l’apprécier un peu trop.

Grande variété de plantes dans cette haie qui abrite de nombreux animaux
Grande variété de plantes dans cette haie qui abrite de nombreux animaux

Les haies ont aussi été plantées d’arbustes spécialement choisis pour leur utilisation au néolithique, par exemple bois de flèches, manche d’outils… Elles sont vraiment très belles et j’ai eu du mal à choisir la photographie… Jack les entretient tout le long de l’année.

Les ateliers du Village Lacustre

Je n’ai malheureusement pas pris de photographies des ateliers. Il y en a destinés aux enfants, comme la peinture avec des ocres… Pour les plus grands, il y a le feu, le tir de sagaie, la taille de silex… Même les adultes apprécient ces initiations à des techniques mythiques.

Ces ateliers ont généralement lieu l’après-midi.

Enfin, le Village Lacustre de Gletterens fait aussi l’objet de nombreuses visites scolaires.

En outre, il y a des échanges avec d’autres musées.

Les tipees et abris préhistoriques

Il y a trois abris préhistoriques, tels que je les ai décrits antérieurement. M’y voici installée pour 15 jours merveilleux.

Mes babages ont trouvé un peu de repos dans cet abri du Village Lacustre
Mes bagages ont trouvé un peu de repos dans cet abri du Village Lacustre

En outre, il y a deux modèles de tipees, un petit et deux grands. Ils sont vraiment imposants.

Petit tipee et à l'arriere plan un abri préhistorique au Village Lacustre
Petit tipee et à l’arrière plan un abri préhistorique au Village Lacustre

Bien sûr, ils sont plus lumineux à l’intérieur, mais ils semblent moins étanches à la pluie. De même que les abris préhistoriques, le sol est garni de copeaux de bois.

Vue intérieure d'un grand tipee au Village Lacustre de Gletterens, l'effet d'ombres des branches des abres voisins m'a beaucoup plû.
Vue intérieure d’un grand tipee au Village Lacustre de Gletterens, l’effet d’ombres des branches des arbres voisins m’a beaucoup plû.

Ils sont démontés à la mauvaise saison et remontés au printemps.

Vue du camping néolithique au Village Lacustre, depuis la porte de mon abri préhistorique
Vue du camping néolithique au Village Lacustre, depuis la porte de mon abri préhistorique, boucanage d’une peau tannée à la cervelle

Normalement, ils sont loués à la nuit, mais exceptionnellement nous, les participants des Rencontres Préhistoriques, y avons été logés pendant ces jours.

Les Rencontres Préhistoriques

D’abord, elles permettent aux visiteurs d’en savoir un peu plus en voyant en direct des techniques que l’on voit habituellement seulement dans des documentaires, ou même parfois des techniques inconnues du grand public, telle que le tannage à la cervelle.

Ainsi, les visiteurs ont aussi la possibilité d’assouvir leur soif de connaissances en posant des questions. Par chance, ce n’étaient pas des touristes pressés comme au Chili, ils oubliaient de regarder le portable…

Les questions étaient nombreuses et indiquaient un réel intérêt
Les questions étaient nombreuses et indiquaient un réel intérêt

Ensuite, ces rencontres sont passionnantes pour les animateurs et les chercheurs qui peuvent prendre le temps de se perfectionner en partageant avec leurs pairs des détails techniques et des questions qui les font progresser dans leur pratique de tous les jours. C’était vraiment très enrichissant.

Les spécialistes font des découvertes notables chaque année et comparent leurs résultats.

Les techniques représentées au Village Lacustre

Le bronze

C’est certainement la technique la plus spectaculaire.

J’ai pris tant de photographies, que je crois que je vais devoir y consacrer un article entier. C’est vraiment trop beau pour n’y consacrer qu’un chapitre ici.

Doris est entrain de couler une pièce en bronze, quel travail!
Doris est entrain de couler une pièce en bronze, quel travail!
Résultat, reproduction de pièces historiques aussi bien d'objets d'apparât que d'outils de l'époque
Résultat, reproduction de pièces historiques aussi bien d’objets d’apparat que d’outils de l’époque

La taille de silex et le feu

Deux des techniques préhistoriques les plus anciennes étaient très bien représentées au Village Lacustre de Gletterens.

Éric enseignait à qui voulait le suivre tous les détails de la taille du silex. Il avait fait un admirable pendentif salamandre en silex.

Éric entrain de tailler des silex au Village Lacustre
Éric entrain de tailler des silex au Village Lacustre

Puis, il enseignait les différentes méthodes pour produire du feu.

Ici un visiteur apprend à faire du feu selon l'une des dix techniques proposées par Éric
Ici un visiteur apprend à faire du feu selon l’une des dix techniques proposées par Éric

Un peu de musique

Enfin, il faisait sonner toute une série de répliques d’instruments de musique préhistoriques. Les éventuels clients ne pouvaient pas les essayer à cause du COVID! Quelle ironie!

Vous pouvez le retrouver sur son site www.archeoshop.com.

Étal d'instruments de musique d'Éric
Étal d’instruments de musique d’Éric

Il a aussi fait une démonstration d’abattage d’arbre à la hache de pierre. Un aulne à été choisi.

Ici, Éric ébranche l'aulne abattu avec une hache, réplique fidèle jusque dans les techniques de fixations des outils archéologique
Ici, Éric ébranche l’aulne abattu avec une hache, réplique fidèle jusque dans les techniques de fixations des outils archéologique. Nous utiliserons ces branches bien droites pour enrouler les ecoprint, les feuilles s’imprimeront aussi

Le tannage à la cervelle

Dominique, le tanneur, est chimiste de formation. Je suis vraiment très contente d’avoir rencontré un chimiste. Car, beaucoup de mes problèmes d’artisanat, sont des problèmes de chimie. De plus, il s’intéressait aussi aux colorants.

Depuis longtemps, je cherchais des informations sur le tannage des peaux et je n’en ai trouvé que très peu d’utiles. Dominique a publié un petit livre très concret à ce sujet, disponible sur le site d’Éric.

Précis et concret, concernant un domaine où ne trouve pas beaucoup d'informations correctes
Précis et concret, concernant un domaine où ne trouve pas beaucoup d’informations correctes

La technique est simple, elle requiert surtout du temps, de la force et de la patience…

Ici, Franck forgeron et armurier, s'informe des détails du tannage auprès de Dominique
Ici, Franck forgeron et armurier, s’informe des détails du tannage auprès de Dominique

Il a aussi fait des démonstrations de tannage à la cervelle, telle que la pratique encore les Indiens d’Amérique du Nord. Il a tanné la fourrure d’un daim. Le résultat semble meilleur que le tannage à l’alun et ne présente pas la toxicité des sels de chrome qui sont le plus souvent utilisés en tannerie depuis le XIXème siècle.

Une fois la peau de daim bien grattée, Dominique commence à appliquer la cervelle
Une fois la peau de daim bien grattée, Dominique commence à appliquer la cervelle

Les frondes

Là, il y avait aussi Pierre, le spécialiste des frondes. Il faisait des démonstrations de tir à la fronde avec des modèles du monde entier.

Frondes au Village Lacustre
Frondes de Pierre au Village Lacustre

Pierre a aussi profité pour apprendre auprès d’Éric plusieurs technique de taille de silex. Il a appris à filer au fuseau et pourra ainsi filer les fibres qu’il utilise dans ses frondes.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à visiter son facebook.

Tissage aux tablettes

Carole, une des animatrices du Village Lacustre faisait des démonstrations de tissage aux tablettes.

Cette technique dite “primitive” est apparue un peu partout dans le monde, elle permet de tisser notamment des galons très complexes, grâce à des tablettes généralement percées de 4 trous. Cela permet de gérer de différentes manières des chaînes de différentes couleurs. En faisant tourner les tablettes, on obtient des dessins qui peuvent même être double face.

Ce type de métier est vraiment peu encombrant (il peut tenir dans une poche) et permet de tisser n’importe où à partir du moment que l’on trouve un point d’attache pour la chaîne. Il est l’idéal pour les nomades.

Carole tisse de très belles ceintures, dommage que l'on ne voit pas les détail du tissage
Carole tisse de très belles ceintures, dommage que l’on ne voit pas les détail du tissage

Je n’ai pas encore pu pratiquer ce type de tissage. Mais grâce à mes amis les bronziers, j’ai pu acheter des métiers à tablettes et des livres pour m’y former.

Documentation très complète et métier à tablettes en attente d'être monté
Documentation très complète et métier à tablettes en attente d’être monté

Fibres de liber de tilleuls

Les fibres de liber de végétaux ont fait partie des premières fibres utilisées par nos ancêtres.

Elles deviennent rares aujourd’hui, car elles exigent l’abattage de l’arbre. En effet, la circulation de la sève dans les végétaux passe par le cambium, c’est-à-dire, la partie interne de l’écorce. C’est justement cela qui est utilisé dans ce cas. Le tilleul est l’un des arbres les plus apprécié depuis des temps immémoriaux. C’était parfois un arbre sacré.

L’écorce est arrachée tout autour du tronc, par segment verticaux, normalement sur l’arbre avant d’être abattu, si possible en mai-juin. Cette écorce est mise à rouir dans de l’eau pendant un certain temps. Alors, les fibres du liber se sépare de l’écorce.

On m’a raconté au Village Lacustre que le tilleul n’est pas très apprécié des forestiers qui sont souvent contents de s’en débarrasser. Cela peut donner l’occasion de récupérer le liber.

Pour cela, on laisse tremper dans de l’eau les écorces. Des fils se séparent en plusieurs couches, on les sépare, les fait sécher. On peut les tresser, les travailler en vannerie et plus difficilement les filer.

Fibres de liber de tilleul entrain de sécher
Fibres de liber de tilleul entrain de sécher

J’en ai ramené un peu.

C’est l’une de mes découvertes au Village Lacustre. Cependant, c’est un produit assez rare et je n’ai pas tenté de le teindre. Mais, cela ne doit pas différer beaucoup du raphia.

Cela ressemble un peu à du raphia, mais c’est plus difficile à travailler.

Chapeau et manteau en liber de tilleul, vu au musée du Latenium à Neuchatel
Chapeau et manteau en liber de tilleul, vu au musée du Latenium à Neuchatel

Les liber d’autres plantes peuvent aussi être utilisés. Á titre indicatif, j’ai vu mentionnés les liber de cigüe et de chêne…

Je viens de découvrir le site du musée d’Albersdorf, au Nord de l’Allemagne qui donne des informations très intéressantes sur les techniques employées pour le tissage de ce type de vêtements.

Poterie et autres activités

Auprès du tipee en cuir, il y avait un groupe de jeunes qui pratiquaient aussi bien le tannage, la taille du bois, la poterie et fabriquait leur habillement.

Pauline avait fait ainsi en terre cuite de jolis verres à boire avec des éclats de mica qui brillaient.

Un autre s’est taillé au couteau une navette pour tisser un filet… ainsi que d’autres outils en bois.

La teinture

Bien sûr, je faisais moi aussi, mes démonstrations.

Nous avons teint de la laine et du raphia avec de la ronce, différentes plantes à tannins, de la cochenille, du bois de Campêche et un champignon que j’ai trouvé près de la fontaine.

Un mélange de plantes à tannins a ainsi permit de donner une patine ancienne à une reproduction de flûte en os d’Éric.

Flûte d'Éric mise à teindre
Flûte d’Éric mise à teindre
Éric essaie sa flûte une fois teinte
Éric essaie sa flûte une fois teinte

Bien sûr, la cochenille et le bois de Campêche sont exotiques. Mais ils faisaient partie de l’arsenal tinctorial des sociétés très anciennes des Amériques et notamment du Mexique d’où ils sont originaires.

En outre, il existait des parents de la cochenille en Europe, notamment les cochenilles dites de Pologne (mais présente un peu partout en Europe) et celles dites d’Arménie. Le Kermès, récolté sur certains chênes des régions méditerranéennes, avait sans doute éveillé l’intérêt des peuples anciens…

Ecoprint

S’il n’y a pas de traces d’ecoprint anciens que je sache, il est fort probable que des taches végétales aient mis les premiers humains sur la voie de la teinture.

Donc, cette technique nous a permet de découvrir les pouvoirs tinctoriaux des plantes locales et de personnaliser nos vêtements. Éric, le tailleur de pierres et Dominique le tanneur ont ainsi redonné vie à leurs vieux tee-shirts et pantalons en les personnalisant ainsi.

Ce vieux tee-shirt a repris vie
Ce vieux tee-shirt a repris vie

Ainsi, nous avons testé, le camerisier à balais, la viorne classique, la viorne lantane (idéale pour la fabrication de flèches), le cornouiller sanguin, le frêne, le charme, noisetiers, saule, bourdaine, chêne, noyer, champignons, ronces et aulnes.

Bon nombre de ces plantes ont été plantées spécialement au Village Lacustre et y sont protégées, car elles étaient fort utiles pendant la préhistoire. On en a retrouvé les traces lors des fouilles archéologiques dans les nombreux villages lacustres retrouvés dans la zone.

Cela a été l’occasion de parfaire mes connaissances en botanique. Enfin, j’ai pu voir en réalité des plantes que savais tinctoriales, mais que je n’avais jamais vues, ou j’étais passée devant sans les reconnaître. Par exemple, Dominique le tanneur, m’a présentée la bourdaine, un des arbustes qui donnent les graines d’Avignon.

La filature

Une amie de François m’a amenée un jour un drap plein de laine, déjà lavée. Elle provenait de moutons valais, une vieille race locale. Cette laine serait très intéressante pour faire des inclusion dans du feutre.

Elle savait filer au rouet, mais pas au fuseau, elle a vite appris et elle est repartie avec un fuseau que lui avait vendu Éric, le tailleur de silex.

J’ai aussi un peu filé pour faire des tests de teinture.

Crochet

Il semble que le crochet est une technique qui proviennent de l’Inde. Mais, je ne sais pas si elle remonte au néolithique. Mes guêtres ont beaucoup plu à mes amis bronziers. C’est vrai qu’elles tiennent chaud. Alors, ils m’en ont commandé deux paires… J’ai réussi à en faire une paire avec la laine que j’avais, la seconde je viens de l’envoyer.

Tissage de gaze

J’avais acheté un livre sur les techniques de gazes, lors de mon voyage au Pérou.

Voici le livre qui m'a enseigné les techniques de gaze
Voici le livre qui m’a enseigné les techniques de gaze

J’ai donc essayé de tisser un échantillon des techniques montrées dans ce livre, en me basant aussi sur les dessins de Raoult d’Harcourt et ce que m’avaient montré des amies Diaguitas qui faisaient des “peleros“, sortes de couvertures épaisses à mettre entre le dos du cheval et la selle.

Fin des teintures

Après les Rencontres Préhistoriques, je suis restée quelques jours encore au Village Lacustre. Je déménageais de l’abri préhistorique vers la yourte de mes amis bronziers.

J’ai terminé des essais de teintures en cours, notamment avec le champignon xylophage de la fontaine et la sciure de bois. Le champignon a donné un beige un peu décevant.

Champignon xylophage trouvé près de la fontaine
Champignon xylophage trouvé près de la fontaine

Dans la sciure, j’ai laisser teindre à froid un ecoprint que mes amis ont développé après une semaine.

Ecoprint à froid dans de la sciure
Ecoprint à froid dans de la sciure

Je recevrai quelques jours après mon retour une photographie du résultat.

Résultat de l'ecoprint à la sciure à la froid
Résultat de l’ecoprint à la sciure à la froid

Visite au Latenium

J’ai souvent entendu parler du Latenium, grand musée de Neuchatel. Il aurait été dommage de repartir sans aller le voir.

Je suis donc partie pour Neuchatel, j’ai traversé le lac en bateau, c’est très joli.

Puis, j’ai pris un tramway pour le Latenium. Ce musée est très grand. J’y ai vu beaucoup de choses intéressantes, notamment au niveau des textiles.

J’y ai découvert un autre outil pour faire des filets.

Outil néolithique à tisser des filets
Outil néolithique à tisser des filets

Enfin, la librairie de ce musée est vraiment très fournie et j’ai eu beaucoup de mal à me retenir d’acheter quelques libres.

Ensuite, je suis allée acheter un charriot pour pouvoir transporter plus facilement mon sac vert. J’avais beaucoup allégé mes bagages grâce aux ventes des tricots. Mais, je repartais avec de nouvelles laines, un peu de cuir et quelques livres, dont ceux de Françoise Rossel que je vous recommande chaudement.

Rencontre avec une possible cliente

Peu de temps avant mon départ pour le Village Lacustre de Gletterens, je reçois un mail d’une artiste suisse qui désirait découvrir l’ecoprint.

Alors, je lui ai aussi donné rendez-vous au Village Lacustre. Je lui est montré quelques un de mes ecoprint et elle m’a montré des photographies de quelques unes de ses œuvres qui m’ont beaucoup plu.

Nous avons aussi éclairci quelques difficultés pour la réalisation de son projet. Enfin, je pense que je vais bientôt faire des tests en grandes dimensions, car je viens de m’équiper pour cela.

Divers

Entre les différentes activités de nombreux participants s’exerçaient au tir de sagaies, à l’arc ou à la fronde.

Nous avons aussi eu le plaisir d’assister à un concert de polyphonie avec le groupe de François Rossel. Ce fut un surprenant voyage musical qui allait de l’Espagne à la Turquie avec de nombreuses étapes.

Suite du voyage

Départ du Village Lacustre

Lors de conversations sur les textiles, le nom de Hallstatt est revenu plusieurs fois. Doris m’a montré des photographies de textiles préhistoriques extrêmement bien conservés.

Cela m’a donné très envie d’y aller. C’est en Autriche, c’est plus proche de Gletterens que de Paris. Et, je ne sais pas quand j’aurais pu y aller par la suite.

J’ai étudié les plans et les solutions de transport proposés. J’ai trouvé un bus qui allait trois fois par semaine de Berne à Salzbourg, beaucoup plus économique que le train.

Je suis donc partie de bonne heure pour Berne avec mon sac à dos, seulement avec ma petite tente et mon sac de couchage et un des livres de François. J’ai laissé l’ordinateur sous la protection de Doris, car il était trop lourd. J’ai bien fait, je ne l’aurais pas utilisé.

Berne

Je suis arrivée à Berne vers midi.

Je suis arrivée à la gare routière vers 13 heures, j’avais quelques heures d’avance. Serait-ce l’effet du COVID, cette gare routière était complètement déserte. Tous les bureaux étaient fermés. Les horaires indiqués n’étaient pas à jour.

Une jeune fille est arrivée à vélo, je croyais qu’elle venait ouvrir le bureau d’une compagnie de bus. En réalité, elle était originaire de Chevroux, village voisin de Gletterens, connaissait Jacques des textiles anciens et venait chercher une amie qui devait arriver en bus.

Je n’avais pas fini d’attendre. Mais, enfin le bus arrive. Petit problème: les chauffeurs ne parlent que slovaque (le bus continuait vers Bratislava, après Salzbourg). Par chance, j’ai étudié le polonais, il y a plus de 30 ans, je les comprends. Mais, je n’avais pas acheté le ticket par internet et il fallait l’avoir imprimé. Il y avait peu de voyageurs, ils m’ont proposé payer 50 francs suisses. Je n’en croyait pas mes souvenirs linguistiques, c’était moins cher que si j’avais acheté le ticket par internet.

Le train m’aurait coûté 135 francs suisses, mais avec départ immédiat.

Je m’embarque donc pour Salzbourg. J’y arrive à 2 heures du matin, à un arrêt de bus.

Salzbourg

Alors, il faut que j’arrive à la gare ferroviaire. Heureusement, un taxi attend tout près. Il m’y emmène. La gare était assez loin, mais elle était ouverte, contrairement aux gares françaises. J’achète un billet pour Hallstatt. J’ai un premier train vers 4 heures du matin et je dois faire un changement. J’arrive à la station de Hallstatt vers 7 heures du matin.

Le deuxième train passe par de nombreux villages bordant des lacs. Le jour se lève à peine, le brouillard s’effiloche peu à peu sur les montagnes et les lacs. C’est vraiment très beau. Cela donne envie de descendre à presque chaque gare.

