Teintes, quelles chimies?

/// Teintes, quelles chimies? /// Article en cours de rédaction
Nouvel article du 9 Février 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Histoire des gammes de teintes et des couleurs

Encore une fois, les teintes et les couleurs sont un des thèmes préférés de Michel Pastoureau. En effet, cet article lui doit beaucoup. Comme lui, je vais me centrer sur les palettes occidentales, celles que je connais le mieux pour le moment.

Cependant, je ferais tout de même une petite incursion dans les Andes et notamment au Pérou et au Nord du Chili que j’ai la chance de connaître un peu mieux.

Bien sûr, j’espère que mon prochain tour du monde textile et tinctoriale me permettra de combler les lacunes en ce qui concerne les autres continents. Prendre en compte leurs points de vue serait souhaitable, car ils ont certainement beaucoup à apporter dans ce domaine.

Donc, cet article est un complément des deux autres articles déjà publiés sur le thème de la couleur. Le sujet est suffisamment large pour permettre la rédaction de nombreux textes sans se répéter.

1 – Un peu d’histoire

A – Palette de couleurs de la préhistoire

Il ne reste malheureusement pas de traces de textiles de la préhistoire ancienne, tout laisse à supposer que la palette de base reprend les teintes des peintures des grottes de Lascaux, Chauvet, Altamira…

Certains détails dans les statuettes dites Vénus font penser à des représentations de textiles.

On a tout de même trouvé à Monte Verde, près de Puerto Montt des restes cordes de fibres végétales et un certain nombre de restes organiques très bien conservés de plus de 14.000 ans.

Il ne reste pas de traces des peintures corporelles. Cependant, elles ont dû apparaître très tôt. Elles sont souvent à base végétale, du genre roucou ou fruit immature de jenipap, comme le font encore aujourd’hui les Guaranis, au Brésil. C’est complètement biodégradable.

Teintes de bleus sur échantillons de toile de coton et fil de soie
Fruit de jenipap pas encore mûr, au Brésil, s'utilise comme tatouage non permanent
Teintes de bleus sur échantillons de toile de coton et fil de soie
Fruit de jenipap pas encore mûr, au Brésil, s’utilise comme tatouage non permanent
Fruits, feuilles et grains de roucou, 
autre teinture employé pour des tatouages non permanents, teintes de roux
Fruits, feuilles et grains de roucou,
autre teinture employé pour des tatouages non permanents, teintes de roux

Après ces teintures organiques, il nous reste donc les pigments des peintures rupestres.

Blancs

La craie et la chaux sont des pigments blancs faciles à trouver. Ils sont aussi mélangés à d’autres pigments…

Ocre jaune, ocre rouge, argiles

Généralement, les ocres et les argiles rouges sont faciles à trouver.

J’aurai du mal a faire mieux en paraphrasant Wikipedia, je préfère donc la citer:

Les ocres jaunes (PY43 dans le Colour Index) et rouges (PR102) sont des pigments importants de la palette des artistes de toutes les époques. Grâce à leur coût modique, elles sont les rares pigments naturels encore présents dans les nuanciers de peintures, même si les fabricants tendent à les remplacer par des oxydes de fer synthétiques (PY42 ou PR101), plus réguliers et couvrants.
Le chauffage des pigments permet également d’obtenir une grande variété de nuances. Ainsi, les
ocres jaunes après calcination à 700 °C se transforment en ocres rouges.
Comme le vin, les ocres possèdent leurs crus : les ocres jaunes peuvent être verdâtres ou orangées et donner des ocres rouges plus ou moins brunes et chaudes. Les qualités les plus claires sont aussi les plus transparentes.
La non-toxicité des ocres autorise leur emploi dans toutes sortes de techniques (
huile, aquarelle, acrylique, pastel, tempera, fresque). Elles sont compatibles avec tous les liants (graisses animales, huiles végétales, eau…) et les autres pigments.
Wikipedia

Ocre, près d'Okhra, ancienne usine de traitement de l'ocre, près d'Apt, sud de la France, les teintes d'ocre sont très variées
Ocre, près d’Okhra, ancienne usine de traitement de l’ocre, près d’Apt, sud de la France. Les teintes d’ocre sont très variées

Noir de charbon, suie

Ces produits sont bien sûr d’obtention facile et disponibles partout, comme déchets des activités domestiques. Ils jouissent d’une très grande stabilité dans le temps.

Couleur internationale des pétroglyphes

Ces couleurs sont donc celles de pratiquement tous les pétroglyphes.

Pétroglyphe à Mamiña, 120 km d'Iquique
Pétroglyphe à Mamiña, 120 km d’Iquique

Quand je vivais à Iquique, il y avait un peintre, professeur de peinture, qui peignait des toiles en coton en utilisant ces couleurs. Il peignait habituellement les pétroglyphes et les géoglyphes de la région.

Cet artiste emmenait ses élèves visiter les sites archéologiques tels que Cerro Pintado, Quipisca, Parca, Mamiña, Ariquilda, Tamentica, Huatacondo… Ils sont parfois difficiles d’accès.

Il s’appelait Gary, et quand je suis retournée à Iquique, je ne l’ai pas retrouvé, je ne sais pas ce qu’il est devenu.

Teintes des premières céramiques

Cette palette est aussi celle des premières céramiques.

Céramique précolombienne, Museo MALI, Lima, Pérou
Céramique précolombienne, Museo MALI, Lima, Pérou

J’avoue que je ne connais pas très bien l’histoire de la céramique, mais il me semble que les premiers bleus et verts sont arrivés plus tardivement. Les vrais rouges et les orangés sont encore plus difficiles à obtenir et nécessite une très bonne régulation de la température. La gamme des teintes s’est développée avec le verre et les émaux céramiques.

En céramique, verrerie et émaillage, les sels minéraux font apparaître leurs couleurs lors de la cuisson et peuvent varier selon si celle-ci se déroule dans une atmosphère avec ou sans oxygène, il y a là aussi une réaction Redox.

Si je ne me trompe pas, cela démarre déjà du côté de Sumer.

Petites remarques

  • Les couleurs que je viens de citer ne sont pas des colorants textiles, mais des pigments dont la texture est trop grossière pour se fixer durablement sur les fibres. La différence entre pigments et colorants est importante.
  • En peinture, les deux peuvent être utilisés, en teinture non.
  • Cependant, la suie est utilisée dans certaines teintures naturelles sur textiles en Amérique Latine. On me l’a mentionnée plusieurs fois, mais jamais utilisée seule.
  • La chaux, tout comme la cendre, le sel de cuisine et le bicarbonate peut être utilisée comme modificateur, notamment pour renforcer les jaunes. J’en parle plus en détails dans l’article sur les mordants.

La palette préhistorique

J’ai donc dessiné une petite infographie représentant la palette préhistorique selon Michel Pastoureau.

Mon interprétation de la palette préhistorique

B – Les teintes de l’antiquité

Dès le néolithique, la palette s’est très vite étendue.

Des tablettes sumériennes donnent des recettes complètes de teinture à la garance (mordant compris) et d’indigo. Elles indiquent même des solutions pour falsifier la pourpre du murex, couleur des plus luxueuses.

Si dans la réalité la gamme des teintes est déjà très large, dans le domaine du vocabulaire c’est beaucoup plus flou.

Persée et Andromède – Fresque de la maison de Castor et Pollux montrant une grande variété de teintes – Pompéi – Source Wikipedia

En effet, Michel Pastoureau explique très bien dans ses nombreux livres comment la bible s’est remplie de couleurs au fur et à mesure des traductions et avec le temps. Aussi bien l’Hébreu ancien que le Grec ancien ou le Latin sont avares en termes de couleurs. Ainsi, les quelques termes existants couvrent des gammes très amples et correspondent plutôt à des notions de luminosité ou de saturation.

Dans ses textes, il analyse longuement l’évolution des termes de couleurs. Ainsi, dans de nombreuses langues, les termes qui désignent le “rouge” se confond souvent avec “beau” ou avec “couleur“.

Isidore de Séville, grand encyclopédiste (560-637), qui parle des teintures, colorants, pigments et peintures se contente encore de la palette Blanc-Rouge-Noir.

Les teintes et couleurs, un domaine infini de recherches
Les teintes et couleurs, un domaine infini de recherches

On ne peut pas regarder le passé avec notre point de vue imprégné par les apports de Newton, toutes les dernières découvertes scientifiques et la lumière d’aujourd’hui.

Les goûts ont beaucoup changés.

Henri III au bal, quelles teintes!
Henri III au bal, quelles teintes! Source Wikicommons

La palette chromatique d’Aristote

Comme illustration, je viens de créer une nouvelle infographie montrant la palette d’Aristote.

Reconstitution de la palette aristotélicienne

Cette palette a régné Europe jusqu’à la Renaissance.

C – Les teintes des Andes

Les premiers textiles

Évidemment, les premiers textiles étaient de couleurs naturelles. D’abord, les animaux, les camélidés en particulier: vigognes, guanaco, lama, alpaga, étaient d’abord beiges et blanc comme les deux premières espèces sauvages.

Le lama et l’alpaga sont des espèces domestiquées et la variété de couleurs (très grande) est due à la sélection des éleveurs. Les industries de la laine de camélidés font un tri des toisons sur une gamme de 24 teintes. Ce tri s’opère manuellement.

Tri de la laine d'Alpaga par teintes chez Michel, leader de l'alpaga au Pérou
Tri de la laine d’Alpaga par teintes chez Michel, leader de l’alpaga au Pérou

Le blanchissement des troupeaux d’alpagas est donc, semble-t-il, un phénomène assez récent. Les alpagas bancs, sont très blancs et leur laine n’a pas besoin d’être blanchie comme celle des brebis.

Gaze Chancay en coton beige natif - Museo Amano - Lima - Pérou
Gaze Chancay en coton beige natif – Museo Amano – Lima – Pérou
Différentes teintes de coton natif - Museo Amano - Lima - Pérou
Différentes teintes de coton natif – Museo Amano – Lima – Pérou

Dans les musées, les textiles les plus anciens sont généralement beige. D’abord, la créativité est centrée sur les techniques de filature très originales. Puis apparaissent de fines rayures d’ornement sur les bords ou au centre.

Unku  - Museo Amano - Lima - Pérou
Unku – Museo Amano – Lima – Pérou

Des teintes très variées

Les nombreux textiles trouvés dans les tombes aussi bien dans le Nord du Chili qu’au Pérou, d’une qualité qui sort de l’ordinaire, dans des conditions de conservations remarquables, en sont la preuve.

Textile précolombien - Museo Amano - Lima - Pérou
Textile précolombien – Museo Amano – Lima – Pérou

Des teintes très saturées, lisses

Dans les Andes, on recherche des couleurs très saturées et lisse. Assez curieusement, on voit peu de blancs, sauf les gazes Chancay. Pourtant, ils avaient déjà sélectionné des cotons blancs et il devait bien y avoir déjà des camélidés blancs.

Les poils de camélidés sont plus lisses que la laine de brebis. Donc, ils reflètent plus la lumière. Cela signifie qu’il faut plus de matières tinctoriales pour la même teinte. Les Anciens remédiaient à ce problème en teignant des laines naturellement beiges ou grises.

Fragment de textile Paracas, teintes très vives - Museo Amano - Lima - Pérou
Fragment de textile Paracas, teintes très vives – Museo Amano – Lima – Pérou

Lors d’un atelier de teintures naturelles, à Mamiña, à 120 km d’Iquique, avec des amies Aymara et Quechua, nous avions obtenu un joli vert. En réalité, le schinus molle aurait dû nous donner un jaune soutenu. Mais la casserole était en fer et avait rouillé.

Nous avons là l’explication du ton vert. Cependant, la laine ne touchait pas toujours la paroi rouillée de la casserole, il en résulta une laine qui variait du vert clair au vert foncé.

J’étais très contente, mais mes amies étaient très déçues. Elles voulaient une laine de couleur unie.

Laines teintes avec du Schinus Molle, atelier avec l'association Kespi Kala à Mamiña - Nord du Chili
Laines teintes avec du Schinus Molle, atelier avec l’association Kespi Kala à Mamiña – Nord du Chili

Des techniques originales

Shibori, ikat, techniques de dessins double face inversée, tapisseries, gases…

Détail de toile teinte en shibori – Museo Amano – Lima – Pérou

D – Palette du Moyen-Âge

Teintes très vives et saturées

Durant longtemps, si les couleurs n’étaient pas assez saturées, elles étaient dites “affamées”, notamment pour le rouge.

Là, il suffit de regarder un tableau de Brueghel, on voit une grande variété de couleurs.

 La Prédication de Saint Jean-Baptiste (1566)  Pieter Brueghel l'Ancien
La Prédication de Saint Jean-Baptiste (1566) Pieter Brueghel l’Ancien – Source Wikipedia

La montée du bleu

Michel Pastoureau l’a décrit très bien dans ce livre. Il reprend différentes variantes d’un évangile apocryphe, contant une anecdote concernant un apprentissage raté de Jésus adolescent chez un teinturier, le résultat étant bien sûr un miracle.

Puis, dans les versions les plus anciennes, Jésus teint tout en bleu, ce qui est catastrophique, car le bleu n’était pas bien valorisé… Dans les versions ultérieurs, les copistes ont changé de couleur car maintenant le bleu est apprécié. Jésus teint alors tout en jaune, couleur de la discrimination…

Dans ce livre, Michel Pastoureau décrit l'évolution de l'appréciation de certaines teintes au cours de l'histoire
Dans ce livre, Michel Pastoureau décrit l’évolution de l’appréciation de certaines teintes au cours de l’histoire

Problèmes avec le vert et le noir

La teinture est aussi un fait de culture, avec ses interdiction…

Il y a donc des problèmes culturels de teinture en Occident pour le vert… En effet, la Bible n’aime pas les mélanges. Elle insiste à plusieurs reprise sur le fait qu’il ne faut pas mélanger le lin et la laine… Le concept s’étend au mélange des couleurs.

Le jaune et le bleu se teignaient chez différents teinturiers. Cela interdisait donc les doubles bains, dans le genre un pied de bleu avant une teinture en jaune pour obtenir une teinte de vert.

Ce problème n’existe pas dans le monde musulman, ni dans le monde andin, où on n’hésite pas à mélanger poils d’alpaga et coton.

Obtenir du noir est véritablement un problème technique. Presque tous les noirs tirent sur le brun, le bleu, le bordeau, le vert… Anciennement, teindre en noir, signifiait un bain de rouge, puis un bain d’indigo, un bain de tanins… et un petit bain de mordant de fer.

E – Newton et Goethe

Avant Newton, divers théoriciens de la peinture proposaient déjà de nouvelles palettes. Aucune n’a réussi à s’imposer.

La révolution du prisme

N’étant personnellement pas physicienne de formation, je me permets de vous renvoyer à cette page de Wikipedia, très documentée.

Voici donc le spectre visible complet, avec les différentes longueurs d’ondes.

Le spectre visible avec les raies de Fraunhofer. – Source Wikipedia

La palette de Goethe

Goethe a élargi considérablement la recherche de Newton en étudiant l’opposition lumière/obscurité. En opposition à la science pure et limitée de Newton, dont la théorie découle d’un cas particulier.

Il considère la couleur d’un point de vue plus global et sans doute aussi plus émotionnel avec une nouvelle théorie des couleurs chaudes et froides.

Michel Pastoureau explique qu’au Moyen-Âge, on considérait comme chaud le bleu et froid le rouge… Ce qui n’est pas forcément faux, car le bleu absorbe plus la lumière que le rouge.

Cependant, il reste très scientifique.

Ainsi il fit apparaître un spectre complémentaire. En outre, il est à l’origine du cercle harmonique des couleurs.

Je vous invite vivement à voir ce documentaire qui résume très bien la théorie de Goethe.


Cercle harmonique des couleurs, cependant Goethe place les teintes vertes à la base – Source Wkipedia

Cela évoluera vers la gamme Pantone, outils de base des designers actuels.

Gamme des teintes Pantone – Source Wikipedia

Ce système s’oppose à la quadrichromie photographique, mais il la complète parfois en imprimerie.

Comment on obtient toutes les teintes en quadrichromie? en les superposant
Comment on obtient toutes les teintes en quadrichromie? en les superposant – Source Wikipedia

C’est le principe qu’utilisent la majorité des imprimantes actuelles.

À écouter aussi en podcast, sur France Musique, une série de 4 émissions.

F – L’arrivée des teintes pastel et des rayures peu avant la révolution

Revenons aux teintures

Souvent, ces deux techniques se combinent.

Les découvertes techniques donnant un meilleur blanchissage permet de teindre en ton pastels, aussi plus économiques en quantité de matières tinctoriales.

Les rayures

Longtemps, les rayures étaient auparavant mal vues, toujours en vertu de l’idée d’éviter les mélanges. Les rayures étant assimilées à un mélange bariolé, elles servaient à discriminer.

Michel Pastoureau leur a consacré un livre.

Comment les `points de vue évoluent!
Comment les `points de vue évoluent!

Du point de vue aussi bien technique qu’économique, les rayures permettent de réduire les matières tinctoriales et/ou d’utiliser des restes de fibres déjà teintes, les tons pastels permettent en outre d’épuiser les bains de teinture. Ce n’est pas négligeable.

L’impression

Puis on passera à l’impression, soit au tampon en sérigraphie. Il s’agit là encore d’une économie, car la teinture couvre les fibres seulement en surface. En outre, cela permet de faire varier les motifs, en produisant plus rapidement.

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2 – Un peu de chimie des teintes

A – Chimie ancienne des couleurs

Les nombreuses fresques égyptiennes donne une idée de l’étendue de la gamme de couleurs de l’époque. La plupart des pigments utilisés étaient d’origine minérale.

Sur certaines fresques de Pompéi, l’utilisation de la garance a été démontrée. Le bleu Maya est obtenu à partir de l’indigo comme l’explique Michel Garcia dans un de ses DVD.

* Les teintes minérales

Les ocres

Les ocres jaune et rouge font partie des premiers pigments utilisés par l’homme. Ils sont faciles à trouver et à utiliser.

Dans son dernier livre “Jaune, histoire d’une couleur“, Michel Pastoureau commente, page 21: “Comment les peintre du Paléolithique ont-ils appris à transformer un élément terreux naturel – le minerai – en un produit pouvant servir à peindre – le pigment? De même, comment ont-ils eu l’idée de chauffer de l’ocre jaune pour obtenir de l’ocre rouge, voire de l’ocre brun? peut-on déjà parler d’une chimie des matières colorantes? de fait, différentes trouvailles ont prouvé que certains ocres jaunes étaient chauffés dans des creusets en pierre pour perdre leur eau et changer de couleur; quelques un de ces creusets nous ont été conservés et présentent encore des traces de couleur: du jaune, du rouge, du brun…”

Rouge de mercure

Le réalgar, le très toxique sulfure de mercure, par sa belle couleur, fut utilisé par de nombreuses civilisations, notamment dans l’ancien Mexique qui recouvrait les corps de leurs grands chefs.

Antimoine

Cet élément, était fort utilisé par les Égyptiens, en peinture bien sûr. Mais, aussi en maquillage, dans le khol.

Sels de cuivre

Vert de gris, oxydes de cuivre, carbonate de cuivre… Voici des sources de bleus et de verts, malheureusement assez instables…

Sels de plomb

La céruse, oxyde de plomb, blanc très courant en peinture, jusqu’à il y a peu. La céruse a aussi longtemps été utilisée en cosmétique.

Le plomb intervient aussi comme liant, adhésif et siccatif en peinture. Sa toxicité a provoqué de nombreux drames. L’industrie des peintures a eu beaucoup de mal à s’en passer. Paradoxalement, en trouve encore dans des cosmétiques, notamment des rouges à lèvres…

Arsenic

L’orpiment, pigment jaune or toxique très utilisé traditionnellement en peinture. L’arsenic intervient aussi dans certains verts.

D’autres sels minéraux dangereux ont aussi été utilisés. Les peintres sont les champions de l’usage de produits toxiques.

* Les teintes animales

Depuis l’Antiquité, les animaux ont été mis à contribution surtout dans le domaine de la teinture textile. Ce sont généralement des produits de luxe.

Pourpre de murex

Cette teinture provient des glandes hypobrachiales jaune de certains coquillages, escargots de mer. Le liquide de cette glande jaune vire au violet, au pourpre ou au bleu lorsqu’il est exposé à la lumière du soleil.

Des millions de crustacés ont été sacrifié seulement pour teindre les vêtements des élites méditerranéennes.

Chimiquement, c’est très proche de l’indigo, avec des propriétés photochimiques en plus.

Différentes teintes obtenue avec des coquillages à pourpre, à Okhra
Différentes teintes obtenue avec des coquillages à pourpre, à Okhra

Vermillon de kermes

Il s’agit d’un petit parasite, kermes vermilio qui attaque des espèces de chênes des pourtours méditerranéens, dont notamment, le chêne kermès Quercus Coccifera.

Maintenant ces arbres sont en voie d’extinction et le kermès encore plus rare. La collecte de ces insectes alimentait de nombreuses familles. Comme les cochenilles, il donnait de très beau rouges.

Cochenilles polonaise et arménienne

Avant la découverte du Nouveau Monde et l’arrivée de la cochenille du Mexique, ont utilisait deux autres sortes de cochenille: la polonaise et l’arménienne.

Cochenille polonaise

Cette cochenille parasite les racines d’un certain nombre de plantes. On l’appelle polonaise, car elle était importée de Pologne, mais sa zone de diffusion va depuis la France jusqu’à la Mongolie. Cependant, “elle ne vit que dans des lieux incultes: steppes, marais, zones inondables“. Comme l’explique Dominique Cardon, dans “Le monde des teintures naturelles“.

Livre de référence, j'y reviens régulièrement
Livre de référence, j’y reviens régulièrement

En outre, elle mentionne que la récolte de cette cochenille permettait de payer ses impôts en Allemagne, ce qui révèle son importance économique.

Cochenille arménienne

La cochenille arménienne est un peu plus grosse que la polonaise, ne vit qu’au pieds de deux plantes, dans des zones marécages, ces mêmes zones sont entrain de disparaître.

La femelle adulte est récoltée au moment où elle émerge du sol pour s’accoupler, très tôt le matin.

Cette cochenille, plus grosse, contient moins de colorant que la polonaise. Donc, elle était moins appréciée.

Autres cochenilles du Vieux Monde

Ensuite, Dominique Cardon mentionne une cochenille chinoise dite du Sophora, utilisée notamment dans le Cachemire et une cochenille égyptienne qui vit sur des graminées de Haute Égypte employée localement de même que le kermès.

Laque d’Inde et Laque de Birmanie

Il s’agit de petits parasites de la famille de la cochenille qui attaque un certain nombre d’arbres. Ces insectes bourrés d’acide carminique (colorant rouge) s’entourent d’une résine naturelle pour se protéger.

Cette résine est utilisée en alimentation et en pharmaceutique sous le code E904. C’est un plastique naturel et il a beaucoup d’application dans le domaine des vernis, dans la fabrication de la cire à cacheter…

Le nettoyage de la gomme laque libère donc l’acide carminique tinctoriale.

* Les couleurs végétales

Les basiques grand teint

Garance (Rubia Tinctoria)

Rubiacée, dont on utilise les racines après 5 ans de culture, depuis l’antiquité pour teindre en rouge. Cette plante a été cultivée sur de très grandes surfaces en Europe pour la teinture en rouge écarlate. Il y a d’autres rubiacées qui teignent en rouge.

Rubia Tinctoria, ses racines nous donne de jolies teintes de rouges, orangés, saumon...
Rubia Tinctoria, ses racines nous donne de jolies teintes de rouges, orangés, saumon…

Pastel ou guède

Brassicassée, Isatis Tinctoria, on extrait de l’indigo de ses feuilles, récoltées à plusieurs reprises. Plante cultivée depuis l’Antiquité. Les feuilles sont mises à fermenter, ce qui libère l’indigo lors d’une réaction Redox.

Les Gaulois et les Celtes en général maîtrisaient très bien cette technique. Ils l’utilisaient comme peinture corporelle comme l’indique Jules César dans son livre sur la Guerre des Gaules.

Isatis Tinctoria – Plante à teintes de bleus – Soure Wikipedia

Gaude

Reseda Luteola, jolie plante à fleur jaune, préférée parmi tous les jaunes que nous offre la nature, et ils sont nombreux. Anciennement cultivée, maintenant elle est assez rare. En teinture, on emploie la plante entière.

Réséda jaunâtre
Réséda des teinturiers
Réséda jaunâtre
Réséda des teinturiers – Source Wikipedia

Tanins

Grande famille de colorants naturels présents dans une grande quantité de végétaux. Je leur ai déjà consacré un article.

Grand teint et petit teint

Ce sont les principales plantes grand teint autorisées par les strictes normes de Colbert qui régissent strictement les conditions de teintures pour une qualité maximale.

Les teintures de luxe de petit teint

Orseille

Il s’agit d’une série de lichens que l’on faisait fermenter dans de l’urine et qui donne des roses, des mauves, jolis mais peu solides. On peut remplacer l’urine par de l’ammoniaque.

Safran, carthame

La célèbre et très coûteuse épice aussi teint en jaune. En Chine, c’était la couleur de l’Empereur. Toute sa papeterie était teinte en jaune de safran.

Le carthame est une plante dont les graines donne une huile très intéressante. Les pétales donnent deux types de colorants, des jaunes que l’on élimine habituellement en les lavant en les malaxant vigoureusement. Ce qui reste est traité avec du jus de citron et l’on obtient une teinture rose vif, très belle mais peu solide à la lumière.

Plante qui donne des teintes  roses - Représentation du Carthame des teinturiers dans l'ouvrage  Deutschlands Flora in Abbildungen, 1796
Plante qui donne des teintes roses – Représentation du Carthame des teinturiers dans l’ouvrage Deutschlands Flora in Abbildungen, 1796. – Source Wikipedia

B – Les nouvelles matières tinctoriales

Avec le développement des voyages en Asie et la découverte du Nouveau Monde, apparaissent de nouvelles matières tinctoriales. Une première disruption dans le monde de la teinture et nous assistons aux premières délocalisations des cultures de plantes à teindre et à l’extension de la culture du coton, favorisées par le développement de l’esclavage.

Les bois jaunes, les bois rouges

On va importer des Indes et du Brésil de nombreux bois jaunes, tels que le fustet, le bois de Brasil, bois de Permambouc… Il ne seront pas admis en grand teint, mais pourront être employés en nuançage.

La cochenille du Nopal

Quand les Espagnol arrivent au Mexique et plus tard au Pérou, il sont surpris par la qualité et les couleurs des textiles des Indigènes.

Alors, ils découvrirent la cochenille que les Indigènes élevaient sur les figuiers de Barbarie. Elle est mieux concentrée en acide carminique.

Ils en importèrent des quantités phénoménales, bouleversant toute l’économie de l’Europe.

Indigofera

Les différents Indigofera qui poussent sous les Tropiques contiennent beaucoup plus d’indigo que le Pastel ou Guède qui avaient fait la fortune du Pays de Cocagne.

Cette culture provoquera même une guerre au Bengladesh.

Le bois de Campêche

Ce bois rouge, est broyé en équilles, il est capable de teindre en bleu, en violet en mordançant au fer et en noir. Un vrai noir quand on le mordance au bichromate de potassium… Il permettra la grande mode du noir.

Les mordants

Plus besoin d’aller faire des Croisades pour réouvrir l’accès aux mines d’alun. On découvre un gisement près de Naples, ce sera l’Alun du Pape.

C – Chimie moderne des couleurs

Juste au moment où les recherches aboutissaient sur de nouvelles technique, la chimie de synthèse provoque une nouvelle disruption…

Jusqu’à la découverte de la mauvéine par William Henry Perkin en 1856, toutes les teintures faisaient appel à la chimie verte (sauf quelques mordants toxiques).

La chimie grise se donne des couleurs

À partir de 1856, se développe toute une gamme de couleurs de synthèse qui remplaceront très rapidement les couleurs cultivées.

Voilà que cette disruption provoque des bouleversements un peu partout dans le monde dont l’importance augmente avec l’industrialisation.

  • Par exemple, dès 1900, l’Allemagne qui était grosse importatrice de teintures naturelles devient exportatrice avec ce qui deviendra Bayer.

Une gamme théoriquement complète

En théorie, la gamme est complète.

Mais les couleurs peaux, sont très difficiles à obtenir. Nos fournisseurs ne proposent pas de mélange tout fait. Au local d’Angel, on m’en demande très régulièrement, pour les visages des poupées en feutre. Évidemment, j’ai trouvé une solution, mais, j’ai dû avoir recours à une astuce pour obtenir ce genre de teinte.

C’est tout de même curieux, quand on va voir les immenses hangars pleins de cônes de laines industrielles à La Ligua, ou si l’on va directement chez des grands distributeurs comme Ukryl, à Santiago, il manque toujours des couleurs- Ce sont celles qui ne sont pas supposées être à la mode.

Une fois, je cherchais des tons saumons, abricots… C’était introuvable. La seule qui avait quelque chose d’approchant était une vieille qui gardait des stocks d’invendus…

Un peu de poudre et puis voilà

C’est devenu trop facile. Plus besoin de récolter des plantes, de les faire tremper, toute la casserole peut être remplie de laine.

Malheureusement, c’est tellement facile, que le travail est souvent mal fait. On ne lave pas avant de teindre… Résultat: les couleurs sont fragiles et partent polluer la nature au premier lavage.

Certaines couleurs, en particulier les jaunes se mélangent mal dans le bain. Elles ne se fixent donc pas bien sur les fibres et partent tout de suite à l’égoût.