La gare d’Hallstatt est en fait située de l’autre côté du lac. Il fallait donc prendre un bateau. Il suffit de descendre un peu pour trouver le quai, mais c’est très mal indiqué.

Le bateau

Pour prendre le bateau, je patiente en prenant quelques photographie de la flore sauvage très abondante et du village que l’on aperçoit de l’autre côté du lac.

Vue du village d'Hallstatt depuis la gare, sur l'autre rive du lac
Vue du village d’Hallstatt depuis la gare, sur l’autre rive du lac

Enfin, j’arrive au village vers 9 h 30, c’est trop tôt pour prétendre prendre un petit déjeuner, il faut arriver presque au bout du village pour trouver un endroit où manger.

Il y a déjà beaucoup de touristes qui circulent dans les rues de ce village qui ressemble à un décor de conte de fées. Il me faut encore attendre pour visiter le musée.

Hallstatt

Le sel historique

Hallstatt est un village très (presque trop) touristique. Il est connu depuis la préhistoire pour ses mines de sel qui ont fait sa fortune.

En effet, le sel était jusqu’à il y a quelques siècles, un produit rare, longtemps contrebandé… Il explique l’éthymologie du mot “salaire“. Il a longtemps servi de monnaie. Tradition reprise par certaines monnaies locales alternatives.

D’une part, certains mineurs ont été enterrés accidentellement lors d’effondrements de galeries et le sel les ont conservés. D’autre part, les populations locales qui vivaient souvent dans les mines y enterraient aussi leurs morts.

Le sel est connu pour ses vertus de conservateur depuis la préhistoire. C’est bon pour les jambons, mais aussi pour les textiles.

Des découvertes inestimables

Des centaines de découvertes précieuses ont été faites en parfait état. Elles ont permis de faire de grands pas dans la connaissance de la vie courante au néolithique.

Non seulement des outils et des bijoux ont été découverts. Mais aussi, des vêtements, des chaussures, des paniers servant à transporter le sel… et, même des excréments qui ont permis de découvrir le régime alimentaire de ces gens.

Ces mines ont connues différentes vagues d’effondrement, d’inondations et d’éboulements qui ont attiré l’attention sur les découvertes dès la fin du XVIIIème siècle. Des directeurs éclairés des mines ont fait tout leur possible pour préserver ces découvertes.

Le musée

Certes, le musée est un peu petit, présente un peu de ces découvertes. J’aurai aimé en voir un peu plus. On m’a dit qu’il y en avait certainement plus à Vienne… Ce sera pour un autre voyage.

Reste textile archéologique retrouvé dans une mine de sel, sa qualité est vraiment admirable
Reste textile archéologique retrouvé dans une mine de sel, sa qualité est vraiment admirable

J’aurai peut-être dû aller visiter la mine, dans laquelle on monte par un téléphérique. La queue était longue, mais le prix (32 euros) un peu trop élevé à mon goût.

Il y avait bien sûr beaucoup de boutiques pour touristes avec des articles en bois et du sel sous toutes les formes et de toutes les couleurs… Les maisons ont gardé leur style anciens.

Je viens de recevoir un lien de www.academia.edu pour un article sur les textiles de Hallstatt. Ces textiles sont si beau que je dois partager ce lien.

Retour vers Murten

Vers 14 heures, je reprends le bateau pour retourner à la gare, c’est le meilleur chemin pour retourner à Salzbourg.

Je ferais tout le chemin de retour vers Murten, une petite ville proche du Village Lacustre, par des trains de nuit avec un changement à Innsbrück, où la gare est aussi ouverte la nuit.

Dans les temps d’attente, je savoure les livres de François. Vivement qu’il en publie un autre.

Voici les livres de François Rossel
Voici les livres de François Rossel

Murten

Mes amis les bronziers m’ont invité à passer chez eux, ils ont ramené mes bagages depuis le Village Lacustre. Cela m’a évité bien des efforts.

J’y passerai plusieurs jours, Martin avait un rouet à pédale. Je m’y suis entraînée et j’ai pu ainsi retordre plusieurs pelotes, beaucoup plus vite qu’au fuseau.

Filature au rouet chez Doris et Martin
Filature au rouet chez Doris et Martin

Il y avait aussi une cardeuse et d’autre accessoires. Ils avait aussi fait du feutre. Du très beau matériel.

La cardeuse de Martin, je l'ai utilisée pour préparer de l'alpaga avant de le filer
La cardeuse de Martin, je l’ai utilisée pour préparer de l’alpaga avant de le filer

Doris a appris à filer au fuseau. Cela lui a plu.

Des rouets, j’en ai vu beaucoup au Marché au Puces de Murten, mais je ne vois pas comment j’aurais pu en ramener un avec tous mes bagages.

Les boutiques de laines

Le dernier jour chez eux, ils m’ont invité à visiter deux boutiques de laines et fibres dans d’autres provinces. Les paysages étaient très beaux.

Les boutiques étaient vraiment très intéressantes. Il y avait un très grand choix de fibres de luxe, de nombreuses variétés de laine de mouton.

Première boutique

Ici, on peut découvrir la laine de nombreuses races ovines
Ici, on peut découvrir la laine de nombreuses races ovines

Dans la première, nous avons pu voir la salle de cardage.

Imposante machine entrain de carder de l'alpaga brun
Imposante machine entrain de carder de l’alpaga brun

Nous avons aussi visité la salle de lavage des laines. Le spécialiste nous a donné des informations intéressantes que j’appliquerai certainement lors du prochain lavage.

Ici, on lave les laines de petits producteurs locaux qui souhaitent récupérer leur laine une lavée, cardée, peut-être filée, tricotée ou tissée
Ici, on lave les laines de petits producteurs locaux qui souhaitent récupérer leur laine une lavée, cardée, peut-être filée, tricotée ou tissée

J’ai pu acheter de la soie, de la ramie, de l’angora en ruban prêt à filer. Assez peu, mais suffisamment pour les tester. J’y ai aussi trouvé des métiers à tablettes, des lucettes et un fuseau turc que je cherchais depuis longtemps.

Nouveaux fils et nouveaux accessoires... Dans peu de temps, des nouveautés...
Nouveaux fils et nouveaux accessoires… Dans peu de temps, des nouveautés…

Il y avait aussi une grande variété de métiers à tisser, de rouets et autres accessoires, nous avons bien dû y passer 2 heures, sans nous en rendre compte, tellement il y avait de choses intéressantes.

Deuxième boutique

Dans la deuxième boutique, j’ai acheté surtout des fils de soie et de lin prêt à tisser, que je pourrais teindre naturellement. J’y ai trouvé encore quelques accessoires de tissage et surtout des livres sur les techniques de tresse, la dentelle, la teinture et bien sûr les tablettes. J’ai de quoi approfondir mes connaissances à la fois en allemand et en textiles.

Ensuite, il m’a fallu aller chercher une nouvelle valise au Marché au Puces, j’avais déjà remplacé la bleue détraquée, et mes amis m’ont donné un nouveau sac à roulettes.

Retour en France

Bref, je vous épargne les déboires de mon retour à Chevrainvilliers, avec passage imprévu par Paris, dû à un déraillement de train de marchandises dangereuses dans la matinée…

Enfin, j’ai eu beaucoup de mal à abandonner la Suisse, le Village Lacustre de Gletterens et mes nouveaux amis Suisses. Tous mes remerciements à cette merveilleuse équipe très dévouée.

J’espère que ce lieu pourra se maintenir financièrement, car le fameux virus a provoqué de nombreuses annulations d’activités et par conséquent des pertes. Ce serait dommage qu’un lieu pareil vienne à disparaître…

Je regrette beaucoup de ne pas avoir pu rencontrer Jacques, le spécialiste des textiles anciens. Je lui souhaite de tout cœur un bon rétablissement.

Le temps passe…

/// Le temps passe /// —- Encore en cours de rédaction, déjà remis à jour le 15/11/2020 —
Début de rédaction le 9 novembre 2020 — ce projet ne fait que commencer…
Dernier article sur les Ronces
Prochain article… Purins ou Filature, lequel préférez-vous?
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’à ce que les vagues de confinement se calment
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Plus passe le temps…

Depuis quelques temps, je restais muette sur ce site, cela est dû à des difficultés d’accès à l’internet. Je privilégiais donc mes cours de Japonais et découvrais des manières de travailler hors ligne. Je viens d’ailleurs d’écrire cet article hors ligne.

Voici quelques chansons un peu oubliées de Leo Ferré, Jacques Brel, Georges Moustaki et Georges Brassens… Quelques chanteurs poêtes que j’ai eu la curieuse surprise de constater, qu’ils n’étaient souvent pas connus des wwoofers! Cependant, ils restent d’actualité…

J’ai aussi appris à apprécier le temps, à mieux m’organiser et éliminer certaines pertes de temps et beaucoup de dispersion. Cela m’a laissé plus de temps pour lire sur des sujets qui m’intéressent.

Plus passe le temps, mieux je comprends le principe d’entropie qui, en chimie, désigne la tendance au désordre et à la perte d’énergie. J’ai découvert cette expression au Palais de la Découverte, lors d’une conférence à laquelle j’assistais avec mon fils d’à peine 4 ans. L’entropie, l’a emmené trop loin, maintenant.

Plus de 30 ans après, ce magnifique musée semble au bord du démantèlement. Et, le terme d’entropie prend de plus en plus d’importance.

Ikigai 2

Ceci sera donc un article de réflexions, peu comme celui sur mon ikigai.

Plus passe le temps, plus j’apprécie le bon sens d’expressions populaires et de proverbes chiliens parfois difficiles à traduire en français, mais lourdes de sens.

Histoire de sauce tomate

Ces réflexions ont commencé à partir d’une sordide histoire de sauce tomate… Encore un bouc émissaire…

Étant chargée des courses pour le groupe de wwoofers, j’ai volontairement omis d’acheter de la sauce tomate au supermarché, étant donné que nous avions de pleines caisses de tomates fraîchement cueillie dans la serre. Ces dernières mûrissent, très, presque trop vite…

Je ne croyais pas que j’allais provoquer un tel scandale… C’est tout de même symptomatique de l’état de notre société.

Donc, ce fut tout un drame. Une wwoofeuse, qui n’est pourtant pas une gamine, a trouvé très spirituel de se plaindre au patron de l’absence de sauce tomate, bien indispensable à son bonheur spirituel, malgré l’abondance d’additifs peu recommandables, dans le genre glutamate mono sodique et autres colorants alimentaires…

Cependant, il lui semblait impossible qu’une sauce tomate maison puisse arriver à la cheville d’une sauce industrielle bas de gamme. Car telle était son exigence.

Goûts déformés

Il semblerait donc que nos goûts soient trop déformés. Je le comprends car ma fille de 9 ans que son père avait habitué à boire du lait en poudre, ne voulait pas boire du lait frais de vache de ma voisine à Limache, un vrai luxe pourtant très abordable. Il aurait été dommage de s’en priver…

Alors, j’ai moi-même été franchement surprise par la dureté de la chair d’un jeune poulet que j’avais moi-même élevé et qui n’avait pas plus de 6 mois. Bien sûr, il n’avait pas été gonflé aux hormones. Auparavant, le poulet rôti se faisait bouillir avant de passer au four…

Au fait, les tomates doivent-elles devenir toujours rouges? Eh bien , non. Nous en avons des jaunes, des jaunes rayées de vert et des oranges. Il en existe des blanches et des pourpres… C’est encore une histoire de biodiversité.

Un peu d’histoire, depuis combien de temps?

Il semble que cet élément culinaire est produit à base de tomates refusées à la vente. Ces mêmes tomates étant originaires d’Amérique Latine, nos cours royales n’ont pu en bénéficier que depuis la fin de la Renaissance… Et certainement, plus tard en Inde, pays qu’affectionne notre maître yogi.

Sous nos latitudes, à Chevrainvilliers 77 (et même à Limache, Quillota… zone centrale du Chili à climat méditerranéen), les tomates poussent mieux sous serre, comme elle a pu le constater elle-même chez Biolab Maraîchage…

Donc, il me semble que ce n’est qu’au cours du XXème siècle bien avancé, que ce produit ne s’est popularisé qu’avec le développement des supermarchés dans les années 1960… et arrive sur la table du commun des mortels, mais à quel prix?

Auparavant, les gens se faisaient eux-mêmes leurs conserves et les appréciaient. Chacun avait sa recette. Que de savoirs perdus!

Ce que fais, vous saviez tous le faire”, Gilles Servat.

Manger local et de saison

Ces deux conditions sont celles que tentent d’appliquer nos clients, les Amapiens. Ils y ont réfléchi mûrement et ont dédié du temps et des compétences remarquable en organisation.

Il me semble que, nous les wwoofers, devrions profiter de leur avance, comme les cyclistes qui suivent les premiers font moins d’efforts en tirant profit des courants créés par leur prédécesseurs.

Alors, je suis certaine que beaucoup des Amapiens qui ont reçu jusqu’à 3 kilos de tomates par semaine cet été, ont fait des conserves de tomates pour l’hiver. Et quand leurs réserves seront épuisée, je en crois pas qu’ils iront acheter des tomates de l’hémisphère Sud ou de la sauce tomate industrielle.

Nous devrions suivre l’exemple, d’autant qu’il existe de multiples recettes de sauces sans tomates et avec des produits locaux et de saison. Il suffit d’être un peu créatif.

En outre, nous avons parfois des wwoofers, chefs de profession, qui en demande qu’à partager…

Adaptations aux temps nouveaux

Avec les diverses formes de confinement, l’engouement pour le Wwoofing n’est pas surprenant.

Cela donne parfois l’impression que certains ont trouvé une solution de squatte avantageuse. Mais, ils ne font pas de progrès dans leur réflexion.

En effet, cela me semble dommage. Car les conditions sont idéales pour mener à bien certaines recherches qui nous seront utiles très prochainement.

Alors, je dis bien recherche. Pas ces attitudes de fausse spiritualité de supermarché, ou la méditation semble un alibi bon marché pour ne rien faire.

Maintenant, des gens qui prétendent aller vers une nouvelle société plus spirituelle et plus naturelle ne comprennent pas que la sauce tomate n’apparaisse pas comme par magie dans le placard, car on est fatigué le soir.

Certes, nos ancêtres étaient certainement moins paresseux… Leur temps de travail ne se limitait à 5 ou 6 heures par jour. D’ailleurs, les plantes en connaissent pas les jours fériés. Les tomates mûrissent aussi le dimanche… Les choux-fleurs en demande pas d’autorisation pour fleurir à Pâques…

Pourquoi ne pas essayer d’en faire soi-même? C’est moins prestigieux que le pain indien accompagné de sauce curry au lait de coco, sans doute.

Mais le wwoofing, notamment chez Biolab Maraîchage, doit être l’occasion de faire des expériences avec ce que l’on a sous la main. Surtout, lorsque nous disposons de produits bio et frais sur lesquels nous avons travaillé.

Justement, le fameux “ici et maintenant” que nous rabâche notre amatrice de spiritualité exotique. Moi, je le comprends comme faire avec ce que l’on (que d’autres nous envieraient bien).

Et s’il n’y avait que la sauce tomate… Mais, il y aussi les petits pois. Nous en avons récoltés 4 kilos, tout frais… Il n’y avait qu’à les éplucher pour les faire cuire.

Et le soir que pourrait-on manger? Des petits pois! Que fait notre ami wwoofer aux beaux discours bien argumentés… Il plonge dans le placard pour en sortir une boîte de conserve! Se rendant compte de sa bévue, il décide de faire des pâtes… Les wwoofers n’ont pas voulu des petits pois, les Amapiens les ont dégustés car ils savaient les épucher.

Sans compter que les conserves, ce genre de produits vernis aux phtalates est encore soudé au plomb, car on n’a pas encore trouvé mieux… vient encombrer nos poubelles et nos décharges publiques.

Malheureusement, il faut aussi voir l’envers du décor. Nous sommes loin du zéro déchet et de la réutilisation consciencieuse de ce qui pourrait l’être. Encore, une fois je vous recommande le film “Ady Gasy”. Nos amis Malgaches nous donne de sérieuses leçons à méditer.

Ady Gasy Le temps des connaissances
Ady Gasy Le temps des connaissances

Ce genre d’attitude irresponsable me paraît d’autant plus grave que nous travaillons et vendons exclusivement à des AMAP, c’est-à-dire à des consommateurs responsables qui parfois viennent nous aider dans les champs. J’en ai honte. Ce type de sentiment est peut-être dépassé…

Il me semble qu’il est grand temps de se réapproprier des connaissances qui nous permettent de profiter à fonds de ce que nous avons sous la main, même des légumes moches.

Heureusement, nous avons un voisin qui sait en tirer merveilleusement parti… Il jouit de chacune de ses tentatives et cela fait plaisir.

J’apprécie ceux qui aiment apprendre. Ne pas vouloir faire sa sauce tomate est un exemple d’incompétence acquise. Il n’y a pas de pire ignorant que celui qui veut le rester.

Son intérêt était à très court terme, il fallait lui faire sa sauce (au risque qu’elle en lui plaise pas) et non pas que nous la fassions ensemble. Cela aurait été un petit progrès.

Je veux bien être une ressource éducative mais pas lui mâcher la tache.

Les temps qui viennent vont nécessiter des efforts…

Je mets d’ailleurs un point d’honneur à teindre, même des matières premières précieuses, avec des déchets. Ces déchets tinctoriaux poursuivront leur chemin entropique sur la butte de permaculture.

Et si un bain de teinture rate, cela arrive, je m’efforce de le récupérer.

Encore, à propos de la sauce tomate, devinez quoi? C’est comme la betterave, cela ne teint pas. Le lycopène, colorant rouge de la tomate s’unit avec les graisses et s’en vont donc avec le lavage où l’on s’efforce d’éliminer la graisse.

Pour cela, il faut savoir sortir de l’adolescence perpétuelle et prendre se responsabilités. Il faudrait sortir de l’état de girouette dans lequel nos portables voudraient nous cantonner.

Et encore une fois, la pratique est indispensable, elle permet d’améliorer le tir.

“Dichos”

Je passerai sur un certain nombre de situations inconfortables que je résumerai par des expressions populaires bien senties… Un peu dans le genre “Citations en vrac”.

Comme dirait Violeta Parra “Le ponen sombrero a quien no tiene cabeza”, “On leur met un chapeau, alors qu’ils n’ont pas de tête”.

J’aime beaucoup l’expression “Se ponen un parche antes de la herida”, “Ils se mettent pansement avant la blessure”.

Il y a aussi “Vamos arando, le dijo la mosca al buey”, “Nous allons labourer, dit la mouche au boeuf”.

Victor Jara disait: “Estar donde las papas queman” “Pucha que sería bueno haber tenido instrucción” “Être où les pomme de terre brûle les mains” du temps où l’on faisait cuire des pomme de terre sous la braise… “Ouais, qu’il aurait été bon d’avoir eu de l’instruction”

Sacar las papas con las manos del gato” “Sortir les pomme de terre du feu avec les pates du chat”

Palo porque boga y palo porque no boga” Nicolás Guillen “Des coups parce qu’on rame, des coups parce que l’on en rame pas”

Le tango “Cambalache”, avait semble-t-il déjà vu venir nos temps actuels.

Este es capaz de cualquier desaguisado” “Celui-là est capable de n’importe quelle décuisson”

Andando arreglaremos la carga” “En chemin, nous arrangerons la charge”

Está bien para un pequeño país como este” “C’est bon pour un petit pays comme cela”

Mejor tener amigos que dinero”, toujours vérifié “il vaut mieux avoir des amis que de l’argent”

Estando en la miel todo se pega” “Quand on est dans le miel tout colle”, miel remplace ici, par euphémie, la merde.

Como muestra, un botón”, “comme échantillon, un bouton”

Un bien por un mal se paga” Camilo Cesto “Un bien est payé par un mal”

El cura Gatica que predica y no practica” “Le curé Gatica qui fait des prédications et en pratique pas”

El diablo sabe más por viejo que por diablo” “Le diable en sait plus parce qu’il est vieux que parce qu’il est diable”.