Des teintes qui varient

Ces poudres miraculeuses permettent d’être très créatifs. On peut mélanger plusieurs couleurs dans une même casserole, obtenir des variations de teinte tout le long du fil… ou simplement de petites taches parsemées… J’avoue que j’ai pris beaucoup de plaisir à teindre ainsi pour Angel. Je m’efforce de faire varier les effets de teintes.

En effet, les possibilités sont infinies et ne dépendent que du temps à y consacrer et de la quantité de matières premières.

Au contraire, cela peut provoquer une certaine standardisation, quand on s’en tient aux teintes des gammes des fournisseurs et on retrouvent les mêmes couleurs tout au long du pays. Les femmes qui filent se spécialisent dans certaines couleurs qu’elles réussissent bien et se copient.

Et les fluos

En teinture textile, je n’en ai pas trouvé chez mes fournisseurs, rose un rose très vif.

En revanche, pour les industriels, de nombreuses fibres synthétiques, sont teintes dans la masse dans ces teintes fluos. Les étals des marchands de laines dans la banlieue haute de La Paz, appelée El Alto (Bolivie) sont impressionnants. Je n’ai malheureusement pas pris de photographie. Dans les alentours du célèbre marché de 16 de Julio, ils empilent les cônes en arc-en-ciel fluos, couleurs très appréciées dans le monde andin.

Mais en encre de sublimation et de sérigraphie, il y a une assez grande variété.

N’oublions pas la toxicité

  • Nous avons affaire à des poudres, on en respire souvent quand on les manipulent.
  • Elles ont été étudiées spécialement pour se fixer sur les protéines, et notre corps en contient beaucoup…
  • Les teintures chimiques contiennent souvent du chrome, du cadmium… ou d’autres éléments dangereux pour la santé.

Plus de pétrole, plus de couleurs

Enfin, toutes ces couleurs chimiques sont des dérivés du pétrole. La prochaine pénurie de pétrole nous obligera à un retour à la chimie verte.

D – Teintes d’avenir?

Le retour de la chimie verte

Un fait est certain, c’est que tous les poisons, même les plus violent que produisent les plantes, les champignons et les animaux sont tous biodégradables. Voilà la magie de la chimie verte.

Les séminaires internationaux tels que ISEN-WEFT, IFND, IFPECO, auxquels j’ai assisté tentent justement de promouvoir la recherche dans ce domaine. J’attends avec impatience le prochain.

Il est à noter que ces symposium n’intéressent pas que des artistes, des designers ou des archéologues… De très grosses entreprises gourmandes en matières tinctoriales s’intéressent depuis longtemps à un retour à une chimie verte, pour proposer des produits verts…

Teindre avec des déchets végétaux

N’oublions pas que nous pouvons teindre avec des déchets végétaux, des plantes invasives, puis encore les recycler après la teinture ou l’extraction des colorants en compost ou biogaz…

Nouveaux mordants

Dans le DVD 3 de Michel Garcia, il parle de mordancer avec de l’oxalate de titane. Avec les tanins, cela donne des oranges vifs.

Ecoprint avec un peu d'oxalate de titane, qui fait apparaître des teintes orangées
Ecoprint avec un peu d’oxalate de titane, qui fait apparaître des teintes orangées

Sans mordants

Les mordants peuvent être considérés comme une source de pollution et souvent comme un coût supplémentaire prohibitif dans beaucoup d’endroit. Leur élimination doit être une direction de recherche non négligeable.

Il faut apprendre à tirer profit des tanins et des plantes bio-accumulatrices.

Ces tendances nouvelles sont en fin de compte un retour à des pratiques ancestrales.

Ecoprint

Cette technique récente développée par India Flint, permet d’obtenir des empreintes de plantes qui révèlent ainsi leurs teintes cachées et font apparaître des textures insoupçonnées.

Économique et écologique, cette technique permet de recycler des vêtements usagés.

Ecoprint sur soie à Talata, Madagascar, pas encore tout dépouillé de ses feuilles

Les couleurs fongiques

Depuis quelques années, les teintures à base de champignons sont très à la mode, notamment aux États-Unis.

En français, Dominique Cardon en parle assez longuement dans ces livres et Marie Marquet vient de leur consacrer aussi un livre.

Teintes fongiques. Marie Marquet en présente dans ce livre tout l'arc-en-ciel
Teintes fongiques. Marie Marquet en présente dans ce livre tout l’arc-en-ciel

Souvent, ces champignons ne sont pas cultivés parce qu’ils appartiennent à la catégorie des toxiques.

Cependant, l’arc-en-ciel complet peut être obtenir à partir de champignons et lichens. Car, il ne faudrait pas abuser de la récolte de ces derniers, ils sont lents à pousser. En outre, ils souffrent beaucoup de la sécheresse, du changement climatique et de la pollution.

Les couleurs bactériennes

Très récemment, j’ai suivi un Mooc sur la mode circulaire, de l’Université de Wageningen aux Pays-Bas (Edx). Il mentionnait une société qui avait développé des teintures bactériennes. Je suis allée voir leur site, on y voyait de nombreux textiles innovants, des gammes complètes de teintures naturelles, mais pratiquement rien à ce sujet précis.

Cependant, par hasard en visitant un groupe sur le nettoyage par fermentation des laines sur Facebook, j’ai vu une communication d’une Américaine qui était très choquée d’avoir vu sa toison de luxe qui avait viré au rose vif, une bactérie non désirée avait développé cette teinte surprenante.

Lorsque j’ai assisté à une conférence où les étudiants de l’Université Catholique de Santiago du Chili présentaient leurs travaux… une des étudiantes m’avait posé la question de teindre avec des bactéries. Il y a donc un intérêt pour la question.

C’est un sujet d’avenir à développer.

Conclusion

Cette chimie verte à un grand avenir dans différents domaines: peintures, teintures, cosmétiques, aliments…

Même dans la construction, il y a un regain d’intérêt pour les enduits et peintures naturelles.

Hélas, cet article touche à sa fin. Je vais certainement le compléter dans un futur proche. Parce que je n’ai pas encore épuisé le sujet, j’y reviendrai prochainement.

Je tiens à rappeler que je ne touche aucune commission sur les livres ou autres produits mentionnés ou conseillé. Ce site n’est pas monétarisé.

Video et Documentaires Textiles

On peut apprendre beaucoup en regardant des video. Cet article sera donc alimenté régulièrement.

Après mes indications bibliographiques, je vais donc réunir dans cette page des directions de video et documentaires textiles avec leur liens, au fur et à mesure de mes découvertes…

J’attends vos propositions de lien pour enrichir cet article.

En attendant que je crée, mes propres video (il faut que j’apprenne encore cela…), je vous invite à visiter ce que j’ai découvert lors de mes recherches sur internet et pendant mes voyages…

Video sur les textiles

Le Musée d’Arts Précolombiens de Santiago du Chili présente de nombreuses voici le lien.

Je viens de découvrir une video sur les tissages de crins de cheval.

Je viens de découvrir une conférence gesticulée sur le textile.

Video sur les métiers à tisser

Video sur la filature

Il y a beaucoup de manière de filer et beaucoup de matières premières.

Je viens d’en découvrir une nouvelle bien originale.

Les orties

Voici deux videos en anglais sur la préparation et la filature des orties. Cela donne envie d’essayer.

Video sur la couleur

Podcasts de France Culture, janvier 2013.

Concernant la théorie de la couleur et Goethe, un autre reportage d’Arte: https://www.youtube.com/watch?v=ARkldz8Im2w

Cinq émissions sur les couleurs avec Michel Pastoureau.

Video sur la teinture

Dominique Cardon

Voici la dernière video que je viens de trouver et une autre plus ancienne, en français.

Michel Garcia

Michel Garcia a été un de mes premiers maîtres en teinture avec Dominique Cardon dont j’ai lu et relu tous les livres. Je vous invite à visiter son site.

Il a publié plusieurs DVD techniques très instructifs, disponibles sur son site ou chez Couleur Garance.

Voici une court film, ancienne, où il présentent les plantes tinctoriales, à Lauris

Il y en avaient trois, et il vient de publier la quatrième video: “Natural Dye Workshop IV: Beyond Mordants Indigo and Direct Application of Dye”

Je l’attends avec impatience.

Je viens de le recevoir, ce sont près de 4 heures de concentré d’informations.

Je viens de prendre le temps de le voir, il est vraiment passionnant. Rien que de la teinture sans mordants chimiques, et vraiment beaucoup d’informations et de réflexions.

Couleur Garance

Une autre video, plus récente sur Couleur Garance.

Shibori

J’ai plusieurs video sur le shibori qui est une technique de teinture avec réserves, aussi appelée tye-dye, utilisant des amarres.

Yoshiko Iwamoto Wada

Il s’agit d’une grande spécialiste japonaise des textiles. Elle organise des ateliers et des voyages sur les thèmes textiles. Elle a écrit de nombreux livres et produit des DVD

shop.slowfiberstudios.com

Américaine

Ikat

J’ai aussi une video sur la pratique rituelle de l’ikat à Rumah Gary à Borneo.

Video sur les voyages

Ady Gasy

Ady Gasy de Lova Nantenaina est le premier film que je vous recommanderai dans cette section. Je l’ai vu la première fois lors de l’IFPECO à Madagascar. C’est impressionnant et très instructif…

Vous pouvez vous le procurer chez Laterit Production.

Ady Gasy, une video à voir absoolument
Ady Gasy, une video à voir absolument

Video sur les plantes

Je pense d’abord à la série de Jean Marie Pelt sur la grande aventure des plantes. Jean Marie Pelt est aussi l’auteur de nombreux livres passionnants.

Je recommanderai aussi les conférences et video de:

  • Hervé Coves, il vous fait apprécier les ravageurs.
  • Georges Oxley, comestibles sauvages…
  • Francis Hallé, les arbres vus sous toutes leurs dimensions…
  • Gérard Ducerf, ses livres sur les plantes bioindicatrices valent vraiment leur prix (voir chez Promonature qui diffuse aussi bien d’autres livres)
  • Claude et Lydia Bourguignon, les sols vivants
  • Gilles Clément, de nombreux livres très poétiques
  • Konrad Schreiber,
  • Maurice Chaudière, sculpteur, greffeur, apiculteur et auteur du livre “Le goût du sauvage” avec Ruth Stegassy,
  • Marc André Selosse, j’ai lu son livre “Jamais seul“, on y apprend beaucoup de choses sur le microbiote… Je viens aussi de le second sur les tannins, vraiment très intéressant, et maintenant des conférences.
Livre de MMarc-André Selosse sur les tanins
Livre de Marc-André Selosse sur les tanins

Chacun a des points de vue différents, qui se complètent souvent…

Video d’archéologie

Video de philosophie

Bernard Stiegler

Miguel Benasayag

Chaînes youtube

Thinkerview

Passeurs d’histoire d’histoire de vie

Un site plein de surprises

Podcasts

France Culture

J’écoute souvent France Culture avec un peu de retard, en podcast, mais c’est généralement très intéressant.

Autres video

Conférence gesticulée inclassable, Laurent Rigaud

Depuis quelques temps, je reçois des video du Corning Glass Museum, c’est très beau de voir comment les artistes du verre confectionnent des pièces artistiques. Travail en équipe et beaucoup de matériel à disposition, très professionnel. Malheureusement en anglais.

Quelqu’un des Crapauds Fous m’a donné le lien suivant, mérite d’être vu et médité.

A la suite d’une remarquable conférence gesticulée de Bernard Friot, j’ai découvert les stages de langue de bois.

Matières premières, que choisir?

/// Matières premières /// Article mis à jour le 31 août 2019
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Matières premières: fibres végétales, animales, artificielles, synthétiques?

Tout bon livre de teinture naturelle (il en est de même pour les teintures chimiques) commence par une description des fibres. Cela est d’une très grande importance, de cela dépend le type de mordant et bien souvent le résultat.

Oui, je sais, je vous ai déjà parlé des matières premières. Je ne vais pas radoter, mais c’est un thème important et j’ai de nouvelles informations à vous apporter. Ainsi, je vous invite à relire le précédent article.

Les matières premières à la loupe

Ou mieux encore, au microscope. J’en rêvais depuis longtemps…

Une des meilleures méthodes pour déterminer à quel type de fibre on a affaire, est de l’étudier au microscope.

Et je vais sortir mon microscope

Un étudiant doctorant, Fernan, est venu avec des amis de Santiago au local Rincón de Angel et nous avons beaucoup parlé de teintures, eux les utilisaient pour leurs préparations au microscope.

Ils auraient préféré utiliser des teintures naturelles pour cela. Je leur ai donné un peu de cochenille pour qu’ils fassent des essais. Très peu leur suffisait…

Le retour de Fernan

Quelques mois plus tard, Fernan est revenu avec 20 étudiants de son laboratoire. Et ils m’avaient apporté un microscope qui se branche sur l’ordinateur.

Voici le fameux microscope
Voici le fameux microscope

C’est un bon outil pour analyser rapidement des matières premières. Les fibres se distinguent par leur forme, la présence d’écailles… Tout cela influe sur la teinture.

On peut aussi voir si la laine est propre ou contient encore de la graisse. C’est très important pour la solidité de la teinture qui préfère s’allier à la graisse qu’à la fibre et aura tendance à s’en aller avec la graisse au lavage.

Je vais donc le brancher pour continuer l’article

Depuis que je l’ai, il a voyagé avc moi, au Pérou, au Brésil, et maintenant en France, il va certainement m’accompagner lors de mon tour du monde pour analyser toutes les fibres que je rencontrerai sur mon chemin.

Le voici branché il faut bien installer l’éclairage et le régler…

Microscope installé, près à visionner différentes matières premières
Microscope installé, près à visionner différentes matières premières

Nous allons voir de belles matières premières

Je vais réunir les fibres que j’ai sous la main pour vous les montrer sous un autre jour.

Petit sac de restes de fibres, à vérifier au microscope
Petit sac de restes de fibres, à vérifier au microscope

Laines

Chez mon ami Angel, il y en a une grande variété.

Laine de mouton vue au microscope, on voit les petites écailles
Laine de mouton vue au microscope, on voit les petites écailles

Alpaga

Je vais vous montrer ce que j’ai tondu à Concon en 2017.

Fibres d'alpaga vues au microscope
Fibres d’alpaga vues au microscope

Vigogne

J’en ai trouvé en Bolivie. C’est rare et très cher.

Fibres de vigogne, c'est vraiment beaucoup plus fin...
Fibres de vigogne, c’est vraiment beaucoup plus fin…

Coton natif péruvien

Eh oui, le coton n’a pas toujours été blanc, et celui a bien failli disparaître. Heureusement, il y a des artisans qui le sèment encore, notamment dans la région de Chiclayo (Nord du Pérou).

Il est brut de récolte, ces fils semblent plats.

Fibres de coton natif péruvien
Fibres de coton natif péruvien

Soie de Madagascar

J’en ai ramené de chez mon ami Hilaire, quand je suis allée à l’IFPECO de Madagascar. Il m’en reste un peu.

Soie de Madagascar non décreusée
Soie de Madagascar non décreusée

J’ai aussi décreusé un peu de cette soie, nous allons aussi l’étudier.

Soie décreusée
Soie décreusée

Autres soies

Voici la soie du Laos qu’utilise mon amie à l’Atelier de Joëlle…

Soie du Laos, fiilée industriellement, teinture chimique
Soie du Laos, fiilée industriellement, teinture chimique

Paille à chapeau, d’Equateur

J’en ai ramené un peu de Ciudad Eten, près de Chiclayo, où ils ont la spécialité de tisser des chapeaux… Les femmes tressent leurs chapeaux, chez elles. On les voit depuis la porte ou la fenêtre ouverte…

Paille utilisée dans les chapeaux tissés au Nord du Pérou, elle  provient d'Equateur, tout proche
Paille utilisée dans les chapeaux tissés au Nord du Pérou, elle provient d’Equateur, tout proche

Cheveux humains

Je vais en profiter pour examiner mes cheveux, pourquoi pas. C’est très instructif.

Mes cheveux
Mes cheveux

Crin de queue de cheval (noir)

Quand je suis allée tondre les alpagas à Concon, on m’a donné une queue de cheval. Nous allons donc étudier ces crins.

Crin de cheval, c'est vraiment très gros au microscope
Crin de cheval, c’est vraiment très gros au microscope

Chanvre

Ma voisine récupère auprès du facteur les liens des paquets de courrier. Il paraît que c’est du chanvre.

Chanvre
Chanvre

Lin

Je n’ai pas retrouvé de fibre de lin. Quand j’en aurai je remettrai à jour cet article.

Orties et ramies

Les orties et la ramie (sous-espèce d’ortie non urticante) sont aussi des fibres intéressantes, mais je n’en ai malheureusement pas d’échantillon.

Fibres de bananier

J’ai ramené un peu de fibres de bananiers de Madagascar, cet échantillon a été teint à la cochenille.

Fibres de bananier
Fibres de bananier

Sisal

Celui-ci provient aussi de Madagascar, il a été légèrement teint à l’indigo.

Sisal de Madagascar
Sisal de Madagascar

Rafia

J’ai aussi ramené un peu de rafia de Madagascar, qui en produit beaucoup. Celui-ci a été teint à la cochenille. Naturel, il et moins blanc que la paille à chapeau équatorienne.

Rafia, teint à la cochenille
Rafia, teint à la cochenille

Plume

Je viens de trouver uune plume dans la toison d’alpaga que j’allais préparer pour la filer… Nous allons l’étudier.

Plume, duvet
Plume, duvet

Fibres de bambou

Je n’en ai pas. Il s’agit en fait d’une viscose de bambou, avec tout le brillant de la viscose et tous ces défauts. La viscose est une fibre très flateuse, qui se teint généralement très bien.

N’importe quelle cellulose convient pour la fabriquer. Pratiquement toute biomasse végétale doit pouvoir servir à sa fabrication. Il s’agit donc d’une fibre artificielle.

Le problème est que le mode de fabrication, en général à base d’acétone ou d’autres solvants organiques, produit beaucoup de COV (composés organiques volatiles) et autres déchets qui ne sont pas franchement aimables avec le milieu ambiant.

La viscose est aussi très inflammable. Les retardateurs de combustion sont par ailleurs très toxiques.

Les fibres qui me manquent…

Liber de tilleul et de bouleau, qui furent longtemps utilisés, notamment au moyen-âge.

Lapin et chèvre angora, yack…

Synthétiques et artificielles

Il faut bien voir ce qui nous envahit…

Laine fantaisie, fibres synthéques
Laine fantaisie, fibres synthéques

Visite à leur laboratoire

Quelques temps plus tard, avant de repartir en voyage, je passe quelques jours à Santiago. Et Fernan m’invite à une conférence de ses étudiants à leur campus Lo Contador, Faculté d’Architecture – Université Catholique à Santiago du Chili.

C’était très intéressant. Il y avait là un FabLab, je n’ai seulement pu le voir que par une grande baie vitrée, il y avait beaucoup de machines.

Nouveaux Projets avec Fernan

Voici des nouvelles fraîches. Je viens de reprendre contact avec Fernan qui me propose plusieurs projets concernant l’amélioration de ce microscope et sa diffusion en open source et low cost.

Il l’utilisait pour l’étude des levures et veut l’adapter mieux à l’étude des matières premières textiles.

C’est vraiment une bonne nouvelle!

Connaître 5 choses

/// Connaître 5 choses ///
J’ai mis à jour cet article le 29 janvier 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

5 choses à savoir pour teindre naturellement

Il y a beaucoup à connaître pour bien teindre avec les plantes, mais n’ayez pas peur, il y a seulement quelques règles à suivre. Ensuite, il faut tester, essayer, réfléchir sur les résultats.

Les anciens teinturiers élaboraient des nuanciers très précis, comme celui que commente Dominique Cardon dans son livre.

Livre de Dominique Cardon commentant un cahier d'échantillons d'un teinturier peu avant la Révolution Française
Livre de Dominique Cardon commentant un cahier d’échantillons d’un teinturier peu avant la Révolution Française

Au Moyen âge, en Europe, comme l’explique Michel Pastoureau, les teinturiers étaient très spécialisés en une ou au grand maximum deux couleurs.

1. Connaître les fibres

Premièrement, il faut se donner la peine de connaître les fibres, sous peine de gaspiller de l’énergie et de la matière tinctoriale inutilement. C’est anti-économique et anti-écologique. Encore une histoire de chimie…

En effet, toutes les fibres n’ont pas la même affinité pour les teintures et cela un problème ancien, les Européens ont longtemps espionné en Orient pour obtenir le rouge d’Andrinople sur coton…

Et maintenant, avec toutes les fibres et artificielles et synthétiques, le problème s’est complexifié, il est parfois difficile de savoir la composition d’une fibre et si celle-ci va pouvoir se teindre. Il ne reste plus qu’à faire des tests.

Le lavage

Il faut aussi se donner la peine de bien laver les fibres pour bien les dégraisser. En effet, pour la filature industrielle, on pratique ce qui s’appelle l’ensimage. Cette opération consiste à pulvériser des huiles sur les fibres, sinon elles s’accrocheraient dans les machines et les bloqueraient.

Ce traitement s’applique à tous les types de fibres.

Il faut donc éliminer ces huiles d’ensimage (pour certains laines bas de gamme, il s’agit de parafine, ce qui pas très sain), sinon on teindrait les huiles et la teinture s’en irait au lavage. C’est aussi ce qui arrive à ceux qui dégraissent mal leurs laine de mouton avant de teindre.

Cependant, pour la filature artisanale, il est beaucoup plus agréable de filer la laine sale (avec sa précieuse lanoline) et de la dégraisser une fois filée.

Que  faire?

Il faut faire bouillir les fibres, sans choc thermique, avec du savon neutre. Ne pas oublier de laisser refroidir avant rinçage. Puis, on peut mordancer et teindre.

Les différentes fibres ont leur texture particulière qui peut s’apprécier au microscope et explique les raisons pour lesquelles elles sont ou moins faciles à teindre. Ces structures microscopiques interviennent lors de la teinture en complément de la composition chimique de la fibre.

Tests de reconnaissance

Il existe de nombreux tests pour reconnaître les fibres, peut-être dans un prochain article sur ce site, ou sur le nouveau en espagnol, je publirais un article résumant les différents livres qui traitent du sujet.

Lors du premier atelier à Santa Fe, Argentine, une des stagiaires qui était pharmacienne, nous a fait un petit résumé. Nous avions testé les toiles supposées être en coton, pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

Nous avons brûlé des échantillons pour constater leur odeur typique de papier brûlé et nous avons fait aussi un test de teinture au thé (une des teintures les plus solides).

Tests des toiles brûlées
Tests des toiles brûlées
Test de la teinture au thé
Test de la teinture au thé

Heureusement, nous n’avons pas eu de mauvaises surprises.

Fibres animales ou protéiques

C’est le meilleur des cas, il s’agit de la laine de mouton, des poils d’animaux divers (alpagas et autres camélidés, lapins et chèvres, angora, poils de chiens, cheveux humains… et bien sûr la soie).

Même dans cette catégorie, la teinture n’affectera pas de la même manière, même entre les différents poils… Certains sont plus lisses et ont plus de mal à se teindre ou plutôt nécessitent une plus grande quantité de matière tinctoriale.

La soie doit être traitée avec plus d’attention, car elle est plus fragile.

En général, les fibres animales supportent assez bien les acides dilués, mais plutôt mal les produits alcalins ou basiques.

Fibres végétales ou cellulosiques

Ici on retrouve: le lin, le coton, la ramie, le raphia, le sisal, le jute, le chanvre, fibres de bambou, de bananier, de bouleau, d’ortie, de liber de tilleul… nombreuses fibres végétales ont été oubliées et demandent à être redécouvertes… Pour certains textiles archéologiques, il n’a pas encore été possible de déterminer à quelle plante appartiennent les fibres.

Différentes fibres, de haut en bas, soie sauvage, soie domestique non décreusée, soie décreusées (fibres animales), puis sisal, fibre de bananier et raphia de Madagascar
Différentes fibres, de haut en bas, soie sauvage, soie domestique non décreusée, soie décreusées (fibres animales), puis sisal, fibre de bananier et raphia de Madagascar

Si l’on désire que la teinture se maintienne, surtout dans le cas des vêtements qui doivent pouvoir être lavés… sauf cas de teinture avec des plantes à tanins, il faudra mordancer d’une manière spéciale.

Contrairement aux fibres animales, les fibres végétales supporte bien les produits alcalins ou basiques et plutôt mal les acides.

Fibres artificielles, bien les connaître

En général, elles sont à base de cellulose végétale fondue et refilée, comme c’est le cas de la viscose (qui se teint très bien), mais les procédés d’obtention sont généralement très polluants (à base de solvants organiques volatiles tels que l’acétone) et en outre sont souvent très inflammables…

Mais il en existe aussi à base de protéines comme le lanital à base de lait, des fibres de soya… Il me semble cependant insensé d’élever des vaches pour ne récupérer que la caséine de leur lait pour faire des fibres, alors qu’on a que l’embarras du choix avec les plantes… et par ailleurs des gens meurent de faim!

Je n’ai donc pas testé ces fibres et je ne pense pas le faire.

Fibres synthétiques, à connaître aussi

Elles sont très nombreuses et changent de noms selon les pays, il en apparaît toujours de nouvelles et sont souvent mélangées entre elles ou avec des laines, du coton ou d’autres fibres…

Il faut donc tester, il me semble que les fibres naturelles sont toujours supérieures.

Fibres minérales

Il s’agit de:

  • fibres métalliques (or, argent, cuivre…)
  • amiante (interdit car cancérigène)
  • fibres de verre

Elles ne peuvent pas être teintes naturellement.

Autres matières

Plumes

Les plumes se teignent bien car elles sont d’origine protéique.

Il est à noter que selon une découverte récente, la couleur des plumes n’est pas due à des pigments ou colorants (sauf quelques cas de jaunes), mais à des trous microscopiques qui absorbent ou reflètent la lumière de manière différente selon leur forme…

Papier

Le papier se teint très bien, surtout s’il n’est pas blanchi au chlore. Comme il ne doit pas être lavé, cela donne plus de liberté.

Nous avons fait des tests lors des cours à la Redonda, Santa Fe (Argentine).

Echantillon de papier teint avec les fleurs de jacaranda, lors de l'atelier à Santa Fe, Argentine
Echantillon de papier teint avec les fleurs de jacaranda, lors de l’atelier à Santa Fe, Argentine

 J’ai aussi suivi un cours passionnant qu’avait donné une artiste du papier naturel (Aydée …) à Lauris, chez Couleur Garance. Elle avait teint des fibres de papier végétal avec de la garance, c’était très beau.

Papier végétal artisanal avec fibre teintes avec racines de garance moulues
Papier végétal artisanal avec fibre teintes avec racines de garance moulues

Le papier peut aussi être travaillé en ecoprint, c’est vraiment très beau.

Bois

Le bois peut être teint, mais vu que c’est un matériaux très absorbant, il vaut mieux faire des laques à base de pigments végétaux, ainsi que l’explique Michel Garcia.

Le rotin, ainsi que de nombreuses fibres utilisées en vannerie est souvent teint.

Pierres, coquilles, céramique, plâtre

Cela peut être possible dans certains cas, nous avons fait des essais à La Redonda à Santa Fe, Argentine, mais ce sont aussi des matériaux très absorbants.

Coquillages teints avec les peaux d'oignons lors de l'atelier à la Esquina Encendida, Santa fe, Argentina
Coquillages teints avec les peaux d’oignons lors de l’atelier à la Esquina Encendida, Santa fe, Argentina
Coquillages teints avec diffèrentes plantes et de la cochenille pour le mauve, parfois avec des échantillons de laines qui les ont accompagnés lors de la teinture
Coquillages teints avec différentes plantes et de la cochenille pour le mauve, parfois avec des échantillons de laines qui les ont accompagnés lors de la teinture
Perles en céramique sortant de leur bain de teinture, à La Redonda, Santa Fe
Perles en céramique sortant de leur bain de teinture, à La Redonda, Santa Fe

J’ai essayé de teindre des perles de rivière avec la cochenille, elles ont pris un ton rosé très pâle et ont perdu un peu de leur éclat.

J’aimerai bien pouvoir teindre de la cire, pour faire des crayons de cire et des bougies.

Récemment des étudiants de Santiago m’ont contactée pour teindre des préparations de laboratoire en biologie, pour les observer au microscope.

2. Connaître les plantes

C’est indispensable, car il faut s’attendre à des résultats similaires avec des plantes de la même famille. Mais, on peut parfois avoir des surprises, de plus, il vaut mieux éviter les plantes toxiques.

Palqui ou parqui, à Concón, plante toxique à connaître
Palqui ou parqui, à Concón, plante toxique à connaître

Il convient de savoir quelles parties utiliser dans la plante, les colorants se concentrent parfois dans certaines parties. Souvent la couleur est bien cachée.

Exemple

Palo Brasil, lors de mon voyage au Brésil, Rodrigo cultivait des arbustes de cette essence très connue pour sa teinture rouge qui a donné le nom au pays.

Sachant que cet arbre est rare, je n’ai utilisé que quelques feuilles et brindilles en ecoprint.

Malheureusement, il n’a été d’aucun effet. La partie de l’arbre utilisée habituellement est le bois de coeur.

Connaître Palo Brasil
Connaître Palo Brasil

Connaître les plantes à tanins

J’ai déjà rédigé deux articles sur le thèmes des plantes à tanins et sur les couleurs qu’ils nous permettent d’obtenir.