Connaissez-vous “La ley del embudo, ancho por un lado y estrecho del otro” “La loi de l’entonnoir, large d’un côté et étroit de l’autre”. Sans doute une version plus imagée de “Deux poids, deux mesures”.

Antonio Machado a écrit: “Caminante, no hay camino, se hace el camino al andar” et “nunca es triste la verdad, lo único es que no tiene remedio” “Marcheur, il n’y a pas de chemin, on fait le chemin en marchant” et “La vérité n’est jamais triste, le seul problème, c’est qu’elle n’a pas de remède”.

Chancho embarrado no quiere estarlo sólo” “Cochon couvert de boue ne veut pas l’être seul”

No hay quien crezca más alla de lo que vale” “Personne ne peut atteindre plus haut que ce qu’il vaut” Silvio Rodriguez

No hay mal que por bien no venga” “Il n’y a pas de mal qui ne se transforme en bien”

No hay mal que dure 100 años, ni tonto que lo aguante” “Il n’y a pas de mal qui dure 1000, ni idiot qui le supporte”

No hay detergente para las mentes sucias” “Il n’y a pas de lessive pour les esprits sales”, la méditation ne sert pas dans ces cas-là…

¿Dónde estabas tu? Cuandi había que…” “Où étais-tu? quand il fallait…”, une chanson surprenante du groupe chilien “Los Jaivas”

Todo se paga en esta vida” “Tout se paye dans cette vie”

Cada uno sabe donde le aprieta el zapato” “Chacun sait où la chaussure le serre”

Ces expressions sont intéressantes et peuvent vous être utiles, si par hasard, vous voyagez au Chili.

Qu’en penser? le temps cours…

Alors, on me dit que je pense trop, mais il se trouve que j’aime penser, peut-être comme d’autres aiment boire… Et j’aime aussi partager mes pensées. Cela doit être triste de en pas penser.

Au Chili, on me dirait que je suis conflictuelle.

Cet incident, une fois dûment analysé, et les distances prises, m’aura franchement beaucoup appris.

Il me semble qu’il faudrait aussi lier les actions aux idées, quand on en a encore. C’est là que le bât blesse. C’est plus dur, mais aussi plus gratifiant.

Que de réflexions produites par une simple absence de sauce tomate!

Ronces utiles

/// Ronces utiles /// —- Encore en cours de rédaction —
Début de rédaction le 03 Mai 2020 — ce projet ne fait que commencer…
Dernier article sur les AMAP avec l’aide des Amapiens
Prochain article… Purins ou Filature, lequel préférez-vous?
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile


Comme les ronces abondent ici, j’en ai déjà parlé dans plusieurs articles, le moment est venu de leur consacrer quelques pages dédiées. Car, cette plante précurseur de la forêt mérite tout notre intérêt et peut s’avérer très utile à plus d’un titre.

Après 3 mois de Wwoofing chez Biolab Maraîchage, et 2 mois de confinement, l’équipe de wwoofeurs s’étoffe. Il y a maintenant beaucoup d’énergie concentrée. Un proverbe dit: “Seul, on avance plus vite. À plusieurs, on va plus loin…” Chacun a ses compétences propres, ses intérêts et participe à sa façon.

Suite à la visite de Coralie, une amie de Paul Thierry, des sessions de teintures, filatures et tissage vont s’organiser.

Coralie aimera les ronces

Coralie est venue, dans un drôle de fourgon jaune, nous proposer de participer à un projet d’écovillage, près de Limoges, à Monts Blonds…

Alors, je lui ai demandé si elle avait déjà quelqu’un pour les teintures naturelles… et nous avons vite convenu d’organiser ensemble un petit atelier expérimental. Coralie aime le jaune. Et, les ronces qui nous envahissent peuvent donner du jaune. Elle fait partie des anciens collaborateurs de Biolab Maraîchage et des initiateurs du mandala aromatique.

Les ronces ont donc naturellement été choisies pour le premier essai, selon les volontés de l’intéressée, comme toujours. En effet, les quantités à teindre sont assez importantes, car elle veut se faire un tapis de yoga jaune. Pour teindre beaucoup de fibres, il ne faut pas choisir une matière première rare. Par chance, les ronces produisent beaucoup de biomasse.

Autant en profiter…

Les ronces : la matière tinctoriale choisie

Une fois la matière tinctoriale choisie, nous nous devons de mieux la connaître.

Un peu de botanique sur les ronces

Il en existe une très grande variété, ici, à Chevrainvilliers, elles ont de grosses épines qui transpercent les chaussures. À Gletterens, en Suisse, elles étaient très graciles et ne faisaient que s’accrocher un peu.

Ronces graciles de Gletterens
Ronces graciles de Gletterens

Pour la teinture c’est aussi plus agréable, car les épines ne s’amollissent pas en cuisant. Il est vrai qu’il en est de même pour les chardons.

Où trouver des ronces ?

En effet, les ronces se développent un peu partout, avec d’autres épineux, elles préparent le terrain pour les espèces arbustives et les arbres. On les trouve donc souvent en bordure de forêts et de haies.

Elles ont la réputation de faire avancer la forêt et de disparaître au fur et à mesure qu’elles avancent… en cédant la place aux arbres.

Le numéro 64 de “La Hulotte” nous explique comment les ronces se multiplient en partenariat notamment avec le renard.

Quelle partie des ronces choisir ?

Normalement, ce sont les jeunes pousses qui sont choisies, car elles concentrent les tanins dans un minimum de volume. Mais, les tanins ne disparaissent pas avec le développement de la plante, car celle-ci est incapable de les éliminer de leurs tissus. Donc, elles les stockent dans leurs tissus.

Par conséquent, cette fois-ci, je ne ferai pas le tri.

La récolte des ronces

Simultanément au projet de teinture à la ronce, il a été décidé de nettoyer une des façades de la serre en verre envahie par les ronces.

Gérard, l’oncle de Paul, s’y était déjà attaqué, il y a quelques mois à l’aide d’un sécateur géant. Mais, nos amies les ronces avait repris de plus belle.

David, un wwoofer, attaque les ronces à la débroussailleuse
David, un wwoofeur, attaque les ronces à la débroussailleuse

Cette fois-ci, David, un des wwoofeurs, les ont attaquées à la débroussailleuse. Il fallait passer derrière et récupérer cette précieuse matière tinctoriale. Avec Gwendoline, nous avons continué au sécateur. Il fallait nettoyer les tuyaux de récupération d’eau de pluie qui alimentent la mare.

Ainsi, nous avons récupéré une caisse de près de 10 kg de pousses et de branches de ronces, coupées en petit morceaux. La récolte était déjà accompagnée d’une douce odeur de confiture de mûres. Malheureusement, les odeurs ne passent pas par internet. Il faudra organiser un cours pour en bénéficier.

Gros plan sur les ronces qui teindront la laine de Coralie
Gros plan sur les ronces qui teindront la laine de Coralie

Le matériel

Les récipients pour les ronces

Ce n’est pas la première fois que je teins avec des ronces, je l’ai fait plusieurs fois au Chili. J’utilisais de très grandes casseroles. J’ai donc assez souvent parfumé la boutique de mon ami Angel, laissant croire que je cuisais de la confiture de mûres.

D’habitude, j’obtiens un beau jaune vif. Avec mordançage au fer, on obtient un très beau gris.

Lessiveuse

Vue que les ronces sont dures, elles occupent plus de place dans la casserole. Coralie a bien fait les choses, elle a acheté une vieille lessiveuse.

J’ai donc mis les ronces à tremper dans cette lessiveuse en attendant que la laine soit lavée. Je suis déjà habituée à faire tremper les plantes à l’avance.

Cette fois-ci, cela a été un peu long, environ 3 semaines.

Je pensais qu’elles avaient pourri. Mais, une fois la laine lavée et le trou pour le feu creusé, quand nous avons mis la laine à teindre, les tiges de ronces en profondeur, étaient encore vertes.

Le métal de cette lessiveuse a sans doute modifié la couleur. C’est souvent le cas.

La laine

La laine en toison, lavée

Coralie a lavé sa laine selon deux méthodes. La plus classique était à base de lessive de cendres, bien rincée.

Lavage de la laine á la lessive de cendre
Lavage de la laine á la lessive de cendre

La seconde méthode fait intervenir les enzymes présentes dans la saleté du mouton. C’est plus lent, il faut avoir de l’espace à l’extérieur et accès de l’eau de rivière ou de pluie.

Laine aprés trempage pendant au moins 3 semaines
Laine aprés trempage pendant au moins 3 semaines

Là, le principal défaut provient des mauvaises odeurs lors du rinçage. En effet, il s’agit de simplement laisser la laine tremper dans de l’eau si possible non chlorée pour favoriser le microbiote qui va se développer, pendant une quinzaine de jour.

Rin}age et séchage
Rin}age et séchage

Par la suite, il suffit de bien rincer et de laisser sécher à l’air libre. Lors de la teinture, les derniers restes de mauvaises odeurs s’en vont.

Laine filée

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de filer de la laine pour faire un essai.

Autres matières

Lors des Rencontres Préhistoriques du Village Lacustre de Gletterens, nous avons teint avec des ronces:

  • De la laine de mouton valais, lavée, en toison
  • Du raphia

Aussi, j’ai profité du bain pour faire un test de shibori.

Pièce en laine attachée en vue d'obtenir un effet shibori
Pièce en laine attachée en vue d’obtenir un effet shibori
Mes attaches de shibori n'étaient certainement pas assez serrés et les colorants des ronces ont pénétré la laine
Mes attaches de shibori n’étaient certainement pas assez serrés et les colorants des ronces ont pénétré la laine

Le mordançage

Les ronces sont bourrées de tanins. Cependant, elles teignent en jaunes, verts et gris, selon les mordants.

En effet, le jaune n’apparaîtra que lors de l’ajout de mordant à l’aluminium, de pierre d’alun. L’alun participera aussi à la fixation des teintures.

Bain de teinture aux ronces avant que le mordançage à l'alun qui fera apparaître le jaune
Bain de teinture aux ronces avant que le mordançage à l’alun qui fera apparaître le jaune

Le foyer

Avec Julien, un des wwoofeurs, nous avons regardé des photographies des différents foyers que j’ai utilisés lors des cours de teinture que j’ai donnés et de mes expériences.

Ici, le foyer sera utilisé pour l’artisanat et notamment la teinture, mais aussi à l’occasion des prochaines soirées “grillade” que cette joyeuse bande organise avec plaisir…

Nous avons donc étudié diverses solutions avant de choisir.

Option 1 – le feu dans un trou

C’est la technique que j’utilise dès que je le peux, quand il y a de la place à l’extérieur. Donc, c’est celle que nous avons choisie.

Foyer dans un trou couvert par une grille pour cette teinture aux ronces
Foyer dans un trou couvert par une grille pour cette teinture aux ronces

Enfin, je me permets de vous présenter les autres options dont nous disposions.

Option 2 – le foyer péruvien

J’en ai acheté un en terre cuite au marché de Cusco lors de mon voyage pour assister au Tinkuy de tisserands en novembre 2013. Maintenant, ils en font en tôle. Je ne sais pas s’ils sont aussi efficaces.

Foyer traditionnel péruvien, dans son emballage d'origine
Foyer traditionnel péruvien, dans son emballage d’origine

Malheureusement, il s’est cassé lors de mon déménagement à Puerto Montt et ne pouvait pas être réparé.

Je voudrais en refaire un, il est très économe, je l’ai beaucoup utilisé à Mamiña. Il est aussi facile à allumer et à alimenter.

Je suis à la recherche d'argile pour essayer de refaire ce type de foyer
Je suis à la recherche d’argile pour essayer de refaire ce type de foyer

Il faut que je trouve de l’argile d’assez bonne qualité et que je fasse des tests.

Option 3 – Fetapera malgache

Fetapera malgaches, type "rocket stove", boîtes de conserve et ciment. Un peu lourd, mais efficace
Fetapera malgaches, type “rocket stove”, boîtes de conserve et ciment. Un peu lourd, mais efficace

Alors j’ai utilisé la fetapera malgache, à Madagascar bien sûr. Cela m’a plu. Il en existe différents modèles. Il y a les lourdes qui conservent mieux la chaleur, comme ci-dessus. Mais, il y a aussi les légères en tôle.

En effet, c’est léger et très économique, car elle peut être alimentée avec un peu de petit bois ou du charbon de bois. Ci-dessus, elles sont chauffées au charbon de bois de bambou de production locale.

La partie basse récolte les cendres et assure l’aération, le foyer avec son combustible est posé sur une grille dans la partie haute.

Alors, je m’en suis achetée une que j’ai utilisée pendant quelques mois à Concon, alimentée au petit bois que je glanais lors de mes promenades. Depuis longtemps, je m’intéressais à ce type de foyer.

Fetapera malgache légère en tôle recyclée
Fetapera malgache légère en tôle recyclée

Option 4 – Casserole spéciale

Cette fois-ci, j’aurais bien aimé répéter l’expérience de la casserole spéciale, tentée à Concon.

Teinture à l'eucalyptus avec la super casserole
Teinture à l’eucalyptus et aux ronces avec la super casserole, à Concon, Chili

Mais quand je suis allée voir Gérard, l’oncle de Paul, pour chercher une tôle, il m’a proposé une ancienne auge pour les chevaux.

Elle est très intéressante, mais un peu lourde et il faudrait boucher un trou d’évacuation. Pour le moment, la partie trouée est en hauteur et elle sert à la préparation de purins et aux essais de rouissage d’orties. En outre, elle récupère les eaux de pluie qui sont toujours préférables…

Elle est donc fort utile.

Option 5 – La cuisinière

Quand on a pas accès aux solutions présentées ci-dessus, on peut utiliser la cuisinière. Celle à bois est l’idéale, dans ce cas, car la chaleur est mieux répartie et moins violente.

Teinture à la cochenille, à Santa Fe, Argentine. La cochenille ne prend que très peu de place. Il s'agissait d'un atelier-formation et nous n'avions pas de très grandes quantités de fibres à teindre.
Teinture à la cochenille, à Santa Fe, Argentine. La cochenille ne prend que très peu de place. Il s’agissait d’un atelier-formation et nous n’avions pas de très grandes quantités de fibres à teindre.

La filature

Filer la laine

Ah, filer de la laine, c’est facile, il suffit d’avoir un fuseau… et de bien la préparer. Je pense faire un article à ce sujet, car j’ai ramené de nouveaux matériaux de Suisse, je dois donc en parler plus longuement très prochainement.

C’est facile, mais c’est long. Je sais déjà depuis longtemps ce que l’on peut obtenir avec les ronces. Donc, je préfère teindre les petites quantités que je produis avec de nouvelles matières tinctoriales.

Enfin, la teinture

Notre bain de teinture aux ronces a déjà refroidi
Notre bain de teinture aux ronces a déjà refroidi
Nous avons sorti la laine du bain froid et l'avons mis à sécher sur des clayettes à cet effet
Nous avons sorti la laine du bain froid et l’avons mis à sécher sur des clayettes à cet effet

Filer les ronces

Il me semblait qu’il devait être possible de filer des fibres de ronces, mais je ne sais pas encore comment. Avis aux connaisseurs…

Les ronces décoratives?

Avec cette profusion de techniques, comment ne pas tirer profit des ronces, matériaux si abondant, très ou trop renouvelable?

Vannerie en ronces

Si les ronces sont un peu difficiles à utiliser en filature, il semblerait qu’elles soient encore utilisées de nos jours en vannerie, après une bonne préparation.

Tapisserie décorative

Bien que les épines ne glissent pas bien entre les chaînes, rien n’empêche d’utiliser des branches de ronce dans des tableaux décoratifs tissés. II me semble qu’elles y trouveraient bien leur place.

Je viens de mettre à rouir quelques branches de ronce, dans l’espoir de pouvoir éliminer les épines.

Voici les baguettes de ronces que j'ai choisies pour les mettre à rouir pour les inclure dans panneau décoratif tissé
Voici les baguettes de ronces que j’ai choisies pour les mettre à rouir pour les inclure dans panneau décoratif tissé

Les ronces en permaculture

Comme nous n’allons pas exterminer cette matière première difficilement épuisable, nous allons aussi essayer d’en tirer parti du point de vue agricole et surtout permacole.

Permaculture

Création de haies grâce aux ronces

En effet, les ronces procurent de bonnes bases pour créer des haies. Il ne faut pas oublier de les tailler très régulièrement. Là, les chèvres ou des camélidés (lamas ou alpagas) peuvent nous aider.

Protection des jeunes arbres fruitiers

Ou bien, on peut les utiliser en les guidant, pour entourer de jeunes arbres fruitiers, par exemple.

Pour faciliter les boutures

Je viens d’apprendre que les racines des jeunes rejets permettent de produire des hormones de bouture d’excellente qualité.

Jeunes pousses de ronces
Jeunes pousses de ronces

Nous venons d’arracher de nombreuses ronces pour construire un poulailler.

J’ai donc récupéré les racines des rejets de ronces comme le conseille Gérard Ducerf. Déjà, je suis entrain de tester cette hormone de bouture maison.

Test de boutures, lavande, romarin et sauge dans hormone de bouture de ronces
Test de boutures, lavande, romarin et sauge dans hormone de bouture de ronces

Comme je suis entrain de tailler les plantes aromatiques du mandala, le pot se remplit chaque jour un peu plus.

Cuisine

Les anthocyanes

Les principaux colorants des mûres et de beaucoup de fruits noirs ou rouges sont appelés anthocyanes. On les trouve aussi dans les cassis, framboises, myrtilles, cerises, maqui, raisins… mais aussi dans les choux rouges et un certain nombres de fleurs.

Or, tous sont plutôt décevants en teinture.

Alors qu’ils sont excellents du point de vue nutritionnel, mais ils sont très instables du point de vue de la teinture.

En effet, leurs couleurs varient selon l’acidité ou l’alcalinité du milieu. Ils ont même servi pour faire des test d’acidité en chimie.

Petite fille peignant au choux rouge
Petite fille peignant au choux rouge, nous aurions pu en faire autant avec du jus de mûres

Donc, il vaut beaucoup mieux manger les mûres que de les utiliser pour teindre.

Quelques recettes où interviennent les ronces

Je viens d’apprendre que les bourgeons étaient comestibles… comme les asperges.

Jeunes pousses de ronces
Jeunes pousses de ronces

Confiture de mûres, fruits des ronces

La confiture de mûres est une des plus fameuses. Le sucre est un très bon conservateur. Il permettra de faire dure les plaisirs de l’été.

Je suis à la recherche de la meilleure recette. Dès que je la trouve, je vous la communique.

Ronces médicales

En outre, les ronces sont aussi utiles en médecine alternative.

En matière de médecine, je ne suis pas spécialiste, c’est pourquoi, je me permets ici de citer Wikipedia.

“La ronce est une plante médicinale « très appréciée dans l’Antiquité pour son action astringente, antidiarrhéique et antihémorragique »49 : Pline l’Ancien la vante pour ses vertus anti-inflammatoires de l’intestin et de la bouche, décrit un sirop à base de mûre de ronce (le panchrestos, littéralement « bon à tous maux »). Ses vertus sont également reconnues au Moyen Âge comme les mentionne l’école de médecine de Salerne, Hildegarde de Bingen au XIIe siècle qui la préconise contre les hémorragies du fondement50,51. Dans l’esprit de la pensée magique médiévale reposant sur la théorie des signatures (plaies sur la peau analogues à la piqûre des aiguillons), la ronce est réputée retirer les affections de peau en rampant sous ses arceaux et être le meilleur antidote des morsures de serpents52. Dans l’occident médiéval, elle a également une action ambivalente : les mûres sont accusées « de nuire à la santé, d’engendrer des maux de tête et de la fièvre », et cette mauvaise réputation se rencontre encore aujourd’hui dans son surnom de « ronce de renard », cet animal qui « cueille » les fruits et les souille facilement de ses déjections53. Les botanistes du XVIe siècle (Fuchs, Dodoens) reconnaissent également ses vertus médicinales49. Elle est dite à bon droit, au même titre que les roses et les épervières, « la croix des botanistes », les anciens voyant en elle une panacée pour guérir presque toutes les maladies54.