Grenadier en fleur, avec quelques fruits en formation, bonne plante à tanins, à mieux connaître
Grenadier en fleur, avec quelques fruits en formation, bonne plante à tanins, à mieux connaître

Connaître les plantes à flavonoïdes

Elles sont très nombreuses. Je parle aussi longuement des plantes à flavonoïdes et des autres plantes à jaunes dans un article, je me permets donc de vous y renvoyer pour ne pas me répéter inutilement.

Les feuilles de ronces avec les jeunes rameaux, excellente solution de taille, teignent d'un joli jaune, en dégageant une agréable odeur de confiture, présence de tanins, les épines piquent encore après cuisson
Les feuilles de ronces avec les jeunes rameaux, excellente solution de taille, teignent d’un joli jaune, en dégageant une agréable odeur de confiture, présence de tanins, les épines piquent encore après cuisson

Connaître les plantes à anthocyanes

Il s’agit de la plupart des baies et fruits rouge à noir, les plantes pourpres, la plupart des fleurs, ce ne sont généralement pas des colorants très stable ni chimiquement, ni à la lumière…

Ecoprint trés fleuri, connaître les plantes et les fibres
Ecoprint trés fleuri, connaître les plantes et les fibres

Connaître les plantes à anthraquinones

Elles donnent de jolis tons roux, rouge… beaucoup appartiennent à la famille des rubiacées, comme la garance, principal représentant en Europe, mais il existe des équivalents partout dans le monde.

Connaitre les plantes, test d'Ikat, garance
Connaitre les plantes, test d’Ikat, rouge de garance

Connaître les plantes à indigo

Les plantes à indigo nous donnent le bleu, couleur rare dans la nature. En combinaison avec une teinture avant ou après en jaune, on peut obtenir de jolis verts, ce qui est généralement difficile à obtenir avec une seule plante.

En combinaison avec les roses et rouges, on obtient des violets et pourpres, ces combinaisons étaient déjà utilisées dans l’antiquité pour imiter la pourpre des coquillages.

Dans toutes les régions du monde, il y a des plantes à indigo, on peut citer les différents indigotiers, le pastel, la renouée des teinturiers, le strobilanthes, les différents indigofera… Certaines autres ont été complètement oubliées ou n’ont pas été exploitées.

Connaître les champignons et les lichens

Un certain nombre  de champignons, généralement toxiques teignent et permettent d’obtenir tout l’arc-en-ciel. Malheureusement, j’ai bien lu plusieurs livres à ce sujet en plus des chapitres concernant les champignons dans les livres de Dominique Cardon et de Marie Marquet. Mais je n’ai guère eu l’occasion d’essayer, à part quelques lichens, appelés au Chili “barba de palo” qui donne des jaunes-roux intéressants… Les lichens poussent très lentement, il convient donc de ne pas abuser de leur cueillette.

Connaître les teintures animales

Cochenilles, kermès, lack et pourpre de murex ou autres coquillages sont depuis longtemps uilisés pour des teintures de grand luxe.

De tout cela, il ne reste à grande échelle, que la cochenille provenant du Mexique ou du Pérou et plus généralement d’Amérique Latine, parfois élevée ailleurs (îles Canaries, par exemple).

Le lack en Inde, set toujours produit, mais pour la résine et non plus pour le colorant, comme l’explique Dominique Cardon.

Connaître ecoprint dye lacq et garance
Connaître ecoprint dye lacq et garance

Quant à la pourpre de coquillages, elle est presque anecdotique malgré des recherches très intéressantes menées à Carthage (Tunisie)… Au Chili, les “locos” et “locates” très appréciés pour leur chaire, possèdent aussi une glande à pouvoir tinctoriale, mais elle est généralement rejetée à la mer lors du nettoyage des fruits de mer… Quel gâchis…

Connaître des coquillage à teinture
Connaître des coquillage à teinture

Connaître les mensonges

Tout ce qui tache ne teint pas!

La betterave rouge ne teint pas en rose, quelque que soit le mordant choisi. Lors des formations, je l’enseigne comme contre exemple.

3. Connaître les mordants

Connaître les mordants chimiques

Je parle longuement des mordants dans des premiers articles que j’ai écrits.

En principe, je travaille avec de la pierre d’alun (sulfate double d’aluminium et de potassium) ou du sulfate d’aluminium simple, de la soupe de clous (acétate de fer), du sulfate de fer, et assez rarement avec du sulfate de cuivre.

Connaître les mordants toxiques

Dans le passé, les industries textiles et papetières (de même que les tanneries) n’hésitaient pas à utiliser le plomb, l’arsenic et bien d’autres produits dangereux pour la santé, comme le cuivre, le chrome et l’étain…

J’étais assez surprise, il y quelques temps, de voir sur facebook, une femme aux Etats-Unis, faire des essais de teintures naturelles avec des eaux d’une source très chargée en lithium…

Il me semble que les mordants, vu qu’ils aident à fixer la teinture sur leur support doivent se maintenir présents sur celui-ci. Ce qui n’est pas le cas des catalyseurs qui facilitent une réaction, mais ne doivent pas rester dans le produit final. Donc, si on utilise un produit dangereux son contact lors de l’utilisation des vêtements peut causer divers problèmes de santé.

C’est ainsi que de nombreuses personnes ont été empoisonnées au XIXème siècle (entre autres, paraît-il même Napoléon Ier) par des papiers peints (verts) à l’arsenic qui avec le temps dégageaient des gaz nocifs (voir Michel Pastoureau).

Le chrome aussi utilisé en tannerie, qui intervient dans de nombreuses teintures kaki chimiques, serait mis en cause dans de nombreux cas d’allergies et de cancers de la peau, concernant en particulier les militaires…

Livre sur le vert de Michel Pastoureau, quelle patience pour nous donner à connaître autant informations!
Livre sur le vert de Michel Pastoureau, quelle patience pour nous donner à connaître autant informations!

Connaître les mordants naturels

Il y a beaucoup à faire pour redécouvrir les mordants naturels, les associations de plantes… Pour cela, il faut étudier de très près les techniques des teinturiers traditionnels, écouter avec patience, faire des essais, car ils connaissent mieux que nous les plantes bioaccumulatrices. Celles-ci accumulent dans leurs tissus certains métaux: aluminium, fer, cuivre… et savent les utiliser à bon escient.

L’idée de mordancer avec des plantes, est à la fois économique et plus sain. Ces pratiques ancestrales sont entrain de se perdre. Il conviendrait donc de les étudier en détails avant qu’elles ne disparaissent définitivement.

Les anciens teinturiers européens qui ont laissé des informations écrites n’utilisaient que les mordants chimiques. Il faut donc revisiter les traditions orales. Elles sont d’une valeur inestimable.

4. Connaître la patience

Teindre avec la nature suppose d’aller à son rythme, de bien la connaître. Il faut donc être patient et rentrer dans un monde “slow” qui prend son temps pour bien faire les choses comme il faut…

Parfois, il faut semer des plantes tinctoriales pour pouvoir teindre avec. Et dans certains cas, il faut attendre jusqu’à 5 ans pour qu’elle donne une bonne qualité de teinture, comme dans le cas de la garance…

Si on veut travailler par fermentation, la teinture elle-même peut prendre facilement un mois…

Il faut aussi prendre le temps de faire des recherches, d’étudier des recettes, de faire des tests, de laisser tremper et refroidir… L’urgence est mauvaise conseillère. Il faut laisser le temps à la nature pour qu’elle libère ses couleurs.

Connaître son eau

L’eau que l’on utilise pour teindre a aussi son importance. Son acidité ou sa dureté, ainsi que la présence de différents minéraux et métaux influencent les teintures.

À Mamiña, petit village d’eaux thermales au Nord du Chili, à 120 km à l’Est d’Iquique, il y avait différentes sources. Elles donnaient des résultats qui variaient considérablement.

Connaître son eau
Connaître son eau, source dite “des yeux”, à Mamiña, elle aurait redonné la vue à une princesse Inca

5. Connaître ses désirs

Il faut aussi savoir ce que l’on veut, certaines couleurs très chatoyantes (parfois très luxueuses, comme le safran ou le carthame) peuvent être très fugitives. Ne parlons pas de la fameuse betterave rouge qui n’est qu’un leurre.

Certaines teintures très économiques peuvent être très intéressantes. Par exemple, les épluchures d’oignons peuvent donner des résultats surprenants.

Connaître les oignons
Connaître les oignons, teinture aux épuchures, à Santa Fe, La Esquina Encendida, Argentine

Des règlements sont apparus très tôt dans l’histoire de la teinture concernant les grands et petits teints.

D’autre part, si on veut obtenir une couleur très précise, il faut s’attendre à devoir faire de nombreux essais. Parfois, on complète les bains. On ne doit pas hésiter à les répéter, prendre note de toutes les étapes, garder tous les échantillons en mentionnant comment ils ont été obtenus. Puis, on doit répéter des tests avec différents mordants à différentes dilutions… Cela a un coût en temps et en connaissance. Est-on disposé à le payer?

Les deux derniers livres de Dominique Cardon sur des nuanciers d’avant la Révolution Française peuvent être très utiles.

En ce qui concerne les gammes de dégradés, avec et sans mordants, les DVD de Michel Garcia, peuvent être d’une aide très précieuse. Je les visionne très régulièrement, et j’y découvre à chaque fois de nouvelles astuces.

Conclusion

Outre ces connaissances basiques, il est bon d’avoir de bonnes bases de chimie, les anciens teinturiers étaient souvent assimilés à des alchimistes (ancêtres des chimistes modernes)…

Une bonne formation en chimie aide à prévoir les résultats, à comprendre les bains ratés. La chimie me passionne bien que je ne sois qu’autodidacte en ce domaine, mais elle explique beaucoup de chose.

Cependant, les teinturiers traditionnels qui ne connaissent pas la chimie, ont une très bonne connaissance pratique des plantes, des fibres et autres mordants qu’ils utilisent. Souvent, ils ne travaillent qu’une gamme restreinte de couleurs. Ils ont un sens de l’observation et de l’expérimentation très développé. En outre, ils ont aussi l’habitude de travailler avec ce qu’ils ont à leur disposition.

Il est remaquable que des civilisations très anciennes aient su teindre avec l’indigo qui nécessite des réactions redox, dont les mécanismes ne sont connus que depuis peu.

J’essaie de réunir les deux types de connaissances. C’est l’une des raisons de vouloir organiser mon tour du monde textile et teinturier. Il s’agit de multiplier les échanges et découvertes partagées comme je l’ai fait lors de mes récents voyages au Pérou et au Brésil.

 

Toxiques, les plantes?

Mis à jour le 26 SEPPTEMBRE 2019

Et les plantes toxiques?

Les plantes toxiques doivent représenter moins d’1 % des plantes en général. J’essaie de les éviter, c’est pourquoi je collectionne les livres de botanique, je m’informe. Dominique Cardon en signale certaines dans ses livres.

Les livres sur les plantes médicinales donnent aussi beaucoup d’informations.

Livre qui donne des informations très détaillées, le seul défaut est le nombre restreint de plantes
Livre qui donne des informations très détaillées, le seul défaut est le nombre restreint de plantes

Même des plantes qui servent habituellement de fourrage pour le bétail, ou d’aliments pour les humains peuvent être ou devenir toxiques dans certaines conditions. Certaines plantes doivent être cuites pour être consommées, comme par exemple la rhubarbe ou le tapioca.

Il y a un mouvement, parti d’Angleterre, “Incredible Edible” (quelque chose comme comestibles incroyables) qui tend à remanger les plantes sauvages. Il y avait lors de l’atelier d’ecoprint à La Chapelle Blanche Saint Martin, une femme qui avait un restaurant à Chinon, où justement elle ne servait que des plantes sauvages. Une meilleure connaissance de la botanique peut nous amener à modifier profondément notre alimentation. George Oxley à écrit sur ce thème.

Ce mouvement est entrain de prendre de l’ampleur, récemment au Brésil, j’ai eu l’occasion de consulter un livre passionnant et très détaillée à ce sujet.

Livre sur les plantes et arbres comestibles au Brésil
Livre sur les plantes et arbres comestibles au Brésil

Dans la même collection, il existe un livre sur les plantes toxiques et un autre sur les plantes médicinales, ils sont très documentés.

Un peu d’histoire des teintures toxiques

La toxicité de certaines plantes n’a pas toujours fait peur aux teinturiers…

La daphnée ou trentanelle

Elle a été très longtemps utilisée par les ateliers de teinturiers, elle poussait sauvage et était récoltée pour teindre en jaune en remplacement de la gaude (reseda luteolens) surtout dans le midi de la France tout en sachant qu’elle provoquait la cécité des ouvriers teinturiers et certainement aussi des pauvres gens qui les ramassaient (cf. Dominique Cardon).

La jusquiame noire

Cette plante qui était utilisée au moyen-âge pour empoisonner les flèches des soldats est proposée comme source d’indigo par un manuel de teinturerie qui date de peu après la Révolution Française “L’art de la teinture des fils et des étoffes de coton” signé par Le Pileur d’Apligny, an VI, 1798 (ce document très intéressant est disponible gratuitement sur internet).

Apparemment, l’auteur n’a pas été suivi. Heureusement, parce qu’anciennement les tinturiers en indigo goûtaient leurs bains pour savoir s’ils étaient prêts.

Il y a aussi une sorte d’indigo dans la scabieuse et dans les cardères ou “cabarets des oiseaux” qui ne me semblent pas toxiques et en plus ils sont mellifères. Cela pourrait valoir la peine de développer ces plantes… en outre, les cardères servait à carder la laine…

Mordants toxiques

Outre, les plantes elles-mêmes, les teinturiers n’hésitaient pas utiliser des métaux aussi dangereux que l’arsenic et le plomb. Beaucoup de manuel de teintures végétales relativement récents parlent de mordançage au chrome et à l’étain, parfois sans indiquer leur dangerosité. Le cuivre et l’aluminium semblent ne pas être sans danger.

Comment connaître les plantes toxiques?

L’idéal est de prendre des précautions, India Flint raconte dans un de ses beaux livres sur l’ecoprint (que l’on m’a prêté très gentiment pour quelques jours à Santa Fe, Argentine) comment en arrivant en Inde, elle avait testé les feuilles d’un arbre très toxique sans le savoir.

Telabotanica et d’autres applications de ce style peuvent nous aider, il y en a plein de disponible sur mobile.

Différences de points de vue entre l’Europe et l’Amérique

La rue (ruta graveolens) réputée toxique en France, est couramment utilisée au Chili contre les douleurs abdominales, elle était utilisé dans les couvents et ardemment recommandées dans les écoles catholiques pour réduire les désirs sexuels. On la trouve en pots, dans presque tous les commerces, elle est sensée porter chance.

Le ricin que les Argentins appellent tártago
Le ricin que les Argentins appellent tártago

Le ricin dont les graines sont très toxiques, une amie argentine de Santa Fe, me racontait qu’elle jouait à la dinette avec les feuilles quand elle était petite. Lors du stage à La Redonda, elle a bien joué  du marteau avec ces feuilles. le résultat était intéressant, cette feuille a de grosses nervure qui rendent bien.