Grâce à leur richesse en tanins astringents, les feuilles séchées et les jeunes pousses fermentées sont utilisées en gargarismes détersifs, en tisanes, pour soigner les angines55. Elles apportent également de la vitamine C.”

Wikipedia

Boutons de ronces
Boutons de ronces

Papier de ronces

Nous allons essayer de récupérer la cellulose et la lignine des ronces que nous avons utilisées pour teindre pour en faire du papier végétal artisanal. Ceci va être une première pour moi.

Le processus

Il s’agit de faire cuire les ronces longuement dans une solution fortement alcaline qui libérera les fibres de cellulose.

Le matériel

  • Une grande casserole,
  • Une grande bassine,
  • De la soude caustique,
  • Des gants,
  • Des cadres tendus d’une toile fine,
  • Le mélange de fibres bien cuites et bien mixé,
  • Des planches,
  • De vieilles couvertures,
  • Quelques briques ou mieux une presse…

Les résultats

Ils restent à venir, je réunis le matériel, j’espère que les expérimentateurs arriveront bientôt.

Alors, je n’oublierai pas de vous en parler

Conclusion sur les ronces

Ainsi, j’espère que vous ne regarderez plus les ronces comme une méchante mauvaise herbe, après la lecture de cet article. Comme nous l’avons vu, cette plante a vraiment beaucoup à nous donner.

Enfin, nous nous devons de l’apprécier à sa juste valeur.

Orties qui font plus que piquer

Un essai de filature de fibres d’orties m’a rappelé que je ne devais pas oublier mon site. Me voici donc de retour… après le montage de la yourte, celle-ci a vite été habitée par de nombreux wwoofeurs tous plus intéressants les uns que les autres.

/// Orties qui font plus que piquer /// —- Encore en cours de rédaction —
Article mis à jour le 16 Septembre 2020 — ce projet de Biolab Maraîchage ne fait que commencer…
Prochain article sur les AMAP ou peut-être sur les Ronces, la Filature ou bien encore les Purins, j’attends vos réactions, pour le moment j’accumule les informations…
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre et peut-être même plus.
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Alors, une botte d’orties fraîches ramenées par Gérard, l’oncle de Paul Thierry de Biolab Maraîchage m’a incitée à faire un test depuis longtemps repoussé… Il s’agit de la filature d’orties. Il était grand temps de m’y mettre.

J’avais trop hésité. J’avais tout sous la main. Il fallait prendre le temps d’essayer. Et les connaissances s’acquièrent aussi par la pratique. Tout n’est malheureusement pas dans les livres, ni sur internet… Voilà, le premier pas est fait.

botte d'orties fraîches
Orties fraîches attendant l’expérience de filature

Oui, les orties piquent

Mais pas tant, il suffit de se frotter avec un peu de plantain pour oublier ses démangeaisons. Le miel aussi peut aussi être utilisé avec efficacité.

En outre, il semblerait qu’elles piquent moins lorsqu’elles sont mouillées.

Plantain dans la serre
Joli pied de plantain dans la serre, bon remède contre les piqûres occasionnées par les orties

Des gants suffisent pour les ramasser et leur ôter les feuilles que je mets de côté pour la teinture.

orties pour teinture
Orties, les feuilles serviront pour la teinture

En outre, il y a une technique pour attraper les orties sans se piquer. Il suffit de les attraper par en-dessous et l’expérience aidant, on devient presqu’insensible.

comment cueillir une ortie
Comment cueillir une ortie sans se faire piquer? j’attends l’aide d’un photographe amateur.

Donc, leur caractère piquant n’est pas le plus intéressant, il ne doit pas cacher de nombreuses qualités.

Les orties se mangent

Nous l’avions oublié. Gratuites et faciles à trouver, les orties sont comestibles et peuvent remplacer avantageusement les épinards. Elles font partie des merveilleuse et surprenantes comestibles sauvages.

On peut difficilement les confondre avec des plantes trompeuses toxiques.

Elles peuvent même se manger crues, il y a une astuce pour cela. Lien Youtube.

Elles sont une excellente source de vitamines et de minéraux nécessaires à une bonne santé.

Ces jeunes orties sont excellentes
Ces jeunes orties sont excellentes, dommage de s’en priver

Les orties sont médicinales

Comme de nombreuses “mauvaises herbes“, les orties, ces méconnues, sont aussi très utiles pour la santé animale et humaine et permettent de se soigner par son alimentation.

Il existe une bibliographie assez étendue à ce sujet.

Il ne faut pas les confondre avec les lamiers. Ils sont aussi médicinales et ne piquent pas. Ils appartiennent à une autre famille botanique. Leurs fleurs permettent de les distinguer.

lamiers pourpres
Ici des lamiers pourpres en fleurs se distinguent nettement des orties
lamiers blancs
Les petites fleurs blanches derrière le plan de kiwi sont des lamiers blancs

Il y a de la variété chez les orties

Il y a de la petite, de la moyenne et de la grande… Mais lors de mon dernier voyage, au Village Lacustre de Gletterens, en Suisse, près du lac de Neuchatel, j’en ai vu une sorte très fine et élégante.

ortie élégante
Ces orties étaient très élégantes

Je vous invite à aller visiter ce site animé par des gens passionnant qui ont beaucoup plus à montrer que de jolies orties.

Mes expériences textiles au Village Lacustre de Gletterens ont été si nombreuses que je n’ai pas eu le temps d’essayer de les filer. Le spécialiste des textiles est aussi malheureusement tombé malade peu avant les Rencontres Préhistoriques. Quel dommage! J’espère pouvoir le rencontrer l’année prochaine.

Les orties se filent et se tissent

Lorsque l’on mentionne des fibres végétales, on pense tout de suite au lin, au coton et au chanvre. Mais, de l’ortie, peu s’en souviennent… Encore un oubli concernant les orties. Nous allons le réparer tout de suite…

Un peu d’histoire sur les orties

Depuis le plus haut Moyen-Âge, les orties se filent et se tissent en Europe. Elles font partie des fibres végétales oubliées, de même que les mauves et le tilleul…

Au Népal, certaines variétés d’orties sont encore filées et tissées traditionnellement.

Mais je n’ai trouvé que très peu de littérature à ce sujet, à part quelques mentions de Michel Pastoureau dans ses livres. Le personnage légendaire de Robin des Bois aurait été vêtu de vêtements à base d’orties.

Lors de mes recherches pour la rédaction de cet article, j’ai appris que les fibres d’orties sont très solides. On en faisait des toiles de tentes, des vêtements de travail et même des uniformes… Mais je n’ai pas encore trouvé d’informations techniques concrètes.

Des videos

Si les écrits manquent, il existent quelques videos en anglais sur Youtube. Je les ai visionnées plusieurs fois pour vérifier certains détails avant de me lancer. Lien. Cette video m’a beaucoup aidée pour mon premier test.

Ma filature d’orties

Après ce temps de recherche, je me suis lancée. Il faut bien se décider à passer à l’action.

Orties, premier essai de préparation de fibres fraîches
Orties, premier essai de préparation de fibres fraîches

La préparation

J’ai dû changer d’outils, revisionner une video… et m’armer de patience, beaucoup de patience. Car, je n’ai filé que 4, oui 4 orties en plusieurs heures. Cela relève presque de la méditation, il fallait observer de nombreux détails.

Ce marteau en caoutchouc semblait bon, mais il s’est cassé. Il était cependant trop cassant pour les fibres.

Orties fibres marteau
Ce deuxième marteau était beaucoup plus violent pour les fibres d’orties

Comme les fibres se cassaient trop, j’ai encore cherché une autre solution, un manche d’outil en bois, était plus doux.

manche en bois pour frapper les orties
Ce manche en bois pour frapper les orties m’a semblé être la meilleure solution

Dans cette image, on voit les fibres externes des orties qui ont été sélectionnées. Comme dans la video, je vais les gratter doucement avec le couteau pour enlever la pectine qui unit les fines fibres à filer.

orties fibres
J’enlève mécaniquement la pectine entre les fibres des orties en les grattant doucement au couteau

Voici ce que j’ai obtenu avec une première ortie.

fibres une orties
Résultat de préparation de fibre d’une seule ortie, début filature

Il s’agit, en fait de redécouvrir des gestes anciens, détruits par l’urgence des temps modernes.

Traitement des fibres obtenues

Enfin, le résultat: une petite poignée de fibres verdâtres.

D’abord, j’ai rincé cette première partie à la lessive de cendres, fabrication maison, dans l’espoir d’assouplir un peu ces fibres encore un peu rêches.

Filature orties
Filature de la première ortie, encore humide, après lavage à la lessive de cendres

Puis, une autre partie a été traitée au vinaigre blanc additionné de bicarbonate de soude, dans le même but… Le reste de cette préparation servira pour laver la vaisselle…

traitement des orties
Traitement des orties au vinaigre et au bicarbonate

Ce verre contient les fibres de 3 orties.

Ces deux traitements, le premier plutôt basique, le second plutôt acide, ont été copieusement rincés ensuite.

Je suis à la recherche d’un outil à teiller manuel pour poursuivre mes recherches textiles. Cet outil, s’utilisait encore au début du XXème siècle, pour préparer les fibres de chanvre et de lin.

Machine à teiller qui sert à préparer les fibres de lin, de chanvre, mais aussi d'orties
Machine à teiller qui sert à préparer les fibres de lin, de chanvre, mais aussi d’orties

La filature

Alors, j’ai filé ces fibres encore humides, en espérant qu’ainsi elles s’agglutineraient mieux, comme pour la laine.

filature d'orties
Filature d’orties au fuseau

Il est à noter que les fibres restent vertes, même après avoir séché.

J’aurai donc passé tout un après-midi pour filer seulement 4 plantes. Mais cette expérience valait la peine.

Après quelques mois, il me semble que le vert a un peu pâli.

Photo récente de mon teste de filature d'orties
Photo récente de mon teste de filature d’orties

Prochains tests

Orties séchées

Alors que mon premier test était avec des orties fraîches, j’ai laisser sécher des orties martelées dans l’espoir que les fibres se séparent plus facilement des parties ligneuses.

La partie blanchâtre ligneuse semble se séparer mieux, mais les fibres externes se sont aussi coupées et ont donc rétréci. Il faut encore les séparer de la substance verte qui unit les fibres.

orties preparees
Orties préparées pour la récupération des fibres

Je pense que je vais les faire tremper pour faciliter la suite du travail.

Orties trempées

J’ai aussi laisser tremper une partie de la botte d’orties effeuillées dans une grande auge remplie d’eau de pluie, pour tester une méthode similaire à celle utilisée pour le lin et le chanvre. Cette technique est appelée rouissage.

Le temps de rouissage peut être assez long.

Orties séchées entières

J’ai aussi une réserve d’orties coupées qui attendent aussi d’être testées.

mauves et orties
Mauves et orties en attente de filature

Les mauves et les roses trémières aussi peuvent être filées, mais la documentation à ce sujet est encore plus pauvre.

La ramie, une cousine de l’ortie

La ramie est une plante de la même famille que les orties, mais elle ne pique pas. Elle est cultivée surtout en Asie pour la production de textiles. Ces fibres sont un peu brillantes et très agréable au toucher.

Je suis à la recherche de graines de ramie. J’aimerai pouvoir compléter mon expérience en ce qui concerne les urticacées.

Je n’ai toujours pas vu de ramie, comme plante, mais lors de mon dernier voyage en Suisse, j’ai pu en acheter. En effet, mes amis du Village Lacustre de Gletterens m’ont très gentiment amenée voir des boutiques de laines. Dans l’une d’elles, il y avait de nombreuses fibres, dont de la ramie. J’en ai donc acheté 100 grammes pour la tester.

C’est très doux et résistant. Mes amis qui travaillent dans la reconstitution archéologique me commentaient que l’idéal pour les cordes d’arc était la fibre d’ortie. J’en ai filé un peu, puis je l’ai retordue pour qu’ils la testent sur leur arc.

Enfin, les orties teignent aussi….

Entre autres substances utiles, elles contiennent de nombreux flavonoïdes qui interviennent notamment dans les teintures jaunes

Maintenant, le bain de teinture est en préparation et attends Coralie, la propriétaire de la laine…

bain teinture orties
Bain de teinture d’orties en attente, cuisson prochaine

Sur le feu

Coralie aime le jaune et veut se faire un tapis de yoga. Nous teignons donc la laine en toison après lavage et rinçage.

Le premier bain d’essai était composé de 10 kg de ronces qui ont attendu plus d’un mois le lavage de la laine, le résultat a été un peu décevant. Peut-être que le mordançage à l’alun a été un peu insuffisant. J’avais voulu l’économiser. Mais la casserole était grande. J’ai obtenu de bien meilleurs résultats avec les ronces à Puerto Montt.

preparation teinture ronces
Préparation du bain de teinture aux ronces

Puis, le deuxième bain, plus sympathique a été complété et remplacé les ronces par des camomilles des teinturiers qui ont donné un meilleur jaune. Peut-être que le post-mordançage n’a pas été suffisant, lors du premier bain.

camomille des teinturiers
Les camomilles des teinturiers fourniront un excellent second bain

Voici le résultat de ce deuxième bain.

teinture ronce camomille
À gauche, teinture aux camomilles des teinturiers. À droite, teinture à la ronce. Laine séchée, cardée, doit être relavée…

Le troisième bain sera un bain d’orties pour récupérer les feuilles et les restes de tiges des plantes que j’ai essayé de filer.

Teinture aux orties
Bain de teinture aux orties

Il fallait aussi que je les teste en ecoprint, car ces feuilles sont délicates et devraient avoir un joli rendu. Mais, le test fait au Village Lacustre de Gletterens a été plutôt décevant, curieusement. Il faudra que je recommence avec les orties de Biolab Maraîchage.

Couleur d’orties…

couleur orties
Voici le résultat, valorisation de déchets d’orties

Les orties bio-indicatrices

Je ne peux pas rester sans mentionner le caractère bio indicateur de cette plante et je vous invite donc à voir les nombreuses video passionnantes de Gérard Ducerf et de Konrad Schreiber.

Jeunes orties dans une serre
Jeunes orties dans une serre, future matière première et remède pour la terre

Et le purin…

Il ne faut pas oublier le fameux purin d’orties qui a tant fait parler de lui, tant il était absurde de vouloir l’interdire. Nous avons fait des tests avec différentes plantes, avec une wwoofeuse, Mayeni.

C’était un autre pas à franchir, nous avons profité d’un grand tonneau, de “mauvaises herbes” et de quelques gros orages pour l’eau de pluie… Le temps a fait le reste.

Nous pensons rédiger un article en commun, prochainement, concernant différents purins. L’ortie est bonne pour la santé humaine, animale. Mais, elle est aussi excellente pour les plantes.

purin d'orties
Gregory, wwoofer à Biolab nous aide à enlever les orties du purin, avant de le filtrer. Heureusement, les odeurs ne passent pas par internet. Mais c’est très efficace.

Du papier d’orties

J’aimerai beaucoup faire des essais de papier végétal. Les orties pourraient être une bonne matière première.

J’ai de bons espoirs de pouvoir bientôt faire quelques tests, histoire d’agrandir un peu mes champs de compétences.

Conclusion

Il me semblait nécessaire de rendre justice à ces mal aimées que sont les orties en rappelant quelques une de leurs qualités. Nos temps épris d’urgences (parfois et même souvent inutiles et insensées) nous les ont fait oublier.

Et pourtant, même Victor Hugo leur a dédié un poème

Je dois remercier Madame Marie Pierre Puybarret pour les informations précieuses qu’elle m’a données si gentiment. Je vous invite a visionner un documentaire Neolithic Fashion” où on la voit tisser une reconstitution magnifique de tunique néolithique.

Betterave rouge, non merci!

/// Betterave rouge, non merci! ///
Nouvel article du 8 Mars 2020
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

J’aime beaucoup les marchés, celui-ci a lieu le samedi matin à Angelmó, Puerto Montt, sud du Chili. On y trouve, bien sûr, de la betterave rouge, parmi de nombreux produits typiques. La betterave rouge figure parmi les premiers végétaux tinctoriaux qui viennent à l’idée du public non initié aux teintures naturelles… La référence à la betterave est curieusement permanente. Alors que d’autres déchets de végétaux comestibles, tels que les épluchures d’oignons, plus efficaces, sont oubliées.

Mes premières expériences sont donc dues aux dits de voisins à La Ligua qui n’avaient certainement pas essayés par eux-mêmes…

Mes premières expériences

Pour mes premiers tests, je ne pouvais pas penser les faire avec des produits exotiques tels que l’indigo, la garance ou la cochenille.

J’ai donc eu recours à des plantes que j’avais sous la main et à des déchets. La démarche générale est sans doute bonne, mais la betterave rouge est une exception.

Avec les feuilles de betterave

J’étais pauvre, je souhaitais donc éviter d’utiliser ce qui se mange pour teindre. Cela sentais le gâchis.

J’ai donc commencé à tester avec les feuilles, dont je viens seulement maintenant d’apprendre qu’elles étaient comestibles. J’ai pris un écheveau de 100 grammes de coton. C’était plus économique que la laine naturelle à La Ligua.

Bien sûr, le jus était rose vif, mais en rinçant simplement, tout est parti. Je n’ai eu qu’un jaune très pâle.

J’ai recommencé en ajoutant un mordançage à l’alun. Même résultat. Heureusement, j’avais récupéré les feuilles de betterave sur le marché.

Avec la racine

Il me semblait curieux que tant de gens se trompent. Je décidais donc de recommencer avec la racine, cette fois-ci. Bien que la betterave n’apparaisse nulle part dans ma documentation du moment, le Guide de la Teinture Naturelle de Dominique Cardon.

Cependant, je n’avais pas d’électricité à l’époque, donc pas d’internet. Ce guide et tous les autres livres de Dominique Cardon font toujours partie de ma documentation de base.

Je pris donc la décision de sacrifier un peu d’alimentation pour un nouveau test. Le résultat ne fut pas meilleur. Je comprenais pourquoi la betterave ne figurait pas dans le Guide de Dominique Cardon.

Malheureusement, je n’ai pas de photographies de ces premiers essais. J’aurais bien aimé partager cela.

Dans les cours

À Pica (Nord du Chili)

Dans les cours que j’ai donné à Pica, nous n’avons pas fait le test de la betterave rouge, les femmes n’en produisaient certainement pas dans leurs “chakra” (mot d’origine quechua désignant un petit terrain cultivé). Il fallait faire efficace, nous avons donc travaillé essentiellement avec des produits connus par les femmes. Notamment, nous avons teints avec des herbes médicinales de l’Altiplano, ou des plantes locales que j’avais personnellement testé positivement. Ainsi, nous avons utilisé la Sorona, “mauvaise herbe” qui envahissait les “chakra” et donne un très beau jaune.

À Santa Fe (Argentine)

Lors des deux ateliers à Santa Fe (Argentine), nous avons testé la betterave, car des stagiaires en avaient amenée. Ces groupes étaient très enclins à faire des expériences nouvelles. Nous l’avons donc fait comme contre-exemple, toujours avec le même résultat.

Test de la betterave rouge à Santa Fe, Centre Culturel La Redonda, Argentine
Test de la betterave rouge à Santa Fe, Centre Culturel La Redonda, Argentine

Ici les feuilles de betteraves cuisent pendant que l’on mordance les fibres dans une autre casserole.

Casserole de mordançage, pour préparer les fibres avant la teinture
Casserole de mordançage, pour préparer les fibres avant la teinture

Les fibres mordancées seront ensuite ajoutées au bain de betterave.

Fibres ajoutées au bain de feuilles de betterave rouge, le bain à gauche est de la cochenille
Fibres ajoutées au bain de feuilles de betterave rouge, le bain à gauche est de la cochenille
Petit résumé non exhaustif des teintures de cet atelier, manquent les teintures à la cochenille et celles à l'indigo
Petit résumé non exhaustif des teintures de cet atelier, manquent les teintures à la cochenille et celles à l’indigo

Nous avions étiqueté toutes les teintures que nous avions faites. Je ne vois pas d’étiquettes indiquant la betterave, le résultat a été si décevant que les fibres ont été reteintes.