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Les baies et graines

Lierre, troëne, sureau yèble, phytolacque…

La plupart du temps les teintures obtenues à partir de baies ne sont pas solides au lavage, alors pourquoi se compliquer la vie avec des baies toxiques.

On peut souvent obtenir le même résultat avec des baies alimentaire (myrtille, cassis, mûres…), par exemple en utilisant les résidus de la fabrication de gelées.

Le ricin

On extrait l’huile de ricin (castor oil) sans danger, des graines très toxiques, cette huile est utilisée pour mordancer les fibres végétales, ainsi que l’explique Michel Garcia.

Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées
Livre de Michel Garcia, donne de nombreuses idées

Les plantes entières

Cigüe

Pas besoin de présenter la cigüe, connue pour avoir tué Socrate. J’ai vu indiqué dans un manuel de teintures naturelles que le liber de cette plante teignait. Je n’essaierai pas.

Et pourtant cette plante aurait des vertus mécidinale pour des maladies des articulations.

Le datura

Plante importante dans la médecine traditionnelle Mapuche, qui a de nombreux noms en espagnol (estramonio, miyaya, chuchampe, coco del diablo, toloache…) est en outre halucinogène. Toutes ses parties sont toxiques.

Une amie de mes parents qui savait que je teignais avec les plantes m’en a ramené une pleine cargaison un jour de son jardin, j’ai dû refuser le cadeau. Si même la fumée quand la plante brûle est dangereuse, que penser des vapeurs et de ce qui peut rester dans le fibres?

Datura, plante bioindicatrice, très toxique et halucinogène

Depuis, en écoutant les conférences de Gérard Ducerf sur Youtube, j’ai appris que c’était une plante bioindicatrice.

Le parqui

Le parqui ou palqui (parqui cestrum) est une solanacée très courante dans la région centre du Chili. Les habitants de La Ligua m’avaient dit que les anciens utilisaient les baies noires pour marquer les sacs de blé.

C’est une plante médicinale, mais elle peut être assez toxique pour tuer des vaches qui viennent d’une zone où cela ne pousse pas, elles ont vue du vert, elles ont mangé bien que cela sente très mauvais et en sont mortes.

Je ne connaissais pas encore l’histoire des vaches de Longotoma. Des paysans avaient achetés de grosses vaches du Sud et pensaient les alimenter avec de l’herbe rase et sèche à Los Romeros, où j’ai habité. Ces vaches ne connaissaient pas le parqui, sur 150 vaches, une cinquantaine en sont mortes. A Concón, chez mon ami Uldis, les vaches et les chevaux connaissaient le parqui et ne s’en approchaient pas, les seuls citroniers que ces animaux n’attaquaient pas étaient protégés par un pied de parqui!.

J’ai essayé de teindre avec les baies de parqui, j’en ai mis un peu dans une petite casserole avec de l’eau et 100 grammes de laine et un peu d’alun. Cela sentait si mauvais que j’ai eu du mal à aller éteindre le gaz, bien que la cabane était très ventilée…

J’ai obtenu un vert émeraude très clair qui m’a beaucoup plu, mais je n’ai jamais recommencé. C’était une de mes premières expériences quand je vivais à La Quebrada del Pobre, à 8 km de La Ligua.

Parqui
Parqui

Traditionnellement, on nettoie les braises dans les fours à pain avec des branches de parqui, il intervient dans un certain nombre de superstitions.

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Floripondio, dans une pépinière a Antananarivo, Madagascar
Floripondio, dans une pépinière a Antananarivo, Madagascar

Ce bel arbre que l’on rencontre dans certains jardins, et même dans les rues (à La Ligua – Chili, par exemple) est très toxique, curieusement ses fleurs attirent les abeilles.

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Cette jolie plante, sert à fabriquer des médicaments pour le coeur. Je préfère m’abstenir d’y toucher.

Arnica, aconit, belladone, muguet, saut de salomon, Laurier cerise…

La liste est longue… et elles ont presque toutes des propriétés médicinales…

Il faut considérer que pratiquement toute la famille des euphorbes comme toxique et aussi grande partie des solanacées, ainsi même toute la plante de la pomme de terre est toxique, sauf le tubercule que l’on consomme et celui-ci peut aussi être toxique s’il verdit à la lumière.

Il y a un curieux jardin au Nord de l’Angleterre, à Alnwick, qui ne regroupe que des plantes toxiques… Ces plantes sont certainement très toxiques, mais elles sont biodégradables, ce qui n’est pas le cas des polluants chimiques…

Je viens de découvrir en cherchant la video sur le jardin anglais, qu’il avait un équivalent en France.

Les champignons

Beaucoup de champignons teignent, ils peuvent donner tout l’arc-en-ciel, comme en témoigne le livre de Marie Marquet et celui de Miriam Rice et Dorothy Beebee que l’on m’a donné à Kuching.

Manuel de teinture à l'aide de champignons, certains sont toxiques
Manuel de teinture à l’aide de champignons, certains sont toxiques
Livre de Marie Marquet, la plupart des champignons décrits sont toxiques, elle indique les précautions à prendre
Livre de Marie Marquet, la plupart des champignons décrits sont toxiques, elle indique les précautions à prendre

Malheureusement, la plupart de ceux qui teignent sont toxiques, comme les cortinaires, par exemple.

Le champignon de Paris n’est malheureusement pas mentionné comme tinctorial, c’est dommage. Il y a tout de même quelques cèpes dans la liste,,,

Je ne les pas testés. Mon ami Hilaire, à Antsirabé, Madagascar, teint avec un champignon qui pousse sur l’eucalyptus, mais il ne semble pas toxique.

J’ai seulement testé des lichens appelé “barba de palo” au Chili (barbe de bois) qui donne un joli marron roux, il est assez rare et pousse lentement, je ne pense pas qu’ils soient toxiques. Cette teinture est réputée solide et anti-mites.

Conclusion

Il y a tant de plantes non toxiques qui teignent, pourquoi allez essayer celles qui sont toxiques? Sauf par ignorance.

Quand on a des doutes, mieux vaut teindre à l’extérieur, ne pas respirer le vapeurs et travailler avec des gants imperméables…

La prudence est de mise, mieux vaut s’informer et développer des connaissances botaniques qui en outre peuvent nous aider à nous soigner naturellement.

J’ai certainement oublié de nombreuses plantes toxiques, alors étudions un peu la  botanique… Il est parfois difficile d’avoir des informations sur des plantes qui paraissent être des “mauvaises herbes” invasives.

Par exemple, j’aimerai en savoir plus sur cette plante, j’espère  qu’elle n’est pas toxique, elle m’a donné un très joli jaune sur la laine mordancée à l’alun, elle attire les abeilles, mais telabotanica ne me donne pas de réponse correcte, car ils sont plus centrés sur les plantes européennes…

Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, détail
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, fleurs
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, fleurs
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, fleurs
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, fleurs
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, vue générale, cette plante disparaît à l'automne
Plante à jaune dont je ne connais pas le nom, courante à Puerto Montt, vue générale, cette plante disparaît à l’automne

 

Par hasard, je viens de retrouver cette plante derrière le FabLab de Loches (dont je parlerai dans un prochain article).

On vient de me dire qu’il s’agissait de renouée du Japon, ses jeunes pousses sont comestibles et c’est une plante bio-indicatrice pour les métaux lourds, mais n’en contient pas selon Gérard Ducerf. Elle est plutôt invasive. Il faut donc profiter des jolis jaunes qu’elle nous fournit, sans se priver.

Je viens de lire un livre qui doit être pratiquement introuvable, il date de 1968 et a été édité par Robert Morel, maison d’édition qui a malheureusement dû fermer depuis longtemps. C’est une traduction de l’anglais-américain et parle surtout des plantes toxiques d’Amérique du Nord, mais on en retrouve beaucoup en Europe…

C’est intéressant car il fait déjà des remarques concernant les agrochimiques et mentionne le livre de Rachel Carlson “Silent Spring”.

Photo à rajouter

Le citron aussi peut teindre

La teinture au citron

Le citron, on en mange, mais on peut récupérer les écorces pour teindre.

De retour à Puerto Montt, chez Rincón Angel, pour quelques jours, j’ai amené des citrons bio de la parcelle de Concón. Les salades étaient très bonnes, nous avons gardé les épluchures pour teindre. Les déchets d’à peu près 6 kg de citrons ont donc servi de bain de teinture. J’avais déjà fait l’essai avec les citrons lors du premier cours à la Esquina Encendida, en Santa Fe, Argentina.

Nous avons commencé dans une grande casserole en aluminium, sur un réchaud puissant, avec seulement 2 écheveaux de laine de mouton filée industriellement, lavées, puis 2 autres et encore 2, puis 4 et encore quelques-une de plus.

Préparation de la teinture au citron
Préparation de la teinture au citron

D’abord seulement avec de l’alun comme mordant, puis en ajoutant aussi un peu de bicarbonate. Cela fait peu de différence. Les écheveaux ont été lavé après teinture, la perte de couleur me semble insifignifiante.

teinture au citron
teinture au citron

La couleur est assez claire, mais jolie et différente des autres jaunes naturels.

Nouvel essai, de retour à Concón

De retour à Concón, vu que je dispose d’une très grande quantité de citron qui ont trop muri… j’ai donc réessayé avec de la laine artisanale et avec de la laine de mouton filée industriellement comme à Puerto Montt…

Je n’ai malheureusement pas trouvé de pierre d’alun ni de sulfate d’aluminium à Viña del mar. Le résultat était plutôt pâle.

Résultats
Résultats

De retour à Puerto Montt, j’ai donc mis ces laines dans une casserole pour les mordancer après teinture avec du sulfate d’aluminium.

post mordancage à l'alun
Post mordancage à l’alun

Quand on travaille avec des couleurs aussi délicates, la qualité de la laine (certaines sont déjà  un peu jaune) et celle de la casserole sont aussi des facteurs importants.

Résultats
Résultats

Autres usages du citron en teinture

Le jus de citron peut être aussi utilisé comme mordant/modificateur, par son action acide,  notamment pour la teinture avec la cochenille, qu’il peut éclaircir, voir éliminer ou rendre plus orange selon les cas.

Il est aussi utilisé dans la teinture au carthame pour révéler le fameux rose de carthame.

Et les oranges ? me dit-on

Nous avons essayé pendant le cours à Pica, c’est une oasis spécialisée dans les fruits tropicaux près d’Iquique (Nord du Chili), il y avait une dame qui avait un petit verger et faisait des jus de fruits, elle nous a donc ramené un plein sac de déchets d’oranges, de quoi remplir une casserole de plus de 20 litres. Nous avons donc testé.

Le  résultat a été un joli abricot pâle.

Je n’ai pas encore testé les autres citriques.


Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

Je vous invite à laisser vos commentaires.

Ecoprint, kesako? et pourquoi?

Ecoprint – Article mis à jour le 22 janvier 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Ecoprint sur lin, impression de feuilles et fleurs
Ecoprint sur lin, impression de feuilles et fleurs

Ecoprint, kezako? Je reviens sur cet article que j’ai publié au tout début de la création de ce blog. C’est un sujet important, et vous avez donc droit à une toute nouvelle version qui va se compléter au fur et à mesure de mes nouvelles expériences.

Pourquoi ecoprint

L’ecoprint n’est pas un “machin” ou “nouveau truc” pour “reverdir” la teinture. Le “greenwashing“, ce n’est pas mon genre.

C’est une technique très économe en matières tinctoriales, quelques feuilles bien choisies suffisent. Alors que normalement, il faut 3 kg de plantes pour 1 kg de fibres, et une très grande casserole et donc plus de combustible.

D’autre part, cela permet de changer l’allure d’une manière unique de n’importe quel vêtement usagé, de fibres naturelles, bien sûr. Une nouvelle forme de recyclage.

Depuis mon retour de Madagascar et mon voyage au Brésil, j’ai eu de nouvelles expériences d’ecoprint et je tiens à vous les présenter maintenant.

L’ecoprint, quelle magie!

Un peu de théorie sur cette technique

L’ecoprint est une technique développée par un groupe de designers australiennes à la tête desquelles se trouvent India Flint, Susan Fell McLean et le groupe Gondwana textiles… J’espère bien pouvoir aller visiter leurs ateliers lors de mon tour du monde…

C’est plutôt une impression qu’une teinture… Le végétal s’imprime essentiellement en surface.

Selon les méthodes et l’épaisseur du support, les empreintes végétales apparaîtront sur une ou deux face, ou éventuellement se répèteront en s’affaiblissant. Les deux face des feuilles donnent des résultats différents.

Ecoprint sur coton, à Talata, Madagascar

Cette technique n’utilise que peu de matériaux végétaux, étalés sur la toile, ou éventuellement sur papier ou carton (c’est aussi possible), enroulés serrés, se mettent à tremper pendant quelques jours, avec ou sans mordants, puis éventuellement chauffés et enfin déballés, laissent différentes empreintes.

On peut obtenir des dessins naturels d’une très grande finesse.

Ecoprint à Talata, Madagascar, les traits fins sont des aiguilles de pins australiens
Ecoprint à Talata, Madagascar, les traits fins sont des aiguilles de pins australiens

Premiers essais à Santa Fe – Argentina

Nous avons avons fait les premiers essais d’ecoprint, sans grand succès, lors d’une formation que j’avais donné au Centre Culturel “La Esquina Encendida“. Sans doute le rouleau n’avait pas été assez serré et qu’il n’a pas trempé assez longtemps.

Les tutoriels sur internet ne donnent pas toujours tous les détails, et ceux-ci peuvent être très importants.

Premier test d'ecoprint sur feutre au Centre Culturel
Premier test d’ecoprint sur feutre au Centre Culturel “La esquina Encendida” Santa Fe – Argentine

Lors d’une seconde formation donnée à Santa Fe, à La Redonda, cette fois, il y avait deux participantes qui pratiquaient déjà couramment cette technique.

Tee-shirt teint en ecoprint par cette dame de Santa Fe - Argentine
Tee-shirt teint en ecoprint par cette dame de Santa Fe – Argentine

Mais ce qui a retenu le plus l’attention du groupe a été une technique assez proche, qui se travaille à froid, avec un marteau à carreler.

Technique au marteau qui a eu beaucoup de succès
Technique au marteau qui a eu beaucoup de succès

Les feuilles fraîches sont glissées entre deux toiles de fibres naturelles, on martèle, puis on enlève les feuilles, on fait tremper les toiles dans un bain de “soupe de clous” (vieux clous + vinaigre = acétate de fer) qui révèle les tanins. Puis, on lave et on rince.

Et voici le résultat
Et voici le résultat

Ecoprint à Madagascar

L’effet est très délicat. Nous avons pratiqué l’ecoprint avec Monsieur Hilaire à Talata, Madagascar. Cette technique nécessite de la patience mais peu de moyens.

India Flint, la précurseur de cette méthode de teinture, raconte dans un de ses livres, qu’elle voyage partout avec sa casserole électrique et des échantillons de textiles naturels, qu’elle teste juste après sa récolte en se promenant dans les rues.

Malgré sa petite taille, la
Malgré sa petite taille, la “fetapera” permet de chauffer des casseroles relativement grandes avec très peu de combustible, ici du charbon de bambou à Antananarivo (Madagascar)…

A Talata, nous n’avons utilisé qu’une grande casserole et un petit réchaud traditionnel malgache (fatapera), avec du charbon de bois. Ce petit réchaud est très économique à l’usage et est très léger, fait en tôle recyclée. Je n’ai pas pu résister, je m’en suis achetée un. Chaque pièce teinte est unique, comme chaque feuille l’est dans la nature. C’est la magie de l’ecoprint. Tout doit être testé. Que de surprises!

Premières écharpes de soie teinte en ecoprint à Talata
Premières écharpes de soie teinte en ecoprint à Talata

Certaines feuilles donnent des résultats plus intéressants que les pétales de fleurs. Mais on peut retenir les fleurs d’oeillets d’Inde et de Cosmos Sulfureus (orange), nous avons testés les autres cosmos roses qui infestent les champs, sans résultat. J’ai beaucoup aimé la finesse des aiguilles de pin australiens et les fougères. Les feuilles de rosier et d’eucalyptus ont beaucoup plus à M. Hilaire.

À la suite de cette expérience à Talata Madagascar, j’ai préparé une présentation détaillant tout ce que nous avons fait en presque 15 jours. Cette présentation est maintenant disponible en téléchargement sur ma boutique.

Atelier Ecoprint à La Chapelle Blanche Saint Martin – France

Après mon retour de Madagascar, j’ai rencontré à Loches, une tisserande qui a organisé une petite formation sur le thème de l’ecoprint avec 6 autres personnes à La Chapelle Blanche Saint Martin (Indre et Loire – France) à l’élevage de Chèvres Mohair et Atelier de Brigitte, le dimanche 27 août 2017. J’ai d’ailleurs préparé une autre présentation sur cette journée qui a été très intéressante.

Très joli effet obtenu avec de petites racines de garance
Très joli effet obtenu avec de petites racines de garance

Ecoprint à Andacollo – Chili

Puis en février 2018, je suis allée donner un cours privé à un couple, près de La Serena, à 400 km au Nord de Santiago du Chili, ou après avoir teint de nombreuses laines et rubans de laine cardées avec les plantes de la propriété, nous avons estampé une écharpe de soie malgache (de Monsieur Hilaire) en ecoprint. Le résultat a beaucoup plu.

Solange avec sa première écharpe de soie en ecoprint
Solange avec sa première écharpe de soie en ecoprint

J’attends des nouvelles de mon amie qui doit lancer prochainement sa marque de vêtements et accessoires en fibres naturelles…

Au Chili, j’ai tissé un chemin de table avec le métier Tissanova et préparé quelques écharpes en laine feutré que je vais teindre en ecoprint, prochainement.

Récemment, en novembre 2019, nous avons faits de nouveaux tests, sans mordants (l’alun avait disparu de la maison), nous avons utilisés les tanins des écorces de grenades comme mordant.

Ecoprint à Andacollo, bain d'écorces de grenades, un peu de cochenille, feuilles d'eucalyptus, de noyer, et d'avocats, sur soie de Monsieur Hilaire
Ecoprint à Andacollo, bain d’écorces de grenades, un peu de cochenille, feuilles d’eucalyptus, de noyer, d’avocats, un peu de lacq dye, sur soie de Monsieur Hilaire

Ecoprint à Cajamarca, Pérou

Lors de mon dernier voyage au Pérou, j’ai rencontré un couple d’artisans à Cajamarca et nous avons fait un petit essai, sur coton.

Segundo est tisserand sur métier à pédales, il perpétue les points traditionnels péruviens et il est aussi professeur de tissage et de teinture.

Qu’avons nous fait ?

J’ai acheté un morceau de toile de coton léger, nous l’avons découpé en bandes. Nous les avons fait bouillir avec de la lessive, pour enlever l’apprêt, vu qu’il s’agissait d’une toile neuve.

Toutes les toiles neuves sont impregnées de nombreuses substances, d’abord pour faciliter la filature et le tissage, puis pour une meilleure tenue du tissu et éventuellement pour imperméabiliser ou apporter d’autres propriétés… Ces apprêts chimiques rendent plus difficile la teinture. Le débouillissage est donc absolument nécessaire.

Puis, nous avons présenté les plantes (schinus molle, sauge, et une plante de couleur pourpre qui avait attiré l’attention de mon ami…). Ces plantes sont disponibles en pleine ville. Nous avons trempé certaines plantes dans un bain de sulfate de cuivre et d’autres dans un bain de pierre d’alun. Nous n’avions pas de sulfate de fer, ni de “soupe de clous“.

Essai d'ecoprint sur coton avec Segundo à Cajamarca - Pérou
Essai d’ecoprint sur coton avec Segundo à Cajamarca – Pérou

Nous avons fait les petits rouleaux d’ecoprint et les avons laissé tremper jusqu’au lendemain.

Alors, nous les avons fait bouillir dans une casserole en aluminium que mes amis utilisent pour teindre. Le lendemain, nous avons défait les rouleaux, enlevé les plantes et rincé les toiles.

On déroule les rouleaux
On déroule les rouleaux

Résultat

Le résultat n’a pas été merveilleux, mais on voyait tout de même les feuilles de schinus molle imprimées en jaune. Peut-être aurions-nous dû faire sécher les toiles avant de préparer les rouleaux? Ou bien laisser tremper une nuit avant de faire chauffer.

Je préfère, en général, utiliser les vieilles feuilles, parfois blessées, trouées, dévorées par les insectes ou les limaces. Elles auront certainement plus de tanins et manqueront moins à la plantes que les jeunes pousses gorgées de sève.

Comme toujours. la saison de récolte influence le résultat.

Le coton est toujours plus difficile à teindre que la soie ou la laine. Peut-être que la toile n’était pas 100% naturelle. Les toiles de fibres naturelles pures deviennent rares.

Ecoprint au Brésil

Je suis partie pour le Brésil à l’aventure, je n’ai donc pris que peu de bagages.

J’ai donc acheté des vêtements d’occasion en coton qui m’ont servi de matière première pour mes essais.

Préparation d'ecoprint très fleurie de mon amie Iafa au Brésil
Préparation d’ecoprint très fleurie de mon amie Iafa au Brésil

Mon amie Iafa était très tentée par les fleurs multicolores, il y en a de vraiment très belles et partout. Je l’ai laissée faire. Le résultat était un peu pâle et s’est malheureusement décoloré au bout d’à peine quelques jours, bien que le vêtement avait séché à l’ombre.

Ecoprint fleuri de Iafa, pratiquement tout a disparu lors du séchage, pourtant à l'ombre
Ecoprint fleuri de Iafa, pratiquement tout a disparu lors du séchage, pourtant à l’ombre

Nous avons testé l’eau de mer, l’eau de la rivière, enterré des rouleaux sous le sable humide, d’autres dans une serre improvisés qui attiraient l’attention d’Ureba, le vautour apprivoisé très joueur… Beaucoup d’expériences…

Nous avons travaillé avec des fibres végétales, vêtements de seconde main, en coton généralement. On pouvait donc considérer que les apprêts avaient dû avoir été éliminés lors des lavages précédents. Cela explique peut-être les résultats un peu décevants à côté des expériences sur soie.

Ce qui a donné les meilleurs résultats ont été les feuilles de goyavier, de framboisiers, de fougères…

Et les ecoprint sèchent...
Et les ecoprint sèchent…

Les grosses taches rosées proviennent de tranches d’une patate douce non comestible, mais médicinale, utilisée comme antifongique.

Tour du monde des teintures

Lors de mes prochains voyages, j’espère bien pouvoir avoir de nouvelles expériences avec cette technique. Je ne manquerai pas l’occasion de vous en parler. Cet article devrait donc être suivi régulièrement pour être au courant des nouveautés.

Elle reflète parfaitement la végétation locale dont elle révèle toute la richesse parfois cachée et s’adapte facilement, car elle ne nécessite que peu de matériel.

Chaque pièce est unique, comme chaque feuille, écorce, racine… ces végétaux ne peux pas être réutilisés.

Comme, vous avez pu le voir, cette technique ne nécessite que très peu de matériel. On peut la combiner avec des techniques de shibori. Elle est très versatile et permet de découvrir les couleurs que peut donner n’importe quelle plante.

Un vrai plaisir, un élément à développer dans mon Ikigai et peut-être dans le vôtre aussi.

Les mordants, cela ne mord pas!

/// Les mordants, cela ne mord pas ///
Article mis à jour le 27 janvier 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Préparation du mordançage à l'alun lors du premier atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentina
Préparation du mordançage à l’alun lors du premier atelier à La Redonda, Santa Fe, Argentina

Que sont les mordants?

Les mordants sont des produits que l’on ajoute à la teinture, soit avant de teindre (prémordançage), pendant la teinture, ou après (postmordançage) pour assurer la solidité de la teinture.

En général, ce processus modifie la couleur. Cependant, il est souvent indispensable pour fixer la couleur en provocant des réactions chimiques qui unissent les colorants à la fibre.

Certaines plantes peuvent colorer sans teindre définitivement (betterave rouge, plantes à anthocyane…). Dans ce cas, les mordants ne sont d’aucun secours. Ces teintures peuvent servir en alimentaire ou en cosmétiques, mais certainement pas pour les textiles.

Au XVIIIème siècle, de nombreux chercheurs teinturiers et chimistes ont fait des recherches pour améliorer la solidité des teintures et innover en ce qui concerne les mordants. Ils ont préparé des nuanciers très détaillés avec des échantillons. Domique Cardon en parle dans ses livres.

Le prémordançage consiste à faire bouillir quelques heures les fibres avec le mordant pendant quelques heures, avant de les mettre dans le bain de teinture, si possible encore humides. Cette pratique permet d’attirer les fines particules de colorants naturels vers l’intérieur de la fibre où elles se fixe solidement.

Il ne faut pas oublier d’éviter les chocs thermiques pour les laines. Si l’eau vient à manquer dans la casserole lors du mordançage, il faut rajouter de l’eau chaude.

Découvrons les différents mordants

Les mordants sont des sels minéraux  :

    • alun de potassium
    • sulfate de fer
    • sulfate de cuivre
    • crème de tartre
    • oxalate de titane

D’abord l’alun

L’alun est un sulfate double d’aluminium et de potassium. Cela ressemble vaguement à  des cristaux de sel. Ce produit est très largement utilisé comme antifloculant dans la potabilisation de l’eau.

Il est connu comme désodorant, cepandant je ne le conseillerai pas pour cet usage, vu que l’aluminium semble être impliqué dans de nombreuses maladies. Il était anciennement utilisé au Chili par les militaires pour faire baisser l’ardeur sexuelle de leurs recrues.

Pourquoi mordancer?

Le mordançage à l’alun est incontournable car il fait apparaître beaucoup de tons jaunes qui sinon resteraient cachés ou très pâles. Il est indispensable pour la cochenille qui ne se maintiendrait pas sans cela.

Si la couleur obtenue n’est pas à notre goût, il est toujours temps de faire un post-mordançage, en ajoutant un peu de mordant ou un modificateur à la fin de la teinture. En teinture naturelle, rien n’est définitif.

Michel Garcia fait de nombreuses démonstrations des gammes de couleurs que l’on peut obtenir grâce aux mordants, en faisant varier leurs proportions, en les mélangeant. Ses DVD sont passionnants. Je ne touche pas de commissions, mais ils méritent vraiment que je les recommande.

Nous avons appliqué ces techniques lors d’un atelier que j’ai dirigé à  La Redonda, Santa Fe, Argentine.

Préparation des mordants dilués pour peindre
Préparation des mordants dilués pour peindre

 

Si la laine, la soie et les fibres protéiques ne donnent souvent pas l’impression que le mordançage soit nécessaire (au détriment de la solidité – c’est souvent très trompeur). Cependant, il devient absolument indispensable dans le cas des fibres cellulosiques qui attrapent beaucoup moins facilement les couleurs. Sauf cas des tanins qui agissent comme des mordants.

Précautions

J’insiste sur le fait qu’il ne faut surtout pas oublier de laver soigneusement les fibres avant le mordançage. En outre, il faut aussi débouillir les fibres végétales, en les faisant bouillir assez longuement avec du savon. Puis bien rincer.

Il s’agit d’éliminer les graisses d’ensimage utilisées lors de la filature et aussi les différents apprêts et charges appliqués lors du tissage et de la mise en forme industriels de la toile. Lors de ces étapes sont souvent appliqués des huiles, sucres, amidons, plâtres, craie, azurants… soit pour faciliter le tissage, soit pour donner la tenue à la toile, ou pour la blanchir. Si ces ajoûts ne sont pas éliminés, ils attireront les mordants et les teintures et ces derniers partiront au fur et à mesure des lavages.

Éliminer cette étape nuirait gravement à la qualité et à la solidité de la teinture.

Un peu d’histoire

L’alun naturel a été exploité depuis la très haute antiquité, notamment en Egypte où des gisements naturel de minerai d’alun étaient exploités en plein désert (Voir Dominique Cardon). Il semblerait que la recherche du maintien de l’accès aux sources de l’alun (situées à l’époque en Orient) ait été une des raisons économiques des grandes croisades. Par la suite, on a découvert des gisements dans une zone volcanique près de Naples, en Italie. Cet alun s’appelait “l’alun du Pape“.

Le fer

Nous avons trois solutions: une rapide, une plus économique et une plus difficile d’accès pour ceux qui connaissent leur terroir.

Sulfate de fer

Le sulfate de fer s’achète en quincaillerie ou en jardinerie. On l’utilise notamment contre les limaces et les mousses. Ce sont des cristaux vert clair.

On doit en utiliser très peu, en principe moins de 3% du poids des fibres.

Il s’utilise le plus souvent en post-mordançage. Il obscurcit très rapidement les couleurs en les faisant virer généralement vers les gris et les verts bronze ou olive. La cochenille passe du rose-rouge au violet, elle est très sensible au fer.

Si l’on travaille avec un récipient en fer, le mordançage se fera automatiquement.

Cependant, il faut rincer abondamment les fibres après mordançage au fer, car le fer rend les fibres rêches et les fragilise. De nombreux textiles historiques mordancés au fer posent des casse-têtes aux archéologues et aux restaurateurs.

Dans les recettes anciennes, on l’appelle “couperose verte” ou “vitriol vert“. C’était très utilisé dans les encres pour les manuscrits.

Soupe de clous

La Soupe de Clous est une alternative un peu plus douce. Il s’agit en fait d’acétate de fer.