Une betterave, qu’est-ce que c’est?

C’est une chénopodiacée, Beta vulgaris, de même que les épinards, les blettes et quinoa. Elle produit une grosse racine pivotante que l’on consomme habituellement. Il en existe un grand nombre de variétés, pas toutes rouges.

La culture

Comment naît une petite betterave?

Dans la serre, petite pousse de betterave qui vient de germer, avec ses deux premières feuilles. Les "mauvaises herbes" ont déjà pris de l'avance.
Dans la serre, petite pousse de betterave qui vient de germer, avec ses deux premières feuilles. Les “mauvaises herbes” ont déjà pris de l’avance.

À ce stade le désherbage n’est évident. il doit être fait manuellement, bio oblige, et rapidement avant que la planche soit envahie…

Puis elle sort les premières feuilles classiques de betterave.

Jeune betterave à 4 feuilles
Jeune betterave à 4 feuilles

Différentes variétés de betterave cultivées par Biolab, ferme Agrobiologique, près de Nemours, où je fais actuellement du wwoofing.

Et le développement de la betterave se poursuit...
Et le développement de la betterave se poursuit…

La récolte

Dans les champs, peu avant la récolte, Valentin qui travaille chez Biolab, récolte des échantillons.

Échantillons de betterave, avant la récolte...
Échantillons de betterave, avant la récolte…

Elles sont un peu petites, car elles ont été semées trop serrées. Elles n’ont pas eu assez de place pour se développer et elles vont bientôt monter en graines. Il faut donc les récoltées. Les meilleures ont déjà été sélectionnées par les mulots…

Les mulots sont de grands amateurs de betterave... ils ont tout de suite repéré les plus grosses
Les mulots sont de grands amateurs de betterave… ils ont tout de suite repéré les plus grosses

La terre est très humide, il a beaucoup plu ces derniers jours. On dirait que la terre aspire les betteraves quand on veut les arracher. Valentin va donc faire un essai avec le tracteur de soulever la couche de terre ou se trouvent les betteraves.

Malheureusement, malgré différents réglages, la lame coupe trop de betteraves, celles qui échappent à la lame, sont très difficile à extraire des blocs de terre soulevés.
Malheureusement, malgré différents réglages, la lame coupe trop de betteraves, celles qui échappent à la lame, sont très difficile à extraire des blocs de terre soulevés.

La récolte a été plutôt maigre.

Récolte de betterave
Récolte de betterave

En partageant tout ce travail, il devient pour moi aussi inconcevable de négocier les prix sur les légumes que sur l’artisanat. L’agriculture est aussi grande consommatrice de temps et de connaissances que l’artisanat.

Quand on coupe une betterave et qu’on la fait cuire, elle libère un jus rouge très trompeur, qui laisse croire que l’on pourrait teindre avec…

Là, il s’agit d’une jolie variété à rayures blanches. Elles ont moins de colorant.

La bétalaïne

Cette famille de pigment est présent dans de nombreux végétaux.

Betterave rouge, source de betala¨ïne courante, petit panneau dans le Jardin des Plantes Tinctoriales de Couleur Garance, à Lauris, France
Betterave rouge, source de betala¨ïne courante, petit panneau dans le Jardin des Plantes Tinctoriales de Couleur Garance, à Lauris, France

Voilà ce qu’en dit l’Association Couleur Garance, experte dans le domaine de la teinture naturelle.

Mes expériences

A Mamiña, petit village d’eaux thermales dans la précordillère, à 120 km de d’Iquique (Nord du Chili), j’ai fait de nombreux essais. Notamment, j’avais trouvé des pailles de quinoa, qui provenaient de Cancosa, en plein Altiplano, tout près de la frontière bolivienne.

Ces pailles sont rouge foncé. C’était donc intéressant à tester. Le résultat a été plutôt décevant. La quinoa fait partie des chénopodiacées. Ce n’est donc pas surprenant.

Utilisations possibles de la betterave…

Alimentaire, bien sûr. Nombreuses sont les recettes faisant intervenir la betterave rouge.

J’ai eu l’occasion de me cuisiner quelques betteraves que j’ai récoltées. Elles étaient délicieuses. Et voici, une salade de betterave bio.

Salade de betteraves roses à rayures blanches
Salade de betteraves roses à rayures blanches

Vu, que ce ne sont pas des betteraves rouges habituelles, elles n’ont pas libéré de jus rouge, seulement une eau de cuisson beige…

Le colorant Bétanine, une des formes de bétalaïne est utilisé par l’industrie agro-alimentaire sous la dénomination E162.

Médicale, pourquoi pas? La betterave serait un excellent hypotenseur. Cela me semble intéressant, non? Elle améliorerait aussi l’oxygénation des cellules.

Et en teinture?

Il s’agit donc d’une teinture alimentaire par excellence. Je viens d’en parler assez longuement, mais il me reste une dernière expérience à vous raconter.

Betterave rouges et sels de bain

Là aussi, les photographies font défaut. À Limache, j’avais perdu 95 % de la clientèle de ma petite imprimerie artisanale de Viña del Mar. Je n’étais qu’à 30 km, mais c’était trop loin.

Il fallait que je trouve d’autres produits. En allant chercher du maïs pour mes poules, je me suis rendue compte que le gros sel était très économique. J’avais beaucoup de plantes aromatiques et médicinales sur la propriété que je louais.

Je décidais donc de préparer des sels de bains. Je n’avais aucune documentation sur les teintures naturelles et bien sûr pas d’internet.

Ce fut ma première tentative de teintures naturelles. C’est ainsi que je testais avec la betterave rouge, le choux rouge et le jus de cerises.

La recette

Je vous livre donc la recette de mes sels de bain.

  • Je faisais bouillir la plante choisie pour son parfum et ses propriétés médicinales avec la plante colorante. Par exemple, feuilles de betterave rouge avec romarin.
  • Je laisse bouillir jusqu’à obtenir un jus colorant et odorant.
  • Dans une poêle, je versais du gros sel et le jus obtenu auparavant.
  • Je faisais chauffer pour que le sel absorbe le jus et sèche.

Il est à noter, qu’il n’y a pas de problème de conservation car le sel est lui-même un excellent conservateur. Je n’ai pas mis de fixateur pour les parfums, c’est plus naturel ainsi.

J’avais fait trois essais : lavande-choux rouge et citron, romarin-betterave rouge, mélisse-cerises.

  • lavande-choux rouge et citron, très beau rose vif
  • romarin-betterave rouge, rose un peu terne
  • mélisse-cerises, rose-beige foncé

Dans la pratique, je retiendrai le choux rouge associé au citron.

Conclusion

La betterave rouge est certainement très intéressante du point de vue alimentaire, voir médical. Mais dans le domaine de la teinture, malheureusement, elle fait définitivement partie du petit teint et doit être réservée à la teinture alimentaire, bien que dans ce domaine aussi la cochenille E120 est une concurrente de poids.

PS – Petit truc pour consommateurs

Si l’on vous propose des laines d’un joli rose, et qu’on ajoute, c’est teint à la betterave rouge, fuyez. C’est une arnaque.

Video et Documentaires Textiles

/// Video et Documentaires Textiles ///
Nouvelle révision de cet article le 28 Mars 2020
Je suis bien revenue en France et j’y serai jusqu’au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

On peut apprendre beaucoup en regardant des video. Cet article sera donc alimenté régulièrement.

Après mes indications bibliographiques, je vais donc réunir dans cette page des directions de video et documentaires textiles avec leur liens, au fur et à mesure de mes découvertes…

J’attends vos propositions de lien pour enrichir cet article.

En attendant que je crée, mes propres video (il faut que j’apprenne encore cela…), je vous invite à visiter ce que j’ai découvert lors de mes recherches sur internet et pendant mes voyages…

Video sur les textiles

Le Musée d’Arts Précolombiens de Santiago du Chili présente de nombreuses voici le lien.

Je viens de découvrir une video sur les tissages de crins de cheval.

Je viens de découvrir une conférence gesticulée sur le textile.

Video sur les métiers à tisser

Video sur la filature

Il y a beaucoup de manière de filer et beaucoup de matières premières.

Je viens d’en découvrir une nouvelle bien originale.

Les orties

Voici deux videos en anglais sur la préparation et la filature des orties. Cela donne envie d’essayer.

Video sur la couleur

Podcasts de France Culture, janvier 2013.

Concernant la théorie de la couleur et Goethe, un autre reportage d’Arte: https://www.youtube.com/watch?v=ARkldz8Im2w

Cinq émissions sur les couleurs avec Michel Pastoureau.

Video sur la teinture

Dominique Cardon

Voici la dernière video que je viens de trouver et une autre plus ancienne, en français.

Michel Garcia

Michel Garcia a été un de mes premiers maîtres en teinture avec Dominique Cardon dont j’ai lu et relu tous les livres. Je vous invite à visiter son site.

Il a publié plusieurs DVD techniques très instructifs, disponibles sur son site ou chez Couleur Garance.

Voici une court film, ancienne, où il présentent les plantes tinctoriales, à Lauris

Il y en avaient trois, et il vient de publier la quatrième video: “Natural Dye Workshop IV: Beyond Mordants Indigo and Direct Application of Dye”

Je l’attends avec impatience.

Je viens de le recevoir, ce sont près de 4 heures de concentré d’informations.

Je viens de prendre le temps de le voir, il est vraiment passionnant. Rien que de la teinture sans mordants chimiques, et vraiment beaucoup d’informations et de réflexions.

Couleur Garance

Une autre video, plus récente sur Couleur Garance.

Shibori

J’ai plusieurs video sur le shibori qui est une technique de teinture avec réserves, aussi appelée tye-dye, utilisant des amarres.

Yoshiko Iwamoto Wada

Il s’agit d’une grande spécialiste japonaise des textiles. Elle organise des ateliers et des voyages sur les thèmes textiles. Elle a écrit de nombreux livres et produit des DVD

shop.slowfiberstudios.com

Américaine

Ikat

J’ai aussi une video sur la pratique rituelle de l’ikat à Rumah Gary à Borneo.

Video sur les voyages

Ady Gasy

Ady Gasy de Lova Nantenaina est le premier film que je vous recommanderai dans cette section. Je l’ai vu la première fois lors de l’IFPECO à Madagascar. C’est impressionnant et très instructif…

Vous pouvez vous le procurer chez Laterit Production.

Ady Gasy, une video à voir absoolument
Ady Gasy, une video à voir absolument

Video sur les plantes

Je pense d’abord à la série de Jean Marie Pelt sur la grande aventure des plantes. Jean Marie Pelt est aussi l’auteur de nombreux livres passionnants.

Je recommanderai aussi les conférences et video de:

  • Hervé Coves, il vous fait apprécier les ravageurs.
  • Georges Oxley, comestibles sauvages…
  • Francis Hallé, les arbres vus sous toutes leurs dimensions…
  • Jean-Marie Pelt, des documentaires et des livres passionnants…
  • Gérard Ducerf, ses livres sur les plantes bioindicatrices valent vraiment leur prix (voir chez Promonature qui diffuse aussi bien d’autres livres)
  • Claude et Lydia Bourguignon, les sols vivants ou l’on apprend comment Paris s’alimentait de sa propre production maraîchère au XIXème siècle, et bien d’autres informations surprenantes…
  • Olivier Husson qui parle de la “Santé des plantes par le RedOx
  • Gilles Clément, de nombreux livres très poétiques
  • Konrad Schreiber, de nombeuses video passionnante et très didactiques,
  • Maurice Chaudière, sculpteur, greffeur, apiculteur et auteur du livre “Le goût du sauvage” avec Ruth Stegassy,
  • Marc André Selosse, j’ai lu son livre “Jamais seul“, on y apprend beaucoup de choses sur le microbiote… Je viens aussi de le second sur les tannins, vraiment très intéressant, et maintenant des conférences.
Livre de MMarc-André Selosse sur les tanins
Livre de Marc-André Selosse sur les tanins

Chacun a des points de vue différents, qui se complètent souvent…

Lors de recherches pour la rédaction d’un prochain article sur les “mauvaises herbes”, une amie m’a fait découvrir quelques sites d’informations botaniques.

À cela, il faudrait ajouter Telabotanica, en français, qui propose aussi des MOOC et une application de reconnaissance botanique.

Video d’archéologie

Video de philosophie

Bernard Stiegler

Miguel Benasayag

Chaînes youtube

Thinkerview

Passeurs d’histoire d’histoire de vie

Un site plein de surprises

Podcasts

France Culture

J’écoute souvent France Culture avec un peu de retard, en podcast, mais c’est généralement très intéressant.

Autres video

Conférence gesticulée inclassable, Laurent Rigaud

Depuis quelques temps, je reçois des video du Corning Glass Museum, c’est très beau de voir comment les artistes du verre confectionnent des pièces artistiques. Travail en équipe et beaucoup de matériel à disposition, très professionnel. Malheureusement en anglais.

Quelqu’un des Crapauds Fous m’a donné le lien suivant, mérite d’être vu et médité.

A la suite d’une remarquable conférence gesticulée de Bernard Friot, j’ai découvert les stages de langue de bois.

Fablab et microscope

Incursion dans les FabLabs

Microscope

Dans un autre article, je parle d’un microscope fabriqué dans un FabLab par des étudiants à Santiago du Chili. Si vous voulez en savoir plus sur ce mouvement, cliquez sur ce lien.

J’ai beau m’intéresser aux techniques anciennes, l’informatique et les nouvelles technologies m’attirent beaucoup.

De fait, le microscope permet de voir avec plus de détails, des textures, la qualité du fil utilisé et peut me donner beaucoup d’informations utiles.

Elles vont beaucoup m’apporter dans mes recherches, c’est pourquoi j’ai cherché à prendre contact avec les FabLabs, j’ai même eu le projet d’en créer un à Puerto Montt (Chili), chez mon ami de Rincón de Angel.

Cela peut être une bonne solution pour fabriquer des prototypes et des pièces en petites quantités, en faisant varier les proportions… Je rêve déjà de nouveaux métiers à tisser, mieux adapté à chaque type de fibres, permettant de nouveaux effets…

C’est ainsi que j’ai suivi un Mooc sur Fun Université pour connaître les bases de l’impression 3D. Lors de ce cours, j’ai appris que l’on pouvait se fabriquer soi-même son imprimante 3D, il existe ainsi des sites de partage gratuit de plans et de programmes de dessin adaptés…

FabLab universitaire à Santiago

Ma première approche réelle

On m’a invité à une conférence.

C’était très intéressant. Il y avait là un FabLab, je n’ai seulement pu le voir que par une grande baie vitrée, il y avait beaucoup de machines.

Malheureusement, pour des raisons de sécurité, il fallait demander une autorisation au préalable…

Visite au FabLab ESAN – Lima, Pérou

Ils s’intéressent aussi aux textiles

Dans mes recherches pour la création d’un atelier FabLab à Puerto Montt, j’ai pris contact avec le FabLab ESAN à Lima qui a répondu très chaleureusement à mes questions, d’autant plus qu’ils travaillaient avec des gens qui s’intéressent aux textiles.

Lors de mon dernier voyage au Pérou, j’ai donc repris contact avec eux et je suis allée les voire entre deux visites de musées.

Là-bas, j’ai pu voir différentes machines: imprimantes 3D, fraiseuse, graveur laser… et un scanner 3D qu’ils ont utilisé pour scanner un peigne de métier à tisser, je voulais le modifier pour avoir une plus grande ouverture pour passer la navette. Ils ont ensuite essayé de le reproduire avec une imprimante 3D.

Il est intéressant aussi de voir les contraintes, notamment concernant la taille des objets à scanner et à reproduire…

La recréation de ce peigne posait différents problèmes… Il était un peu grand pour le scanner, il tenait à peine de travers. Il faut donc parfois diviser la pièce en plusieurs parties avec des unions. Puis, au niveau de l’impression, il y a eu aussi quelques difficultés, ces machines semblent très sensibles…

ll faut bien choisir son plastique, l’économiser sans fragiliser la pièce imprimée. Les courants d’air semblent aussi néfaste. et il faut être très patient. Les temps de développement sont longs.

On peut recycler les pièces ratées, mais avec des machines très coûteuses.

En tout cas, la pièce doit être bien ventilée, ce qui est souvent assez bruyant. Mais on doit éviter les courantd d’air pour les imprimantes 3D qui sont très sensibles

Ils m’ont aussi mis en contact avec le responsable d’un autre FabLab de Lima, passionné de textiles, qui a créé des métiers destinés aux enfants ou pour des démonstrations.

Il voyage beaucoup, mais j’ai eu la chance de le rencontrer entre deux vols. Il m’a donné un livre qu’il a écrit et un de ses métier prêt à être monté, en plexiglas, découpé au graveur laser.

J’aimerai bien pouvoir revenir pour voir cet autre FabLab, c’est vraiment un monde de partage de connaissances très attrayant.

Iquique

Au retour de mon voyage au Pérou, je suis passée à la ZOFRI (Zone Franche) d’Iquique (Nord du Chili) et j’ai pu constater qu’ils vendaient quelques imprimantes 3D, cela commence donc à se démocratiser…

Il y a aussi des fichiers modifiables Open Source pour les bricoleurs qui voudraient se fabriquer eux-mêmes leurs machines en les adaptant à leurs besoins.

Voici quelques logiciels gratuits pour la création de fichiers destinés à ces machines:

  • Conception paramétrique: FreeCad
  • Edition 3: Blender
  • Slicer Ultimaker CORA

Visite au FabLab de Loches

Comme je suis rentrée en France, à Loches, pour quelques mois, je suis partie à la recherche de FabLabs. J’ai eu la bonne surprise d’en trouver un, récemment créé à Loches même.

J’ai donc pris contact et suis allée le visiter. Il y a là plusieurs imprimantes 3D, un graveur Laser, une brodeuse électronique. J’ai pu voir fonctionner ces machines.

Je suis entrain de réfléchir à des essais qui pourraient être utiles.

Pièces réalisées au graveur Laser au FabLab de Loches, France
Pièces réalisées au graveur Laser au FabLab de Loches, France

Dans ce FabLab, on m’a aussi beaucoup aidé à rétablir ce site qui commençait à souffrir d’obésité…

Production de ce FabLab

La brodeuse électronique permet de broder toutes sortes de logos, même en différentes couleurs, avec bien sûr beaucoup de précision.

Cette brodeuse ressemble beaucoup à n'importe quelle brodeuse, sauf qu'elle reçoit l'information d'une clé USB, FabLab de Loches, France
Cette brodeuse ressemble beaucoup à n’importe quelle brodeuse, sauf qu’elle reçoit l’information d’une clé USB, FabLab de Loches, France

Le graveur laser est impressionnant, il est de grande dimension. Il peut aussi bien découper de nombreuses matières ou seulement les graver, selon les indications du fichier auquel il obéit.

Graveur Laser du FabLab de Loches
Graveur Laser du FabLab de Loches

Il permet de produire une grande variété d’effets selon les règlages du fichier qu’il reçoit. Il peut aussi bien graver des photos que découper, et pas seulement du bois…

Etiquettes en liège, gravées au FabLab de Loches, France
Etiquettes en liège, gravées au FabLab de Loches, France

Deux jeunes produisent des instruments de musique…

Hanches d'instruments à vent, impimées sur l'imprimante 3D, polies manuellement puis gravées sur le graveur Laser, FabLab de Loches
Hanches d’instruments à vent, impimées sur l’imprimante 3D, polies manuellement puis gravées sur le graveur Laser, FabLab de Loches

FabLabs du monde

Lors de mon prochain tour du monde, j’espère bien pouvoir rencontrer d’autres FabLabs, lors de mes prochaines étapes. Il y a tant de choses à partager.

Désolée, je n’ai pas encore d’image du futur…

Matières premières, que choisir?

/// Matières premières /// Article mis à jour le 31 août 2019
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Matières premières: fibres végétales, animales, artificielles, synthétiques?