C’est très simple, on fait tremper de la ferraille, de vieux clous, dans du vinaigre (acide acétique) dans un récipient non fermé. La reáction dégage des petites bulles d’hydrogène. Après quelques jours, on récupère le jus pour mordancer.

Seau de soupe de clous. lors d'un atelier à Santa Fe, Argentine
Seau de soupe de clous. lors d’un atelier à Santa Fe, Argentine

 

Je l’utilise souvent en ecoprint.

Autre solution, plus douce, mais sans doute plus difficile à trouver, utiliser des boues de sources en forêt qui combinent des sels de fer et des tanins provenant des déchets des arbres.

Ces boues sont encore couramment utilisées par les femmes qui filent la laine dans le sud du Chili. En Afrique, elles sont indispensables aux bogolans.

Certaines eaux naturellement chargées en fer modifieront aussi les teintes obtenues.

Le cuivre

Encore un sulfate, celui-ci est encore toléré en agriculture, même bio. C’est l’un des composants de la fameuse bouillie bordelaise.

Le sulfate de cuivre s’utilise aussi comme anti-algue pour les piscines et pour des traitement du bois.

On peut donc l’acheter en quincaillerie ou en jardinerie. Ce sont de très jolis cristaux bleu, qui perdent leur couleur quand on les dilue dans l’eau.

Comme tous les dérivés du cuivre, ce produit est toxique et de nombreux teinturiers ne veulent plus l’utiliser. D’ailleurs, selon mes expériences, il ne fonctionne pas toujours.

Si l’on travaille avec un récipient en cuivre, le mordançage se fera automatiquement.

C’est plutôt un modificateur, car il verdit les jaunes, les beiges et grise la cochenille.

Dans les vieilles recettes, il est appelé “couperose bleue” ou “vitriol bleu“.

L’oxalate de titane

C’est la grande nouveauté!

Je l’ai découvert en regardant le troisième DVD de Michel Garcia. Il permet d’obtenir de très beaux orangés avec les tanins.

J’ai récemment eu l’occasion de le tester, c’est vraiment très beau. J’en suis très contente. Je vous le recommande chaudement.

Mordants oxalate
Application d’oxalate de titane sur un écheveau de laine

La crème de tartre

La crème de tartre s’utilise en très petites quantités pour rectifier l’eau du bain qui peut être très calcaire (ce qui nuit à la teinture) et elle permet aussi d’empêcher l’alun de précipiter au fonds de la casserole et de cristaliser sur les fibres, ce qui les détériore.

La crème de tartre est inoffensive, elle était extraite des fonds de tonneaux de vin. Elle est actuellement utilisée en pâtisserie. Unie au bicarbonate, c’est l’un des composants de la levure chimique.

S’utilise en très petites quantités, en particulier pour la cochenille.

Mordants - Ajout de crème de tartre
Mordants – Ajout de crème de tartre dans un bain de cochenille
Mordants - Ajout de crème de tartre dans un  bain de cochenille - Résultat
Mordants – Ajout de crème de tartre dans un bain de cochenille – Résultat; le bain rouge crème de tartre – le bain violet sulfate de fer

Les mordants chimiques

Anciennement étaient abondamment utilisés aussi le bichromate de potassium, le chlorure d’étain, des sels d’arsenic, de plomb… Tous ces produits sont à bannir pour leur toxicité. D’ailleurs l’aluminium (de l’alun) et le cuivre ne sont pas sans danger. Le fer est à employer avec parcimonie car elle rend les fibres rêches et elles se dégradent avec le  temps.

Mordants naturels, mordant d’avenir

Les tanins

Ces mordants ne sont pas nécessaires avec les plantes qui contiennent des tanins, beaucoup de feuilles, d’écorces d’arbre, les fruits pas mûrs, les rumex, l’écorce de grenade, le brou de noix, les noix de galles, les pelures d’oignons…

Récemment, j’ai fait un test chez une amie, l’alun avait mystérieusement disparu, nous avons ramassé les écorces de grenades sous ses arbres et nous les avons utilisées comme source de tanins.

Mordants naturels tanins de grenades
Mordants naturels tanins de grenades

Plantes bioaccumulatrices

Il existe aussi des plantes à mordants, en général des plantes bioaccumulatrices qui récupèrent l’aluminium des sols: lycopodes (rare en Europe, lycopodium clavata, miconia argentea, qui poussent sur des sols acides), simplocos (feuilles), camélia (même le thé), le vinaigre de pommes est connu pour être plus chargé en aluminum… À Puerto Montt, j’ai souvent teint au vinaigre de pommes, résultat de “chicha“, cidre qui avait viré… J’avais ramené plusieurs bonbonnes de 5 litres d’une visite chez une amie à l’île Maillen.

Coucher de soleil à l'île Maillen
Coucher de soleil à l’île Maillen

 

Il faut bien sûr utiliser une plus grande proportion de ces plantes (en général parties égales) pour obtenir l’équivalent d’un mordançage à l’alun. Mais, la solidité de la teinture est bien meilleure.

Celestina Stramigioli mentionne dans ses livres l’utilisation des cendres de certaines plantes notamment des cactus. Elle décrit les techniques anciennes encore utilisées par des femmes de zones très rurales d’Argentine où l’alun est rare et cher. Il est à noter que l’opération a une importance telle, que ces femmes ont inventé un terme spécifique pour cette opération.

Dans de nombreux endroits, notamment dans le sud du Chili, beaucoup de teinturières utilisent encore régulièrement des sources de boues qui contiennent sans doute du fer et d’autres minéraux (c’est une zone volcanique et les volcans relachent de grandes quantités de minéraux, des plus nobles aux plus dangereux).

Les modificateurs

Outre les cendres, de nombreuses traditions populaires utilisent le vinaigre, le jus de citron (qui peuvent renforcer l’action des tanins ou éclaircir les couleurs), l’amoniac, le bicarbonate, la soude, mais aussi l’urine, à mon avis ce sont plutôt des modificateurs  et nous les avons testés, lors des deux ateliers à Santa Fe, Argentine, puis plus en détail, lors de la formation à Pica (Chili) où j’ai préparé une série de fiches qui m’ont été très utiles par la suite.

Fiche de modificateurs et mordants
Fiche de modificateurs et mordants

Les plantes qui ne nécessitent pas de mordants

Dans beaucoup d’endroit où l’alun n’est pas disponible ou trop cher, on a recours à des mélanges de plantes qui apportent soit des tanins, soit des sels d’aluminium. Ces méthodes me paraissent plus écologiques. Elles nécessitent une bonne connaissance des plantes.

Un certain nombre de plantes (en général à tanins) ne nécessitent pas de mordants :

    • noyer (feuilles, brou, écorces…)
    • écorces d’arbre en général
    • sciures de bois
    • feuilles gallées ou attaquées par des insectes
    • peaux d’oignons
    • noyaux de fruits (pêches, mangues,  abricots, avocats…), coquilles de noix, noisettes, amandes, bogues de châtaignes et de marrons…
    • rumex
    • feuilles de chênes, chataigniers, marroniers, avocatiers…

Solidité

Pour vérifier la solidité d’une teinture :

    • Enrouler un morceau de fil teint (en faisant plusieurs tours) sur un carton,
    • En protéger la moitié avec un morceau de carton noir, bien fixé,
    • Exposer au soleil plusieurs jours, si possible un mois, ou à une lumière à ultraviolet pendant quelques heures,
    • A la fin de l’expérience, défaire la protection et comparer les résultats

Le mordançage est donc un processus très important dans la teinture, bien qu’il ne semble pas toujours visible. Tous les bons livres de teintures naturelles y consacrent de nombreuses pages avant de présenter les recettes, il ne faut donc pas négliger cette étape.

 

Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

Je vous invite à laisser vos commentaires.

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Teindre avec des plantes?

Teindre avec des plantes – Article mis à jour le 24 janvier 2020
Prochain retour en France du 25 février au 12 novembre
Organisons donc des ateliers! C’est facile

Cet article est un des premiers de ce blog, c’est comme un apéritif, comme chaque étape doit être commentée assez longuement. Ces techniques sont commentées en détails dans différents articles. Il s’agit là du tronc de l’arbre. Je vous invite à en connaître aussi les racines, les branches, les fleurs et les fruits… Et à côté de cet arbre, il peut y avoir une forêt…

Casseroles de teintures, quand je faisais mes premiers pas en teinture avec des plantes, à Longotoma, près de La Ligua, centre du Chili.
Casseroles de teintures, quand je faisais mes premiers pas en teinture avec des plantes, à Longotoma, près de La Ligua, centre du Chili.

Comment obtenir les plantes ?

Les plantes, cela peut paraître rare quand on vit en ville, cela peut sembler un peu compliqué, mais il y a toujours des solutions. En regardant bien, on finit par en trouver partout. Il suffit de chercher un peu. Nous pouvons trouver des plantes à teindre, même dans des régions désertiques. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller dans des zones polaires, mais même dans ces conditions difficiles, les hommes ont trouvé des teintures…

Selon le type de plantes on va plutôt utiliser une partie qu’une autre. Pour certaines plantes la partie la plus intéressante sera la racine (par exemple la garance et les rubiacées). Dans ce cas-là, il est impératif de ne pas choisir une plante rare, car sans racines la plante risque de mourir.

Il ne s’agit pas d’exterminer des plantes pour teindre naturellement, ce serait absurde!

La culture des tinctoriales

C’est la raison pour laquelle la garance était cultivée en très grandes quantités jusqu’à l’apparition de l’alizarine artificielle. D’autant plus que celle-ci ne donne le maximum de pigments qu’à partir de la cinquième année.

Plante de garance
Plante de garance

La gaude couvrait des milliers d’hectares pour la teinture en jaune, bien que de nombreuses plantes sauvages en donnent aussi. Le pastel, plante à indigo européenne, a permis la création de très nombreuses fortunes.

Les plantes sauvages

Pas toujours besoin d’aller à la campagne pour trouver des plantes tinctoriales, de nombreuses “mauvaise herbes“, souvent méconnues, parfois invasives, peuvent nous être utiles…

Ainsi, en ville, la renouée du Japon, le buddleia, le plantin, l’érigeron du Canada… peuvent nous servir. Il suffit parfois de tester pour faire de grandes découvertes…

Plante de fougère
Plante de fougère

En forêt, la fougère peut être très intéressante, surtout en ecoprint.

Les écorces sont souvent intéressantes car elles contiennent en général des tanins qui sont toujours utiles. Cependant, il ne faut pas oublier qu’arracher l’écorce à un arbre le fait souffrir, l’affaiblit et peut le mettre en danger. Mieux vaut profiter des écorces déjà tombées, ou celles qui se détachent toutes seules, comme celles de l’eucalyptus qui donnent de très bons résultats.

Des déchets

Pour beaucoup de plantes, on peut utiliser les feuilles (même et surtout mortes), pour d’autres les fleurs ou éventuellement seulement les pétales (tournesol, par exemple, récolter les pétales au fur et à mesure qu’ils sèchent n’empêche pas qu’il produise des graines). Mais les fleurs sont longues à récolter, il en faut beaucoup (3 fois le poids des fibres) et le résultat peut être parfois décevant, même en ecoprint.

On peut aussi utiliser de la sciure, en général, les bois contiennent des tanins et on peut obtenir de très agréables surprises.

L’idéal est donc d’utiliser la biomasse due aux tailles, élagages et arrachages. Les déchets des jardiniers qui ne compostent pas sont très utiles. Nous avons travaillé avec beaucoup de ces déchets, trouvés souvent dans la rue en pleine ville à La Redonda, à Santa Fe, Argentine. En plein centre d’Iquique (ville en plein désert), j’avais ainsi essayé le Bougainvillier qu’avait taillé un voisin, cela m’a donné du jaune.

Il faut aussi voir les déchets de légumes, on peut en obtenir de grandes quantités à la fin des marchés, chez les marchands de légumes ou même auprès des restaurant. On peut ainsi récupérer les restes de thé, le marc de café, les fanes de carottes, les peaux d’oignons, les restes d’artichauts…

C’est comme cela que j’ai pu obtenir du jaune avec des bouquets de coriandre fanés chez mon ami Angel à Puerto Montt. Là-bas j’ai aussi obtenu de pleins sacs de peaux d’oignons qui teignent si joliement.

A Iquique, j’avais aussi récupéré les noyaux de mangues dans un bar à jus de fruits et j’ai obtenu un très joli jaune-saumon.

Les fleuristes jettent aussi souvent des fleurs fanées, des déchets de feuilles… Tout cela doit être exploité, il n’y a pas de honte à cela. C’est du recyclage.

Que doit-on faire avec les plantes?

Maintenant que l’on a les plantes, l’idéal est de les faire tremper pendant au moins une nuit (plusieurs, si possible) avec de l’eau froide à température ambiante dans un grand seau ou la casserole que l’on va utiliser pour teindre (elle ne servira plus pour la cuisine!).

Plus la casserole est grande, mieux c’est. Et plus cela trempe longtemps, plus les plantes libèreront de pigments.

Il ne faut pas oublier la proportion : 3 parties de plantes pour 1 partie de fibres.  Cette proportion peut varier selon les plantes, si elles sont sèches, on peut en mettre moins… Car il faut en tenir compte pour le choix de la casserole.

Enfin, plus les plantes sont réduites en petits fragments, plus elles donneront de la couleur.

Le mordançage et la préparation

Si on doit mordancer,  ce qui est souvent indispensable (voir l’article sur les mordants), il vaut mieux le faire la veille aussi et garder les fibres humides.

Laisser les fibres à tremper dans le bain de teinture avec les plantes (parfois il convient de mettre les plantes à tremper à l’intérieur d’un sac en toile fine, prévu à cet effet, pour éviter qu’elles s’emmêlent avec les fibres).

Chauffer et laisser refroidir

Mettre à chauffer pendant quelques heures. Si le bain s’épuise, il convient de rajouter de l’eau à la même température, pour éviter les chocs thermiques qui feutrent les laines.

Une fois la teinture obtenue, le mieux est de laisser refroidir tranquillement dans son bain, moi je laisse en général refroidir toute la nuit. La teinture pénêtre ainsi plus profondément dans les fibres et sera donc plus saturée et plus solide, plus stable.

Maintenant que le bain a refroidi, on sort les fibres. L’idéal de mettre à sècher avant de rincer, à l’ombre. Certaines réactions chimiques interviennent au contact de l’oxigène de l’air.

Puis laver. Si on a utiliser du mordant au fer dans le bain, il est alors indispensable de très bien rincer avant de sécher.

Quand les fibres auront été lavées et séchées, toujours à l’ombre. Elles sont prêtes à l’emploi.

Vous avez fini! Ce n’est pas difficile, c’est magique…

Résultat des teintures aux plantes à Santa Fé, Argentine
Résultat des teintures aux plantes et à la cochenille, à Santa Fé, Argentine

Je tiens à vous préciser que je n’ai pas de formation en marketing et que bien sûr, je ne pense pas revendre les données ainsi collectées!

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