Tout bon livre de teinture naturelle (il en est de même pour les teintures chimiques) commence par une description des fibres. Cela est d’une très grande importance, de cela dépend le type de mordant et bien souvent le résultat.

Oui, je sais, je vous ai déjà parlé des matières premières. Je ne vais pas radoter, mais c’est un thème important et j’ai de nouvelles informations à vous apporter. Ainsi, je vous invite à relire le précédent article.

Les matières premières à la loupe

Ou mieux encore, au microscope. J’en rêvais depuis longtemps…

Une des meilleures méthodes pour déterminer à quel type de fibre on a affaire, est de l’étudier au microscope.

Et je vais sortir mon microscope

Un étudiant doctorant, Fernan, est venu avec des amis de Santiago au local Rincón de Angel et nous avons beaucoup parlé de teintures, eux les utilisaient pour leurs préparations au microscope.

Ils auraient préféré utiliser des teintures naturelles pour cela. Je leur ai donné un peu de cochenille pour qu’ils fassent des essais. Très peu leur suffisait…

Le retour de Fernan

Quelques mois plus tard, Fernan est revenu avec 20 étudiants de son laboratoire. Et ils m’avaient apporté un microscope qui se branche sur l’ordinateur.

Voici le fameux microscope
Voici le fameux microscope

C’est un bon outil pour analyser rapidement des matières premières. Les fibres se distinguent par leur forme, la présence d’écailles… Tout cela influe sur la teinture.

On peut aussi voir si la laine est propre ou contient encore de la graisse. C’est très important pour la solidité de la teinture qui préfère s’allier à la graisse qu’à la fibre et aura tendance à s’en aller avec la graisse au lavage.

Je vais donc le brancher pour continuer l’article

Depuis que je l’ai, il a voyagé avc moi, au Pérou, au Brésil, et maintenant en France, il va certainement m’accompagner lors de mon tour du monde pour analyser toutes les fibres que je rencontrerai sur mon chemin.

Le voici branché il faut bien installer l’éclairage et le régler…

Microscope installé, près à visionner différentes matières premières
Microscope installé, près à visionner différentes matières premières

Nous allons voir de belles matières premières

Je vais réunir les fibres que j’ai sous la main pour vous les montrer sous un autre jour.

Petit sac de restes de fibres, à vérifier au microscope
Petit sac de restes de fibres, à vérifier au microscope

Laines

Chez mon ami Angel, il y en a une grande variété.

Laine de mouton vue au microscope, on voit les petites écailles
Laine de mouton vue au microscope, on voit les petites écailles

Alpaga

Je vais vous montrer ce que j’ai tondu à Concon en 2017.

Fibres d'alpaga vues au microscope
Fibres d’alpaga vues au microscope

Vigogne

J’en ai trouvé en Bolivie. C’est rare et très cher.

Fibres de vigogne, c'est vraiment beaucoup plus fin...
Fibres de vigogne, c’est vraiment beaucoup plus fin…

Coton natif péruvien

Eh oui, le coton n’a pas toujours été blanc, et celui a bien failli disparaître. Heureusement, il y a des artisans qui le sèment encore, notamment dans la région de Chiclayo (Nord du Pérou).

Il est brut de récolte, ces fils semblent plats.

Fibres de coton natif péruvien
Fibres de coton natif péruvien

Soie de Madagascar

J’en ai ramené de chez mon ami Hilaire, quand je suis allée à l’IFPECO de Madagascar. Il m’en reste un peu.

Soie de Madagascar non décreusée
Soie de Madagascar non décreusée

J’ai aussi décreusé un peu de cette soie, nous allons aussi l’étudier.

Soie décreusée
Soie décreusée

Autres soies

Voici la soie du Laos qu’utilise mon amie à l’Atelier de Joëlle…

Soie du Laos, fiilée industriellement, teinture chimique
Soie du Laos, fiilée industriellement, teinture chimique

Paille à chapeau, d’Equateur

J’en ai ramené un peu de Ciudad Eten, près de Chiclayo, où ils ont la spécialité de tisser des chapeaux… Les femmes tressent leurs chapeaux, chez elles. On les voit depuis la porte ou la fenêtre ouverte…

Paille utilisée dans les chapeaux tissés au Nord du Pérou, elle  provient d'Equateur, tout proche
Paille utilisée dans les chapeaux tissés au Nord du Pérou, elle provient d’Equateur, tout proche

Cheveux humains

Je vais en profiter pour examiner mes cheveux, pourquoi pas. C’est très instructif.

Mes cheveux
Mes cheveux

Crin de queue de cheval (noir)

Quand je suis allée tondre les alpagas à Concon, on m’a donné une queue de cheval. Nous allons donc étudier ces crins.

Crin de cheval, c'est vraiment très gros au microscope
Crin de cheval, c’est vraiment très gros au microscope

Chanvre

Ma voisine récupère auprès du facteur les liens des paquets de courrier. Il paraît que c’est du chanvre.

Chanvre
Chanvre

Lin

Je n’ai pas retrouvé de fibre de lin. Quand j’en aurai je remettrai à jour cet article.

Orties et ramies

Les orties et la ramie (sous-espèce d’ortie non urticante) sont aussi des fibres intéressantes, mais je n’en ai malheureusement pas d’échantillon.

Fibres de bananier

J’ai ramené un peu de fibres de bananiers de Madagascar, cet échantillon a été teint à la cochenille.

Fibres de bananier
Fibres de bananier

Sisal

Celui-ci provient aussi de Madagascar, il a été légèrement teint à l’indigo.

Sisal de Madagascar
Sisal de Madagascar

Rafia

J’ai aussi ramené un peu de rafia de Madagascar, qui en produit beaucoup. Celui-ci a été teint à la cochenille. Naturel, il et moins blanc que la paille à chapeau équatorienne.

Rafia, teint à la cochenille
Rafia, teint à la cochenille

Plume

Je viens de trouver uune plume dans la toison d’alpaga que j’allais préparer pour la filer… Nous allons l’étudier.

Plume, duvet
Plume, duvet

Fibres de bambou

Je n’en ai pas. Il s’agit en fait d’une viscose de bambou, avec tout le brillant de la viscose et tous ces défauts. La viscose est une fibre très flateuse, qui se teint généralement très bien.

N’importe quelle cellulose convient pour la fabriquer. Pratiquement toute biomasse végétale doit pouvoir servir à sa fabrication. Il s’agit donc d’une fibre artificielle.

Le problème est que le mode de fabrication, en général à base d’acétone ou d’autres solvants organiques, produit beaucoup de COV (composés organiques volatiles) et autres déchets qui ne sont pas franchement aimables avec le milieu ambiant.

La viscose est aussi très inflammable. Les retardateurs de combustion sont par ailleurs très toxiques.

Les fibres qui me manquent…

Liber de tilleul et de bouleau, qui furent longtemps utilisés, notamment au moyen-âge.

Lapin et chèvre angora, yack…

Synthétiques et artificielles

Il faut bien voir ce qui nous envahit…

Laine fantaisie, fibres synthéques
Laine fantaisie, fibres synthéques

Visite à leur laboratoire

Quelques temps plus tard, avant de repartir en voyage, je passe quelques jours à Santiago. Et Fernan m’invite à une conférence de ses étudiants à leur campus Lo Contador, Faculté d’Architecture – Université Catholique à Santiago du Chili.

C’était très intéressant. Il y avait là un FabLab, je n’ai seulement pu le voir que par une grande baie vitrée, il y avait beaucoup de machines.

Nouveaux Projets avec Fernan

Voici des nouvelles fraîches. Je viens de reprendre contact avec Fernan qui me propose plusieurs projets concernant l’amélioration de ce microscope et sa diffusion en open source et low cost.

Il l’utilisait pour l’étude des levures et veut l’adapter mieux à l’étude des matières premières textiles.

C’est vraiment une bonne nouvelle!

Métier à tisser Tissanova

Métier à tisser Tissanova – Article mis à jour le 26 janvier 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Nouveau métier

Tissanova, ce n’est pas une nouveauté, ils ont plus de 50 ans. Pour moi, c’est un souvenir d’enfance… Cela a été ma première expérience de tissage. La fabrique a fermé dans les années 1960.

C’est très différent du Métier María, des métiers à clous et de ceux de fortune dont j’ai parlé dans des articles précédents. J’aime varier les techniques.

Découverte d’un groupe facebook Tissanova

Par hasard, un jour, j’ai découvert un groupe Tissanova, je ne savais pas que c’était la marque de mon jouet d’enfance.

Si vous êtes intéressés par ce type de métier à tisser, je vous invite à prendre contact avec ce groupe, ce sont des passionnées. Ce sont elles qui m’ont signalé la petite annonce, pour mon troisième métier de ce type.

Il y a aussi un blog dédié, très intéressant.

Mon premier métier Tissanova

Il était petit, environ 20 x 30 cm, il ne me reste que le peigne, mais c’est un miracle que je l’ai encore après 50 ans de déménagements internationaux et interrégionaux, à chaque déménagement on perd des choses, quand j’ai déménagé de Mamiña à Puerto Montt un sac contenant un métier maya et mon métier de ceinture que j’avais ramené de Moquegua avait disparu…

Peigne de mon premier métier Tissanova
Peigne de mon premier métier Tissanova

Quand j’étais petite, j’ai tissé des napperons en raphia naturel et synthétique, avec des chaines en coton qui ne faisaient que la longueur du métier.

Le second métier Tissanova

Quand je suis passée en France, pour aller à l’ISEND de Kuching, ma mère m’en a acheté un autre du même style un peu plus grand.

Second métier style Tissanova et peigne du premier
Second métier style Tissanova et peigne du premier

Je l’ai testé de retour à Mamiña avec de la laine d’alpaga, le cadre permet d’enrouler la chaîne et la toile. Mais, j’ai eu de grosses difficultés car les barreaux d’ensouple avaient tendance à se dévisser.

Tissanova, vue de côté, on voit les écrous papillons qui ont tendance á se dévisser
Vue de côté, on voit les écrous papillons du Tissanova qui ont tendance á se dévisser

En outre, les fils de chaîne avaient tendance à sortir du peigne, j’ai essayé de les bloquer avec un morceau de Scotch, ce n’était vraiment pas l’idéal. Ce peigne n’a pas la rainure des deux autres métiers Tissanova.

Second métier Tissanova, vue d'en haut
Second métier Tissanova, vue d’en haut

J’ai tout de même réussi à tisser deux écharpes, je n’allais tout de même pas gâcher toute cette laine d’alpaga.

Je n’en ai malheureusement pas pris de photo.

Le troisième métier Tissanova

Il m’est arrivé hier de France, dans son emballage d’origine, je n’ai pas résisté à l’envie de l’essayer tout de suite. Il est très léger, ce qui plaît beaucoup, car ainsi il pourra m’accompagner lors de mon tour du monde textile et tinctoriale.

Je viens juste de déballer mon nouveau métier Tissanova
Je viens juste de déballer mon nouveau métier Tissanova

J’ai dû trouver une laine assez fine, par chance j’en avais une assez grosse pelote, malheureusement, elle n’avait pas été retordue, j’ai profité de notre rouet pour le faire.

Je retords la laine qui était composée de deux fils simples
Je retords la laine qui était composée de deux fils simples

A peine la laine retordue, j’ai commencé à monter la chaîne, j’ai envoyé une photo au groupe Tissanova, j’ai tout de suite eu des informations me donnant des conseils très utiles.

´Montage erroné, heureusement que le groupe Tissanova m'a prévenue à temps, j'ai donc recommencé
´Montage erroné, heureusement que le groupe Tissanova m’a prévenue à temps, j’ai donc recommencé
J’ai donc remonté la chaîne comme cela me paraissait logique, c’est-à-dire en enroulant la chaîne autour du cadre

J’ai utilisé la barre régulateur pour répartir mieux les fils sur le peigne, j’aurai très bien pu m’en passer.

Installation du peigne Tissanova
Installation du peigne Tissanova

Puis, j’ai commencé à tisser.

Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce sur Tissanova
Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce sur Tissanova
Tissanova Début du tissage, j'ai déjà enlevé la barre régulateur
Début du tissage, j’ai déjà enlevé la barre régulateur

J’aurai dû laver la laine avant de la tisser, en effet, elle glisse mal sur le peigne et quand on passe la navette entre les fils de chaîne, et là, on n’a pas beaucoup de place.

Tissage bien avancé
Tissage bien avancé

J’ai tout de même réussi à tisser une pièce complète de 34 cm x 1,20 m en un jour et demi.

Je passe les dernières trames
Je passe les dernières trames
Je termine par un point péruvien
Je termine par un point péruvien
Pièce prête à être coupée
Pièce prête à être coupée
Pièce sortie du métier
Pièce sortie du métier

Comme d’habitude, je fais des finitions.

Finition des des bords au crochet
Finition des des bords au crochet

Comme cette pièce est relativement fine, je vais la laver bien, et je vais la teindre en ecoprint.

Pièce terminée
Pièce terminée

C’était donc ma méthode instinctive pour monter ce métier. Il n’est pas exclu que je l’utilise de nouveau.

Nouvel essai sur Tissanova avec de la soie

J’ai ramené de la soie domestique de Madagascar, je vais essayer de la tisser sur mon nouveau Tissanova. Je l’ai utilisée en double pour plus de solidité, je ne l’ai pas retordue, je vais devoir consulter mon ami Hilaire. Il fait un certain nombre d’opérations avec son fil de soie avant de monter sa chaîne.

Machine pour mouliner la soie, chez mon ami Hilaire, à Talata, Madagascar
Machine pour mouliner la soie, chez mon ami Hilaire, à Talata, Madagascar

Je verrai si je la teindrai aussi en ecoprint certainement après l’avoir utilisé comme une pièce de gaze dans du feutre.

Tisser la soie est bien différent. C’est la première fois que je tisse de la soie.

La laine naturelle a tendance à s’accrocher entre les fibres, ce qui est très intéressant au niveau du tissage, cela n’oblige pas à tisser serré. Cela est pour moi une expérience nouvelle.

J’ai donc monté une nouvelle chaîne en suivant les explications de la notice et j’ai commencé à tisser. Les fils s’accrochent moins dans le peigne et l’ouverture se fait plus facilement. J’ai utilisé les fils en double, aussi bien pour la trame que pour la chaîne.

Début de nouvelle chaîne en soie
Début de nouvelle chaîne en soie

Comme, il me manque une pièce U, j’ai attaché la barre régulateur au cadre provisoirement, le temps de monter la chaîne.

Montage du peigne un peu délicat
Montage du peigne un peu délicat

Comme d’habitude, j’ai démarré avec une ligne de point péruvien (je l’explique dans l’article précédent sur le tissage du métier María).

Démarrage avec point péruvien
Démarrage avec point péruvien

Le tissage se passe bien pour le moment.

Début du tissage
Début du tissage

Aujourd’hui, j’ai fait avancer le tissage, j’ai assuré la barre régulateur, malgré cela quelques fils se sont échappés, j’ai dû les remettre en place, la chaîne s’est trop détendue, j’ai placé une navette classique entre la barre régulateur et le cadre.

Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce sur Tissanova
Tissage et bobines de soie utilisées pour cette pièce

J’en suis à la moitié du tissage.

Récupération des fils qui s'étaient échappés de la barre régulatrice du Tissanova
Récupération des fils qui s’étaient échappés de la barre régulatrice du Tissanova

Cela a été un peu laborieux, les fils sont fins et l’on a du mal à voir où les replacer.

On voit par transparence, à travers la chaîne, le tissage qui a un peu bougé et est devenu irrégulier
On voit par transparence, à travers la chaîne, le tissage qui a un peu bougé et est devenu irrégulier

Les fils de soie sont lisses, les trames ont bougé quand j’ai fait tourner le tissage pour avancer.

Quand les fils descendent mal sur le peigne, je les aide en appuyant ma main sur le tissage
Quand les fils descendent mal sur le peigne, je les aide en appuyant ma main sur le tissage

Ces fils fins s’accroche n’importe où sur le bois, il a d’ailleurs falu limer la navette qui coinçait à chaque passage.

Quelques fils de chaîne s'étaient déplacés et les mouvement du peigne et de la navette devenaient vraiment difficiles, j'ai donc arrêté le tissage en laissant un peu plus de franges, je finis avec le point péruvien
Quelques fils de chaîne s’étaient déplacés et les mouvement du peigne et de la navette devenaient vraiment difficiles, j’ai donc arrêté le tissage en laissant un peu plus de franges, je finis avec le point péruvien

Plus que jamais, il faut commencer et finir par le point péruvien.

Vue générale sur le métier Tissanova avant d'enlever le peigne
Vue générale sur le métier Tissanova avant d’enlever le peigne

Et, c’est presque fini!

J'ai commencé à libérer la barre régulateur
J’ai commencé à libérer la barre régulateur

Il faut libérer la barre régulateur.

J'enlève le peigne du Tissanova
J’enlève le peigne du Tissanova
Aspect de la toile avant de la libérer du métier Tissanova
Aspect de la toile avant de la libérer du métier Tissanova
Libération de la toile du métier Tissanova
Libération de la toile du métier Tissanova
Libération de la deuxième extrémité de la toile
Libération de la deuxième extrémité de la toile

Enfin finie ma première toile en soie.

Toile finie
Toile finie
Me voilà déjà avec deux toiles tissées sur Tissanova
Me voilà déjà avec deux toiles tissées sur Tissanova

En quelques jours j’ai déjà tissé deux toiles.

Le Tissanova et le coton

Le coton passe aussi bien en ecoprint, nous en avons à la vente chez Rincón de Angel, je vais donc aussi le tester. Il ne me reste plus de lin pour le tester, c’est dommage, toutes les fabriques ont fermé au Chili.

J’ai donc choisi deux pelotes de coton, l’une lisse pour la chaîne, l’autre flamée pour la trame.

Démarrage de la nouvelle chaîne sur Tissanova
Démarrage de la nouvelle chaîne sur Tissanova

La chaîne est toujours la partie la plus délicate d’un tissage, il faut donc lui accorder beaucoup d’attention.

Premier noeud, barre régulateur bien fixée
Premier noeud, barre régulateur bien fixée
Détail, barre régulateur
Détail, barre régulateur

Le fil doit toujours être bien tendu, les fils extérieurs ont toujours tendance à se détendre.

Détail du montage de la chaîne sur la barre régulateur
Détail du montage de la chaîne sur la barre régulateur

Il faut bien enfoncer chaque fil pour qu’il ne saute pas pendant le tissage.

Chaîne à moitié montée sur Tissanova
Chaîne à moitié montée sur Tissanova

L’idéal est de ne pas s’interrompre pendant le montage de la chaîne pour que la tension des fils reste la même partout. Vu que l’ouverture du peigne n’est que de quelques centimètres sur le Tissanova, il est important que les fils montent et descendent bien.

Chaîne montée
Chaîne montée

Une fois montée la chaîne, il faut installer le peigne, pour cela j’ai l’aide d’une  navette qui soulève un peu les fils.

Je glisse le peigne
Je glisse le peigne
Répartition des fils sur le peigne
Répartition des fils sur le peigne

Il s’agit d’une autre étape importante, il ne faut pas croiser les fils.

Dèmarrage avec point péruvien
Dèmarrage avec point péruvien

Sur cette photo, on voit bien la texture du fil de trame.

Détail du point péruvien
Détail du point péruvien

Une fois le point péruvien terminé, ont peut commencer à tisser.

Démarrage du tissage sur métier Tissanova
Démarrage du tissage sur métier Tissanova
Déjà quelques centimètres tissés
Déjà quelques centimètres tissés

Avec le coton, on ne peut pas bloquer les fils de chaîne, en haut du peigne, par chance cela n’a pas été nécessaire.

Comparaison des trois pièces Tissanova
Comparaison des trois pièces Tissanova

Ces trois fibres donnent des résultats très différents.

Et on avance encore
Et on avance encore

Je n’avais pas encore déplacé le tissage, maintenant je vais le faire.

Après un petit déplacement du tissage, j'assure la fixation de la barre régulateur du Tissanova
Après un petit déplacement du tissage, j’assure la fixation de la barre régulateur du Tissanova
Et je peux continuer d'enrouler le tissage, ou plutôt de déplacer la toile sur le Tissanova
Et je peux continuer d’enrouler le tissage, ou plutôt de déplacer la toile sur le Tissanova
Le travail avance, le tissu paraît plus lâche sur les côtés
Le travail avance, le tissu paraît plus lâche sur les côtés

Les fils sont lisses, ils n’ont pas d’écailles comme la laine, ils ont toujours tendance à bouger.

Tissage presque fini, finition au point péruvien
Tissage presque fini, finition au point péruvien

Il ne restait plus de place pour passer la navette, je finis donc la pièce comme toujours au point péruvien.

Je libère la toile après avoir libéré la barre régulateur
Je libère la toile après avoir libéré la barre régulateur
Pièce sortie du métier Tissanova
Pièce sortie du métier Tissanova

Il faut terminer cette toile, je fais donc les finitions au crochet, ce qui régularisera l’espace entre les fils de trame.

Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet
Détail de la finition au crochet

Et voilà, elle est finie.

Pièce finie
Pièce finie
Trois fibres différentes, trois pièces différentes...
Trois fibres différentes, trois pièces différentes…

Le Tissanova et l’alpaga

J’ai de petites quantité de laine d’alpaga fine et régulière, malheureusement pas retordue, je vais les tester, j’espère que le tissage ne se retorde pas de trop.

Tissanova, nouvelle chaîne en alpaga gris filé industriellement
Tissanova, nouvelle chaîne en alpaga gris filé industriellement

Pour la chaîne, j’ai choisi une laine filée industriellement donc bien balancée. C’est très important. Pour la trame, j’ai pris une laine d’alpaga que j’ai filée personnellement, non retordue, j’ai toujours tendance à filer trop tordu, pour la solidité, je ne l’ai pas retordue car j’avais peur d’en manquer.

Installation un peu délicate de la chaîne sur le peigne du Tissanova
Installation un peu délicate de la chaîne sur le peigne du Tissanova

Je mets d’abord une navette debout pour ne pas accrocher et étirer les fils de chaîne avec les dents du peigne.

Montage du peigne du Tissanova
Montage du peigne du Tissanova

Puis, je redresse le peigne, c’est assez délicat avec un fil aussi fin, on a vite fait d’en mettre deux dans la même encoche.

Peigne redressé, fils encore désordonnés
Peigne redressé, fils encore désordonnés
Peigne redressé, fils encore désordonnés, vue de détail
Peigne redressé, fils encore désordonnés, vue de détail

Il faut faire de l’ordre minutieusement pour que les fils ne se croisent pas.

Fils enfin ordonnés sur Tissanova
Fils enfin ordonnés sur Tissanova

Comme d’habitude, je commence par le point péruvien pour bien bloquer le démarrage. Je laisse un peu de place pour les franges.

Point péruvien de démarrage
Point péruvien de démarrage
On s'assure que la barre régulateur ne se libère pas en cours de tissage
On s’assure que la barre régulateur ne se libère pas en cours de tissage

J’ai utilisé deux grosses aiguilles (à coudre les sacs de pommes de terre) qui me servent habituellement pour tisser les métiers à clous, pour obtenir l’espace nécessaire au passage de l’aiguille.

Passagee de l'aiguille
Passagee de l’aiguille
Passagee de l'aiguille, détail
Passagee de l’aiguille, détail
Une fois assurée la barre régulateur, j'enlève les grosses aiguilles et commence à tisser
Une fois assurée la barre régulateur, j’enlève les grosses aiguilles et commence à tisser

Je peux enfin tisser tranquillement, l’alpaga est très agréable à tisser.

Tissage en cours
Tissage en cours
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine
Tissage en cours. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine
Tissage en cours sur Tissanova. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine, gros plan
Tissage en cours sur Tissanova. on peut apprécier les variations de couleurs de la laine, gros plan
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place

Cela peut donner des idées pour effectuer des points nouveaux. Mais, dans ce cas j’ai redressé la situation.

Les fils ont bougé, il faut les remettre en place, détail
Les fils ont bougé, il faut les remettre en place, détail
Fin du tissage, cela a été agréable malgré de petites difficultés avec la chaîne qui s’est un peu détendue, des noeuds se sont aussi relachés, certains fils se sont libérés de la barre régulateur. Et surtout, le tissage est parti en biais, ce la ne se voit pas sur le tissage fini, il y a seulement des franges plus longues d’un côté que de l’autre.
Point péruvien de fin de tissage
Point péruvien de fin de tissage
C'est le moment d'enlever le peigne du Tissanova
C’est le moment d’enlever le peigne du Tissanova
Peigne enlevé, il faut libérer la barre régulateur
Peigne enlevé, il faut libérer la barre régulateur

C’est là que l’on voit que le tissage est parti en biais.

Libération des franges
Libération des franges
A peine la toile s'est libérée du Tissanova, qu'elle s'est enroulée, cela est dû à l'excès de torsion du fil de trame
A peine la toile s’est libérée du Tissanova, qu’elle s’est enroulée, cela est dû à l’excès de torsion du fil de trame

Cela est dû au fait que j’ai utilisé en trame une laine que j’ai filée un peu trop tordue (pour la solidité) et que je n’ai pas retordu en sens inverse pour qu’elle soit bien balancée.

Dernière pièce tissée sur Tissanova déjà en exposition
Dernière pièce tissée sur Tissanova déjà en exposition

Nouveau test: coton, raphia et racines de vétiver

Montage d'une nouvelle chaîne en coton sur Tissanova
Montage d’une nouvelle chaîne en coton sur Tissanova
Installation du peigne
Installation du peigne
Premier passage de trame
Premier passage de trame
Dans ce cas les fils de chaîne ne peuvent pas être retenus
Dans ce cas les fils de chaîne ne peuvent pas être retenus

Malgré ce détail, la chaîne était bien tendue, les fils n’ont pas eu tendance à s’échapper du peigne.

Travail commencé
Travail commencé
J’alterne deux navettes, l’une avec du coton, l’autre avec du raphia de Madagascar, j’ajoute à interval régulier des racines de vétiver malgache.
Détail du tissage
Détail du tissage
Préparation de la barre régulateur, séparée du support par deux grosses aiguilles
Préparation de la barre régulateur, séparée du support par deux grosses aiguilles
Suite de la préparation de la barre régulateur, l'aiguille à canevas passe bien
Suite de la préparation de la barre régulateur, l’aiguille à canevas passe bien
Premier déplacement de la toile sans problème
Premier déplacement de la toile sans problème
Pièce prête à être libérée du Tisssanova
Pièce prête à être libérée du Tisssanova

J’avais déjà enlevé le peigne

Barre régulateur libérée
Barre régulateur libérée
Pièce libérée d'un côté
Pièce libérée d’un côté
Barre régulateur enlevé
Barre régulateur enlevé
Pièce tissée sur Tissanova finie
Pièce tissée sur Tissanova finie

J’ai fait une finition au crochet, en coton, sur les bords pour cacher les changements de trame. C’est un peu raide à cause des racines de vétiver, mais comme chemin de table, ce n’est pas gênant.

Pièce tissée sur Tissanova en exposition, à côté de ses semblables
Pièce tissée sur Tissanova en exposition, à côté de ses semblables

Expérience pour rallonger la chaîne

Il s’agit d’un retour aux métiers de fortune. Le peigne spécial devrait bien s’adapter à ces techniques minimalistes, il s’agit de me préparer pour mon grand voyage textile et tinctoriale.

Je dois pouvoir tisser toutes sortes de fibres (les métiers à clous, ne me permettent que de travailler qu’avec des fibres relativement grosses), même dans les conditions les plus précaires. Ce métier à la grande qualité d’être très léger. C’est bon pour ma valise qui a toujours tendance à dépasser les normes. Notamment les navettes, quelle différence avec celles que l’on trouve habituellement au Chili.

Rallonges pour ce métier

Un voisin qui est excellent menuisier, m’a fait des rallonges pour mon métier. Il faudra que je les essaie.

Metier Tissanova et ses nouvelles rallonges
Metier Tissanova et ses nouvelles rallonges

Expériences FabLabs

Lors de mon  voyage au Pérou et dernièrement à Loches, en France, j’ai eu l’occasion de contacter des FabLabs pour  voir comment améliorer ce métier.

Quelles sont vos expériences?

Si vous avez des expériences avec ce type de métiers, cela serait intéressant de les partager, j’attends vos commentaires.

Vive les tanins

Tanins – Article mis à jour le 19 janvier 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Tanins du désert de Pica, nord du Chili
Tanins du désert d’Atacama, à l’oasis de Pica, nord du Chili

Des tanins, en veux-tu, en voilà

Des tanins, il y en a différentes sortes, des très clairs, des jaunâtres, des rosâtres, des beiges, des marrons… Par chance, on peut en trouver partout.

Traditionnellement, les plus clairs sont les plus recherchés, ils peuvent remplacer les mordants chimiques (alun, sulfate d’aluminium, acétate d’aluminium).

Par exemple, celui des noix de galles (Quercus infectoria), qui proviennent de la réaction d’une sorte de chêne à la piqure d’une guêpe. Il y a des galles sur différentes espèces d’arbre (par exemple sur le faux pistachier), soit sur les feuilles, soit sur les brindilles.

L’arbre réagit à la piqure en produisant des tanins pour lutter contre la larve de l’insecte. L’idéal est de récolter les galles avant que l’insecte adulte en sorte, elles sont ainsi encore plus chargées en tanins. Ces galles sont très légères, moulues, elles libèrent leurs tanins dans les bains de teinture ou de mordançage.

La collecte de ces galles étaient autrefois un complément de revenus important dans les zones infectées.

Petite expérience

Récemment je suis allée chez une amie pour faire des ecoprint sur soie et un test d’ikat. L’alun avait mystérieusement disparu de la maison. Nous avons ramassé les écorces de grenades sous les grenadiers… Avec un peu de cochenille, nous avons obtenu de jolies couleurs cuivrées…

Ecoprint, fond d'écorces de grenades
Ecoprint, fond tanins d’écorces de grenades

On trouve aussi des tanins (ou tannins, les deux orthographes peuvent être utilisées), clairs dans les racines et les feuilles des rumex, dans beaucoup de fruits non mûrs (spécialement le kaki).

Laines teintes avec différents tanins
Laines teintes avec différents tanins

Où sont-ils encore, les tanins ?

On en trouve aussi :

  • dans les écorces de la plupart des arbres, plus que dans le bois (ne pas oublier qu’un arbre sans écorce, souffre et peux mourir), il faut donc profiter des écorces qui tombent toutes seules des eucalyptus qui donnent de très jolies couleurs, ou de celles d’arbres déjà abattus
  • les sciures, j’ai ainsi teint avec de la sciure de mélèze à Puerto Montt
  • les noyaux des fruits (j’ai par, exemple, essayé les noyaux de mangue, quand j’étais à Pica). Les noyaux d’avocats sont aussi réputés pour être indélibiles (ils servaient à marquer les chemises des enfants, avec une simple épingle),

Mais aussi…

  • l’écorce verte autour des coquilles de noix donne le fameux brou de noix, plus elle fermente, mieux c’est,
  • l’écorce de grenade dont on tirait les encres pour écrire,
  • les enveloppes des graines de tara, qui teint aussi en violet, dans le nord du Chili et au Pérou. Nous les avons testées à Pica, une femme du groupe en a profité pour les resemer et ainsi les multiplier,
  • le thé, le café (pensez à garder les déchets de ce que vous consommez, il reste toujours de quoi teindre), dans beaucoup de feuilles mortes (chêne, chataignier, noyer, marronier, platane…), dans les fougères…
  • les sources de tanins sont si nombreuses que j’en oublie la plupart…
pure laine de mouton chez Rincón de Angel, à Puerto Montt, sud du Chili, teinture naturelle, beaucoup de tanins
pure laine de mouton chez Rincón de Angel, à Puerto Montt, sud du Chili, teinture naturelle, beaucoup de tanins

Pourquoi les utiliser ?

Ce qui est intéressant avec les tanins :

  • c’est qu’ils évitent d’utiliser les mordants chimiques,
  • ils permettent obtenir leurs couleurs propres qui sont intéressantes, même et surtout si elles peuvent paraître pâles,
  • ils servent de filtre anti UV, ce qui rend plus solide la couleur au soleil,
  • ils se combinent facilement et fixent d’autres colorants naturels, sans les éclaircir comme le fait souvent l’alun,
  • ils réagissent avec les sels de fer en donnant des gris, voir presque noir, c’est ce qui les met en évidence,
  • leur effet peut être concentré par l’ajout de jus de citron jusqu’à obtenir un pH 4, cela peut éventuellement modifier un peu la couleur, comme avec la cochenille qui peut devenir un peu plus orangée.

Rencontre avec le fer

Cette réaction avec le fer est immédiate, elle peut être exploitée de manière très variée au niveau graphique. Plus la concentration en fer est importante, plus le résultat est sombre. Tous les peuples ont développé des trésors d’imagination pour l’utilisation des tanins.

Feutre teint à l'eucalyptus, pochoir au sulfate de fer
Feutre teint aux tanins d’eucalyptus, pochoir au sulfate de fer, Exposition à la Médiath`èque de Loches

Une aubaine pour les graphistes textiles…

Ceci était très utilisé dans les systèmes d’impression au XIXème siècle et l’est encore actuellement en Inde avec la technique de l’impression au tampon qui est très impressionante.

À Puerto Montt et dans le sud du Chili, les femmes utilisent encore des sources où il y a des boues ferrigineuses pour obscurcir leurs laines.

En Afrique, la technique du bogolan utilise aussi ces boues pour dessiner sur des toiles préalablement teintes avec des tanins.

Les tanins interviennent aussi dans les ecoprint qui mettent en évidence le déplacement des tanins à travers les nervures des feuilles, ce qui donne des dessins très délicats.

Attention !

Il est donc important, si l’on en veut pas que le fer interfère sur la couleur finale, d’utiliser des casseroles soit en acier inoxidable, aluminium ou émaillées (vérifier que l’émail n’est pas usé et ne laisse pas passer de fer qui modifierait le résultat). Une fois la réaction faite, il en me semble pas qu’elle puisse être réversible.

Mieux vaut essayer d’éviter d’abuser du fer qui abîme toutes les fibres en les rendant rêches et cassantes. Cela pose de véritables casse-têtes aux archéologues, même sur des textiles qui n’ont que deux siècles.

Il est à noter que les tanins, comme leur nom l’indique, servent aussi à tanner les peaux, là aussi les tanins les plus clairs sont les préférés, car ils altèrent moins la couleur du cuir.

Je viens de découvrir une video très intéressante sur les tanins. Je viens d’apprendre beaucoup de choses

Je viens juste de m’acheter le nouveau livre de Marc André Selosse: “Les goûts et les couleurs du monde“, chez Actes Sud. Il parle en détails des tanins, il est passionnant et facile à lire…

Il y a beaucoup à raconter sur les tanins, j’ajouterai certainement de nouvelles informations à la prochaine révision.

Je vous invite à laisser vos commentaires.

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Ecoprint, kesako? et pourquoi?

Ecoprint – Article mis à jour le 22 janvier 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Ecoprint sur lin, impression de feuilles et fleurs
Ecoprint sur lin, impression de feuilles et fleurs

Ecoprint, kezako? Je reviens sur cet article que j’ai publié au tout début de la création de ce blog. C’est un sujet important, et vous avez donc droit à une toute nouvelle version qui va se compléter au fur et à mesure de mes nouvelles expériences.

Pourquoi ecoprint

L’ecoprint n’est pas un “machin” ou “nouveau truc” pour “reverdir” la teinture. Le “greenwashing“, ce n’est pas mon genre.

C’est une technique très économe en matières tinctoriales, quelques feuilles bien choisies suffisent. Alors que normalement, il faut 3 kg de plantes pour 1 kg de fibres, et une très grande casserole et donc plus de combustible.

D’autre part, cela permet de changer l’allure d’une manière unique de n’importe quel vêtement usagé, de fibres naturelles, bien sûr. Une nouvelle forme de recyclage.

Depuis mon retour de Madagascar et mon voyage au Brésil, j’ai eu de nouvelles expériences d’ecoprint et je tiens à vous les présenter maintenant.

L’ecoprint, quelle magie!

Un peu de théorie sur cette technique

L’ecoprint est une technique développée par un groupe de designers australiennes à la tête desquelles se trouvent India Flint, Susan Fell McLean et le groupe Gondwana textiles… J’espère bien pouvoir aller visiter leurs ateliers lors de mon tour du monde…

C’est plutôt une impression qu’une teinture… Le végétal s’imprime essentiellement en surface.

Selon les méthodes et l’épaisseur du support, les empreintes végétales apparaîtront sur une ou deux face, ou éventuellement se répèteront en s’affaiblissant. Les deux face des feuilles donnent des résultats différents.

Ecoprint sur coton, à Talata, Madagascar

Cette technique n’utilise que peu de matériaux végétaux, étalés sur la toile, ou éventuellement sur papier ou carton (c’est aussi possible), enroulés serrés, se mettent à tremper pendant quelques jours, avec ou sans mordants, puis éventuellement chauffés et enfin déballés, laissent différentes empreintes.

On peut obtenir des dessins naturels d’une très grande finesse.

Ecoprint à Talata, Madagascar, les traits fins sont des aiguilles de pins australiens
Ecoprint à Talata, Madagascar, les traits fins sont des aiguilles de pins australiens

Premiers essais à Santa Fe – Argentina

Nous avons avons fait les premiers essais d’ecoprint, sans grand succès, lors d’une formation que j’avais donné au Centre Culturel “La Esquina Encendida“. Sans doute le rouleau n’avait pas été assez serré et qu’il n’a pas trempé assez longtemps.

Les tutoriels sur internet ne donnent pas toujours tous les détails, et ceux-ci peuvent être très importants.

Premier test d'ecoprint sur feutre au Centre Culturel "La esquina Encendida" Santa Fe - Argentine
Premier test d’ecoprint sur feutre au Centre Culturel “La esquina Encendida” Santa Fe – Argentine

Lors d’une seconde formation donnée à Santa Fe, à La Redonda, cette fois, il y avait deux participantes qui pratiquaient déjà couramment cette technique.

Tee-shirt teint en ecoprint par cette dame de Santa Fe - Argentine
Tee-shirt teint en ecoprint par cette dame de Santa Fe – Argentine

Mais ce qui a retenu le plus l’attention du groupe a été une technique assez proche, qui se travaille à froid, avec un marteau à carreler.

Technique au marteau qui a eu beaucoup de succès
Technique au marteau qui a eu beaucoup de succès

Les feuilles fraîches sont glissées entre deux toiles de fibres naturelles, on martèle, puis on enlève les feuilles, on fait tremper les toiles dans un bain de “soupe de clous” (vieux clous + vinaigre = acétate de fer) qui révèle les tanins. Puis, on lave et on rince.

Et voici le résultat
Et voici le résultat

Ecoprint à Madagascar

L’effet est très délicat. Nous avons pratiqué l’ecoprint avec Monsieur Hilaire à Talata, Madagascar. Cette technique nécessite de la patience mais peu de moyens.

India Flint, la précurseur de cette méthode de teinture, raconte dans un de ses livres, qu’elle voyage partout avec sa casserole électrique et des échantillons de textiles naturels, qu’elle teste juste après sa récolte en se promenant dans les rues.

Malgré sa petite taille, la "fetapera" permet de chauffer des casseroles relativement grandes avec très peu de combustible, ici du charbon de bambou...
Malgré sa petite taille, la “fetapera” permet de chauffer des casseroles relativement grandes avec très peu de combustible, ici du charbon de bambou à Antananarivo (Madagascar)…

A Talata, nous n’avons utilisé qu’une grande casserole et un petit réchaud traditionnel malgache (fatapera), avec du charbon de bois. Ce petit réchaud est très économique à l’usage et est très léger, fait en tôle recyclée. Je n’ai pas pu résister, je m’en suis achetée un. Chaque pièce teinte est unique, comme chaque feuille l’est dans la nature. C’est la magie de l’ecoprint. Tout doit être testé. Que de surprises!

Premières écharpes de soie teinte en ecoprint à Talata
Premières écharpes de soie teinte en ecoprint à Talata

Certaines feuilles donnent des résultats plus intéressants que les pétales de fleurs. Mais on peut retenir les fleurs d’oeillets d’Inde et de Cosmos Sulfureus (orange), nous avons testés les autres cosmos roses qui infestent les champs, sans résultat. J’ai beaucoup aimé la finesse des aiguilles de pin australiens et les fougères. Les feuilles de rosier et d’eucalyptus ont beaucoup plus à M. Hilaire.

À la suite de cette expérience à Talata Madagascar, j’ai préparé une présentation détaillant tout ce que nous avons fait en presque 15 jours. Cette présentation est maintenant disponible en téléchargement sur ma boutique.

Atelier Ecoprint à La Chapelle Blanche Saint Martin – France

Après mon retour de Madagascar, j’ai rencontré à Loches, une tisserande qui a organisé une petite formation sur le thème de l’ecoprint avec 6 autres personnes à La Chapelle Blanche Saint Martin (Indre et Loire – France) à l’élevage de Chèvres Mohair et Atelier de Brigitte, le dimanche 27 août 2017. J’ai d’ailleurs préparé une autre présentation sur cette journée qui a été très intéressante.

Très joli effet obtenu avec de petites racines de garance
Très joli effet obtenu avec de petites racines de garance

Ecoprint à Andacollo – Chili

Puis en février 2018, je suis allée donner un cours privé à un couple, près de La Serena, à 400 km au Nord de Santiago du Chili, ou après avoir teint de nombreuses laines et rubans de laine cardées avec les plantes de la propriété, nous avons estampé une écharpe de soie malgache (de Monsieur Hilaire) en ecoprint. Le résultat a beaucoup plu.

Solange avec sa première écharpe de soie en ecoprint
Solange avec sa première écharpe de soie en ecoprint

J’attends des nouvelles de mon amie qui doit lancer prochainement sa marque de vêtements et accessoires en fibres naturelles…

Au Chili, j’ai tissé un chemin de table avec le métier Tissanova et préparé quelques écharpes en laine feutré que je vais teindre en ecoprint, prochainement.

Récemment, en novembre 2019, nous avons faits de nouveaux tests, sans mordants (l’alun avait disparu de la maison), nous avons utilisés les tanins des écorces de grenades comme mordant.

Ecoprint à Andacollo, bain d'écorces de grenades, un peu de cochenille, feuilles d'eucalyptus, de noyer, et d'avocats, sur soie de Monsieur Hilaire
Ecoprint à Andacollo, bain d’écorces de grenades, un peu de cochenille, feuilles d’eucalyptus, de noyer, d’avocats, un peu de lacq dye, sur soie de Monsieur Hilaire

Ecoprint à Cajamarca, Pérou

Lors de mon dernier voyage au Pérou, j’ai rencontré un couple d’artisans à Cajamarca et nous avons fait un petit essai, sur coton.

Segundo est tisserand sur métier à pédales, il perpétue les points traditionnels péruviens et il est aussi professeur de tissage et de teinture.

Qu’avons nous fait ?

J’ai acheté un morceau de toile de coton léger, nous l’avons découpé en bandes. Nous les avons fait bouillir avec de la lessive, pour enlever l’apprêt, vu qu’il s’agissait d’une toile neuve.

Toutes les toiles neuves sont impregnées de nombreuses substances, d’abord pour faciliter la filature et le tissage, puis pour une meilleure tenue du tissu et éventuellement pour imperméabiliser ou apporter d’autres propriétés… Ces apprêts chimiques rendent plus difficile la teinture. Le débouillissage est donc absolument nécessaire.

Puis, nous avons présenté les plantes (schinus molle, sauge, et une plante de couleur pourpre qui avait attiré l’attention de mon ami…). Ces plantes sont disponibles en pleine ville. Nous avons trempé certaines plantes dans un bain de sulfate de cuivre et d’autres dans un bain de pierre d’alun. Nous n’avions pas de sulfate de fer, ni de “soupe de clous“.

Essai d'ecoprint sur coton avec Segundo à Cajamarca - Pérou
Essai d’ecoprint sur coton avec Segundo à Cajamarca – Pérou

Nous avons fait les petits rouleaux d’ecoprint et les avons laissé tremper jusqu’au lendemain.

Alors, nous les avons fait bouillir dans une casserole en aluminium que mes amis utilisent pour teindre. Le lendemain, nous avons défait les rouleaux, enlevé les plantes et rincé les toiles.

On déroule les rouleaux
On déroule les rouleaux

Résultat

Le résultat n’a pas été merveilleux, mais on voyait tout de même les feuilles de schinus molle imprimées en jaune. Peut-être aurions-nous dû faire sécher les toiles avant de préparer les rouleaux? Ou bien laisser tremper une nuit avant de faire chauffer.

Je préfère, en général, utiliser les vieilles feuilles, parfois blessées, trouées, dévorées par les insectes ou les limaces. Elles auront certainement plus de tanins et manqueront moins à la plantes que les jeunes pousses gorgées de sève.

Comme toujours. la saison de récolte influence le résultat.

Le coton est toujours plus difficile à teindre que la soie ou la laine. Peut-être que la toile n’était pas 100% naturelle. Les toiles de fibres naturelles pures deviennent rares.

Ecoprint au Brésil

Je suis partie pour le Brésil à l’aventure, je n’ai donc pris que peu de bagages.

J’ai donc acheté des vêtements d’occasion en coton qui m’ont servi de matière première pour mes essais.

Préparation d'ecoprint très fleurie de mon amie Iafa au Brésil
Préparation d’ecoprint très fleurie de mon amie Iafa au Brésil

Mon amie Iafa était très tentée par les fleurs multicolores, il y en a de vraiment très belles et partout. Je l’ai laissée faire. Le résultat était un peu pâle et s’est malheureusement décoloré au bout d’à peine quelques jours, bien que le vêtement avait séché à l’ombre.

Ecoprint fleuri de Iafa, pratiquement tout a disparu lors du séchage, pourtant à l'ombre
Ecoprint fleuri de Iafa, pratiquement tout a disparu lors du séchage, pourtant à l’ombre

Nous avons testé l’eau de mer, l’eau de la rivière, enterré des rouleaux sous le sable humide, d’autres dans une serre improvisés qui attiraient l’attention d’Ureba, le vautour apprivoisé très joueur… Beaucoup d’expériences…

Nous avons travaillé avec des fibres végétales, vêtements de seconde main, en coton généralement. On pouvait donc considérer que les apprêts avaient dû avoir été éliminés lors des lavages précédents. Cela explique peut-être les résultats un peu décevants à côté des expériences sur soie.

Ce qui a donné les meilleurs résultats ont été les feuilles de goyavier, de framboisiers, de fougères…

Et les ecoprint sèchent...
Et les ecoprint sèchent…

Les grosses taches rosées proviennent de tranches d’une patate douce non comestible, mais médicinale, utilisée comme antifongique.

Tour du monde des teintures

Lors de mes prochains voyages, j’espère bien pouvoir avoir de nouvelles expériences avec cette technique. Je ne manquerai pas l’occasion de vous en parler. Cet article devrait donc être suivi régulièrement pour être au courant des nouveautés.

Elle reflète parfaitement la végétation locale dont elle révèle toute la richesse parfois cachée et s’adapte facilement, car elle ne nécessite que peu de matériel.

Chaque pièce est unique, comme chaque feuille, écorce, racine… ces végétaux ne peux pas être réutilisés.

Comme, vous avez pu le voir, cette technique ne nécessite que très peu de matériel. On peut la combiner avec des techniques de shibori. Elle est très versatile et permet de découvrir les couleurs que peut donner n’importe quelle plante.

Un vrai plaisir, un élément à développer dans mon Ikigai et peut-être dans le vôtre aussi.

Les mordants, cela ne mord pas!

/// Les mordants, cela ne mord pas ///
Article mis à jour le 27 janvier 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Préparation du mordançage à l'alun lors du premier atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentina
Préparation du mordançage à l’alun lors du premier atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentina

Que sont les mordants?

Les mordants sont des produits que l’on ajoute à la teinture, soit avant de teindre (prémordançage), pendant la teinture, ou après (postmordançage) pour assurer la solidité de la teinture.

En général, ce processus modifie la couleur. Cependant, il est souvent indispensable pour fixer la couleur en provocant des réactions chimiques qui unissent les colorants à la fibre.

Certaines plantes peuvent colorer sans teindre définitivement (betterave rouge, plantes à anthocyane…). Dans ce cas, les mordants ne sont d’aucun secours. Ces teintures peuvent servir en alimentaire ou en cosmétiques, mais certainement pas pour les textiles.

Au XVIIIème siècle, de nombreux chercheurs teinturiers et chimistes ont fait des recherches pour améliorer la solidité des teintures et innover en ce qui concerne les mordants. Ils ont préparé des nuanciers très détaillés avec des échantillons. Domique Cardon en parle dans ses livres.

Le prémordançage consiste à faire bouillir quelques heures les fibres avec le mordant pendant quelques heures, avant de les mettre dans le bain de teinture, si possible encore humides. Cette pratique permet d’attirer les fines particules de colorants naturels vers l’intérieur de la fibre où elles se fixe solidement.

Il ne faut pas oublier d’éviter les chocs thermiques pour les laines. Si l’eau vient à manquer dans la casserole lors du mordançage, il faut rajouter de l’eau chaude.

Découvrons les différents mordants

Les mordants sont des sels minéraux  :

    • alun de potassium
    • sulfate de fer
    • sulfate de cuivre
    • crème de tartre
    • oxalate de titane

D’abord l’alun

L’alun est un sulfate double d’aluminium et de potassium. Cela ressemble vaguement à  des cristaux de sel. Ce produit est très largement utilisé comme antifloculant dans la potabilisation de l’eau.

Il est connu comme désodorant, cepandant je ne le conseillerai pas pour cet usage, vu que l’aluminium semble être impliqué dans de nombreuses maladies. Il était anciennement utilisé au Chili par les militaires pour faire baisser l’ardeur sexuelle de leurs recrues.

Pourquoi mordancer?

Le mordançage à l’alun est incontournable car il fait apparaître beaucoup de tons jaunes qui sinon resteraient cachés ou très pâles. Il est indispensable pour la cochenille qui ne se maintiendrait pas sans cela.

Si la couleur obtenue n’est pas à notre goût, il est toujours temps de faire un post-mordançage, en ajoutant un peu de mordant ou un modificateur à la fin de la teinture. En teinture naturelle, rien n’est définitif.

Michel Garcia fait de nombreuses démonstrations des gammes de couleurs que l’on peut obtenir grâce aux mordants, en faisant varier leurs proportions, en les mélangeant. Ses DVD sont passionnants. Je ne touche pas de commissions, mais ils méritent vraiment que je les recommande.

Nous avons appliqué ces techniques lors d’un atelier que j’ai dirigé à  La Redonda, Santa Fe, Argentine.

Préparation des mordants dilués pour peindre
Préparation des mordants dilués pour peindre

 

Si la laine, la soie et les fibres protéiques ne donnent souvent pas l’impression que le mordançage soit nécessaire (au détriment de la solidité – c’est souvent très trompeur). Cependant, il devient absolument indispensable dans le cas des fibres cellulosiques qui attrapent beaucoup moins facilement les couleurs. Sauf cas des tanins qui agissent comme des mordants.

Précautions

J’insiste sur le fait qu’il ne faut surtout pas oublier de laver soigneusement les fibres avant le mordançage. En outre, il faut aussi débouillir les fibres végétales, en les faisant bouillir assez longuement avec du savon. Puis bien rincer.

Il s’agit d’éliminer les graisses d’ensimage utilisées lors de la filature et aussi les différents apprêts et charges appliqués lors du tissage et de la mise en forme industriels de la toile. Lors de ces étapes sont souvent appliqués des huiles, sucres, amidons, plâtres, craie, azurants… soit pour faciliter le tissage, soit pour donner la tenue à la toile, ou pour la blanchir. Si ces ajoûts ne sont pas éliminés, ils attireront les mordants et les teintures et ces derniers partiront au fur et à mesure des lavages.

Éliminer cette étape nuirait gravement à la qualité et à la solidité de la teinture.

Un peu d’histoire

L’alun naturel a été exploité depuis la très haute antiquité, notamment en Egypte où des gisements naturel de minerai d’alun étaient exploités en plein désert (Voir Dominique Cardon). Il semblerait que la recherche du maintien de l’accès aux sources de l’alun (situées à l’époque en Orient) ait été une des raisons économiques des grandes croisades. Par la suite, on a découvert des gisements dans une zone volcanique près de Naples, en Italie. Cet alun s’appelait “l’alun du Pape“.

Le fer

Nous avons trois solutions: une rapide, une plus économique et une plus difficile d’accès pour ceux qui connaissent leur terroir.

Sulfate de fer

Le sulfate de fer s’achète en quincaillerie ou en jardinerie. On l’utilise notamment contre les limaces et les mousses. Ce sont des cristaux vert clair.

On doit en utiliser très peu, en principe moins de 3% du poids des fibres.

Il s’utilise le plus souvent en post-mordançage. Il obscurcit très rapidement les couleurs en les faisant virer généralement vers les gris et les verts bronze ou olive. La cochenille passe du rose-rouge au violet, elle est très sensible au fer.

Si l’on travaille avec un récipient en fer, le mordançage se fera automatiquement.

Cependant, il faut rincer abondamment les fibres après mordançage au fer, car le fer rend les fibres rêches et les fragilise. De nombreux textiles historiques mordancés au fer posent des casse-têtes aux archéologues et aux restaurateurs.

Dans les recettes anciennes, on l’appelle “couperose verte” ou “vitriol vert“. C’était très utilisé dans les encres pour les manuscrits.

Soupe de clous

La Soupe de Clous est une alternative un peu plus douce. Il s’agit en fait d’acétate de fer.

C’est très simple, on fait tremper de la ferraille, de vieux clous, dans du vinaigre (acide acétique) dans un récipient non fermé. La reáction dégage des petites bulles d’hydrogène. Après quelques jours, on récupère le jus pour mordancer.

Seau de soupe de clous. lors d'un atelier à Santa Fe, Argentine
Seau de soupe de clous. lors d’un atelier à Santa Fe, Argentine

 

Je l’utilise souvent en ecoprint.

Autre solution, plus douce, mais sans doute plus difficile à trouver, utiliser des boues de sources en forêt qui combinent des sels de fer et des tanins provenant des déchets des arbres.

Ces boues sont encore couramment utilisées par les femmes qui filent la laine dans le sud du Chili. En Afrique, elles sont indispensables aux bogolans.

Certaines eaux naturellement chargées en fer modifieront aussi les teintes obtenues.

Le cuivre

Encore un sulfate, celui-ci est encore toléré en agriculture, même bio. C’est l’un des composants de la fameuse bouillie bordelaise.

Le sulfate de cuivre s’utilise aussi comme anti-algue pour les piscines et pour des traitement du bois.

On peut donc l’acheter en quincaillerie ou en jardinerie. Ce sont de très jolis cristaux bleu, qui perdent leur couleur quand on les dilue dans l’eau.

Comme tous les dérivés du cuivre, ce produit est toxique et de nombreux teinturiers ne veulent plus l’utiliser. D’ailleurs, selon mes expériences, il ne fonctionne pas toujours.

Si l’on travaille avec un récipient en cuivre, le mordançage se fera automatiquement.

C’est plutôt un modificateur, car il verdit les jaunes, les beiges et grise la cochenille.

Dans les vieilles recettes, il est appelé “couperose bleue” ou “vitriol bleu“.

L’oxalate de titane

C’est la grande nouveauté!

Je l’ai découvert en regardant le troisième DVD de Michel Garcia. Il permet d’obtenir de très beaux orangés avec les tanins.

J’ai récemment eu l’occasion de le tester, c’est vraiment très beau. J’en suis très contente. Je vous le recommande chaudement.

Mordants oxalate
Application d’oxalate de titane sur un écheveau de laine

La crème de tartre

La crème de tartre s’utilise en très petites quantités pour rectifier l’eau du bain qui peut être très calcaire (ce qui nuit à la teinture) et elle permet aussi d’empêcher l’alun de précipiter au fonds de la casserole et de cristaliser sur les fibres, ce qui les détériore.

La crème de tartre est inoffensive, elle était extraite des fonds de tonneaux de vin. Elle est actuellement utilisée en pâtisserie. Unie au bicarbonate, c’est l’un des composants de la levure chimique.

S’utilise en très petites quantités, en particulier pour la cochenille.

Mordants - Ajout de crème de tartre
Mordants – Ajout de crème de tartre dans un bain de cochenille
Mordants - Ajout de crème de tartre dans un  bain de cochenille - Résultat
Mordants – Ajout de crème de tartre dans un bain de cochenille – Résultat; le bain rouge crème de tartre – le bain violet sulfate de fer

Les mordants chimiques

Anciennement étaient abondamment utilisés aussi le bichromate de potassium, le chlorure d’étain, des sels d’arsenic, de plomb… Tous ces produits sont à bannir pour leur toxicité. D’ailleurs l’aluminium (de l’alun) et le cuivre ne sont pas sans danger. Le fer est à employer avec parcimonie car elle rend les fibres rêches et elles se dégradent avec le  temps.

Mordants naturels, mordant d’avenir

Les tanins

Ces mordants ne sont pas nécessaires avec les plantes qui contiennent des tanins, beaucoup de feuilles, d’écorces d’arbre, les fruits pas mûrs, les rumex, l’écorce de grenade, le brou de noix, les noix de galles, les pelures d’oignons…

Récemment, j’ai fait un test chez une amie, l’alun avait mystérieusement disparu, nous avons ramassé les écorces de grenades sous ses arbres et nous les avons utilisées comme source de tanins.

Mordants naturels tanins de grenades
Mordants naturels tanins de grenades

Plantes bioaccumulatrices

Il existe aussi des plantes à mordants, en général des plantes bioaccumulatrices qui récupèrent l’aluminium des sols: lycopodes (rare en Europe, lycopodium clavata, miconia argentea, qui poussent sur des sols acides), simplocos (feuilles), camélia (même le thé), le vinaigre de pommes est connu pour être plus chargé en aluminum… À Puerto Montt, j’ai souvent teint au vinaigre de pommes, résultat de “chicha“, cidre qui avait viré… J’avais ramené plusieurs bonbonnes de 5 litres d’une visite chez une amie à l’île Maillen.

Coucher de soleil à l'île Maillen
Coucher de soleil à l’île Maillen

 

Il faut bien sûr utiliser une plus grande proportion de ces plantes (en général parties égales) pour obtenir l’équivalent d’un mordançage à l’alun. Mais, la solidité de la teinture est bien meilleure.

Celestina Stramigioli mentionne dans ses livres l’utilisation des cendres de certaines plantes notamment des cactus. Elle décrit les techniques anciennes encore utilisées par des femmes de zones très rurales d’Argentine où l’alun est rare et cher. Il est à noter que l’opération a une importance telle, que ces femmes ont inventé un terme spécifique pour cette opération.

Dans de nombreux endroits, notamment dans le sud du Chili, beaucoup de teinturières utilisent encore régulièrement des sources de boues qui contiennent sans doute du fer et d’autres minéraux (c’est une zone volcanique et les volcans relachent de grandes quantités de minéraux, des plus nobles aux plus dangereux).

Les modificateurs

Outre les cendres, de nombreuses traditions populaires utilisent le vinaigre, le jus de citron (qui peuvent renforcer l’action des tanins ou éclaircir les couleurs), l’amoniac, le bicarbonate, la soude, mais aussi l’urine, à mon avis ce sont plutôt des modificateurs  et nous les avons testés, lors des deux ateliers à Santa Fe, Argentine, puis plus en détail, lors de la formation à Pica (Chili) où j’ai préparé une série de fiches qui m’ont été très utiles par la suite.